Partager la publication "Voyage au Cap-Vert – 3ème partie: Santo Antão."
Allez, il est temps de se remettre en route pour continuer (et clôturer par la même occasion) ce périple exaltant! On a déjà fait la connaissance de quatre îles, c’est pas rien! Mais la « cerise sur le gâteau », l’apothéose, c’est maintenant. Pour ces 5 derniers jours au Cap-Vert, on ne va pas faire dans la demi-mesure, je t’emmène sur la fabuleuse île de Santo Antão, qu’on cite très souvent comme étant la plus belle de l’archipel. C’est ce que nous allons vérifier ensemble, au gré de sentiers de randonnée et de petits chemins côtiers qui vont te couper le souffle à coup sûr! Si c’est pas finir en beauté, çà…
- L'arrivée sur l'île de Santo Antão.
- Randonnée dans la vallée de Paul, le joyau de Santo Antão.
- Randonnée dans la vallée de Xôxô.
- Santo Antão en voiture: la route de Corda, Tarrafal, Ponta do Sol.
- Ma dernière randonnée "capverdienne": de Ponta do Sol à Cruzinha da Garça.
- LE GRAND "DEBRIEF" FINAL DE CE PÉRIPLE EXCEPTIONNEL:
L’arrivée sur l’île de Santo Antão.
Alors pour rappel, on s’était quittés à Mindelo, sur São Vicente, que je quitterai cet après-midi à bord d’un ferry de CV Interilhas pour rallier Santo Antão. Hé bien ça y est, l’instant est imminent. Me voici dans la salle d’attente du terminal des ferries de Mindelo, l’embarquement débutera dans quelques minutes, vers 14H30, pour un départ à 15H. Tu te demanderas peut-être, après la mésaventure du bateau en avarie qui m’a flingué ma visite de l’île de Brava, pourquoi choisir encore CV Interilhas. Les capverdiens disent que cette compagnie a deux « facettes »; autant les liaisons ente les îles Sotavento (Santiago, Maio, Fogo, Brava) sont hasardeuses et je dirais même parfois calamiteuses, autant la liaison entre São Vicente et Santo Antão est super fiable et possède presque la régularité d’une horloge suisse! C’est comme çà, on n’y peut rien.



La traversée durera environ une heure, car les deux îles ne sont distantes que de 15 km. Le ferry est moderne et confortable, mais faudrait pas oublier qu’on navigue sur l’océan Atlantique, qui est rarement sage et qui ignore tout de l’expression « mer d’huile »! Et en l’occurrence, ça bouge pas mal sur le trajet, et certains passagers (capverdiens inclus!) semblent un peu crispés sur leur fauteuil, ayant du mal avec cette « lambada » entre le bateau et les flots agités! Moi j’adore, je prends mon pied quand ça secoue comme çà. Je me vante un peu? Mmouais, possible… Enfin que soit, je regarde s’éloigner São Vicente derrière moi, tout en contemplant en même temps Santo Antão qui grossit de plus en plus. Le terminal de Porto Novo est en vue!







J’en avais déjà parlé dans un ancien carnet, mais une petite « piqûre de rappel » en culture générale, ça fait jamais de tort. Quelle est la nuance entre le roulis et le tangage d’un navire? Hé bien, le roulis, c’est le balancement de gauche à droite, tandis que le tangage, c’est le mouvement d’avant en arrière. Personne n’a besoin d’un sac à vomi, j’espère?

Enfin on y est, le ferry se met à quai et le débarquement commence. D’abord les voitures et les pick-ups, parfois chargés ras-la-gueule, puis c’est au tour des « piétons ». Me voilà sur l’île de Santo Antão, la deuxième plus grande de l’archipel et aussi la plus éloignée du continent africain. Déjà rien qu’en l’observant de loin, on voit tout de suite que, du point de vue topographique, on est à un niveau bien différent qu’à Sal et São Vicente! Des montagnes escarpées, des falaises abruptes qui défient l’océan, et à l’intérieur des terres, des vallées profondes et même un ancien cratère, preuve une fois de plus de l’aspect volcanique de l’archipel.
Alors comme je te le disais, on la cite souvent en premier comme la plus belle île du Cap-Vert. Oui, mais… Au risque de provoquer quelques grincements de dents, il faut rester rationnel et nuancer un peu le propos. Je m’explique: on retient surtout de Santo Antão sa végétation luxuriante et ses vallées renversantes de beauté. OK je dis pas le contraire, j’y suis allé et je valide. Mais garde à l’esprit que les 3/4 de l’île ont un aspect aride, style São Vicente, et que le sud est bien moins montagneux. En fait, c’est seulement la partie nord-est de l’île qui illustre au mieux le paradis verdoyant tel que se l’imaginent la plupart des visiteurs. Tout cela s’explique par une histoire de vents venant du nord qui poussent les nuages sur cette partie de l’île, ceux-ci déchargeant leur humidité sur les vallées du nord qui en profitent pleinement (et çà, les habitants l’ont bien compris). Et comme les montagnes font office de barrière naturelle, il ne reste plus grand-chose à se mettre sous la dent pour la partie sud! CQFD…

Si tu comptes te rendre sur Santo Antão en avion, tu risques d’être dans une sacrée galère pour réserver un vol, car il n’y a plus de liaison aérienne depuis 1999, un tragique accident ayant scellé définitivement le sort de l’ancien aéroport qui se trouvait à Ponta do Sol, sans le nord. Un petit avion de la TACV (l’ex Cabo Verde Airlines), contraint de faire demi-tour à cause de la pluie et du brouillard, a mal géré son virage et s’est écrasé sur une falaise, de sales vents latéraux soufflant ce jour-là n’ayant rien arrangé. Bilan: 18 morts, aucun survivant. Depuis ce temps, les vols pour Santo Antão, c’est terminé. Il y a bien des rumeurs de projet de nouvel aéroport, mais venant des politiques, ça sent plus les paroles en l’air qu’autre chose… Quand j’irai à Ponta do Sol, je te montrerai cet ancien aéroport.
Le point d’entrée (et de sortie) de Santo Antão, c’est le port de Porto Novo. À vrai dire, c’est son seul point d’intérêt, car cette petite ville n’a rien de transcendant. Pas la peine de s’y attarder. Fais juste attention à ne pas choper une crise d’angoisse à la sortie du terminal des ferries, car tu vas assister à une scène de folie collective. Une horde de chauffeurs de taxis et d’aluguers (pas forcément tous collectifs!) attend, prête à tout faire pour que les passagers fraichement débarqués, hébétés par cette situation inattendue, embarquent dans leurs chariottes. Ça me fait repenser à l’arrivée du ferry sur Santorin, dans les Cyclades… Mais moi, je ne suis pas inquiet face à cette « foire d’empoigne » (façon de parler, hein), car j’ai paré le coup. L’hébergement où je passerai 3 nuits collabore avec un chauffeur d’aluguer collectif, dont le trajet passe à proximité. Il suffit d’en faire la demande, et il attend à la sortie avec un petit panneau. Il suffit juste de le repérer, et c’est plié! Je le trouve assez facilement, et c’est parti pour une trajet d’une petite heure dans le Hiace de Jerry, un bon gars grisonnant super chouette.
Nous longeons l’océan sur une belle route asphaltée, j’aperçois São Vicente au loin. Pas encore de végétation pour l’instant, même si les reliefs montagneux sont de plus en plus prononcés au milieu de ce paysage brut et minéral. Une fois passé le petit village de Janela, l’asphalte cède la place, une fois de plus, à ces bons vieux pavés qui font partie intégrante de la vie du Cap-Vert. Rien que le bruit des pneus sur ce revêtement, c’est une musique… De temps en temps, on dépose un passager, on en prend un autre. Voici maintenant le village de Cidade das Pombas (que les capverdiens préfèrent appeler Paul). On va bientôt bifurquer vers l’intérieur des terres. Attention, roulement de tambour… Le rideau va se lever, le spectacle va commencer. Je suis en passe de découvrir ce que Santo Antão fait de mieux en matière de paysages. Là, on change carrément d’ambiance: c’est un vrai feu d’artifice de cannes à sucre, de cocotiers, bananiers, papayers, manguiers, et j’en passe… Et en décembre, juste après la saison des pluies, c’est encore plus verdoyant. Et rends-toi compte que c’est au milieu de ce décor enchanteur que je vais passer 3 nuits magiques!
Jerry me dépose en bord de route, là où débute un sentier pierreux qui grimpe jusqu’à mon hébergement. Hé oui, il se mérite, celui-là! Pas d’autre moyen d’y accéder, donc vaut mieux éviter de s’amener avec une valise à roulettes. Un service de « portage » de bagage est néanmoins proposé, mais mon sens de l’éthique est en désaccord avec l’idée qu’une personne doive se taper mon barda pendant que je me la coulerai douce. Je grimperai avec mon sac, voilà! Et quelle récompense en découvrant cet hébergement rural idyllique composé de chambres ou de petites maisons jaunes, portant chacune le nom d’une île (j’aurai la chambre Sal, tiens donc). Je suis dans un jardin d’Eden à la sauce capverdienne, et je peux toucher les feuilles d’un bananier et le tronc d’un papayer tout en restant sur la terrasse extérieure. Je vais me plaire ici, y a pas d’autre alternative possible…








Randonnée dans la vallée de Paul, le joyau de Santo Antão.
Je suis tout excité ce matin, car c’est aujourd’hui que je vais m’offrir ma première randonnée dans l’île, en plein coeur de sa partie la plus fantastique et incroyable: la vallée de Paul (ou ribeira en portugais), dont il suffit juste d’évoquer le nom pour faire la pub de Santo Antão. Même si mes chaussures et mes mollets vont être mis à rude contribution, je sais aussi que mes rétines risquent de se décoller tant je vais en prendre plein les yeux! Après un solide petit-déj’ (as-tu déjà goûté aux confitures de papayes ou de mangues?), je prépare mon p’tit sac à dos en le lestant d’une grande bouteille d’eau et de deux ou trois bananes, un aliment bien adapté pour se rebooster durant une longue randonnée.
C’est parti. J’emprunte le sentier qui continue à grimper au-delà de la Casa das Ilhas et rejoint un petit chemin pavé qui finit en cul-de-sac. Je suis cerné par les champs de canne à sucre, dont la récolte s’étale généralement de février à juin et dont le jus servira à confectionner la fameux grogue. Les restes de tiges broyées et séchées, appelées ici bagasses, sont utilisées comme nourriture ou litière pour les animaux.




Les arbres fruitiers « bien d’ici » sont là aussi, les manguiers (dont les fruits ne sont pas encore mûrs, c’est une question de semaines) tiennent compagnie aux papayers et aux bananiers. J’aperçois de temps à autre ces fameuses petites maisons de pierre au toit en tiges de canne, si typiques de l’île.






J’arrive à une bifurcation; à droite, c’est la route qui rejoint le village de Paul, celle dont j’ai emprunté un tronçon hier pour me rendre à mon hébergement. Je prends à gauche, pour m’enfoncer davantage dans la vallée. Et là enfin, le paysage m’offre enfin son plein potentiel. Bon dieu, c’est magique… Je pense à ces personnages de dessins animés dont la mâchoire se décroche et tombe par terre? ben çà c’est moi, en ce moment même. Les petites maisons rustiques, les parcelles de cultures (canne à sucre, bananiers, manioc, igname, patates douces, et j’en oublie) avec, en toile de fond, ces incroyables montagnes qui te donne l’impression d’avoir pénétré dans un autre monde. Peut-on se retrouver à l’intérieur d’une carte postale? À Santo Antão, c’est possible.










J’en ai fait des randos, et des très belles, au gré de la vingtaine de pays que j’ai parcourus. Je ne les compte plus. Mais ce que que je vis à l’instant présent va clairement propulser Santo Antão dans le trio de tête, si pas au « sommet de la pyramide », comme j’aime à le dire! Magnifique, superbe? Ça me semble encore faiblard comme terme. Mais continuons notre route. Je traverse également de minuscules hameaux sans nom, comportant juste une poignée de maisons et une petite église. Ah, voilà maintenant une sorte de mini village-rue, agrémenté de quelques mercearia (des petites épiceries locales) et petits bars. Il a un nom, celui-là c’est Pontinha da Janela. Ce que j’aime dans le moindre petit village au Cap-Vert, c’est que ce n’est jamais « mort », il y a toujours du monde qui déambule, des vieux qui regardent la vie suivre son cours assis sur le pas de leur porte, des gosses qui rentrent de l’école, toujours dans leur petit uniforme bleu clair, en causant et en rigolant… Les jeunes de chez nous, ils marchent comme des zombies, les yeux rivés sur leur smartphone. C’était mieux avant, comme on disait…
C’est à cet endroit qu’un sentier adjacent part vers le cratère de Cova, principale vestige du passé volcanique de l’île. La plupart des randonneurs se font déposer au cratère (en aluguer privatisé ou en taxi) pour descendre toute la vallée de Paul. Mais moi, tu le sais, je ne fais jamais comme les autres! Je verrai donc le cratère plus tard, et choisis de continuer tout droit après Pontinha, au gré de sentiers bien moins fréquentés qui me permettront de faire une grande boucle qui me ramènera à la Casa das Ilhas.






Un kilomètre après Pontinha, la route pavée s’arrête pour faire place à un sentier. Enfin bon, il n’y en a pas qu’un seul, ce serait trop facile! On peut vite s’y égarer et tourner en rond. Alors pour une fois, j’ai sollicité un peu d’aide en installant Wikiloc, qui propose un tas de parcours GPS alimenté par les membres, sur mon téléphone. Oh, pas d’inquiétude, je n’aurai pas les yeux rivés sur l’écran (tiens, j’ai déjà dit çà plus haut), car une petite notification sonore se fait entendre si on est toujours dans la bonne direction ou si on se fourvoie; l’appli se charge alors de te remettre sur les rails. En attendant, je continue d’en prendre plein la vue tant le décor où j’évolue est renversant de beauté. Les champs de canne à sucre alternent avec les bananeraies, et de temps en temps une mignonne petite maison pointe le bout de son nez (pour mon lectorat trop « premier degré », oui je sais qu’une maison ça n’a pas de nez, c’est une expression 😏).




Tu feras bien quelques pas avec moi, je suppose?
Le sentier devient de plus en plus montagneux, je prends de l’altitude. Le décor change: les champs de canne à sucre et les bananes s’estompent pour faire place à des cultures en terrasses, genre tomates, haricots, patates douces… En saison des pluies, OK, mais en saison sèche, comment ça se passe? C’est que ça boit, les légumes! Sur Santo, on a trouvé la parade en mettant en place un système d’irrigation via des petits canaux qui distribuent l’eau dans les parcelles, exactement comme ça se fait sur l’île de Madère. On en récupère un maximum d’eau durant la saison des pluies et on la stocke dans des grands réservoirs en béton ou des petits plans d’eau improvisés, répartis dans toute la vallée. C’est pour cela que l’on trouve des petites fermes perdues au milieu de nulle part, avec parfois un petit enclos à cochons, quelques chèvres, mais toujours au moins un âne, le remplaçant du tracteur sur l’île!








Encore quelques « images qui bougent » ?
Dans un virage après une longue descente (qui ne conviendra pas à tous les genoux!), voici une grosse maison qui en réalité est un petit resto complètement paumé en pleine vallée. 30 mètres plus loin, un petit belvédère jouxte deux longues tables et des bancs de bois, surmontés d’un abri en bois. En fait, c’est la « salle à manger » de ce resto! J’y mangerai la meilleure cachupa de tout mon voyage, avec non pas une bière, mais un petit coca pour changer, histoire d’avoir un petit apport en sucres pour achever la balade qui est loin d’être terminée. Et quel point de vue, c’est à tomber! D’ailleurs, le drapeau capverdien que tu vois flotter dans la vidéo, hé bien c’est ici! L’endroit s’appelle Sombra e Chavena.



Bien revigoré par ce solide repas, je peux me remettre en marche. Le relief se fait encore plus abrupt et encaissé, et ça se ressent bien sur le dénivelé des sentiers! Les randos sur Santo Antão ne sont pas forcément des balades qu’n fait en sifflotant, loin de là! Et dans les zones sans ombre, le cagnard ne te fait pas de cadeaux et te rappelle bien qu’on est en climat tropical sec, sans pour autant que ça atteigne des 35°C, dieu merci. Casquette et crème solaire de rigueur, retiens bien! Mais voilà qu’au loin, j’aperçois une route qui file vers la mer. À coup sûr, c’est celle qui passe par Eito, le petit village juste à côté de la Casa das Ilhas. La boucle est-elle en passe d’être bouclée? Se fier au visuel, c’est souvent trompeur, surtout en randonnée! J’en ai encore pour deux bonnes heures…




À cet instant, ça va descendre sur tout le trajet, jusqu’à la route. Les cultures en terrasses sont super verdoyantes, avec des choux, des haricots, du taro (que l’on confond souvent avec l’igname)… Des petits tuyaux circulent jusqu’aux parcelles, entre les rangées de légumes, distribuent l’eau équitablement. C’est toujours d’une beauté sans pareille. Quoiqu’il en soit, je n’ai quasiment croisé aucun randonneur, excepté un petit groupe qui quittait le petit resto pour partir en direction du cratère. Comme je le disais, ce n’est pas la variante la plus empruntée de la vallée de Paul. Je rencontrerai néanmoins quelques agriculteurs soit travaillant aux champs, soit allant je ne sais où avec leur âne chargé de toutes sortes de marchandises. Pas d’autre alternative possible!





Enfin j’atteins la route, la rando se termine doucement. Plus que deux petits kilomètres pour revenir à la Casa das Ilhas avec, en guise d’effort ultime avant un repos bien mérité, l’ascension pour la deuxième fois du sentier qui y mène! Attention, jamais deux sans trois, me diras-tu. Ah, tu ne crois pas si bien dire. Mais demain est un autre jour! En attendant, décrassage à la douche et repos des guibolles, en attendant le repas du soir, en compagnie de deux françaises à l’esprit baroudeur, qui venaient d’arriver ce matin. On a dû se rater de peu… en tout cas, c’est un grand 10/10 que je mets à cette journée magique!
Randonnée dans la vallée de Xôxô.
Je me lève vers 8 heures, en faisant quelques petits mouvements de jambes pour vérifier si elles n’ont pas trop trinqué de la journée d’hier. OK ça va, tout fonctionne et me paraît bien huilé. C’est préférable car aujourd’hui, une autre randonnée assez exigeante m’attend. Mais une chose à la fois, d’abord je prends mon sacro-saint petit-déj’ en compagnie des deux routardes françaises qui, elles, vont crapahuter du côté du cratère de Cova. Petite préparation du sac à dos, après quoi je descends le sentier jusqu’à la route pour y retrouver l’aluguer que j’ai réservé via l’hébergement, car cette fois ma balade ne sera pas en boucle. Évidemment c’est plus cher (sans que ce soit prohibitif pour autant!), mais sur certaines destinations où les aluguers collectifs passent rarement, voire pas du tout, il arrive qu’on ait pas le choix. En avant donc pour un trajet motorisé d’environs 25 km, en longeant la côte depuis Paul jusque Ribeira Grande, la deuxième plus grande localité de l’île, et en continuant vers l’intérieur des terres par la mythique route appelée Estrada da Corda, une route pavée aux panoramas spectaculaires (et le mot est faible), qui monte tout en lacets jusqu’à 1200 m d’altitude et qui relie Ribeira Grande à Porto Novo en passant à proximité du cratère de Cova. Mais je t’en parlerai ultérieurement, car j’y repasserai très bientôt.
Bref me voilà déposé tout là-haut, presque au niveau des nuages les plus bas, au lieu-dit Chã-de-Mato, point de départ de cette rando qui s’annonce sacrément prometteuse. Tu auras facilement déduit que pour rejoindre Ribeira Grande par cette vallée, la quasi-totalité du trajet va se faire en descente. Facile, entends-je dire? Oh, attends de voir, sache que certaines descentes à fort dénivelé peuvent se montrer très « techniques » et mettre durement à l’épreuve genoux et mollets! Allez, on va se mettre en route, mais laisse-moi d’abord le privilège de pouvoir contempler cette fameuse vallée de Xôxô, appelée aussi vallée de Ribeira Grande, moins verdoyante sans doute que sa voisine « parallèle » la vallée de Paul, mais aux reliefs plus escarpés offrant des points de vue prodigieux. Avis aux personnes sensibles au vertige: c’est peut-être pas l’endroit idéal pour vous…



Allez, on y va! Ça démarre tranquille, ça descend mais la pente est encore assez douce, comparé à ce qui m’attend par la suite. Le paysage est tellement vaste que j’ai l’impression qu’on en aurait presque la tête qui tourne. Je remarque aussi que, même si la végétation est présente, c’est déjà moins luxuriant que dans la vallée de Paul; l’altitude un peu plus élevée, sans doute? Les parties hautes des montagnes sont coiffées de conifères,surtout des pins.








Ah, ça commence à se corser un peu. Le sentier se mue en une loongue série d’escaliers taillés grossièrement dans la roche, et il n’y en a pas un qui ressemble à l’autre tant ils sont asymétriques! Et quand certaines « marches » ont une différence de niveau d’environ 30 cm, tu comprends mieux ce que je disais par rapport à la difficulté d’une descente bien pimentée comme celle-ci! Mais quand je vois la splendeur du décor dans lequel j’évolue, je me dis que l’effort physique peut être relégué au second plan. Voilà les premières cultures en terrasses qui apparaissent, ainsi que quelques petits groupes d’habitations qui s’accrochent à flanc de montagne.






Et ça continue toujours à descendre, au gré d’un interminable sentier tout en zigzags… Je m’approche d’un petit vallon où on cultive quelques légumes en terrasses, avec le même système d’irrigation que dans la vallée de Paul. Le réseau hydrographique de Santo Antão est diablement bien fourni, et j’ai nettement l’impression que l’île recèle plus de réserves d’eau que toutes les autres îles réunies. Il suffit de se remémorer les paysages arides de Sal ou São Vicente! Autre chose: pour l’instant, je n’ai encore croisé personne.




Tiens, ça remonte légèrement, pour changer! L’exception qui confirme la règle, sans doute. J’approche d’un minuscule hameau, fait de petites maisons de pierre à toit de paille, posé là au milieu de nulle part. Je tombe sur un petit groupe de randonneurs qui s’offre une pause pour manger un bout, dans la joie et la bonne humeur. Formalités de politesse d’usage, je demande si c’est le bon chemin pour Xôxô. Ils vont dans la même direction. Je m’apprête à repartir, quand une femme m’interpelle dans un français joliment teinté d’accent portugais « Hé monsieur, si tu veux, tu peux rester un peu avec nous! ». Alors là, je ne me le fais pas dire deux fois, ça me changera de mes habitudes de toujours rouler en solo!
J’apprendrai que ce petit groupe d’une dizaine de personnes est un joyeux mélange de portugais et de capverdiens, de la même famille, et que la femme de l’un d’entre eux, partie vivre au Portugal, revient 20 ans après sur l’île qui l’a vue naître, précisément au village de Xôxô, tout en bas! Ils partagent leur repas avec moi en total désintéressement, moi de mon côté avec juste un paquet de biscuits, j’en serais presque gêné. On m’a offert de la tortilla (tu sais, cette grosse galette de pommes-de-terre), de la viande de porc marinée, du jus de mangue… C’était donc çà, les gros sacs de provisions qu’ils trimbalent avec eux! Évidemment j’ai fait circuler mon paquet de biscuits, c’est la moindre des choses! Un petit festin de roi en plein coeur d’une vallée reculée, en compagnie de quelques vrais capverdiens, qui dit mieux? À un moment, un des gars sort une bouteille de Sprite, et curieusement en verse un peu dans un tout petit gobelet d’étain, qu’il me tend. Je fronce les sourcils de perplexité: depuis quand on sert du soda de cette façon? Não é Sprite (traduction: c’est pas du Sprite), lui dis-je avec un sourire en coin. Excellente intuition de ma part: le gars a rempli la bouteille avec du grogue, le fameux rhum de canne à sucre produit ici sur l’île! Oh et puis allez, une petite rasade ne va pas me tuer. Et tu connais l’expression: ce qui ne te tue pas te rend plus fort 😁! Au final, je crois que cela aura été la plus belle rencontre de tout mon périple.


Je vais même leur emboîter le pas durant une bonne partie de la descente, qui se corse encore un peu et qui exige un pied sûr. Oh, la plupart du temps ce sont toujours des marches pavées grossièrement, mais quelques passages, surtout dans les courbes, ne sont constitués que de pierres et de cailloux qui requièrent de l’attention pour éviter de s’offrir une petite glissade non voulue. Même les gens d’ici prennent leur temps et n’y vont pas comme des forcenés. No stress, une fois de plus! Les paysages sont toujours aussi ébouriffants, avec ces cultures en terrasses et ces petits groupes de maisons éparpillées là comme si on les avait lancé comme des dés à jouer. Au loin apparaît un curieux piton rocheux, iconique de la région, sorte de point de repère pour dire que Xôxô n’est plus très loin…




Ah, je croise enfin du monde! Un petit groupe de 4 randonneurs de type européen qui fait le truc en sens inverse, dont tout en montée! Pourquoi pas? Je rencontrerai aussi un gars qui habite visiblement dans le coin, avec un âne chargé de diverses marchandises, et lui-même porte encore un pack de vingt canettes de Coca sur son épaule. Alors là, chapeau! Mais bon, c’est chez eux ici, et avaler de la dénivelée avec une telle aisance fait partie de leur ADN! De mon côté, mes cuisses et mes mollets vont pouvoir souffler un peu avec une des rares parties « plates » du parcours. Par contre, j’ai l’impression de m’être téléporté sur l’île de Madère car je suis en train de longer une levada, un petit canal d’irrigation servant à acheminer l’eau jusqu’aux parcelles de cultures. Le taro par exemple, est un sacré soiffard, qui demande presque constamment un sol gorgé d’eau, un peu comme dans une rizière!



Après la levada, un peu en retrait du sentier, se cache un tout petit bar, fait de bric et de broc, avec des tables en bois et des morceaux de troncs d’arbres pour s’asseoir, à l’ombre de quelques bananiers. C’est le repaire d’Antonio, qui y sert du grogue et du ponche, un mélange de grogue et de fruits comme le citron ou le fruit de la passion. Ça se laisse boire, mais gaffe tout de même aux 20 degrés d’alcool, hein! Il reste ensuite quelques séries de marches à dégringoler avant d’enfin apercevoir les premières maisons du village de Xôxô (ah au fait, un détail que j’ai omis: ça se prononce tcho-tcho). Les cultures en terrasses ont laissé la place aux plantations de bananes et de cannes à sucre. Après le village, une route asphaltée, qui finit ici en cul-de-sac, rejoint Ribeira Grande, qui n’est plus qu’à 5 km. Le long de cette route, un petit resto, Melicia, propose quelques petits plats roboratifs. Mais comme j’ai déjà mangé tout là-haut, das les montagnes… Je m’y arrêterai malgré tout pour y siroter un vrai jus de canne à sucre!




Ribeira Grande est à 5 km d’ici. On peut faire le trajet à pied, bien sûr, mais il est possible aussi de prendre un des aluguers qui stationnent pas loin du resto Melicia. Certains ont flairé le bon filon par rapport aux randonneurs qui ont fini leur parcours, et insistent parfois pour se faire « privatiser ». Mais un ou deux aluguers collectifs démarrent d’ici pour Ribeira Grande. Il suffit de demander! Et une fois atteint Ribeira Grande, c’est très facile d’en trouver un autre qui se dirige vers Paul (sauf le dimanche , où le service est plus restreint). Je reviens donc à Paul, histoire de zyeuter un peu ce petit village côtier face aux coups de boutoir des vagues de l’océan.



Dernière étape: retourner à la Casa das Ilhas depuis Paul, et pour ces trois derniers kilomètres, j’ai choisi de finir en beauté, c’est-à-dire en mettant un pied devant l’autre et de recommencer, comme le dit si bien la chanson scout. Cela me permettra de mieux savourer cette petite route que j’ai déjà parcouru en aluguer. J’étais justement intrigué par un petit pont qui enjambe un fossé. Hé bien en fait, ce n’est pas un pont, mais un aqueduc! À priori il en existe quelques-uns comme çà sur l’île.


Un peu plus loin, avant le village d’Eito, j’ai une super occasion de mieux faire connaissance avec le grogue de Santo Antão. Voici la distillerie Beth d’Kinha, une petite affaire familiale qu’on peut visiter gratuitement afin de voir les machines et instruments servant à l’élaboration de la boisson nationale du Cap-Vert, depuis la tige de canne jusqu’au produit fini. La star des lieux, c’est un trapiche, un ancien pressoir en bois actionné généralement par deux boeufs, servant à extraire le jus des tiges de canne à sucre. Enfin, pour ne rien gâcher au plaisir de la découverte, la dégustation du précieux breuvage, ainsi que de quelques variétés de ponches, est gratuite, sans même qu’on te force la main pour acheter! Vas-y mollo quand-même, car le grogue a une teneur en alcool de 40-45 degrés, et dans les coins reculés où ça se fait encore à l’ancienne, ça peut grimper jusqu’à 70 degrés. « C’est du brutal », comme on dit dans un film très connu… Une chose est sûre: ça va me redonner un peu de tonus pour gravir une troisième (et dernière) fois le sentier qui mène à la Casa das Ilhas 😆! Encore une journée intense et exceptionnelle qui s’achève!









Tout commence avec la presse des tiges de canne à sucre pour en extraire un jus encore sirupeux, la mélasse. Le jus, dilué avec un peu d’eau, fermente ensuite pendant plusieurs jours dans des cuves ouvertes en bois ou en béton. C’est là que les levures naturelles entrent dans la danse pour transformer le sucre en alcool. Ensuite, c’est le début de la distillation: le jus fermenté est distillé dans des alambics artisanaux en cuivre, chauffés au feu de bois. Après, on laisse vieillir dans des fûts de bois pour que la magie opère! L’Or du Cap-Vert, comme on aime à le nommer ici, est 100% naturel, sans additifs ni autres merdes chimiques, et les cannes à sucre poussent dans l’archipel. Et pour finir, sache que certains grogues ont une couleur ambrée parce qu’on y a ajouté de la sève de dragonnier, un arbre qui pousse sur certaines îles de l’archipel.


Santo Antão en voiture: la route de Corda, Tarrafal, Ponta do Sol.
Ce matin, j’ai les cuisses qui tirent un peu, je l’avoue. Deux grosses randos coup sur coup, ça laisse des traces, c’est inévitable! Heureusement, aujourd’hui est une journée de « transition », à savoir beaucoup plus cool sur la plan physique. Allez, je prends mon dernier petit-déj’ à la Casa das Ilhas, je dis au revoir à tout le monde et emprunte le sentier ‘en descente cette fois!) jusqu’à la route, où m’attend un aluguer pour un court trajet qui me mène à Paul, devant une agence de location de voitures (Levamar en l’occurrence), car oui, je me motorise pour deux jours! En effet, pour emprunter la route de Corda et aller à Tarrafal, les aluguers sont rares, c’est donc une vraie expédition à entreprendre si on utilise ce moyen de transport. Au moins, avec une voiture, la liberté de mouvement est bien plus grande! Cette fois, j’ai droit à un pick-up, un Renault Oroch, modèle inconnu en Europe et surtout destiné aux marchés africain et sud-américain.

C’est parti. Je prends la direction de Ribeira Grande, en m’arrêtant 5 km avant pour jeter un oeil sur le minuscule village de Sinagoga et les ruines de son ancienne synagogue tout au bord de l’océan (Sinagoga, synagogue… ça se tient). Il y eut ici autrefois des colons juifs, venus au Cap-Vert pour fuir l’Inquisition portugaise et, plus tard au 19ème siècle, une autre vague d’immigration venant du Maroc pour échapper à aussi des persécutions. De nos jour, la grande majorité de la population juive a émigré vers Israël.


À Ribeira Grande, je bifurque à gauche, pour attaquer cette fameuse Estrada a Corda (route de Corda), qui relie Ribeira Grande à Porto Novo en passant par l’intérieur des terres pour une distance de 35 km. Dénivelée de fou, lacets serrés, paysages à mettre KO Mike Tyson lui-même, voilà le menu que je te propose. On va grimper jusqu’à 1200 m d’altitude au point culminant du parcours, et il arrive souvent qu’on ait la tête dans les nuages (ou dans le brouillard 🙄) tout là-haut. La route a été construite dans les années 1960, et ce boulot titanesque a duré plus de 20 ans. Imagine-toi ce jeu de Lego géant, où les pavés étaient taillés et placés au sol à la main! Des millions, paraît-il, c’est quasiment impossible à chiffrer exactement. Un truc de dingue, je te dis. Les points de vue sont à couper le souffle, et une fois passé le hameau de Corda, on arrive en surplomb du fameux cratère de Cova, une immense caldeira dans laquelle on cultive des céréales, du maïs, des légumes… D’en haut, ça forme un joli patchwork de petites parcelles, parsemées de petites maisons d’agriculteurs.Pas mal de randonneurs démarrent leur randonnée dans a vallée de Paul à partir d’ici; les quelques aluguers stationnés en témoignent.







Une fois passé le cratère de Cova, la longue descente vers Porto Novo débute. Ici commence la partie aride de l’île, les vallées luxuriantes du nord, c’est terminé. Quel contraste! On est comme qui dirait sur la « ligne de partage » météorologique, avec le nord qui récupère la grosse part du gâteau par rapport aux précipitations, et le sud qui n’a droit qu’à quelques miettes… Une fois atteint Porto Novo, je bifurque à droite, pour une étape assez longue de 40 km vers le sud de l’île. Il faut dire qu’au Cap-Vert, les distances se calculeraient plutôt en heures qu’en kilomètres, même en voiture! Hé oui, les pavés, les virages… Il faut gérer la conduite différemment! Le contraste des paysages est étonnant. Par moments, je me crois revenu sur São Vicente, c’est d’autant plus déroutant que São Vicente, je l’aperçois justement là-bas, au loin! Des fois, l’esprit humain te joue des tours bizarres…








Et ça grimpe encore et encore… jusqu’à une bifurcation, qui m’indique la direction de Tarrafal vers la gauche. À droite, une piste étroite conduit vers le Topo da Coroa, un volcan éteint qui peut se targuer d’être le point culminant de Santo Antão avec 1979 m d’altitude. Moi, c’est Tarrafal qui m’intéresse. C’est parti pour 10 km de descente en lacets, dans un décor presque lunaire. On dirait la route de Corda, mais sans la végétation! Allez, au mieux il y a quelques touffes d’herbe et deux ou trois arbustes, mais ça s’arrête là. Je me demande comment les chèvres qui errent dans le secteur trouvent leur compte à becqueter (au fait, attention quand elles traversent la route, elles n’ont jamais étudié le code de la route)…
Tarrafal apparaît enfin au loin, mais voilà que sans transition, la route pavée s’arrête pour faire place à une piste étroite. Elle mène sans doute à la plage. Bon, je vais laisser la voiture sur la bas-côté et finir à pied! Cela me permet de longer une magnifique plage de sable noir, quasiment la seule sur l’île. Mais la puissance des vagues fait bien comprendre aux touristes que c’est pas forcément un bon plan d’y faire trempette! En fait, la piste longe l’arrière de cette plage pour arriver à ce petit village de pêcheurs, qu’ici on appelle le « bout du monde ». Ce surnom n’est pas usurpé, çà c’est clair! Au-delà, il n’y a plus de route, et autrefois il fallait se farcir presque deux heures de piste depuis Porto Novo pour y accéder. La route pavée n’est pas si ancienne que çà! Tu imagines un trajet en aluguer à l’époque, l’aller-retour dans la même journée était impossible. Le décor est magique: quelques maisons (dont certaines joliment colorées), un ou deux bars-restos, des barques bariolées hissées sur la plage, et voilà. Et sur les hauteurs du village, chose étonnante, une petite vallée verdoyante où on cultive des fruits et des légumes en terrasses avec le même système d’irrigation qua dans les vallées du nord.
Vraiment, je ne suis pas déçu d’avoir « poussé » jusqu’ici. Reste à espérer que la route, qui en facilite désormais l’accès, ne soit pas un catalyseur de dénaturation de l’endroit, qui risquerait de s’investir dans le tourisme de la mauvaise manière, par exemple en faisant sortir de terre un régiment d’insipides constructions destinées à l’hébergement…














Je vais maintenant quitter Tarrafal pour rejoindre Ponta do Sol, autrement dit à l’autre extrémité de l’île. J’ai 80 km à avaler, mais sur Santo Antão c’est pas la distance qui compte, c’est le temps qu’il faudra pour la parcourir! Virages, routes pavées, traversée de Porto Novo… Les longues lignes droites asphaltées, ce n’est pas ici que ça se passe. Après Porto Novo, au moins je suis en terrain connu, puisque c’est la route que j’ai suivi à bord de l’aluguer de Jerry, jusqu’à Ribeira Grande. Une fois arrivé jusque là, attention à ne pas se gourer, car Ribeira Grande est le noeud routier le plus important de l’île: sur la gauche, c’est la route de Corda et celle qui rejoint Xôxô; à la sortie de la ville, une autre route rallie Chã da Igreja en passant par Coculi; et enfin, celle qui m’intéresse et qui longe la côte, celle qui va à Ponta do Sol, qui n’est plus qu’à 5 km. N’empêche qu’il m’aura fallu 1H40 de roulage pour y arriver!
Voici donc Ponta do Sol, où je vais passer une nuit. C’est la base idéale pour faire de la rando dans la partie ouest de Santo Antão. Mais je serai franc avec toi: le charme n’opère pas totalement. Je m’explique. À Ponta do Sol, c’est deux poids deux mesures: le quartier autour de la Praça Municipal, avec son église et son Hôtel de Ville, n’est pas vilain avec ses quelques rues pavées et ses maisons coloniales colorées, mais les autres coins de la ville foisonnent de maisons délabrées ou en construction, et ça semble se faire de façon un peu anarchique. Les murs en parpaings avec des bâches transparentes en guise de fenêtres, ça n’a rien de poétique… Donc, c’est pas comparable du tout à São Filipe sur l’île de Fogo. Voilà qui est dit. Mais tout n’est pas à jeter pour autant, rassure-toi! On va aller un peu explorer tout çà.





Au début du carnet, je t’avais parlé de l’aéroport de Ponta do Sol, qui a fermé suite au crash d’un avion en 1999, qui n’a épargné ni passagers ni membres d’équipage. Pour bien te démontrer la promiscuité de l’aéroport avec la ville, sache qu’il suffit de ne faire que 150 m à pied pour se trouver au bord de la piste! Oh, c’est très facile à trouver: le repère, c’est l’ancienne tour de contrôle. Un petit passage dérobé juste à côté permet d’accéder à la piste d’atterrissage qui n’a pas vu se poser un seul coucou depuis plus de 25 ans. Et quand on voit la proximité des falaises, à laquelle vient parfois s’ajouter une météo pas terrible, on comprend un peu mieux ce qui a pu se passer ce jour-là…





Honnêtement, le coin le plus pittoresque de Ponta do Sol, c’est encore son petit port, qui s’anime quand les pêcheurs, à bord de leurs sempiternelles barques colorées, reviennent après avoir été ballotés par l’océan pendant des heures. Si tu veux vraiment voir l’âme de la ville, c’est ici qu’il faut venir. Des gamins plongent du haut de la petite jetée, d’autres jouent au foot ou font du vélo, tandis que les adultes papotent ou jouent aux cartes face à l’océan. C’est la vie qui s’écoule, en toute simplicité, en toute sincérité. Par contre, côté météo, c’est toujours un peu la loterie. Ponta do Sol est réputée pour ses couchers de soleil d’anthologie, mais à priori ce sera pas pour aujourd’hui. On en peut pas tout avoir… Quoiqu’il en soit, quel que soit l’endroit sur l’île, je n’ai observé aucune trace de tourisme de masse. C’est çà aussi qui est chouette sur Santo Antão, la configuration de l’île empêche la construction de méga-hôtels comme à Boavista, et les gros bateaux de croisière n’ont pas la place pour y déverser leurs hordes de touristes pressés. On est davantage sur du tourisme vert et durable, privilégiant l’authenticité. Et ça fait trop plaisir de ne pas croiser de guignols en quad (ouais je sais, je les aime pas et j’assume!).












Ma dernière randonnée « capverdienne »: de Ponta do Sol à Cruzinha da Garça.
Aujourd’hui, lever vers 6H20, afin de démarrer ma rando vers 7 heures. C’est vachement matinal, j’en conviens, mais cette journée est particulière, car c’est aussi aujourd’hui que je quitte Santo Antão, en prenant le ferry de 16 heures à Porto Novo. Mais on n’en et pas encore là, et je compte bien exploiter cette matinée au maximum, en faisant chauffer mes mollets une dernière fois au Cap-vert! Et au moins, en démarrant tôt, à la fraîche, ça n’en sera que plus agréable. Je range mon sac « principal » dans la voiture de location qui reste à Ponta do Sol, et garde le petit sac de rando, qui m’accompagne depuis tant d’années. Première étape: sortir de Ponta do Sol pour trouver le début du sentier. Rien de compliqué: tu longes le stade de foot, puis le cimetière dans sa longueur, et tu es sur les rails…
C’est parti. À vrai dire, pour l’instant ce n’est pas encore un sentier, mais une étroite piste carrossable, en rénovation partielle au vu de l’engin de chantier qui s’y active. Ça monte en pente douce, peut-être pour mettre les randonneurs en confiance… en attendant la suite. Plus on monte, plus le paysage se dégage et on peut avoir une vue plongeante sur Ponta do Sol, qui pourrait être fantastique si elle n’était pas en partie occultée par les bâtiments en béton d’une petite porcherie industrielle. Avec les odeurs qui vont avec… Allez, c’est qu’un court mauvais moment à passer! Le spectacle des falaises qui tombent direct dans l’océan te fera vite oublier ce désagrément euh… porcin?






Les virages se succèdent, et bientôt Ponta do Sol est hors de vue. Et au bout d’une bonne heure de marche, au détour d’une courbe, le petit village de Fontainhas se dévoile enfin. Je me prends une claque visuelle. Oh, il est minuscule, mais cette mosaïque de maisons colorées, qui s’accrochent quasiment aux flancs de la paroi rocheuse, me fait penser que même São Filipe, sur Fogo, est battu à plate couture! Fontainhas est devenu une des « cartes postales » de l’île, avec la vallée de Paul. Ici, on est en saison sèche, mais pendant la saison des pluies, quand tout reverdit, le contraste entre la végétation et cet arc-en-ciel d’habitations est encore plus flagrant. Chose étonnante, le village a su garder son authenticité et sa tranquillité. Une petite épicerie, deux petits bars, et ça s’arrête là. Pas d’hébergement chic ni de boutiques à souvenirs, c’est le pied! Fontainhas a su se préserver des réseaux sociaux, et je n’ai vu aucun débilo-influenceur grimper sur le toit d’une bicoque pour faire un cliché à la con…





La route s’arrête à Fontainhas, et à partir de là ce sera un sentier côtier sur une quinzaine de kilomètres. Attention les yeux, place au spectacle: la randonnée côtière de Ponta do Sol à Cruzinha da Garça est l’une de plus spectaculaires qui soient au Cap-Vert, toutes îles confondues. De Ponta do Sol, il faudra compter en moyenne de 5 à 6 heures, arrêts compris, pour rallier Cruzinha da Garça. Garde bien à l’esprit que c’est pas une balade d’agrément, ça monte et ça descend, mais rien d’insurmontable si on gère bien son effort.


Peu après cette curieuse formation rocheuse en forme d’arête (c’est la photo ci-dessus; je me demande comment ça tient debout), me voilà face à une vraie descente de la mort. Façon de parler bien sûr, mais même si le tronçon est revêtu de dalles irrégulières, la vue du dénivelé jusqu’au bord de mer, au gré de multiples lacets, fait son petit effet! Ici, on l’appelle le « Chemin de Croix », dans les deux sens du terme: au sens propre, car chaque virage est marqué d’un panneau, chacun représentant les étapes du chemin de croix de Jésus; et au sens figuré, au vu de l’effort physique qu’implique sa montée! Les randonneurs qui font le choix de faire la rando en sens inverse, à savoir de Cruzinha (ils s’y font déposer en aluguer) jusqu’à Ponta do Sol, n’y couperont pas. D’autres, dont je fais partie, préfèrent démarrer de Ponta do Sol et se débrouiller pour le retour vers Ponta do Sol. Chacun son choix, mais au moins je n’aurai pas cette ascension à me farcir, qui peut se montrer ardue en plein cagnard!






Au terme de cette sacrée dégringolade, voici un village encore plus riquiqui que Fontainhas: c’est Corvo, encaissé dans une étroite vallée fertile irriguée par un mini ruisseau. Bigrement moins bariolé que Fontainhas, il paraît presque à l’abandon, mais les parcelles de cultures attestent qu’il est bel et bien habité. Aucune route n’y mène. Les habitants qui veulent aller à Ponta do Sol ou Cruzinha n’ont donc pas 36 alternatives, si tu vois ce que je veux dire…



Le sentier rejoint maintenant la côte, qu’il va longer jusqu’à Cruzinha da Garça. Ça grimpe, ça descend, à aucun moment ce n’est monotone. Je songe au fait que je n’ai encore croisé aucun randonneur. À environ 45 minutes de marche de Corvo, j’atteins Formiguinhas, un autre petit village de bout du monde, s’étirant de part et d’autre du sentier en descente. Il y a ici deux tout petits bars-restos (Isabel et Sonia), mais je ne sais pourquoi, ils sont fermés tous deux aujourd’hui. J’en profite néanmoins pour souffler un instant sur un des bancs de pierre entourant une petite chapelle. Je suis, à peu de choses près, à la moitié du parcours.





Au-delà de Formiguinhas, il n’y a plus de village jusqu’à Cruzinha da Garça. Le sentier passe au plus près de l’océan, dont les vagues tapent violemment le bord des falaises. Seul signe de « civilisation », les petits poteaux électriques qui suivent le sentier. Ce détail mis à part, on se sent tout petit, on a l’impression d’être écrasé par le gigantisme des parois rocheuses et l’immensité de l’océan…




Le sentier me fait passer par un hameau abandonné depuis belle lurette qui a pour nom Aranhas, où il reste quelques vieilles maisons de pierre encore debout. La magnificence du décor ne faiblit pas, et certains passages sont un poil vertigineux.




C’est dans la montée peu après Aranhas que je croise enfin un couple de randonneurs qui, eux, ont choisi de faire le trajet en sens inverse. « Bonne rando, et bon courage après Corvo », leur dis-je, ils en auront besoin! Bon, c’est pas tout çà, mais Cruzinha da Garça se rapproche, plus que 2 ou 3 km à bouffer, on y est presque! Le dernier tronçon de la balade n’est pas des plus spectaculaires, c’est le moins qu’on puisse dire! Une piste sableuse bordée de quelques arbustes, sans aucune vue sur l’océan, pour le panorama on repassera… La piste fait place à une petite route pavée, qui marque l’entrée dans le village côtier de Cruzinha da Garça. Et ça marque aussi, de façon plus subjective, l’aboutissement de cette fabuleuse (et longue) randonnée de 15 km. Je suis heureux de l’avoir faite, celle-là! Pour d’autres, c’est le point de départ jusqu’à Ponta do Sol. Les goûts et les couleurs, comme on dit, hein?


Je me pose un instant dans un petit bar, en prenant un sandwich et une bière Strela que j’accueille à bras ouverts. Bon, et maintenant, il me faut revenir à Ponta do Sol. Quoi, refaire la rando à l’envers? T’as le sens de l’humour, toi… Non non, je vais voir un peu dans le village si je ne trouve pas un aluguer qui traîne, pas forcément un collectif car les horaires sont restreints, mais sait-on jamais… Tiens, j’entends un moteur derrière moi. Et devine ce que c’est comme véhicule? Une Toyota Hiace? Hé non, c’est bien un aluguer mais en version pick-up bien costaud. Petit signe de la main, je tente ma chance. Bon, c’est pas un collectif, tant pis. Je me renseigne sur le tarif pour aller jusque Ponta do Sol. C’est 40 Euros, soit 4400 CVE. Pour un trajet de 30 km et environ une heure, en passant par Ribeira Grande. Affaire conclue avec Rafael, le chauffeur qui habite justement au village! J’ai l’impression qu’au Cap-Vert, il suffit de penser très fort « aluguer, aluguer » pour qu’il y en ait un qui déboule derrière toi…
OK on peut se mettre en route. Rafael s’arrête un bref instant chez lui, histoire d’attraper une bouteille d’eau. J’aime bien la maison d’à côté, où une fresque représente deux habitants de Cruzinha; j’ai déjà vu ce genre de street art ailleurs sur l’île, c’est un bel hommage qu’on fait aux locaux, je trouve. La route passe par Chã de Igreja, à 3 km de là, un petit village sympa avec une église du même acabit. Rafael s’y arrête, me demandant si ça pose problème si deux membres de se famille nous accompagnent jusque Ribeira Grande. Aucun problème, c’est une évidence! Je leur donne même un petit coup de main pour charger leur barda à l’arrière. Comme la vie est parfois compliquée et les moyens de transport limités dans certains coins reculés, l’esprit d’entraide est primordial au Cap-Vert, m’explique Rafael. J’adhère complètement. Je lui demande si c’est déjà arrivé que certains disent non. Une fois, me répond-il. Y a des gros cons sur terre, quand-même…

La route qui passe par Coculi nous fait traverser des paysages toujours aussi saisissants, mais elle requiert une certaine attention en rapport avec les fréquentes chutes de pierres, qui se détachent des parois rocheuses, ce qui attire naturellement mon regard vers le haut. Ce serait ballot de finir le voyage de cette façon… Enfin tout se passe bien, on dépose les eux passagères à Ribeira Grande et on poursuit jusque Ponta do Sol, où je récupère ma voiture de location pour ensuite retourner à Porto Novo. Le timing est bon, j’arriverai peu après 15 heures pour la restituer au port, et c’est pile poil pour embarquer dans le ferry qui me ramène sur l’île de São Vicente. Au revoir Santo Antão, tu m’auras fait vibrer, j’espère bien revenir te voir un jour! Bref, traversée sans histoire, arrivée à Mindelo où je trouve un aluguer colectivo qui me conduit au petit village de pêcheurs de São Pedro, où je passerai ma dernière nuit au Cap-vert. Choix stratégique, car l’aéroport ne se trouve qu’à 2 km, pour attraper mon vol de demain qui me ramènera au Portugal. Pas eu le temps de faire quelques photos, mais quand-même une dernière petite vidéo made in Cabo Verde: la plage de São Pedro.
Le reste du voyage? Sans entrer dans les détails, ça s’est passé comme suit. Un vol retour vers Lisbonne où je passerai une nuit. Un trajet en train de Lisbonne à Porto, d’une durée de 3 heures, histoire de revoir cette autre grande ville portugaise, pour me balader encore une fois dans sa vieille ville, retraverser le fameux pont métallique Dom Luis I, aller visiter une cave à porto de l’autre côté du fleuve, à Vila Nova de Gaia… C’est marrant, j’ai commencé au Portugal, j’ai fini au Portugal, et j’ai visité un pays qui a un lien historique étroit avec le Portugal… Tout s’emboîte parfaitement.
LE GRAND « DEBRIEF » FINAL DE CE PÉRIPLE EXCEPTIONNEL:
Mon dieu mon dieu… par où commencer? 5 îles visitées sur 9, c’est pas mal du tout! Avec chacune sa particularité: Santiago, le berceau de la nation capverdienne; Fogo, volcanique jusqu’au bout des ongles, une île faite pour les aventuriers; Sal (où initialement je ne devais pas aller!), entre plages et salines, plus « tourisme de masse » à l’instar de sa copine Boavista, mais qui peut surprendre en grattant un peu l’écorce; São Vicente, l’île festive et culturelle, qui a vu naître la légende Cesária Évora; et enfin, last but not least, la sublime Santo Antão et ses paysages hallucinants, le nirvana de la randonnée… Périple intense, captivant, parfois physiquement éprouvant (on ne grimpe pas tous les jours au sommet d’un volcan de presque 3000 m!), où la musique morna côtoie les percussions et les sifflets de la São João, où la cachupa fait bon ménage avec le grogue, où les maisons colorées et les murs gris en parpaings cohabitent malgré eux… Du dépaysement, de l’aventure , oh oui j’en ai eu jusqu’à plus soif, et c’est une expérience enrichissante que d’aller voir « un peu plus loin », de sortir de sa zone de confort et de tordre le cou à certaines idées reçues. Cabo Verde, No Stress. J‘adhère à 200 %!
Pas de citation à proprement parler cette fois, mais une simple phrase de 5 mots, écrite sur un mur et repérée à Praia, sur l’île de Santiago. Elle résume tout: c’est l’essence, l’âme du Cap-Vert.


- Comme je l’expliquais plus haut, chaque île a sa petite personnalité, et par conséquent la monotonie ne s’installe jamais lors du voyage. Plage? Montagnes? Volcan? Tu as l’embarras du choix!
- Les fous de randonnée et de challenges un peu plus physiques vont être aux anges, surtout sur Fogo et Santo Antão!
- Le climat est vraiment idéal: ni trop frais ni trop chaud, pas de canicule ici, et ce presque toute l’année.
- J’ai adoré ce mélange culturel, pivot entre l’Afrique, le Portugal et l’Amérique du sud. On sait faire la fête au Cap-Vert!
- La cuisine capverdienne, même si elle est peu variée, n’en est pas moins délicieuse.
- Les capverdiens, c’est une évidence! Penses-tu qu’à Paris, quelqu’un t’accompagnerait sur 500 mètres pour te montrer l’emplacement exact d’un minimarket ou d’un petit bar que tu cherchais? Je crois pas… Spécial dédicace au petit groupe que j’ai croisé sur les hauteurs de Santo Antão, avec qui j’ai partagé cet inoubliable petit repas improvisé!

- Les jeunes (pas tous, dieu merci) qui se fourvoient dans l’alcool ou la mendicité peuvent susciter un sentiment anxiogène chez certains touristes.
- Gros carton rouge à la compagnie de ferries CV Interilhas, dont la liaison Santiago – Fogo – Brava est plutôt foireuse, à cause des multiples avaries que connaissent les navires. Même les capverdiens on en marre… Par contre, la liaison São Vicente – Santo Antão est au top!
- Les horaires des aluguers sont parfois hasardeux, et difficiles à comprendre pour les non-initiés. Attention aussi à certains chauffeurs qui cherchent à gonfler leur prix pour se faire privatiser.
- Les maisons en construction en périphérie de certaines localités, dont les murs de parpaings poussent aussi vite qu’un Haricot Magique, cassent franchement l’esthétique visuelle.
Et que dirais-tu d’un dernier petit air de musique pour vraiment finir en beauté? Ici c’est de la funaná, un genre musical au rythme plus rapide et entraînant.

Wouah wouah Benoît, quel voyage !
Merci de l’avoir partagé avec l’humour habituel.
Que de découvertes.
Merci pour les vidéos (qui donnent l’impression qu’on « est un peu là-bas », j’ai même cru entendre votre bip dans l’une d’elles – j’ai dû rêver).
P.S. Bravo à vos mollets pour tout ce que vous leur faites endurer 😅
Sacré voyage… je ne sais pas vos projets, mais celui-là est un ´beau morceau ‘.
À bientôt et bravo. 🌲⛄️🌲
Merci Emilia, je reconnais que c’était réellement à périple hors normes!
Non, vous n’avez pas rêvé, en réalité c’était le bip de notification de mon application wikiloc qui m’indiquer que j’étais dans la bonne direction 😁
Quelle est la suite? Un carnet spécial « marchés de Noël » comme chaque année (je ne dis pas où), ensuite je j’attaque mon carnet sur mon voyage aux Açores!
Je divulguerai ma « feuille de route » de 2026 un peu plus tard, histoire de ne pas trop donner d’infos d’un seul coup…
À bientôt donc, caresses à BB!
BB est tout heureuse d’avoir des caresses dominicales.
Elle se joint à moi pour vous souhaiter une bonne semaine en attendant vos prochains billets. 😻