Partager la publication "Autriche – 1ère partie: de Innsbruck au Wolfgangsee – 2026."
Après une semaine entière à explorer le sud de la Bavière, à présent je mets les voiles sur le pays d’à côté, qui présente pas mal de similitudes avec le plus grand Land d’Allemagne. Cap sur l’Autriche donc, avec ses paysages montagneux d’une beauté phénoménale, ses lacs qui donnent l’illusion d’être en Italie, ses grandes villes (Salzburg, Innsbruck, Vienne) qui savent si bien combiner l’Histoire, la culture et la gastronomie… Je t’emmène à la découverte du pays de Mozart, de Romy Schneider et d’Arnold Schwarzenegger, au gré de panoramas somptueux, d’abbayes baroques et de petits-déjeuners dans les cafés viennois… À noter que je scinderai ce voyage en deux carnets distincts.
- Mais d'abord, les présentations…
- Innsbruck, la Capitale des Alpes.
- La cristallerie Swarovski, Alpbach et Rattenberg.
- La vallée de Zillertal et les chutes de Krimml.
- La mythique route du Grossglockner.
- Heiligenblut et le Kaiser-Franz-Josefs-Höhe.
- Halstatt: la "carte postale" victime de son succès…
- Les lacs du Salzkammergut.
- PREMIER "DEBRIEF" DU VOYAGE:
Mais d’abord, les présentations…
Situer l’Autriche sur la carte n’a rien d’insurmontable. Elle s’emboîte entre le sud de l’Allemagne, la Tchéquie au nord, la Slovaquie et la Hongrie à l’est, la Slovénie et l’Italie au sud, la Suisse et le Liechtenstein à l’ouest. 8 pays frontaliers, pas mal quand-même! Dommage cependant qu’elle ne soit pas bordée par la mer… J’ai toujours trouvé qu’elle avait un peu la forme d’une guitare, ou d’un violon, ce qui est justifié pour un pays qui a vu naître la dynastie des Strauss! D’autres disent une cuisse de poulet, ou une poire. Mouais, pourquoi pas? En superficie, l’Autriche n’est ni trop grande ni trop petite: presque 84.000 km², soit deux fois plus grande que la Suisse, mais environ 7 fois plus petite que la France, pour une population de 9,2 millions d’habitants. C’est une république fédérale parlementaire composée de 9 États fédéraux appelés Länder.
Son illustre capitale, c’est Vienne. Elle a un drôle d’emplacement, tout à l’extrémité est du pays, c’est inhabituel pour une capitale! Mais il faut savoir que durant des siècles, Vienne a été la capitale de l’Empire des Habsbourg, puis de l’Empire austro-hongrois, qui était fichtrement plus vaste que les contours actuels du pays, ce qui lui conférait une position plus « centrale ». Sa langue officielle est l’allemand (héritage du Saint-Empire romain germanique), avec quelques nuances lexicales dans certains mots de la vie quotidienne. Exemple: pomme-de-terre, qui se dit kartoffel en Allemagne, mais erdapfel en Autriche.
Sa monnaie, c’est l’euro. Autrefois, c’était le shilling autrichien. Petite info méconnue: la Banque Nationale d’Autriche permet toujours d’échanger les billets et pièces en schillings contre des euros, sans date limite. Côté électricité, c’est du 230 volts, pas besoin d’adaptateur si on vient de France ou de Belgique. Pour ce qui est de sa géographie, plus de 60% de l’Autriche est accaparée par les reliefs montagneux des Alpes, avec le Grossglockner comme point culminant, affichant fièrement ses 3798 m. Le beau Danube bleu lui fait l’honneur de traverser son territoire sur 350 km, passant par Linz, Melk et Vienne, avant de continuer vers Bratislava en Slovaquie.


Un ancien billet de 500 schillings autrichiens:

Son drapeau:

Son hymne:
Son code d’immatriculation:

sur les immatriculations internationales, se basant uniquement sur l’alphabet latin.
La première lettre W indique la ville d’immatriculation, à savoir Vienne (Wien).
Que pourrais-je ajouter d’autre avant de poursuivre le périple? Ah oui, bien sûr, le petit rituel: le décor est planté, on peut y aller! ®
Innsbruck, la Capitale des Alpes.
Si tu as suivi mon carnet précédent, on s’était fixé rendez-vous pour la suite à la gare de Munich, au terme de mon périple en Bavière. C’est d’ici que je vais poursuivre le voyage vers l’Autriche, en prenant la liaison qui m’amènera à Innsbruck. Il est 13H30, j’ai pas mal de marge puisque mon train part à 15H23. Ce sont les deux compagnies Deutsche Bahn (DB) et ÖBB (Österreichische Bundesbahnen) qui gèrent conjointement les liaisons entre les deux pays. Pour ce trajet, ce sera la ÖBB avec un train Railjet, dont le confort et la modernité font autorité en Europe. Le parcours jusque Innsbruck durera environ 2 heures, après quoi le train poursuivra sa route jusqu’à Bologne en Italie, où il arrivera peu après 22 heures.



J’arrive à la gare de Innsbruck peu avant 17h30. Il fait chaud, mais ce ne sont que les prémices de cette vague de chaleur qui va monter en puissance au cours de jours à venir (certaines journées seront compliquées!). Je me suis choisi une petite chambre Airbnb un peu au nord de la vieille ville, dans un coin tranquille près du parc Hofgarten. Histoire d’avoir mon premier contact avec la ville, j’y vais à pied, c’est l’affaire de 20 minutes.
Me voici donc officiellement en Autriche, à Innsbruck, surnommée la « Capitale des Alpes ». Ce n’est pas un hasard, vu sa position géographique: elle est littéralement cernée par des montagnes de 2000 m à 2500 m d’altitude! C’est aussi la capitale du Tyrol, et elle eut se targuer d’avoir accueilli deux fois les Jeux Olympiques d’hiver, en 1964 et 1976. Elle est traversée par la rivière Inn, d’où est venu le nom de la ville: Innsbruck, « le pont sur l’Inn ». Comme il est déjà passé 18 heures, la vraie visite de la ville, ce sera pour demain. Pour l’instant, je m’installe et je fais un petit tour dans les environs proches de mon Airbnb. Je peux déjà observer l’architecture éclectique de ce quartier un peu excentré, mêlant Renaissance et Art Nouveau. Et ces maison colorées, n’ont-elles pas un petit air de Bavière? J’aime bien, c’est vraiment beau, sans être trop chargé ni oppressant.




Avant de me balader dans le parc Hofgarten, je mangerais bien un truc simple et rapide. Justement, à un angle du parc, face à la rivière, voilà un petit stand de street food qui ne paie pas de mine, mais qui est une petite institution en ville: le Grill Imbiss Rennweg, réputé pour ses saucisses grillées, à l’ambiance vraiment populaire et fréquenté par les locaux depuis des lustres. Sans trop savoir, je choisis une « Bosna », on verra bien. Ah, c’est copieux! C’est une longue baguette dans laquelle on glisse deux grosses saucisses, des oignons, de la moutarde et du curry. Plutôt bourratif! Pourquoi Bosna? Bien que ce soit une invention autrichienne, ce nom lui vient de l’utilisation d’épices comme le curry (en poudre et non en sauce comme en Allemagne), évoquant les plats relevés des Balkans, comme les ćevapi de Bosnie. Bon, et pour faire glisser tout çà, une petite bière? Non,pas tout de suite, car je veux essayer le soda fétiche des autrichiens, créé en 1957: l’Almdudler! Son goût unique lui vient d’un mélange de 32 herbes de montagne (dont la mélisse, la sauge, la gentiane et le sureau), qui lui donne cette saveur mi-sucrée mi-acidulée. Et bonne nouvelle, il ne contient aucun conservateur ni arôme artificiel. On pourrait dire que c’est la version liquide du bonbon Ricola! Il me rappelle de loin le Cockta slovène. On le trouve en cannette et en bouteille.


Je déguste ma première spécialité autrichienne sur un banc du Hofgarten, ce parc historique de 10 hectares a vu le jour au 15ème siècle, et s’est étoffé au fil du temps jusqu’à devenir ce havre de paix sillonné par des sentiers et jalonné de bassins et de fontaines. Et on peut marcher et pique-niquer sur les pelouses!
Le soir tombe, ainsi que les premières gouttes d’une grosse averse que je n’avais pas vu venir. Faut dire qu’en montagne, la météo est aussi versatile que rapide à changer! Le tonnerre gronde au loin, j’espère que je n’aurai pas droit à un remake de l’orage bavarois de la semaine passée! Finalement non, il est resté de l’autre côté des montagnes…



Le tramway de la ligne 1 passe à 50 mètres à peine de mon hébergement, c’est l’occasion de tester les transports publics de la ville, forts de plusieurs lignes de bus et de 6 lignes de trams. Un ticket 24H te coûtera environ 3,50€. En 5 minutes, je suis aux portes de la vieille ville. Je m’engouffre dans ce lacis de petites ruelles bordées de hautes maisons colorées, passant parfois sous des porches imposants, où les petits commerces existent toujours. Un petit air d’Italie, je trouve… Quelques édifices religieux intéressants à voir, comme l’Église des Jésuites ou la cathédrale Saint-Jacques (Dom zu Sankt Jakob), avec sa façade baroque incurvée.







Je prends mon premier petit-déj’ à l’autrichienne: un bon café accompagné de deux strudels; cette pâtisserie emblématique est faite d’une pâte extrêmement fine enroulée autour d’une garniture sucrée ou salée, puis cuite au four et saupoudré de sucre glace. J’en prends un aux pommes (le grand classique) et l’autre aux cerises. Strudel, ça veut dire tourbillon en français, rapport aux spirales formées par la pâte.
Strudel Cafe Kroll – Hofgasse 6.

Au coeur de la ville médiévale, sur la Herzog-Friedrich strasse, voici la star de Innsbruck. Non, ne cherche pas autour de toi, en fait il faut lever la tête. Face à toi, cet opulent bâtiment était autrefois la résidence princière des souverains du Tyrol; et au-dessus de son balcon, un petit toit. Non pas fait de tuiles, mais de bardeaux en cuivre recouverts d’or, et du vrai! Le petit toit d’or (Goldenes Dachl) , réalisé sous Maximillien Ier, est autant une claque visuelle qu’une petite prouesse artistique. Ce ne sont pas des feuilles d’or, mais une technique appelée dorure au mercure: un mélange d’or et de mercure était appliqué sur le cuivre, puis on chauffait le tout pour faire évaporer le mercure, et faire se déposer l’or directement sur le cuivre. Le gros problème, c’est que les doreurs ne faisaient pas de vieux os, le mercure étant d’une toxicité effrayante…


La rivière Inn est juste à 200 mètres, je vais y faire un petit tour, traversant le fameux pont qui a donné son nom à la ville. Les points de vue sont magnifiques, que ce soit vers la vieille ville ou vers le quartier de Mariahilf, sur l’autre rive, avec les montagnes en arrière-plan. Une des « cartes postales » de Innsbruck, avec le petit toit d’or…


Au-delà de la la Herzog-Friedrich Strasse, l’artère principale de la vieille ville, commence la grande et longue rue commerçante Maria-Theresien Strasse, avec sa ribambelle de boutiques et restos, et la colonne Sainte-Anne (Annasäule), érigée en 1706 pour commémorer la libération de la ville des troupes bavaroises. D’ici, la vue sur les montagnes est un vrai rêve éveillé.
En tout cas il fait chaud encore aujourd’hui (je crains que ce leitmotiv ne revienne souvent dans mes deux carnets…), et l’important c’est de rester à l’ombre le plus possible et de s’hydrater! Je ne parle pas forcément de bière ou de vin, mais d’eau bien fraîche. Je crois que l’Autriche est le paradis des assoiffés: que ce soit dans les grandes villes ou les petits bleds de montagne, tu trouveras toujours sans faute une ou plusieurs fontaines d’eau potable, d’excellente qualité, et qui vient tout droit des nombreuses sources alpines du pays.







Une autre spécificité autrichienne, et surtout à Innsbruck, c’est la profusion d’enseignes en fer forgé, qui servaient autrefois à identifier tel ou tel commerce, une partie de la population ne savait ni lire ni écrire. Certaines indiquent toujours l’une ou l’autre boutique, les autres ayant été conservées comme témoignages historiques.





Il est presque midi, allons manger! J’ai hâte de me frotter pour la première fois à la cuisine tyrolienne! Dans une petite ruelle près du Palais Impérial, se trouve le Stiftskeller, un grand resto qui possède un biergarten à l’arrière, et qui sert la fameuse bière munichoise Augustiner-Bräu. Tiens donc? Il y a une raison à cela: l’établissement appartient à la fondation munichoise qui possède la brasserie Augustiner, c’est celle-ci qui a financé la rénovation et la réouverture du Stiftskeller en 2008. Bref, pour commencer, ce sera une des soupes les plus connues du pays: la Frittatensuppe, une soupe de bouillon de bœuf garnie de lanières de crêpes salées. C’est marrant çà… c’était un plat traditionnel de l’ancien Empire austro-hongrois, issu d’une astuce « anti-gaspi » consistant à utiliser les restes de crêpes de la veille. Pas con! Mon plat principal, consistant et calorique, c’est le fameux Käsespätzle, en gros c’est la version tyrolienne des macaronis au fromage, servi traditionnellement dans une poêle en fer ou en fonte. Première constatation: la cuisine autrichienne cale bien son homme!
Stiftskeller – Stiftgasse 1/7.


Un coup d’oeil au Palais Impérial (Hofburg) de Innsbruck, tout près d’ici, qui a accueilli du beau linge: l’empereur Maximilien 1er, l’impératrice Marie-Thérèse, la mythique Sissi… Non, je ne l’ai pas visité, car j’ai appris que les photos y étaient interdites. Tiens, ça me rappelle quelque chose, du côté de la Bavière… Aïe, j’espère que ce ne sera pas partout comme çà!!


Par contre, j’ai bien l’intention de voir de plus près cet édifice qui fait partie du même ensemble que le Hofburg: l’Église de la Cour (Hofkirche), une merveille mêlant architecture gothique, initiée au 16ème siècle par l’empereur Ferdinand Ier, qui comptait en faire un mausolée colossal à la gloire de son grand-père, l’empereur Maximilien Ier. Il faut avouer qu’il n’a pas fait dans la demi-mesure: le tombeau est spectaculaire! Il est entouré des deux côtés d’une « garde d’honneur » de 28 statues de bronze grandeur nature, représentant les ancêtres réels ou légendaires de la dynastie des Habsbourg. Initialement elles devaient être 40. On les appelle les « Bonshommes noirs » (Schwarze Mander); c’est un peu erroné, vu que cette joyeuse troupe comprend aussi 8 femmes. Ah, un détail super intéressant sur le tombeau de Maximillien Ier: il est VIDE. Ben non, pas d’empereur dans la boite! Une vraie histoire de fou: au moment de quitter ce monde, l’ami Max change brutalement d’avis et veut être inhumé dans la chapelle Saint-Georges du château de Wiener Neustadt, pas loin de Vienne, soit à 500 km de Innsbruck! Le corps sera bien transféré, mais le reste capote à cause d’un sacré problème de logistique : le tombeau et les statues (certaines pesant près de 2 tonnes) n’auraient pu prendre place dans la chapelle se trouvant à l’étage du château, car leur poids excessif aurait fait s’effondrer le sol! Donc, tout est resté à Innsbruck. Complètement dingue, non?










Je vais maintenant m’excentrer un peu de la vieille ville, juste à 3 km au sud. Pour ce faire, je fais le trajet avec le tram, dont la ligne 1 est un vrai « fil conducteur » si on veut voir les points d’intérêt principaux de Innsbruck, y compris la Hauptbahnhof. Et où je vais comme çà? Jusqu’à son terminus sud, en descendant à l’arrêt Bergisel. Ce nom n’évoque peut-être rien pour les novices, mais pour les mordus de saut à ski, l’endroit c’est comme le Saint-Graal. La colline de Bergisel a accueilli les épreuves de saut à ski des Jeux Olympiques en 1964 et en 1976, ainsi que les cérémonies d’ouverture de ceux-ci. Et de nos jours, c’est pour l’incroyable tremplin aux allures futuristes de 50 m de haut. C’est la mouture modernisée de l’ancien tremplin, celui qui à connu les J.O.
L’accès au sommet est payant. Pour grimper là-haut, soit on gravit les 455 marches ou on emprunte un mini funiculaire moderne qui y mène seulement 2 minutes. Je remarque que la pente du tremplin est recouverte d’un genre de gazon synthétique; et voici que des jets d’eau en arrosent la surface. Depuis quand on fait pousser de l’herbe synthétique? Quelques secondes après, je comprends: comme un aigle en combinaison moulante, un skieur a pris son envol pour se réceptionner comme une fleur en bas de la pente! Impressionnant. Et après l’effort, le réconfort: le gars remonte avec le funiculaire… Inutile de dire que du sommet, la vue sur Innsbruck et sur les montagnes est sublimissime!



Je regagne le centre-ville en début de soirée pour retourner me balader dans les allées du Hofgarten et me reprendre un bon gros sandwich bosna au stand d’hier soir. La découverte de Innsbruck aura été une belle entrée en matière pour débuter ce voyage en Autriche. Un peu délaissée au profit de Vienne et Salzburg, elle cache pourtant bien son jeu et possède un environnement montagneux exceptionnel.
La cristallerie Swarovski, Alpbach et Rattenberg.
Je quitte donc Innsbruck en direction de son aéroport, non pas pour prendre l’avion mais pour récupérer ma voiture de location qui m’accompagnera pendant 8 jours. Depuis la Hauptbahnhof, la meilleure option est le bus de la ligne F qui part toutes les 20 minutes environ pour 20 minutes de trajet. Simple et efficace. Je récupère ma voiture (une Hyundai I20, bon modèle) que je restituerai en fin de location à l’aéroport de Vienne. Direction l’est de Innsbruck, mon premier arrêt sera au… supermarché, pour le rituel (que tu connais) du pack de bouteilles d’eau. Je n’en prends qu’un, j’aurai tout loisir de remplir mes bouteilles à discrétion aux nombreuses fontaines d’eau potable que je croiserai en chemin. Côté supermarchés, Spar (enseigne présente dans plus de 20 pays européens!) se taille la part du lion, suivi de Lidl, Hofer, Billa ou encore MPREIS, très présent dans le Tyrol. Attention, sauf rare exception, tous sont fermés le dimanche!




À proximité de la petite ville de Wattens, voici un endroit plutôt étonnant en plein coeur du Tyrol: la prestigieuse cristallerie Swarovski (Swarovski Kristallwelten), créée en 1895 par Daniel Swarovski, profitant ainsi de l’énergie hydraulique de l’Inn pour faire tourner ses machines de découpe et de polissage. Et en 1995 , soit un siècle après, la marque crée un lieu aussi unique que magique pour remercier ses clients et ses employés, carrément: non pas un musée figé et sans âme, mais un véritable parcours à thème, sublimant au plus haut point la magie du cristal. Je ne suis pas très « bling-bling », tu le sais, mais cette fois j’avoue que ça titille ma curiosité! Visuellement, ça pourrait être très intéressant…
L’accès au site se fait par un parc, où on se retrouve face à un bassin dans lequel une tête géante recouverte d’herbe, avec des yeux de cristal, déverse de l’eau par la bouche. Ici on l’appelle le « Géant Vert », mais celui-ci n’a rien à voir avec les petits pois… C’est la star, l’emblème des lieux! L’entrée se trouve à côté de la tête. Et le spectacle féérique peut commencer. À travers plusieurs salles d’expositions, souvent dans la pénombre pour mettre en valeur les scintillement du cristal à l’aide de LED ou de lasers, on s’en prend plein les yeux, et c’est encore un sacré euphémisme; d’autres salles disposent de jeux de miroirs qui donnent l’impression d’avoir pénétré dans un film de conte de fées. Ce jeu d’ombre et de lumière parvint même à faire oublier la présence des autres visiteurs, mais aussi à faire presque perdre ses repères visuels: où est le sol, où sont les murs? On en arrive à marcher parfois à tâtons, un peu comme dans l’attraction foraine, tu sais, le « palais des glaces ». Je ne pensais pas que l’expérience serait aussi « sensorielle »… J’en suis sorti enchanté, mais sans m’attarder à la boutique, parce que le prix de certains articles (boucles d’oreilles, bracelets…) comportent 3 chiffres, je passe mon tour. Quant aux pièces d’art d’exception, destinées aux collectionneurs au compte bancaire mieux garni que le mien, ça peut s’envoler jusqu’à 40.000 Euros!!










Mon prochain arrêt est Alpbach, à 35 km de Wattens. L’environnement montagneux est de plus en plus beau, et les chalets tyroliens de plus en plus présents. Alpbach est souvent cité comme le « plus beau village d’Autriche », moi je ne demande qu’à vérifier! Alors oui c’est sacrément joli, tous ces chalets en bois aux balcons fleuris, de style tyrolien pur et dur, sans qu’aucune nouvelle construction bizarroïde ne vienne entacher l’ensemble. en effet, une loi d’urbanisme local de 1953 impose l’architecture régionale traditionnelle, mais au sens presque militaire, c’est quasiment au centimètre près!
Très beau est le résultat, mais tu connais l’expression « trop beau pour être vrai ». Peu de tourisme de masse, pas de groupes s’extirpant d’autocars… Tant mieux, me diras-tu, mais le souci c’est que Alpbach est trop tranquille. Je sais pas, toutes ces maisons qui se ressemblent au linteau près, ce manque de vie locale (je ne vois pas de vieux qui
papotent, de linge qui sèche, même pas un petit truc de travers..;), ça sonne un peu faux tout çà, on dirait une maquette grandeur nature. Où sont donc les habitants? Et j’ai fait une analogie qui va te surprendre: celle du village de Portmeirion au Pays de Galles, idyllique, coloré mais artificiel, où a été tournée la série « Le Prisonnier » avec Patrick McGoohan. Ici à Alpbach, je dirais que le système de surveillance est représenté par ces exigences architecturales méga strictes… Enfin, sans vouloir faire mon rabat-joie, j’invite chacun(e) à se faire sa propre idée.








Pour trouver davantage d’authenticité, il faut s’éloigner du village au gré de petites routes étroites qui sillonnent les alentours. Pourquoi ne pas aller manger ce midi dans une jausenstation? Ah, c’est quoi çà? En gros, c’est comme qui dirait un snack bar alpin, une taverne rustique près d’une ferme, où on peut casser la croûte copieusement pour pas cher. Il y en a des tas dans le Tyrol! Je jette mon dévolu sur la jausenstation Zottahof, à 3 km de Alpbach. Et quand je te dis que c’est copieux, c’est du sérieux: regarde-moi la taille et l’épaisseur de cette omelette au lard et au fromage! Un client attablé à proximité (pourtant autrichien) est même venu me demander si c’était une pizza, vu la taille de l’engin! Comme boisson, je me suis pris un Almdudler, en bouteille de verre cette fois. Par contre, j’ai tenu absolument à tester la « célébrité » de la maison: l’étrange löffelmilch (autrement dit « lait à la cuillière), un grand verre de lait chaud avec un subtil ajout de cannelle et un ajout plus « conséquent de rhum et de vin blanc. Une saveur surprenante, qui m’a un peu rappelé l’Eierpunsch des marchés de Noël.





À 10 km à peine de Alpbach, voici la petite ville médiévale de Rattenberg, bordée par l’Inn, le cours d’eau qu’on avait déjà rencontré à Innsbruck. Là, ce n’est plus la même ambiance (façon de parler) qu’à Alpbach. Exit les chalets uniformisés et le calme presque oppressant, ici les ruelles pavées et les maisons colorées affichent leurs petits défauts et leur patine sans en avoir honte. Et il y a une vraie vie de village, avec les bars, les petits commerces où les locaux viennent faire leurs emplettes… Le contraste est saisissant!








La vallée de Zillertal et les chutes de Krimml.
Je repars vers le sud, laissant Alpbach derrière moi pour entrer dans la large vallée de Zillertal, propice à la rando en été, au ski en hiver. Arrivé au niveau de Zell am Ziller, je bifurque à gauche vers la vallée de Gerlostal, latérale à celle de Zillertal. La route sinueuse commence à grimper pour atteindre un peu plus de 1200 m d’altitude au village de Gerlos. Pour cette nuit, je pose mon sac 3 km avant Gerlos, dans le paisible hameau de Gmund. La Pension Alpengruss est une structure familiale à taille humaine et pas trop chère (ce qui n’est pas toujours gagné en Autriche!), et la famille qui la gère possède aussi une petite ferme. Les gosses adorent rencontrer les animaux, et puis les petits-déjeuners avec des produits frais de la ferme, c’est mémorable!
Après un repas du soir très sympa et convivial, j’irais bien me dégourdir les jambes avant la tombée de la nuit. La Gerlostal comprend 5 autres vallées latérales, dont la Wimmertal, la plus proche d’où je suis justement. Je vais aller y faire quelques pas, tiens. Je traverse d’abord le pont de bois qui franchit un petit torrent, avant d’attaquer un sentier qui monte en zigzags à travers les bois. À peine 1 km plus loin, la perspective se dégage sur un majestueux décor de montagnes, où s’accrochent encore quelques pans de neiges éternelles. Au milieu de la vallée serpente une piste, qui suit plus ou moins le cours du torrent que j’ai franchi auparavant. C’est un avant-goût de la petite rando de rêve que je ferai demain matin…








Le lendemain matin, après un vrai petit-déj’ digne de ce nom, je suis fin prêt pour une petite rando matinale à la fraîche. J’ai choisi la vallée de Schwarzachtal pour cette balade. À 1 km de Gmünd, il faut repérer un gros chalet de bois le long de la route et prendre le petit chemin bordé de barrières en bois. Pas de parking à proprement parler, mais on peut se garer facilement sur les bas-côtés. Le début du sentier se trouve au niveau d’une barrière qu’il faut refermer derrière soi. Attention à bien prendre en considération le panneau indiquant de foutre la paix aux vaches accompagnées de leurs veaux. Si elles perçoivent un promeneur ou un chien en laisse trop proche comme une menace, elles peuvent charger, elles ne sont pas si placides que çà! Mais il y aura toujours un crétin qui tentera de faire un selfie avec le joli petit veau, ooh qu’il est mignon! Ce ne sont pas des vaches de carte postale, l’ami…

C’est davantage une piste qu’un petit sentier, car cette voie est utilisée par des éleveurs qui font paître leur bétail dans la vallée en été et y fabriquent du fromage. Elle longe un petit ruisseau énergique qui dévale entre les rochers. Le décor est magnifique, on s’en doute! Les montagnes, les prairies en pente douce, les conifères (surtout des épicéas) poussant sur les pentes… On touche au sublime. Au trajet aller, je n’ai croisé personne; au retour, à peine une dizaine de randonneurs. Il me semble qu’au niveau touristique, c’est encore assez confidentiel, avec une fréquentation locale. J’ai fait le bon choix, dirait-on.





Arrivé à une bifurcation, la piste continue vers la gauche, traversant un mini hameau composé de quelques vieilles bâtisses en bois, servant de grange à foin ou d’étable; c’est ici que les éleveurs de vaches prennent leurs quartiers d’été. Ah, y en a qui sont bien chanceux! Le sentier qui descend à droite rejoint la Jausenstation Schwarzachalm, qui propose quelques petits plats tyroliens et un panel de bonnes bières autrichiennes ou allemandes. Je me prends juste une petite mousse avant de retourner à mon point de départ.








Je reprends donc la voiture pour un court trajet de 25 km vers l’est, à proximité du village de Krimml. Mais le bourg reste bien moins connu que la merveille naturelle qui y gronde à proximité: les fameuses chutes de Krimml, les plus hautes d’Autriche et d’Europe centrale, qui dévalent d’une hauteur de 380 m en plusieurs paliers. Parking payant (oui, y a pas qu’en Allemagne), mais en achetant le Kombi-Ticket qui donne accès au l’entrée au centre Krimml Worlds of Water (WasserWelten), en présentant le ticket de parking tu en obtiens la gratuité. L’idée est bonne. L’endroit comporte un petit musée dédié à l’eau potable, ainsi qu’un parcours extérieur ludique et éducatif, très apprécié des enfants.
Mais si on vient ici, c’est surtout pour voir ces cascades rugissantes de près! Le « sentier des cascades », jalonné de plusieurs points de vue, permet parfois de s’en approcher au plus près, au point d’être bien mouillé par les gouttelettes produites par toute cette flotte qui dévale avec une puissance incalculable. Bon, ce n’est ni les chutes Victoria ni celles d’Iguazu, mais leur configuration très verticale leur donne vraiment cette impression de force brute. D’autant plus qu’en juin, la récente fonte des neiges leur fait atteindre leur débit maximum!








La mythique route du Grossglockner.
Depuis Krimml, je roule vers l’est sur environ 60 km, et au niveau de Zell am See, j’emprunte la route 107, beaucoup plus connue sous le nom de Haute route alpine du Grossglockner (Grossglockner Hochalpenstrasse), qui est considérée (à juste titre, j’en réponds!) comme la plus belle route d’Autriche. Cette route de légende court sur 48 km, au gré de 36 virages numérotés, traversant des paysages exceptionnels, et son point le plus haut atteint 2504 m d’altitude. Elle a été construite dans les années 1930 pour booster le tourisme dans cette région, ainsi que pour résorber le chômage qui sévissait dans le pays. En hiver, elle est totalement fermée à partir de novembre (les chutes de neige peuvent être apocalyptiques) et ne rouvre en général que début mai. Dernier détail: je quitte à présent le Tyrol pour le Land de Salzburg, pour me retrouver ensuite, à l’extrémité sud de la route, en Carinthie.
Sache-le d’emblée: la route du Grossglockner est soumise à un péage! On ne peut pas parler d’une somme modique car il s’élève à 46,50€ pour les voitures. Que ce soit en cash ou avec une carte, faut reconnaître que c’est un coût. Justifié? Oui, pour diverses raisons. Il sert à soulager bigrement les frais monstrueux d’entretien de la route et son déneigement titanesque au printemps; on parle ici de couches de neige de plusieurs mètres de haut! Sans parler des éboulements rocheux et de la dégradation du revêtement. Et puis, c’est une route touristique: les points de vue, les parkings, les points de restauration… tout cela entre en ligne de compte. Alors oui, c’est plus cher qu’un péage d’autoroute, mais on évolue dans un décor d’anthologie. Comme nous allons le voir tout de suite.
Je passe donc le péage nord de Ferleiten, m’acquittant du précieux sésame. Attention: ne jette pas ce ticket, il peut t’être utile dans un cas particulier que j’expliquerai plus tard. Hé bien, c’est parti, que le spectacle commence! J’attaque les premiers virages, ça grimpe et ça ne fera que grimper pour un bon bout de temps. Le décor est un rêve éveillé, c’est majestueux, on n’est pas en haute montagne pour rien. N’en déplaise aux bavarois, on est plusieurs crans au-dessus des Alpes bavaroises (qui, à leur décharge, sont plutôt en moyenne montagne)!






À moins de démarrer très tôt, les chances de se retrouver seul sur cette route sont quasi nulles. Attention, instant « coup de gueule »: pourquoi les motards et certaines voitures de sport se sentent-ils obligés de dépasser le plus grand nombre de voitures possible et de passer les virages comme des dératés? C’est pas le Nürburgring ici! Qu’on ne vienne pas me dire qu’ils profitent du paysage de cette façon… Que dire? Bande de cons, peut-être… Enfin que soit, j’arrive à une bifurcation; sur la gauche, une petite route pavée à lacets très serrés conduit au fantastique point de vue de l‘Edelweißspitze, à 2571 m d’altitude, soit un peu plus haut que le point culminant de la route du Grossglockner elle-même. Il y a des motards qui montent et descendent, le parking n’est pas immense, mais y a toujours moyen. Le vue panoramique à 360 degrés sur les Alpes autrichiennes, avec tous ces sommets de plus de 3000 mètres, laisse sans voix. La petite auberge Edelweisshütte permet de se mettre quelques petits plats ou une bonne bière derrière la cravate.






Je rejoins la route du Grossglockner pour passer à proximité du Fusher Lacke, un tout petit lac aux eaux limpides cerné par les montagnes. Mais au fait, si c’est un lac, pourquoi on ne dit pas « See »? C’est sa taille liliputienne qui visiblement ne lui confère pas le droit d’être dénommé ainsi, à l’instar des grands lacs autrichiens du Zeller See ou du Traunsee. En allemand, lacke signifie « flaque d’eau », et cela désigne les mini-lacs de ce style, de façon un brin ironique en guise de comparaison avec leurs grands frères.
Un peu plus loin, une étrange machine bleue à chenilles est postée sur le bas-côté. C’est un vrai monument historique: il s’agit d’un des quatre chasse-neige « originels », en service depuis 1953, et qui encore de nos jours, se réveillent au printemps pour affronter vaillamment des murailles de neige de plusieurs mètres de haut. Ils étaient cinq autrefois, mais l’un d’entre eux a été mis à l’arrêt définitif en 2010, faute d’une usure prématurée. Ils ont même un petit nom: Paul (le « retraité »), Ander, Oskar, Jörgen et l’Eisbändiger, le « dompteur de glace » en français, celui-là même qui reste exposé à l’extérieur pour les touristes, mais qui reprend le boulot au printemps!




La route continue de grimper, et juste avant le tunnel, de grandes plaques de neige recouvrent encore les bas-côtés, ainsi qu’un impressionnant mur de neige résiduelle plus haut que moi! C’est la trace du passage des chasse-neige, quelques semaines à peine avant mon passage, et cette neige compacte fond très lentement. Ça donne une idée plus concrète du boulot effectué. Je me trouve maintenant au point le plus haut de la route, au col de Hochtor à 2504 m d’altitude, précisément à la sortie du tunnel de Hochtor. C’est ici que se trouve la frontière entre le Land de Salzbourg (au nord) et le Land de Carinthie (au sud). L’inscription gravée sur sa voûte « IN TE DOMINE SPERAVI » peut être traduite comme « En toi, Seigneur, j’ai mis mon espoir« , rendant hommage aux courageux ouvriers qui ont creusé la roche dans des conditions dantesques. Pour l’anecdote, en quittant Krimml il faisait environ 32°C, regarde sur la photo la température au sommet (remarque, c’est pas désagréable)…







Heiligenblut et le Kaiser-Franz-Josefs-Höhe.













Le lendemain matin, je reprends la route en sens inverse, en passant à nouveau par le péage sud pas loin de Heiligenblut. Tu te souviens que j’avais dit de conserver le ticket du jour précédent au cas où. Hé bien nous y voilà: si tu sors de la route à péage pour passer la nuit à Heiligenblut par exemple, il existe un ticket dit « extension 2ème jour » qui, sur présentation du ticket de la veille, offre un tarif réduit non négligeable de 17,50€ au lieu des 46,50€ du ticket standard. Super bien pensé, non? Donc, je remonte jusqu’à la bifurcation et emprunte la petite route spectaculaire qui grimpe jusqu’au fameux Kaiser-Franz-Josefs-Höhe, qui constitue le point de vue ultime sur le Grossglockner, si proche maintenant, dont les hauteurs sont encore recouvertes de neiges éternelles. Bonne nouvelle: le grand parking souterrain est gratuit, une fois n’est pas coutume! Ce panorama porte le nom de l’empereur François-Joseph Ier, qui est venu visiter le Grossglockner, accompagné de son épouse l’impératrice Sissi, en 1856. Une statue le représentant en tenue de randonnée face à la montagne a été érigée en 2026, je n’aurais pas cru que ce fut si récent. Détail marrant que je n’ai découvert que récemment, en zoomant sur MA propre photo en plus: si tu regardes bien derrière la statue, on voit une marmotte perchée sur son poste d’observation…








Difficile de trouver les mots face à un décor aussi beau que majestueux! En contrebas s’étend le glacier de la Pasterze, long de 8 km qui fut imposant par le passé mais, comme tous ses frères européens, subit de plein fouet les absurdités du changement climatique et se ratatine d’année en année. Triste constat. Il peut perdre environ 200 mètres de longueur en cas d’été très chaud. Et un beau jour, ce sera terminé… Le petit funiculaire qui permettait d’accéder au bord du glacier depuis 1963 a d’ailleurs fermé définitivement en 2025, la glace se retirant de plus en plus loin jusqu’à se retrouver à 300 m de distance de la station inférieur. Pour y aller, ça se fait désormais à pied par un sentier assez sportif.



Depuis la terrasse panoramique, un sentier appelé Gamsgrubenweg longe le flanc de la montagne. À première vue c’était prometteur, mais j’ai quelque peu déchanté. En effet, pour pallier les chutes de pierres et les avalanches qui mettaient en danger les randonneurs, le Parc National a entrepris la construction de 6 tunnels pour faire passer le sentier à l’intérieur de la montagne. L’intention est louable, mais je suis resté sur ma faim en ayant l’impression de parcourir une galerie de mine. Ça ne fait pas vraiment sentier de rando! Petit lot de consolation: après le 6ème et dernier tunnel, le sentier revient à l’air libre et offre un panorama grandiose sur le Grossglockner. Mais voilà que surgit un autre problème: il arrive que le sentier soit barré en raison de risque d’éboulements ou de plaques de glace tardives. Cela n’a pas été le cas pour moi, c’est déjà çà.




Je reprends la route en sens inverse pour faire un arrêt au petit lac d’altitude Sandersee, entouré de falaises d’où dégringolent des petites cascades. C’est vraiment sidérant de se dire que cet endroit est un « vestige » du glacier de la Pasterze, qui venait jadis jusqu’ici et même encore plus bas! Puis dans les années 1950, il a commencé lentement sa régression et laissé ses « eaux de fonte » dans cette cuvette naturelle qui a fini par former le lac.
Tu y verras certainement quantité de marmottes, devenues peu farouches à cause du comportement imbécile de certains touristes qui s’entêtent à leur donner toutes sortes de crasses comme des biscuits, des chips… alors que ça n’a rien à voir avec leur alimentation normale composée d’herbes alpines, de racines et de fleurs. Cette malbouffe leur apporte des maladies et dérègle leur processus d’hibernation. Malgré des campagnes de sensibilisation et des panneaux d’interdiction, ça continue. Mais bouffez-les vous-mêmes vos chips, bande de cons (tiens, ça fait déjà deux fois que j’utilise cette expression… mais c’est justifié, non?).



Plutôt que de remonter vers le péage nord de la route, je repars dans le sens opposé, histoire de découvrir d’autres paysages à travers la Carinthie. Je passe par des petits villages charmants, au milieu d’un paysage bucolique fait de prairies et de collines.x




Juste après Räuflach, je prends à gauche, direction le petit village alpin de Mallnitz. Et la route ne va pas plus loin à cause de la montagne qui lui fait face. Mais alors, que diable suis-je venu faire dans un cul-de-sac? En fait, on peut passer de l’autre côté, non pas en la contournant mais en passant par-dessous, via un tunnel ferroviaire! C’est la raison pour laquelle je suis venu jusqu’ici. Oui, mais la voiture? Hé bien, elle m’accompagne! Le train Autoschleuse Tauernbahn permet d’embarquer son véhicule sur des wagons plateformes, et de profiter d’une voiture passagers, car on ne peut pas rester à l’intérieur de son fidèle coursier. Pas besoin de réserver, il suffit de s’arrêter au niveau de la billetterie et d’acheter son ticket (environ 25€) et de se diriger vers les wagons en suivant la file, plus ou moins longue selon la période (juste 3 voitures avant moi en ce qui me concerne). Les motos seront solidement arrimées, tandis que les vélos disposent d’un wagon spécialement aménagé pour eux. Le trajet, via un tunnel de 8 km, prend juste 11 minutes. Il y a un train toutes les heures, dans les deux sens. Expérience courte, certes, mais plutôt insolite!


De l’autre côté du tunnel, c’est Bad Gastein, une grosse station thermale qui fait aussi station de ski en hiver. En franchissant le tunnel, je suis revenu dans le Land de Salzburg. J’outrepasse la ville, un peu trop agitée, pour m’enfoncer dans la vallée Kötschachtal, juste après Bad Gastein au gré d’une petite route qui grimpe tout en virages. En plein coeur du du parc national des Hohe Tauern, cette vallée est riche de paysages spectaculaires et reste peu fréquentée, tu y verras plus de locaux que de touristes. C’est d’une tranquillité absolue, et les voitures ne vont pas plus loin que le hameau. Comme je disais précédemment, c’est la saison des fauches, et deux ou trois tracteurs sont à l’ouvrage dans les prairies; l’odeur du foin et de l’herbe coupée est délicieuse…








Sur le sentier de rando, on peut se sustenter pour pas cher au Himmelwandhütte, une jausenstation entourée de montagnes de plus de 2400 m; le Himmelwand, c’est justement cette imposante falaise de granit de 2010 m d’altitude. Je prends place à l’extrémité d’un banc et d’une table en bois, où sont déjà en train de ripailler six solides randonneurs autrichiens. Il ne faudra pas 5 minutes pour trinquer avec eux (« Prost! » ); pour ma part je me suis choisi une bonne bière Zipfer, produite en Haute-Autriche. « Prost! » Et pour manger, ce sera un grand classique des auberges de montagnes avec un Leberknödelsuppe, un solide bouillon de bœuf très réconfortant, avec de la ciboulette et accompagné d’une grosse boulette composée de pain, d’herbes et de foie de bœuf ou de porc. Le bonheur, c’est si simple en Autriche!


Halstatt: la « carte postale » victime de son succès…
Je reprends la voiture pour une grosse étape de roulage qui me conduira aux abords de Bad Ischl, une autre grosse station thermale, célèbre aussi pour pour avoir été la résidence d’été de l’empereur François-Joseph Ier et de l’impératrice Sissi. Si j’ai avalé autant de kilomètres, c’est pour une raison stratégique: être le plus près possible de Hallstatt, que je voudrais découvrir de bon matin le lendemain pour éviter la foule. C’est près de Bad Ischl que je passerai la nuit, et certainement pas à Hallstatt, parce qu’avec des tarifs de nuitée à 3 chiffres, ça calme tout de suite…
Le lendemain matin, je démarre vers 6H30 pour Hallstatt, distant de seulement 20 km. Se garer gratos tient de l’utopie, c’est parking payant ou rien! Un peu avant 7 heures, les parkings ne sont pas remplis (ça viendra) et il y a très peu de monde au bord du lac. Halstatt, c’est une des plus célèbres « cartes postales » d’Autriche, avec ses maisons en bois et son église se reflétant dans l’eau du lac, cerné par les versants du massif du Dachstein. On n’est plus très loin de la région des lacs du Salzkammergut. Hallstatt est magnifique, féérique. Le problème, c’est que ce n’est pas un secret, mais alors pas du tout! C’est pour çà que j’ai choisi de venir très tôt, pour voir le village « au naturel », avant que, à partir de 9 heures, les autocars ne débarquent leurs cohortes de touristes indisciplinés souffrant de la « selfite » aiguë. Tu débarques en pleine journée, Hallstatt risque de te laisser un goût amer… On peut aussi y venir en soirée, quand les troupeaux ont déserté.











Hallstatt, c’est vraiment un cas d’école. Sa magnificence est sans égale, et c’est là que le bât blesse. Instagram s’en est mêlé, et les touristes font parfois la file sur 30 mètres pour commettre LE selfie avec la perspective du village, de l’église et du lac. Je les soupçonne d’ailleurs de ne venir que pour ce point de vue. J’y ai fait une photo, je le concède, mais sans montrer ma tronche en gros plan et sans personne autour de moi! Mais attends, il y a pire: en 2006, un feuilleton TV asiatique très populaire choisit Halstatt comme lieu principal de tournage. Son sort est scellé: les touristes asiatiques (surtout chinois) affluent par milliers, et la Chine en 2011 a poussé le vice jusqu’à construire une réplique exacte du village dans le sud du pays, dans la province du Guangdong, pour pas loin d’un milliard de dollars. Vraiment surréaliste! Résultat: presque 10.000 touristes par jour pour 800 habitants à l’année, qui sont asphyxiés et exaspérés par cette invasion continuelle en été. Y en a qui pénètrent même dans les jardins privés, non mais sérieux? Quel contraste avec Alpbach, trop parfaite et devenue un village-fantôme…
La clé de la réussite d’une visite de Hallstatt au calme, sans ces hordes indisciplinées qui feraient passer Attila et ses Huns pour des enfants de choeur: viens absolument avant 9 heures le matin ou après 17 heures…













Les lacs du Salzkammergut.
Je quitte Hallstatt peu avant 9 heures, juste à temps pour éviter l’enfer touristique qui l’attend; en remontant vers le nord, je croiserai facilement 3 ou 4 autocars. No comment… Bref, je vais maintenant pénétrer dans la région du Salzkammergut, le repaire des lacs autrichiens les plus célèbres. Le Salzkammergut n’est pas un Land, celui-ci est en équilibre sur trois Länder différents: la Haute-Autriche, Salzbourg et la Styrie. Et les montagnes ne sont jamais bien loin…
Je vais particulièrement m’intéresser au Traunsee, qui peut se vanter d’être le lac le plus profond d’Autriche avec 191 m de profondeur. La pureté de ses eaux est phénoménale, et son décor montagneux spectaculaire lui donne un air tantôt de fjord scandinave, tantôt de lac italien, un peu comme le lac de Côme. Une autre des ses qualités est d’encore être relativement bien préservé du tourisme de masse, à l’inverse du Wolfgangsee par exemple. Au moins, aucun danger de tomber avec un Hallstatt bis…




Je m’arrête à Traunkirchen, sur la rive ouest du lac. Traunkirchen, c’est un tout petit village paisible, c’est un peu l’anti-Hallstatt côté fréquentation touristique. J’admets que Hallstatt est imbattable sur la beauté de ses maisons et son église se mirant dans le lac, mais Traunkirchen n’est pas en reste, sa promenade de bord de lac offrant de super perspectives sur le Traunsee et les montagnes avoisinantes. Et ici, aucun danger de se faire presque piétiner par des hordes de chinois hystériques (je pèse mes mots). À Traunkirchen, on croisera juste quelques touristes en majorité locaux.








À 10 km de Traunkirchen, j’atteins l’extrémité nord du Traunsee et la petite ville de Gmunden, très agréable et bien évidemment moins saturée que Hallstatt. Elle possède un charmant petit centre-ville aux rues pavées bordés de maisons colorées. Attention les mollets, ça grimpe souvent! Le centre névralgique de Gmunden, c’est la Rathausplatz, où se trouve (forcément) l’Hôtel de Ville, doté d’un incroyable carillon de de 24 cloches en céramique, qui résonne plusieurs fois par jour à horaires fixes.









Mais si on vient à Gmunden, c’est essentiellement pour se balader le long du lac, au gré d’une longue esplanade qui offre des points de vue de toute beauté sur le Traunsee et les montagnes en arrière-plan. Tiens, le lac se prend pour le lac Léman comme à Genève: il y a un jet d’eau , plus modeste c’est vrai, mais assez ressemblant. Tout cela est super beau, mais le regard est inévitablement attiré par un imposant édifice blanc coiffé d’un clocher à bulbe: c’est l’emblème de Gmunden, son fameux château de Ort, posé sur sa petite île accessible par une passerelle en bois. Il abrite un petit musée d’histoire locale.







Je quitte Gmunden sous une chaleur déjà écrasante, on est aux alentours des 33°C. C’est le début de cette vague de chaleur que j’avais évoqué en début de carnet, et il fera encore plus chaud dans les jours à venir. Si j’étais allé en Espagne ou en Turquie, je n’aurais pas été surpris, mais en Autriche, quand-même! Je continue vers l’ouest pour aborder les rives du Wolfgangsee, sans doute le plus connu et le plus touristique des lacs du Salzkammergut. Ses eaux sont d’une étonnante couleur turquoise, ce qui lui donne un petit air de mer des Caraïbes. Les villages de Sankt Wolfgang et Sankt Gilgen, qui bordent ses rives, attirent énormément de monde, et sont « calibrés » pour ce genre de tourisme de masse: grands parkings pour autocars, boutiques de souvenirs et hébergements haut de gamme. Donc en pleine journée, ça doit être cauchemardesque. C’est pourquoi j’ai préféré zapper ces deux localités, me contentant de longer le lac uniquement et de faire deux ou trois arrêts photos.



Je continue encore vers l’ouest du Salzkammergut, même le fait de baisser mes deux vitres ne fait pas grand-chose, le courant d’air est chaud lui aussi. Ah, où sont-ils les 17°C de la route du Grossglockner… Bref, j’arrive à proximité de Sankt Georgen bei Salzburg, où mon hébergement, une chambre à la ferme en pleine campagne, est entourée d’un paysage très bucolique fait de champs et de douces collines, qui offre un sacré contraste avec les Alpes. Salzburg n’est plus qu’à 30 km au sud, et j’y serai demain! Mais çà, ce sera pour le prochain opus de ce voyage, car le premier carnet s’arrête ici. C’est tout… pour le moment, comme on dit à la télé!



PREMIER « DEBRIEF » DU VOYAGE:
J’avoue avoir été bien inspiré de démarrer mon périple en Autriche par le Tyrol! Sans transition, en débarquant à Innsbruck, j’ai été happé par la verticalité des montagnes environnantes, qui permet aux habitants de juste prendre un téléphérique pour aller skier 30 minutes plus tard! Et c’est çà la magie de l’Autriche, pays montagneux par excellence, qui m’aura offert quantité de « claques visuelles », sans jamais vraiment tomber dans le stéréotype: la route démentielle du Grossglockner, le fracas des chutes de Krimml, les petites vallées méconnues, les lacs du Salzkammergut… Alors c’est vrai que quelques lieux prêtent à débat, tels Alpbach ou Hallstatt, mais il suffit de s’en éloigner de quelques kilomètres pour retrouver l’authenticité des petits villages vivants, des fermiers qui fauchent leurs prés, ou d’un plat copieux servi dans une jausenstation. J’ai hâte de savoir ce que me réserve la suite de ce beau voyage!
« Notre Père qui es aux cieux,
Les Knödel sont sur la table,
La cuillère est juste à côté,
Tu peux goûter pour voir ce qu’ils valent.
Notre Père qui es aux cieux,
Des Knödel sur la table,
Et un rôti dans la poêle…
Amen, avant que nous ne trépassions! »
(*) La rubrique « j’aime / j’aime pas » se trouvera dans le prochain carnet!
