Partager la publication "Les Cyclades, d’île en île – 2ème partie: de Sifnos à Mykonos – 2023."
Après la Crète, Santorin, Amorgos, Folegandros et Milos (ah, et aussi Naxos, même si ça a été en « coup de vent »!), tu te dis peut-être: après toutes ces explorations, ces kilomètres de rando, il doit être sur les rotules, il va se poser, s’arrêter? Euh, en fait, pas du tout. Ce magnifique périple, j’ai bien l’intention de le poursuivre! L’archipel des Cyclades a encore tellement de merveilles à me montrer, tellement de spécialités à me faire goûter… Alors oui, on continue le voyage, d’une île à l’autre, et on va le savourer jusqu’à la dernière goutte!
L’arrivée sur l’île de Sifnos.
On s’était donc quittés, à la fin du carnet précédent, au port d’Adamas, sur l’île de Milos, en attente du ferry qui me conduira sur la prochaine île de mon voyage. Ce sera encore avec la compagnie Seajets, pour une courte traversée d’environ 45 minutes, dans un bateau moins encombré que durant le trajet précédent! Je débarque donc sur l’île de Sifnos (Σίφνος), au port de Kamarès (Καμάρες). Située au nord de Milos et à l’ouest de Paros, Sifnos n’est pas immense avec ses 74 km², mais elle se révèle être un trésor de beautés naturelles et un véritable Eden pour les fous de randonnée (comme celui qui est en train d’écrire ces lignes 😉). Ajoutons à celà que Sifnos est encore bien préservée du tourisme de masse (non, pas de fous furieux en quad, promis!) et possède une atmosphère rurale encore authentique, et tu auras compris que j’ai frappé à la bonne porte en venant ici!

Le petit port de Kamarès, port principal de l’île, est bien joli avec sa longue plage, au milieu d’une petite baie entourée de montagnes. Ses petits bars et restos ne s’accaparent pas toute la rue et n’ont pas besoin de rabatteurs robotisés pour exister. Et le village principal de l’île, Apollonia, n’est qu’à 5 km d’ici. C’est là que je vais, mais pour une fois ce sera en bus: j’ai en effet choisi de ne pas louer de voiture sur Sifnos. Le billet coûte 2€ et s’achète à bord.



La courte distance de route entre Kamarès et Apollonia me permet d’avoir une première impression sur le paysage de Sifnos: c’est clairement moins désolé que Folegandros ou Milos, la végétation est un peu plus présente, sans pour autant être foisonnante; les oliviers font leur grand retour! Le relief est un peu montagneux, mais c’est moins « brut de décoffrage » que sur Amorgos.
Hé bien, me voilà déjà arrivé à Apollonia (Απολλωνία), la capitale de l’île. Ce village, qui s’étire sur un peu plus d’un kilomètre, est sublime. Bien sûr, il ne faut pas s’arrêter à la rue principale, où les bus et les voitures passent, et qui sépare le village en deux. C’est dans les petites ruelles fleuries qu’il faut se perdre pour bien appréhender et ressentir l’endroit, une vraie quintessence de l’imagerie des Cyclades: les maisons blanchies à la chaux, les petites chapelles, les églises à dôme bleu, les bougainvilliers encore et toujours… Touristique? Oui, mais on peut nuancer, ce n’est pas invivable. C’est même plutôt assoupi dans la journée, avec les petits commerces qui ferment durant une partie de l’aprem (comme les minimarkets qui ferment de 15H à 17H30, par exemple). Ça s’anime un peu en soirée, quand les restaurants et bars accueillent les touristes, l’ambiance restant néanmoins tranquille et bon enfant. Enfin, on peut encore rencontrer de vrais habitants, qui n’ont aucun lien avec l’activité touristique, et réellement apprécier une Grèce sincère et sans tralalas.










La partie d’Apollonia à l’ouest de la rue principale est beaucoup plus tranquille, la majorité des commerces se trouvant de l’autre côté. C’est à partir d’ici qu’on peut rejoindre le village d’Artemonas, à 1 km au nord; mais on s’y intéressera plus tard, pour le moment il est temps de poser mon sac dans cette petite maison d’hôtes carrément magique, au milieu d’un paysage vallonné et arboré (oh, il y a même un ou deux palmiers!), tenue par une vieille dame ne parlant que le grec et d’une gentillesse incommensurable. Avec quelques mots de base (et l’aide d’une petit traducteur instantané, petit coup de pub tant il est super), on sait se faire comprendre dans les deux sens!



La fille de la gérante s’appelle Anthi, et s’occupe d’une petite ferme à 2 km d’ici, loin de tout. Elle organise des petites visites agrémentées de quelques « expériences immersives » comme la traite des chèvres ou la fabrication du fromage. Voilà une super occasion de se plonger dans le mode de vie rural le plus authentique qui soit! Alors on démarre de la maison en 4X4, Anthi, sa maman et moi, pour déboucher sur un petit chemin cabossé au milieu d’un paysage alternant oliviers et végétation touffue. La ferme est toute petite, ces visites ne sont pas faites pour les touristes en autocar, et de toute façon, ces véhicules ne passeraient pas! Pas un bruit, excepté celui des animaux; les rumeurs du village, à l’horizon, ne nous atteignent pas. Les montagnes nous entourent, et tout là-haut, le monastère Profitis Ilias nous regarde de son promontoire, qui est le point culminant de l’île, à 680 m. Aux alentours de la ferme, j’ai aussi repéré quelques ruchers.


Ce n’est donc pas qu’une simple visite guidée, c’est une réelle immersion dans la vie quotidienne d’une petite exploitation de ce genre sur l’île. Tu aimes les animaux? Tu vas être au anges: poules, canards, cailles, lapins, ânes, et même un couple de paons (Mr Paon a même bien voulu faire la roue), et un cochon qui adore s’amuser avec le jet d’au du tuyau! Mais lui, Anthi préfère ne pas le laisser sortir, car il cherche la bagarre aux chèvres! Ah, les chèvres! Les vraies stars de la ferme, qui ne sont pas farouches du tout et qui ont vite fait de faire culbuter le panier d’osier rempli de vieux pain à leur intention! Parce que oui, je leur ai donné à manger, et c’est pas si facile de contrôler cette razzia affamée!
Encore moins évident, c’est de les traire. On croit que c’est simple, comme çà, mais dans la pratique, c’est une autre musique. Réunir le pouce et l’index pour cerner le pis, le presser à l’aide des autres doigts. Ouais ouais… Quand le pis est bien gonflé, c’est pas une sinécure pour un novice, et il faut savoir diriger le lait dans le seau; et si la biquette a décidé de bouger, elle te demandera pas la permission… Mais on s’y fait et on s’adapte assez vite! On vas pas en faire un fromage… Hé bien si, justement, on peut participer à son élaboration, par exemple en pressant le lait caillé pour en faire sortir le « petit-lait », tout çà avant d’être moulé et affiné ensuite. La soirée se termine par une petite dégustation de produits de la ferme accompagnés d’un vin local, en compagnie d’Anthi et sa maman. Celà aura été une de mes plus belles et expériences lors de mon voyage dans les Cyclades. Voici le lien du site: https://anthisifnos.gr/en










Anthi me reconduit au village, de son côté elle va faire quelques courses au supermarché avec sa mère. Moi, je vais manger dans la ruelle principale d’Apollonia, la maman d’Anthi m’ayant conseillé une petite taverna réputée auprès des locaux et non saturée de touristes. Après les bons fromages de chèvre, de quelle spécialité culinaire Sifnos va-t-elle me régaler? Ici, une des grandes vedettes c’est le mastelo, de la viande de mouton ou de chèvre au vin rouge et au fenouil. Après le repas, il fait déjà noir, je vais me balader un peu dans le sud du village; une fois les restos passés, les venelles et escaliers sont presque déserts, avec pour seuls bruits le vent qui s’engouffre entre les maisons, et de temps à autre un chat qui miaule. Sensation délicieuse. Je ne me coucherai pas trop tard, je pars tôt demain en rando afin d’être le plus longtemps possible à la fraîche.
Taverna Tou Apostoli To Koutouki – ruelle principale d’Apollonia.

Sifnos, le paradis des randonneurs.
Je me lève à 06H30. Celà peut sembler bien tôt, mais si on ne veut pas être écrasé par le soleil implacable durant une grosse partie de la journée, il vaut mieux démarrer sa balade le plus tôt possible, pour profiter de la fraîcheur matinale. La petite boulangerie Vegeraki, sur la petite place Plateia, ouvre dès 6 heures, c’est pratique et à ces heures, ce sont encore seulement les locaux qui viennent faire leurs emplettes, ou grignoter une tyropita avec un petit café; c’est précisément ce que je vais faire avant d’entamer ma marche!
Sifnos est clairement l’une des îles cycladiques les plus propices à la randonnée. Outre dix sentiers « officiels » balisés, l’île dispose d’un réseau bien fourni de petits sentiers secondaires. Je suis presque sûr qu’on pourrait traverser Sifnos du nord au sud sans emprunter un seul kilomètre de route carrossable,ou peut-être seulement en les traversant pour rejoindre la suite d’un sentier. Bon, c’est pas tout çà, moi je me mets en route! Je quitte Apollonia pour me retrouver bien vite en pleine campagne, au milieu des oliviers et des anciennes cultures en terrasses, avec quelques échappées sur la mer au loin. C’est un peu plus arboré et fleuri que les îles visitées précédemment, il y a même les traces d’un petit cours d’eau asséché depuis belle lurette. Malgré sa végétation un peu plus fournie, Sifnos a aussi un souci avec le manque d’eau, tout comme Amorgos elle s’est dotée d’une usine de dessalinisation de l’eau de mer.









Le sentier rejoint maintenant une route carrossable à deux bandes que je dois malgré tout longer sur 200 mètres; ce sera la seule petite exception (mais ce n’était même pas un kilomètre, donc ce que je disais plus haut tient toujours 😛). Ce n’est que de cette manière que je peux approcher le monastère de Vryssi, datant du 17ème siècle, dont les murs d’un blanc étincelant contrastent avec l’abondance de fleurs et de plantes à l’intérieur. Depuis le monastère, la vue est très dégagée, et on voit aussi bien les premières maisons d’Apollonia que le monastère Profitis Ilias, qui est perché tout là-haut, sur le point culminant de l’île.








À partir du monastère de Vryssi, je continue vers le sud en reprenant les sentiers de rando un peu au hasard, en me rapprochant de la côte pour atteindre le port de Faros. La végétation est peut-être un peu moins dense de ce côté, et les murets de pierre sèche bordent les sentiers. Les oliviers sont toujours là, ainsi que quelques petites parcelles de vignes. Quelques petites fermes isolées, encore plus petites et paumées que celle d’Anthi, égrènent le paysage. Quant à ces longs tuyaux en caoutchouc qui courent parfois le long du sentier, ils servent à apporter l’eau venant de réservoirs aux petites parcelles cultivables. Ingénieux!






L’étroite piste caillouteuse que j’emprunte actuellement se termine devant la belle petite plage d’Apokofto, familiale et encore peu fréquentée en cette période. Sur la gauche, à 1km, le port de Faros se love dans une petite anse. Mais avant de s’y rendre, jetons un oeil dans la direction opposée: au loin, au bout d’une langue de terre terminée par un îlot rocheux, se dresse un édifice religieux. C’est le monastère de Chrysopigi, bâti au 17ème siècle, plus petit que celui de Vryssi mais plus connu, sans doute de par sa position insolite et de son importance dans l’histoire de l’île.







Le sentier en corniche qui rejoint le petit port de Faros (Φάρος) longe la mer au plus près. Qu’est-ce donc que ces étranges bâtiments en ruines, et ces vestiges de rails qui s’avancent vers la mer? C’est tout ce qui reste d’une ancienne mine de fer! À l’instar de Milos, Sifnos exploitait aussi des mines, particulièrement de fer et d’argent. Le minuscule port de Faros, lui, se consacre encore à la pêche, en gardant son authenticité sans être défiguré par des terrasses XXL de restos ou des boutiques de souvenirs.









Pour ma part, je ne vais pas aller plus vers le sud, je vais remonter vers Kastro et ensuite boucler la boucle en revenant à Apollonia. Je ne me lasse pas de ces chouettes petits sentiers parfois bordés de murets de pierres sèches, longeant des petits champs d’oliviers ou des parcelles de vignes. Le paysage change constamment et n’est jamais monotone. Voilà même des chèvres qui escaladent des murets! Quelle heure est-il? Voyons çà… Presque midi. Dans une bonne heure, je pourrais atteindre Kastro. Le soleil commence tout doucement à cogner, mais ça va, je me suis acheté une deuxième bouteille d’eau à Faros, par précaution…






Et enfin, au détour d’une courbe du sentier, ça y est: Kastro (Κάστρο) apparaît, fièrement perché sur son promontoire, tout de blanc revêtu (joliment dit, non?), ainsi que son minuscule port de pêche en contrebas! Il semble si près qu’on pourrait le toucher, mais il faut encore descendre le dernier tronçon du sentier, assez irrégulier et quelque peu technique, qui mène au pied de la butte sur laquelle s’étend Kastro. Mais je vais souffler un peu, moi, et je vais manger un bout. Je ne me remplis pas trop, un sandwich feta-tomates et un jus de fruit artisanal seront suffisants. Une bière par cette chaleur, ce ne serait pas la meilleure idée…



On qualifie Kastro de « plus beau village de Sifnos ». Je n’ai qu’une envie, c’est d’aller vérifier ces allégations en me perdant dans ce petit labyrinthe de maisons si blanches que ça en fait presque mal aux yeux! Hé bien je dois reconnaître que ce titre n’est pas usurpé. Des portes et volets bleus, des passages voûtés, des petites cours secrètes fleuries à foison, ce petit village fortifié est une merveille. Il y a aussi quelques anciens moulins à l’extérieur du village. À titre de comparaison, seule la Chora de Folegandros pourrait rivaliser. Et pour ne rien gâcher, l’endroit est très tranquille, mais aussi nous ne sommes encore qu’en juin… Il n’est pas rare de croiser encore l’un ou l’autre vieil habitant juché sur son âne (*photo à l’appui!). Je disais « village fortifié »: justement, la cerise sur le gâteau, c’est de faire le tour des remparts en suivant le chemin de ronde bordé de vieilles maisons, qui offre une vue à tomber par terre sur la mer et la petite chapelle Epta Martyrès, ou des Sept-Martyrs, 100% cycladique pur jus!
















Il me faudra encore une petite heure pour revenir à Apollonia vers 15 heures; les jambes vont bien, mais ce n’est pas du luxe de se reposer un peu avant de repartir en soirée, pour une balade beaucoup plus tranquille, où les petites ruelles dallées remplacent les sentiers rocailleux. Je me rends donc à Artemonas (Αρτεμώνας), ce petit village à 1 km au nord d’Apollonia, au gré de ces petites ruelles où bougainvilliers et géraniums rivalisent de couleurs, et où on ne reste jamais longtemps sans croiser une chapelle ou une petite église.
Prétendre qu’Artemonas est le prolongement d’Apollonia est erroné: Artemonas est un village en partie perché sur une colline, où d’anciens moulins à vent montent encore la garde. Et c’est beaucoup plus calme ici, moins touristique; il y a bien quelques bars et restos, mais ils sont un peu éparpillés dans le village plutôt que d’être rassemblés dans la rue principale comme à Apollonia. Pour mon dernier repas à Sifnos, je trouve une petite taverna ( son nom grec: Ο Αγγελές) planquée dans une petite rue montante, et je me reprends un mastelo comme hier, tant j’avais apprécié cette spécialité sifniote! Je rentrerai paisiblement à Apollonia en fin de soirée, en croisant au final très peu de monde. Demain matin, je reprends le bus pour Kamarès. Mmh, ça sent le ferry et le changement d’île? Exactement!










BILAN: Sifnos aura vraiment une place privilégiée parmi mes souvenirs et expériences durant ce beau voyage! Ses nombreux sentiers de randonnée, certains balisés ou d’autres plus secrets, mèneront les fous de randonnée au septième ciel. Les petits villages de l’île sont de toute beauté, et ont su garder leur authenticité tout en se gardant bien d’être envahis par des armadas d’autocars et de guignols en quad. Et si tu veux t’approcher au plus près de la vraie vie rurale dans les Cyclades, va donc rendre visite à Anthi dans sa ferme, qui pourrait rivaliser sans peine avec l’arche de Noé.
L’arrivée sur l’île de Paros.
Je quitte donc Apollonia de bon matin, prenant le premier bus de 7 heures pour arriver à Kamarès 20 minutes plus tard. J’ai tout le loisir de prendre un petit-déj’ en terrasse sur le port, avant l’arrivée du ferry Seajets qui part vers 9 heures pour arriver à Paros 50 minutes après, au port de Parikia pour être précis. L’île de Paros (Πάρος) n’est pas bien difficile à situer sur la carte des Cyclades: elle se trouve quasiment au centre de l’archipel, à l’ouest de sa grande soeur Naxos et au sud de Délos et Mykonos. Avec ses 196 km² de superficie, elle est la troisième plus grande île cycladique après Naxos et Andros.

Parikia (Παροικιά), où je viens de débarquer, est le port principal et la capitale de l’île. Tous les ferries y arrivent et en viennent. Le premier ressenti n’est pas forcément des plus agréables: il y a du monde, et les excités des petits panneaux tendus à bout de bras se rappellent aux bons souvenirs des passagers qui débarquent. Paros est plus touristique que les précédentes îles visitées, c’est sûr! Et le nouvel aéroport de l’île, inauguré en 2016, n’arrangera pas les choses, quoique pour le moment les compagnies low-cost ne l’aient pas encore totalement envahi. Cependant, ce serait injuste de montrer un tableau trop sombre à ce sujet, car l’essentiel de la fréquentation touristique se concentrant surtout sur Parikia et le port de Naoussa au nord.
Le front de mer est longé par une route assez passante, bordée de boutiques en tous genres et d’agences de location de véhicules. J’en profite pour retirer ma voiture dans une petite agence locale, et de la laisser dare-dare sur une place de parking (gratuit en bord de mer, ça c’est bien) pour partir explorer à pied la vieille ville de Parikia. Ce dédale de ruelles bordées des habituelles petites maisons blanches, où on croise des petites églises, des fontaine en marbre, des passages voûtés, est un régal à parcourir, malgré les quelques boutiques chic et le fait qu’on ne soit pas toujours seul, à moins de prendre des venelles de traverse. On est vraiment au coeur des Cyclades, et ça se voit, ça transpire le « cycladique » le long de murs et le long des tiges des bougainvilliers!
J’avoue quand-même avoir un peu de mal à départager la vieille ville de Parikia et la Chora de Naxos; Parikia est d’un relief plus aplani avec ds ruelles un peu plus larges, mais je ferais pencher la balance d’un poil vers Naxos qui, malgré ses rues plus pentues et ses escaliers (kastro oblige), m’a semblé plus authentique et moins envahie par les boutiques. Çelà reste subjectif, on est bien d’accord…












Il y a un grand nombre d’églises et monastères disséminés à travers toute l’île, c’est certain, mais il est impossible et inexcusable de quitter Paros sans avoir rendu visite à la « star des stars », qui se trouve justement à Parikia, j’ai nommé: l’église Panagia Ekatontapiliani. C’est bien l’un des plus anciens édifices religieux de toute la Grèce, fondé originellement au 4ème siècle (!) et dont la mouture actuelle date du 6ème siècle. Ça date, hein? De plus, son état de conservation laisse pantois, elle a traversé les siècles, les conflits, et même un méchant tremblement de terre en 1773. On l’appelle aussi l’église aux 100 portes, car une légende rapporte que, pour l’instant, 99 portes sont visibles. Et la centième alors? On raconte qu’elle sera débusquée et ouverte lorsque Constantinople (l’actuelle Istanbul) redeviendra à nouveau grecque. Au vu des diverses tensions entre les deux pays ces dernières années, ce n’est pas pressé, mais alors, pas du tout!














Je peux à présent rejoindre la voiture afin de quitter Parikia, et commencer mon exploration de l’île. Direction nord, vers Naoussa, l’autre gros spot touristique de l’île. Ne t’étonne donc pas que ce court axe routier de 10 km soit plutôt fréquenté: voitures, scooters ou quads s’y croisent dans un rythme soutenu durant la journée; je regrette déjà les routes quasi désertes d’Amorgos… Les touristes lambda visitent Parikia et Naoussa, ils sont contents, youpi ils ont vu tout Paros! Bien sûr… Moi j’aime bien creuser beaucoup plus que çà. Mais une chose à la fois, n’est-ce pas?
Donc me voilà arrivé à Naoussa (Νάουσα), la deuxième ville de Paros, où tu ne seras pas seul(e) à moins de venir hors-saison. Un peu galère pour se garer, mais il y a toujours moyen de se dégoter une petite place gratuite pas loin du centre. Naoussa, c’est d’abord un petit port de pêche doublé d’une station balnéaire qui, jouons franc-jeu, s’est « boboïsée » et est devenue une station branchée, où le tourisme de masse a pris ses aises. On en arrive même à la surnommer, avec un brin de prétention, « la petite Saint-Trop’ de Paros ». Un tableau quelque peu pessimiste et grinçant, me diras-tu? Pas totalement, ne voyons pas tout en noir! Dès que le port apparaît, avec ses barques de pêche et ses maisons blanches, le charme opère, inévitablement. L’endroit est magnifique, malgré certaines terrasses de restos qui s’accaparent un peu trop d’espace. À l’extrémité du port, une petite jetée conduit aux vestiges d’un fort vénitien, d’où la vue sur la ville est bien sympa. Les petites ruelles autour du port sont plutôt tranquilles, même si elles ont un petit côté aseptisé, bien propre sur elles, qui les pénalisent un peu au niveau de l’authenticité… Enfin bon, chacun(e) se fera sa propre opinion!











Tu verras, à travers toute l’île, de nombreuses parcelles de culture consacrées à la vigne. Paros est une île où le climat et les sols sont propices à la production de vin. Elle partage également un point commun avec Santorin, c’est la chance inouïe d’avoir échappé au phylloxéra au 19ème siècle, lui permettant de travailler avec d’anciens cépages difficiles à trouver ailleurs. Grâce à celà, certains vins de Paros ont pu bénéficier d’une AOP (Appellation d’Origine Protégée). Le plus grand vignoble de l’île appartient à Moraitis, et ça tombe bien puisqu’il n’est qu’à 2 km de Naoussa. Le domaine existe depuis 1910, et c’est actuellement la quatrième génération qui le gère et poursuit la tradition viticole bien implantée sur Paros depuis des lustres. Le programme est complet: visite des caves, où on peut encore voir de vieilles amphores à vin, bref parcours extérieur dans le vignoble adjacent, petite musée du vin et bien sûr, on finit tout çà en beauté avec la dégustation de quelques-uns de leurs meilleurs breuvages. Mais doucement quand-même, car il fait vachement chaud aujourd’hui. Je pense que ce fut la journée la plus chaude de mon voyage! Preuve irréfutable: même les pariotes étaient affectés par cette grosse chaleur…








Heureusement, il existe des petits villages côtiers super tranquilles, qui n’ont pas encore été happés dans l’engrenage du tourisme de masse, comme Ampelas ( Αμπελάς), à 4 km à l’est de Naoussa. Une petite église, une poignée de maisons, une plage familiale fréquentée plus par les grecs que par les touristes. Pourvu que ça dure!



Je ne vais pas trop forcer aujourd’hui, après ma grosse journée de rando sur Sifnos; oui, ça fait du bien de « freiner » de temps en temps et de se la jouer cool. Je quitte donc Ampelas pour rallier mon lieu d’hébergement pour deux nuits, à 8 km de là. En tout cas Paros possède un atout: la très bonne qualité de son réseau routier. Le revêtement des routes principales à deux bandes est un vrai billard, et les petits chemins de campagne n’esquinteront pas un véhicule classique!
Alors, c’est comment, Paros? Hé bien, comparé aux îles précédemment visitées, il y a un réel contraste. Santorin et son sol volcanique, Folegandros aux paysages pelés… L’activité agricole est omniprésente sur Paros, au milieu d’un paysage vallonné sans être vraiment montagneux. Les parcelles cultivables sont plus nombreuses, de plus grande taille et plus variées ici que sur Milos ou Sifnos. Des vignes, des céréales, des légumes, des pommes-de-terre, des oliviers… avec des parcelles en plaine aussi bien qu’en terrasses sur les reliefs. Un joli petit patchwork au sein d’un décor très reposant.






Ce n’est pas à Parikia ni à Naoussa que je poserai mon sac sur Paros, mais à Kostos (Κώστος), un petit village traditionnel dans l’intérieur des terres, bien moins connu que son voisin Lefkès, distant de 4 km. Deux églises, quelques petites ruelles, les petites maisons blanches dont il est impossible de se lasser, deux ou trois petits restos… C’est tout petit, et certains touristes détalent bien vite en maugréant « bof, y a rien ici, on s’en va ». Hé bien, partez. Les chats qui somnolent sur les balcons, les petits vieux qui boivent un coup au bar, le pick-up qui revient des champs… c’est çà la vraie Grèce, celle que je veux connaître. Moi j’y reste deux nuits, en Airbnb pour être précis. Et pour ne rien gâcher, la campagne des alentours est superbe, loin de tout. Je vais être bien ici, je ne te dis que çà!












Paros, au gré des petits villages.
Quand je pars le matin explorer une île en voiture, il y a souvent une grande part d’improvisation, mon itinéraire n’est jamais gravé dans le marbre… sauf aujourd’hui peut-être. Oh, je ne vais pas bien loin de Kostos pour commencer, le petit village de Marathi (Μαράθι) ne se trouvant qu’à 3 km de distance! Un petit arrêt n’est pas superflu pour y découvrir un endroit hors des sentiers battus, qui fait partie de l’histoire de Paros: ses anciennes carrières de marbre (jolie transition, non?). Le marbre de Paros, exploité dès l’Antiquité jusqu’au 19ème siècle, était d’une qualité incroyable, et a enfanté plusieurs mégastars de la sculpture hellénique (grecque, quoi): la Victoire de Samothrace, l’Hermès de Praxitèle, le Temple de Zeus à Olympie, et surtout la Vénus de Milo (faudrait-il alors l’appeler Vénus de Paro?)… Le site est libre d’accès, mais abandonné depuis longtemps et au sein duquel la végétation a souvent repris ses droits. Par contre, les galeries souterraines, suite à quelques récents éboulements, ne sont plus accessibles. Tout près des carrières, un vieux sculpteur a installé son petit atelier où il travaille encore le marbre pour en faire de petites sculptures qu’il vend à prix fort raisonnables.







À une dizaine de kilomètres de Kostos, je m’arrête à Marpissa (Μάρπησσα), un autre petit village de la partie Est de l’île. En pleine campagne, Marpissa est encore préservé du surtourisme, si bien qu’on ne sera pas bousculé en arpentant au hasard ses ruelles dallées aux maisons blanches et aux murs envahis par les bougainvilliers (combien de fois l’aurai-je écrit dans mes deux carnets? Faudra compter…). Les petites églises font également toujours partie du tableau. Du cycladique comme je l’aime, avec la tranquillité en prime! Quoique, je dirais à 99,5%: j’ai croisé une habitation dotée d’une porte… rose. C’est ce qu’on appelle casser les codes! C’en est quasiment devenu une attraction! J’espère que l’idiote aux ongles vernis de Milos (voir carnet précédent!) ne va pas débouler ici pour y faire un selfie…
Il y a deux ou trois bons restos à Marpissa, comme la taverna Charoulas, en plein village sur une placette ombragée, où j’ai mangé à midi. On aime bien cuisiner la betterave dans les Cyclades, une salade de betteraves cuites nappée de yogourt est une alternative vraiment délicieuse à la sempiternelle salade grecque (je ne dénigre pas cette dernière pour autant, attention). J’ai aussi goûté à une version locale de la sheftalia, un plat initialement chypriote (des saucisses enrobées de graisse de porc), mais confectionnée ici avec des saucisses de Paros. Pourquoi pas?














À 1 km de distance seulement, un autre village, Marmara (Μάρμαρα) est encore plus calme et moins couru que son voisin. Je ferai d’ailleurs l’aller-retour depuis Marpissa à pied, utiliser la voiture pour une distance aussi dérisoire serait de la mesquinerie! En plus d’être tranquille, Marmara est bien joli aussi, avec un relief plus plat que Marpissa. La campagne des environs, avec ses parcelles de cultures, me plaît beaucoup, c’est différent de ce que j’ai pu voir jusqu’ici. Une curiosité, sur la route qui rejoint la plage de Molos, derrière une petite église: un ancien lavoir doté de bassins de marbre (forcément!), qui n’est malheureusement plus utilisé de nos jours.










Petite parenthèse pour qui se demanderait encore ce que c’est que ces grosses cuves en inox doublées de panneaux solaires, présentes sur bon nombre de toits en Grèce: ce sont des chauffe-eaux solaires, tout simplement!


Je parlais plus haut de la plage de Molos, accessible depuis Marmara par une petite route qui ondule à travers champs. Comme elle n’est qu’à 2 km de Marmara, je pousse une petite pointe jusque là. C’est vraiment le contre-pied de Naoussa: quelques petites maisons, deux chapelles près d’un port au format de poche, et une belle et longue plage de sable peu fréquentée; des petits massifs de tamaris à proximité permettent de se mettre à l’ombre.



Si on se trouve dans ce coin de l’île, c’est impossible, à moins de le faire exprès, de ne pas avoir remarqué cette grosse colline sur laquelle est perchée un monastère tout blanc. Franchement, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. On ne monterait pas là-haut pour voir çà de plus près? D’autant plus que la petite route qui y mène est carrossable, mais il faut reconnaître que ça grimpe sec! Mais quelle récompense une fois arrivé au sommet, quand on peut enfin contempler un panorama exceptionnel sur une grande partie de Paros, et sur l’île de Naxos au loin! L’édifice religieux posé sur cette colline, c’est le monastère Agios Antonios, datant du 17ème siècle. Il n’est plus habité, mais l’église est toujours ouverte aux visiteurs, qui se verront offrir un petit loukoum accompagné d’un verre d’eau ou peut-être d’un petit verre de liqueur de citron.










Avant de retourner à Kostos pour souffler un peu, je m’arrête encore à Piso Livadi (Πίσω Λιβάδι) à 2 km de Marpissa. C’est un petit port de pêche agrémenté de quelques terrasses de bars et restos, touristique certes, mais c’est moins « étouffant » qu’à Naoussa. À 300 m au sud, la belle plage de Logaras reste très familiale malgré quelques transats et parasols installés pour les clients des hôtels à proximité immédiate.



Je rentre à Kostos pour recharger un peu mes batteries; je me prépare un grand café frappé, typiquement grec: juste de l’eau bien froide et du café soluble, et on mélange à l’aide d’une petite machine électrique qui mixe le tout. Ça fait un bien fou! De plus, les maisons cycladiques restent fraîches, même quand le soleil tape, le blanc reflétant la chaleur plutôt que de l’absorber. En fin d’aprem, c’est reparti pour un tour. Je n’aurai que 5 km à parcourir pour atteindre ce petit village de montagne qui, l’air de rien, fut l’ancienne capitale de l’île: Lefkès (Λεύκες).
Entouré de collines, Lefkès fait partie du « trio de tête » des spots touristiques de Paros, avec Parikia et Naoussa. c’est un village de montagne un peu plus grand que ses voisins Kostos ou Marpissa. Attention, espérer y être seul(e) à déambuler dans ses ruelles est une utopie, à moins d’y venir tôt le matin! C’est le village de l’intérieur de l’île qu’il faut absolument voir, et ça se sait; de ce fait, il fait un peu d’ombre aux autres villages et c’est pas plus mal pour leur quiétude. Cependant, Lefkès parvient à ne pas être congestionné par la foule et ne croule pas sous les boutiques de souvenirs insipides ni les restos racoleurs. La rue principale, piétonne, coupe le bourg en deux, et les touristes ont cette propension à y rester, telle une procession de fourmis. La beauté, l’âme de Lefkès se découvre dans le le dédale de ruelles adjacentes qui montent, descendent, partent dans tous les sens, passent sous des porches voûtés et des balcons fleuris… On y croise davantage de chats que de « shorts-casquettes » au Reflex qui pendouille sur leur poitrine! Les petites chapelles et autres églises ne sont pas en reste, mais c’est surtout l’église Agia Triada, avec ses deux clochers à bulbe, qui attire le regard de par sa taille presque disproportionnée par rapport au village.













Mais il me semble entendre quelques voix s’élever: « Ben alors, toi le fou de rando, tu ne nous as pas encore parlé des sentiers de Paros?! ». Ça tombe bien, j’y arrive. Que les amateurs de la pratique se rassurent, les sentiers de randonnée sont nombreux et variés, même si leur « maillage » est moins serré que sur Sifnos par exemple. Un des parcours les plus connus de Paros démarre (ou finit, selon le sens) à Lefkès, et rallie le village de Prodromos, à environ 4 km de là. Il se nomme « Route Byzantine » et c’est tout simplement la voie de communication la plus ancienne de l’île, affichant fièrement un millénaire d’existence!
Le panneau « Byzantine Route », à l’est de Lefkès, marque le début du sentier, long de 3,5 km et sans grosse difficulté ni dénivelée importante. Enfin quand je dis « sentier », c’est un peu erroné, car de nombreux tronçons sont en réalité dallés de plaques de marbre de Paros, ayant bien résisté à l’usure du temps et des chaussures de marche. Celà me rappelle un peu la Via Appia Antica près de Rome. C’est peu courant d’évoluer sur de tels terrains, on en serait presque intimidé de fouler aux pieds une matière si noble. Quoiqu’il en soit, le paysage est merveilleux: les oliviers et les pâtures à chèvres recouvrent le doux vallonnement des collines environnantes, un petit pont de pierre franchit un ruisseau, et la toile de fond est au diapason avec les îles de Naxos et Ikaria qui se détachent au loin.










La dernière partie du parcours, en descente douce, me conduit au village de Prodromos (Πρόδρομος), que j’aperçois au loin. Je n’en étais pas loin ce matin, il n’est qu’à 1 km de Marmara. À peine plus grand que Kostos, voilà encore un petit bijou de village hors du temps, à l’écart des circuits touristiques, avec juste deux ou trois petites tavernes traditionnelles sans fioritures. On est bien loin de l’agitation de la rue principale de Lefkès! On en viendrait presque à marcher sur la pointe des pieds pour ne pas troubler ce calme et ce silence exceptionnels… Je prendrai mon petit repas du soir ici, dans cette petite taverne où les chaises bleues et les petites tables débordent dans la ruelle; et pourtant, pas de brouhaha, pas de serveurs survoltés; peu de monde, et la tranquillité reste le maître mot ici à Prodromos. Boulettes de viande sauce tomate avec du riz, et une petite bière Mythos, c’est tout simple et ça cale! Le nom de la taverne: Kallitechniko kafenio (Καλλιτεχνικό Καφενείο).







Il est environ 20 heures, je vais entamer mon retour vers Lefkès. La plupart des randonneurs prennent un bus pour rallier leur point de départ (le réseau de bus à travers l’île est assez efficace), mais comme je ne fais jamais comme les autres, je vais me faire plaisir en refaisant la Route Byzantine en sens inverse! Oh, 4 km, un peu moins d’une heure de marche, c’est rien, j’en ai fait des plus corsées! Mais comme la nuit tombe plus vite en Grèce qu’en France, le but du jeu est d’arriver à Lefkès avant que le sentier ne soit avalé par l’obscurité. Ce sera chose faite, mais in extremis, je l’avoue. L’éclairage nocturne de Lefkès est déjà allumé! Ce fut une bien belle balade, bien que quelque chose m’ait frappé: ni à l’aller ni au retour, je n’ai croisé qui que ce soit. Les tranches horaires du soir sont peut-être moins courues qu’au matin… Ah, si! Une poule, surgie de je ne sais où, m’a devancé pendant une dizaine de minutes en se retournant de temps en temps; elle veut quoi, se faire adopter? Non, finalement elle passe un muret et rejoint un petit poulailler en terre battue, attenante à une vieille ferme!
Il ne me reste plus qu’à rentrer à Kostos pour ma dernière nuit sur Paros. Il fait noir, mais au moins, pas de route de montagne sinueuse avec un brouillard aussi compact qu’un plat de purée de patates comme sur une certaine île… Non, ne me regarde pas de travers, Amorgos, avec toutes les belles choses que j’ai dites à ton sujet, ce ne serait pas juste!! Donc demain matin, restitution de la voiture à Parikia, et vogue la galère le ferry Seajets pour de nouvelles aventures! Ça va, tu tiens le coup, pas trop dur de tenir mon rythme? Allez courage, la fin du voyage se rapproche, doucement mais inexorablement!
BILAN: Paros est une très belle île, assez différente de celles que j’ai eu l’occasion de voir précédemment: reliefs moins escarpés, côtes plus douces et moins déchiquetées, un paysage rural plus varié… Beaucoup de visiteurs ne se contentent que du « triangle » Parikia – Naoussa – Lefkès, un p’tit tour et puis s’en vont. Ceux-là ne savent rien de Paros. Les petits villages discrets comme Kostos ou Prodromos, la panorama ébouriffant du monastère Agios Antonios, les sentiers qui serpentent entre les oliviers et les champs de blé… La vraie Paros, c’est là qu’on la trouve, qu’on l’appréhende et qu’on la comprend.
Tinos, « l’île de la Vierge ».
Retour à Parikia ce matin, où je rends la voiture de location et retourne au port, pour prendre mon denier ferry de la sempiternelle compagnie Seajets (j’aurais dû leur demander une carte de fidélité!). Le trajet durera environ 1H20, avec un petit arrêt intermédiaire à Mykonos; c’est d’ailleurs ici que le gros du troupeau de touristes descendra. Il ne reste alors que 20 minutes de navigation pour atteindre l’île où je débarquerai. Je profite du pont extérieur, mais bon sang, qu’est-ce que ça souffle! Ce vent frais et très fort (qui peut aller jusqu’à 7 Beaufort), c’est le meltem, cousin éloigné du mistral du sud de la France et hantise des bateaux de plaisance et des conducteurs de deux-roues (quand ça décoiffe trop, certains loueurs de scooters en arrivent à suspendre les locations). J’ai même failli en perdre mes lunettes; heureusement que j’ai du réflexe…
Me voilà donc arrivé sur l’île de Tinos (Τήνος), dont le port et la capitale portent le même nom que l’île. On est maintenant tout au nord des Cyclades, entre les îles d’Andros et Mykonos. Sa superficie est de 197 km², c’est la quatrième plus grande île des Cyclades, après Naxos, Andros et Paros. Tinos est finalement peu fréquentée par les touristes étrangers, il y a très peu de sites historiques et ce n’est pas une île pour faire la fête jusqu’à pas d’heure. De toute manière, Mykonos, la référence ultime en la matière, toute proche, se charge de drainer les amateurs de décibels et d’alcool tant mieux, qu’ils restent où ils sont! Mais la raison principale est que Tinos est un lieu d’importance majeure de la religion orthodoxe grecque, c’est un peu comme Lourdes ou Fatima pour les catholiques. Tout grec ira à Tinos au moins une fois dans sa vie. Cette dévotion à nulle autre pareille fait l’objet de deux pélerinages importants, le 25 mars et le 15 août, afin de rendre hommage à la Sainte-Icône de la Vierge, découverte ici en 1823 à l’endroit où sera construite par après l’église Panagia Evangelistria. La Vierge étant apparue auparavant à une religieuse appelée Sainte-Pélagie, voilà pourquoi Tinos est surnommée l’Île de la Vierge.

La capitale de l’île porte le nom de Tinos, c’est bien pratique çà! Je ne dirais pas que sa vieille ville est aussi pittoresque que celle de Naxos ou Parikia (Paros), elle a un aspect peut-être un peu moins « cycladique », mais elle n’est pas désagréable à arpenter pour autant. Les petites rues piétonnes voient parfois leurs boutiques déborder un peu, c’est vrai, mais dans l’ensemble la ville n’est pas défigurée par de vilains hôtels à touristes. C’est une ville animée, sans que le rythme en soit effréné. Du reste, il y a une multitude de bons petits bars et restos, comme la taverna Gyropoleio, dans une petite ruelle du centre, qui propose souvlaki, gyros, fromages produits sur l’île…






Mais la vraie source d’inspiration et de dévotion des grecs orthodoxes, peu importe d’où ils viennent, ne se trouve certainement pas sur le tourniquet d’un présentoir de cartes postales. Non, l’épicentre spirituel et religieux de l’orthodoxie, il est là-haut, en surplomb de la ville, au bout de cette longue rue en ligne droite. C’est une église, la Panagia Evangelistria, symbole de l’île et lieu de pélerinage majeur. D’ailleurs, en longeant cette rue, tu verras immanquablement, le long du trottoir, une étroite allée délimitée par des cônes. Lors des grands pélerinages, un interminable tapis est posé sur le sol et monte jusqu’à l’édifice. Durant toute l’année, des pélerins gravissent la distance de 500 m, depuis le port jusqu’à l’église, à quatre pattes ou à genoux! Oui, tu as bien lu. Certains mettent des protections aux genoux ou se gantent les mains, et ont parfois un « accompagnateur » qui les ravitaille en eau, marchant à leurs côtés. Ce chemin de croix, oserai-je dire, dure souvent de deux à trois heures. C’est rarissime quand ça m’arrive, mais en voyant cette abnégation et ce courage, je sens l’émotion qui semble étreindre tout mon corps de l’intérieur, c’est troublant et difficile à expliquer (un peu comme à Madrid en 2014, au musée Reina Sofia, devant le Guernica de Picasso, où j’étais resté « paralysé » pendant 15 minutes à le fixer, mais çà c’est une autre histoire)…





Une fois au sommet, malgré l’effort surhumain produit par les pélerins, leur foi et leur dévotion restent intactes. Et c’est tout aussi vrai pour les fidèles qui n’ont pas fait le parcours à genoux. L’église est aussi belle qu’impressionnante. On ressent réellement la vénération des orthodoxes à l’égard des lieux, on sent qu’il se passe quelque chose de puissant d’un point de vue spirituel. Ils apportent des petites bouteilles ou des flacons qu’ils remplissent d’eau bénite, ils apposent pieusement leurs lèvres sur la Sainte-Icône de la Vierge (essuyée à chaque passage, hygiène oblige), ils brûlent des cierges… Je me sens presque un intrus dans cet univers, je n’ai pas levé mon appareil photo sur ces manifestations de foi. Aurais-je dû, ou pas, faire un cliché de cette pélerine? Pour ma part, c’était plus un hommage à son courage que de la curiosité malsaine… À la sortie du sanctuaire, tu verras curieux petit mausolée, où des images pieuses côtoient… une maquette de navire de guerre: il est dédié aux marins-soldats du navire Elli, coulé en 1940 par les Italiens « mussoliniens ». En tous les cas, il est impossible de ne rien ressentir en soi après la visite de cet endroit emblématique de la religion orthodoxe.











Allons, il est temps de se secouer et de se remettre de ses émotions! Je vais explorer l’île en voiture, comme à l’accoutumée, que je réserve dans une agence locale, souvent moins chère que les grandes enseignes. Bon, par où commencer? Avant de rejoindre mon lieu d’hébergement pour les deux nuits à venir (un peu de patience!), je choisis de partir vers l’ouest de l’île, ce qui me permet de suivre une magnifique route panoramique, qui surplombe la mer de façon assez majestueuse. Il est rare d’avoir une vue aussi étendue sur la mer Égée. Le paysage est pour l’instant très rocheux et minéral, ponctué de quelques anciennes cultures en terrasses et de bouquets d’arbres. Tinos est une île principalement montagneuse, aux paysages variés comme je le verrai au cours de mes déambulations.
Mon premier arrêt sera pour le village d’Isternia (Υστέρνια), un superbe village blanc à flanc de colline à 18 km de la capitale, un peu en retrait de la route à deux bandes qui va vers le nord de l’île. Les maisons blanchies à la chaux, aux portes et volets bleus, les bougainvilliers… tout celà pourrait sembler répétitif, mais pas du tout, aucun village des Cyclades, quelle que soit l’île, n’est une copie conforme de son voisin! Les ruelles d’Isternia, à l’instar de bien d’autres villages de Tinos, sont faites d’un dallage de marbre. Hé oui, le marbre, encore lui! Entre l’île de Tinos et ce matériau noble, c’est une histoire d’amour. Çà, on en reparle plus tard, promis (non, je ne procrastine pas, je fais durer le suspense pour te garder avec moi jusqu’au bout du voyage. Pas con, hein?). Par ailleurs, on trouve toujours quelques ateliers de sculpteurs dans le village, et certaines maisons ont les noms de leurs propriétaires gravés sur leur façade.












Au nord d’Isternia, un alignement d’anciens moulins à vent, en bien mauvais état excepté un seul, fait face à la petite église Agia Anastasia. Ce n’est pas forcément le site le plus exceptionnel de l’île, mais la perspective est intéressante.





Je repars en sens inverse, vers Tinos-ville donc, pour visiter cet autre petit village en surplomb de la mer, à 4 km d’Isternia: Kardiani (Καρδιανή). Voilà un autre bien joli village (et c’est que le début!), bâti lui aussi à flanc de colline, un peu comme un amphithéâtre, avec un panorama sur la mer à tomber à la renverse. Ce qui frappe tout de suite ici, c’est la végétation abondante et les arbres qui entourent Kardiani. En effet, quelques sources coulent à proximité du village, ceci explique celà. L’île de Tinos a la chance de posséder quelques sources et ruisseaux sur son territoire, et l’eau, denrée très précieuse dans les Cyclades, est utilisée à des fins agricoles avec parcimonie. Celà n’empêche pas Tinos d’être ravitaillée, une fois par an, en eau potable venant de la Grèce continentale. Pour en revenir au village, ses petites ruelles ombragées alternent avec quelques volées d’escaliers ou des passages voûtés, et certaines petites maisons sont décorées avec goût. Deux églises: l’une orthodoxe, l’autre catholique, car même si ça semble paradoxal, il y a une communauté catholique bien ancrée sur l’île. Cette dualité d’édifices se retrouve dans beaucoup de villages tiniotes. Près du vieux lavoir, quelques photos en noir et blanc montrent le Kardiani d’autrefois. Et si tu aimes les pâtisseries traditionnelles, arrête-toi au Café Dimitra, planqué dans une petite ruelle, pour goûter leurs parts de gâteau à l’orange ou au citron tout simplement sublimes.








Je reprends ma route, mais je quitte la direction de la capitale pour bifurquer sur une route de montagne qui va grimper sur quelques kilomètres. J’adore la paysage de cette île, on dirait une synthèse de toutes les autres car il y a de tout: des endroits verdoyants, d’autres plus pelés, des murets de pierres, des champs en terrasses… et la mer, jamais bien loin, qui scintille au soleil! Et les routes sont bonnes, ce qui n’est pas mal non plus. Quant à ce gigantesque rocher, du genre gros pain de sucre qu’on voit depuis une grande partie de l’île, c’est le Mont Exombourgo (Δήμος Εξωμβούργου), point culminant de l’île avec 640 m d’altitude; les ruines d’une citadelle vénitienne se trouvent toujours sur son sommet. Paysage superbe, disais-je, égrené la couleur blanche de petits villages pittoresques et tranquilles.






C’est dans l’un de ces petits villages que je pose mon sac pour deux nuits en Airbnb: Kampos (Κάμπος), tout petit village d’à peine 200 habitants, ce serait un peu l’alter ego tiniote de Kostos sur l’île de Paros; pas de commerces ni de boutiques à souvenirs, et juste une taverne traditionnelle de très bonne qualité. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a rien à voir, au contraire. Dans l’ancienne école du village, un musée a ouvert ses portes en 2010 à l’initiative de l’artiste contemporain Costas Tsoclis, où l’on parcourt ses oeuvres, qui « tournent » en expos temporaires, au gré de vastes salles modernes. L’artiste, né en 1930, habite toujours dans la maison voisine.












Après avoir exploré Kampos, j’ai largement le temps de faire une belle balade en fin d’aprem, avant d’aller manger. La campagne est très belle et il y a peu de circulation. Le fait de croiser très peu de scooters n’est pas une surprise, car Tinos est une des îles les plus venteuses des Cyclades, et le meltem, dont j’ai parlé plus haut, ne fait pas de cadeau aux conducteurs de deux-roues! Bref, ) 1 km de distance de Kampos se trouve le village de Tarambados (Ταραμπαδος), encore plus petit que son voisin, mais absolument pas dénué de charme, loin s’en faut!






En contrebas de Tarambados, s’étend une sorte de petite vallée verdoyante. Ici aussi, l’eau est présente et elle alimente des petites parcelles de cultures par l’intermédiaire de petits canaux d’irrigation, qui me font un peu penser aux levadas de l’île de Madère, en modèle réduit. Des petits lavoirs, un ou deux petits bassins collecteurs en pierre… Le coin semble très fertile! Le paysage aux alentours est bien plaisant aussi, avec ses cultures en terrasses, ici une petite chapelle, là un ancien moulin, et le Mont Exombourgo qui veille sur tout ce petit monde.








Il est temps maintenant de s’intéresser à ces gros édifices carrés, aux façades ornées de motifs géométriques qu’on croirait ciselés avec de la dentelle, avec leurs petites tourelles qui leur donnent de faux airs de mini-forteresse. Alors, qu’est-ce donc? Ces bâtiments, qu’on ne trouve quasiment que sur Tinos, font partie intégrante de l’île et ont forgé l’identité particulière de son paysage: ce sont les célèbres pigeonniers. La plupart datent de l’époque vénitienne, les vénitiens ayant décidé de se lancer dans l’élevage des pigeons pour en tirer de fructueux revenus. Pourquoi Tinos? D’abord pour son relief accidenté permettant d’installer les pigeonniers dans le creux des vallons à l’abri du vent, et puis les sources d’eau, difficilement trouvables sur d’autres îles!
Les volatiles étaient élevés pour leur viande, et leurs fientes servaient d’engrais pour les cultures. On continua à bâtir ces édifices durant l’occupation ottomane, où les habitants eurent le droit de posséder leur propre pigeonnier, certains étant plus richement ornés que les habitations elles-mêmes! La classe sociale, l’aisance des propriétaires se voyait clairement à l’abondance et au détail des motifs sculptés. La face du pigeonnier exposée au vent est toujours « nue », sans motifs. La partie basse peut servir de remise à outils, de grange ou d’étable. La partie haute, le « carré VIP », c’est bien sûr pour les pigeons, qui doivent se sentir comme dans un palace! De nos jours, il resterait environ 500 de ces petites merveilles, disséminés dans toute l’île, mais la concentration la plus spectaculaire se trouve ici, près de Tarambados!












Retour à Kampos en soirée, pour profiter de l’unique resto du village, la taverna Xorentra (Χορεύτρα). Je pense pouvoir affirmer que la meilleure cuisine des Cyclades, n’en déplaise aux autres îles, c’est à Tinos que je l’ai expérimentée. Voici un plat au nom étrange, le berbum karum, plat local par exellence mais pas évident à trouver, composé de fava de Tinos et de morceaux de saucisse d’une saveur incomparable. Pour en fermer les yeux tellement c’était bon, tu imagines! Le plat suivant, c’est du giouvetsi, plat tout aussi délicieux à base de viande d’agneau, de riz, des oignons et des tomates; il peut se décliner avec du poulet ou du boeuf. Celà s’appelle terminer une journée en beauté, avant de regagner mes pénates afin d’attaquer vaillamment le lendemain!


L’île de Tinos, de village en village.
J’ai super bien dormi, celà va sans dire avec la tranquillité absolue de Kampos! Ça souffle encore pas mal ce matin. Alors aujourd’hui, je vais parcourir l’île en voiture, sans programme préétabli, un peu au hasard, au gré des multiples villages qui parsèment Tinos. Je pars vers l’est, et à 4 km de Kampos, je marque mon premier arrêt à Loutra (Λουτρά), qui repousse encore les limites de petite taille en étant encore plus riquiqui que Tarambados! Mais il se rattrape bien en abritant un ancien monastère jésuite (où un musée du folklore a été créé) et un couvent d’ursulines, qui a fait office d’école de jeunes filles « de bonne famille » jusqu’à la fin des années 1980.




Skalados (Σκαλάδος) n’est qu’à 2 km de Loutra, on l’atteint par une route qui grimpe et dévoile un beau point de vue sur les villages voisins, un peu plus bas. Rien de spécial, la vie s’y écoule paisiblement, la belle église à coupole bleue veillant sur les maisons autour; les visiteurs s’y arrêtent rarement, préférant se focaliser sur le village suivant, à 2 km d’ici. Justement j’y vais aussi, mais au moins j’ai pris la peine de m’intéresser à Skalados!




C’est étonnant comme le paysage puisse changer ainsi sur une si courte distance: on se croirait presque sur une route de montagne dans les Pyrénées, l’altitude en moins, avec un mix de gros rochers et de végétation rase. J’arrive maintenant aux abords de ce petit village parmi les plus connus de Tinos, et donc l’un des plus visités (sans atteindre la frénésie de Lefkès sur Paros, dieu merçi): Volax ( Βώλακας). On peut dire qu’il est particulier à plus d’un titre: outre le fait de se voir terminé par un « x », ce qui est plutôt rare en Grèce, on y trouve pêle-mêle un ancien four à pain, un petit amphithéâtre, un pigeonnier au-dessus d’une habitation, des poèmes (anciens ou contemporains) écrits sur les portes… Mais pas d’inquiétude, les maisons blanches et les bougainvilliers sont toujours bien présents pour le bonheur des yeux! Il y a quelques bons petits restos et il reste encore une poignée d’artisans qui s’adonnent à la vannerie. En matinée, ça va, on a encore le village pour soi, mais il arrive que des groupes d’excursions débarquent durant la journée. Donc choisis bien ton créneau horaire pour avoir la paix…













Mais le plus saisissant reste à venir, aux abords immédiats du village: qu’est-ce que c’est que ce paysage incongru, presque d’une autre planète, qui n’a pas son semblable dans toutes les Cyclades? C’est vraiment un choc visuel que de tomber soudainement sur ce paysage minéral où sont éparpillés d’énormes rochers aux formes parfois bizarroïdes, qui me rappellent un peu ceux du Sidobre, dans le département du Tarn. Comment ont-ils atterri là? Deux hypothèses s’affrontent: une très ancienne éruption volcanique ou un monstrueux mouvement de la croûte terrestre ayant fait remonter des rochers autrefois immergés par la mer? Je ne suis pas scientifique, mais amoureux du bon boulot que peut faire la Nature, alors quelle que soit l’hypothèse, mes yeux se régalent…







Mais je dois néanmoins m’arracher à cette contemplation, car d’autres villages tiniotes m’attendent, tout en sachant que je ne le verrai forcément pas tous! Après Volax, les routes que je prends au hasard des panneaux indicateurs me conduisent à Falatados (Φαλατάδος), à 5 km de distance. Il est un peu plus gros que ceux visités précédement, mais le charme cycladique opère toujours. Au loin, l’incontournable Mont Exombourgo domine tous ces petits villages blancs, comme un berger qui veillerait sur son troupeau de moutons.
Près de Falatados, à 2 km (c’est bien pratique, des sauts de puce comme çà, autant pour moi que pour la voiture!), on repasse au village « format de poche » avec le minuscule Kechros (Κέχρος), doté de deux belles églises qui ont utilisé la couleur ocre sur leur façade, teinte plutôt rare sur les édifices religieux cycladiques.











L’air de rien, midi se rapproche doucement, il faudrait bien que je ralentisse un peu, la cadence, car ça devient un « marathon » des villages! En même temps, c’est surtout dans l’est de l’île qu’ils sont les plus nombreux, à courte distance les uns des autres, et leur petite taille est un autre avantage. Allez, un de plus? Tu te laisses tenter? Oui, je n’en doute pas. 4 km, ça va faire une trotte! ☺️ Voici Triantaros (Τριαντάρος), sagement étagé sur une colline face à la mer, qui respecte bien son quota de ruelles, de maisons blanches, d’églises, de bougainvilliers (mais combien de fois aurai-je écrit ces mots le long de mes deux carnets?!), et un vieux lavoir est encore utilisé par les vieilles femmes du village pour y faire leur lessive à l’ancienne mode.









Aux environs de Triantaros, un monastère, à l’allure assez austère et rigide, apparaît en surplomb de la route. Il ne faut pas s’y tromper, car le « saint des saints » de Tinos, vénéré plus encore que la Panagia Evangelistria, hé bien c’est ici qu’il est: le monastère de Kechrovouni, bâti au 11ème siècle, était l’endroit où vivait la star locale, Soeur Pélagie, et sa fameuse vision qui a découlé sur la découverte de la Sainte-Icône, c’est ici même que ça s’est passé. La relique de sa tête embaumée y est d’ailleurs conservée. C’est assez particulier comme endroit, différent de l’agencement des autres monastères; il faut savoir qu’une trentaine de religieuses y vivent toujours, dans des cellules individuelles réparties comme dans un mini-village avec des escaliers, des petites venelles, des chapelles… On en viendrait presque à oublier que c’est un monastère, donc un lieu de culte et de recueillement. En outre, le site est ultra touristique (ce sera peut-être mon seul bémol sur Tinos), les adeptes du tourisme « religieux » débarquant ici à grands renforts d’autocars et de minibus d’excursions. Et bien sûr, ça casse la solennité des lieux, état donné que quelques-uns n’arriveront jamais à se comporter de façon digne et correcte (je ne crois pas que je dois te faire un dessin)… Ah, dernier détail: le code vestimentaire est strict: pantalon long, épaules couvertes, pas de discussion.



Bon, maintenant il est presque 13 heures, je mets la découverte de l’île en mode « pause » et je vais manger! De toute façon, les grecs, que ce soit en journée ou le soir, prennent leur temps et aiment manger tard. Je décide de revenir à Volax, me souvenant de quelques restos qui avaient l’air intéressants. Me voilà arrivé, et en une seconde, je change d’idée. La cause? Deux autocars d’excursions garés avant l’entrée du village! Tu sais, tous ces visiteurs qui viennent visiter en groupes le monastère de Kechrovouni, ils doivent bien manger aussi, ces braves gens! Et devine sur quel village c’est tombé? Hé oui… Je me disais bien que les terrasses extérieures étaient bien vastes!
Allez, c’est pas grave, je vais m’arrêter dans un petit village aux alentours pour trouver mon bonheur. Et à la hauteur de Falatados, je vois un petit panneau sur la gauche: Myrsini (Μυρσινη). Ah tiens, je l’avais loupé, celui-là. allons-y voir, ce serait le diable qu’il n’y ait pas une petite taverna sur place! En attendant, Myrsini n’est pas mal du tout, mention spéciale à cet immense pigeonnier, véritable palace pour pigeons, assidûment fréquenté à ce que je vois! Et voilà qu’au détour d’une ruelle, avant un passage voûté, apparaît l’objet de ma convoitise: une petite taverne familiale, avec quelques tables le long de la rue et sous le passage voûté. Taverna Tereza, ça s’appelle. La prise de commande n’est pas banale: en cuisine, maman; au service, sa fille, qui ne parle que le grec. Celle-ci compose le numéro de sa génitrice sur son mobile et le pose sur la table. On choisit ses plats par téléphone, car maman se débrouille en anglais. C’est pas con! Et bien sûr, dans l’assiette, la cuisine de Tinos prouve une fois encore sa qualité et son excellence! Mais attention, dehors, le vent s’invite parfois, fais comme moi, cale tes serviettes sous l’assiette ou sius les couverts…






Alors, que vais-je faire de beau cet aprem? Je t’ai déjà montré un paquet de petits villages, je n’ai pas envie que ça devienne trop répétitif… Direction le nord de l’île, beaucoup moins urbanisé, plus sauvage, où la route peut, sans crier gare, faire place à une piste caillouteuse. Le paysage d’altitude, mi-plateau mi-montagneux, ferait presque oublier qu’on est encore dans l’archipel des Cyclades. Tiens, il y a même quelques vignes! Les points de vue sur la côte nord sont à couper le souffle. Ce coin de Tinos est quasiment inhabité, on a bien plus de chances de croiser une chapelle ou une église qu’une habitation! Exemple avec l’église très isolée Panagia Vourniotissa, lieu de pélerinage elle aussi, mais dans une moindre mesure que sa grande soeur Panagia Evangelistria.





En roulant vers le sud, voilà quand-même un petit village: Agapi ( Αγάπη), mais je ne m’y arrête pas. Il y a quelques pigeonniers autour du village, j’ai surtout remarqué celui dont la partie basse sert encore d’étable, avec les vaches qui paissent à proximité et cohabitent avec les pigeons en haut. Et c’est là que la nature est bien faite, imagine-toi une inversion entre pigeons et vaches… au niveau des déjections en plein vol… tu vois ce que je veux dire?



Au niveau de Komi (Κώμη), je rebifurque vers la côte nord, et Tinos m’offre encore une nouvelle facette de sa diversité. La vallée fertile de Komi, traverse par une petite rivière, est comme un oasis dans un décor généralement rocheux de la partie nord de l’île; les vignes alternent avec les oliviers et les parcelles de culture de légumes, ainsi que quelques hectares de roseaux servant par exemple à la vannerie. Au bout de la route, voici encore une autre surprise: les deux plages de Kolimbithra, l’une encore sauvage, à proximité d’une petite lagune d’eau douce, l’autre un peu plus touristique (transats et parasols, bof).







Je vais maintenant aller voir un peu ce qui se passe dans l’ouest de l’île, car dans cette direction je n’ai pas dépassé Isternia, où je suis passé hier. De Komi, j’emprunte une route de montagne plutôt désertique et aux panoramas grandioses sur la mer et les champs en terrasses. Je rattrape la route côtière qui vient d’Isternia pour arriver, 6 km à l’ouest, à l’un des villages les plus visités de Tinos: Pyrgos (Πύργος).
Pyrgos, la deuxième plus grosse localité après Tinos-ville, nous joue déjà un drôle de tour… puisque ce n’est plus son nom depuis 1915! Mais malgré le fait qu’il ait été renommé en Panormos, tous les tiniotes ont continué à dire Pyrgos. Je me mets donc au diapason et je ferai comme eux, alors! Pyrgos est un gros village beaucoup plus visité que les petits villages de l’est (à part Volax, peut-être?). On l’aperçoit de loin, caché entre les collines et les champs en terrasses, avec ses maisons blanches qui contrastent avec la couleur ocre de ses églises. Les ruelles dallées, la pléthore d’édifices religieux, les portes et volets bleus (curieux, il y en a des jaunes aussi), les sempiternels bougainvilliers… tout y est, mais si tu comptes déambuler seul(e) dans le village, il faudra s’aventurer dans des petites rues moins courues, loin des boutiques et restos.












Mais Pyrgos, c’est aussi le « village du marbre »! Les carrières de marbre encore actives dans le nord-ouest de l’île en sont une preuve, et le marbre de Tinos, quoique moins célèbre que ses homologues de Milos ou Paros, a servi à la construction entre autres du palais de Buckingham et de certains éléments du Louvre à Paris, quand-même! Sa particularité est de ne pas être blanc, mais d’un teint vert, strié de nervures blanches. Il est partout à Pyrgos: dans les rues, les encadrements de portes, les églises, les fontaines… Rien d’étonnant donc à ce qu’une école de sculpture soit installée ici, ainsi que des ateliers de sculpteurs et surtout, l’excellent musée des métiers du marbre, en surplomb de la ville, de conception moderne et aérée, où on ne s’ennuie pas une seconde. Outils anciens, techniques d’extraction et de découpage, innombrables objets en marbre et sculptures à l’extérieur, cette matière noble n’aura plus de secret pour toi. Un autre point positif, c’est qu’il ne se cantonne pas uniquement au marbre local, et présente un vaste « nuancier » des divers marbres qu’on peut trouver en Grèce.










Mais dis-moi, à force d’avoir visité plein de petits villages à l’intérieur des terres, en définitive on n’a pas trop vu la mer de près… Pour me faire pardonner, je vais t’emmener voir le port le plus sympa, le plus mignon de Tinos, et comme il n’est qu’à 3 km de Pyrgos, ce serait ballot de l’occulter! Voici donc Panormos (Πάνορμος), un petit port qui… Pardon, que dis-tu? On en vient, de Panormos? Euh… oui, mais les localités du coin ont décidé de faire tourner les touristes en bourrique. Le « nouveau » nom du port, c’est Ormos Panormou (Όρμος Πανόρμου), mais les tiniotes continuent à l’appeler Panormos. Alors qu’en principe actuellement, Panormos, c’est Pyrgos. Tu me suis? C’est pas compliqué en somme. 😆😆🤕

Alors voici Panormos, ou Ormos Panormou, chacun dira à sa convenance. Ce joli petit village de pêcheurs a tout pour plaire, avec se belle plage de sable où quelques arbres permettent de se mettre à l’ombre, ses maisons blanches face à la mer et ses barques qui dansent au gré des flots. Il a aussi la particularité d’être le seul village de la côte nord de l’île.





Après cette belle journée très (trop?) bien remplie, il ne me reste qu’à regagner mon petit village de Kampos, afin de me rendre, en début de soirée, au village voisin de Smardakito (Σμαρδάκιτο), à 2 km de là. J’y vais à pied, ça fera une belle balade vespérale aller-retour, qui,me permettra de contempler une dernière fois les pigeonniers du coin. Tu m’excuseras, pas de photos du village (très beau celà dit) à cause de l’obscurité qui s’installait déjà. Mais ce petit resto traditionnel (son nom: taverna Katṓi), sur la petite place principale où les gosses s’amusent et où les habitants viennent puiser de l’eau à la fontaine, est un bijou, tant par son emplacement que par la qualité de ses produits. Mon menu du soir: des aubergines farcies avec des fromages produits à Tinos, et du veau à la sauce tomate, accompagnés d’une bière artisanale fabriquée sur l’île. Du 100% local! La cuisine tiniote est une vraie tuerie, elle aura été ma préférée durant ce voyage, je ne te dis que çà! Il ne me reste qu’à revenir à Kampos dans le noir, avec la faune nocturne qui commence à distiller mille et un bruits et en regardant au loin la mer qui scintille sous la lune.
Les vins des Cyclades sont connus et réputés: Santorin, Paros… Mais existe-t-il des bières cycladiques? Bien sûr que oui! Les bières Donkey de Santorin, la Syrma de Milos, la 56 Isles de Paros… Mais mes préférées sont ici, sur Tinos: les bières de la brasserie Nissos, qui se déclinent en plusieurs versions (blonde, ambrée, Dark…). La brasserie, à 2 km du port de Tinos, peut se visiter sur réservation.

BILAN: Tinos aura clairement été une de mes îles préférées lors de ce périple! Elle m’a fait passer par plein de sentiments différents: admiration et émotion face à cette ferveur religieuse qui ne tombe jamais dans le fanatisme; ravissement à travers tous ces petits villages qui arrivent parfois à sortir un peu du « moule » cycladique; étonnement face à ces petites merveilles que sont les pigeonniers; délectation à travers les plats de la gastronomie locale. Alors, aucun bémol? Mmh… si, peut-être: certains idiots des réseaux sociaux qui confondent le pélerinage à genoux avec un challenge sportif et qui, une fois au pied de l’église, sautillent en levant les bras comme Stallone dans « Rocky », en se faisant filmer, bien entendu. Ce n’est pas un jeu pour divertir vos abonnés, c’est un acte de dévotion et de foi, crétins finis… 😠🤬
Mykonos, dernière île avant le retour!
Je pense qu’un petit préambule ne sera pas de trop, car je vois certains d’entre vous, qui connaissent déjà ma façon de voyager, ouvrir des yeux comme des soucoupes en s’exclamant: « Mais qu’est-ce qu’il va foutre à Mykonos?? ». En tout cas ce n’est pas pour faire la fête et picoler jusqu’à 4 heures du matin, c’est clair. Non, c’est d’abord une question d’aspect pratique: demain, c’est la fin du voyage, retour maison. Mykonos fait partie des îles qui disposent d’un aéroport, et j’ai pu avoir un vol retour direct jusqu’en Belgique. Sans çà, il fallait prendre un ferry jusque Rafina, sur la côte est de la Grèce continentale, et prendre un bus jusqu’à l’aéroport d’Athènes. Et quand on connaît la versatilité des ferries à respecter leurs horaires, quand on ne les annule pas pour mer trop agitée… Voilà. Et aussi par curiosité, pour voir si, à l’instar de Santorin, il était possible de découvrir un « anti-Mykonos », loin des strass, des paillettes et des décibels. Nous allons voir çà ensemble!
Donc, après avoir rendu la voiture de location, me revoilà au port de Tinos, attendant l’ultime ferry de ce périple. Et ce ne sera pas avec Seajets cette fois, mais une vieille connaissance: la compagnie Hellenic Seaways, qui m’avait amené sur Hydra l’année précédente. Le trajet sera court: 20 petites minutes! Mais attention, comme sa soeur Santorin, Mykonos trompe son monde quant au débarquement des visiteurs! Tu ne débarqueras pas au vieux port mais dans un nouveau port moderne à 3 km au nord. Me volià donc sur Mykonos (Μύκονος), dans les Cyclades du nord, entre Tinos et Naxos. Elle a une superficie de 86 km² et malgré sa petite taille, sa ville principale est pire qu’une fourmilière durant l’été!

On a presque tout dit sur Mykonos: les fêtes enfiévrées jusqu’à pas d’heure, les yachts de luxe et les jets privés (qui côtoient les vols low-cost, tu vois le contraste), les tenues extravagantes… On va voir si on peut trouver quelque chose de différent en grattant un peu l’écorce. Mais d’abord, il faut quitter le port pour Mykonos-ville. L’arrivée par la mer donne déjà un avant-goût de la fréquentation touristique de l’île: 2 ou 3 bateaux de croisière attendent que leurs passagers, qui ne restent qu’à la journée, reviennent à bord en soirée. Et c’est de la barquette XXXL! Par exemple, le Symphony of the Seas est là. C’est le 4ème plus gros paquebot du monde: 362 m de long, donc plus haut que la Tour Eiffel s’il était mis à la verticale, 6600 passagers, plus de 2000 cabines… Jamais je ne monterai là-dedans, même sous la menace d’un flingue.
Bref, pour rejoindre le vieux port, c’est soit un taxi, soit un bus ou alors le SeaBus, une petite navette maritime qui relie les deux ports pour la modique somme de 2 €. Ça pourrait être une petite balade agréable, si on n’était pas à Mykonos! L’achat du ticket est assez rapide, mais la foule s’amoncelle tout aussi vite au bord du quai, agglutinée comme des cornichons dans un bocal, et au moment de l’embarquement le moindre vernis de bonnes manières peut se volatiliser en deux secondes. Dieu merçi, le trajet ne dure que 12 minutes.
Mais la capitale exubérante de Mykonos (qui porte le même nom que son île), on ira voir ce qu’il en est plus tard. En attendant, je laisse mon sac dans une petite agence de location de deux-roues qui fait aussi consigne à bagages, et je me rends à la station de bus du vieux-port, pour me faire une idée du réseau sur l’île. Ah, je pourrais aller faire un tour du côté de Ano Mera, la deuxième ville de Mykonos à 8 km de là, et me balader un peu à pied autour. OK, adjugé! Les bus, comme très souvent dans les Cyclades, sont des autocars; pour acheter son ticket, c’est soit auprès du chauffeur ou au kiosque du vieux port. Le trajet dure environ 20 minutes, selon la circulation qui ici, est de style « santorinien » avec les scooters et les quads qui reviennent en force! Mais on les oublie vite si on prend la peine de se perdre à travers les petites routes de campagne longés par des murets de pierres sèches, où une petite chapelle pointe de temps en temps le bout de sa croix, dans un paysage aux reliefs modestes, ni trop désolé ni trop luxuriant. Près d’Ano Mera, on peut aussi dénicher les ruines d’un chateau vénitien près d’un petit monastère. C’est une image différente de Mykonos, celle que je cherchais justement. Mission réussie!










Ano Mera (Άνω Μέρα), à l’intérieur des terres, est le seul gros village sur Mykonos en-dehors de la ville principale.À part celà, sur Mykonos ce sont des petits groupes d’habitations éparpillées un peu partout sur l’île, et il n’y a pas de localités « collées » les unes aux autres comme sur Santorin, à cause de l’urbanisation galopante. Ano Mera ne figurera pas dans mon top des plus beaux villages cycladiques, loin s’en faut. Le centre d’intérêt se résumerait à une vaste place arborée, bordée de bars et restos, et les si typiques ruelles dallées bordées de maisons blanches, les passages voûtés, non c’est pas ici que tu trouveras ton bonheur. Mais au moins, l’endroit est moins touristique et le rythme moins effréné qu’à la Chora de Mykonos. Mais pour combien de temps encore? Les boutiques de souvenirs pointent le bout de leur devanture, les restos sont bien fréquentés et, ô malheur, j’ai aperçu un groupe de touristes (tu sais, ceux avec un guide au parapluie levé bien haut) débouler sur la place… Pas d’inquiétude, c’est loin d’être invivable et ce n’est pas comme çà toute la journée. Cependant, la Chora devient tellement congestionnée que de plus en plus de visiteurs cherchent une alternative plus tranquille, sans se rendre compte qu’ils pourraient à long terme changer le visage d’Ano Mera… Affaire à suivre.




Même si le tour du village sera vite plié, ce n’est pas pour autant qu’il n’y a rien à voir: pas question de partir sans avoir vu le monastère Panagia Tourliani, à deux pas de la place centrale et fondé au 16ème siècle. Son campanile en marbre, sa cour intérieure fleurie et ses icônes de la Vierge valent la peine qu’on lui fasse une petite visite. J’ai bien aimé cette cloche suspendue au-dessus de l’entrée du petit musée, sans doute celle qui fait l’objet d’une petite mise en garde au porche d’entrée du monastère: « please do not ring the bell ». Au vu de la bêtise de cetains touristes, j’en mets ma main au feu que certains se soient déjà fait sonner les cloches (pas mal, celle-là, je la garde 😁)!







Il est presque 16 heures maintenant, c’est l’heure à laquelle le bus passe pour revenir sur Chora (oui, pour info c’est ainsi qu’on nomme la vieille ville de Mykonos-ville). J’ai pu monter, mais c’était limite, il était bien rempli! Faut dire que la ligne pousse jusqu’à une ou deux plages du côté est de l’île, et que déjà au retour avant Ano Mera, le bus est loin d’être vide. Donc, me revoilà à la gare routière du vieux port, je vais récupérer mon sac à la consigne et me rends sans plus tarder à mon ultime hébergement de ce voyage, au bout d’une ruelle en escalier un peu excentrée du brouhaha nocturne des bars et des boites de nuit. En principe, je serai tranquille.
Hé bien, le moment est venu enfin de s’enfoncer dans la Chora de Mykonos, ce n’est pas peu dire car c’est un vrai labyrinthe de ruelles dallées, certaines tellement étroites qu’on pourrait en toucher les deux côtés en écartant les bras. Les maisons blanchies à la chaux, les volets bleus, les bougainvilliers, ils sont venus ils sont tous là, aurait dit Charles Aznavour. Je reconnais que c’est beau, et que plus cycladique que çà, tu meurs! Mais le souci, c’est qu’on n’est ni à Kastro sur Sifnos, ni à Chorio sur Folegandros. Nous sommes sur une des deux îles les plus touristiques des Cyclades, en incluant aussi Santorin. Trouver une ruelle déserte, où on ne croise que des chats, est mission difficile mais pas forcément impossible, à condition de s’excentrer un chouia. Ou alors il faut parcourir la vieille ville de bon matin ou durant certaines heures de l’aprem, quand la plupart des touristes sont à la plage. Je ne sais pas comment ça se passe en plein mois d’août aux heures d’affluence, mais ça doit être un beau boxon dans les ruelles bordés de boutiques à fringues et à souvenirs…








Le vieux port est un peu plus calme, la plupart des touristes débarquant du Seabus partent dare-dare dans la cieille ville. Au niveau fréquentation, c’est plus respirable ici, quoiqu’en soirée, les restos et bars s’animent jusque tard dans la nuit. Les maisons blanches étagées sur les collines environnantes, les petites barques de pêcheurs, la petite plage de sable et la petite chapelle Agios Nikolaos forment un cadre superbe, et au moins les paquebots de croisière se tiennent à distance respectable. Au-delà du vieux port, au bord de la mer, voici la curieuse église Panagia Paraportiani, tout en angles arrondis et recouverte de chaux, à l’architecture qui semble née d’une collaboration entre Gaudí et Le Corbusier! C’est la plus ancienne église de l’île. En réalité, il s’agit de 5 chapelles distinctes accolées, imbriquées les unes aux autres, surmontées par une coupole d’une sobriété presque déroutante; pas de bleu éclatant ici, de la chaux et c’est tout!













Et une fois arrivé à l’extrémité sud de la Chora, on arrive sur une placette bordée de petits restos, en face d’une plage de sable minuscule. Et il suffit juste de tourner la tête vers la droite pour se trouver face à LA carte postale de l’île, son cliché de référence quand on évoque Mykonos: le petit quartier de Alefkandra (Αλευκάντρα), beaucoup plus connu sous le nom de « Petite Venise ». Bon, Mykonos est ultra-touristique, il y a du monde, je le concède; mais il est impossible de rester indifférent face à cet alignement de maisons à plusieurs étages, aux balcons apparents et colorés, quasiment les pieds dans l’eau. C’est de toute beauté, on dirait presque une version agrandie des petits ports de Milos! Au petit matin, quand il n’y a personne, ça doit être le pied d’être ici! Quant à l’appellation de Petite Venise, il ne faut pas chercher de quelconque ressemblance avec la Cité des Doges, mais le coin a été fondé et habité par les vénitiens à l’époque de leur domination.


Une autre image emblématique de Mykonos se trouve à proximité, il suffit de regarder dans la direction opposée à la Petite Venise. On recense une pléthore de moulins à travers toutes les îles de l’archipel, mais les plus célèbres, les plus photographiés, les voilà, alignés comme à la revue sur leur petite colline qui domine la mer. Les moulins de Mykonos sont au nombre de 6 (en incluant celui qui n’a plus d’ailes!) et je pourrais aussi en mentionner un septième, converti en petit musée, à l’est de la Chora. Cependant, il en reste encore une dizaine éparpillés à travers l’île, le climat venteux de la région favorisant leur présence. Durant des siècles, ils ont moulu les grains de céréales cultivées sur l’île, puis avec le temps, cette production devenant de moins en moins rentable, leurs ailes ont cessé de tourner. Ils regardent désormais la mer Egée et les flots de touristes d’un air impassible (ou peut-être désabusé? Va savoir.)…





Je déambule encore un peu dans la vieille ville, tant bien que mal selon que les ruelles soient calmes ou au contraire soient de vraies autoroutes à touristes, et je m’apprête à relever un challenge qui n’a l’air de rien de prime abord, mais on est ici en plein épicentre touristique de Mykonos! Est-il possible de dénicher un petit resto pas trop cher, pas racoleur, où les touristes ne sont pas au coude à coude dans ce dédale de ruelles étroites? Aux premières investigations, c’est pas gagné. En bord de mer, trop de monde, trop de musique à haut volume. Dans le centre, c’est déjà bien rempli, à l’intérieur comme en terrasse. De plus, certains serveurs te snobent carrément, sans un seul regard quand ils passent. Ça ne me pose aucun problème. Et finalement, à l’intersection de deux ruelles, voici un petit snack pas prétentieux et qui dispose encore de places. Souvlaki et bière Mythos, quelque chose de simple pour ce dernier repas grec de ce voyage! Le nom de l’endroit: Meatropolitan Souvlaki (meat: viande. Pas mal, c’est bien pensé).
La soirée s’amorce déjà, je serais bien tenté d’aller voir le coucher de soleil qui, paraît-il, est superbe à Mykonos. Soudain, un mugissement sonore s’élève depuis le large. Ah, j’ai compris: c’est la sirène d’un paquebot de croisière qui marque l’heure du départ. Ils naviguent surtout la nuit pour aller polluer un autre endroit durant la journée en déversant leurs hordes de touristes pressés qui ne resteront que quelques heures sur place… Quant à savoir où il va, je préfère même pas le savoir, mais au fil des années, ils sont de moins en moins les bienvenus un peu partout, sauf pour les autorités locales, qui font passer le fric avant l’environnement et le bien-être des autochtones. Bouuh!!
Bref, je reviens au bord de la petite plage entre la Petite Venise et les moulins, l’endroit me paraît très bien pour voir le soleil aller faire dodo; il y a déjà du monde, mais sans excès, c’est même assez disparate. Je m’attendais à plus d’affluence! Et en regardant vers les moulins, je comprends: le gros du troupeau est là-haut, afin de profiter d’une vue plus panoramique sur l’événement. Oh, moi je suis bien où je suis! Et je confirme que le coucher du soleil est magnifique, mais il s’en est fallu de peu pour qu’un voilier ne vienne jouer les trouble-fêtes (ça m’a rappelé le ferry de la Jadrolinija à Zadar, en Croatie en 2021 😄). Par contre, j’ai assisté à quelque chose d’improbable: c’est la première fois que je vois le public applaudir le soleil qui disparaît!! Oui, tu as bien lu. Attendons un peu, il va peut-être revenir pour un rappel comme au théâtre… Ah ben non. Il doit être trop gêné pour çà, et je crois même avoir entendu les moulins soupirer…

Il ne me reste plus qu’à musarder une dernière fois jusqu’au vieux port, qui commence à allumer les lumières de ses terrasses et à s’animer. Les ruelles sont un peu moins encombrées, car la plupart des touristes sont en train de manger, et bon nombre se préparent sûrement à faire la fête toute la nuit! Les boites de nuit commencent à cracher leurs décibels. Mykonos la nocturne s’ébroue et se met en marche. Ça se fera sans moi, je via sprofiter de ma dernière nuit de sommeil dans les Cyclades, avant de partir le lendemain de bon matin pour l’aéroport. Pour info, les bus pour l’aéroport, c’est pas avant 9 heures, mais un taxi peut t’y conduire pour 20€. Voilà, une fois e plus la boucle est bouclée. Encore quelques petites photos pour finir en beauté, dont une du vieux port, à 7 heures du matin, sans touriste ni bruit…





BILAN: Mykonos, Santorin, même combat, dirais-je. La surfréquentation touristique est flagrante, les prix s’envolent, les bateaux de croisière et les touristes indélicats imposent leur présence… Il est néanmoins possible de découvrir un Mykonos plus authentique, moins porté sur les fêtes XXL et les décibels, en s’aventurant sur les chemins de traverse de l’intérieur de l’île. Et Ano Mera? Je suis dubitatif sur la pérennité de sa tranquillité à long terme, comme j’ai pu l’observer. L’avenir nous en dira plus! Un constat mitigé donc, qui n’enlève cependant rien à la beauté exceptionnelle de la vieille ville, de la Petite Venise et des moulins qui montent la garde sur leur promontoire. N’empêche quand-même qu’après l’île de Tinos, c’était un sacré contraste!
LE « DEBRIEF » FINAL DU VOYAGE.
Hé bien, quel périple de fou une fois de plus! Que de chemin parcouru, que de paysages aussi fantastiques que variés on a découvert ensemble! Le deuxième opus de ce voyage était de la même veine que la partie précédente, et à aucun moment je ne me suis ennuyé, en aucune manière je ne me suis dit « bof, toujours la même chose », car rien n’est plus faux. Sifnos, ses sentiers de randonnée et la petite « arche de Noé » d’Anthi; Paros et ses petits villages loin du tumulte touristique; Tinos, une des plus surprenantes je pense, avec ses pigeonniers uniques et ses paysages inattendus… Et même Mykonos, qui pourtant n’est pas en adéquation avec ma façon de voyager, peut surprendre, si on fait l’effort de se balader à l’intérieur de l’île, loin des boutiques de luxe et des fêtards… Des galères aussi, devenues des souvenirs insolites à raconter, comme l’escale imprévue à Naxos ou la conduite dans la purée de pois des montagnes d’Amorgos! Je resterai à jamais amoureux de la Grèce, c’est un fait certain.
« En Grèce, on a envie de se baigner dans le ciel ».

- Pour tout amateur de randonnée sur les îles grecques, Sifnos, c’est le « haut du panier », le nirvana!
- Paros, ses petits villages, ses monastères, son marbre aussi…
- Tinos, ses paysages multiples, ses « hôtels 3 étoiles » pour pigeons (les vrais, ici, pas les touristes 😀), sa cuisine exceptionnelle…
- Mykonos, sans les décibels et les troupeaux des bateaux de croisière. Mais pour combien de temps encore..?
- Les habitant(e)s des Cyclades, bien évidemment, adorables, dont on est sûr d’avoir un « yassas » (* bonjour) spontané, souriant et sincère!

- Paros a quelque peu sacrifié Parikia et Naoussa sur l’autel du tourisme de masse, ça préserve les petits villages, sans doute, mais c’est un peu réducteur de ne cantonner Paros qu’à ces deux spots touristiques…
- Les « influenceurs » qui s’amusent (car c’est le cas!) ) à reproduire la montée à genoux de la Panagia Evangelistria, et font leur petite danse de la victoire en haut… Quel est le secret de votre connerie? Il faut passer un brevet?
- Mykonos, c’est Mykonos, avec tous ses excès, sa cherté, ses « applaudisseurs de soleil (une spèce que je ne connaissais pas!), sa débauche parfois (çà, je ne développerai pas). Mon escale y était plus pour un aspect pratique (l’aéroport) que par envie…

J’ai adoré vous suivre.
Et par gourmandise, j’ai lu deux fois votre périple ! Bravo pour l’humour, la présentation, les vidéos, et tout et tout… A bientôt
Merçi, c’est un vrai plaisir de vous servir de guide à travers mes aventures!
Mon carnet sur la Macédoine du nord se termine doucement, je pense le terminer début décembre. Encore un pays méconnu, qui m’aura surpris plus d’une fois!
Je ferai encore un petit article spécial « marché de Noël », et ensuite je commencerai à « construire » mes projets de voyage pour 2024. J’ai déjà mes idées, mais chuut, un peu de suspense c’est pas mal aussi… À bientôt, caresses à BB et qu’elle reste bien au chaud car l’hiver s’installe!
Justement je me demandais si on aurait droit à un joli marché de Noël 🎄. J’ai ma réponse .
BB est au chaud, pelotonnée sur mes genoux le temps que je refasse une escapade dans ´vos îles ´ j’ai adoré tous les monastères, le bleu qui fait rêver et que je viens de baptiser le bleu grec de Benoît .
À bientôt en Macédoine.
Je serai patiente pour 2024, j’aime les surprises.
Bon week-end de notre part à toutes les deux. 🐈😊