Voyage en Italie 2017 – 2ème partie: de Venise à Florence.

Souviens-toi, à la fin du premier opus de ce périple en Italie, je t’avais invité à pénétrer dans la gare centrale de Milan. On va un peu utiliser le réseau ferroviaire italien pour rallier cette ville mythique, la « Cité des Doges », en un mot: Venise! Après on partira vers la capitale toscane, Florence, en passant par Padoue et Bologne! Allez, ne traînons pas, je me suis déjà occupé de ton billet de train…

Au sommaire…

VENISE.

Arrivée à Venise – Le Grand Canal.

Ma prochaine destination fait rêver les voyageurs: en route pour Venise! Mais pas en voiture, cette fois! Quand je visite un pays, j’aime bien aussi découvrir les transports intérieurs: bus, trains… Voilà l’occasion d’embarquer dans un « Frecciarossa » (« Flèche rouge » en italien), le cousin italien du TGV, qui atteint aussi ses 300km/h sans se faire prier; il y a aussi les « Frecciargento » et les « Frecciabianca » (leur couleur est facile à deviner, je pense). L’opérateur ferroviaire du pays s’appelle Trenitalia. Attention, comme en France, on doit composter son billet! Au moins chez moi en Belgique, pas de compostage 😏.

2H30 plus tard, après un passage en gare de Venise-Mestre, le train roule vers son terminus en longeant la lagune des deux côtés; il y a une route en parallèle du chemin de fer, mais l’arrivée « romantique », c’est plutôt une vue sur des zones industrielles! Le train s’arrête enfin en gare de Venise Santa Lucia. Je retiens mon souffle; ça y est, je suis à Venise!

Appelée aussi « Cité des Doges » ou « Sérénissime » (* un titre onorifique généralement utilisé envers les princes, mais aussi pour les doges), elle est la capitale de la Vénétie (on l’aurait deviné) et a un passé maritime glorieux, ayant fait concurrence dans ce domaine avec les « républiques maritimes » de Gênes et Pise. Elle est entourée de nombreuses îles (pas loin d’une centaine, paraît-il) réparties dans sa lagune.

Avant de sortir de la gare, je rencontre mon hôte Airbnb Stefano qui m’attend au bout du quai; remise des clés, explication sur l’itinéraire pour arriver à la maison. OK, on peut y aller. Premier contact visuel avec Venise, son Grand Canal et ses nombreuses embarcations… je ne suis pas déçu, c’est grouillant de vie! Hé oui, comme je m’y attendais, énormément de monde, il y a même des préposés avec des petites charrettes à bras pour porter les valises! A croire que certains démontent leur maison pour partir en vacances! Mon logement se trouve dans le quartier de Cannaregio, dans le nord de la Cité, et j’emprunte la rue piétonne qui m’y mènera. Mon dieu, quel procession de touristes! La surfréquentation est flagrante! Mais j’ai de la chance, au niveau du Campo Santa Maddalena (* campo: l’équivalent d’une « place » à Venise), je longe un petit canal tranquille, une ou deux ruelles et me voilà déjà loin de la foule, dans une vieille maison vénitienne typique où je dormirai 3 nuits (40€ la nuit, promis juré)!

Retour vers la gare Santa Lucia pour m’acheter un pass de transports ACTV (la compagnie qui gère les transports à Venise): libre circulation à Venise et vers les îles 1 jour: 20€, 2 jours: 30€, 3 jours: 40€. J’ai pris pour 3 jours, et c’est vite amorti si on l’utilise assidument (et judicieusement!) . Sinon, il y a des autres « pass » touristiques: pour les musées 20€, ou les églises 12€, ça dépend de ce qu’on veut visiter.

Le grand moment est arrivé. Face à la gare, je vais embarquer dans un vaporetto, l’équivalent d’un bus sur l’eau, pour parcourir le fameux Grand Canal. C’est le plus connu de Venise, il mesure près de 4km de long et ressemble à un « S » inversé. Ce sont en quelque sortes les Champs-Elysées vénitiens!

Un arrêt de vaporetto.
Cabine de pilotage d’un vaporetto.

La ligne de vaporetto N°1 est la plus connue, elle parcourt le Grand Canal, permettant ainsi d’admirer tous les palais qui le bordent. Les multiples arrêts, ou devrais-je dire débarcadères, sont marrants, ce sont des pontons flottants avec des bancs en bois pour attendre et des machines à composter. Des fois, ça, tangue bien, ça en met certains mal à l’aise! Durant 40 minutes, je vais assister à un majestueux défilé de palais, plus somptueux les uns que les autres; véritable vitrine de la réussite de commerçants fortunés, les palais vénitiens sont surtout bâtis en briques, un matériau léger intéressant par rapport au sol fragile de la lagune.

Et justement, l’immense majorité de Venise repose sur un ensemble incroyable d’énormes pilotis de plusieurs mètres de long enfoncés dans le sol boueux de la lagune! Cependant, les bases de ces bâtiments commencent à être sapées par le remous incessant de l’eau, dû à l’intense circulation sur le Grand Canal. Et je le confirme, c’est un va-et-vient pas possible de vaporetti, de petits bateaux-taxis (* 110€ la course depuis l’aéroport, ça te dit?), de gondoles (çà j’y reviendrai plus tard!!)… Tout se fait sur l’eau: police, pompiers (hé oui!), ambulances… et même les services funéraires pour le cimetière San Michele, qui est sur une île! Mais comment font-ils pour ne pas se rentrer dedans? On compte pas moins de 177 canaux, surpassés de plus de 400 ponts, c’est dire! Sur certaines photos, tu remarqueras aussi la présence de ces poteaux colorés, qui ressemblent à des sucres d’orge géants, enfoncés dans l’eau devant certains palais. Ce sont des « paline », peints aux couleurs des grands familles propriétaires des palais et qui servaient à l’amarrage des embarcations.

On passe sous le pont du Rialto et bientôt on aperçoit la Piazza San Marco et sa basilique, puis le canal s’élargit pour entrer dans la lagune. J’aperçois aussi une autre cause du ressentiment des vénitiens à l’encontre du tourisme de masse: les paquebots de croisière, ces monstres (au propre comme au figuré!) flottants de presque 300m de long, qui défigurent le paysage et abîment la lagune en passant par exemple par le canal de la Giudecca. Je comprends qu’ils puissent en avoir marre. Une illustration ici. Mais ça a changé depuis 2019, ces patapoufs des mers accostant à Porto Marghera, plus excentré de la Cité. Il était temps d’y penser, dis donc…

Venise: le Grand Canal.
Venise: le Grand Canal.
Venise: le Grand Canal.
Venise: le Grand Canal.
La Piazza San Marco depuis le Grand Canal.
Vue sur l’embouchure du Grand Canal.
Oh le joli gros bateau! Comme je voudrais être à bord… NON, JE DÉCONNE!!
Un tour en vaporetto sur le Grand Canal.

Ambulance à Venise:

Pompiers (vigili del fuoco) à Venise (un p’tit air de cavalerie américaine, non?):

Les quartiers Castello et Cannaregio.

Je descends à l’arrêt « Arsenale » pour commencer mon exploration de Venise, me voici dans le quartier de Castello, à l’est de la Cité. Bien qu’il soit le plus vaste « sestiere » (* quartier en italien) de Venise, on est loin ici des foules de San Marco, les touristes s’y aventurent moins et le Castello reste un coin encore authentique où il est possible de croiser quelques vrais vénitiens! C’est un labyrinthe de petites ruelles qui partent dans tous les sens, avec çà et là une placette, une église, des petits commerçants (vénitiens ceux-ci, pas chinois comme dans les coins à touristes) et des bars où les vieux du coin se font une partie de cartes. Laisse tomber ton plan de ville, ici ça se parcourt à l’instinct, ton guide c’est le hasard. Toutefois, il y a toujours les repères du Grand canal d’un côté et la lagune de l’autre. Pas besoin de semer des cailloux comme le Petit Poucet…

Pourquoi « Castello »? Celà vient de la forteresse du 8ème siècle qui se trouvait à l’emplacement de l’île Saint-Pierre, et il a été le siège religieux de la ville jusqu’au 9ème siècle. Tiens, je parlais des ruelles étroites, pourtant c’est à Castello qu’on trouve la rue la plus large: la Via Garibaldi mesure 17m de large, et c’est la seule avenue de la cité des doges à porter le nom de « via »; elle est encore très vivante avec des petits commerces, des petits bars… Et les petites rues adjacentes sont garanties « vénitien pur jus »! On voit des gamins jouer au ballon, du linge qui pend aux fils qui vont d’un côté à l’autre de la rue (pour récupérer le linge, ça se fait avec un système de poulie!).

C’est aussi le quartier de l’Arsenal, un titanesque chantier naval de 25 hectares, datant du 12ème siècle. C’est ici qu’étaient fabriquées les navires des flottes militaires et marchandes de Venise. A son apogée au 16ème siècle, il employait jusqu’à 16.000 personnes! Il avait même sa propre fabrique de cordages. Pionnier du travail à la chaîne, l’Arsenal pouvait ainsi fabriquer une galère par jour s’il le fallait. C’est aujourd’hui en partie une zone militaire, on peut en voir juste l’extérieur, il ne se visite pas. Son entrée via le canal est bordée de deux tours imposantes et l’entrée « terrestre » est un portail en forme d’un arc de triomphe avec des statues de lions.

Venise: quartier de Castello.
Venise: quartier de Castello – entrée de l’Arsenal.
Venise: quartier de Castello.

Le quartier de Cannaregio, qui jouxte le Castello à l’ouest, est un autre quartier encore habité par des vrais vénitiens et qui reste, dans l’ensemble, assez calme (si on fait exception de la sortie de la gare Santa Lucia!). Je prends toujours autant de plaisir à errer de ruelle en ruelle, franchissant un porche ou un pont surplombant un petit canal. Mais certains espaces sont plus ouverts, plus aérés que dans le Castello. Je disais « canal », mais en fait seuls 3 canaux ont droit à ce titre : le Grand Canal, le Canal de Cannaregio et celui de la Giudecca. Tous les autres sont plutôt des « rii », pluriel de « rio ».

Le Cannaregio, c’est aussi une grande page de l’Histoire de Venise avec son quartier juif, le « ghetto ». Le nom est d’ailleurs entré dans le langage usuel. Au début, les Juifs étaient d’abord interdits d’habitation à Venise mais considérés comme marchands au même titre que les autres commerçants. Plus tard, au 14ème siècle, une charte autorise les Juifs à s’installer moyennant finance, et au 16ème siècle, ils s’y installent pour de bon. A cause de la population croissante et l’interdiction d’habiter en dehors du ghetto, furent construits des immeubles très hauts, pouvant atteindre 7 étages, une exception à Venise (Ça rappelle les immeubles génois). Le Ghetto Nuovo étant devenu trop petit, on ajouta comme extension le Ghetto Vecchio (ah bon,le Vecchio après le Nuovo? Ben oui, c’est comme à Paris avec le Pont Neuf…). C’est encore un quartier très traditionnel encore bien vivant, avec des synagogues, des juifs en kippa et des enseignes en hébraïque. Mais bien qu’on puisse y évoluer librement, il ne faut pas venir ici par voyeurisme! Sur la place du Campo di Ghetto Nuovo se trouvent le poignant mémorial de l’Holocauste et le museo Ebraico.

Quoi d’autre dans le Cannaregio? Au hasard, la chiesa (église) della Madonna dell’Orto, une merveille gothique où est inhumé le peintre Le Tintoret; ou la Ca’ d’Oro, un des plus beaux palais vénitiens dont la façade, à l’origine, était recouverte d’or et de marbre, rien que çà! Venise est vraiment une cité pleine de surprises, même où on ne s’y attend pas: un banal supermarché Despar peut devenir un objet d’admiration… quand il est installé dans un ancien théâtre à la déco restée telle quelle! ah, et encore, accessoirement: pour rappel, c’est dans ce quartier que je passerai 3 nuits!

Venise: quartier de Cannaregio.
Venise: quartier de Cannaregio.
Mon logement Airbnb se cache dans la petite ruelle qui part à droite… (*)
Venise: quartier de Cannaregio.

(*) Tu vois sur la petite place, cette sorte de margelle de puits? C’est une vera da pozzo, et pourtant il n’y a pas de nappe phréatique d’eau douce dans la lagune! Mais les vénitiens, pas cons, ont trouvé une astuce: autour du puits, il y a des grilles d’évacuation d’eau pour récupérer l’eau de pluie, dirigée vers une citerne où du sable au fond joue le rôle de filtre. Fort heureusement, par après, à partir du 19ème siècle, la construction d’un aqueduc facilita grandement la vie des vénitiens!

Venise: quartier de Cannaregio le ghetto juif.
Venise: quartier de Cannaregio – le ghetto juif.
Venise: quartier de Cannaregio – Mémorial de l’Holocauste
Des supermarchés dans un ancien théâtre, j’en connais pas beaucoup!

Alors que dans le reste de l’Italie, une rue se dit « via, à Venise ça se dit « calle ». De même qu’il n’y a qu’une seule « Piazza », la Piazza San Marco, les autres étant appelées « campo ». Autrefois, les campi (pluriel de campo) étaient en terre battue et on y cultivait des potagers, d’où le nom qui signifie “champs”. Maintenant, ils sont parfois bordés de petits bars et servent de terrain de jeu aux enfants vénitiens!

Le quartier San Marco.

Ce matin, il fait un peu gris, j’espère qu’il ne pleuvra pas! Et le programme de la matinée sera « intense », car je vais me diriger vers l’épicentre touristique de Venise, à savoir la Piazza San Marco, sa basilique et son Palais des Doges! Mais avant toute chose, je vais traverser le Grand Canal. En vaporetto? Non, il y a moyen de le franchir juste en 2 minutes, avec un « traghetto »! C’est un genre de grande gondole collective à deux pilotes, qui sert de bateau passeur entre les deux rives. La traversée se fait debout (mais quelques places assises au cas où on doute de son sens de l’équilibre), et le passage coûte 2€. Les traghetti sont toujours très utilisés au quotidien par les Vénitiens, et un peu méconnus des touristes, ce qui en soi n’est pas un mal…

Je longe le Grand Canal à pied, en passant par le Pont du Rialto, le plus connu (et le plus photographié!) des ponts vénitiens, avec sa forme de dos-d’âne et ses boutiques. Sa première mouture était en bois, il fut rebâti en pierre au 16ème siècle. Ses deux plate-formes reposent sur des milliers de pilotis à 8m sous l’eau! J’espère que c’est du solide, quand je vois les hordes de touristes qui s’y pressent et se battraient presque pour faire le meilleur selfie (…)

Je pénètre dans le quartier San Marco, et les touristes deviennent plus nombreux. Et voilà les premiers « groupes-parapluies »! Oui, j’appelle ainsi les troupeaux qui suivent aveuglément un(e) guide qui brandit bien haut un parapluie, un drapeau ou que sais-je encore… Le guide plongereait dans le canal, qu’ils suivraient sans se poser de questions. Le tourisme de masse asphyxie réellement Venise! Franchement, je suis bien heureux de voyager en solo!

La Piazza San Marco se rapproche; sur les quais du Grand Canal, les gondoles sont alignées, les gondoliers attendent les touristes en mal de romantisme. Pour info, le trajet coûte … 80€ les premières 30 minutes, puis 20€ par quart d’heure! Alors il vaut mieux être à 4 ou 6 qu’à deux. Il paraît même que certains gondoliers peu scrupuleux demandent un supplément pour pousser la chansonnette! Non mais sérieux…

Si tu veux devenir incollable sur ce véritable emblème de Venise que représente la gondole, c’est par ici:

La partie ferrée de la proue d’une gondole – qui ressemble à un peigne géant – sert à faire contrepoids avec le gondolier à l’arrière, et sa forme n’a rien de fantaisiste: les « dents » symbolisent les six quartiers de la Cité, et celle de derrière, qui ressemble à un cran d’arrêt, représente l’île de la Giudecca. La « courbure » au-dessus de la première dent, c’est le Pont du Rialto.

Nous y voilà! La Piazza San Marco me révèle enfin ses charmes, avec ses bâtiments à arcades qui abritent des boutiques chics et certains cafés (surtout un) aux tarifs dignes d’un film de science-fiction: j’ai vu un chocolat chaud 10€, supplément de 6€ pour…l’orchestre qui joue!! Dire que dans le Castello tu peux avoir un spritz pour 2€… Face à moi, le campanile et la basilique m’invitent à me rapprocher encore, tout en slalomant entre les touristes, les vendeurs de stupides babioles et les pigeons (les vrais!) qu’en principe on ne peut plus nourrir. Mais va faire comprendre çà aux touristes…

Et la voilà enfin, cette magnifique basilica San Marco, avec ses cinq portails surmontés de mosaïques bouleversantes de beauté, relatant la vie de Saint-Marc, dont les reliques se trouvent dans un sarcophage dans l’édifice. Sa construction en croix avec 5 coupoles lui donnent même un air byzantin. Mais le gothique lui occasionne une surcharge des ornementations. A côté, le campanile, avec ses 98m de haut et son « ange-girouette » au sommet, est le meilleur spot pour avoir un panorama d’enfer à 360 degrés sur la Cité et sa lagune. On accède au sommet via un ascenseur. Le campanile a été reconstruit à l’identique suite à son effondrement en 1902.

Venise: Piazza San Marco.
Venise: Pont du Rialto.
Venise: campanile Piazza San Marco.
Vue du haut du campanile.
Venise: île San Giorgio Maggiore.
Venise: basilica Santa Maria della Salute.

Juste à côté de la basilique se dresse l’emblématique Palais des Doges ou Palazzo Ducale, avec sa façade très « style oriental ». Son architecture est étonnante: les colonnes d’apparence fragile soutiennent un ensemble massif, çà fait bizarre visuellement. Le palais abritait les appartements du Doge (*premier magistrat de la République de Venise) et les institutions politiques de Venise. On entre dans la cour intérieure, avec son « Escalier des Géants ». C’est par là que les personnalités entraient dans le palais. Ensuite, après avoir gravi l’Escalier d’Or, on parcourt une série de salles et d’appartements richement décorés. Le clou du spectacle, c’est la Salle du Grand Conseil: 50m de long, 25m de large! On y voit les portraits des premiers 76 doges de Venise… sauf un, celui de Marino Falier, recouvert d’un voile noir, suite à sa tentative de coup d’état. La tentative ayant échoué, il est décapité. Ça rigolait pas à l’époque!

Après ce luxe ostentatoire, le ton change sans transition avec les prisons aux couloirs et cachots exigus; les conditions de détention n’étaient pas une sinécure: fournaise en été, glacière en hiver. La liaison entre le Palais et les prisons se faisait (et se fait encore) par le très connu Pont des Soupirs (Ponte dei Sospiri), les soupirs en question étant ceux de désespoir des prisonniers! Ben oui, désolé les amoureux! Plus loin, à l’embouchure du canal, le Ponte della Paglia (Pont de la paille) doit son nom aux bateaux chargés de paille qui s’arrêtaient ici. Tout à côté, beaucoup de gens ignorent la curieuse sculpture de Noé qui a l’ai un peu… pompette. Etonnant!

Venise: Palais des Doges (Palazzo Ducale).
Venise: Pont des Soupirs.
Venise: vue à travers une ouverture du Pont des Soupirs (!).
Wow, l’ami Noé a un verre dans le nez…

Le quartier Dorsoduro.

Quittons maintenant San Marco pour franchir le Ponte dell’Accademia, pour pénétrer dans le quartier de Dorsoduro. C’est un quartier qui s’étend sur la partie sud du Grand Canal et englobe l’île de la Giudecca. Il y a pas mal de grands musées par ici: Ca’Rezzonica, Gallerie dell’Academia, musée Peggy Guggenheim… Pour les amateurs d’art, de peintures, c’est le paradis! Mais c’est également un quartier plus tranquille, avec des canaux plus larges, où les troupeaux téléguidés ne viennent pas (ils préfèrent saturer San Marco!). Moins de gondoles, mais beaucoup de petits bateaux privés à moteur; c’est un peu la « voiture » des vénitiens! Mais il est quasi midi, j’ai la dalle.

Me voici justement longeant le Rio (*canal) San Trovaso, et une « osteria » minuscule me fait de l’oeil. De nombreux crostini à emporter, et pas de places assises, les sièges ici c’est le parapet du canal. Je me choisi un petit assortiment de crostini, genre de petits toasts, recouverts de plein de bonnes choses (fromage, viande, légumes…). Et enfin je goûte le fameux Spritz, la boisson-apéro incontournable ici à Venise: c’est un mélange de vin blanc (du Prosecco) avec de l’eau gazeuse auxquels on ajoute de l’Aperol (à base d’oranges amères et de gentiane) qui lui donne sa couleur orangée. Une rondelle d’orange vient couronner le tout. Il en existe aussi au Campari ou au Cynar (alcool d’artichaut, hé oui!).

Le mot spritz viendrait de l’allemand « sprutzen » (en français: asperger). Au 19ème siècle, l’Etat-Major de l’armée autrichienne se trouvant en Vénétie demandaient à leurs hommes de diluer les vins de vénétie, jugés trop méchants en alcool, avec de l’eau gazeuse. Plus tard, ce sont les vénitiens eux-mêmes, trouvant le breuvage un peu trop fade (les goûts et les couleurs, hein), qui décident donc d’y ajouter un alcool amer style Apérol ou Campari.

Osteria al Squero – Fondamenta (* quai) Nani, 944 – quartier Dorsoduro.

Quel bonheur de grignoter le long du canal, assis sur le parapet, juste en face du squero San Trovaso, un des plus anciens chantiers de fabrication et réparation de gondoles (chantier étant la signification de « squero » en vénitien). On en fabrique ici une dizaine par an.

Seulement 3 ou 4 permis de gondolier sont délivrés chaque année. Pour l’obtenir, les candidats doivent suivre une formation approfondie après avoir passé un examen rigoureux. À l’heure actuelle, seules 400 gondoles sont autorisées à circuler dans Venise. En tout cas, je n’ai pas aperçu de « gondoles-écoles » dans la Cité…

Quoi d’autre à voir dans le coin? La Punta della Dogana, l’ancienne douane de mer (désormais un musée) où les bateaux devaient s’amarrer avant de continuer vers le Rialto; c’est le point de confluence entre les deux grands canaux de Venise; ou encore l’impressionnante basilica Santa Maria della Salute. Et de l’autre côté du canal, se trouvent l’île de la Giudecca, avec son prestigieux hôtel Cipriani (je ne préfère pas évoquer ses tarifs), et l’île San Giorgio Maggiore, avec sa basilique et son haut campanile.

Venise: quartier Dorsoduro.
Venise: quartier Dorsoduro.
Venise: le squero San Trovaso.
Venise: le squero San Trovaso.
Venise: île de la Giudecca.
Plan 3D Punta della Dogana.
Assortiment de crostini avec un bon Spritz!

Les quartiers San Polo et Santa Croce.

L’après-midi, je me balade au hasard dans les quartiers de San Polo et Santa Croce, qui se trouvent dans la « boucle » du Grand Canal; ces deux quartiers, plus animés et fréquentés que le Dorsoduro, constituent géographiquement le centre de Venise. San Polo est relié à San Marco par le Pont du Rialto, et abrite le marché du même nom, le plus célèbre de la Cité. Tout près, se trouve l’église supposée la plus ancienne de Venise, la chiesa San Giacomo di Rialto. Santa Croce, le plus petit « sestiere » de Venise, à l’ouest de San Polo et longé par le Grand Canal; c’est là qe se trouve la gare Santa Lucia. Il doit son nom à la croix où le Christ fut crucifié. En s’égarant dans les petites rues plus calmes il est encore possible de dénicher des petits commerces d’alimentation et des petites cours où le linge sèche aux fenêtres. Mais beaucoup de visiteurs ne font que transiter par San Polo et Santa Croce, tout pressés qu’il sont de découvrir San Marco! Tant pis pour eux, du coup…

C’est encore un quartier plein de surprises, avec des beaux palais et des édifices religieux comme la basilica Santa Maria Gloriosa dei Frari, avec son campanile le deuxième plus haut de Venise. L’épicentre de San Polo est le Campo (la place) San Polo, deuxième en superficie après la Piazza San Marco. C’est curieux de voir un espace public si vaste, si aéré alors que les venelles étroites et les maisons hautes donnent parfois une impression parfois un peu oppressante. Des petites terrasses de cafés, des gosses qui jouent et les mamans qui papotent, nous sommes aux « antipodes » de San Marco! En allant vers Santa Croce, je passe devant une boutique réputée de masques de carnaval; des produits authentiques, pas des « chinoiseries » à deux balles made in tu-devines-où!

Venise: Santa Croce.
Venise: Campo San Polo.
Venise: Campo San Polo.
Venise: Campo Santa Margherita.
Venise: chiesa San Giacomo di Rialto.

Après cette journée intense, deux petites heures de repos dans le Canaregio avant de repartir. La soirée s’amorce déjà, j’ai trouvé un tout petit resto dans une mini-ruelle de San Polo, pas loin du Rialto. Je vais goûter une spécialité locale: le foie de veau à la vénitienne (fegato veneziano); un délice composé de foie avec des oignons et du vin blanc. Accompagné d’un petit verre de Soave (un p’tit blanc de Vénétie), et en dessert, des « bussolai », petits biscuits sablés à tremper dans un verre de Vin Santo, un vin de dessert de Toscane que je retrouverai en plusieurs occasions… Si je crie haut et fort qu’on mange et boit bien en Italie, tu seras d’accord avec moi? Je n’en doute pas.

Cantina do Spade – Calle Do Spade, 859 – quartier San Polo – https://cantinadospade.com

« Fegato veneziano ».
Vin Santo et « bussolai ».

Le crépuscule s’installe, je « traîne » un peu dans le Dorsoduro et je me retrouve au Campo San Barnaba, avec son puits et son église (un air de déjà vu? C’est celle qui appparaît dans « Indiana Jones et la Dernière Croisade »!). Un bar avec terrasse près de l’église, pas de touristes (il y a même des gens du coin qui viennent prendre un verre en bateau, en s’amarrant le long du canal!), je savoure un « Bellini », un savoureux cocktail vénitien à base de Prosecco et de purée de pêches blanches. J’ai presque des frissons tellement je suis bien…

Venise: chiesa San Barnaba.
Les petits bateaux amarrés, ce sont les clients du bar où j’étais…

L’île Murano.

Venise, ce n’est pas que San Marco et le Grand Canal. La ville fait partie d’une vaste lagune de 550km², qui compte plus d’une centaine d’îles. Certaines sont aisément accessibles en vaporetto et se visitent! C’est à la découverte de certaines d’entre elles que je t’emmène.

Ce matin, j’embarque pour une des plus courues, l’île de Murano. Il faut se rendre aux « Fondamente Nove », une série de quais au nord du Cannaregio, et prendre la ligne de vaporetto N°12. Le trajet dure 10 minutes, et l’espace de navigation dans la lagune est bien plus dégagé que sur le Grand Canal; il y a néanmoins pas mal de trafic, avec des bateaux de tous genres: taxis, transports de marchandises… mais pas de gondoles! Mais les vaporetti ont un genre de balisage à suivre, fait d’une double rangée de pieux, regroupés par 4 ou 5, appelés « bricole », servant à indiquer la profondeur navigable du chenal.

À ma droite, j’aperçois la petite île San Michele, qui est très particulière: en effet c’est le cimetière de Venise, facilement reconnaissable avec son mur d’enceinte et ses cyprès qui dépassent. Voici certainement l’un des seuls cimetières au monde où les défunts sont transportés en bateau (ça casse un peu le romantisme des gondoles…).

Voilà, l’île Murano est en vue! Le débarcadère, près du phare, donne tout de suite accès au petites rues de l’île, coupée en deux par un large canal traversé par un unique pont. Deux autres canaux plus petits serpentent dans Murano, c’est un régal de se balader le long de leurs quais bordés de maisons anciennes colorées et reliés entre eux par des petits ponts en dos-d’âne. Comme édifices religieux, la Basilica Santi Maria e Donato se partage l’île avec la chiesa San Pietro Martire.

Si tu as visité Venise avant moi (oui, j’ai vu quelques carnets!), parmi les boutiques de la ville tu as sûrement remarqué des boutiques un peu snob qui vendaient des objets de verre à des prix plutôt élevés. Eh bien c’est le verre qui a construit la réputation de Murano. Au 13ème siècle, les souffleurs de verre de Venise furent obligés par le Sénat de s’installer à Murano, en effet leurs fours étaient une source potentielle d’incendie et pouvaient ravager la Cité qui, à l’époque, construisait beaucoup en bois (cependant Ikea n’existait pas encore…).

Cette industrie verrière, prisée par l’Europe entière durant des siècles, alimente plutôt de nos jours la manne touristique vénitienne! Pour un(e) jeune, un stage à Murano comme souffleur de verre, c’est un peu comme passer sa license de conduite en Lamborghini! Les ateliers de souffleurs de verre sont toujours présents, il y en a qui sont ouverts à la visite. Sérieusement, c’est passionnant de les voir à l’oeuvre. Parfois, il y a même des gradins installés dans l’atelier pour que tout le monde profite bien du « spectacle ». Ensuite, passage obligé par la boutique! On n’est pas forcément contraint d’acheter, mais si ça te tente… Atention, la carte bleue peut chauffer très vite!

En complément, l’excellent et passionnant musée du verre de Murano, installé dans un ancien palais, te fera découvrir des pièces d’une finesse et d’une beauté telles qu’il faudrait se pincer pour se dire que non, on ne rêve pas, c’est bien l’esprit humain qui a créé ces merveilles. Maintenant, si tu veux acheter par exemple un service à verres en cristal, tu fais comme tu veux, mais vérifie quand-même le « plafond » de ta carte de crédit…

Dernière chose, petite adresse sympa pour manger: La Perla Ai Bisatei – Campo San Bernardo, 7.

Vue sur les Fondamente Nove.
Les doubles rangées de « bricole » pour baliser le trajet des vaporetti.
Atelier de verrerie à Murano.
Tours d’une verrerie.

Les îles Mazzorbo – Burano – Torcello.

À présent il est temps de reprendre le vaporetto 12 qui poursuit sa route vers une autre île très visitée: Burano. Enfin, disons que les « touristes » foncent tête baissée vers cette dernière, en négligeant tout à fait qu’elle est reliée par un petit pont en bois à une autre île, beaucoup plus discrète: Mazzorbo. Moi, c’est ici que je débarque, d’autant plus que le vaporetto s’y arrête avant Burano!

Nous ne sommes que trois à poser le pied sur l’île, et encore les deux personnes sont des habitants du petit village de l’île. Le ressenti est étonnant: la sérénité, le calme absolu avec les quelques maisons colorées qui se mirent dans le canal, les parcelles de vignes et les prairies aux alentours, et cet étrange vieux campanile abandonné un peu plus loin. Et pour rallier Burano, finalement pas besoin de bateau: une pont de bois relie les deux îles.

Île Mazzorbo.

Une fois franchi le petit pont, me voici sur l’île Burano. La transition est brusque avec le retour des visiteurs en nombre! Mais il faut reconnaître que cette île, même si elle est fréquentée, a un côté moins touristique, moins « étouffant » que certains coins de Venise; c’est très agréable d’arpenter ses quais le long de ces petits canaux avec des barques « garées » le long, comme des voitures dans une rue. Pas de boutiques de souvenirs extravagantes non plus, Burano est vraiment chouette à découvrir.

Mais l’atout « séduction » de Burano, sa carte-maîtresse, ce sont ces petites maisons, avec leurs façades bariolées de couleurs vives unies ! Rouge, jaune, vert, rose, bleu… Quel arc-en-ciel! La petite histoire raconte que ce sont les femmes qui peignaient les maisons afin que leurs maris, partis à la pêche, puissent reconnaitre leur maison au loin. Et aujourd’hui encore les habitants ont obligation de les repeindre chaque année. Impression visuelle au top! Même si deux ou trois maisons par ci par là sont assez délabrées.

Si on s’éloigne un petit peu de l’épicentre du village, on trouve des petites rues plus calmes. La chiesa San Martino est connue pour son campanile qui penche à cause d’un ancien tremblement de terre (Hé, la Tour de Pise, tu as de la concurrence!). Un mot encore sur la spécialité de Burano: la dentelle. Cete tradition remonte au 16ème siècle, quand les femmes de pêcheurs, habituées à repriser les filets, décidèrent de se diversifier avec la confection de ces dentelles.

Île Burano.
Île Burano.

Après Burano, partons découvrir une île à seulement cinq minutes de vaporetto: l’île Torcello! Voilà une île bien singulière, presque inhabitée (une vingtaine d’habitants maximum), coupée en deux par un paisible canal qu’on peut longer à pied. Je dois dire que c’est un peu déroutant de savoir que Torcello fut l’île la plus peuplée de la lagune (jusqu’à 20.000 âmes au 10ème siècle!), avec un port prospère, et que c’est dans cette île que les Romains s’installèrent en premier pour fonder, au 6ème siècle, ce qui sera la Cité de Venise.

Alors quoi, que s’est-il passé? A partir du 12ème siècle, la lagune s’envasa progressivement. Puis la malaria chassa de très nombreux habitants vers les îles voisines de Burano et Murano, voire vers Venise. Et c’est maintenant quasi une « île-fantôme »… Très peu d’édifices ici, sauf la cathédrale Santa Maria Assunta, le plus ancien édifice de la lagune , connu pour ses mosaïques, et la chiesa Santa Fosca, de forme octogonale.

Île Torcello.

Petit aparté pour te parler d’une autre calamité à Venise (autre que les touristes 🤡). Qui dit Venise dit canaux et lagune, qui dit canaux dit eaux stagnantes, qui dit eaux stagnantes dit… 🦟🦟 moustiques!! Ces petits salopards (dont les psychopathes de l’espèce, les « tigres ») s’en donnent à coeur joie par ici! Alors, tu as doublement intérêt à mettre un répulsif efficace dans tes bagages avant de débouler dans la Cité des Doges! Accessoirement, moi je prends un mini-flacon d’huile essentielle de lavande, c’est pas trop leur trip…

L’après-midi bien entamé, il est temps de prendre le vaporetto qui me ramènera à Venise en 40 minutes. Je profite de ma dernière soirée pour retourner me balader dans le Castello, où je déniche une petite trattoria au hasard (en italie c’est un petit resto pas cher). Je saisis l’occasion de goûter une autre spécialité vénitienne, les « spaghetti al nero di sepia », autrement dit des pâtes recouvertes d’encre de seiche. C’est assez curieux visuellement, car l’assiette est presque noire, mais le goût de la mer en fait oublier l’aspect!

La nuit est tombée. Je contemple une dernière fois la Piazza San Marco illuminée (et toujours aussi bondée), ensuite je m’offre en « apothéose » la remontée du Grand Canal en vaporetto; quand il fait noir, et que les palais sont éclairés, ça donne une touche encore plus magique! Dernière nuit à Venise…

BILAN: Sublime Venise! Elle m’a vraiment charmé, ensorcelé même! On peut maudire ces hordes de touristes parfois bien incivils, ces foutus bateaux de croisière qui détruisent la lagune, mais on ne peut pas détester les canaux, les quartiers populaires, la lagune… La Ville voudrait néanmoins, à long terme, attirer (beaucoup) plus de touristes dans le Castello ou le Cannaregio, des quartier encore bien vénitiens, histoire de désengorger son épicentre… Ne commets pas cette aberration, Venise, c’est comme si tu te tirais une balle dans le pied, et une autre dans le coeur des vrais vénitiens…

« Venise, c’est comme manger une boîte entière de chocolats à la liqueur d’un seul coup. »
Truman Capote (1924-1984), écrivain américain.

Padoue.

Je quitte Venise aujourd’hui matin, et je rejoins la gare Santa Lucia pour embarquer dans un train régional, à destination d’une petite ville 40km au sud-ouest: Padoue! Il faut à peine 30 min de trajet pour rallier la gare de Padoue, qui est assez excentrée du centre-ville; alors soit on marche 2 km, soit on prend un tram ou un bus (le réseau de la ville est bien maillé et efficace).

Padoue (Padova): Bien peu de personnes savent la situer sur une carte, mais tout le monde a déjà entendu ce nom. C’est une ville de pélerinage, voué à Saint-Antoine, qui est mort ici, et dont le corps repose dans la basilique du même nom. Par contre, il naquit au Portugal, dont il est le saint patron.

La voilà justement, cette basilique. Le style de l’édifice est un peu hétéroclite: roman, gothique, byzantin… A l’intérieur, rien de vraiment grandiloquent, mais l’endroit vibre d’une ferveur, d’une dévotion pour le Saint, dont le tombeau est touché respectueusement chaque jour par des dizaines de fidèles (du moins c’était comme çà en 2017…). Ses reliques se trouvent un peu plus loin, vers le choeur. Au-delà de la basilique se succèdent trois cloîtres. Et à une dizaine de minutes de marche, l’abbaye Santa Giustina côtoie l’immense Prato della Valle, qui est une des plus vastes places d’Italie.

Basilique Saint-Antoine-de-Padoue.
Prato della Valle.