Partager la publication "La Gaume et la Meuse, balade entre la Belgique et la France."
2024, encore une année qui s’annonce riche en voyages (non, pas de spoiler, sinon ça tue tout le suspense 🤐)! En guise de petite mise en bouche, j’ai décidé d’aller me balader « à domicile », en restant dans ma petite Belgique, en jouant toutefois les funambules avec quelques incursions en France toute proche… Côté météo, comme tu t’en apercevras, j’ai pas sorti le tiercé gagnant: week-end gris et pluvieux! Enfin bon, ce sont les aléas du voyage, il faut faire avec, hein?
Un petit week-end de 2 jours, juste avant Pâques, dans la pointe sud de la Belgique, pourquoi pas? Au moins, ni avion ni train cette fois, c’est avec ma propre voiture que je ferai cette escapade! Un trajet d’à peine 200 km pour me trouver dans la province du Luxembourg, au coeur de la Gaume, tout au sud du pays et à deux pas de la frontière française. On l’appelle parfois la « petite Provence belge » à cause de son taux d’ensoleillement, mais aujourd’hui, je suis tombé sur l’exception qui confirme la règle: la pluie sera ma fidèle compagne durant une grosse partie de ces deux jours. C’est comme çà, on n’y peut rien…
Me voilà donc arrivé à Virton, une petite ville agréable et animée, pas encore étouffée par le surtourisme, même en été. Son église Saint-Laurent, au fronton imposant, est cerné par un tas de petites rues pavées qui adorent monter et descendre comme bon leur semble. Une petite rivière sympa, le Ton, traverse la ville, et en prenant un peu de hauteur, on peut profiter de vues panoramiques pas mal du tout.









Un très beau musée à visiter à Virton: le musée gaumais, qui offre un panel plutôt complet des divers aspects de l’histoire de la Gaume: trouvailles archéologiques, peintures, costumes, faïences, reconstitution de pièces « comme au temps jadis »… Les sections du musée sont réparties entre l’ancien couvent des Récollets du 17ème siècle, et une aile plus récente. Au dernier étage, en face de la petite salle remplie d’émouvants jouets anciens, se trouve le mécanisme interne de l’horloge du couvent, qui sonne toutes les heures et met en mouvement un jacquemart (un automate, si tu préfères).

















Foutu temps. Il y a bien quelques brèves périodes d’accalmie, mais c’est la pluie qui reste l’invitée d’honneur aujourd’hui. C’est pas la pluie style « pommeau de douche », non, mais une pluie fine qui a le don d’agacer même les plus stoïques. C’est pas grave, ça fait partie du jeu! Partons maintenant à 13 km à l’ouest de Virton pour passer en France et pénétrer dans les département de la Meuse (55). C’est plus précisément à Avioth que je m’arrête. Voilà un petit bijou de village d’à peine 130 âmes, entouré de champs et de prairies. La taille modeste du village contraste de façon marquante avec son impressionnante basilique Notre-Dame d’Avioth, bâtie au 14ème siècle et de style gothique. Quasiment plantée en pleine campagne, ce n’est pas surprenant qu’elle soit surnommée la « cathédrale des champs »!
Quant à ce curieux édifice religieux qui se dresse à côté de la basilique, il a pour nom la Recevresse; abritant une statue de la Vierge, il servait à recevoir les offrandes des pélerins. C’est la Vierge elle-même qui s’appelait la Recevresse au départ, l’appellation s’est ensuit étendue au monument. La restauration de l’édifice fonctionne d’ailleurs toujours par ce système de dons.














Hé bien, le ciel reste obstinément gris, le soleil si réputé de la Gaume m’a posé un lapin! Je reprends ma route pour un petit trajet d’une vingtaine de km au sud, jusqu’au petit village de Louppy-sur-Loison. Il faut dire que le premier aperçu sur l’endroit, quand on vient du nord, est assez insolite: l’église du village côtoie les vestiges d’un ancien château, un imposant pan de mur pour être exact, en se demandant comment cela tient encore debout. Le bourg en lui-même est bien agréable à arpenter, même s’il se résume à une poignée de petites rues.







Un peu à l’instar d’Avioth avec sa basilique, la taille riquiqui de Louppy-sur-Loison contraste nettement avec les dimensions imposantes, presque écrasantes, de son château Renaissance du 17ème siècle. C’est simple, il avale à lui seul plus de la moitié de la surface du centre du bourg! Il peut se visiter, mais pas à tout moment (pas aujourd’hui en tout cas, dommage) et privilégie davantage les groupes que les individuels. À bon entendeur…



L’avantage de cette petite balade est que les distances à parcourir sont courtes: 10 km suffisent pour rallier Marville, Voici un gros village bien posé dans le nord de la Meuse, aux petites rues tranquilles, où la couleur ocre des maisons me rappelle un peu les habitations maltaises. Et c’est de la belle bâtisse ma foi, parfois même frisant l’opulence, avec son lot d’antiques portes en bois ou de frontons sculptés. Si certaines maisons ont un style Renaissance typiquement espagnol, c’est parce que l’ami Charles-Quint est passé par ici, qui a entraîné dans son sillage bon nombre de familles nobles d’Espagne qui se sont posé ici! Moi, dans mon sillage, c’est la pluie que je traîne comme un boulet. Mon arrêt à Marville en sera le point culminant, avec de la grosse pluie bien lourde qui m’aura sans doute fait écourter un peu mon exploration pédestre… C’est comme çà.










Retour en Belgique à présent, dont la frontière n’est qu’à 15 km de Marville; direction le petit village de Lamorteau, où je pose mon sac pour la nuit dans une petite chambre d’hôtes qui possède une grange à la charpente et aux dimensions incroyables. Lamorteau est super tranquille et plutôt sympa, avec sa petite église et son vieux pont sur la rivière, la même qui traverse aussi Virton. C’est vrai qu’il est un peu éclipsé par son célèbre voisin, distant de 3 petits kilomètres… que je vais aller découvrir pour finir la journée en beauté (en faisant abstraction de cette météo qui ferait même acheter un parapluie à un canard)!






J’aurais tant aimé faire le trajet de 3 km à pied par les petites routes, mais avec ce foutu temps, c’est en voiture que je débarque à Torgny, le village le plus au sud de la Belgique. Réputé pour son petit vignoble et son microclimat ensoleillé, le jour est mal choisi pour vérifier la chose, mais je ne demande qu’à le croire! Un des plus beaux villages de Belgique, sans aucun doute, avec son vieux lavoir et ses petites rues bordées de vieilles maisons de la même couleur ocre que dans les petits villages du département de la Meuse, juste à côté. Tout çà au milieu de ces beaux paysages vallonnés et bucoliques si caractéristiques de la Gaume!
Une bonne adresse pour y manger et découvrir les spécialités gaumaises, comme le saucisson, le pâté ou quelques bières locales: La Romanette, sur la place principale.












Cette ancienne croix, perdue en pleine campagne, marquait autrefois la limite entre les anciennes communes de Lamorteau et Torgny.

Une petite merveille à tester en Gaume est ce petit apéritif appelé Zigomar, à base de vin de pomme et d’aspérule. Il titre à 7° d’alcool et connaît un succès grandissant après avoir été longtemps produit à échelle confidentielle. C’est la maison Munaut qui l’a relancé.

J’ai passé une bonne nuit à Lamorteau, c’est super de se réveiller avec le chant des oiseaux, un peu moins bien avec le ciel gris qui fait de la résistance 😡… Allez, faut y croire, ça ne va pas durer éternellement! En avant donc pour une nouvelle journée de découvertes! Le petit-déj’ liquidé, mon premier arrêt (sur les conseils du proprio du gîte) sera pour un minuscule village, entouré de vergers et de prairies, tout proche de Lamorteau et toujours en territoire belge: Montquintin. Posé sur une colline qui domine les alentours, sa petite église trapue est entourée d’une poignée de vieilles maisons. Mais le point d’intérêt majeur ici, ce sont les ruines de son château féodal du 13ème siècle. Il est actuellement en cours de restauration.










Je repasse maintenant en France une deuxième fois, dans la Meuse, pour un court trajet de 10 km qui me conduit à un des « immanquables » du département: Montmédy et sa mythique citadelle. Avant d’y venir, je fais quand-même un petit tour dans la ville basse qui, sans être désagréable, loin de là, ne laissera pas forcément un souvenir impérissable. Voilà, c’est dit.




Et de toute façon, la ville haute, autrement dit le site de la citadelle, posé sur sa colline de façon omnipotente, attire les visiteurs comme un aimant. Que l’on déboule à Montmédy de n’importe quelle direction, c’est pas compliqué, on ne voit qu’elle! Un peu comme la ville de Laon, dans l’Aisne, domine tout ce qui l’entoure. Hé ben on va grimper jusque-là, qu’en dis-tu?
La route grimpe sec jusqu’à l’entré du site, je me gare sur un petit parking avant le pont-levis, point d’entrée de la citadelle. Petite présentation: la citadelle de Montmédy pointe le bout de son nez au 16ème siècle, lorsque Charles-Quint (encore lui) décide d’édifier ici des fortifications, vachement intéressé par le site stratégique que représente cette fière colline. Elle fera partie d’un système défensif élaboré pour contrer les ambitions du roi de France de l’époque, François Ier, qui n’était en aucun cas le meilleur copain de Charles-Quint. Mais c’est un autre roi de France qui en vint à bout: sous Louis XIV, la citadelle est assiégée et prise au 17ème siècle. Un mal pour un bien, puisqu’elle sera restaurée par Vauban, rien que çà!
Bon, il est temps d’y pénétrer. Mais pourquoi diable y a-t-il un feu de signalisation après le pont-levis, et que des véhicules entrent et sortent? Des visiteurs? En partie oui… mais aussi des résidents. Car l’enceinte de la citadelle abrite, ô surprise, un petit village encore riche d’environ 80 habitants! Une église, une petite fontaine, des maisons de cette belle couleur ocre avec des volets bariolés… et une vraie petite vie de village, animée en même temps par quelques ateliers d’artistes installés dans les anciennes casemates. C’est pas banal de voir çà! Petit revers de la médaille: quelques maisons bien délabrées attendent une future (et hypothétique?) restauration.














Qui dit fortifications dit remparts, et ici à Montmédy, il est possible d’en faire le tour. Alors pluie ou pas, je ne boude pas mon plaisir et j’y vais. Avant le tour proprement dit, on peut visiter un petit musée dédié aux systèmes défensifs depuis l’époque romaine jusqu’au génial Vauban. Les commentaires ne sont pas trop assommants et les maquettes bien fichues. Dehors, le long des fortifications, il pleuvine encore un chouïa mais ça reste supportable. La vue sur la ville en contrebas est superbe, même si ce serait bien mieux avec un peu de soleil… Le circuit des remparts fait environ 2 km de long, au gré de petits sentiers, de marches en pierre (si c’est mouillé, c’est susceptible de glisser un peu, alors gaffe!), et de bastions défensifs, la perspective sur les remparts, fichtrement bien conservés, est aussi impressionnante que fantastique. Au final, une magnifique découverte, ça aura été un des points d’orgue de cette petite virée, c’est clair!











Je continue à jouer à saute-mouton avec les deux pays, en revenant une fois encore en Belgique, à 20 km de Montmédy, pour revoir l’un des plus beaux joyaux de la Gaume: l’abbaye d’Orval. Ça fait un sacré bail que je suis venu me perdre ici, c’est vrai, mais j’imagine que ça n’a pas dû beaucoup changer… Fondée au 11ème siècle par des moines bénédictins, elle en a connu des vertes et des pas mûres: incendies, guerres, pillages aveugles des révolutionnaires… L’ancienne abbaye ne s’en relèvera pas, mais finira par renaître indirectement de ses cendres, avec l’édification de nouveaux bâtiments dans les années 1930. Cette nouvelle abbaye n’est pas visitable, mais plusieurs perspectives permettent de se rendre compte de ses dimensions XXL! Aujourd’hui, une quinzaine de moines cisterciens-trappistes y habitent toujours, assurant leur autonomie grâce à la production de divers fromages, et surtout de la célébrissime et capiteuse bière d’Orval (une des rares bières acceptées dans la famille très fermée des bières trappistes), tout cela à l’intérieur même de l’abbaye.





Bon, si les bâtiments actuels de l’abbaye ne se visitent pas, il reste bien quelques trucs à voir? Oh que oui, et pas qu’un peu! Les vestiges de l’ancienne abbaye sont toujours bien là, et on n’a pas affaire ici à quelques tas de pierres insignifiantes, mais à des ruines réellement grandioses: des pans entiers de bâtiments encore debout, le pourtour du cloître presque intact, des piliers de colonnes… tout cela dans un décor empli de sérénité (en même temps on n’est que début avril), et de contraste aussi car la nouvelle église apparaît bien vite en arrière-plan. On dirait que les deux sites sont prêts à s’imbriquer l’un dans l’autre.












Autre chose encore? Y a qu’à demander. Tu peux aussi visiter un petit musée expliquant les différentes étapes de fabrication du divin breuvage houblonné (la bière, pour celles et ceux qui n’auraient pas l’âme poétique)), avec la reconstitution d’une cuve de brassage et quelques anciennes bouteilles et casiers en bois exposés dans des vitrines. On trouve aussi un autre musée dans les vieilles caves de l’abbaye, ainsi qu’un petit jardin de plantes médicinales et une reconstitution de l’ancienne pharmacie.









Et cette fontaine, où évoluent placidement quelques poissons et au fond de laquelle les visiteurs jettent des pièces? C’est la fontaine Mathilde, ici même où la comtesse Mathilde de Toscane laissa tomber son anneau nuptial dans la flotte. Ah mince… Après avoir imploré Dieu, coup de chance, une truite « miraculeuse » remonta à la surface avec la bague. La comtesse s’exclama « Mathilde s’écria alors : « Vraiment, c’est ici un Val d’or! »
et c’est ainsi que fut bâtie l’abbaye. Val d’or, Orval… cohérence!

Tu le vois, le site de l’abbaye d’Orval est romantique et reposant si l’on vient en basse et moyenne saison. En plein été, c’est une autre histoire: le parking est plein à craquer de voitures et d’autocars (les groupes adorent venir ici, et forcément ils ont tous la même idée le même jour!), et pour ressentir l’atmosphère des ruines avec des tels troupeaux de braillards, hé ben on repassera… Pareil pour le restaurant de l’abbaye, ça peut vite devenir pénible. Au moins en avril, on est plus au calme pour découvrir quelques petites merveilles cuisinées à la bière d’Orval, évidemment: croquettes au fromage d’Orval, boulettes sauce à la bière… et même une crème brûlée à l’Orval en dessert. Et pour faire glisser tout çà en douceur, c’est le meilleur endroit pour goûter à ces fabuleuses bières, dont l’une, et ça ne se trouve nulle part ailleurs, est servie à la pression.

Et d’une bière à l’autre, il n’y a qu’un pas, oserais-je dire, un pas représenté par une distance de 25 km qui me ramène une fois de plus en France, destination: la petite ville de Stenay, toujours dans la Meuse. Son centre-ville n’est pas vilain du tout, avec sa jolie place de la République et son kiosque, ainsi que des galeries à arcades abritant divers commerces et qui lui donneraient un petit air de bastide du sud de la France.


n




Et la bière dans tout çà? C’est simple, l’un des meilleurs musées consacrés au sujet en France se trouve ici à Stenay! Le musée de la bière a élu domicile dans ce qui était autrefois le magasin aux vivres de la citadelle, converti plus tard en malterie. Avant même d’y pénétrer, la petite houblonnière (un champ de houblon, avec ses hauts piquets si caractéristiques) et le vieux wagon estampillé Kronembourg (arrivé par convoi exceptionnel) annoncent la couleur. Les aficionados vont se régaler, au propre comme au figuré, et les non-initiés vont visiter un muse passionnant et instructif comme pas deux.



Pas d’audioguide à voix monocorde ou de vitrines insipides dans ce musée, oh non, ici on vit l’expérience, les sens sont mis à contribution: tu touches les grains de blé ou les feuilles de houblon, tu respires les divers épices et aromates qui peuvent accompagner l’élaboration de la bière, tu profites d’une petite musique de fond un peu genre Moyen Age et des bruits de brasserie en activité, tu joues avec les écrans tactiles… et surtout, tu en prends plein les yeux avec un festival de machines et outils anciens, de bouteilles, canettes, étiquettes et sous-bocks de toutes les formes et couleurs possibles. Les panneaux explicatifs sont toujours captivants et prenants, jamais ennuyeux ni soporifiques.















Et cette collection d’anciennes affiches publicitaires, quel régal! On ne se lasse pas de voir ces vieux slogans naïfs ou marrants, à cette époque où la bière de table était encore servie dans les cantines scolaires ou préconisées aux femmes enceintes ou en période d’allaitement! C’était certainement pas plus nocif que les saletés de sodas ou energy drinks actuels! La visite se termine avec la taverne du musée, où plus d’une centaine de bières différentes (114 pour être précis, mais ça s’étoffe régulièrement) n’attendent que les papilles frétillantes des visiteurs! J’ai par exemple pu goûter ma première bière à l’hibiscus (brasserie Gengoulf), assez étonnante.









Hé bien voilà, Stenay était mon dernier arrêt avant de rentrer à la maison! Et ironie du sort, sur la route du retour, le soleil daigne enfin montrer le bout de ses rayons! Parfois aussi, le hasard fait mal les choses… Quoiqu’il en soit, ce petit week-end n’était pas si mal, riche en découvertes aussi bien culturelles que culinaires, et pas besoin de réserver un vol long-courrier pour aller jusque là (à moins que des australiens ou des japonais lisent mon article 😁😁)!
« Voici le bon grain. Le manger est à la portée de tous les imbéciles, mais notre seigneur dans sa divine sagesse a prévu une meilleure façon de le consommer. Et levons une prière de remerciement à nôtre créateur qui dans sa bonté céleste nous a donné… la bière ».

Quels charmants lieux ! Merci pour cette visite intéressante et instructive. Ce musée de la bière a l’air bien complet.
Oui, en définitive, même sous la pluie le charme a opéré!
À bientôt.
Un blog documenté et vivant
Merci!