Nous voilà déjà en mai de cette année 2026. C’est toujours la période que j’affectionne pour mettre en place mon premier voyage de l’année. Cette fois, j’ai jeté mon dévolu sur une destination assez proche de la Belgique et de la France, dans un format de voyage que je n’utilise pas souvent: un citytrip, pourquoi pas? Mon terrain de jeu durant six jours sera Berlin, la capitale allemande, aussi surprenante que cosmopolite, qui pâtit encore de quelques idées reçues que je vais me faire un plaisir de démonter. Allez, c’est parti pour la découverte de cette ville qui a bien d »autres choses à proposer au visiteur que la Porte de Brandebourg ou le Checkpoint Charlie! Tu verras que même les feux de circulation ont quelque chose de différent par là-bas…
- Mon arrivée à Berlin.
- Le quartier de Charlottenburg-Wilmersdorf.
- Premiers pas dans le "Mitte".
- Quartier du Mitte: la suite!
- Berlin, entre vieilles bagnoles et plages de sable…
- Berlin: urbex et street art…
- Berlin et l'Île aux Musées.
- L'ancien aéroport de Tempelhof.
- Potsdam, le "Versailles prussien".
- Dernière soirée à Berlin: l'East Side Gallery.
- LE "DEBRIEF" DU VOYAGE:
Mon arrivée à Berlin.
Le vol de Bruxelles à Berlin a le mérite de ne pas durer des plombes: relier les deux capitales se fait en 1H25! Mon vol atterrit donc en fin de matinée à l’aéroport de Berlin-Brandebourg Willy Brandt, tout beau et tout nouveau puisqu’il a officiellement ouvert en 2020, après 9 ans de retard dans les travaux, il faut quand-même le souligner! Et l’inaugurer en pleine pandémie, fallait oser, non? Un mal pour un bien, cela a permis de rôder un peu les infrastructures, de corriger quelques imperfections et surtout de programmer la fermeture de l’aéroport de Berlin-Tegel. Et pour info, Willy Brandt a été maire de Berlin-ouest avant de devenir chancelier de la République fédérale d’Allemagne (RFA) dans les années 1970. Enfin bref, l’aéroport est flambant neuf et a trouvé sa vitesse de croisière au niveau de la fréquentation. Avant de rallier la ville, je prends le temps de manger un petit truc et d’acheter un précieux sésame qui m’a été super utile durant mon séjour: la Berlin Welcome Card, qui t’offre l’accès illimité aux transports publics, ainsi qu’un tas de réductions sur les musées et autres attractions de la ville et même au-delà. La zone tarifaire ABC englobe le trajet jusqu’à l’aéroport, et tu peux même aller jusqu’à Potsdam! Honnêtement, cette petite carte a de foutus avantages…

Allez, il est temps de sortir de l’aéroport pour rallier Berlin! Et pour ce faire, le meilleur moyen, c’est de prendre le FEX, acronyme de Flughafen-Express, un train de style RER qui t’amène en ville en 25 minutes, qui démarre toutes les 15 minutes environ, 24H/24. C’est pas beau, çà? Et pour info: flughafen, c’est aéroport en allemand!

Le FEX passe par la Hauptbahnhof de Berlin, c’est là que je vais descendre. Une hauptbahnhof en Allemagne, c’est simplement la gare centrale d’une ville. Celle de Berlin ne fait pas dans la demi-mesure: c’est une vraie cathédrale d’acier et de verre au look très futuriste, qui a été inaugurée en 2006 (20 ans déjà?! Ben oui). L’immense toit de verre laisse passer la lumière à profusion, je me demande quand-même si ça ne chauffe pas trop l’intérieur par temps de canicule. Les nombreuses voies sont réparties sur deux niveaux; en haut, les trains régionaux, en bas, les lignes à grande vitesse (les fameux ICE). Elle me plaît bien cette gare, avec son grand centre commercial, mais pour certaines correspondances, il faudra parfois marcher un peu et se farcir quelques escalators! Ah, et pour l’anecdote: sais-tu qu’ils ont osé créer une sculpture à la gloire des chocolats Ritter, tu sais, ces petites tablettes carrées aux innombrables saveurs? Joli effet que cet empilement de tablettes qui prend un peu la forme d’une hélice!





Je sors un instant faire un tour sur l’immense parvis de la gare, histoire de prendre mes premières bouffées d’air berlinois. Hé bien l’extérieur est au diapason avec l’intérieur de la gare! Voilà un autre bâtiment qui en met plein la vue: un immense cube de 42 m de côté, entièrement vitré avec des formes prismatiques qui lui donnent un air de vaisseau spatial. Bon, pour le nom, on n’a pas fait de gros efforts, ça s’appelle simplement « The Cube Berlin ». Il est occupé essentiellement par des bureaux. Il paraît que tout le bâtiment est géré par l’IA. Ça fait un peu peur…

Face au parvis de la gare, passe la rivière Spree, qui serpente à travers Berlin en passant à proximité de plusieurs monuments emblématiques. C’est un peu comme la Seine à Paris, mais sans les bateaux-mouches. Du côté de la gare, elle longe plusieurs bâtiments administratifs, et on aperçoit même, derrière les arbres, le bâtiment du Bundeskanzleramt, autrement dit le bureau du chancelier allemand (* le chef du gouvernement du pays). Et ce joli pont en grès rouge, c’est le Moltkebrücke.


Bien bien, maintenant je vais utiliser les transports publics berlinois pour rejoindre mon hébergement, dans la quartier de Charlottenburg à l’ouest du centre-ville. À Berlin, il y a tout ce qu’il faut: des bus, des tramways et un réseau de métro très efficace qui quadrille toute la capitale. Alors, les rames portant la lettre U, ce sont les U-bahn (pour Untergrundbahn), l’équivalent du métro classique, au réseau majoritairement souterrain. Les rames portant un S, ce sont les S-bahn (pour Stadtschnellbahn), c’est le RER, qui va plus vite, plus loin, et reste en extérieur. Chaque station, même les plus modestes, possède toujours une ou deux petites boutiques, style boulangerie ou marchand de journaux. Franchement, le système de transport public berlinois, l’essayer c’est l’adopter!


Le quartier de Charlottenburg-Wilmersdorf.
Charlottenburg-Wilmersdorf, c’est le coin de Berlin où j’ai choisi de poser mon sac pour la durée de mon séjour. Situé à l’ouest du « Mitte » (le vrai centre de Berlin), il est connu pour ses rues commerçantes et son château, qui justement lui a donné son nom. On voit que certains bâtiments de l’époque prussienne sont plutôt bourgeois et élégants, c’est vrai, mais ils témoignent d’un faste révolu du temps où Charlottenburg était encore le vrai centre névralgique et économique de Berlin, c’est-à-dire avant 1989, jusqu’au moment où un certain Mur s’est cassé la figure (on y reviendra). Côté touristique, bien sûr il y a des choses à voir, mais tu ne croiseras pas de groupes de touristes avec un guide portant un drapeau. Le quartier appartient encore pleinement aux berlinois! Je suis en logement Airbnb, à 10 minutes à pied du château. À proximité, deux supermarchés, ça m’arrange bien. À ce sujet, à Berlin, ce sont les Spar et Lidl qui se taillent la part du lion; tu verras aussi les enseignes Rewe et Edeka.




Ah, et si tu vois une boutique portant l’enseigne « Friseur », il s’agit en fait d’un salon de coiffure! Et dire que ça vient du français: autrefois, un friseur était celui qui s’occupait de friser les cheveux ou les perruques; le glissement sémantique a fait le reste… D’ailleurs, si « coiffer » en allemand se dit frisieren, c’est pas une coïncidence…

Une curiosité à Berlin que tu repéreras très vite, ce sont les feux de circulation avec leurs petits bonshommes « piéton » pas vraiment comme chez nous. Ce petit gars portant un chapeau, c’est l’Ampelmann, imaginé en 1961et « mis en service » dans le secteur de l’ex Berlin-Est. Après la réunification des deux Berlin en 1990, il a failli disparaître, mais il était déjà devenu si iconique qu’il a survécu et s’est répandu dans tout Berlin. J’aime bien sa façon énergique et décidée de traverser au vert!


Allez, il est temps d’aller humer l’atmosphère berlinoise pour la première fois, mais contrairement aux touristes qui foncent tête baissée vers la Porte de Brandebourg, pour moi ce sera le château de Charlottenburg, à 10 minutes à pied de mon hébergement comme je te disais plus haut. Ça démarre fort, car il faut avouer qu’il a de la gueule avec sa cour principale entourée de grilles à dorures. Pour faire court, le château a été bâti à partir de 1695 pour Sophie-Charlotte de Hanovre, devenue première reine de Prusse en épousant Frédéric Ier. À la mort de celle-ci, son mari Frédéric Ier rebaptisa le château (et le quartier par la même occasion) Charlottenburg.


La partie originelle du château, c’est le Altes Schloss (Vieux château), on y accède par le bâtiment à coupole derrière la statue équestre. Photos autorisées, pour ne rien gâcher! Attention les yeux, les nombreuses pièces qui se succèdent rivalisent de splendeur, avec une mention spéciale pour la Chambre des Porcelaines, aux murs recouverts de milliers de pièces de porcelaine bleue et blanche d’origine chinoise et japonaise. C’est dans le Altes Schloss que se trouvaient aussi les appartements royaux.











Au fil du temps, le château s’est agrandi, sous l’impulsion de Fréderic II, petit-fils de Frédéric Ier, à partir de 1740. C’est ainsi que fut construite la Neuer Flügel (Nouvelle Aile), dont les salles sont encore plus impressionnantes et fastueuses que celles du Altes Schloss. On peut citer la bibliothèque, au décor rococo avec ses moulures vertes, ou la Salle Blanche, qui fait lâcher un « waouw » de stupeur à presque tous les visiteurs qui y pénètrent; elle revient de loin, car elle a fait l’objet d’une reconstruction méticuleuse après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. La Galerie Dorée est, je pense, encore un cran au-dessus de par sa profusion de dorures. Cette salle de bal a elle aussi été reconstruite suite aux bombardements. Ça a dû être un sacré boulot de titan…










Et pour bien terminer la visite, une balade dans le grand parc de 55 hectares s’impose! C’est un mélange de jardins à la française (aux parcelles rectilignes avec plusieurs fontaines et bassins) et à l’anglaise (aux sentiers beaucoup plus sinueux). Et la rivière Spree coule juste à côté!






Mais Charlottenburg, ce n’est pas que son château, ce quartier de Berlin est vaste et recèle d’autres endroits intéressants! Un petit coup de U-bahn pour se propulser à trois stations plus au sud, et je me retrouve sur la fameuse avenue Kurfürstendamm, élégante et commerçante; c’est un peu la variante berlinoise des Champs-Élysées de Paris. Pas forcément grand-chose à y voir, soyons clair, ce n’est qu’une succession de boutiques et restos, mais c’est pas déplaisant d’y déambuler au gré de ses larges trottoirs plantés d’arbres. Qui plus est, je suis veinard aujourd’hui, car elle est piétonne le temps d’un weekend, en effet il y a une expo de voitures anciennes de toutes marques qui s’étale sur un bon kilomètre.


Voilà que j’arrive à l’extrémité du Ku’damm, comme les berlinois l’appellent, et là le décor devient aussi intriguant qu’intéressant: au milieu de hauts buildings hyper-modernes, se dresse une église… ou plutôt ce qu’il en reste, car elle semble creuse. C’en est presque incongru. Datant du 19ème siècle, elle a pris cher durant le Seconde Guerre mondiale à cause des bombardements, on s’en doute. Alors, démolir, reconstruire? Berlin a coupé la poire en deux: si une partie a bien été rasée, il fut décidé de laisser sa tour principale en l’état, pour se souvenir, tout simplement. C’est d’ailleurs son nom, l’Église du Souvenir (Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche en allemand). Sur ses ruines, à côté, une nouvelle église a été construite en 1961, mais dans un style qui tranche nettement. Hexagonale, l’intérieur est recouvert d’incroyables vitraux bleus, avec ce Christ qui semble en lévitation, aux faux airs de Christ Rédempteur de Rio de Janeiro…






Et pour finir cette première journée, il faut que je te montre un truc pour le moins insolite, à 100 m à peine des deux églises. Ce poteau de 7 mètres de haut, surmonté par une série de blocs lumineux, qu’est-ce donc? Un panneau de signalisation pour le trafic? Non, rien à voir: c’est une horloge, la Berlin-Uhr, installée depuis 1975! Quoi, ça indique l’heure?? Ben oui… Je t’explique. Le cercle clignotant au sommet indique les secondes. Maintenant on va aller de haut en bas. La première rangée, ce sont les heures, par tranche de cinq. Sur la photo, 3 blocs allumés; 3×5=15. Ça nous fait 15 heures. Deuxième rangée: les heures à l’unité. Ici, 2 blocs allumés, donc 2 heures; 15 et 2 nous font 17 heures. OK, tu suis toujours? Super. La troisième rangée, là on passe aux minutes, par tranche de cinq aussi. 6 blocs sont allumés; 6×5=30. 30 minutes, ce qui nous fait 17H30. Ça se précise! Et enfin, la dernière rangée, ce sont les minutes unitaires. Ici, 2 blocs allumés. Ce qui nous fait comme résultat final 17H32! Fastoche, non? C’était quand-même sacrément révolutionnaire pour l’époque!

Premiers pas dans le « Mitte ».
J’ai déjà repéré deux boulangeries à proximité de mon Airbnb, ce sera utile pour un petit-déj’ improvisé avant de démarrer la journée! Aujourd’hui, direction le centre-ville de Berlin, à savoir l’arrondissement de Mitte. Avec les transports publics, c’est rapide et efficace. Mais sur le trajet aérien du S-bahn, j’aperçois au loin une grande colonne surmontée d’une statue dorée. Tiens, j’irais bien voir ça de plus près… Justement le S-bahn s’arrête à la station « Tiergarten », et à vue d’oeil, en suivant cette longue avenue, il y a environ 1 km à pied. Allons-y! Le monument se fait plus distinct, ça fait un peu colonne de la Bastille à Paris. Ici, c’est la Colonne de la Victoire (Siegessäule), érigée au 19ème siècle pour commémorer les victoires de la Prusse sur le Danemark, l’Autriche et la France, rien que çà! Détail intéressant, elle n’était pas au même endroit au tout début, elle se trouvait devant le Reichstag, avant de déménager en 1939 pour sa place actuelle. Oui, avec la folie des grandeurs de quelqu’un qu’on ne nommera pas (…), elle gênait un peu. Bref, pour y accéder, sache qu’il existe 4 passages souterrains, et que seuls les fous ou les suicidaires tentent de traverser directement le rond-point. La colonne abrite un petit musée, et on peut grimper au sommet, à 67 m de haut, mais attention, il y a 285 marches!











Et cet immense espace vert qui entoure tous les environs, c’est le Großer Tiergarten, un des poumons verts de Berlin, avec 210 hectares. Je ne m’attendais pas à ce que Berlin soit aussi bien pourvu en parcs et jardins à travers tout son territoire, c’est plutôt une bonne surprise! Et voir même des lapins évoluer à 30 m d’une longue avenue où les voitures circulent… Ah, Berlin cache bien son jeu!



Je reprends donc les transports publics pour atteindre l’arrondissement de Mitte, le quartier le plus central de Berlin, et aussi le plus touristique, ne nous voilons pas la face. En voilà une preuve éclatante en sortant de la station U-bahn « Brandenburger Tor », car je me retrouve, sans transition, face à l’icône touristique de la ville, le monument que l’on cite en premier quand on évoque Berlin: la mythique Porte de Brandebourg (Brandenburger Tor, tu l’auras deviné)! Érigée au 18ème siècle, elle s’est retrouvée en plein no man’s land lors de la construction du Mur de Berlin en 1961. 28 ans plus tard, lorsque ce foutu assemblage de briques est tombé, la majorité des berlinois s’est rassemblée ici, la Porte de Brandebourg devenant ainsi un symbole de réunification. Bon, sans être rabat-joie, de nos jours ce sont les accros aux selfies qui s’amassent ici, et les groupes se succèdent, créant parfois une ambiance un rien anxiogène… Ils ont vu la Porte, ils ont vu tout Berlin, logique! Alors, à moins de venir tôt le matin… Tiens, anecdote en passant: le vaste et luxueux hôtel Adlon, tout près, a suscité un tollé en 2002. Te souviens-tu lorsque Mickael Jackson s’est présenté au balcon de sa suite… en suspendant brièvement son bébé de 9 mois dans le vide? Hé oui c’était ici!





À deux pas de la Porte de Brandebourg, voici un endroit étonnant qui en interrogera plus d’un. Ces innombrables stèles de béton gris (pas loin de 3000!), de hauteur variable et disposées sur un terrain en pente, c’est en réalité un lieu de mémoire: le Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, inauguré en 2005, en hommage aux 6 millions de victimes juives de la Shoah. Ces dalles sont disposées de façon à former une sorte de labyrinthe, et leur hauteur croissante, au fur et à mesure qu’on s’y enfonce, suscite un sentiment limite oppressant, tu as l’impression qu’elles vont se refermer sur toi. Aucune inscription, c’est ultra sobre, austère même. Ça a été voulu comme çà…


La Porte de Brandebourg marque aussi le début de la fameuse avenue Unter den Linden (« sous les tilleuls », tu verras que c’est pas difficile de deviner pourquoi). Elle s’étire sur 1,5 km en ligne droite pour se terminer au niveau du Humboldt Forum. Avant 1989, si Berlin-ouest avait le Kurfürstendamm, le secteur Berlin-est (où je me trouve) avait aussi sa version des Champs-Élysées avec Unter den Linden, du moins dans un autre registre. Ici, c’est plutôt une succession de palais et monuments, une vraie vitrine culturelle et historique qui tranche par rapport à la « branchitude » et l’effervescence du Kurfürstendamm. Même si les deux avenues sont plus ou moins de la même largeur, on a l’impression d’avoir plus d’espace sur Unter den Linden: le style des bâtiments, ni trop hauts ni collés les uns aux autres, ainsi que le promenade centrale qui part de la Porte de Brandebourg, y sont clairement pour quelque chose. Le contraste de perspective entre l’ancien et le moderne (on voit la fameuse tour de la Télévision au loin) n’est pas mal non plus.






Juste en face de l’université Humboldt, de l’autre côté de l’avenue, s’étend la Bebelplatz. Alors non, n’y vois aucun hommage à Jean-Paul Belmondo 😁, la place tire son nom d’un certain August Bebel, homme politique allemand de la fin du 19ème siècle, qui lui n’a jamais fait de cascades pour le cinéma… Bref, la Bebelplatz est vaste et n’est pas avare en bâtiments prestigieux, comme l’Opéra, l’ancienne bibliothèque et la cathédrale Sainte-Edwige. Elle est également connue pour un épisode plus sombre de l’Histoire: l’Autodafé du 10 mai 1933. Tout le monde a déjà vu cette fameuse séquence où les étudiants nazis balancent des milliers de livres dans le feu d’un bûcher. C’est ici que ça s’est passé. Un mémorial insolite a été créé en 1995: une bibliothèque vide, sous la place, et seulement visible à travers une paroi de verre. Tout un symbole…








Un peu plus loin, cet édifice ressemblant à un temple grec, c’est la Neue Wache, un mémorial dédié aux victimes de la guerre et de la tyrannie; aucune ornementation à l’intérieur, juste une statue au milieu, visuellement très poignante: La Mère et son fils mort. Cette lumière qui l’entoure, ça vient d’une ouverture sur le toit du bâtiment, qui laisse par la même occasion tomber la pluie ou la neige sur elle, pour encore accentuer l’aspect tragique. Dieu merci, je n’ai vu aucun abruti se prenant en selfie en rigolant avec la statue…


Au niveau du Zeughaus (l’ancien arsenal), j’aperçois, dans une petite rue adjacente, une église à l’allure pas banale. Allons voir çà de plus près. Cet édifice, c’est la Friedrichswerdersche Kirche, désacralisée après la guerre et transformée en musée. Je suis persuadé que les éventuels touristes venus d’Occitanie ont eu la même réflexion que moi: elle ressemble vachement à la cathédrale d’Albi! C’est pas un hasard,l’architecte s’en est directement inspiré! Juste à côté, une fontaine, la Bärenbrunnen (Fontaine des Ours), représente une maman ours avec ses oursons. Tu sais certainement que l’ours est l’animal symbolique de Berlin…



Au gré de tes déambulations dans les rues de Berlin, en regardant au sol tu apercevras parfois de curieuses petites plaques dorées en laiton, incrustées sur un pavé. Ce sont les « stolpersteine », conçus et apparus dès 1992, qui ne sont nullement une fantaisie décorative. Un stolperstein est comme un mini-mémorial; il commence toujours par Hier wohnte (ici a habité), suivi du nom d’une personne, sa date de naissance, la date de son arrestation ou de sa déportation, et enfin le lieu et la date de sa mort (généralement un camp de concentration). Beaucoup d’entre eux sont fleuris, leur taille est minuscule mais inversement proportionnelle aux lots d’émotion qu’ils procurent. Il ‘y en a pas qu’à Berlin: lors de mes voyages suivants, j’en découvrirai aussi à Munich ou même à Vienne en Autriche. Voici un lien super pour les débusquer dans Berlin: https://www.stolpersteine-berlin.de/en/finding-stolpersteine





Midi pointe le bout de son nez, il est temps de manger un petit quelque chose. Pas de resto ce midi, j’ai plutôt envie de me frotter à la street food berlinoise, hyper variée et influencée par plusieurs pays. Un cas spécial: le döner kebab, dont la paternité est disputée entre l’Allemagne et la Turquie (alors que chez nous, on a tendance à appeler çà un « grec » 🤣). Mais ce que je voudrais tester, c’est d’abord la célèbre currywurst, qu’on peut trouver dans des dizaines de stands ou petites boutiques disséminées dans tout Berlin. Certains, victimes de leur succès (et des réseaux sociaux…), voient les files de touristes s’allonger et ont perdu un peu de leur âme. D’autres arrivent encore à garder leur authenticité et accueillent une clientèle plus locale. C’est le cas de ce petit stand vert, pourtant à 100 mètres seulement de la Porte de Brandebourg, avec ses bancs et tables en bois. Alors en gros, la currywurst, c’est une saucisse de porc grillée (ici on dit bratwurst), coupée en rondelles dans une petite barquette en carton et recouverte d’une sauce chaude tomate-curry, souvent encore saupoudrée de poudre de curry. Il ne faut pas la demander en hot-dog, ça fait trop touriste… Demande un petit pain (brötchen) avec, c’est mieux; pour récupérer le fond de sauce, c’est divin! On te demandera certainement mit darm oder ohne darm? (avec ou sans peau?), c’est toi qui vois. Et pour faire glisser tout çà en douceur, rien de tel qu’une bonne bière, une Berliner Pilsner par exemple.


Si tu as encore une petite faim, tu verras parfois, dans les parcs ou à la sortie des grosses stations de U-bahn, des vendeurs ambulants, à pied ou en vélo-cargo, qui proposent des bretzels pour pas cher. Certains ont même un mini réchaud avec eux, histoire de les servir tout chaud!

Non loin de la Porte de Brandebourg, se dresse le bâtiment du Reichstag, abritant le Bundestag, autrement dit le Parlement allemand. L’Histoire retient son incendie en 1933, les nazis ayant désigné les communistes comme boucs émissaires pour gravir un échelon de plus au pouvoir et supprimer les libertés d’expression et de presse, alors que les vrais incendiaires, c’était qui selon toi? Ben oui… Le bâtiment imposant, mais ce qui frappe surtout, c’est cette coupole de verre à son sommet… qui n’est pas d’origine du tout! Conçue par l’architecte Norman Foster, elle a été inaugurée en 1999. On peut accéder à son sommet, mais il faut montrer patte blanche: pas question de débouler à l’improviste en sifflotant, ça ne prend pas. Il faut absolument réserver à l’avance. À l’entrée, contrôle de sécurité plus strict qu’à l’aéroport, et enfin, la montée en ascenseur pour atteindre la coupole! C’est vrai que ça reste un bâtiment gouvernemental! Deux rampes hélicoïdales permettent de s’élever dans la coupole, offrant des vues sympas sur Berlin.






Je reviens vers Unter den Linden, en passant par les petites rues adjacentes, pour rejoindre ensuite une autre place emblématique de Berlin: la Gendarmenmarkt. La « Place du Marché des Gendarmes », ah bon? Y avait des flics qui vendent des légumes dans des échoppes? Non, en fait, au 18ème siècle y était installée une garnison de soldats français appelés « gens d’arme », et en même temps la place servait de marché local. Alors pour le nom, ben on a mélangé les deux… Bref, elle est très belle cette place (un des marchés de Noël s’y tient en décembre), agréable à arpenter et bien entourée par trois prestigieux édifices. Il y a d’abord la Konzerthaus (en rénovation partielle comme tu vois), et surtout ces deux églises de part et d’autre, qui offrent un effet miroir tant elles se ressemblent. Alors si on fait face au Konzerthaus, celle qui est à gauche c’est le Deutscher Dom, ancienne église qui accueillait les protestants huguenots, devenu, comme de juste, le Musée Huguenot. Et là-bas, en face, sa presque soeur jumelle c’est le Französischer Dom, qui avait la même fonction… et l’a toujours d’ailleurs, des offices y étant toujours célébrées. Ce qui est bien, c’est qu’on peut grimper au sommet de la coupole (284 marches) et y admirer (de très près!) le carillon aux 60 cloches pesant au total près de 29 tonnes (qui s’activent toutes les heures).








Je continue mon p’tit bonhomme de chemin, en empruntant les rues qui passent derrière la Bebelplatz. À un moment j’entends se rapprocher un brouhaha composé de percussions et de slogans scandés dans une langue inconnue; d’après les drapeaux, je croise une manif en rapport avec l’Iran (forcément, avec tout ce qui se passe là-bas…). Mais ce ne sont pas mes affaires, je continue ma route. Je traverse un pont sur la rivière Spree et passe devant le Humboldt Forum, avant de pénétrer dans un drôle de petit quartier: le Nikolaiviertel. Dès que tu aperçois cette église aux deux clochers verts pointus, tu y es! Il est minuscule, mais ses petites rues pavées, ses petites boutiques et son petit square près de l’église lui confèrent un certain charme. En réalité, il a été détruit durant la Seconde Guerre mondiale puis reconstruit à l’identique dans les années 80 par le gouvernement de la RDA (l’Allemagne de l’Est, si tu préfères), à l’occasion des 750 ans de la ville. Et tu vois, c’est pour çà que j’ai dit « un certain charme »… Le résultat est beau, mais il y a un côté un peu trop « ripoliné », artificiel. On dirait un décor de cinéma, ça sonne un peu faux. Certaines maisons n’ont pas été reconstruites brique par brique, mais en utilisant des panneaux préfabriqués… Quand la réalité historique nous rattrape… J’espère que j’ai pas plombé l’ambiance, là!






À 200 m du Nikolaiviertel, cet impressionnant bâtiment rouge doté d’une tour de 74 m, c’est la Rotes Rathaus; elle est toujours le siège de la mairie ainsi que du Sénat de Berlin. Et en traversant le Innenstadt Park, on rejoint la Marienkirche, une des plus anciennes églises de la ville, connue pour sa Danse Macabre visible une fois passé le porche. Soyons honnêtes, il n’en reste pas grand-chose, et en plus elle est protégée par une vitre… Ça laisse un peu sur sa faim. L’emblématique Fernsehturm (la tour de la Télévision) est tout près, mais je me la réserve pour demain. Chaque chose en son temps.



On ne reste jamais longtemps à Berlin sans recroiser la rivière Spree; là elle est à 5 minutes à pied de la Marienkirche. Un escalier descend jusqu’à sa rive, qui sert aussi de promenade piétonne. C’est là que se trouve l’entrée d’un des musées les plus intéressants de Berlin: le DDR Museum, ou musée de la RDA en français. DDR pour Deutsche Demokratische Republik, donc. Il m’a bien plus, ce musée, il est chouette, ludique et instructif, et on se trouve vraiment en immersion dans la vie quotidienne du Berlin-Est de la période communiste. Tu peux prendre place à l’intérieur d’une voiture Trabant (voiture emblématique dont je te parlerai ultérieurement 😉), visiter une reconstitution d’appartement avec ses fameux coloris oranges (comme en Yougoslavie) tout en t’asseyant dans le canapé ou en fouinant dans les placards de la cuisine, tu pourras voir des anciens produits alimentaires de l’époque ou même visionner des reportages en noir et blanc sur la naturisme (hé oui!)… Ce lieu est une mine d’or d’infos sur la RDA… qui au final n’était pas si « Demokratisch » que çà, quand on voit la reconstitution de ce cagibi qui servait de bureau d’écoute à la Stasi, la tristement célèbre police secrète qui ne fut dissoute qu’en 1990…













Le début de la soirée se rapproche, ça a été une journée riche en découvertes… et en nombre de pas effectués! Je vais pouvoir souffler et me préparer pour mon repas du soir! Je retourne à Charlottenburg pour regagner mon hébergement, puisque l’endroit où je vais trouver ma pitance ne se trouve qu’à 10 minutes à pied (encore quelques pas à rajouter, c’est vrai).
Mon hôte m’a parlé d’un bon resto traditionnel, dans l’esprit de ces fameuses tavernes berlinoises, où l’on goûte aux spécialités locales dans un décor de chaises et banquettes en bois, de vieux comptoirs, dans une atmosphère vraiment authentique (excepté peut-être quelques endroits du Mitte où c’est devenu un peu touristique). Le resto où je me rends, c’est le Wilhelm Hoeck 1892, un petit secret bien gardé et loin des touristes. Une fois franchie l’entrée, c’est un bond dans le passé qui t’attend: carrelage en grès au sol, long comptoir en bois avec derrière son étagère à liqueurs et schnaps… Ce qui fait sa force, c’est qu’il a été épargné par les bombardements de la guerre. Bon, et la cuisine? Copieuse et délicieuse, les spécialités berlinoises sont au rendez-vous! En entrée, je prends une Berliner Bulette, une grosse boulette de viande servie avec un peu de moutarde. Ensuite, ce sera un Kalbsleber, une belle tranche de foie avec des oignons et de la purée. Et pour faire glisser tout ce beau monde en douceur, rien de tel qu’une bière Berliner Kindl (ici la version Pils), dans un verre ballon au format inhabituel de 40 cl.
Wilhelm Hoeck 1892 – Wilmersdorfer Strasse, 149.




La Kindl se décline aussi en Berliner Weisse, à l’amertume plus prononcée qui peut déranger certains consommateurs. À Berlin, il existe un petit rituel qui consiste à lui ajouter du sirop afin d’atténuer cette petite acidité. Tu rencontreras deux sortes: la Weisse Rot, avec du sirop de grenadine, et la Weisse Grün, coupée au sirop d’aspérule, une plante aromatique au goût un peu vanillé.


Quartier du Mitte: la suite!
Si tu pensais que j’en avais fini avec la quartier de Mitte, tu as tout faux! Y a encore des trucs à voir, fais-moi confiance! Le réseau S-bahn et U-bahn est d’une facilité d’utilisation déconcertante), et j’arrive bien vite à proximité du Berliner Dom, la grande cathédrale de Berlin et par la même occasion, son plus grand édifice protestant. La Spree coule juste à côté, et elle se trouve à deux pas du Humboldt Forum, un complexe de plusieurs musées, dont l’architecture ne fait pas vraiment l’unanimité. Bon, concernant le Berliner Dom, on peut y visiter sa crypte et grimper dans sa coupole. Malheureusement, quand elle est en travaux et qu’on voit le paysage à travers des barres d’échafaudage, c’est un peu moins marrant…












Chose promise, chose due, on va maintenant s’intéresser à cette tour vertigineuse qu’on voit de quasiment tout Berlin: la Berliner Fernsehturm (Tour de la Télévision), construite en 1969, qui peut se vanter d’être le plus haut bâtiment d’Allemagne avec ses 368 m de haut (oui, plus haute que la tour Eiffel!). Elle se trouve sur la fameuse Alexanderplatz, une des places berlinoises les plus connues et animées, mais pas la plus jolie, c’est clair! Revenons à notre tour, car bonne nouvelle, on peut grimper tout là-haut, via un ascenseur rapide et moderne, jusqu’à la terrasse panoramique perchée à 203 m de haut (oui, la grosse boule). La vue de là-haut, à 360 degrés, est fantastique.





Tiens, je remarque que la météo est en train de changer, la grisaille s’installe. On annonce des périodes de pluie pour les prochains jours. Bah, on verra bien, il faudra composer avec! En attendant, un court trajet en U-bahn me conduit à 1 km au sud de la Porte de Brandebourg, pour voir un peu à quoi ressemble une des autres places emblématiques de Berlin: la Potsdamer Platz. Elle a été entièrement reconstruite après avoir été coupée en deux par le Mur durant si longtemps. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, hé bien tu parles d’un choc visuel! Me voici cerné par de hauts et modernes immeubles, un peu comme ceux qui se trouvent près de l’Église du souvenir près du Kurfürstendamm, si tu te souviens. Ça lui donnerait presque un petit air de Séoul (en Corée du sud, pour les nuls en géo)… La force de Berlin, c’est que la monotonie ne s’installe jamais, et elle parvient toujours à bousculer les codes!

Il reste encore ici de maigres vestiges du Mur, mais il faut vraiment les chercher, ils sont un peu noyés dans le décor. Par contre, cette curieuse tour verte, surmontée d’une cabine, m’intrigue. Je vois des lumières rouges et vertes, comme des feux de circulation. Et c’est exactement çà!. On a ici la réplique du tout premier feu de circulation d’Europe, initialement installé en 1924 puis démantelé en 1937. Cette réplique a été installée en 2000. Les feux fonctionnent à l’horizontale, et la guérite abritait un agent de police qui grimpait à l’échelle jusqu’à la cabine, et changeait manuellement les feux pour réguler le trafic, muni d’un chronomètre. Ça a dû être passionnant comme boulot… Je l’imagine bien tomber endormi, puis se réveiller et regarder la cohue en bas, murmurant « Et merde… »


Je m’intéresse particulièrement à la tour rouge du milieu sur la photo. C’est la Tour Kolhoff, 101 m de haut pour 25 étages, qui abrite commerces et bureaux, mais aussi le Panoramapunkt, une terrasse panoramique à son sommet. On y accède par ascenseur, mais pas n’importe lequel: celui-ci, c’est le plus rapide d’Europe! La montée au sommet se fait en 20 secondes, à la vitesse de 8,5 m/seconde! Pour te dire, le liftier, avant la montée, donne bien sûr les caractéristiques de « son » bolide, mais aussi des recommandations si jamais les oreilles se bouchent! Toujours est-il que 20 secondes plus tard, on est en haut. Ça va, je ne me suis pas retrouvé le pantalon sur les chevilles comme dans ce sketch du « Benny Hill Show »… La vue de l-haut, à 360 degrés, est époustouflante. Quant à ces centaines de picots posés dans l’armature de béton, c’est un dispositif anti-pigeons…




Quasiment déjà midi! Retour à Unter den Linden pour manger un petit truc, version street food. Allez, une part de pizza, ça marche bien la pizza à Berlin! Et comme tu vois, je me suis pris un petit soda de rhubarbe, ce qui n’est pas très courant. Je me referais bien une petite barquette de currywurst aussi. La gare de Friedrichstrasse, important noeud ferroviaire, est à 5 minutes à pied de Unter den Linden. La rue passe sous les voies, et c’est là que se cache le stand de currywurst Witty’s, qui m’a l’air de bien marcher et de faire l’affaire d’un tas de gens qui utilisent les transports publics! Mais c’est vrai que l’emplacement n’est pas banal. À l’image de ce stand d’une chaîne de burgers, Burgermeister, qui a pris place… dans les ancienne toilettes de la station Schlesisches Tor dans le quartier de Kreuzberg!
Ciao Ragazzi Pizza al taglio – Unter den Linden 21.



Maintenant, j’aimerais bien en savoir un peu plus sur ce symbole de séparation et de honte pour Berlin, resté debout pendant 28 ans: son Mur! Il y a bien sûr des vestiges beaucoup plus parlants que ce « chicot » dressé bêtement sur la Potsdamer Platz. Bref historique: au début des années 60, le « gâteau » Berlin est divisé en 4 morceaux: un américain, un britannique, un français et un soviétique. On était déjà sur le schéma RFA à l’ouest, RDA à l’est, communiste jusqu’au bout des ongles. Ce qui ne plaisait pas à un tas d’habitants de la partie Est, qui s’enfuirent vers la RFA entre 1949 et 1961. Alors, pour stopper cet exode qui passait essentiellement par Berlin, dans la tête Walter Ulbricht, le dirigeant de la RDA, germa un projet effroyable: séparer la ville en deux en construisant un mur de 155 km de long, avec la bénédiction du président soviétique Nikita Khrouchtchev (comme quoi c’était pas mieux avant Poutine). En fait, c’est un double mur qui s’est érigé, avec un no man’s land entre les deux, hérissés de barbelés et ponctués de miradors occupés par des gardes, qui patrouillaient aussi au sol et tiraient sur tout ce qui bouge en cas de tentative d’évasion. 28 ans de cauchemar pour des familles séparées!
Et enfin arrive cette année 1989. Le vent commence à tourner. Le peuple de RDA manifeste régulièrement en masse, et en URSS, le nouveau boss, Mikhaïl Gorbatchev (oui, l’homme à la « tache de vin ») apporte un vent de changement: en refusant d’intervenir militairement pour soutenir le régime communiste est-allemand face aux manifestations. Mais celui qui mettra le feu aux poudres, c’est Günter Schabowski, porte-parole du régime est-allemand et Gaston Lagaffe à ses heures perdues… comme ce fameux 9 novembre 1989, où on lui remet une directive sur la nouvelle réglementation des voyages pour les citoyens de la RDA. Schabowski la lit distraitement. Grossière erreur. Au moment où un journaliste lui demande quand ces mesures d’assouplissement des voyages entreront en vigueur, l’ami Günter est pris de court et bafouille « Euh… Pour autant que je sache… cela entre en vigueur immédiatement, sans délai ». Échec et mat. Le sort du Mur est scellé. Des milliers de Berlinois de l’Est se ruent vers les postes-frontières du Mur. Les gardes-frontières n’osent rien faire et finissent par ouvrir les barrières. Le reste, tu connais, tout le monde a vu ces images à la TV. Et dernière info, Schabowski est mort en 2015 à l’âge de 86 ans, à Berlin. À sa décharge, il a été le seul à exprimer des regrets sur tout ce qui s’était passé…
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Mais revenons-en aux vestiges du Mur encore visibles. On reste dans le Mitte, mais en s’excentrant un peu vers le nord-ouest, jusqu’à la station Bernauer Strasse. C’est le long de cette rue qu’a été conservée un longue portion du Mur d’environ 300 m de long. C’est ici le site du Mémorial du Mur de Berlin (Gedenkstätte Berliner Mauer), où l’ancien no man’s land a été transformé en promenade piétonne, et on y voit encore les pylônes d’éclairage ainsi qu’un mirador qui fait froid dans le dos (il en existe un autre dans le quartier de Kreuzberg). Cette curieuse petite église, c’est la Chapelle de la Réconciliation, reconstruite après avoir été dynamitée en 1985, sa seule faute ayant été de se trouver sur le no man’s land; la statue poignante à côté symbolise la joie des retrouvailles des familles séparées, après la chute du Mur en 1989. Et pour bien montrer que la vie a repris, une parcelle de seigle et des jardins communautaires ont pris place le long de la « zone interdite ». L’ensemble est très beau et touchant, et des grands panneaux affichent des photos d’époque sur les tentatives d’évasion. Certains tronçons du no man’s land servent parfois d’allée centrale aux résidences privées, on peut y accéder mais sur la pointe des pieds, certains habitants désireux de ne pas être dérangés (ça se comprend).
















Ça aura encore été une sacrée journée de découvertes. La soirée s’amorce déjà, aujourd’hui je vais me contenter d’un petit döner kebab, avant d’aller goûter à ce délice sucré indissociable de la ville: la Berliner Pfannkuchen, ou boule de Berlin, comme on dit chez nous. C’est un gros beignet rond frit dans l’huile, fourrée traditionnellement de confitures de framboise ou de crème pâtissière. Crois-moi, c’est autre chose que ces horreurs huileuses qui pèsent une tonne qu’on trouve dans les supermarchés. Ici, c’est léger, presque aérien, et surtout très bon!
Sammys Berliner Donuts – Sophienstrasse, 30-31 ET Rosenthaler Strasse, 4.

Berlin, entre vieilles bagnoles et plages de sable…
Oui je sais, j’ai parfois le chic pour les titres de chapitres bizarres et énigmatiques… T’inquiètes, l’explication viendra toute seule! Bref, voilà une nouvelle journée d’exploration de Berlin qui débute, et on va en découvrir des facettes plus étonnantes. Côté météo, c’est entre les deux mais la grisaille domine. On verra… Une fois encore, mon point de chute matinal sera cette bonne vieille avenue Unter den Linden, d’où je vais emprunter à pied la longue artère Friedrichstrasse. Et après 15 minutes de marche, au croisement avec la Zimmerstrasse je distingue un genre d’attroupement au milieu de la rue ainsi que des gens qui descendent d’un minibus touristique pour grossir le troupeau. Approchons-nous… Et là je comprends: cette cahute blanche en bois, cette pseudo-pile de sacs devant… c’est le mythique Checkpoint Charlie!
C’était un des 3 passages possibles entre l’ouest et l’est avec ses deux copains Checkpoint Alpha et Bravo (noms tirés de l’alphabet Morse). Et encore, c’était essentiellement pour les diplomates et les militaires. Après la chute du Mur, les trois checkpoints on été retirés, cependant une réplique du « Charlie » a été installée par devoir de mémoire. Il est devenu une attraction touristique majeure. Revers de la médaille: quasiment cerné par un McDonalds et un KFC, il est assiégé jour après jour par des groupes de touristes dont le seul souci est de faire leur selfie tout sourire derrière la pile de sacs, ou en compagnie d’un mec déguisé en soldat. Ça y est, nous voilà à Disneyland… On est aux antipodes complets de la Bernauer Strasse où j’étais hier! Je me demande si l’un ou l’autre débile ont déjà confondu l’endroit avec un stand de currywurst…


Depuis le Checkpoint Charlie, je n’ai que 300 m à parcourir pour atteindre mon point de rendez-vous où va bientôt débuter une expérience aussi passionnante qu’insolite. Là je suis devant le Trabi World, un petit musée dédié à cette petite voiture iconique qui a sillonné Berlin pendant tant d’années: la Trabant. Cette petite bagnole, au design délicieusement rétro, a vu le jour en 1957. Elle est hors normes, mais pas dans le sens habituel: sa carrosserie n’est pas en métal, mais en Duroplast, un matériau mélangeant fibres de coton recyclées et résine synthétique! Comme disait le guide: « en cas d’accident, c’est plutôt la voiture qu’il faut amener à l’hôpital »! Moteur: 26 chevaux. Pas de carter à huile: on mélangeait l’huile avec l’essence, moteur 2 temps oblige, hé ouais comme pour une débroussailleuse thermique! Même le délai d’attente pour en acquérir une neuve est devenu légendaire: de 10 à 15 ans!! Non mais sérieux?? Raisons invoquées: le temps fou nécessaire pour travailler le Duroplast, le gouvernement qui fixait à l’avance le nombre précis de voitures à produire sur une période de 5 ans, et enfin la priorité aux exportations (question de fric, on s’en doute).
Tu te souviens qu’au DDR Museum, on pouvait s’installer à bord d’une « Trabi », mais c’est tout. Ici au Trabi World, on fait beaucoup mieux: on peut en conduire une pour de vrai, dans la réalité d’un circuit de 1H15 à travers Berlin, en cortège avec un guide en tête de file, ça s’appelle un Trabi Safari. Rendez-vous donc pris à 10 heures, il y a quelques autres participants qui attendent. Les personnes en couple échangent leur place à mi-parcours, leur permettant de pouvoir conduire chacune. J’ai la chance d’être seul et d’avoir le privilège d’avoir ma Trabi pour moi seul durant tout le parcours. On peut choisir son coloris: il y en a à pois, des zébrées, des roses… Je choisis la sobriété avec un modèle bleu clair, qui affiche clairement ses 36 ans. Chacun s’installe, le guide passe pour un petit briefing sur le système de changement des vitesse, aussi unique et déroutant pour les conducteurs modernes que nous sommes. C’est une grille verticale, d’où sort un petit levier qu’il faudra tirer, pousser, monter ou descendre selon les vitesse. Toute une gymnastique! Et il y a toujours une petite pointe de stress aux feux rouges!




Un aperçu du changement de vitesses (vidéo externe):
Le départ est imminent. Je tourne la clé pour démarrer le moteur. Ouh la la… Ça vibre de partout, et le bruit n’a rien à voir avec les moteur d’aujourd’hui. Imagine-toi un mix entre un ancien tracteur agricole et une machine à laver. Ça va être épique, je le sens! surtout qu’on s’intègre directement au trafic berlinois, en pleine ville! Le guide est en tête, et commente le parcours à l’aide d’un système radio interne qui connecte toutes les voitures. Bloqué par un feu rouge alors que les premiers véhicules sont passés? Pas de panique, le guide se range sur le côté pour reformer le convoi. Ce qui énerve parfois, ce sont certaines voitures qui s’insèrent entre les Trabant et « cassent » la file. Et bien souvent, la taille du véhicule est proportionnelle au degré d’imbécilité du conducteur! Je constate aussi qu’il y a des travaux un peu partout, je l’avais déjà noté en tant que piéton les jours précédents. À mi-parcours, les personnes qui sont deux échangent leur place. Le guide ouvre un capot pour nous montrer ce fameux moteur. On voit que la Trabant, malgré ses lacunes, a un sacré capital sympathie: combien de personnes n’a pas pris le convoi en photo, combien de pouces levés, et même de sourires nostalgiques de berlinois plus âgés… Vers 11H15, on revient au point de départ, heureux et fiers d’avoir pu dompter la bête. Comme tu le vois, je m’en suis acheté une. Un peu petite, je te l’accorde, mais je n’aurai pas à attendre jusqu’en 2036…





Depuis le Trabi World, il suffit de faire 150 m à pied pour que l’expression « deux salles, deux ambiances » prenne pleinement son sens. Rien que le nom de cet endroit fait l’effet d’une douche froide: Topographie des Terrors (pas la peine de traduire, je pense). C’est ici que se trouvait la quintessence de toute la pourriture engendrée par les nazis. C’était à la fois le siège de la Gestapo (pour Geheime Staatspolizei) et du commandement suprême SS (Reichsführung-SS). Les décisions les plus inhumaines on été prises ici: holocauste, camps de concentration… Les bâtiments ont été bombardés par les Alliés puis rasés. Après la chute du Mur, les lieux on été reconvertis en lieu de mémoire, et un musée gratuit, doublé d’un centre de documentation, y a vu le jour. Une pléthore de documents et photographies, souvent « brut de décoffrage », retrace tout le déroulement de cette descente aux enfers: la montée de l’idéologie nazie, la propagande, les camps de concentration, pour se terminer avec la chute du IIIème Reich et le procès de Nuremberg. C’est cru, c’est direct et sans fard. Ça bouleverse, ça chamboule. C’est bien le but! Dehors, on peut encore voir les fondations du bâtiment originel, ainsi qu’un petit tronçon du Mur.







Retour sur Unter den Linden (une fois de plus, oui) pour la petite pause « miam-miam » de midi. Un gros hot-dog et une petite bière; rapide et efficace! Après une matinée bien remplie, on va attaquer l’aprem sur une note un peu plus légère (dans le bon sens du terme, hein). Berlin est une ville de musées, certains d’entre eux sont aussi célèbres qu’emblématiques, comme ceux de l’Île aux Musées, le Musée Juif, le DDR Museum… Mais il en existe d’autres, plus confidentiels, plus improbables. Direction le nord-est du Mitte, en descendant à la station U-bahn Rosenthaler Strasse. À même pas 50 mètres, voici le Circus Hostel, une auberge de jeunesse bien connue des backpackers qui viennent à Berlin. Entrons donc. Non, je ne change pas d’hébergement, je me sens très bien dans le quartier de Charlottenburg. À la réception, j’explique pourquoi je suis là et je descends au sous-sol. Ah la la, j’en fais des mystères, me diras-tu. Pas faux, j’adore çà… Un petit panneau museum m’envoie vers un petit couloir étroit, où des tuyaux courent le long du plafond…
L’endroit est aussi incongru que surprenant: je me trouve dans le minuscule David Hasselhoff museum. Outre une fresque murale à son image, on trouve divers souvenirs de l’acteur de « Alerte à Malibu » (le titre de mon chapitre… tu te souviens?) et de « K 2000 » (la voiture qui parle): des affiches, des extraits de presse, des photos, son fameux maillot de bain rouge… Et au fond du couloir, une sorte d’autel dédié à « The Hoff », comme on dit ici. À prendre au deuxième degré, on s’en doute! Ça m’a rappelé ce bar de Naples, qui a consacré un petit autel à « leur » légende footbalistique, Diego Maradona…




Mais quel rapport entre David Hasselhoff et Berlin? Tout est venu d’un timing involontaire. Sa fameuse chanson Looking for Freedom est sortie au printemps 1989. Or il se passait quoi à Berlin à ce moment-là? Les manifestations, le ras-le-bol grandissant des allemands de l’Est! Ils firent de ce morceau leur porte-drapeau. Puis en décembre de la même année, voilà notre Hoff invité à Berlin pour chanter lors d’un concert. Perché sur une nacelle au-dessus du Mur, il va interpréter son titre emblématique qui va l’inscrire dans la légende de Berlin. Son incroyable veste en cuir équipée aux ampoules clignotantes est restée dans tous les esprits…
Retour sur Unter den Linden, à 250 m de la Bebelplatz, pour un musée u peu moins exigu, et pourtant je suis passé devant plusieurs fois sans y faire attention. Ici, c’est un acteur de cinéma qui est à l’honneur. Si je te parle d’un gros barbu baraqué qui distribue des baffes à tout va dans ses films, à grands renforts de bruitages ringards, l’inséparable complice de Terence Hill, ça te met sur la voie? Ben oui, je t’emmène faire un tour au Bud Spencer Museum, entièrement dédié à ce grand acteur (Carlo Pedersoli de son vrai nom) qui était, on le sait moins, un ancien sportif de haut niveau en natation doublé d’un pilote d’avion et d’hélicoptère. Costumes, affiches de films, photos, reconstitution de décors de ses films, ainsi qu’une statue en cire grandeur nature (c’est vrai qu’il était balèze) ponctuent ce musée interactif et fort bien fait. Alors, le rapport entre Bud Spencer et Berlin? Simplement un véritable culte d’adoration que les allemands lui vouent, renforcé par les doublages de ses films en allemand qui touchent au sublime. C’est pas pour rien que sa plus grande communauté de fans se trouve en Allemagne! Remarque, il aurait peut-être pu casser le Mur à coups de poing…








Berlin: urbex et street art…
Il est à peine 15 heures, j’ai encore beaucoup de marge avant le repas du soir!. La météo n’est pas folle, alternance de sales averses et de courtes éclaircies. Au moins c’est pas en continu, c’est déjà çà. Je retourne vers le quartier de Charlottenburg avec le S-bahn, mais en m’excentrant vers l’ouest pour atteindre la lisière de la forêt de Grunewald. Ah, une petite rando en forêt? Euh, oui, en partie, si on veut…. Le temps que la pluie se calme un peu (j’ai quand-même pris avec moi une petite veste de pluie au cas où), je quitte la station S-bahn pour longer la forêt, jusqu’à ce que je tombe sur ce petit parking que je cherchais, qui sera le point de départ d’un petit trajet de 20 minutes à travers la forêt, en légère montée. Alors quoi, qu’est-ce que je suis venu chercher ici? Un lieu incroyable, à l’histoire insolite, qui va te faire tomber à la renverse…
Cet endroit s’appelle la Teufelsberg (en français: la montagne du diable), ça t’annonce déjà la couleur. Non, ce n’est pas un lieu hanté, mais il a une histoire rocambolesque. Je marche en réalité sur une gigantesque colline artificielle de gravats (au total, 25 millions de m³ de débris glanés dans Berlin après la Seconde Guerre mondiale. Tout çà pour quoi? Pour ensevelir un mauvais souvenir: les vestiges d’une université militaire nazie, si solidement bâtie que même des dynamitages répétés n’ont pu en venir à bout. Alors, fin de l’histoire? Loin de là! Au début des années 60, les Américains entrent dans la danse pour y construire… une immense station d’espionnage, gérée par la NSA, et ce jusqu’en 1991! Ben oui, ils se sont amusés à écouter la Russie, et tant qu’à faire toute l’Europe durant 30 années! Ce site est toujours debout, bien délabré c’est vrai, mais les vestiges sont toujours bien parlants.
Alors j’ai parlé d’urbex, mais ce n’est pas totalement vrai, car il faut s’acquitter d’un petit droit d’entrée pour explorer les lieux. N’aie pas peur du grand panneau « Video Guard » à l’entrée, c’était du temps où tout fonctionnait. C’est néanmoins une expérience pas banale que d’évoluer au milieu de ces bâtiments abandonnés, ornés d’innombrables fresques de street art, car oui, le Teufelsberg est devenu une Mecque pour ce genre d’activité. Et j’avoue que certains sont de vrais petits chefs-d’oeuvre.





Mais le plus surprenant, le plus ébouriffant reste à venir. Voilà que se dresse un bâtiment colossal, mix de bunker et de hangar, surmonté d’une tour coiffée d’un énorme radôme blanc tout rond, qui ressemble à un ballon de foot géant. Il y en a deux autres plus petits sur le site. Alors, qu’est-ce qu’un radôme? Hé bien, c’est une fine structure de protection en forme de sphère ou de coupole, servant à abriter des antennes de télécommunication ou de radar contre les intempéries. Normal, on est dans une ancienne station d’écoute! Les « oreilles » de la NSA étaient tout là-haut! Mais des années de météo changeante ne leur ont pas fait de cadeaux,et ils commencent à partir en lambeaux…







Et bonne nouvelle, on peut pénétrer dans ce bâtiment et l’explorer à sa guise, surtout que les oeuvres de street art ne se cantonnent pas qu’à l’extérieur! L’ambiance est surréaliste et empreinte de tous les mystères que cet endroit a pu connaître par le passé. Une fois arrivé au sommet, sur le toit, enfin me voilà face à ces fameux radômes, dont les morceaux de plastique et de tissu décollés claquent sous les rafales de vent. La vue d’ici est sensationnelle et porte loin. Si le ciel n’avait pas été aussi gris ce jour-là… Mais ça ne change rien à l’intensité de cette exploration hors des sentiers battus!












Allez, il est temps de regagner le Berlin du temps présent! Je redescends le sentier forestier pour ensuite longer la route jusqu’à la station S-bahn. Je me fais surprendre par une grosse averse, je me mets à l’abri sous un arbre. Et c’est à ce moment que j’entends un coup de tonnerre. Aïe… orage + être sous un arbre = mauvaise idée! Ma petite veste de pluie va m’être utile, quitte à être un peu mouillé en bas… Quand on voyage, on ne choisit jamais la météo!Me voilà à la station S-bahn, il est un peu plus de 18 heures. Ça me laisse le temps de rallier à l’aise l’avenue Unter den Linden (une fois de plus, oui je sais) pour me rendre dans une autre taverne berlinoise que j’avais repéré auparavant. Un poil plus touristique peut-être, emplacement oblige, mais on y trouve malgré tout bon nombre de berlinois amateurs de cuisine authentique, et les prix ne sont pas surfaits. Alors, quoi de bon à se mettre sous la dent ce soir? En entrée, ce sera une Berliner Kartoffelsuppe, à base de pommes de terre, carottes, céleri et oignons. Et en plat principal, voici une spécialité emblématique de Berlin: l’Eisbein, un gros jarret de porc, mis dans la saumure avant d’être poché dans du bouillon, ce qui lui donne cette étonnante couleur rose et une texture super tendre. Ici il est servi avec de la purée de pois, du chou, des patates et un peu de moutarde. J’accompagne ce beau monde d’une bière blanche Schultheiss. Voilà une journée bien remplie, aussi intense que variée, qui s’achève…
Nante Eck – Unter den Linden, 35.



Berlin et l’Île aux Musées.
Et hop, c’est parti pour une nouvelle journée! Voyons la météo: c’est encore bien gris, et il y aura encore quelques averses ici et là dans la journée. C’est comme çà, on n’y peut rien. Ce matin, je vais aller me balader du côté de l’Île aux Musées (Museumsinsel), entourée par la Spree, et se situant en gros entre l’avenue Unter den Linden et Alexanderplatz. La vocation « muséale » de l’île ne date pas d’hier, puisque le premier musée, l’Altes Museum a vu le jour en 1830, et les autres musées l’ont rejoint au fil des décennies. En gros, on trouve 5 musées: le Altes Museum ‘Ancien Musée – 1830), consacré aux antiquités; le Neues Museum (Nouveau Musée – 1855), avec ses collections égyptiennes et son musée de la Préhistoire; la Alte Nationalgalerie (1876), consacrée aux arts du 19ème siècle; le Bode Museum (1904), consacré à la sculpture et l’art byzantin; et enfin le Musée de Pergame (Pergamonmuseum), souvent cité comme le plus beau et le plus monumental, partiellement en rénovation pour le moment. Durant la Guerre, ils ont bien morflé eux aussi, mais la reconstruction s’est opérée au fil du temps (même si du temps, il en a fallu énormément, séparation de Berlin oblige…).

Je ne les visiterai pas tous les cinq, tu t’en doutes, mais je vais m’en choisir un, juste pour me faire une idée. Je jette mon dévolu sur le Neues Museum, celui de la bande qui a eu le plus de mal à se relever, ayant été en partie réduit en ruines et laissé comme çà durant 50 ans (les arbres avaient même poussé à l’intérieur de certaines salles). Il a fallu attendre 1999 pour qu’il soit reconstruit et entièrement rénové par l’architecte David Chipperfield (et non pas Copperfield, j’ai dit architecte, pas magicien) et qu’il rouvre officiellement en 2009. Quoique… il est parvenu à moderniser l’ensemble tout en gardant des éléments originels tels les murs d’origine ou des fresques abimées. Le résultat est grandiose. Les collections sont réparties sur 4 niveaux, comprenant deux grands axes: le Musée de la Préhistoire et de la Protohistoire, et les collections d’art égyptien. Parmi les « stars » du Neues Museum, on peut citer le Chapeau d’or de Berlin (Berliner Goldhut), une improbable coiffe dorée de 75 cm de haut, utilisée par les prêtres associés au culte solaire. Il a l’air massif, mais comme il est composé de nombreuses feuilles d’or et ne pèse qu’un peu moins de 500 grammes. Juste peut-être pas trop pratique pour passer un seuil de porte… L’autre vedette, c’est le buste de Nefertiti, découvert en 1912, qui a droit à une salle pour lui tout seul. Attention, les photos sont rigoureusement interdites, d’abord par souci de préservation (par rapport à la lumière, c’est pourquoi la salle est sombre), et aussi pour éviter des embouteillages façon Joconde au Louvre. Ce serait con qu’une perche à selfie vienne briser la vitre, non? Néanmoins, il est toléré de prendre un cliché depuis le seuil de la salle, en zoomant bien ça peut le faire.















En reprenant le U-bahn à la station Museumsinsel, je remarque ce détail qui m’avait échappé la première fois ce matin. Comment ai-je pu zapper çà? La décoration du plafond est incroyable: elle représente un ciel bleu nuit complètement étoilé! C’est sacrément bien fait, à peu de choses près ça pourrait faire illusion…

L’ancien aéroport de Tempelhof.
L’heure de ma petite collation de midi se rapproche, mais aujourd’hui, ce ne sera pas dans le Mitte! Après quelques stations de U-bahn, en direction du sud, je descends à la station Mehringdamm, dans la quartier de Kreuzberg. Pourquoi s’excentrer de la sorte? De une, parce que ça me rapproche du quartier de Tempelhof, juste à côté, où je vais passer l’aprem; et enfin, parce que je veux goûter à un kebab qu’on dit le meilleur de Berlin (certains disent même « du monde »!). Le kebab et Berlin, c’est une histoire d’amour qui ne date pas d’hier; il a été importé par des immigrés turcs au début des années 1970, et a été définitivement adopté par la ville. On en vend un peu partout, mais ce petit stand presque banal fait partie de la catégorie « mythique »: c’est le Mustafa’s Gemüse Kebap. Quand la météo est bien disposée, il y a toujours une longue file devant; quand il fait moche comme ce midi, y a un peu moins de monde. On va tester çà tout de suite! Et je dois reconnaître que ce kebab est balèze et touche à la perfection: j’en ai rarement vu un aussi bien fourni, avec de la viande de poulet accompagné de légumes grillés, de feta et d’un filet de jus de citron. Avec un petit ayran pour faire glisser, comme en Turquie…
Mustafa’s Gemüse Kebap – Mehringdamm, 33 (Kreuzberg).

En descendant à la station U-bahn suivante, me voici à présent dans l’arrondissement de Tempelhof-Schöneberg. Ce quartier est indissociable de son ancien aéroport de Tempelhof, qui a fermé ses portes en 2008, les pistes étant devenues trop courtes pour les avions actuels. Il faut dire que son histoire a été mouvementée. Inauguré en 1923, il développe peu à peu son trafic de vols commerciaux réguliers, jusqu’en 1936, où un certain Hitler, Monsieur folie-des-grandeurs, décide de la reconstruction de l’aéroport à son image, c’est-à-dire dans le style monumental et grandiloquent qui était commun à l’architecture du IIIème Reich. Résultat: un colosse de 1,2 km de long en forme d’arc de cercle, devenant ainsi un des plus grands bâtiments au monde à cette époque. Durant la Seconde Guerre mondiale, Tempelhof est reconverti en usine d’armement et de construction d’avions pour la Luftwaffe, en mettant des prisonniers au travail forcé. Après la guerre, durant le blocus terrestre initié par les soviétiques, l’aéroport sert de « pont aérien » pour ravitailler la population. Ce sont les américains qui en ont le contrôle. Par la suite, Tempelhof reprend son activité commerciale en accueillant à nouveau des vols réguliers. Mais au fil du temps, l’aéroport décline lentement, ses infrastructures n’étant plus aux normes pour les avions devenant de plus en plus grands et modernes… Clap de fin en 2008. Mais c’était sans compter son incroyable reconversion…






Hé oui, l’aéroport de Tempelhof a eu droit à une seconde vie, sans pour autant accueillir à nouveau des avions! L’intérieur du terminal fait désormais l’objet de visites guidées passionnantes d’une durée de deux heures. J’en ai réservé une en anglais (comme je capte assez bien la langue, ça ira) qui démarre à 13H30. Notre guide, pour un groupe d’une quinzaine de personnes, va nous faire déambuler dans les coulisses de ce bâtiment démesuré. Ça démarre très fort avec le grand hall d’enregistrement, avec son tapis roulant à bagages, ses cabines de téléphone et ses multiples guichets d’enregistrement, aux noms de compagnies qui n’existent plus. L’idée qu’on se fait d’un hall d’aéroport, c’est une ruche bruyante et virevoltante. Mais ici, pas un bruit, pas une personne, tout est figé depuis 18 ans. On dirait qu’on a appuyé sur une télécommande pour arrêter le temps… La sensation est bizarre, et la voix du guide qui résonne dans cet espace immense accentue encore cet effet.












On se dirige ensuite vers les portes d’embarquement, qui offrent un premier aperçu sur la taille de l’extérieur du terminal, et surtout sur le gigantesque auvent qui permettait aux passagers d’embarquer sans se faire mouiller par la pluie.



Après, ce sont les sous-sols qui nous attendent, pour y découvrir d’anciens abris anti-aériens (dans un aéroport, ça fait un peu contresens), destinés à mettre la population à l’abri des bombardements. Les fresques sur les murs, bien conservées et un peu malaisantes, étaient supposées distraire les enfants. J’ai plutôt l’impression que certains ont dû en faire des cauchemars…


La visite continue, en remontant par une interminable série d’escaliers, jusqu’au dernier étage où un endroit surprenant nous attend: un terrain de basket, construit par les américains afin de leur offrir une occasion de se changer les idées de temps en temps. Il existait aussi une salle de bowling, mais elle a été démantelée.
On continue à jouer au yo-yo en redescendant cette fois jusqu’à l’ancien système de tri et d’acheminement des bagages, au sous-sol.




Ah, on va maintenant sortir un peu, pour fouler l’espace extérieur d’où les passagers embarquaient pour leurs vols. On peut se rendre compte de la démesure du bâtiment, c’est à peins si on en voit le bout! On enchaîne par après avec le Hangar 7, qui abrite encore 3 avions historiques: un Iliouchine Il-14, un Douglas C-54 Skymaster (modèle acteur du fameux pont aérien) et un Focke-Wulf 200.



Bien sûr, qui dit aéroport dit pistes. Que sont-elle devenues? Elles sont toujours bien là, mais plus aucun avion n’y atterrit depuis la fermeture de 2008! elles servent dorénavant d’immense espace de promenade et de loisirs pour les berlinois et les visiteurs curieux. Il y a de tout: piétons, cyclistes, trottinettes, rollers… et comme l’endroit est souvent assez venteux, il n’est pas rare d’y voir des planches à voile à roulettes. L’endroit est maintenant connu sous le nom de Tempelhofer Feld.





Bien bien, j’ai encore un peu de temps devant moi avant la soirée, je m’en vais faire un petit tour dans le quartier voisin, à l’est de l’aéroport: l’arrondissement de Neukölln. Mon hôte Airbnb m’a dit qu’il y a encore une bonne part d’authenticité dans ce quartier qui a été relativement épargné par les bombardement de la Seconde Guerre. Je ne demande qu’à vérifier! Et visiblement il ne s’est pas foutu de moi: tout autour de la Richardplatz, son épicentre, on y trouve un tas de petites rues pavées, bordées d’anciennes maisons qui ont survécu à la guerre. En outre, Neukölln est très bien pourvu en espaces verts, et très arboré le long de ses rues. J’aime bien, c’est pas vilain du tout, et ça ne sonne pas faux comme à Nikolaiviertel. Et en plus, comme tu vois, je profite d’une petite accalmie météo…




Ah ben, ce serait pas l’heure du repas du soir, des fois? J’ai ma petite idée en tête, ayant repéré avant-hier une taverne qui propose une spécialité que j’aimerais essayer. Direction une rue tranquille entre Unter den Linden et la gare de Friedrichstrasse, pour ce petit resto, le Gaffel Haus, appelé aussi Das Kölsches Konsulat (Le Consulat de Cologne), car orienté vers les spécialités et bières colonaises, tout en gardant quelques valeurs sûres made in Berlin. Un mix de deux cultures allemandes, pourquoi pas? Allez, je vais goûter aux Königsberger Klopse, des boulettes nappées de sauce blanche épaisse et accompagnées de pommes de terre vapeur. Côté bière, ce sera une Preußens Pilsener, qui elle, est bien berlinoise.
Gaffel Haus – Dorotheenstrasse, 65.


Potsdam, le « Versailles prussien ».
Aujourd’hui, on va quitter l’agglomération de Berlin le temps d’une journée pour se rendre dans le Länd de Brandenburg. Un Länd en Allemagne, c’est comme un petit État régional autonome, qui peut prendre ses propres décisions mais qui fait partie malgré tout de la République allemande. C’est un peu comme les cantons en Suisse. Certaines grandes villes, comme Berlin justement, forment un Länd à elles seules. Ce qui est particulier ici, c’est que le Länd de Brandenburg encercle complètement celui de Berlin! Bref, me voici à la Hauptbahnhof de Berlin pour prendre un train RE, c’est-à-dire un train plus rapide, qui va plus loin et ne s’arrête pas partout comme le ferait un S-bahn. Confortables et à double étage, les trains RE font le trajet jusqu’à Potsdam en 30 minutes environ. Il y a bien le S-bahn 7 qui y va aussi, mais c’est un peu plus long, vu qu’il fait omnibus…

Côté météo, c’est pas top du tout. Je peux te dire que ce sera la plus sale journée de ce citytrip! De la bonne grosse pluie, entrecoupée de quelques éclaircies fugaces, voilà le menu du jour! Ça s’améliorera un peu en soirée, dieu merci. Mais pour l’instant, ma petite veste de pluie est ma meilleure amie… Mais je vois que je suis arrivé à la Hauptbahnhof de Potsdam, c’est là que je descends.
Alors voici la petite ville de Potsdam, capitale du Länd de Brandenburg. Le nom de Potsdam fait vibrer d’excitation les amateurs de châteaux: Les rois de Prusse Frédéric-Guillaume Ier puis Frédéric II s’y sont installé, et forcément ils ne se sont pas contenté d’y monter un abri de jardin en bois. Mais on y viendra un peu plus tard, car j’aimerais faire un tour en ville pour voir ce qu’elle a de beau à proposer au visiteur. En tous les cas, au niveau des transports publics, les bus et tramways raviront celles et ceux qui n’aiment pas trop marcher (je ne fais pas partie du lot 😉). Le centre-ville est à 5 minutes à pied de la gare, et voilà déjà un opulent bâtiment rose à colonnades, qui n’est autre que le Stadtschloss (Palais de la Ville), ancienne résidence des rois de Prusse devenue le Parlement du Länd. On y trouve même, sur la façade ouest, un clin d’œil humoristique à René Magritte avec cette inscription « Ceci n’est pas un château ». Pas mal, fallait y penser!



La place de l’Alter Markt est juste à côté, avec l’ancien Hôtel de Ville (Altes Rathaus), la Nikolaikirche et son dôme vert, ainsi que l’obélisque au centre. J’aime bien cette place, elle a des petits airs de la Gendarmenmarkt de Berlin.




Foutu temps. Je m’amuse à enlever et remettre mon capuchon en alternance, grrr… Bon, relativisons, c’est pas non plus une tempête tropicale… Je continue mon errance à travers Potsdam, aux rues commerçantes agréables et parfois pavées. Au bout de la Friedrich-Ebert-Strasse, voici la Nauener Tor, une porte fortifiée du 18ème siècle. Regarde bien entre les deux tours: ne dirait-on pas un funambule sur sa corde? C’est bien çà, à part que c’est une sculpture! Étonnant, non? Cette oeuvre, baptisée Balance mit sich (« en équilibre avec soi-même ») a été mise en place en 2024 par Hubertus von der Goltz, un artiste plasticien.




Je vais maintenant quitter la ville pour faire route vers le parc du domaine de Sanssouci, à 1km à l’ouest. Là, on va vraiment entrer au coeur du joyau de Potsdam, la raison N°1 pour laquelle les visiteurs accourent jusqu’ici (en zappant souvent la ville elle-même, dommage). Pour faire court, Sanssouci, c’était l’ancienne résidence d’été du roi de Prusse Frédéric II. Et si ce mot « sanssouci » a une connotation familière aux oreilles francophones. Sans souci? C’est exactement çà: c’était un peu le leitmotiv de Fréderic II, considérant son domaine comme un refuge, bien loin des contraintes politiques, où il pouvait profiter pleinement de la musique (il jouait de la flûte), et de la littérature.
Il existe plusieurs points d’entrée, je choisis la Hauptallee, l’artère principale qui traverse tout le parc en ligne droite sur 2 km de long. Cela me permet d’avoir un premier aperçu sur les jardins du domaine, alternant les parterres fleuris et les fontaines monumentales.







Bon, et le château dans tout çà? On y arrive. Et pour y accéder, c’est déjà un spectacle en soi: regarde-moi ce large escalier en pierre, cerné par des terrasses où poussent des vignes; une configuration unique au monde, paraît-il. Et tout en haut, le voilà; le Palais de Sanssouci, d’une élégance rare, construit d’un seul niveau et surmonté d’une coupole verte. Ah, il a de la gueule et du style, c’est indéniable! C’est lui le château « originel » du domaine. Après avoir fait planter des vignes et des figuiers, Frédéric II a ensuite fait bâtir sa « petite résidence d’été » juste au-dessus de ces terrasses, autrement dit la petite merveille qui est là, face à moi! Attention, on n’y entre pas comme dans un moulin: réservation obligatoire avec créneau horaire (et il vaut mieux être ponctuel!), puis visite avec audioguide. J’aime pas trop les audioguides, on tombe trop souvent sur la voix monocorde d’une personne qui semble avoir avalé d’un coup une demi-boite de Tranxène, et l’effet est soporifique… Mais ici c’est pas trop mal, le ton est assez enjoué, presque chantant. Alors, quoi de beau à l’intérieur? Entre autres, la Salle de Marbre, la bibliothèque, dont la majorité des livres sont écrits en français, le bureau et la chambre de Frédéric II…













Juste à côté du château, ce moulin à vent de type hollandais est une réplique de l’original qui a été détruit durant la Seconde Guerre. Et on y fait toujours de la farine! En contrebas, un joli tunnel végétal circulaire m’a permis de m’abriter le temps de laisser passer une grosse averse…




À une centaine de mètres du Palais de Sanssouci, voilà un autre bâtiment qui lui ressemble un peu: même couleur jaune, même forme allongée, mais moins fastueux, moins tape-à-l’oeil. Ce sont les Nouvelles Chambres (Neue Kammern), qui servaient à loger les hôtes de Frédéric II. Un airbnb de luxe à la prussienne, en quelque sorte… Ici aussi, de très belles salles, en particulier la Galerie d’Ovide et la Galerie Bleue. La visite est moins contraignante, pas besoin de créneau horaire ni d’audioguide. J’aime bien la perspective extérieure, on croirait presque que le moulin est posé sur le toit de l’édifice!





Le parc de Sanssouci est tellement vaste qu’on ne reste jamais longtemps sans faire une nouvelle découverte. Si seulement il ne fallait pas jouer à cache-cache avec les ondées… Le Château de l’Orangerie (que je n’ai pas visité) a été construit sous le règne de Frédéric-Guillaume IV, arrière-petit-neveu de Frédéric II, 65 ans après la mort de ce dernier. Il a un petit air d’Italie, et a été construit pour abriter les plantes exotiques du parc en hiver; c’est pour cela qu’il est doté de grandes serres latérales. À un autre endroit du parc, la Maison Chinoise date bien de l’époque de Frédéric II, qui y donnait des petites réceptions durant l’été. Et si tu as une petite fringale, pas loin de cette dernière tu trouveras le Café Eden, qui sert de bonnes petites choses (pâtisseries faites avec la farine du moulin, soupes, saucisses…) dans un cadre extérieur idyllique. Bon, quand les averses se succèdent, c’est pas la même musique, mais on peut toujours s’abriter sous un petit auvent à l’entrée où il y a un rebord en bois pour s’attabler debout, vite fait…


J’arrive peu à peu à l’extrémité ouest de cet immense domaine, pour me retrouver face au Nouveau Palais (Neues Palais). L’ambiance a clairement changé: si le Palais de Sanssouci et les Neue Kammern étaient tout en élégance et de taille plutôt modeste en définitive, le Nouveau palais est plutôt pompeux, limite prétentieux avec toutes ces statues sur son toit. Et qui en est à l’origine? Tiens-toi bien: c’est Frédéric II, hé oui celui-là même qui a fait bâtir le modeste et « confidentiel » Palais de Sanssouci! Mais quelle mouche l’a piqué? En réalité (tiens-toi bien une seconde fois 😄), c’était juste … pour frimer, se la raconter, quoi. Explication: au lendemain de la Guerre de Sept Ans (grosse bagarre contre la France, l’Autriche, la Russie, qui s’est terminée en 1763), la Prusse, bien que victorieuse, y a quand-même perdu pas mal de plumes (pays en ruines, 10% de la population décimée…). Mais le souci principal de Frédéric II, c’est de bomber le torse en se disant « Et si je faisais bâtir un édifice qui en mettrait plein la vue aux autres, juste pour faire mon malin? » (bon, je ne pense pas qu’il ait réellement dit çà, faudra demander à Stéphane Bern). Bref, le Nouveau Palais est sorti de terre juste pour donner l’illusion que la Prusse se porte très bien, merci. Et le coût final dans tout çà? Hé bien, Frédéric II était aussi un sacré roublard: avec quelques magouilles monétaires et un « serrage de ceinture » du budget du pays, sans l’air d’y toucher le financement de l’édifice n’a pas trop fait souffrir les caisses de l’État!

À l’instar du Palais Sanssouci, ici aussi il faut réserver son créneau horaire. Soit on te passe un audioguide, soit tu installes une appli sur ton smartphone, qui intègre le parcours de visite avec les pistes audio ad hoc. Voyons si l’intérieur est au diapason du dehors. Hé bien, ça démarre très fort avec la Salle des Grottes, dont les murs et les arcades sont entièrement incrustés de plus de 20.000 éléments comprenant des coquillages, des minéraux exotiques, du quartz et des pierres semi-précieuses, avec un sol en marbre. Elle servait de salle de réception pour impressionner les souverains et émissaires étrangers. C’était pas la modestie qui l’étouffait, notre Frédéric II! Et pourtant, il n’a pour ainsi dire jamais habité le Nouveau Palais, qui était plus un lieu de réception et d’hébergement pour ses hôtes prestigieux. Non, il préférait son « petit » Palais Sanssouci.

Voici ensuite la Galerie de Marbre, qui en gros servait de « passage » entre la Salle des Grottes et les appartements royaux. Les pièces se succèdent, rivalisant de luxe, débordant de décorations, de tableaux, de boiseries précieuses… En somme, si les dimensions extérieures de l’édifice impressionnent d’emblée, l’intérieur est tout aussi grandiloquent et fastueux, et cette excentrique Salle des Grottes résume à elle seule la « folie des grandeurs » de Frédéric II et sa volonté d’assommer ses visiteurs devant une telle débauche de faste.








Et ces deux bâtiments tout aussi somptueux, reliés par une colonnade en demi-cercle, qu’est-ce donc? Hé bien, l’effet de surprise continue, car c’est ce qu’on appelait les Communs, qui regroupaient les cuisines, les écuries et les logements du personnel du Palais. Mais pas que: certains invités de haut rang pouvaient y être hébergés dans des appartements luxueux. De même que l’arc de triomphe au centre de la colonnade servait d’entrée d’honneur pour accéder au Nouveau Palais. De nos jours, c’est l’université de Potsdam qui y a établi ses quartiers, depuis 1991. Une info intéressante: la cantine universitaire est ouverte aussi au grand public, où tu peux piocher parmi les plats du comptoir, ainsi qu’en self service pour les salades et les desserts, pour pas cher du tout.




Dernière soirée à Berlin: l’East Side Gallery.
Pour le retour en train vers Berlin, sache que ce ne sera pas nécessaire de se retaper le trajet inverse jusqu’à la Hauptbhnhof de Potsdam. L’arrêt des trains RE Park Sanssouci se trouve 500 m seulement du Nouveau Palais. Les éclaircies s’élargissent, le beau temps revient; mieux vaut tard que jamais! De retour à la Hauptbhnhof de Berlin, je prends un S-bahn pour le quartier de Friedrichshain, à l’est du Mitte. un quartier vivant dont la vie nocturne est réputée. Mais je ne viens pas ici pour passer une nuit blanche. Je suis venu faire connaissance avec la partie la plus importante du Mur encore debout, aussi bien par la taille que par la renommée. Ce lieu emblématique de Berlin, c’est l’East Side Gallery. À partir de 1990, plus d’une centaine d’artistes graffeurs s’en sont donné à coeur joie en laissant exprimer tout leur talent sur ce tronçon du Mur, d’une longueure de 1,3 km. Les fresques se succèdent, par dizaines, et certaines sont des « stars » à elles seules; elles sont facilement repérables, avec les attroupements qu’elles causent! La plus connue, c’est bien sûr Le Baiser Fraternel, inspité d’un véritable cliché, représentant Léonid Brejnev (dirigeant soviétique) et Erich Honecker (dirigeant de la RDA) se rouler une pelle. Attention, pas d’ambiguïté, ce baiser était réellement à connotation « fraternelle » en usage dans les pays du bloc de l’Est, souvent sur les joues mais rarement sur la bouche! J’imagine bien Trump et Poutine faire pareil… Il y a aussi la célèbre voiture Trabant qui passe à travers le Mur, avec sa plaque d’immatriculation symbolique du 09 novembre 1989, ou encore Der Mauerspringer (en français, « Le Sauteur de mur« ). En 2009, l’East Side Gallery a été entièrement restaurée, les affres du temps ne l’ayant pas épargné. Enfin, quand je dis « restauration », la méthode a été plutôt radicale: tout a été effacé, et les artistes se sont vu demander de recréer leurs oeuvres à l’identique, avce de la peinture plus durable. D’ailleurs, certains ont refusé, estimant qu’on avait détruit leur travail, ce qui n’est pas tout à fait faux…











À proximité de l’East side Gallery, il faut aller faire un tour à The Wall Museum, bizarrement situé au-dessus d’un restaurant dans un ancien entrepôt, qui porpose un parcours immersif avec un tas d’extraits vidéos, de photos et de reconstitutions de la vie quotidienne de l’époque. À noter qu’il a été parrainé par Mikhail Gorbatchev himself. Quant au pont spectaculaire qui enjambe la Spree tout à côté, c’est l’Oberbaumbrücke, au style fortifié unique à Berlin, et à deux étages (le bas pour piétons et voitures, le haut pour le S-bahn). Il servait de poste-frontière entre les deux Berlin, la Spree faisant office de ligne de séparation. Il relie les quartiers de Friedrichshain et Kreuzberg.







Comme je le disais plus haut, la quartier de Friedrichshain est très vivant et festif. Sous les arcades du pont, deux ou trois petits groupes, autour d’un gros baffle ou d’une table de mixage improvisée par un DJ, dansent sans souci du lendemain au son de musique techno à plus de 100 décibels. C’est dynamique et entraînant, un peu moins amusant pour les chiens en laisse qui passent près des baffles… C’est encore une autre facette de Berlin.
Je regagne le quartier de Charlottenburg pour ma dernière nuit à Berlin. Demain, je retourne à l’aéroport pour le retour en Belgique!
LE « DEBRIEF » DU VOYAGE:
Avant de m’y rendre, je ne savais pas trop à quoi m’attendre en visitant Berlin. Une ville bétonnée, en relooking permanent depuis la chute du Mur, avec des bâtiments froids et peu avenants? Il ne m’aura pas fallu longtmps pour balayer ces poncifs d’un revers de main. Me serais-je douté que 30% de sa superficie est occupée par des espaces verts, et que la rivière Spree et le Landwehrkanal lui donnent parfois un petit air d’Amsterdam… En fait, Berlin est toujours là où on ne l’attend pas, tout en contrastes, en bousculant les codes. En quelques stations de U-bahn, tu passes des ruelles pavées de Neukölln aux buildings futuristes de la Postdamer Platz, d’un festival de street art sur un pan survivant du Mur à un musée souterrain glorifiant un mâitre-nageur fictif à maillot rouge… Un aéroport sans avions, une station d’espionnage abandonnée? C’est à Berlin que ça se passe! Et on ne peut que tirer son chapeau devant une capitale qui a transformé en mythe une saucisse coupée en rondelles avec une sauce curry et ketchup!!
« Une Berliner Weisse sans sirop, c’est comme Berlin sans graffitis : c’est trop propre pour être honnête ».

- Des parcs et espaces verts jusqu’à plus soif. Je ne connais pas beaucoup de capitales où on peut voir des lapins gambader sous les arbres à proximité d’une voie de circulation…
- Les amateurs d’Histoire vont être ici au sept!ème ciel, car il s’en est passé des choses à Berlin! Attention toutefois, un musée comme le Topographie des Terrors est l’un de ceux où on en sort complètement sonné…
- Avoir transformé un symbole de séparation et d’inhumanité en fantastique oeuvre de street art de 1,3 km (l’East Side Story, tu auras deviné), moi je dis chapeau bas.
- Un p’tit tour au volant d’une Trabant, une vraie « capsule temporelle ».
- Faire connaissance avec les fantômes du passé d’un aéroport (Tempelhof) ou d’une station d’espionnage américaine (Teufelsberg).
- Et bien entendu, la bouffe! Currywurst, kebab, bières au sirop… ce n’est plus de la cusine, c’est une attitude, une religion!

- Un tas de touristes vont voir la Porte de Brandebourg et le Checkpoint Charlie, et hop ça s’arrête là, ils ont vu tout Berlin! Désolé, c’est pas comme çà que ça fonctionne.
- Justement, le Checkpoint Charlie: pourquoi ce lieu symbolique est-il devenu une attraction malaisante avec ses soldats de carnaval et ces cons qui font des selfies sans savoir où il se trouvent vraiment…
- Des travaux un peu partout, avec des bandes de circulation réduites, des façades de bâtiments cachées par des échafaudages, des grues (et je ne parle pas de l’oiseau)… Parfois un peu pénible.

Louloute vous aurait sans doute surnommé ‘ l’Ampelmann ‘(vert) !
Merci pour cette très chouette visite de Berlin commentée avec l’humour habituel (j’ai bien aimé Postdam aussi).
Lire l’heure à toute vitesse sur la Berlin-Uhr semble demander un certain entraînement ?!?
Beaucoup d’endroits de souvenirs (y compris les plaques au sol) sont marquants, on n’en ressort pas insensibles.
J’ai adoré votre tour en traban ! Bravo pour l’avoir apprivoisée aussi vite.
Certains de vos repas donnent faim !
(Hier je n’avais pas le temps de lire tranquillement tout le texte, d’où le 🧡, aujourd’hui j’ai pris le temps de suivre chacun de vos pas… j’en ai les yeux fatigués 😀😀
Encore bravo et à bientôt.
Minouchette ronronne des félicitations pour une si belle balade 💤🐈⬛💤
À bientôt 😻
Je le reconnais volontiers, c’était un citytrip aussi intense qu’éclectique! Je ne pense pas que les voitures actuelles, bourrées d’électronique, auront une longévité comparables aux « Trabi », dont certaines dépassent les 40 ans…
Pour le moment, je vais faire un petit break sur le blog, car je prépare mon petit voyage de septembre en Albanie. Après quoi j’attaque vaillamment mon carnet sur cette magnifique escapade en Bavière, avant d’embrayer sur l’Autriche.
Allemagne, Autriche, Albanie… 3 pays en A, marrant, non?
Merci de votre fidélité et ravi que Minouchette me fasse son premier retour positif; mais je suis certain que BB ronronne aussi de là-haut…
À bientôt!
J’ai hâte pour la Bavière et l’Autriche, j’y découvrirai les coins que je n’ai pas vus.
Bon courage, bonne préparation et bon voyage (si tout va bien j’irai vers Nancy à la fin de l’été).
😻