Partager la publication "Les Açores – 1ère partie: São Miguel et Terceira – 2025."
Nous voilà déjà en septembre. C’est un mois que j’affectionne pour m’offrir, chaque année, une dernière escapade hors-saison. Alors, après Chypre et le îles du Cap-Vert, quelles nouvelles contrées vais-je bien aller explorer? J’ai encore envie d’îles, d’océan. J’erre un peu au hasard sur Google maps… et voilà qu’en plein océan atlantique, très à l’ouest du Portugal, un petit groupe d’îles attire mon attention. Zoomons sur la carte pour voir… tiens donc, c’est l’archipel des Açores! Ça peut être sacrément intéressant d’aller y faire un tour. OK, adjugé vendu, va pour les Açores! Je t’emmène donc découvrir 4 des 9 îles que comporte cet archipel perdu en plein océan, quelque part entre l’Europe et l’Amérique. Allez, c’est parti!
- Bon, les Açores, c'est quoi, c'est où?
- São Miguel, porte d'entrée principale des Açores.
- São Miguel: à la découverte de l'île en voiture.
- São Miguel, entre fumerolles et champs de thé…
- Ponta Delgada, la capitale de São Miguel.
- Terceira, l'île violette.
- Angra do Heroismo, la capitale de Terceira.
- À la découverte de Terceira en voiture.
- Terceira, entre vignes et fumerolles.
- PREMIER "DEBRIEF" DU VOYAGE:
Bon, les Açores, c’est quoi, c’est où?
Les Açores: un nom qui semble bien familier, car tout le monde l’a déjà entendu plus d’une fois en consultant un bulletin météo. L’anticyclone des Açores, bien sûr! C’est quasiment entré dans le langage courant, OK mais bon, qu’est-ce donc, les Açores? Hé bien c’est pas compliqué, c’est un archipel, autrement dit un petit groupe d’îles, paumées au beau milieu de l’océan Atlantique. C’est pas peu dire: on est ici à 1450 km à l’ouest de Lisbonne et à 2400 km de l’île de Terre-Neuve, en Amérique du nord. Les Açores se composent de neuf îles, réparties en trois « groupes » géographiques: le groupe oriental (le plus à l’est donc) avec les îles de São Miguel et Santa Maria; le groupe central avec les îles de Terceira, São Jorge, Pico, Faial et Graciosa; et enfin le groupe occidental qui comprend les petites îles de Flores et Corvo, véritables bouts du monde, qu’on peut considérer comme les points les plus à l’ouest de l’Europe, toutes îles comprises.



Mais les Açores, est-ce que c’est un pays? Non, car l’archipel fait partie du Portugal depuis le 15ème siècle, période où les portugais découvrirent et colonisèrent ses îles. D’ailleurs, le point culminant de tout le Portugal, c’est dans les Açores qu’il se trouve: c’est le volcan Monte Pico, qui atteint 2531 m. Ah tiens, un volcan? Comme au Cap-Vert? Hé oui, ici aussi, chaque île a sa petite histoire personnelle avec l’activité volcanique! Et le fait de se trouver à la jonction de quasiment trois plaques tectoniques y a largement contribué. Le colossal volcan de l’île de Pico n’est pas apparu par hasard, ainsi que les ancien tunnels de lave sur Terceira ou les sources chaudes qu’on trouve encore sur São Miguel. On y reviendra au cours de ce voyage.
Sinon, quoi d’autre? La langue officielle, c’est le portugais comme on s’en doute, et le décalage horaire est de – 2H. Côté branchements électriques, c’est comme en France. L’archipel est une région autonome du Portugal depuis 1976, et sa capitale est Ponta Delgada, sur l’île de São Miguel. Les Açores ont aussi leur propre drapeau:

Bon ben voilà pour les grandes lignes. Le décor est planté, on peut y aller! ®
São Miguel, porte d’entrée principale des Açores.
Pour rejoindre les Açores, il y a bien quelques vols directs depuis la France, mais les horaires ne sont pas toujours pratiques. Alors j’ai choisi de fragmenter le trajet en deux, en faisant une escale à Lisbonne. Mais elle va durer 3 heures, cette escale, et j’ai pas envie d’errer dans le terminal si longtemps. Tu sais quoi? Je m’en vais faire un p’tit tour dans la capitale portugaise, histoire juste de prendre mon petit-déj’, pas encore pris car je suis parti trrèès tôt! Direction le métro, je sors ma carte de crédit pour l’appliquer directement en « sans contact » sur le scanner du portique, et le tour est joué. Tu vois, c’est même pas la peine de faire la queue pour s’acheter un ticket! Je descends à l’arrêt Praça do Rossio, en plein centre-ville, à deux pas de l’ascenseur de Santa Justa. Je sais où je vais, j’ai mes petites adresses à Lisbonne! Entre autres, la Confeitaria Nacional, une des plus anciennes pâtisseries de la ville, où j’ai mes habitudes. Deux grosses torradas, ces tartines grillées tartinées de beurre, avec un bol de chocolat chaud bien épais: un pequeno almoço de première classe, non?
Retour à l’aéroport, où j’ai encore 1H30 de marge pour rallier ma porte d’embarquement. Le vol de Lisbonne vers Ponta Delgada, sur l’île de São Miguel, durera 2H30. Beau ciel bleu au-dessus de l’océan, mais à l’approche de São Miguel, les nuages bas s’invitent. C’est assez soudain, et ça prouve que la réputation de météo très versatile dans les Açores n’est pas un mythe. En une journée, on peut passer, un peu comme en Irlande, par les quatre saisons! Hé non, le célèbre anticyclone des Açores ne lui prodigue pas du beau temps de janvier à décembre! Il n’est pas fixe, et se déplace parfois vers l’Europe, à notre grand bonheur; et dans ce cas, les dépressions venant d’Amérique déboulent joyeusement. Comme quoi… Bref, me voici donc arrivé sur São Miguel, la plus grande île de l’archipel et la plus peuplée. Elle fait partie du groupe oriental et est la principale porte d’accès aux Açores pour les visiteurs. São Miguel, c’est l’île verte, ce coloris étant prédominant avec ses forêts et ses pâturages.
Il faut justement savoir que chaque île des Açores a un « code couleur » propre à ses spécificités. São Miguel est l’île Verte, comme je viens de l’expliquer. Santa Maria, c’est l’île jaune, pour la la présence foisonnante des genêts sur l’île. Terceira est l’île violette, pour ses lilas et ses couchers de soleil particulièrement colorés. São Jorge, c’est l’île marron, pour la prédominance de ses falaises et fajãs. Graciosa est l’île blanche, pour ses maisons blanchies à la chaux et son argile blanche. Pour Pico et son volcan, c’est l’île grise, à cause du basalte et des cendres du même ton. Faial est appelée l’île bleue, car c’est sur cette île qu’on trouve le plus d’hortensias (quoiqu’ils soient présents sur presque toutes les îles). Flores est l’île rose, pour sa végétation luxuriante, avec entre autres des rhododendrons. Et enfin Corvo est l’île noire, en raison de ses roches basaltiques sombres d’origine volcanique.
Bon, on arrête le cours de géo, sinon on va pas avancer. Je ne vais pas aller tout de suite à Ponta Delgada, mais je vais déjà retirer ma voiture de location, que j’ai réservé avec Azoresrentalcars, un site généraliste qui fonctionne de la même façon que celui que j’avais utilisé pour le Cap-Vert. Facile, rapide et efficace. La météo n’est pas top, il fait bien gris et les nuages sont vachement bas. Comme je pars vers l’ouest où les reliefs sont plus prononcés, j’ai une petite appréhension. Bah, on verra… En attendant, petit arrêt à un supermarché des alentours pour une ou deux emplettes. Portugal oblige, tu verras souvent les enseignes Continente Modelo, Pingo Doce et Meu Super, mais aussi des chaînes plus « locales » comme Casa Cheia, Akiperto ou Poupadinha.




C’est dans l’ouest de São Miguel que je vais m’aventurer pour ce premier après-midi. Cette partie e l’île est réputée pour ses points de vue tellement beaux qu’on croirait presque à une retouche Photoshop. Oui mais çà, c’est quand il fait beau et bien dégagé. Alors qu’aujourd’hui, c’est la Bérézina: j’avais vu juste, plus la route grimpe, plus le brouillard devient compact. Inutile de dire qu’on ne verra pas grand-chose, avec une visibilité de parfois seulement cinq mètres… Pourvu que ce ne soit pas le même scénario durant toute la semaine! Ah, ça fait toujours enrager, hein? Les pâturages, les petits lacs, la vue plongeante sur la côte, c’est râpé pour cet aprem… Continuons tout de même vers le village de Sete Cidades, niché au coeur d’une immense caldeira de 5 km de diamètre, faisant partie d’un ancien volcan. Peu avant d’y arriver, la route fait office de séparation entre deux lacs, le Lagoa Azul (le plus grand) et le Lagoa Verde. Tu auras facilement déduit que lagoa, c’est lac en français! Ce serait plutôt les lacs gris pour l’instant. On fait avec ce qu’on a… Une légende voudrait qu’ils se soient formés suite à la séparation d’une princesse et d’un modeste berger, éperdument amoureux mais séparés par les aléas de la vie. Leurs larmes firent alors naître les deux lacs. Vision romantique, mais quid de la taille de leurs voies lacrymales..?




Si il y a bien quelque chose qui va te taper dans l’oeil si tu viens aux Açores, ce sont ces routes bordées de spectaculaires massifs d’hortensias, qui engloutissent parfois les panneaux de signalisation et semblent vouloir faire de même avec l’asphalte! Ils fleurissent principalement entre fin mai et début septembre, laissant libre cours à une explosion de tonalités bleues ou roses. Avec la richesse minérale des sols volcaniques, tu penses qu’ils se régalent! Ils ne sont pas là uniquement pour décorer, ils font office aussi de haies protectrices contre les vents qui soufflent parfois méchant aux Açores. Ici, on est presque à la mi-septembre, la fin de floraison est proche, les couleurs se fatiguent déjà; mais certains font de la résistance, comme tu peux voir! Est-ce dû au hasard si ce tracé s’appelle la Estrada das Hortênsias ?





Peu après le village, sur les rives du Lagoa Azul, on trouve l’extrémité d’un tunnel hydraulique de 1200 m de long, qui passe sous la montagne et rejoint Mosteiros, en contrebas sur la côte. Il a été inauguré en 1937.


J’ai repéré un petit resto-bar (son nom: le Green Love) au bord du lac, je vais en profiter pour manger un p’tit bout. Je me prends une grosse bifana (ce fameux sandwich rond au porc mariné, typique du Portugal) avec, non pas une bière cette fois, mais un soda dont je ne connais pas le nom: Kima, ça s’appelle. C’est une boisson gazeuse à base de fruit de la passion (maracujá en portugais), quasiment introuvable en-dehors des Açores. C’est un peu le cousin du soda Brisa qu’on trouve sur Madère. Une autre boisson qu’on ne trouve qu’ici est le Laranjada, un soda à l’orange très pétillant.


Malgré la pluie (je bénis ma petite veste de pluie, qui m’accompagne depuis tant d’années), je fais un petit tour dans le village de Sete Cidades. Il est tout mignon, avec ses maisons traditionnelles parfois cachées par les hortensias (ils ne pensent qu’à voler la vedette, on dirait) et sa petite église au bout d’une allée de cryptomerias, autre végétal emblématique de São Miguel. Rien à voir avec la cryptomonnaie… 😁







Je dois être réaliste, la météo pourrie ne me permettra pas de voir les superbes panoramas qui sont la signature de l’île. Je ne vais pas m’obstiner et j’amorce mon retour vers la capitale, Ponta Delgada, distante de 27 km. C’est çà la météo dans les Açores, il faut te préparer à cette éventualité si tu y viens. Quoiqu’il en soit, la météo annonce une amélioration pour demain. Croisons les doigts! Mais me voilà arrivé aux abords de la ville. Pour se garer, pas de souci majeur, les parkings gratuits sont faciles à trouver. Mon hébergement, une grosse maison d’hôtes aux planchers qui craquent, se trouve dans une petit rue pavée, comme il y en a beaucoup dans les petites villes açoriennes. Il pleut encore, ça commence à me saouler. Ça se calmera en début de soirée, et j’en profite pour faire un premier petit tour dans Ponta Delgada. Mais pour les photos, ça attendra demain, tu comprendras qu’avec la grisaille et l’obscurité qui s’installe (il fait noir peu après 19 heures), ce ne serait pas vraiment exploitable.
Je me dégote un petit resto local et pas trop touristique pour faire mes premiers pas en gastronomie des Açores. Sans trop savoir ce que c’est, je prends des chicharros, on verra bien. Ah, c’est un plat de la mer: ce sont des petits poissons appelés chinchards en français, frits et servis entiers. Et on les mange en entier, en ne laissant que la queue. Ça croustille sous la dent, c’est génial. Pour arroser çà, toujours pas de bière (on y viendra) mais un pichet de vinho verde, ce fameux vin du nord du Portugal, dont le nom fait plutôt référence à sa jeunesse plutôt qu’à sa couleur; il est très vite consommé après avoir été embouteillé. Quel plaisir, la dernière fois que j’en ai bu, c’était en 2016…
Adega Regional – Rua do Melo, 70.

Mais avant d’aller me coucher pour rattraper mon sommeil, je m’offre une petite halte impromptue dans un petit bar pour siroter une petite bière artisanale produite sur l’île, la Korisca, déclinée en blonde, brune ou blanche. Tu trouveras néanmoins les sempiternelles Sagres et Super Bock portugaises partout sur l’archipel.
Coriscada bar – Rua Dr. José Bruno Tavares Carreiro, 1.

São Miguel: à la découverte de l’île en voiture.
Ah, j’ai bien dormi, j’en avais besoin! D’autant plus que le quartier est bien tranquille la nuit! Petit moment de suspense pour s’assurer de la météo du jour, je relève le store et ouvre la fenêtre. Ouais, ça a l’air d’aller: il fait sec, et de larges trouées bleues alternent avec encore quelques nuages. Je le sens bien pour aujourd’hui. Allez, en route! Je démarre un peu plus tôt que prévu, car je compte bien pallier ce que j’ai raté hier à cause de cette purée de pois digne du smog londonien. Je vais refaire une partie de la route d’hier dans de meilleures conditions. Et en effet, une fois sorti de Ponta Delgada, les premiers paysages s’affichent ouvertement. Des pâturages, des petites collines, et l’océan au loin qui scintille. Même la route, bordée d’hortensias, est très jolie. Ah, ça démarre bien!




Et voilà déjà une première surprise: sur le côté droit de la route, apparaît un vénérable aqueduc mangé par la végétation. Il ne doit pas dater d’hier, celui-là! En effet, il a été construit au 17ème siècle pour transporter l’eau des sources de l’intérieur de l’île vers Ponta Delgada. Désaffecté depuis belle lurette, il a décidé de s’offrir un « manteau de fourrure » en se recouvrant de végétation au fil du temps. Sa partie la plus intéressante est le Muro das Nove Janelas (le mur aux neuf fenêtres), à double étage avec ses neuf arches, construit en pierre de basalte noir.




Un peu plus loin, un panneau brun indique « Lagoa do Canário ». Allez, on va se dégourdir un peu les jambes! Ne t’inquiètes pas pour la grille fermée, c’est juste pour les voitures; les piétons peuvent la contourner par un petit passage. Le temps est un peu gris et le vent souffle bien, mais pas de pluie. Cinq minutes à pied suffisent pour rejoindre ce petit lac adorable, entouré d’une petite forêt luxuriante.


Le sentier continue après le lac et s’élargit, comme s’il était destiné à être fréquenté. Et il y a une excellente raison à cela, car il mène à l’un des plus beaux panoramas de l’île: le miradouro da Boca do Inferno. Tu verras beaucoup de ces panneaux miradouro, sur toutes les îles, et il ne faut pas être prof de linguistique pour comprendre que ça indique un point de vue, un belvédère. Et celui que je vais découvrir vaut son pesant d’or. Le sentier est maintenant jalonné de quelques séries de marches débouchant sur une sorte de crête, qui permet d’atteindre le Saint-Graal: une perspective vertigineuse sur le petit Lagoa de Santiago et les deux lacs de Sete Cidades (Azul et Verde) en arrière-plan. Depuis le petit parking, il faut compter environ 20 minutes de marche.





Mais peut-on faire mieux en matière de panorama? Oui on peut, en reprenant la route sur 4 km et, au niveau de la bifurcation avec Sete Cidades, suivre le panneau « Vista do Rei« . La Vue du Roi, ça claque comme nom, ça semble prometteur! Et comme de juste, LE point de vue ultime sur les deux lacs de Sete Cidades, c’est ici qu’il se trouve. Il ne manque plus qu’un plongeoir pour sauter dans le Lagoa Verde! Revers de la médaille: le spot est sublime et ça se sait, et en haute saison, c’est compliqué tant il y a du monde. Mieux vaut venir en dehors de juillet et août.
À côté du belvédère, cette ruine aussi immense qu’incongrue qui essaie de se donner une allure futuriste, c’est l’ancien hôtel Monte Palace, abandonné depuis 1990, qui se voulait l’hôtel le plus luxueux de l’île. Mais la folie des grandeurs, ça se paie. 18 mois (!) après son ouverture, les proprios ont dû se déclarer en faillite à cause d’un trop faible taux d’occupation, les Açores n’étant pas encore une destination vraiment touristique à l’époque. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un pharaonique squelette de béton, pillé au fil des ans et vidé de tout son intérieur. Même les baignoires et un ascenseur ont été embarqués! Aucune perspective de réhabilitation à l’horizon, et l’accès en est interdit. Non, le mieux à faire, c’est de raser cette gigantesque verrue grise qui ne fait qu’altérer la beauté des alentours…




Retour à Ponta Delgada, où je fais un court arrêt, histoire de prendre enfin un petit-déj’! J’avais repéré, hier soir, une boulangerie-pâtisserie qui me semblait avoir une bonne tête. Pas de croissant, je vais plutôt manger local avec une queijada, petite tuerie au fromage frais avec un peu de cannelle, ainsi que deux pastéis de nata, comme ceux de Belém au Portugal, mais ici aux Açores on y ajoute de la maracuja (fruit de la passion) ou de l’ananas.
Confeitaria A Colmeia – Avenida Infante Dom Henrique, 20.
Et si je te disais qu’on cultive des ananas aux Açores, tu me croirais? Bon, en même temps t’as pas trop le choix, vu que je vais étayer mon propos. C’est essentiellement sur São Miguel que ça se passe, depuis le 19ème siècle, où l’ananas a été introduit depuis l’Amérique du sud pour remplacer la culture des oranges ayant dû s’arrêter suite à une maladie. Comme le climat des Açores ne permet pas la culture en plein air, les fruits poussent sous des serres vitrées. Il est possible de visiter quelques plantations dans les environs de Ponta Delgada.


Je vais maintenant longer une partie de la côte sud de l’île, jusqu’à Água de Pau, distante d’une vingtaine de km de Ponta Delgada. C’est un gros village tranquille, avec plein de fontaines disséminées un peu partout (le mot Água n’a pas été choisi par hasard!), son imposante église Nossa Senhora dos Anjos, et surtout, perché sur une colline, son ermitage Nossa Senhora do Monte, joyeusement coloré et accessible par un sentier pavé qui fait office de chemin de croix. Peu après l’ermitage, un autre petit sentier mène à un miradouro qui surplombe le village et l’océan.
















São Miguel, entre fumerolles et champs de thé…
Je vais quitter la côte sud pour partir vers l’intérieur de l’île. Déjà, me diras-tu? J’ai une bonne raison, car je me dirige vers un des lieux les plus passionnants (et mystérieux) de São Miguel: Furnas, à 45 km de Ponta Delgada. Furnas, c’est d’abord un village et son lac, mais c’est surtout un endroit à nul autre pareil sur l’île, où volcanisme et géothermie ont décidé de s’unir pour le plus grand plaisir des visiteurs. D’ailleurs, Furnas, ça ressemblerait pas un peu à « fournaise »? Ça tombe sous le sens, c’en est la traduction! Furnas et se proches alentours se trouvent au milieu d’un immense cratère volcanique, dont l’activité, encore de nos jours, ne dort que d’un oeil. Faut pas oublier que, très loin en-dessous de l’archipel, les plaques tectoniques se font des frottis-frottas depuis des millénaires; alors ça fait remonter le magma et ça crée des points chauds, qui sont à l’origine de la naissance des Açores! On va aller voir tout cela de plus près…
Un peu excentré à l’est du village, voici le site des caldeiras. Ici aussi, pas besoin de Google Translate pour faire le rapprochement: caldeira, ça signifie « chaudière » ou « chaudron »! Mais la taille du chaudron ici n’est certainement pas adaptée à une cuisinière à gaz. Là, je suis en train d’évoluer dans un paysage lunaire, truffé de sources d’eau qui bouillonnent car tu imagines bien qu’elle sont quasiment au point d’ébullition. Je crois pas que ce soit une destination que les homards choisiraient pour Noël… Et ces fumerolles, à l’odeur de soufre si caractéristique, mélange de vapeur d’eau et de dioxyde de soufre, qui t’embuent les lunettes quand tu passes à travers! C’est comme un Yellowstone miniature, saupoudré d’un peu d’Islande, et même si ça n’en a pas la démesure, l’impression de puissance des forces à l’oeuvre sous nos pieds est flagrante.







Impressionnant, hein? Et attends de voir la rivière qui coule un peu plus bas. Elle n’a pas vraiment la couleur qu’on attend d’une rivière. Je n’ai pas la berlue, elle est bien orange! Hé oui, c’est la forte concentration en fer, qui s’oxyde au contact de l’eau, qui en est la cause. Ce qui est marrant, c’est qu’elle conflue avec une autre rivière, bien froide et limpide celle-là, à la sortie de Furnas. Et aux alentours, plusieurs sources, qui sortent le plus souvent d’un tuyau à diverses températures (ça va de 16°C à plus de 80°C), permettent de goûter à cette eau à la sapidité ferrugineuse si caractéristique. Mais essaie celle à 16°C plutôt celle à 86°C, ce sera plus judicieux. L’alcool non, l’eau ferrugineuse oui! Bourvil serait-il passé par ici?





Le lac (Lagoa das Furnas), lui, se trouve à 3 km au sud du village. C’est le deuxième plus grand lac de São Miguel, et il est bien beau, niché au milieu de petites montagnes boisées. Et juste à côté, une autre zone de fumerolles, plus petite qu’aux caldeiras, a trouvé une utilité plutôt insolite: celle de cocotte-minute XXL! Tu vois ces grands trous creusés dans le sol, certains recouverts d’un couvercle en bois? Si tu viens vers midi, tu observeras des hommes remonter des grandes marmites en terre cuite de ces cavités profondes de 2 à 3 mètres. Et il y a quoi dans ces récipients? Le fameux plat-signature local, le cozido das Furnas, un gargantuesque pot-au-feu (ou faut-il dire pot-aux-fumerolles?) composé de diverses viandes (bœuf, porc, poulet), de chorizo, de morcela (boudin noir), et de divers légumes (pommes de terre, carottes, chou, patate douce). Cette petite merveille est enfouie dans le trou où elle va cuire lentement durant 6 heures par la magie de la géothermie; la marmite est attachée à une corde pour la remonter. Devant la plupart des cavités, un petit panneau indique le nom du resto pour lequel c’est destiné. Mais certains habitants vienne aussi y apporter leur cozido pour le faire mijoter « à la mode volcanique »!








Les visiteurs viennent à Furnas pour ses caldeiras et son lac, mais c’est un peu dommage que la plupart occultent le village en lui-même, qui n’est pas mal du tout. C’est en son centre que passe l’autre rivière de Furnas, celle qui n’est pas ferrugineuse si tu préfères. Et si tu veux goûter le cozido, la majorité des restos le proposent à leur carte, mais attention, il faut impérativement le réserver la veille, et c’est pas forcément gagné du premier coup, tant ça affiche rapidement complet! Ce n’est qu’au troisième restaurant que j’ai pu décrocher mon précieux sésame. Tu ne peux pas quitter São Miguel sans avoir goûté cette spécialité aux multiples saveurs, où le salé des viandes se mêle à la petite note sucrée des patates douces, avec une toute petite pointe « soufrée » perceptible mais nullement gênante pour les papilles gustatives.
Restaurant Caldeiras e Vulcões – Rua das Caldeiras, 36. – LIEN.










Des fumerolles, des sources chaudes, un superbe lac, de la bouffe exceptionnelle… Crois-tu pour autant que j’en aie fini avec Furnas? Non, il a encore un dernier atout dans sa manche. Un jardin botanique, ça te dit? Alors en route pour le Terra Nostra Garden, qui ne nécessitera pas un long trajet puisqu’il se trouve à l’entrée du village, derrière l’hôtel qui porte son nom, par lequel il faut passer pour s’acquitter du droit d’entrée. Tout a démarré en 1775 lorsqu’un marchand américain, Thomas Hickling, se fit bâtir ici une résidence secondaire en bois et fit importer des espèces d’arbres venant de son pays. Plus tard, au 19ème siècle, le nouveau propriétaire, en la personne du vicomte de Praia (un noble portugais), fit aménager un jardin botanique qui, au fil du temps, devint le grand parc de 12 hectares qu’on peut visiter de nos jours.
C’est vraiment génial de se perdre dans ce labyrinthe végétal, au gré des sentiers, qui sont tout sauf rectilignes, au milieu de ce qui ressemblerait presque à une jungle tropicale. Faut dire qu’il y a quasiment 3000 arbres et pas loin de 600 espèces de plantes ici! De temps en temps, au gré d’une trouée dans les arbres, l’église de Furnas apparaît. Mais le clou du spectacle, c’est certainement ce grand plan d’eau ovale, rempli d’une étrange eau aux teintes oranges. Tiens donc, la même couleur que la rivière! Ceci explique cela: on est face à une vaste piscine thermale aux eaux riches en fer! Et bien sûr, on peut y barboter, dans une eau chaude d’une température entre 35°C et 40°C. J’avoue que le visuel est bizarre, de voir ces têtes et ces torses émergeant de ce bassin si atypique. On dirait des légumes dans un pot-au-feu; j’espère que c’est pas une autre variante de préparation du cozido… (* euh, à prendre au second degré, merci!)













Bon, il est temps de reprendre la route! Je vais repartir vers la côte sud et l’est de l’île, car en matière de panoramas, c’est du haut niveau, paraît-il. En attendant, une petite route sinueuse redescend doucement vers l’océan et m’amène au village côtier de Povoaçao, C’est un petit port de pêche bien sympa, où les imposantes falaises à proximité plongent dans l’océan, lui donnant un petit air de Madère. Povoaçao se résume à une poignée de petites rues pavées, et quelques monuments qui jalonnent la côte, comme la Porte des Découvreurs, un portique qui affiche les bobines de ceux qui découvrirent les îles des Açores.











En continuant vers l’est de São Miguel, la route ne longe plus la côte pendant un certain temps et s’enfonce dans les terres en multipliant les virages. C’est boisé et verdoyant comme c’est pas possible, et c’est plus que légitime de surnommer São Miguel ‘ »l »île verte ». Mais l’océan n’est jamais bien loin, et quand la route s’en approche au plus près, on y a aménagé ces fameux miradouros qui permettent d’avoir une vue plongeante sur les flots et les falaises dont la hauteur est à couper le souffle. Le miradouro da Ponta do Sossego est l’un d’entre eux, et non seulement le panorama est dantesque, mais le petit parc qui le jouxte est délicieux. Le problème, c’est que l’expression « un secret bien gardé » ne s’applique pas ici. En haute saison, n’espère pas être seul(e)! Les emplacements de parking pour autocars se passent de commentaires… J’ai bien fait de venir en septembre!






4 km plus loin, voici un autre point de vue emblématique de l’île, où on sera peut-être un peu moins bousculé état donné la parcimonie côté places de parking. Tant mieux, du coup. Le miradouro da Ponta do Arnel permet lui aussi de contempler les falaises qui égrènent la côte sud, mais surtout d’avoir une vue exceptionnelle sur le Farol do Arnel, qui peut se vanter d’être le plus ancien phare des Açores. Construit en 1876, il est perché à 70m au-dessus de l’océan et mesure 15 m de haut. Et il est toujours en fonction, avec un gardien! Il y a moyen d’y accéder par un petit chemin carrossable, mais il est si étroit et pentu qu’il vaut mieux se garer sur la route principale et de descendre à pied. Ce n’est que 400 m à faire, c’est vrai, mais les mollets vont déguster!





Après le village de Nordeste, on bascule dans la partie nord de São Miguel et ses localités comme Ribeira Grande et Rabo de Peixe. Moi, je vais m’arrêter à proximité de Porto Formoso, pour te faire découvrir quelques chose qu’on ne s’attend pas à trouver ici. Et pourtant… Outre la culture des ananas, São Miguel possède également les seules plantations de thé de toute l’Europe. Étonnant, hein? L’aventure du thé a commencé ici au 19ème siècle, bien après les échanges commerciaux qui existaient déjà entre le Portugal et la Chine, par l’entremise desquels ils ont découvert le thé. Et un jour les portugais se sont dit « hé, pourquoi on ne le produirait pas nous-mêmes, le thé? ». Ça y est, la machine est lancée. Mais ça ne s’est pas fait tout seul, puisqu’après une période « expérimentale », on a fait venir de Chine une poignée d’experts pour bien maîtriser la culture de la plante et mettre le bizness sur les rails.
Deux critères importants ont permis ce miracle: le climat subtropical humide de l’archipel, et les sols volcaniques riches en minéraux; par ailleurs, les deux plantations de l’île n’utilisent aucune saleté d’herbicide sur leurs parcelles, ce qui est un autre avantage non négligeable. Les deux plantations de São Miguel s’appellent Fabricá Chá Porto Formoso et Chá Gorreana. C’est cette dernière que je vais aller voir de plus près. Mais je dois t’avertir que les weekends, l’expérience peut s’avérer mitigée, car l’endroit est touristique et les voitures font parfois la file et peinent à trouver une place, quand ce n’est pas les minibus touristiques qui s’invitent! Je sais de quoi je parle, on et samedi aujourd’hui! Heureusement, on peut retrouver un peu de quiétude de l’autre côté de la route, où un petit sentier didactique serpente dans les plantations, et c’est assez étendu pour qu’on ne se marche pas sur les pieds.










Hé bien voilà, je peux maintenant rejoindre Ponta Delgada, à 30 minutes de route d’ici, pour rendre la voiture à l’agence qui a une succursale en ville. Et comme le soleil et de la partie, l’exploration de la ville se fera sous de meilleurs auspices!
Ponta Delgada, la capitale de São Miguel.
Hé bien nous y voilà! Ponta Delgada, la capitale de São Miguel, la ville la plus grande et la plus peuplée de l’île. Elle n’a pas toujours été la capitale, avant elle c’était Vila Franca do Campo. Mais, pas de bol, cette dernière fut détruite par un séisme en 1522. C’est donc un modeste village de pêcheurs, à 25 km à l’ouest, qui allait devenir, au fil des siècles, une des villes les plus importantes de l’archipel. Voilà pour la petite histoire. Mon hébergement se trouve au nord du centre-ville, et comme Ponta Delgada est à taille humaine, je suis déjà sûr de ne pas faire un trek urbain de 10 km! Alors, par où commencer? À 300 m de là, je peux déjà te montrer le Largo do Colegio (* un largo, c’est une place en portugais), avec son église du Collège des Jésuites (Igreja do Colégio dos Jesuítas) et, en face, l’école secondaire Antero de Quental, un ancien palais restauré du 18ème siècle. Il y a des élèves chanceux, quand-même… À côté de la place, le Jardim Antero de Quental (du nom d’un poète du 198ème siècle né à Ponta Delgada) est un petit parc public un peu ignoré des touristes mais pas des locaux, qui viennent se balader ou roucouler sur les bancs ou, tant qu’on y est, siroter une Piña Colada, mélange de jus d’ananas et de crème de coco versé dans un ananas évidé, sa chair ayant servi à faire le jus.





Au gré des petites rues pavées, je descends vers la vieille ville. À l’instar du Cap-Vert, ils aiment bien les pavés aussi aux Açores! Et on ne reste jamais longtemps sans tomber sur un bâtiment intéressant, comme le couvent Santa Clara, avec ses portes aux sculptures ébouriffantes, ou encore le Palácio da Conceição, tout de bleu vêtu, où se trouve le siège du gouvernement régional des Açores.







Ça fait du bien de se balader dans une ville encore préservée du tourisme de masse, sans bateaux de croisière ni de groupes à guide-parapluie (ou drapeau, au choix). Et on peut dire que c’est partout comme çà dans l’archipel, en espérant que ça dure le plus longtemps possible. Les rues de Ponta Delgada sont généralement pavées, et quand elles sont piétonnes, recouvertes des fameuses calçadas, ces petits pavés formant des mosaïques en noir et blanc sur le sol. Faut pas oublier que les Açores, c’est aussi le Portugal! Une de ces petites rues m’amène au Campo de São Francisco (*campo est un autre terme portugais pour désigner une Place), où un kiosque tient compagnie à un arbre à la carrure plutôt balèze; c’est un Pōhutukawa (va placer çà dans une conversation!), espèce originaire de Nouvelle-Zélande et qui a pu s’acclimater ici; celui-ci a été planté en 1870. Sur le Campo, on trouve aussi l’église São José et le couvent Nossa Senhora da Esperança.






Face au Campo de São Francisco, le Forte de São Brás a été bâti au 16ème siècle pour protéger São Miguel des attaques de pirates. Il abrite de nos jours un petit musée militaire. Près du fort, le Monument de l’émigré (Monumento ao Emigrante) évoque les Açoriens qui ont émigré vers les États-Unis et le Canada dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure. Pas sûr que ce soit toujours d’actualité avec le Lex Luthor mégalomane qui sévit pour l’instant au States…



Il fait super beau en cette fin d’aprem, et Ponta Delgada dégage une telle atmosphère de tranquillité, je dirais même de nonchalance, que c’est le plaisir absolu de s’y promener. Qui plus est, je m’apprête à pénétrer en plein dans son centre névralgique, son coeur battant: la Praça de Gonçalo Velho. C’est clairement ici qu’il faut venir pour observer et mieux appréhender la vie quotidienne de la ville. Pas mal de trucs intéressants à voir: cette sorte d’arc de triomphe finement ciselé, ce sont les Portas da Cidade (Portes de la Ville), le monument emblématique de la ville; la statue qui lui fait face est celle de Gonçalo Velho Cabral, qui n’est autre que le « découvreur » des Açores. Elle est superbe, cette place, avec ses arcades qui l’entourent et ses mosaïques qui recouvrent le sol, et la perspective sur les Portas da Cidade et la tour de l’église São Sebastião est fantastique.






L’église São Sebastião a une bonne tête, avec ce mélange de blanc et de noir qui vient du basalte volcanique; les deux tons se marient très bien, et c’est comme çà un peu partout dans l’archipel. Il faut voir son portail, c’est vraiment une merveille de l’art manuélin, qui ne lésinait pas sur l’abondance de sculptures et de motifs. Et pour finir le petit tour d’horizon, l’Hôtel de Ville est à deux pas des Portas da Cidade.










Pas de resto ce soir, mais plutôt quelque chose de simple et rapide, comme aiment le faire beaucoup de locaux le long du port, où quelques stands de street food attendent les affamés. Bifanas, cachorros (genre de hot-dog), glaces… y a tout ce qu’il faut pour trois fois rien! En revenant sur la Praça de Gonçalo Velho en soirée, je vois qu’il y a de l’ambiance: une scène est installée devant l’Hôtel de Ville en vue d’un petit concert musical, et un petit groupe d’enfants frappant sur des tambours défile dans les rues. Apparemment, ces réjouissances ont lieu quelques jours durant le mois de septembre dan le cadre de festivités religieuses.
BILAN: ce premier contact avec les Açores ne m’a pas déçu un seul instant, et São Miguel est, selon moi, l’île la plus « complète » de l’archipel. Des pâturages, des lacs volcaniques, des sources chaudes, des falaises dignes de l’île de Madère… Y a de tout pour contenter tout le monde! Et puis, trouver des ananas et des champs de thé en plein milieu de l’océan Atlantique, si c’est pas une surprise, çà… Sans oublier un plat roboratif à cuisson géothermique! Allez, au diable les fours micro-ondes à Furnas!
Terceira, l’île violette.
Le vol à destination de l’île de Terceira décolle à 08H10. Pour rallier l’aéroport, c’est soit le bus, soit le taxi. Au moins le trajet n’est pas long, il n’y a que 9 km depuis Ponta Delgada! Les vols inter-îles sont assurés par la compagnie SATA Azores Airlines, à l’aide de ces petits modèles d’avions à hélices utilisés pour les trajets courts, comme au Cap-Vert ou dans les Canaries. Ça me plaît toujours d’entendre le vrombissement des hélices, au décollage ou en vol. Et comme il y a souvent plus d’insulaires que de touristes à bord, au moins on n’a pas à subir d’applaudissement à l’atterrissage…

Ça y est, Terceira est en vue. Il fait gris et nuageux ce matin, j’espère que je n’aurai pas droit à un São Miguel bis repetita! Bah, on verra, la météo est si capricieuse aux Açores. Dommage, j’aurais bien voulu avoir une première vue d’ensemble de la topographie de l’île. Bref, me voici sur Terceira, troisième plus grande île de l’archipel, qui fait partie du groupe central. Terceira en français veut dire troisième, car ce fut la troisième île, après São Miguel et Santa Maria, à être découverte par les portugais. Sur l’attribution du nom, on peut pas dire qu’ils se soient grillé les neurones… L’avion se pose sur le tarmac de la base aérienne de Lajes, dans le nord-est de l’île. Alors non, je ne me suis pas enrôlé dans l’armée, mais il faut savoir que Lajes abrite une base militaire où stationnent conjointement l’armée de l’air portugaise, l’US Air Force et l es forces de l’Otan; elle sert de point de transit pour les missions entre l’Amérique et l’Europe depuis 1941. Et ce qu’elle a de singulier, c’est qu’elle accueille un petit aéroport commercial qui dessert les autres îles ainsi qu’une poignée de villes européennes et américaines.
Je pars chercher ma voiture de location dans une petite agence à 700 m de l’aéroport. À pied, c’est l’affaire de même pas 10 minutes. Et mon premier trajet sera du même tonneau, vu que je n’ai que 6 km à parcourir pour rejoindre Praia da Vitória, la deuxième ville de Terceira, installée nonchalamment sur la côte est de l’île. Trouver une place où se garer est d’une facilité déconcertante, comme un peu partout sur l’île; çà c’est déjà un bon point. Praia da Vitória, « plage de la victoire »… Pourquoi ce nom? Cela vient d’une bataille navale en 1829, lors de la guerre civile portugaise, où les habitants sortirent victorieux de la flotte de Dom Miguel, souverain absolutiste qui voulait mater l’archipel. De nos jours, c’est bien plus calme, c’est un port de pêche actif doublé de la plus grande plage de l’île, où la vie s’écoule paisiblement. En surplomb de la ville, le miradouro da Serra do Facho est coiffé d’une statue de la Vierge Marie.






Le port et la plage, OK, mais la ville en elle-même, qu’est-ce que ça dit? Hé bien, ça dit que c’est un bonheur que de musarder d’une rue à l’autre, la grande majorité étant pavées, et bordées de maisons anciennes aux façades parfois joyeusement colorées; de l’açorien pur jus, autrement dit! Il arrive même que le street art s’invite sur un mur…







La grande église aux deux clochers et aux tonalités bleues qui me rappelleraient presque le Cap-Vert, c’est l’Église de la Miséricorde (Igreja da Misericórdia), en partie détruite par un incendie en 1921 et, fort heureusement, restaurée par la suite. Le long bâtiment jaune en face, c’est la bibliothèque de la ville. À 200 m de là, c’est un autre édifice majeur qui se dresse: l’Église Matriz de Santa Cruz qui, elle, a choisi le jaune pour s’habiller.








La Praça Francisco Ornelas da Câmara est intéressante aussi, on y trouve l’Hôtel de Ville avec son clocher ainsi que la statue de la Liberté (non, rien à voir avec celle de New York), qui rend hommage aux combattants de la bataille de 1829 dont j’ai touché un mot plus haut. En tout cas il y a un truc que je remarque d’emblée, c’est qu’ici sur Terceira les maisons sont plus colorées que sur São Miguel, où elles étaient surtout blanchies à la chaux en alternance avec le basalte noir, sur des notes beaucoup plus sobres. Il se dit que, pour São Miguel, c’est une histoire de mise en arrière-plan par rapport à la nature et à ses fabuleux paysages, alors que Terceira mise davantage sur sa culture et son patrimoine.




Avant de reprendre la route, un petit aparté pour te parler de ces petits édifices religieux, absolument indissociables de Terceira: les imperios. Ces petites chapelles colorées, parfois de manière exubérante, sont dédiées au culte du Saint-Esprit, par des fêtes religieuses qui s’étalent de Pâques à la Pentecôte. Autrefois ils étaient en bois, et on les démontait après les festivités. C’est à partir du 19ème siècle que sont apparus les premiers imperios en pierre. Bien qu’ils soient souvent fermés en dehors des fêtes, rien n’empêche de jeter un oeil à l’intérieur par la vitre. Sur Terceira, il y en a au moins 70, et ce sont les plus beaux de l’archipel. Mais il est possible d’en trouver sur les autres îles, même s’ils sont moins nombreux.



Je quitte Praia da Vitória pour une brève incursion à l’intérieur des terres, avant de regagner la côte. Une belle route pavée trace sa trajectoire entre les pâturages, en grimpant doucement. À plusieurs reprises je croise des pick-ups chargés de bidons de lait à l’arrière, certains tractent parfois un attirail mobile de traite automatique. Hé oui, si Terceira est l’île des imperios, on la surnomme aussi « l’île aux vaches », vu le nombre pléthorique de ces placides ruminants qui parsèment les prairies de l’île, et qui restent dehors toute l’année! Il se dit qu’il y a plus de vaches que d’habitants!


Je bifurque maintenant sur un petit chemin rural qui continue à prendre de la hauteur. Il va me mener à un point de vue emblématique de Terceira: le miradouro da Serra do Cume, à environ 500 m d’altitude, qui offre un panorama hallucinant sur un patchwork de prairies et de champs, délimités par des murets de pierre, avec quelques fermes posées ici et là. C’est juste un peu dommage d’avoir installé des antennes au sommet du miradouro, mais comme on leur tourne le dos, c’est assez relatif…





Le chemin continue pour rejoindre la côte, en descente cette fois. C’est vraiment bucolique, ce paysage de pâtures et de murets, ça donne un petit air d’Irlande. Les vaches doivent être heureuses, par ici! C’est rural et authentique jusqu’au bout des ongles. Et Terceira aurait pu tout aussi bien s’appeler aussi l’île verte, n’en déplaise à São Miguel. Cependant, je n’ai pas rencontré de paysages de ce type sur São Miguel, dont la nature est plus luxuriante et les reliefs plus prononcés.






Je rattrape la route EN1-1A, celle qui relie Angra do Heroismo, la capitale de l’île à Praia da Vitória. Je suis au niveau d’un petit village appelé Ribeira Seca, et des panneaux indiquent igreja (église en portugais) et imperio. Tiens, ça pourrait être sympa d’y jeter un oeil. Ribeira Seca se résume à quelques maisons le long de la rue principale, ainsi qu’une petite église trapue et un imperio en face (c’est celui de couleur noire et blanche dont la photo est un peu plus haut). En général, l’un ne va pas sans l’autre. Si tu cherches un imperio, trouve d’abord l’église et la moitié du boulot est faite.

Mais je remarque quelque chose de particulier. Des banderoles de fanions colorés sont suspendus au-dessus de la rue. Une fête se prépare, c’est certain. Par contre, les bottes de paille et des palettes debout le long de certains murets, ça pose question. C’est pas une course de voitures, quand-même… Et puis je vois ces grands panneaux rouges en bois sur lesquels un taureau est dessiné. Ah, je commence à piger. Voici encore une autre singularité de Terceira: la tourada a corda, corrida à la corde en français! Cette tradition vieille de plusieurs siècles a pour principe de lâcher un taureau dans les rues du village, tout en étant néanmoins attaché à une longue corde tenue par un groupe d’hommes. Des gars parmi les plus téméraires s’amusent à le narguer et à l’exciter, en autre en ouvrant un parapluie devant lui. Pour les farouches « anti- corrida », il faut bien préciser que le taureau n’est pas mis à mort, et que son propriétaire le ramène à sa ferme quand tout est fini. Les touradas s’étalent de mai à septembre dans presque chaque localité de l’île. Dommage, je n’aurai pas l’occasion de voir celle-là…



Voici un aperçu de ce que ça donne (édition 2024 à Ribeira Seca):
2 km après Ribeira Seca, sur la EN1-1A, voici Fonte do Bastardo, un autre village intéressant car il possède un très bel imperio, ainsi qu’une fontaine qui a donné son nom à la localité. Bastardo, c’est bâtard en français, autrement dit, par le passé, un homme né hors mariage. Vaut mieux ne pas confondre avec l’italien, où ça tient beaucoup plus de l’insulte… Un bon plan pour manger: le Snack Bar Sorriso, à la sortie du village, où tu es sûr(e) de te sustenter copieusement et pas cher, en compagnie de vrais terceirense (les gens d’ici, quoi).




Je continue ma route en direction de Angra do Heroismo, avec encore quelques petits arrêts intermédiaires, comme le gros village de São Sebastião où les « deux inséparables », comme partout sur Terceira, sont bien au rendez-vous: je te parle bien sûr de l’église et de l’imperio, superbe et très décoré. L’église abrite de vieilles fresques en cours de restauration. J’adore vraiment les couleurs des maisons traditionnelles sur l’île, ça fait clairement partie de l’identité de Terceira.










J’aimerais quand-même bien voir l’océan de plus près; allez, je bifurque à gauche pour atteindre Porto Judeu, connu pour son miradouro da Cruz do Canario, qui offre la plus belle vue qui soit sur les Ilhéus das Cabras (îlots des Chèvres), deux îlots inhabités, pour le plus grand bonheur de plusieurs espèces d’oiseaux. Quant à cette histoire de chèvres, oui il y en a bien eu autrefois, mais elles ont fait l’objet d’une éradication car l’espèce était jugée invasive et causait des préjudices à la végétation et à l’habitat des autres animaux. La cohabitation, ça fonctionne pas tout le temps…




Angra do Herosimo n’est plus qu’à 8 km, ce n’est plus qu’une histoire de 10-15 minutes en voiture. Quand on vient de Praia da Vitória, on accède à la ville par un rond-point, et celui-ci donne tout de suite le ton: entre Terceira et la race bovine, c’est une histoire d’amour et de passion. Regarde-moi cette sculpture: c’est le Monument au Taureau (en portugais, Monumento ao Toiro), en hommage à la tourada a corda dont j’ai parlé avant. Il n’a pas été placé là par hasard, car juste à côté se trouvent les arènes (Praça de Toiros en portugais) de Angra do Heroismo. Elles sont assez récentes, comme on peut le voir sur la porte principale qui indique 1984, année de construction. Une autre statue a été érigée à côté, représentant une scène de forcado, le but étant d’arriver à immobiliser le taureau durant quelques secondes, grâce aux efforts conjoints de 7 à 8 hommes. Mais ce qui m’interpelle, ce sont ces banderilles plantées dans son échine. C’est pour fatiguer le taureau, comme j’ai pu comprendre. Mais comme pour la tourada, là non plus, il n’y a pas de mise à mort. En revanche, ce qu’on sait beaucoup moins, c’est que si l’animal encaisse trop durant l’épreuve et n’en sort pas indemne, il soit abattu par la suite, en toute discrétion… Comme quoi rien n’est parfait.





Juste à côté de la statue du Forcado, tu ne peux pas louper ce drôle d’arbre qui ressemble à un parasol. Çà, c’est un dragonnier, une espèce qu’on trouve aussi au Cap-Vert ou dans les Canaries. Sa sève rouge, qu’on surnomme le sang de dragon, est à l’origine de son nom. Au Cap-Vert, il arrive qu’on ajoute un peu de cette sève dans le fameux grogue, pour lui donner une couleur ambrée.

Angra do Heroismo, la capitale de Terceira.
Hé bien nous y voilà enfin, à Angra do Heroismo, la capitale de l’île, et qu’on cite généralement comme la plus belle ville des Açores, dont elle a été la capitale de 1766 à 1832. En outre, elle a été classé au Patrimoine de l’Unesco en 1983, trois ans après un tremblement de terre qui l’a bien fait souffrir. Sa reconstruction s’est déroulée très rapidement, en respectant au mieux la préservation de son patrimoine historique. Et accéder à ce Saint-Graal en si peu de temps, c’est vraiment un exploit. Il faut dire aussi qu’entre les 16ème et 18ème siècles, Angra do Heroismo était le port le plus important des Açores, qui s’est développé grâce au commerce maritime des navires qui faisaient escale ici entre l’Afrique et l’Europe. Quant à son nom, il nous ramène encore à cette année 1829, où la ville est parvenue, à l’instar de sa copine Praia da Vitória, a résister vaillamment aux attaques des troupes de Dom Miguel (encore lui); elle fut dès lors appelée Angra do Heroismo, qui signifie Crique de l’Héroïsme.
La plus belle ville des Açores, l’Unesco… Je ne demande qu’à aller vérifier tout çà! Bon, déjà pour se garer, tu ne vas pas galérer: un grand parking gratuit te tend les bras un peu à l’ouest de la vieille ville. Je logerai pour deux nuits au coeur de cette dernière, dans un petit hôtel pas cher et sans fioritures. C’est un excellent point de chute pour un premier contact direct avec l’architecture et la topographie d’Angra. Et ç’est tout de suite flagrant, la ville a un sacré potentiel de séduction! Les rues pavées, se croisant en damier, sont parfois ornées de motifs en mosaïques (dont certains représentent des vaches, Terceira oblige!) et sont bordées de magnifiques grosses maisons colorées de style colonial avec des balcons en fer forgé. La conclusion s’impose: l’Unesco ne s’est pas foutu de nous! Angra est aussi très fournie en espaces verts et on y trouve des arbres spectaculaires, comme ce vieux figuier plus que centenaire qui étale largement ses branches sur une petite place.















Les édifices religieux aiment également se parer de couleurs, comme la cathédrale, qui a choisi le rose. Et le soir venu, quand elle s’illumine, c’est encore plus féérique. Juste à côté, une statue du pape Jean-Paul II commémore sa visite ici en 1991.





À 200 m de la cathédrale, voilà la Praça Velha, vaste place centrale magnifiquement pavée de blanc et de noir, où se trouve l’Hôtel de Ville. Que ce soit pour des manifestations ou pour fêter le résultat d’un match de foot, c’est toujours ici qu’on vient se réunir.

Depuis la Praça Velha, on aperçoit un imposant bâtiment jaune qui a la stature d’un palais. C’en est bien un: le Palais des Capitaines-Généraux (Palácio dos Capitães-Generais) est un ancien collège qui était géré par l’ordre des Jésuites, mais suite à leur expulsion au 18ème siècle (ils n’étaient pas vraiment copains avec la royauté portugaise), les lieux furent reconvertis en résidence pour les « capitaines généraux », autrement dit les gouverneurs des Açores. Il abrite de nos jours une des résidences du Gouvernement régional des Açores, ainsi qu’un espace muséographique. Pas de chance, on est dimanche aujourd’hui et c’est fermé…





Je vais aller maintenant me balader un peu sur les hauteurs de la ville, car les rues de Angra do Heroismo aiment bien grimper et descendre! C’est pas pour rien qu’on la surnomme parfois la « Petite Lisbonne », et il ne manque plus que des rails dans certaines petites rues pavées et un antique tram jaune qui passe pour que l’illusion puise être parfaite. Ah, voici encore un édifice bien impressionnant. C’est un ancien couvent franciscain du 17ème siècle, qui a été reconverti en musée: le MAH, ou Museo Angra do Heroísmo. Un musée touche-à-tout: tu y verras des sculptures, des armes, des meubles, et surtout une intéressante collection d’attelages en tous genres. Tout cela est agencé autour d’un joli cloître avec une fontaine en son milieu. On peut aussi découvrir l’église du couvent, avec la statue tout sourire de l’explorateur João Vaz Corte-Real, qui est enterré ici. S’il avait été photographié, je ne suis pas sûr qu’il aurait fait cheeese…












Juste à côté du musée, un long mur blanc longe le trottoir, soudainement interrompu par une petite volée de marches. Si tu passes par là, je te conseille vivement de les emprunter. Tu vas tomber sur un autre joyau de Angra: son Jardim Duque da Terceira, un grand parc municipal d’une beauté pas possible et considéré comme le poumon vert de la ville. Et je n’ai pas fait de faute de frappe, on dit bien jardim en portugais pour jardin! Cet endroit magique, croulant sous les plantes et arbres tropicaux, a été créé en 1882 et n’a cessé de s’embellir au fil des ans. Au gré de petits sentiers pavés, tu croiseras un joli kiosque rose, des petits étangs, des fontaines, des parterres de fleurs… Tour çà en plein milieu d’une ville, quand-même! Son surnom de « paradis vert » n’est pas usurpé, c’est certain!










Depuis le parc, une série d’escaliers conduit à l’Alto de Memória, un massif obélisque de pierre bâti en 1856 pou rendre hommage au roi Dom Pedro IV, qui passa sur Terceira lors de la guerre civile portugaise. Si tu cherches le point de vue ultime, le panorama premium sur la ville, ne cherche pas ailleurs, c’est ici que çà se passe.



La vue est top de là-haut, c’est indéniable, mais à un moment il va bien falloir redescendre! Justement, je n’ai pas encore été explorer la ville « basse », du côté du port, alors on y va pour la descente en repassant par le Jardim Duque da Terceira et la Rua Direita, d’où j’aperçois enfin l’océan. Par contre, cette immense façade bleue et blanche m’intrigue un peu; vu la taille, je pensais à un palais, mais en réalité, c’est une église. Voici l’Église de la Miséricorde, parée d’un bleu éclatant et qui date du 18ème siècle. Avec la cathédrale, c’est un des édifices emblématiques de Angra. Ce bleu, une fois encore, me rappelle certaines églises du Cap-Vert. En face de l’église, sur une petite place pavée, se dresse la statue d’un homme, à taille humaine, qui semble ce diriger vers celle-ci. C’est que ce n’est pas n’importe qui: c’est le célèbre explorateur Vasco de Gama, dont la flotte fit un arrêt à Terceira pour faire soigner d’urgence le frère de Vasco, Paulo de Gama, qui mourut malgré tout peu de temps après. Il a été inhumé dans l’église qui fait partie du Museo Angra do Heroismo, où je suis justement allé quelques heures auparavant. Extrêmement affecté, Vasco est resté sur Terceira pour faire son deuil durant au moins deux mois.






Derrière la statue de l’ami Vasco, un double escalier conduit au port de Angra, qui eut son heure de gloire avec le commerce entre l’Europe et l’Amérique, et qui est devenu de nos jours une escale emblématique pour tout navigateur de plaisance qui effectue une « transatlantique ». D’ailleurs, si tu vas faire un tour le long de la jetée qui l’entoure, tu verras de nombreux graffitis et autres dessins sur le parapet, autant de souvenirs émouvants laissés par celles et ceux qui y ont fait halte avant de reprendre leur route. De là, on a une très belle sur la ville. Près du port, la petite plage de sable fait le bonheur des familles en journée, pour laisser place à plus de tranquillité en fin d’aprem. Et, dernière chose, cette petite presqu’île boisée, face à la ville, c’est le Monte Brasil, ultime vestige d’un très ancien volcan, sur lequel a été construite la Fortaleza de São João Batista au 16ème siècle à l’époque de l’occupation espagnole. Il est possible de visiter, même si l’endroit est toujours géré par les militaires.





Me voilà déjà au terme de cette journée bien remplie, la soirée s’amorce et il va faire noir dans très peu de temps. C’est le moment de me frotter à nouveau avec la cuisine açorienne pour le repas du soir. Sur Terceira, LA grande spécialité, c’est l’alcatra, un copieux ragoût de boeuf au vin rouge qui a mijoté pendant des heures dans un grand pot en terre cuite. C’est d’ailleurs ce fameux récipient qui a donné son nom à ce plat fabuleux. Pour l’accompagner, j’ai choisi une bière artisanale produite sur l’île, la Brianda. Et en guise de dessert, voici une curiosité made in Terceira elle aussi: le doce do vinagre, un genre de gâteau spongieux à base de lait, de sucre et de cannelle, auquel on ajoute un peu de vinaigre de vin afin de faire cailler le lait. Le goût est étonnant, mix de sucré et un peu salé, mais on ne sent nullement l’acidité du vinaigre. Et c’est assez unique d’utiliser cet ingrédient pour la préparation d’un dessert. Allez, une autre boisson hors des sentiers battus? Je jette mon dévolu sur un surprenant cidre de banane, variante qui ne doit certainement pas exister en Normandie ou en Bretagne…
Restaurant Tasca Das Tias – Rua de Sāo Joāo 113.




À la découverte de Terceira en voiture.
La journée s’annonce belle ce matin côté météo, tant mieux et espérons que çà dure! J’aime bien ce moment du jour, où on voit une ville se réveiller progressivement et observer les gens qui partent vaquer à leurs petites affaires. Mais pour l’heure, c’est petit-déj’ pour moi. J’avais repéré hier cette petite pâtisserie pile en face de la cathédrale, c’est l’occasion de savourer une nouvelle fois quelques petites douceurs açoriennes. Allez, un pastel de nata, un queijada et un autre dessert emblématique de Terceira: le Dona Amelia, un petit gâteau à base de farine de maïs, de cannelle et de miel de canne. Son nom vient de Dona Amélia d’Orléans, dernière reine du Portugal; en visite sur Terceira en 1901, elle eut un tel coup de foudre pour cette petite merveille qu’on le renomma en son honneur!
Pastelaria Athanasio – Rua da Sé, 132.

Le repas le plus important de la journée étant expédié, je peux démarrer ma découverte de l’île, à l’ouest de Angra. Je ne roulerai pas longtemps, puisque 5 petits kilomètres suffisent pour rejoindre São Mateus da Calheta, un joli village de pêcheurs où le petit port de pêche est encore très actif. C’est surtout en fin d’aprem que c’est intéressant, quand les petites barques reviennent au port chargées de poissons qui seront vendus directement sur la jetée. En tout cas, c’est mignon comme tout et ça a du cachet!





5 km après São Mateus da Calheta, voici le petit village de Cinco Ribeiras, où la petite église et la fontaine en face se sont accordées sur les mêmes tonalités de couleurs, à savoir le blanc et le bleu. L’imperio, lui, a préféré la jaune foncé. Le village s’appelait encore Nossa Senhora do Pilar avant 1990, et la plupart des insulaires la nomment encore ainsi.



Je trouve Terceira beaucoup plus rurale, plus authentique que São Miguel. Les paysages ne sont pas pareils: oui c’est vallonné et il y a du relief, mais on voit que Terceira est agricole jusqu’au bout des ongles. Ici les prairies à vaches alternent avec de nombreuses parcelles de maïs, utilisé aussi bien comme fourrage que comme ingrédient de base du pain local. Et la plupart des véhicules que tu croiseras dans la campagne sont les tracteurs et les pick-ups!





Cinco Ribeiras possédait autrefois son petit port de pêche à 2 km de là. C’est une petite zone balnéaire qui a pris sa place. L’endroit se résume à une petite église et une poignée de maisons, dont l’une possède une curieuse plate-forme vitrée qui, d’après ce que j’ai pu apprendre, servait de poste d’observation pour la chasse à la baleine, qui ne fut interdite dans les Açores qu’à la fin des années 1980.



Je continue ma route, en passant par Doze Ribeiras, où l’église et l’imperio ont choisi le jaune plutôt que le bleu. Chacun ses goûts, comme on dit! Les cheminées des maisons sont assez particulières et rappellent un peu celles qu’on voit dans l’Alentejo au Portugal. Ça n’a rien de surprenant, beaucoup d’habitants de l’île sont issus de la colonisation portugaise, en provenance surtout de l’Alentejo et de l’Algarve. À l’entrée du village, un peu en retrait, se dresse un vieux moulin à vent en bois posé sur son socle en pierre. Il y en avait plusieurs sur l’île auparavant, à l’époque où les céréales n’étaient pas encore supplantées par le maïs. Certains ont été reconvertis en hébergements.







Après Doze Ribeiras, voilà un autre petit village, Serreta, qui possède un imperio super beau qui mélange le vert, le bleu et le jaune. Sa façade de forme convexe est plutôt inhabituelle.


Je pensais pouvoir continuer mon trajet sur la EN1-1A, mais peu après Serreta, la route est barrée. Elle l’est depuis janvier 2024, suite à un glissement de terrain causé par un tremblement de terre (l’activité volcanique de l’île y est sans aucun doute pour quelque chose). Impossible pour l’instant de déterminer quand elle rouvrira. Un mal pour un bien, car cette petite déviation m’a permis de parcourir une petite route de campagne peu fréquentée qui, tout en grimpant, me gratifie de très beaux points de vue. Le gris des murets de pierre sèche, le vert des pâtures et le bleu de l’océan se mettent d’accord pour offrir un super nuancier de couleurs. Là-bas, au loin, on devine l’ile de São Jorge. Peu avant Altares, un tronçon de route est bordé des deux côtés par des platanes. Ils sont clairement en meilleure santé que leurs copains du canal du Midi en France, décimés par le chancre coloré, une saleté incurable qui conduit à l’abattage de l’arbre.








Avant de rallier Biscoitos, petit arrêt à Altares, petit village tranquille sur la côte nord de l’île. Décidément, les imperios de Terceira se prennent pour des top models (c’est pas tout à fait faux, somme toute); celui d’Altares a opté pour le vert et blanc! C’est dommage qu’on n’ait pas un tel festival de couleurs sur nos chapelles en France et en Belgique… Et dire qu’au Moyen Âge, les cathédrales françaises étaient polychromes!




Terceira, entre vignes et fumerolles.
Me voilà arrivé à Biscoitos, un gros village qui n’est pas forcément le plus beau de Terceira, mais qui mérite bien un arrêt pour diverses raisons. Lui, il fait les choses en double: deux églises, deux imperios. J’avoue que le style moderne de l’église du quartier « bas » tranche nettement par rapport aux autres édifices de l’île. On aime ou on n’aime pas… C’est dans la partie haute du village que je dénicherai par hasard une petite épicerie, qui fait aussi resto, comme j’ai pu en voir au Cap-Vert; on appelle çà une mercearia. Pas de tables sagement agencées, pas de service gindé, non, ça marche pas comme çà! À côté du petit rayonnage du magasin, une longue table et des bancs en bois accueillent les affamés du jour. Apparemment, les touristes ne mettent jamais le pied ici, et je ne vois que des papis au verbe haut et deux couples entre deux âges, mais ce sont bien des gens d’ici, y a pas photo. On m’installe à la table, et je les sens interloqués quelques secondes face à cet extraterrestre (dans le bon sens du terme) qui vient ripailler en leur compagnie, mais je suis très vite intégré à la joyeuse petite bande. Aujourd’hui, c’est viande bouillie et patates, dans de grandes casseroles en terre cuite, et les bouteilles de vin rouge et blanc circulent de verre en verre. Ah, j’adore ces instants, même s’ils ne durent pas longtemps, qui me permettent une vraie immersion dans la vie locale! Je ne me rappelle plus le nom de l’endroit, je sais juste que c’était un peu avant l’église blanche et bleue en photo ci-dessous.









Sur São Miguel, on cultivait des ananas et du thé. Ici à Terceira, on fait du vin! L’activité volcanique de l’île a permis à la vigne de pousser dans des sols fertiles, et la disposition des parcelles est étonnante: des petits murets de basalte, appelés currais, protègent les plantes des vents trop forts et de l’air salé de l’océan tout proche. Le cépage principal, appelé verdelho, donne un vin blanc du tonnerre. Et pour ne rien gâcher, le coin est magnifique, avec ses petites maisons de pierre disséminées dans les vignobles, avec le bleu de l’océan en arrière-plan. Même les abribus et les entrées de garage sont au diapason!













L’océan est justement à deux pas d’ici, je vais aller voir çà de plus près. Hé bien ici à Biscoitos, c’est assez spécial: les plages de sable, tu peux oublier. Les vagues viennent se fracasser sur des amoncellements de roches de basalte noir, vestiges d’une très ancienne éruption volcanique ayant causé des coulées de lave il y a environ 5000 ans. C’est très singulier comme paysage! Pour la petite histoire, les petits fragments de roches basaltiques rappelaient aux marins les biscuits qu’ils emportaient en mer, et c’est ce qui a donné le nom de Biscoitos (biscuits en portugais). J’espère qu’aucun d’entre eux n’a tenté de croquer dans un « biscuit » de basalte… Une curiosité quand-même, plus contemporaine: des tranchées militaires de la Seconde Guerre mondiale, creusées dans le basalte. Aussi étonnant qu’incongru.








Comme tu l’auras remarqué, l’histoire de Terceira a été marqué au fil des siècles par le volcanisme. On va rester un peu dans cette thématique en allant voir de plus près certains sites qui y sont liés. À 6 km de Biscoitos, à l’intérieur des terres, se cache la Gruta do Natal, un surprenant tunnel de lave d’environ 700 m de longueur, qui s’est formé via des coulées de lave, dont la partie en surface se solidifie mais continue de couler au milieu. Une fois la lave « mouvante » partie, il est resté ce tube géant en basalte! Mais pourquoi diable çà s’appelle la « Grotte de Noël »? En 1969, on y a célébré une première messe de Noël, tradition qui s’est depuis réitérée au fil des ans. La grotte a mêê connu des mariages et des baptêmes!
L’entrée ne paie pas de mine: une grosse maison en pierre, une porte verte métallique, rien de bien spectaculaire. Une fois passé la billetterie, on s’enfonce dans les entrailles de la Terre, en ayant récupéré au préalable son casque de sécurité obligatoire. Pas de risque de s’égarer, le parcours est bien balisé avec des petits panneaux fléchés. Il vaut mieux avoir de solides chaussures, la roche volcanique n’étant pas très copine avec les talons hauts ou les tongs! On n’a vraiment pas les mêmes sensations que dans une grotte, et certains passages de faible hauteur ne se franchissent qu’en se baissant. Les « hautes tailles » risquent de galérer un peu, mais rien d’insurmontable.







À quelques kilomètres de là, l’Algar do Carvão est une autre curiosité géologique: c’est une grande cheminée volcanique de 90 m de profondeur, dont le sommet est couvert d’une végétation luxuriante. Son nom, la « Grotte de Charbon », vient de la couleur noire de la roche basaltique. C’est un des sites les plus visités de l’île, mais je n’ai pas eu la chance de le découvrir, l’endroit étant fermé depuis octobre 2024 en vue de grands travaux de modernisation des infrastructures et de la création d’un nouveau centre d’accueil. Réouverture prévue pour l’été 2026; à un an près, c’est dommage… Je te mets deux photos d’illustration pour t’en faire une petite idée.


Après le volcanisme, un peu de géothermie, ça te branche? On va aller à 5 km de la Gruta do Natal, où il faut quitter la route principale pour une piste en terre battue qui ne doit pas être triste quand il pleut, au bout de laquelle se trouve un petit parking. Voici le site de Furnas do Enxofre, qui va forcément te rappeler quelque chose. Un petit sentier agrémenté de quelques passerelles en bois traverse un vaste champ de fumerolles, qui sortent de nombreuses fissures et cavités et virevoltent au gré du vent, dégageant leur petite odeur soufrée si caractéristique. La roche blanchit et l’herbe jaunit. J’imagine que tu as fait le rapprochement avec les fumerolles de Furnas, sur l’île de São Miguel! Oui, c’est beaucoup moins spectaculaire, mais sacrément moins touristique, et quand il y a peu de monde, on ressent réellement cette impression de se trouver au milieu de nulle part. Ah, dernière chose: enxofre veut dire soufre en portugais!





Après les tunnels de lave et les fumerolles, on va complètement changer de sujet. Si on causait un peu taureaux? Il faut dire qu’à travers toute l’île, on trouve, disséminées dans la campagne, plusieurs ganaderias, autrement dit des ranchs d’élevage de taureaux, où ils sont conditionnés et formés en vue de participer aux touradas a corda. On peut les voir paître de loin, mais il est bien avisé de ne pas trop s’en approcher (ce serait con de se faire un remake d’Intervilles, hein?). Et en se baladant dans l’intérieur de l’île, au hasard des routes de campagne, on peut tomber sur des petites arènes d’entraînement, dont la plupart sont librement accessibles. En outre, les paysages de l’intérieur des terres sont vraiment magnifiques. J’ai toujours du mal à comprendre pourquoi tant de touristes, quelle que soit l’île, aux Açores ou ailleurs, se contentent seulement de faire le tour de l’île, sans pénétrer une fois en son milieu, car c’est souvent là qu’on en découvre l’essence même!










L’aprem est déjà bien avancé, et je vais bientôt revenir sur Angra. Mais avant cela, je m’offre un dernier arrêt à Agualva, un petit village un peu hors des sentiers battus, à équidistance de Biscoitos et Lajes. La vie s’écoule paisiblement ici, à l’écart des touristes qui préfèrent foncer vers Angra dès qu’ils sont arrivés à l’aéroport. Même l’église et l’imperio se font discrets, restant dans des tons sobres, loin des exubérances colorées que j’ai pu rencontrer à travers l’île. Par contre, un truc à ne pas rater, c’est une chouette petite balade le long de la rivière, jalonnée de quelques anciens moulins à eau. Un petit bourg bien sympa donc, où je m’enverrai une petite bière à la terrasse d’un petit bar fréquenté par les locaux. Allez hop, retour à Angra maintenant!







Dernière soirée à Angra do Heroismo. Une petite balade vespérale à travers les rues pavées, la plage, la jetée… Je me choisis un autre petit resto sympa pour découvrir la version marine de l’alcatra au boeuf: l’alcatra de poisson, composée des mêmes ingrédients sauf que la viande est remplacée par des morceaux de poissons locaux, comme le congre. Demain matin, je rends la voiture à l’aéroport, avant de m’envoler pour de nouvelles aventures…
Restaurant Verde Maça – Rua Direita, 113.

BILAN: Plus petite, plus intime et moins touristique que São Miguel, Terceira m’a conquis à plus d’un titre. Ses imperios chamarrés, ses villages parfois hors du temps, ses côtes plus sauvages qui n’ont pas cédé aux sirènes des miradouros touristiques… Les vignobles de Biscoitos ne connaissent pas l’effervescence de fin de semaine des plantations de thé Gorreana, sans oublier les discrètes et solitaires fumerolles de Furnas do Enxofre qui offrent un spectacle bien plus authentique qu’à Furnas sur São Miguel. Et bien sûr, la star de l’île, sa capitale, Angra do Heroismo! Attention, je n’enfonce pas le clou sur São Miguel, elle reste l’île la plus « éclectique » de l’archipel et possède de multiples atouts. Mais si on recherche de l’authenticité et le respect des anciennes traditions, toujours vivaces, pour moi c’est sur Terceira qu’il faut miser pour un voyage aux Açores.
PREMIER « DEBRIEF » DU VOYAGE:
Même si la météo des Açores ne m’a pas fait un chaleureux accueil à mon arrivée sur São Miguel, j’avoue être bien content d’avoir sélectionné ces deux îles pour la première moitié de ce petit périple. Lacs de cratères ou tunnels de lave, cozido mijoté à la vapeur de soufre ou alcatra gargantuesque, falaises abruptes ou côtes de basalte déchiquetées… São Miguel et Terceira ont de quoi convaincre! Tu veux voir des plantations de thé, des vignes, des chapelles « arc-en-ciel », des arènes comme en Andalousie (sans mise à mort, ouf!) ? Hé bien, viens faire un tour dans les Açores, tout simplement!
« Personne ne se soucie du football à Terceira… Mais nous avons tous nos taureaux préférés ».

QUEL BEAU BILLET. J’AIME TOUT.
Comme d’habitude c’est très bien présenté Mais aussi quelle découverte ! Je ne m’étais jamais penchée sur ce coin de la planète, alors là j’aime tout (sauf peut-être les banderilles…)
Votre choix de destination a vraiment été top.
Merci de le partager.
Bonjour Emilia, merci pour le retour positif, oui c’est vraiment une destination que je ne regrette pas d’avoir découvert!
En tout cas, vous avez l’oeil,je viens donc de corriger cette année à 5 chiffres, qui nous propulsait involontairement très très loin dans le futur…
À bientôt pour le deuxième opus de ce voyage!
À bientôt pour la suite, c’est un endroit qui me plaît beaucoup !
Bonne fin de journée. 😻
Vers le début du billet (région autonome du Portugal) il y a une année à 5 chiffres