Cévennes et gorges du Tarn – 2015.

Ah, la France, je ne m’en lasse vraiment pas! Cette fois je t’emmène à la découverte du parc national des Cévennes, présent sur trois départements: le Gard, la Lozère et l’Ardèche. Après on partira vers la région du Mont Lozère, là où le Tarn et le Lot prennent leur source. Et la balade se terminera avec les majestueuses gorges du Tarn, les gorges de la Jonte, moins connues mais plus sauvages peut-être, et les vastes étendues, à perte de vue, du Causse Méjean. C’était en 2015.

Anduze et la bambouseraie de Prafrance.

Pour démarrer ce petit voyage en voiture, je partirai de l’aéroport de Montpellier-Méditerranée où l’avion venant d’Orly atterrit vers 13 heures, après un mini-vol de 1h20. Un petit bout de trajet via l’autoroute A9, puis par les petites routes, je quitte bientôt l’Hérault pour entrer dans le Gard.

Les paysages alternent vignobles et petites collines, la campagne est vraiment chouette sous ce soleil de septembre. Et tout doucement, les premiers reliefs plus prononcés apparaissent. Je fais mon premier stop à Anduze, appelée aussi « la Porte des Cévennes ». Et cette « porte » est une belle entrée en matière: Anduze est entourée de hautes falaises calcaires et traversée – enfin, plutôt longée – par la rivière Gardon, celle-là même qui passe sous le pont du Gard, plus à l’ouest. C’est une mignonne petite cité médiévale, dont on a une belle vue d’ensemble sur les maisons à toits rouges serrées les unes contre les autres, à partir du pont qui enjambe la rivière. La vieille ville est un délice à parcourir à pied, avec son lacis de ruelles, certaines passant sous de vénérables porches, avec pour centre nerveux la Place Couverte (ou Place du Marché), où se tient encore un marché traditionnel le jeudi matin. Sur cette même place, se dresse la fontaine Pagode, datant de 1649, très bigarrée avec ses tuiles vernissées.

Un autre monument important d’Anduze est la Tour de l’Horloge, du 14ème siècle, dont les trois étages et la terrasse permirent à la ville d’avoir une tour de guet et un moyen de défense contre les bandes de brigands qui écumaient la région pendant la Guerre de Cent Ans (ça rigolait pas à l’époque!). Appelée d’abord « tour ronde », elle porte son nom actuel depuis l’installation d’une horloge en 1559; son cadran enregistre les saisons et aussi les entrées dans le signe du zodiaque; la locution latine « Tempus fugit » signifie « le temps fuit ». Mon dieu, comme c’est vrai…

Anduze.
Anduze.

A quelques kilomètres d’Anduze, le petit village de Générargues est bien sympa avec ses petites ruelles et ses anciennes maisons, mais il est un peu éclipsé par un site tout près de là: la bambouseraie de Prafrance. Des bambous en France, ben oui, pourquoi pas? Et unique en Europe, faut-il le dire. Ce grand parc de 15 ha a été créé par Eugène Mazel, un commerçant-voyageur, passionné de botanique, qui fit fortune dans le commerce des épices et concrétisa son rêve de créer une bambouseraie, rien que çà! Celà l’amena à la ruine, mais c’est une autre histoire… Quoiqu’il en soit, le résultat est prodigieux: environ 150 variétés de bambous (sur 1200 existant…quoi, il en existe autant?!), cohabitent avec une grande diversité de plantes exotiques et d’arbres remarquables. On voit même un séquoia monumental, pas aussi grand que ses cousins américains, mais il en met plein les yeux. Le bambou géant n’est pas mal non plus: jusqu’à 25 m de haut pour un diamètre de 15 à 20 cm! Et il sert à fabriquer plein de trucs: fauteuils, bancs, meubles, radeaux, échafaudages… Cette plante est solide à mort, et certaines espèces peuvent pousser jusqu’à un mètre…par jour, sil les conditions climatiques sont optimales! Vaut mieux pas l’avoir en pot de fleur sur son rebord de fenêtre, quoi… Outre la forêt de bambous, on découvre aussi un jardin d’inspiration japonaise, la superbe reconstitution d’un village laotien et l’incroyable vallon du Dragon. La bambouseraie possède aussi un jardin floral, un jardin aquatique et même un labyrinthe! Après la visite, il est possible d’acheter des pousses de bambous ou des objets fabriqués à partir du bambou.

Pour les cinéphiles, certaines scènes du film « Le salaire de la peur » (réalisé par Henri-Georges Clouzot en 1953) ont été tournées ici, alors que l’action est censée se dérouler en Amérique Centrale. Pour l’anecdote, à l’origine, c’est Jean Gabin qui était pressenti pour le rôle de Jo mais il refusa, ne voulant pas jouer un personnage de lâche; le rôle échut à Charles Vanel.

  • Tu savais que…
  • * La première pointe de lecture du tourne-disque d’Alexandre Graham Bell était en bambou?
  • * Le bambou est la seule plante qui ait survécu dans l’épicentre de l’explosion atomique d’Hiroshima?
  • * Les racines de bambous peuvent s’étendre jusqu’à 200 km par hectare?
  • * Le bambou est capable de vivre jusqu’à 4000 m d’altitude?
Bambouseraie de Prafrance (Générargues).
Bambouseraie de Prafrance (Générargues).

Les Cévennes gardoises.

Mialet.

Le paysage prend maintenant des reliefs plus escarpés, les espaces boisés se font plus denses. Outre les chênes et les hêtres, on remarque qu’il y a encore pas mal de châtaigniers dans les Cévennes. Normal, cet arbre, durant des siècles, a été une des bases de l’alimentation dans la région, à tel point qu’on le surnomme encore « l’arbre à pain ». Il est aussi « multifonctions »: ses feuilles servent de fourrage aux chèvres, son bois est très apprécié en menuiserie, et naturellement les châtaignes, qui sont séchées, séparées de leur bogue et consommées telles quelles, grillées ou entrent dans la composition d’une soupe très goûteuse. Que ce soit pour son fruit ou son bois, le châtaignier est ainsi devenu l’arbre emblématique des Cévennes sauvant à certains moments de l’histoire ses habitants de la famine. Aujourd’hui encore, le châtaignier est un élément important de l’économie rurale et artisanale de la région.

En suivant au plus près le cours du Gardon, je me rapproche de Mialet. Dans ses proches environs, une visite incontournable s’impose pour mieux saisir l’histoire du protestantisme cévenol: le Musée du Désert. Il n’est pas question ici du Sahara, mais par « désert » on entend la période agitée qu’ont connu les protestants juste après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 par Louis XIV. Une époque où pour pratiquer leur culte, ils devaient s’exiler dans les montagnes et se cacher. Le mot a une forte symbolique de par sa similitude avec la traversée du Désert par les Hébreux durant son exode dans le Sinaï.

Mais allons voir un peu ce joli village de Mialet, avec sa belle église Saint-André, ses petites ruelles qui parfois s’engouffrent sous des porches, et ses maisons typiques cévenoles, en pierre et aux volets rouges. En contrebas, le Pont des Camisards, du 17ème siècle, traverse le Gardon. Et avant le village, on peut le traverser sur une sorte de pont-passerelle bétonnée pour atteindre un vieux moulin à eau et un minuscule hameau sur l’autre rive.

On ne peut parler des Cévennes sans évoquer la « Guerre des Camisards ». Je vais essayer d’être court. Souvenez-vous les cours d’histoire, la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, promulguée par Louis XIV (le Roi-Soleil, quoi); en gros, il n’y a plus de religion autorisée en France en-dehors de la religion catholique. Sale coup pour la communauté protestante, protégée par cet édit de tolérance décidé par Henri IV en 1598. Sale temps de persécutions, d’abjuration de foi ou de conversions de force. Mais dans le Languedoc et surtout dans les Cévennes, la résistance s’organise et on va batailler sec contre les soldats du roi. Les résistants se nomment « camisards », nom qui viendrait de leur chemise blanche qu’ils portaient pour se reconnaître, ou peut-être de « camisade », mot occitan, qui signifie attaque de nuit. Cette guérilla dura deux ans, mais les troupes royales réussirent à prendre le dessus, avec la reddition ou l’exil des « leaders » camisards.

Aux environs de Mialet.
Le Gardon.

Saint-Jean-du-Gard.

L’après-midi s’achève tout doucement, j’arrive à Saint-Jean-du-Gard après avoir emprunté des routes superbes, serpentant au milieu de collines boisées. De temps en temps je retrouve le Gardon, que je traverse à deux reprises. Je ne suis encore que dans la partie sud du Parc National des Cévennes. Petite présentation: créé en 1970, il couvre pas moins de 2800 km² si l’on compte son « coeur », partagé entre le Gard et la Lozère, les monts Aigoual et Lozère et les Grands Causses. Le parc national des Cévennes présente plusieurs particularités qui le distinguent des autres parcs nationaux français : c’est le seul parc national français situé en moyenne montagne, et c’est le seul parc national dont le cœur est habité et exploité par des résidents permanents. Evidemment, la réglementation en vue de protéger l’environnement est assez pointilleuse. Tant mieux, celà a permis une incroyable diversité de faune et flore dans le parc, et la réintroduction de certaines espèces, comme le vautour, le castor, tétras…

Je verrai Saint-Jean-du-Gard demain matin, en attendant je quitte la route principale pour m’enfoncer dans la forêt par un minuscule chemin qui va se muer en chemin de terre assez cahoteux. Vaut mieux rouler au pas. La fin de la route révèle une petite poignée d’habitations cévenoles, quelques mini-parcelles de cultures et arbres fruitiers sur un décor de fond féérique avec les collines des Cévennes. Un peu à part, une grosse maison à volets verts: c’est au coeur de ce paysage de rêve que je pose mon sac cette nuit. Une bien belle chambre d’hôtes, avec quelques animaux et un calme incomparable. Quand je fais un petit voyage en France, j’aime bien les chambres d’hôtes, souvent situées dans des paysages idylliques, où on dort et mange très bien, autour d’une grande table avec d’autres pensionnaires, celà encourage les discussions et échanges d’idées. Celle-ci s’appelle « Au P’tit Bonheur », c’est bien choisi.

Le repas du soir était une merveille: soupe froide de courgettes, comme plat du rôti de sanglier à la saveur très puissante; ces bestiaux n’ont pas bonne presse par ici, ils aiment saccager les cultures et jardins, c’est un peu une « vengeance  » d’en manger ce soir, me diront mes hôtes! Tout se passe bien , jusqu’à ce que Philippe (notre hôte) nous annonce que le fromage sortira un peu de l’ordinaire. C’est pas peu dire, il amène un pot en grès avec des restes de fromage – pas récents apparemment – mélangés à de l’alcool de mirabelle. Etonnement, hésitation autour de la table, je me lance en premier. Sur un morceau de pain, pas mauvais, mais sacrément relevé, l’alcool n’arrangeant pas les choses. Ca pique, mais la saveur est phénoménale. Je repense à la scène du fromage dans « les Bronzés font du ski »… Le petit digestif est dans la même idée, une autre « invention » de Philippe: la « liqueur du vieux garçon », un mélange de plusieurs fruits rouges ayant macéré un …certain temps dans l’alcool. Très sucré, mais super bon; je n’ai pas vu de crapaud à l’intérieur de la bouteille, c’est déjà çà… Alors si un jour tu passes dans le coin et que tu cherches une chambre d’hôtes « en or », franchement c’est là qu’il faut aller. En n’oubliant pas de saluer Laurence et Philippe de ma part!

« Au P’tit Bonheur », c’est ici!

Le lendemain matin, je redescends sur Saint-Jean-du-Gard, traversé lui aussi par le Gardon. C’est le point de départ – ou d’arrivée selon le sens – de la Corniche des Cévennes. En plus, c’est jour de marché aujourd’hui, excellente occasion pour me concocter un petit panier pique-nique, baguette, picodon, saucisson, mmh que ça va être bon… C’est un beau village, avec son Pont-Vieux du 18ème siècle, sa Tour de l’Horloge avec son campanile en fer forgé et son église du 17ème siècle. Le musée des vallées cévenoles, lui, présente divers objets consacrée à la vie traditionnelle, sociale et économique dans les Cévennes.

Saint-Jean-du-Gard.
Saint-Jean-du-Gard.

Le « sentier de Valescure » – L’Estréchure.

Je quitte Saint-Jean-du-Gard pour prendre la D907 qui court vers Saint-André-de-Valborgne et Florac. Mais comme j’aime bien quelquefois sortir des sentiers battus, après le hameau de Peyrolles je vois un petit chemin qui part à gauche, avec un panneau à moitié lisible « Arenas – Valescure ». Aucune idée sur l’endroit, je vais suivre cette petite route étroite et pas toujours en bon état, en plein milieu de la forêt; sur le trajet, je franchis un antique petit pont de pierre couvert de lierre. C’est par après que je saurai avoir exploré une partie de la Vallée Obscure, un des coins les moins connus et les plus sauvages des Cévennes. Durant ma balade à pied à travers les sentiers, je n’ai croisé personne, et les seuls bruits entendus étaient le vent dans les arbres et les chants d’oiseaux. Enfin, sauvage pas tout à fait, car la Vallée Osbcure, où coulent de nombreux ruisseaux, recèle quelques modestes ouvrages de retenue hydraulique, qui témoignent de l’activité agricole cévenole de cette région, où l’eau était indispensable: des petits ponts franchissant des ruisseaux qu’on pourrait pourtant enjamber d’un pas, des « béals », canaux d’irrigation amenant l’au vers des petits bassins collecteurs appelés « tancats ». Tout ce patrimoine bâti témoigne de l’importance de l’eau dans l’économie cévenole et cela depuis toujours le problème reste d’actualité.

Cette petite promenade à pied m’a fait du bien, mais j’entends la route qui m’appelle! Je rejoins la D907 et m’arrête un instant au petit village de L’Estréchure, un village-rue avec ses habitations accolées de part et d’autre de la route et ses fontaines, disposition typique de l’architecture cévenole. On est ici au début de la Vallée Borgne. la Vallée Borgne doit son nom au mot occitan « Bõrgnha » qui signifie cavité, d’où sortent les innombrables sources alimentant cette région. Au fil de la route, on aperçoit de temps à autre des grosses fermes anciennes, ou encore des anciens canaux ou aqueducs qui servaient à irriguer les cultures.

Vallée Obscure.
Vallée Obscure.
L’Estréchure.

Saint-André-de-Valborgne.

J’arrive bientôt à Saint-André-de-Valborgne (Valborgne –> Vallée Borgne, ça se tient). Je retrouve une fois de plus le Gardon qui traverse le village, avec sa longue rue principale aux maisons anciennes qui regardent indifféremment leur reflet dans la rivière. Quelques petites ponts de pierre relient les deux parties du bourg. La belle église romane et le temple protestant se regardent de loin; au fil de ce voyage dans les Cévennes, dans presque chaque village j’observerai cette dualité catholique/protestant avec l’église et le temple qui cohabitent pacifiquement, mais ça n’a pas toujours été le cas, comme je l’expliquais plus haut!

Saint-André-de-Valborgne a développé, comme un peu partout dans les Cévennes, l’élevage du ver à soie. Les larves des chenilles « bombyx mori » mangent les feuilles de mûriers et tissent leurs cocons qui seront traités dans des filatures ou magnaneries. Cette industrie a transformé le paysage: des mûriers furent plantés sur les collines avoisinantes, et les habitations modifiées pour abriter les magnaneries servant à élever les vers à soie. Le déclin de cette industrie, ajouté à l’exode rural, ont failli avoir raison du village qui, aujourd’hui, a réussi à remonter la pente grâce au choix de la qualité de vie en milieu rural qui a drainé de nouveaux habitants.

Saint-André-de-Valborgne.
Saint-André-de-Valborgne.

Le Mont Aigoual.

Je quitte la Vallée Borgne, direction le Mont Aigoual par la charmante D19. La route commence à grimper et les arbres se font plus rares, dégageant le paysage qui offre de sublimes points de vue sur les Cévennes. Certaines vastes prairies me rappellent un peu le Larzac. Je vais m’arrêter ici, en bord de route, au milieu de nulle part. Un petit chemin de terre en contrebas, je m’assois sur le talus et je sors mes achats du marché de Saint-Jean-du-Gard. Un super moment « casse-croûte », aux premières loges face à ce paysage de rêve; aucune salle de resto ne peut rivaliser…

Alors, le Mont Aigoual, c’est une montagne sacrée pour les cévenols, un peu comme le Canigou dans les Pyrénées-Orientales. Oh, c’est pas le Mont-Blanc, il culmine à 1565 m d’altitude, une hauteur assez modeste, mais c’est quand-même le point culminant du Gard et le second des Cévennes, après le mont Lozère (1 699 m). On est ici presque à cheval sur le Gard et la Lozère.

L’arrivée sur le site du sommet de l’Aigoual n’est pas une réussite: une inesthétique antenne de télécommunications accueille les visiteurs, et le trop vaste parking défigure un peu l’endroit. Même en septembre, je ne serai pas tout seul, mais faisons avec! Les courageux randonneurs peuvent toutefois accéder au sommet à pied par la « Montée des 4.000 Marches », qui tire son nom des marches du parvis de l’église de Valleraugue, village des environs d’où commence la rando, qui se poursuit par un passage constitué de « marches » rocheuses de 20 à 70 cm de haut. Une dénivelée de 1200 m pour un trajet de 8km! Au sommet, le panorama ferait tomber à la renverse même les plus blasés: si on a la chance d’avoir un temps clair, vers le sud sud-ouest on voit le massif des Pyrénées, une grande partie du Languedoc jusqu’au Golfe du Lion, et ce liséré bleu foncé à l’horizon, c’est la Méditerranée. A l’Est, le Mont Ventoux, la Sainte-Victoire et une partie du Luberon sont visibles, tandis qu’au nord, il est possible de distinguer les premiers monts du Cantal et même les Alpes! Il se dit ainsi qu’on peut contempler jusqu’à un quart de tout le territoire français! Au fait, attention, ça souffle super méchant là-haut!

Un mot aussi sur ce bâtiment à l’allure de château au sommet: c’est l’observatoire météorologique, construit à la fin du 19ème siècle. C’est la dernière station météorologique de montagne en France « habitée » toute l’année. Un petit musée permet de faire connaissance avec les activités de Météo France, les observations et prévisions météo et la climatologie. Des panneaux explicatifs (schémas et photos) et autres appareils expliquent les techniques utilisées par les météorologues. L’autre partie de l’expo est dédiée au climat du Mont Aigoual suivant les saisons,à travers 800 photographies d’été, d’automne, d’hiver et de printemps.

En reprenant la route, à 1km de l’Aigoual j’aperçois un tout discret panneau écrit à la main « source 20m en bas ». Tiens, allons voir… Trois fois rien: un petit muret, un petit tuyau d’où sort une eau cristalline – et potable! – et le silence troublé quelquefois par un oiseau. Alors, si tu as une bouteille à remplir…

Route vers le Mont Aigoual.
Observatoire du Mont Aigoual.
Sommet du Mont Aigoual.

Au coeur des Cévennes.

Au gré des petits villages…

Je vais rejoindre à présent la Corniche des Cévennes par un « maillage » de petites départementales, certaines à peine plus larges que la voiture. Les belles collines boisées alternent avec des bucoliques pâturages où paissent tranquillement des troupeaux de vaches, certaines avec une cloche au cou. Je traverse un minuscule village: Rousses, traversé par un petit cours d’eau dont j’ignore le nom. Peut-être le Tarnon, petit affluent du Tarn? Rien de spécial: une petite fontaine-lavoir, un pont en dos d’âne, quelques maisons cévenoles anciennes (dont une très belle avec un genre de clocher), l’église et le temple protestant. Mais on est imprégné par le calme et la beauté simple de cet endroit.

Après avoir traversé le petit village de Vebron, le paysage commence à changer: les arbres se raréfient et un vaste plateau d’herbe verte-jaune s’étend, parsemé de rochers et parfois quadrillé de petits murets rectilignes. On dirait un mix du Larzac et de l’Aubrac. C’est le Can de l’Hospitalet, un genre de petit causse calcaire, « petit frère » du vaste Causse Méjean tout proche, de l’autre côté de la vallée du Tarnon.

Avant le village du Pompidou commence (ou finit) la fameuse Corniche des Cévennes. Cette route, c’est le « tapis rouge » des routes du Coeur des Cévennes. Cette ancienne voie de communication a eu son importance historique, car au 18ème siècle, elle servit de voie stratégique pour les troupes de Louis XIV partis guerroyer contres les Camisards. En gros, elle relie Saint-Jean-du-Gard à Florac, et de ce fait le Gard à la Lozère. Les paysages sont variés: forêts profondes, basses vallées, châtaigneraies… Un peu plus de 50 km de plaisir!

L’Hospitalet.
Rousses.

Me voilà donc au Pompidou. Absolument rien à voir avec l’ancien président; en vieux provençal, le mot signifierait « palier ». Un petit village tranquille, quelques rues, une belle église. Mais le petit bijou des alentours est une toute petite église du 13ème siècle, l’église Saint-Flour, au creux d’un petit vallon noyé de verdure, accessible par un chemin étroit. Le vieux cimetière entourant l’édifice a l’air très ancien, avec ses croix rouillées et les épitaphes des tombes à demi effacées.

Je remarque que la petite route continue par-delà le cimetière et s’enfonce dans la forêt. Et elle se rétrécit, elle se dégrade avec de beaux nids-de-poule et l’herbe qui pousse au milieu. Où vais-je atterrir? Tiens, des maisons? C’est un hameau abandonné dont j’ignore le nom, perdu au milieu de tout. Assez bizarre comme sensation, pas un bruit, pas âme qui vive, pourquoi les gens sont-ils partis? Au fil de mon exploration des Cévennes, j’en apercevrai d’autres, de ces petits hameaux ou villages abandonnés. Un élément de réponse ici.

Sainte-Croix-Vallée-Française et ses environs.

Je choisis, après Le Pompidou, de quitter la Corniche pour bifurquer vers la Vallée Française. C’est « la Cévenne des Cévennes » comme on la surnomme, la colonne vertébrale de cette belle région. Pour l’origine de son nom, on pense qu’elle a été une enclave franque en territoire wisigoth et se serait appelée « Vallis Franscisca » et « Val Franciscus » signifiant vraisemblablement vallée franque ou francesque. C’est à travers ces paysages fantastiques que l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson effectua son périple de presque 200km à pied avec un âne de bât en 1878. Le GR 70 est d’ailleurs appelé « Chemin de Stevenson » en référence au parcours qu’il réalisa.

Je me trouve à présent dans le département de la Lozère. Je m’arrête à Sainte-Croix-Vallée-Française, un petit village aux petites maisons en schiste traversé par le Gardon de Sainte-Croix. Pour info, les habitants s’appellent les Saint-Crussais. Joli village, un peu « assoupi » – je n’ai croisé personne pour ainsi dire – et je remarque aussi qu’il y a de nombreux commerces qui ont fermé leurs portes sûrement depuis quelque temps, les enseignes étant parfois à peine lisibles. Exemple, le nom du café en photo, difficile de déchiffrer, non? Dans d’autres villages traversés, c’est le même topo: une antique boulangerie, un hôtel qui a dû avoir son succès dans le passé… Terminé, c’est fermé!

Quelques km plus loin, je passe près de l’église Notre-Dame-de-Valfrancesque, une ancienne église catholique romane du 12ème siècle, En 1832, malgré l’opposition des autorités catholiques, elle est achetée par une association locale de culte protestant qui la transforme en temple de l’église réformée. Aujourd’hui, c’est toujours un temple protestant.

Sainte-Croix-Vallée-Française.
Sainte-Croix-Vallée-Française.

Voici encore un bien beau village cévenol « brut de décoffrage »: Saint-Etienne-Vallée-Française. Il est bordé par la rivière Gardon de Saint-Étienne qui rejoint le Gardon de Sainte-Croix( pourquoi de si longs noms, alors là..?), puis les deux se rejoignent pour former le Gardon qui passera à Saint-Jean-du-Gard et Mialet. Les maisons de style cévenol, parfois bien anciennes, se font face dans un dédale de petites ruelles qui, parfois, s’engouffrent sous des porches. L’église catholique et le temple protestant, comme d’habitude, ne sont jamais bien loin l’un de l’autre. La dernière filature de soie ferma ses portes en 1956. Ce fut la fin de siècles d’activités textiles dans la commune.

Saint-Etienne-Vallée-Française.
Saint-Etienne-Vallée-Française.

Saint-Germain-de-Calberte et Barre-des-Cévennes.

Après Saint-Etienne-Vallée-Française, voici une autre pépite des Cévennes lozériennes avec le village de Saint-Germain-de-Calberte. Les ingrédients à succès des Cévennes authentiques sont présents: l’église, le temple (toujours cette dualité), les grosses maisons à toits de lauzes et aux murs de schiste… Au 10ème siècle, des moines bénédictins placèrent la localité sous le patronage de Saint Germain d’où la première partie de son nom. Pour « Calberte », celà pourrait venir de « cale », un endroit plat bien exposé (c’est vrai que le village a un relief assez plat) et « berte », verte.

La journée passe vite (c’est toujours comme çà quand on voyage…), et j’ai encore quelques kilomètres à parcourir pour rejoindre la chambre d’hôtes où je descends cette nuit, dans les environs de Barre-des-Cévennes. Je vais prendre la D13, tout en virages et assez étroite, que les chauffeurs de camions transportant essentiellement du bois n’hésitent pas à emprunter. Mais par chance, je n’en croiserai aucun!

Arrivé au niveau de Barre-des-Cévennes, je bifurque à gauche par une autre petite route, la D62, qui offre des points de vue à couper le souffle sur les montagnes de la Corniche des Cévennes. En contrebas, quelques petites maisons et fermes ont l’air de se noyer au milieu des arbres. Justement, c’est de ce côté-là que je me dirige, vers le petit hameau de Mazeldan. La chambre d’hôtes est là, le long d’un petit chemin, toute petite exploitation agricole se consacrant à l’élevage et possédant quelques châtaigniers. Je vais encore passer une nuit au calme, ma fenêtre donnant sur ce magnifique paysage, et en bas, c’est la petite prairie de la ferme, où se baladent canards et poules, avec un coq qui m’a l’air de jouer au caïd devant ces dames… Bon, ne chante quand-même pas trop tôt, mon cher petit gallinacé!

Bogues de chataîgnes.

Après un super petit-déj à Mazeldan, avec de la vraie confiture et du miel 100% made in Cévennes, je m’arrête dans le village de Barre-des-Cévennes, situé à la frontière d’une « barre » rocheuse qui le sépare de la Vallée Française, d’où son nom. C’est encore un village-rue assez allongé, typique des Cévennes, dont la rue principale est bordée de maisons anciennes, avec de nombreux porches construits en arc, certains servant d’entrée de garage, d’autres murés ou modifiés au fil du temps. De la rue principale partent de minuscules ruelles et venelles passant sous des porches souvent bien sombres, et où les personnes de plus de 1,80m, s’ils ne se baissent pas un p’tit peu, risquent de se faire une bosse à la tête!

Très beau village, mais la rue principale n’est pas réellement faite pour les piétons; il n’y a pas de trottoirs, juste un caniveau dallé de même pas 40cm de large, et de temps en temps on contourne un vieux banc pour se retrouver à marcher sur la route. J’imagine bien deux camions face-à-face, ça ne doit pas être triste pour le croisement…

Barre-des-Cévennes.

Florac.

De Barre-des-Cévennes jusqu’à Florac, il y a une vingtaine de km. L’impressionnante barre rocheuse qu’on voit au loin, à l’ouest, c’est l’extrémité du Causse Méjean. Florac, en Lozère, est une petite ville bien arrosée, car trois cours d’eau y passent: le Tarnon, la Mimente et le Vibron. Ces petites rivières offrent de belles perspectives en enfilade avec l’église et la corniche rocheuse au loin. Et le Tarn, qu’on va bientôt côtoyer de plus près, passe à quelques kilomètres.

Cette petite ville, « capitale » du Parc National des Cévennes depuis 1976, regorge de petites rues et placettes pavées, possède son église et son temple, et même un élégant chateau du 17ème siècle, avec ses deux tours rondes à toit pointu. Le Parc National des Cévennes y a son siège, ayant acquis le chateau en 1973. Et dire qu’avant, il servit de prison et hôpital militaire au 19ème siècle, et même de colonie de vacances dans les années 50-60. D’un monde à l’autre, y a qu’un pas…

Florac.
Florac.