Nous voilà déjà début mai, comme ça passe vite, c’est à peine croyable! C’est un mois que j’apprécie particulièrement pour une petite escapade d’une semaine, histoire de bien me mettre en condition pour mon « gros » périple annuel de juin! Alors bon, quid de ma destination cette fois? Je suis toujours attiré par les pays qui formaient l’ex-Yougoslavie, je n’en ai conservé que d’excellents souvenirs. Je vais donc en épingler un de plus à mon CV de voyageur, une destination hors des sentiers battus, encore peu visité et à l’histoire très compliquée, aussi bien par le passé que de nos jours encore. Ce pays, c’est la Serbie, que je t’emmène explorer avec moi de ce pas.
- Mais d'abord, les présentations…
- Arrivée à Belgrade.
- Belgrade… enfin sous le soleil!
- La Voïvodine: le parc national de Fruška Gora et ses monastères.
- La Voïvodine: Sremski Karlovci et Novi Sad.
- Le Danube et ses forteresses.
- Du parc national de Đerdap à Rogljevo, une transition de l'eau… au vin!
- La Serbie centrale, entre monastères et forteresses.
- La Serbie, côté montagne.
- La fin du voyage (déjà…).
- LE "DEBRIEF" DU VOYAGE:
Mais d’abord, les présentations…
Situer la Serbie sur la carte de l’Europe ne présente pas de grosses difficultés: elle partage ses frontières avec la Hongrie au nord, la Bulgarie et la Roumanie à l’est (c’est même le cours du Danube qui sépare partiellement la Serbie et la Roumanie), la Macédoine du nord, le Monténégro et l’Albanie au sud, la Bosnie-Herzégovine et la Croatie à l’ouest. 8 pays frontaliers tout de même, c’est pas mal, cependant la Serbie ne possède aucun littoral ni même de grands lacs comme ceux de Ohrid ou Skadar. Mais celà reste tout à fait possible de dénicher des petites plages sur les rives du Danube, ce poids lourd parmi les fleuves d’Europe, qui avant d’entrer en Serbie a déjà traversé 5 autres pays!

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Sa superficie: environ 78.000 km² sans compter le Kosovo. Petite parenthèse historique pour évoquer cet épineux problème: en 2008, le Kosovo, peuplé majoritairement d’albanais, a proclamé unilatéralement son indépendance. La Serbie n’a toujours pas reconnu formellement cette indépendance, considérant le Kosovo comme partie intégrante de son territoire. Pour pimenter un peu plus l’affaire, en 2023, l’élection de maires d’origine albanaise dans certaines localités kosovares, ce qui a fait hérisser le poil à la minorité serbe qui vit au Kosovo. Un sacré micmac très difficile à appréhender pour les visiteurs extérieurs, c’est clair. Bon, fin de cet aparté, je ne vais pas convertir mon site en tribune socio-politique non plus, on est d’accord…
Côté géographie et paysages, c’est plutôt varié. Des vastes plaines agricoles de la Voïvodine (qui préfigurent déjà le relief de la Hongrie voisine) aux collines de la Serbie centrale, aux vignobles de Fruška Gora et au relief montagneux du sud et de l’ouest en passant par les rives sublimes du Danube, la monotonie ne s’installe jamais. Le point culminant du pays, le mont Midžor, atteint 2169 m.
Que dire d’autre? Décalage horaire et électricité: c’est comme en France. Sa langue officielle, c’est le serbe, qui s’écrit aussi bien en caractères latins que cyrilliques. Tu verras que sur certains panneaux routiers dans les coins plus reculés, seul le cyrillique est usité. L’anglais est assez bien parlé et compris dans le pays, sauf peut-être dans les petits villages, où ce sera soit le traducteur instantané, soit le gestuelle pour se faire comprendre! Concernant la religion, plus de 90% des serbes sont orthodoxes. La devise du pays est le dinar serbe (RSD), dont les billets se déclinent en 10, 20, 50, 100, 200, 500, 1000, 2000 et 5000 dinars. Les paiements par carte de crédit sont bien répandus, mais c’est bien aussi d’avoir du cash pour les petits commerces. Attention, il vaut mieux les dépenser entièrement sur place, ils sont impossibles à rechanger en-dehors du pays. 1 Euro équivaut à environ 117 RSD.

En 1993, durant la guerre des Balkans, l’économie du pays s’est cassé la figure et l’inflation a décollé de façon anarchique. La monnaie se dépréciant à une vitesse fulgurante, l’État est allé jusqu’à imprimer des billets d’une valeur défiant toute logique. Le célèbre billet de 500 milliards de dinars (oui, tu as bien lu!!) eut heureusement une dure de vie très éphémère. De nos jours, il est encore possible de s’en procurer dans quelques boutiques de souvenirs, pour un prix équivalant à 4 ou 5 euros…

Son drapeau:


Son hymne:
Son code d’immatriculation:

Voilà, maintenant qu’on dispose des infos de base sur notre destination, je peux le clamer haut et fort: le décor est planté, on peut y aller! ®
Arrivée à Belgrade.
Mon vol atterrit à l’aéroport Nikola Tesla de Belgrade vers midi, pour un trajet de 2H20 au départ de Paris CDG. Il est moins démesuré que son homologue parisien, se retrouver à l’extérieur est donc assez facile et rapide. Après être bien sûr passé par la douane (on est ici hors de l’espace Schengen) et effectué un petit retrait d’espèces, je peux maintenant rallier Belgrade, distante de 18 km à l’ouest. Pour ce faire, le bus 72 est un bon allié, pas cher et se calquant plus ou moins sur les arrivées des vols. Si tu préfères le taxi, tu fais comme tu veux, mais attention aux arnaqueurs de mauvaise foi (comme un peu partout, je suppose)! Pour contrer cela, un petit guichet permet d’acheter sa course, en ayant reçu un coupon avec le prix du trajet. Bien vu.
Me voilà donc à Belgrade (Beograd en serbe, Београд en cyrillique), la capitale de la Serbie, autrefois capitale de la Yougoslavie quand elle n’était encore qu’une seule nation. Niveau météo, ça démarre mal avec une pluie enquiquinante qui ne voudra pas dégager le terrain avant la fin de la soirée. C’est çà aussi, les aléas du voyage, faudra faire avec! En outre, l’arrivée en périphérie de la ville n’est pas des plus folichonnes: les longues barres d’immeubles, les tours de béton construites à outrance, ouais ouais… Allons, un peu de patience, en grattant l’écorce on a toujours de belles surprises.
Avant de m’installer dans ma chambre Airbnb, je prends soin de m’acheter une carte SIM locale serbe, pour éviter une facture gargantuesque (réseaux mobiles en Serbie: Yettel, mts, A1). Y a plus qu’à y aller pour un premier contact avec la capitale serbe, malgré le temps qui a rangé le soleil au placard pour aujourd’hui… Mon hôte m’a prêté un parapluie, je suis pas trop fan de ces objets, mais j’avoue que ça m’a bien facilité mon après-midi. Je ne suis qu’à 300 m de la Place de la République (Republike Trg), coeur de la ville et lieu de rendez-vous privilégié des belgradois de tous âges. Elle est bordée du Théâtre National et du Musée National, devant lequel se dresse une imposante statue équestre, aujourd’hui cernée par un podium de concert aussi immense qu’incongru. Ah çà, des festivités en vue? J’avais aussi remarqué une circulation moins effrénée que prévu, et une bonne partie de bars et restos fermés. En fait, je tombe ici en pleine Pâque (sans s!) orthodoxe, qui aura lieu le dimanche, et les deux jours précédents voient un certain nombre de commerces fermer leurs portes.




Les rues piétonnes commerçantes des alentours, on y fera un tour demain, si ça ne t’ennuies pas, la météo devrait être un peu plus top. En attendant, je me balade au hasard, entre la Republike Trg et le quartier de Dorćol, au nord, au gré de rues se coupant à angle droit et bordées de bâtiments à l’architecture plutôt hétéroclite. C’est marrant, ce patchwork architectural: les somptueuses façades baroques côtoient les lourds et austères bâtiments de style communiste et brutaliste, avec quelques échappées dans le modernisme. On dirait que le gosse d’un géant a laissé inachevé son jeu de construction et tout tapé au sol n’importe comment… De temps à autre, au coin d’une rue, un petit kiosque vend des douceurs ou de hot-dogs, et un trolleybus glisse furtivement, relié à ses caténaires électriques…












Mon premier ressenti est que, bien que Belgrade ne soit pas forcément la plus belle ville des Balkans, elle n’est pas non plus la plus moche. Elle est même très intéressante quant à sa diversité architecturale qui n’attire jamais l’ennui. Tiens, et au niveau verdure, qu’est-ce que ça dit à Belgrade? Oh oui, la capitale serbe se défend pas mal en espaces verts, et on va justement se diriger vers son plus grand parc, son « poumon vert »: le parc Kalemegdan.
Cet immense parc, à l’ouest du centre-ville, est le chouchou des belgradois, qui y viennent en famille pour se balader, grignoter un petit cornet de marrons grillés ou encore simplement lézarder au soleil sur les vastes pelouses. Pour cette dernière activité, aujourd’hui c’est cuit, on s’en doute, mais il y a quand-même quelques irréductibles qui bravent les gouttes de pluie. Ça commence d’ailleurs à se calmer tout doucement, ça tombe encore par intermittence mais j’ai l’impression que les vannes célestes vont bientôt se fermer! Le parc de Kalemegdan (nom du quartier qui l’entoure) a été aménagé en 1867, après que la restitution de la forteresse aux Serbes par les Ottomans. Des fontaines, des statues commémoratives, des petits stands pour manger sur le pouce… oui, il est très beau ce parc, et qui plus est, le point de vue qu’il offre à son extrémité ouest est fantastique. On voit le quartier de Novi Beograd avec ses hauts immeubles parfois futuristes, et la rivière Sava serpente nonchalamment en contrebas; elle est ici en fin de course, puisqu’elle va se jeter dans le mythique Danube, qui fait l’honneur à Belgrade de la longer par le nord avant de continuer son cours vers la Roumanie et la Bulgarie. Mince, c’est la première fois que je le vois en vrai, ça fait son petit effet, vraiment!









Mais si on vient à Kalemegdan, c’est aussi pour sa formidable forteresse, posée au coeur du parc qui a été aménagé autour de celle-ci. Plusieurs portes fortifiées permettent d’y accéder, j’y pénètre par la Porte Royale qui est surmontée d’une des statues emblématiques de Belgrade: le Pobednik (« vainqueur » en serbe), qui semble avoir un problème vestimentaire, car le gars est à poil, disons-le franchement! À la base il devait trôner dans le centre-ville, mais la pudibonderie de certains le contraignit à aller montrer ses fesses ailleurs, à savoir ici, au sommet d’une haute colonne, qui permet de ne pas avoir de gros plan sur… tu sais quoi.





La forteresse est entourée de remparts dont on peut faire le tour, en profitant des multiples points de vue sur la Sava et le Danube. Murs crénelés, tours défensives, porches dérobés, l’exploration de l’enceinte de la forteresse est passionnante. Elle abrite aussi un musée militaire, face à un alignement (un peu anachronique par rapport au lieu) de chars et canons de la Seconde Guerre, ainsi qu’un petit parc zoologique. Pour finir, deux détails très intéressants sur la forteresse: son accès est libre, 24H/24 (ça doit être quelque chose d’errer sur les remparts durant la nuit!), et gratuit (excepté le musée militaire et le zoo)!














Il est un peu plus de 20 heures, le jour commence à décliner. Je quitte la forteresse pour revenir dans la vieille ville, à la recherche d’une petite cevabdzinica (* un resto à ćevapi) susceptible d’être ouverte, mais étant donné la période de Pâque orthodoxe, c’est pas gagné. Ce qui est ouvert est un poil trop touristique à mon goût. Finalement, je me délecterai de ćevapi plus tard, je me rabats sur une petite pizzeria fast-food sans prétention, où le personnel comme la clientèle parle serbe, c’est bon signe, çà. Un bon gros sandwich, ça fera bien l’affaire. As-tu déjà vu un sandwich serbe? Je pense que ce sont les plus monstrueux des Balkans, je ne parle pas de leur goût, bien sûr, mais de leur taille! J’ai rarement vu des trucs aussi richement garnis; tu les prends par le milieu, les extrémités s’affaissent! Fromage, tomates, un peu de tarator et du kulen, que je découvre ici, de la saucisse serbe un peu semblable au chorizo. Dire que c’est copieux est encore un euphémisme! Je ne dirais pas non néanmoins pour un petit dessert avec une palacinke: en Serbie c’est tout bêtement une crêpe, pouvant être salée ou sucrée. Je la prends au chocolat et au plazma; mais noon, y a pas de morceaux d’écran TV dedans, le plazma c’est une marque quasiment mythique de biscuit en Serbie, ça ressemble au biscuits « boudoirs » de chez nous.



Belgrade… enfin sous le soleil!
J’ai bien dormi, le logement se trouve dans une rue tranquille. Petit roulement de tambour avant de regarder par la fenêtre… Excellent, le ciel bleu est de retour, c’est de bonne augure pour la journée! Je vais aller m’offrir un petit-déj’ façon Balkans, je retrouve avec plaisir une vieille connaissance: le burek, avec son indissociable complice, le yogourt! Je ne m’en lasserai jamais…

Je vais me balader un peu au sud de la Republike Trg, en passant près du prestigieux Hôtel Moskva, merveille architecturale mais pas vraiment dans ma tranche de budget « voyage ». Lui faisant face, l’imposant Hôtel Balkan est du même acabit. Entre les deux mastodontes, une petite fontaine sympa. Les gens vont et viennent à leurs petites affaires, quelques magasins ouvrent… Je descends tranquillou jusqu’au petit quartier de Zeleni Venac, où se tient un petit marché uniquement fréquenté par les locaux; j’aime ces petits moments d’authenticité. Juste à côté, la gare routière, point de départ et d’arrivée de nombreuses lignes de bus. Plutôt bordélique, faut-il le dire, néanmoins les numéros de lignes sont bien indiqués et tout le monde s’y retrouve. Les rives de la Sava ne sont plus très loin maintenant.






J’ai envie de tâter un peu des transports en commun belgradois. Il y a un peu de tout: bus, trolleys, trams… et justement la ligne de tram N°2 de Belgrade est assez intéressante: en effet, tout comme à Sarajevo, ce sont encore des vieux modèles de marque Tatra, qui ont été fabriqués en Tchécoslovaquie entre 1980 et 1995. Pour s’acheter un billet à la journée, il suffit de se rendre dans l’un des nombreux kiosques répartis dans la capitale, pour le prix ridicule de 120 RSD, soit un peu plus de 1€. J’aime bien ces vieilles mécaniques sur rails, c’est plein de secousses, ça brinquebale dans tous les sens, mais ils sont encore vaillants et énergiques pour leur âge! La ligne 2 a cet autre avantage qu’elle fait une grande boucle, et passe entre la vieille ville et le parc Kalemegdan. Et ce n’est pas une ligne touristique, non, on y côtoie les locaux qui partent au boulot, les seniors qui vont au marché, les gamins qui se rendent à l’école…




Je descends peu après l’église Saint-Marc, au niveau du « Vukov Spomenik », nom d’un monument posé sur une place agrémentée d’un petit parc. Rien de bien spectaculaire, pourtant c’est ici que se trouve un des endroits les plus insolites de Belgrade, Je remplacerais même « insolite » par « incompréhensible ». Tu vas comprendre. Vois-tu cette apparente sortie de métro, toute vétuste et dont l’escalator ne marche plus? Ah çà, un truc abandonné, peut-être? Descendons, même si ce n’est pas très engageant… Je suis supposé me trouver dans l’unique station de métro de Belgrade, construite en 1995 mais qui n’a jamais fonctionné. Mais quelque chose ne va pas: ces grands escaliers presque monumentaux, ces tableaux d’affichage tout neufs, qu’est-ce que ça veut dire? Aucune boutique ouverte, pourtant elles sont là; une billetterie et des tourniquets fantômes; deux ou trois personnes empruntent des escalators modernes. Le métro de Belgrade n’a jamais vu le jour, c’est vrai, mais l’endroit a été récupéré comme arrêt pour le train Beovoz, un train de banlieue. Au fil du temps, le métro de Belgrade est devenu le symbole de l’incapacité de la ville à tenir ses promesses et à concrétiser ses projets.




En revenant vers l’église Saint-Marc, je passe devant la statue de Nikola Tesla, génial et prolifique inventeur d’origine serbe, célèbre pour ses travaux sur l’électricité, et dont le nom s’est même mué en marque de voiture par l’entremise d’Elon Musk. Ce n’est pas pour rien qu’il existe un musée éponyme tout proche, et que l’aéroport de Belgrade porte son nom! Je me balade à présent dans le parc Tašmajdan, petit frère du parc de Kalemegdan, et tout aussi prisé des familles belgradoises; les gosses se poursuivent ou jouent au ballon, les papis papotent entre eux, les toutous rapportent le bâton ou le frisbee qu’on leur lance… Il y a des petites tables pour jouer aux échecs, des mini-stands à popcorn… J’aime bien l’atmosphère de ce parc, vraiment. En toile de fond, la très belle église Saint-Marc (crkva Svetog Marka), construite dans les années 1930, tient compagnie à l’église de la Sainte Trinité , construite en 1924, toute mignonne et colorée. On l’appelle aussi église russe car elle fut érigée par des réfugiés ayant fui la Révolution d’Octobre en Russie.








Juste à côté du parc, un bâtiment moderne hérissé d’antennes et de paraboles attise la curiosité: c’est le siège de la télevision serbe RTS. L’ancien bâtiment est toujours là, mais à cet instant le regard s’arrête et les yeux s’écarquillent: une partie en est complètement détruite, éventrée. Que diable s’est-il passé ici? Il faut remonter en 1999, lors de la guerre du Kosovo. L’OTAN, pour stopper cette boucherie, s’en est mêlé et a multiplié les bombardements dans tout le pays (sans qu’elle ait reçu le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU, çà on le sait moins). Le 23 avril 1999, l’OTAN a bombardé la RTS, tuant 16 employés. Pourquoi la RTS? Selon l’OTAN, celle-ci aurait été un outil de propagande pro-Milosevic (rien n’est prouvé à ce sujet), quoique le bâtiment ne servait à aucun objectif militaire. Une affaire encore trouble de nos jours.
Aux abords du parc, une stèle, comportant les noms des 16 victimes, avec un simple mot en guise de question: « Zašto? », ce qui signifie « pourquoi? ». J’ai vu des dizaines de monuments, stèles ou mémoriaux durant mes voyages, mais celle-ci est particulièrement aussi sobre que poignante. De même que cet autre petit monument en forme de coeur, dans le parc Tašmajdan, en hommage aux enfants morts dans les bombardements, avec cette inscription, en serbe et en anglais, qui donne des frissons: « Nous n’étions que des enfants »… Comme le disait si bien JFK: « Nous devons mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l’humanité ».




De même, à environ 1 km du parc Tašmajdan, sur la rue Kneza Miloša, voici l’ancien siège de l’état-major yougoslave, qui lui aussi a subi les bombardements de 1999. Un bâtiment éventré, en plein coeur de Belgrade, qui reste en l’état et a même été déclaré « bien culturel protégé » en 2005 par le gouvernement serbe. C’est comme un devoir de mémoire de conserver les vestiges de ces frappes finalement pas si « chirurgicales » que çà… Cependant, dans l’autre camp, les vieilles rancoeurs, les tensions ethniques d’autrefois ne sont pas éteintes, oh non! En voici une preuve flagrante avec cette banderole, étalée non loin de là dans une rue qui dit à peu près ceci: « Le Kosovo sera à la Serbie pour toujours, jamais à l’Albanie »…




Difficile de faire une transition pour la suite de la découverte de Belgrade, mais il faut bien. J’ai encore un peu de temps avant d’aller manger, je me dirige donc vers un édifice aussi impressionnant qu’élégant: voici la basilique Saint-Sava (Hram Svetog Save), le plus grand lieu de culte orthodoxe d’Europe, dans le quartier de Vracar. Sa taille monumentale n’a rien à envier à son intérieur, richement décoré de fresques et mosaïques. Elle est toute jeunette, sa construction ayant débuté en 1939, mais stoppée par la Seconde Guerre puis par Tito qui refusa de faire poursuivre les travaux. Ceux-ci ne reprirent qu’en 1985 pour ne se terminer qu’en… 2019! Un peu la Sagrada Familia des Balkans, quelque part! Un peu dommage cependant que quelques vendeurs de souvenirs de pacotille se soient installé aux alentours…









Pour ma pause repas de midi, je retourne au niveau de Vukov Spomenik; mon hôte Airbnb m’a soufflé un bon plan, un petit secret bien gardé. C’est une discrète kafana (dans les Balkans, c’est une taverne), fort bien planquée car j’ai mis quelque temps à la trouver (si jamais tu y vas, il faut passer sous le porche à côté du Marshall Pub 😉). C’est le genre de petit resto que je qualifierais de « yougo-nostalgique »: vieilles radios, innombrables photos et articles de journeaux sur Tito, drapeau yougoslave… Bon, pourquoi pas? La bouffe, elle, est bien d’aujourd’hui, et copieuse, comme cela semble toujours être le cas en Serbie. Une belle pljeskavica, le hamburger serbe par excellence, recouverte de cette crème épaisse nommé kajmak, si c’est pas beau çà! Le tout accompagné d’une bonne bière serbe, la Zaječarsko, qui est encore 100% serbe (contrairement à la Jelen, bien produite dans le pays mais dont la brasserie a été avalée par l’ogre brassicole Molson Coors Beverage Company).
Kafana Pavle Korčagin – Ćirila i Metodija, 2A (près du parc du même nom).






Je reprends le vieux tram 2 pour revenir dans la vieille ville. Entre le parc Kalemegdan et la Republike Trg s’étend un petit quartier de rues piétonnes et commerçantes, bordées de bâtiments anciens, dont certaines sont encore pavées. La longue rue Kralja Petra par exemple, longue de 1 km et qui relie les rives de la Sava à celles du Danube, est une belle illustration de la vie quotidienne à Belgrade avec ses commerces, ses bars et restos et les habitants qui profitent du soleil dont ils ont été privés le jour précédent; pas de groupes de touristes avec un guide à drapeau ici, Belgrade n’a pas (encore vendu son âme au diable et appartient encore aux locaux.
Pas loin de la Sava, la cathédrale Saint-Michel fait face à la kafana (?). Ce n’est pas que j’aie oublié son nom, C’EST son nom. Manque d’inspiration de son proprio, ou alors il avait l’Alzheimer? Non, mais l’histoire n’est pas banale: en 1892, le gérant de l’époque, a voulu changer son nom en « Kod Saborne crkve », ce qu’on peut traduire par « près de la cathédrale ». Ce qui n’a visiblement pas plu aux autorités ecclésiastiques, qui ont protesté et pas qu’un peu (je ne vois pas en quoi ça pouvait gêner, c’était un resto, pas une maison close). Quoiqu’il en soit, le propriétaire décida de renommer sa taverne en kafana (?), le temps de trouver une alternative pour un nouveau nom. Mais le temps passant, le point d’interrogation s’était bien implanté dans les esprits et l’appellation a perduré!









Voici une particularité de Belgrade que je n’ai pas rencontré dans d’autres villes des Balkans: ses stands à popcorn, disséminés un peu partout, où l’on peut s’envoyer, pour 120 RSD, un grand gobelet en carton de ces petites merveilles soufflées et sucrées. Par contre, je n’ai pas découvert le « pourquoi du comment », mais , c’est tellement bon qu’on s’en fout un peu. Non?



Si tu veux faire une visite super intéressante dans le secteur, fonce sans hésiter au konak de la Princesse Ljubica. Un konak, à l’époque ottomane, c’était une résidence particulière très cossue, bâtie à l’intention de gens qui en avaient évidemment les moyens financiers. En Serbie en l’occurence, les konaks encore debout datent surtout des 18àme et 19ème siècles. Celui qui nous intéresse ici date de 1830 et a servi de demeure au prince Miloš Obrenović et sa femme Ljubica Vukomanović, à qui on devra l’appellation du konak. La résidence de deux étages est d’architecture typiquement ottomane, et les nombreuses pièces qui jalonnent la visite sont de styles divers, c’est assez éclectique au final. Le jardin n’est pas mal non plus, avec la cathédrale en toile de fond. Une petite bouffée de calme loin de l’agitation des abords de la Republique Trg.











Hé bien, c’est vachement plus agréable d’explorer Belgrade sous le soleil, sans avoir de parapluie à se coltiner! Je retourne à mon Airbnb, histoire de faire un petit break de 2 heures, avant de repartir vers la gare des bus de Zeleni Venac. Je m’en vais à la découverte d’un autre quartier de Belgrade, mais pour le rallier ce ne sera pas à pied, mais en bus, le 84 pour être précis. Celui qui va à Zemun.
20 minutes de trajet suffisent, après avoir traversé le pont sur la Sava et le quartier de Novi Beograd, pour atteindre Zemun qui, bien qu’elle semble être une petite ville séparée de Belgrade, en est pourtant un de ses quartiers depuis les années 1930. Zemun, sur les rives du Danube, est un autre lieu très prisé des belgradois qui veulent changer d’air et s’éloigner un peu de la frénésie citadine. On va découvrir ensemble les raisons de cet engouement. Bon, je reconnais que la route principale, là où les bus s’arrêtent n’a pas grand-chose d’attrayant; qui plus est, la guerre de 1999 se rappelle à nous avec l’ancien bâtiment du Commandement des Forces Aériennes, à l’étrange style moderniste et Art Déco, bombardé mais partiellement réparé. Mais on va aller voir ce qui se passe le long du Danube…



Les habitants adorent les rives de leur grand fleuve: on s’y balade à pied, à vélo, en roller… Pour les gosses, il y a des petits manèges et autres attractions, et si ils ont une petite fringale, pas de souci, les petits stands de crèmes glacées ou de popcorn viennent à la rescousse! C’est très vivant, sans être trop frénétique, j’aime bien cette ambiance familiale. Quelques petits bateaux de plaisance, dont certains sont habités à l’année, côtoient des plav, ces grands bateaux reconvertis en restaurants flottants.





La vieille ville de Zemun a des allures de gros village tranquille, avec ses bâtiments de style austro-hongrois (qui tranchent un peu avec ceux de Belgrade) et sa place arborée, où apparemment le marché vient de se terminer. Dire qu’on est qu’à une dizaine de km du centre de Belgrade, et même si Zemun en fait partie, on se trouve aux antipodes de l’ambiance bouillonnante qui règne dans la capitale! Non pas que ce soit mort, loin de là, mais Zemun bouge à sa façon. Les terrasses des petits bars et restos en bord du Danube sont bien remplies, il y a du monde les week-ends, mais tout cela vivote avec nonchalance, ici c’est le « no stress » qui prime.





La plus belle partie de Zemun, c’est clairement ce dédale de ruelles aux bons gros pavés parfois disjoints, aux petites maisons basses et colorées, qui grimpent à l’assaut d’une petite colline dominée par les 36 mètres de la tour Gardoš, d’où les points de vue sur le Danube et les immeubles de Novi Beograd sont fabuleux. Son look plutôt inhabituel lui conférerait même une allure un rien kitsch, je dis çà sans connotation négative, bien sûr.










Je reprends le bus pour Belgrade en fin de soirée, très content de ce petit dépaysement pourtant si proche, et plus globalement de cette belle journée ensoleillée, qui me fait vite oublier la flotte tombée hier! Demain matin, je quitterai la capitale pour aller explorer le pays en voiture de location. La météo des prochains jours se veut encourageante, tant mieux!
BILAN: Belgrade a été une très belle découverte, elle arrive à surprendre le visiteur au détour d’un coin de rue ou d’un petit parc, elle parvient à susciter l’amusement aussi bien que la perplexité ou même, disons-le, des frissons d’effroi (tu auras compris que j’évoque ici les bombardements de 1999). C’est vrai qu’en arrivant de l’aéroport, les premières barres d’immeubles et les voies rapides n’incitent pas à sauter de joie, mais le parc Kalemegdan, les petites rues piétonnes et la presque exotique Zemun font vite oublier ce morne premier ressenti. Et surtout, qu’est-ce qu’on y mange bien (les appétits d’oiseau auront eut-être un petit souci à engloutir la totalité de leur sandwich serbe ou leur pljeskavica…)!
La Voïvodine: le parc national de Fruška Gora et ses monastères.
C’est toujours un instant que j’apprécie lors d’un voyage: prendre possession de la voiture de location pour arpenter le pays où je me trouve. Cette fois je ne vais pas jusqu’à l’aéroport, j’ai trouvé une petite agence à 20 minutes à pied du centre-ville, et surtout, ouverte le dimanche, et comme c’est aujourd’hui le jour de Pâque orthodoxe, je suis doublement chanceux. Y a plus qu’à tourner la clé de contact et y aller!
C’est dans la province autonome de Voïvodine que je débuterai mon périple motorisé. C’est pas compliqué, la Voïvodine, c’est le territoire qui commence au nord de Belgrade et s’étale jusqu’à Subotica et la frontière hongroise. Pour les paysages montagneux, il faudra encore attendre un peu, ici c’est une vaste plaine agricole de plus de 20.000 km², bien fournie en eau en tout cas, puisque 3 cours d’eau majeurs y passent: le Danube, la Sava et la Tisza. Seule ombre à ce joli tableau, c’est que la Voïvodine aurait bien des petites tendances séparatistes, et que les serbes du nord ne voient pas toujours d’un bon oeil la présence de hongrois en Serbie. Ben oui, tout n’est pas toujours rose et violette, et ce n’est pas un cas isolé en Europe, loin de là… Mais ne transformons pas ce blog en tribune socio-politique. En attendant, petit arrêt dans une supérette (j’ai pu en trouver une ouverte!) pour acheter un pack d’eau. Petit aparté « supermarché du pays visité », comme d’habitude: les enseignes que tu verras le plus souvent sont Idea, Aroma et Maxi, à l’emblème du lion bien connu en Belgique puisque le groupe Delhaize a brillamment réussi son implantation en Serbie.



La Voïvodine a un relief majoritairement plat, mais il existe une petite exception: le parc national de Fruška Gora, créé en 1960, est loin de rivaliser avec les Alpes bien sûr, mais ce petit massif très boisé atteint 530 m d’altitude à son point culminant. La région est réputée d’une part pour la qualité de ses vins (et crois-moi, les vins serbes gagnent à être connus, comme tu le verras plus tard), et ensuite pour la beauté de ses nombreux monastères. C’est à travers ce petit territoire tout verdoyant, alternant collines, prairies et rangs de vignes, que je vais débuter mes premières aventures en Serbie en-dehors de Belgrade. En attendant, j’ai déjà eu l’occasion de traverser quelques petits villages, en observant cette jolie tradition de la Pâque orthodoxe. Des petits groupes d’enfants, certains arborant même des fausses oreilles de lapin, font du port-à-porte pour collecter des oeufs non pas en chocolat, mais de vrais oeufs durs peints à la main. C’est mignon, c’est un peu comme Halloween mais sans les déguisements glauques 😁!




Je te parlais des fameux monastères de Fruška Gora. Sur les 35 construits initialement, il en reste aujourd’hui 16. Alors, pourquoi cette concentration de monastères justement ici? Ils ont été bâtis aux 15ème et 16ème siècles, les moines ayant privilégié ce massif encore difficile d’accès à l’époque pour se protéger des éventuels pillages durant l’occupation ottomane. Les visiter tous relèverait de l’overdose, j’en ai donc choisi au moins trois d’entre eux, ce qui remplira déjà bien la matinée.
Le premier d’entre eux, c’est le monastère de Krušedol. On est ici à l’extrémité est du parc de Fruška Gora, à 80 km au nord de Belgrade et à 20 km de Novi Sad. Planté au milieu d’un décor super bucolique (regarde ces moutons qui paissent quasiment au pied de l’église), est l’un des plus connus. Ses anciennes fresques et ses icônes sont de grande notoriété, et quand il n’y a pas trop de foule, comme c’est le cas ce matin, c’est un régal de déambuler dans la cour intérieure, accompagné du chant des oiseaux, que je préfère largement aux vociférations des touristes! Attention, pas de photos à l’intérieur de l’église.











Je n’ai que 7 petits km à faire pour atteindre le monastère de Velika Remeta, cerné par la verdure, au bout d’une route étroite parsemée de quelques petites fermes. Comme pour les autres monastères de Fruška Gora, le porche d’entrée, richement décoré, fait place à un petit chemin qui conduit au monastère proprement dit. Ici c’est le blanc et le jaune qui prédominent dans la couleur des bâtiments, et le clocher de 39 m est le plus haut de la région. Un peu plus de monde ici qu’à Krušedol, ces petites cabanes en bois le long d’un ruisseau, à proximité du monastère , y étant sans doute pour quelque chose…











Ma prochaine visite sera cette fois pour le monastère de Grgeteg. Oui, dans les Balkans on aime bien surenchérir un peu sur les consonnes, mais la prononciation n’a rien d’insurmontable, allez répète après moi: « Geur-geuteg ». Très beau lui aussi, peut-être même un poil plus élégant que celui de Velika Remeta, avec couleur ocre encore plus accentuée ici. En tout cas il a été super bien restauré après les bombardements de la Seconde Guerre qu’il a dû subir!






En ce jour de Pâque orthodoxe, pas mal de restos sont encore fermés. Cependant, sur la petite route qui conduit à Velika Remeta, j’avais repéré un endroit atypique, au portail jaune en bois recouvert de plaques émaillées, avec des tables , chaises et vieux fauteuils posés là de bric et de broc. Ça m’intrigue, je vais voir çà. En fait c’est à la fois un snack-bar et une boutique de produits régionaux, tenu par Miki, un grand gaillard aux cheveux gris qui lui tombent jusqu’aux omoplates. Dans le petit jardin à l’arrière, quelques rangs de vignes entourent une très vieille Renault 4; c’était celle du père de Miki, et il ne désespère pas de la faire refonctionner un jour! Vraiment, un endroit aussi décalé (dans le bon sens du terme) qu’incroyable. Ça s’appelle « Pljaca Zdravija » (Пијаца здравља). J’y mange une bonne tourte de fromage accompagné d’une citronnade maison.



La Voïvodine: Sremski Karlovci et Novi Sad.
À quelques kilomètres au nord-est du parc de Fruška Gora, je retrouve le Danube, que je longe jusqu’à la petite ville de Sremski Karlovci (Сремски Карловци). Oh la petite pépite! La Trg (place) Branka Radičevića en est l’épicentre. Outre quelques bars et petits restos, c’est ici que se concentrent la plupart des lieux d’intérêt de la ville, comme l’Hôtel de Ville, l’ancien palais patriarcal et la fontaine des Quatre Lions, qui a sa petite notoriété locale: ne t’étonne pas de voir certaines filles, jeunes ou moins jeunes, y boire quelques gorgées, il paraît que ça porte chance et que ça augure un mariage pour l’année suivante! Comme quoi, l’expression « vivre d’amour et d’eau fraîche » a trouvé son sens pratique ici à Sremski Karlovci… Un autre détail m’a frappé, c’est l’église orthodoxe Saint-Nicolas et la petite église catholique de la Sainte-Trinité qui sont côte-à-côte, c’est beau tout simplement.







J’ai dit plus haut que la majorité des bâtiments intéressants se trouvait sur cette place. Mais pas tous! À peine 50 m au-delà, tu vas probablement te figer de stupeur face à cet incroyable bâtiment jaune et rouge orné d’un petit clocher. Et quand tu connaîtras sa finalité, ça va t’achever: c’est une école! Le lycée serbe de Sremski Karlovci est la plus ancienne école d’enseignement secondaire du pays. À défaut de posséder l’école magique de Poudlard, hé ben les serbes ne s’en sortent pas si mal, non?



Dans 90% des cas, les visiteurs se cantonnent aux endroits que je viens de te citer. Mais comme je fais partie des 10% restants… Je me balade au gré de petites rues assoupies, à la tranquillité absolue. Je grimpe sur les hauteurs, là les rangées de maisons cèdent la place aux vignobles et aux potagers de quelques heureux habitants, qui ont le Danube en point de mire depuis leurs fenêtres. La tradition viticole est bien implantée à Sremski Karlovci, et plusieurs caves y on élu domicile, produisant entre autres le légendaire bermet, ce vin de dessert qui fut servi à bord du paquebot Titanic. Y aurait-il toujours des bouteilles au fond de la mer? On n’a pas d’infos à ce sujet…






Je ne suis maintenant qu’à 12 km de Novi Sad, capitale de la Voïvodine et deuxième ville de Serbie. Le Danube y passe aussi, et c’est le long de sa rive droite que je me trouve une petit place, histoire de laisser la voiture faire une sieste. La ville est de l’autre côté, je sais, mais attends encore un peu, avant de lui rendre visite, je t’emmène découvrir le monument emblématique qui se dresse fièrement face à elle: la forteresse de Petrovaradin. Construite au 18ème siècle, c’est l’une des plus vastes forteresses d’Europe, Et si les fortifications t’évoquent une sensation de « déjà-vu », c’est normal, Petrovaradin s’est largement inspiré de l’architecture du grand Vauban (qui a fait son petit chemin dans le métier, c’est le cas de le dire). Bâtie pour dissuader les ottomans de passer à l’offensive, elle est maintenant beaucoup plus pacifique et facile d’accès; un escalier grimpe jusqu’à l’entrée principale, et un accès en voiture est même possible.





Les points de vue sur la ville en face et le cours du Danube sont à tomber par terre. Les lieux ne sont pas figés pour autant, c’est très vivant et animé: on y trouve quelques bars et restos, un hôtel (mais pas le meilleur marché du coin, cela va sans dire!), et le musée de la ville de Novi Sad, dans l’ancienne armurerie. Les locaux comme les touristes adorent faire le tour des fortifications. Le monument préféré des gens du coin, c’est la tour de l’Horloge, qu’ils surnomment « l’horloge ivre » du fait que ses aiguilles sont inversées (la grande pour les heures, la petite pour les minutes) et que son mécanisme a du mal à gérer les changements de température, ce qui fait que Madame horloge fait ses caprices, elle avance ou retarde quand ça lui chante… Petrovaradin est célèbre aussi pour son impressionnant réseau de galeries souterraines qui s’étend sur plusieurs kilomètres, et dont une partie est visitable avec un guide.












Je ne vais pas perdre de temps à chercher une place de parking en ville, traverser le pont sur le Danube à pied sera bien plus chouette! D’autant plus que la vue sur Novi Sad (Нови Сад), dont on voit déjà les clochers pointer vers le ciel, a un aspect beaucoup plus avenant que la périphérie de Belgrade! Elle aussi a subi quelques bombardements, mais elle s’en est mieux relevée que la capitale. Bon, pas de cours d’histoire, allons plutôt explorer celle qu’on appelle la « Perle de Voïvodine »…
Un dernier regard en arrière pour contempler la forteresse de l’autre côté du fleuve, puis j’arrive sur un boulevard au trafic assez soutenu, que je vais m’empresser de quitter. Non sans avoir déjà repéré, dans un petit square caché, une étrange statue: celle d’un nommé Janika Balaž, mythique joueur de tambura, un instrument à cordes ressemblant à un luth. Pour l’anecdote marrante, certains habitants lui trouvent une ressemblance avec le cinéaste Alfred Hitchcock…


Et voilà une vidéo du gars en chair et en os:
Pour rejoindre la vieille ville, je traverse le parc Dunavski, très agréable avec son petit lac et ses allées, où les gosses font des concours de vitesse en trottinette (faites attention, quand-même, les loupiots) et les bancs publics sont pris d’assaut quand il fait beau. Une fois sorti du parc, le spectacle peut commencer. Ah ben ça n’a plus rien à voir avec Belgrade: la rue piétonne Dunavska, qui va me conduire au coeur de Novi Sad, est un vrai festival de couleurs, auquel il faut ajouter cette architecture caractéristique, qui trahit l’influence austro-hongroise, Une bien belle entrée en matière, c’est très prometteur… Ah, pour info: Dunavski, Dunavska… c’est parce qu’en serbe, le Danube s’appelle Dunav!






La rue Dunavska se termine en apothéose, car voilà qu’apparaît le Palais Épiscopal, autre « claque visuelle » au niveau du style; cette ornementation, ce mix génial entre le rouge et le jaune… suis-je encore sûr d’être en Serbie? Juste à côté, la cathédrale orthodoxe Saint-Georges dresse son élégant clocher vers le ciel. Et cette statue d’un monsieur plutôt pensif devant le Palais, c’est celle de Jovan Jovanović Zmaj, grand poète serbe et médecin de profession. Hé bien Novi Sad, tu m’en bouches un coin! Cela va-t-il continuer dans la même veine? Voyons çà…







La large rue piétonne Zmaj Jovina est l’artère piétonne principale de la ville, qui relie le Palais Épiscopal à la Place de la Liberté. C’est le coeur battant de la ville, et mon plaisir à admirer les façades des bâtiments ne faiblit pas. Un peu dommage néanmoins que les terrasses des bars et restos aient tendance à grignoter pas mal de surface. Mais ça vit, ça vibre, ça bouge, Novi Sad est vraiment une belle ville, il faudrait être sacrément aigri pour dire le contraire. Et me voici arrivé sur la Trg Slobode (Place de la Liberté), la « cerise sur le gâteau » de cette vieille ville de Novi Sad. Je ne sais plus trop où donner de la tête. Face à l’Hôtel de Ville, l’église du Nom-de-Marie lance vers le ciel les 72 m de son clocher effilé, telle une fusée prête à décoller (bon, j’exagère peut-être un peu, là). Mais c’est encore mieux de l’admirer de profil, pour se délecter des couleurs chatoyantes de sa toiture en céramique émaillée. Sans parler de ce foisonnement de bâtiments anciens, qu’on pourrait regarder pendant 24 heures d’affilée sans se lasser…










L’aprem se termine doucement, il est temps de poser mon sac pour aujourd’hui. Alors, à Novi Sad? À Sremski Karlovci? Ni l’un ni l’autre, en fait. Je me rends 20 km de Novi Sad, en pleine campagne, pour passer la nuit dans un salaš. Qu’est-ce donc que çà, un salaš? C’est simple, c’est une grosse ferme, bien souvent toujours en activité, qui s’est lancé dans l’écotourisme (hébergement, restauration, ou les deux). Ça va être sympa de se mettre un peu au vert, tu parles d’un contraste avec Belgrade!
L’endroit où je passerai la nuit est le salaš Brkin, près du village de Čenej (non, je ne ferai pas de jeu de mot foireux avec Jane…). Un gros corps de ferme plus que centenaire, une chambre douillette, et un repas du soir mémorable dont il sera question plus tard. En attendant, j’ai un peu de temps avant de passer à table, je m’en vais faire une petite balade dans le coin, au milieu des champs quadrillés de chemins de terre, avec le soleil qui fait déjà du rase-mottes au sol et le massif de Fruška Gora qui se dessine au loin. Les amateurs de reliefs escarpés resteront sur leur faim, sans doute, mais moi ça me plaît bien cette Serbie rurale ressemblant déjà un peu à la Hongrie, dont la frontière se trouve à 100 km d’ici.











Je prends le repas à l’extérieur, où quelques bancs et tables en bois sont posés au milieu de la grande pelouse, avec le bruissement des arbres et le cri de l’un ou l’autre animal de la ferme en fond sonore. La femme de Goran, mon hôte, est une fine cuisinière. Les plats sont très simples, rustiques, mais bien plus goûteux que dans certains restos formatés pour les touristes. Cette soupe de légumes (chou et carottes venant directement du jardin) et ce rôti de porc sont merveilleux. Tiens, on me fait goûter une sauce en pot comme accompagnement: REN, qu’elle s’appelle. Voyons çà sur le rôti… Ouille, je m’en mords les doigts, ça pique comme du raifort ou du wasabi!
Ajoutons à cela une bonne bouteille de vin blanc de Fruška Gora, que j’ai partagée avec Goran, avec lequel j’ai eu des échanges super instructifs et enrichissants. Par exemple, il me montre une petite tradition de la Pâque orthodoxe avec ces fameux oeufs colorés: pendant que l’un tient fermement son oeuf (pas de panique, ce sont des oeufs durs), l’autre le cogne la coquille par le haut avec son oeuf à lui; après on fait l’inverse. Il paraît que celui qui réussit à garder sa coquille intacte lors de ce rituel, sera chanceux pendant toute l’année. Goran et moi avons mutuellement cassé nos coquilles; mais on est quand-même chanceux sur un point: la coquille cassée, plus rien n’empêche d’enlever celle-ci et de manger l’oeuf! La peinture sur les doigts? Oh, ce n’est que de la peinture à l’eau…



Je ne sais pas jusque quelle heure Goran et moi avons conversé, mais ça s’est prolongé bien après le repas. On a abordé plein de thèmes, sur la Serbie d’aujourd’hui et d’avant, des sujets plus délicats aussi: la Russie, l’époque de Tito, Srebrenica… Quelle que soit ma destination, je demande toujours à l’interlocuteur si le fait d’en parler ne lui pose pas problème; si c’est le cas, on passe à autre chose, c’est normal. Visiter un pays, ce n’est pas que photographier des paysages et goûter aux bonnes choses, c’est aussi comprendre son histoire et les gens qui y vivent. J’ai appris plein de trucs avec Goran, ma conception des choses sur certains points a été modifiée, mais sur d’autres je n’ai pas changé d’opinion. Je ne détaillerai pas tout ce qui s’est dit, ce n’est pas le but de ce carnet, on est d’accord. En tout cas on s’est souhaité bonne nuit sans aucune animosité, et le petit-déj’ du lendemain fut aussi sensationnel que le repas de la veille! J’ai même eu droit à mon petit verre de rakija avant de partir!
Le Danube et ses forteresses.
Allez, c’est parti. Pour rallier la partie du Danube que je vais découvrir aujourd’hui, je vais traverser le sud de la Voïvodine et contourner Belgrade, avec une belle étape de roulage d’environ 160 km. Je vais utiliser l’autoroute pour gagner du temps, même si je ne suis pas fan de ce genre de voies publiques, j’aime toujours me faire une idée de leur état dans le pays où je conduis. Hé bien, elles ne sont pas mal du tout, les autoroutes serbes, c’est du billard et la circulation est fluide. Attention, elles sont à péage, le cash et les cartes de crédit acceptés.
Mon premier arrêt sera pour Smederevo (Смедерево), une petite ville longée par le Danube, qui accueille ici un port fluvial bien dynamique. Je vais faire un tour en ville, pour voir ce que ça dit. Premier constat: rivaliser avec Novi Sad, ça va pas le faire. Les superbes bâtiments ciselés et colorés, on oublie, la lourde architecture « communiste » est de retour, les immeubles sans âme rappliquent. Pas mal de circulation, on voit que la Pâque est passée. Je ne dis pas que tout est à jeter pour autant, que nenni! Le lycée de la ville est magnifique; à priori, on prend soin des écoliers en Serbie! La Trg Republike (tiens, comme à Belgrade!), avec son église Saint-Georges, n’est pas vilaine, et très vivante de surcroît: les habitants papotent entre eux, les gosses font des slaloms en vélo ou jouent au ballon… Vois-tu, les enfants qui jouent sur une place, c’est un signe que la ville appartient encore aux habitants et non pas aux touristes. D’accord, c’est moins coloré, plus terne quant à l’architecture, mais c’est dans ce genre de petite ville qu’on s’immerge dans la vie quotidienne du pays, qu’on voit réellement leurs habitants! Ah, et cet arbre posé là au milieu d’une place, et qui a l’air de se demander ce qu’il fout là, c’est un mûrier qui a plus de 300 ans et qui est protégé.







Mais n’avais-je pas parlé de forteresse dans le titre du chapitre? Ce qui veut dire que je n’ai pas fait étape à Smederevo sans raison. Hé bien on va aller voir çà! La forteresse de Smederevo longe le Danube et a une configuration en triangle. Ce n’est pas de la petite bière: ses murailles, jalonnées de 25 tours défensives, font parfois 5 m d’épaisseur, ont un périmètre de 1,5 km! Elle date du 15ème siècle et a connu les assauts des ottomans, ainsi que l’explosion d’un dépôt de munitions causé par les Allemands en 1941, tuant plus de 2000 personnes.
Ça en jette vu de l’extérieur, c’est indéniable, mais quid de l’intérieur? Des vastes salles en pierre, des escaliers dérobés? C’est pas tout à fait çà, non. La majorité de l’espace a été reconverti en vaste espace de loisirs avec des sentiers, une piste d’athlétisme et un petit terrain de foot. Sacré contraste! La partie la plus intéressante, c’est celle qu’on appelle la « Petite Ville », qui comprend encore quelques bâtiments de l’ancien palais du despote serbe Stefan Lazarević, une salle de cérémonie et un donjon.










La forteresse de Smederevo est toujours en restauration, mais force est de constater que la boulot qui reste est immense. Preuve à l’appui avec les deux photos suivantes, qui montrent l’état de dégradation effroyable de deux tours défensives: tôt ou tard, celle qui penche va plonger, y a pas photo… Comment on retape çà, avec des étançons et du ciment à prise rapide? Dérisoire, tu ne trouves pas? Mais le plus saugrenu là-dedans, c’est qu’il y a toujours des places de parking disponibles juste au pied de ce « Jenga » géant. Si ça se casse la gueule sur une voiture, Carglass ne pourra plus rien faire pour le pare-brise, parce que l’éclat sera plus gros qu’une pièce de 2€…


C’est pas tout çà, mais il est presque midi, c’est l’heure de se sustenter. Je vais prospecter en ville et, tiens donc, je tombe sur un Walter BBQ, qui fait partie d’une petite chaîne de restos présents dans plusieurs pays des Balkans (je me souviens bien de celui de Ljubljana en Slovénie). Çà, c’est une occasion en or pour regoûter avec plaisir aux ćevapi, ces petites saucisses au goût si particulier, souvent accompagnées de kajmak. Ici en Serbie, on y met aussi de l’urnebes, un mélange de fromage de brebis, de paprika et de poivrons. Et une bière Jelen pour bien lubrifier l’oesophage, ce sera parfait!
Walter BBQ – Save Nemanjića 2.


Je vais retrouver le Danube 60 km plus à l’est, en passant par l’intérieur des terres vu que la route ne le longe pas encore (t’inquiète, on y viendra!). Me voici maintenant à Ram (Рам), un tout petit village entouré de collines et de vignobles. Je ne me doutais pas que la tradition viticole était aussi bien implantée en Serbie. Ah, ça change de Smederevo! Et pour sublimer le tout, le Danube est là, devenant de plus en plus large et puissant au fil des kilomètres. Allons voir de ce pas la forteresse de Ram, posée sur un éperon rocheux en surplomb du fleuve. Elle date du 15ème siècle et fut bâtie par les ottomans. Même si elle est beaucoup plus petite que sa soeur de Smeredevo, son état de conservation, après une période de restauration, est sacrément plus convaincant.










Je quitte Ram et, après une dizaine de km, voici enfin la route qui va longer le Danube pour un bon bout de temps. Il m’impressionne vraiment, ce fleuve, il dégage une aura difficile à décrire: puissance, attraction, admiration, tout s’entremêle, en fait. Il faut savoir aussi que le Danube fait office de frontière naturelle entre deux pays. Ça signifie que là-bas, sur la rive opposée, c’est la Roumanie qu’on regarde.




Je traverse la petite ville de Golubac (Голубац), sans m’y arrêter, il n’y a pas grand-chose à y voir. Quoique je sois en train de te mentir un peu,là… Car si Golubac est célèbre, je dirais même mythique à travers toute la Serbie, c’est à coup sûr pour son extraordinaire forteresse, la crème de la crème en la matière, qui se trouve deux kilomètres plus loin. Alors, respire un grand coup avant de l’avoir en face de toi, le choc visuel va être plutôt brutal…
Une petite place de parking un peu en-deçà du site (il y a un parking payant, mais quand c’est possible d’éviter, hein), et je me dirige vers les bords du Danube, sur une petite promenade piétonne spacieuse et bien aménagée. Et enfin la voilà, face à moi. Mon dieu… J’en ai vu des forteresses, dans plusieurs pays, mais là, je n’arrive même pas à faire une comparaison, n’ayant jamais rien vu de tel. La forteresse de Golubac est posée en sentinelle au bord du Danube, ses neuf tours impressionnantes formant un pentagone géant, et épousant de façon presque irréelle les reliefs de l’éperon rocheux où elle a été bâtie. Là je suis à deux doigts de scruter l’horizon, dans l’espoir de voir surgir un dragon qui se posera au sommet de la plus haute tour!




Cette forteresse digne de figurer dans un film « fantastique »fantasy » fut bâtie au début du 14ème siècle par les Hongrois, avant de passer sous le joug ottoman en 1391. Les turcs en garderont le contrôle jusqu’en 1867, date à laquelle Golubac passera dans le giron de de l’État serbe. Pour l’anecdote, la petite tour circulaire reliée par un chemin de ronde n’était pas cernée par le Danube avant la construction du barrage des Portes de Fer en 1972, qui a fait monter le niveau du fleuve de façon assez conséquente.
La tarification des visites est plutôt inattendue, elle est régie par un code de couleurs. Les zones verte et bleue sont accessibles à tous public, alors que l’accès aux zones rouge et noire est beaucoup plus risqué et requiert la présence obligatoire d’un guide. Car pour accéder aux plus hautes tours, pas d’escaliers ici, ça se fait en gravissant les escarpements rocheux, alors forcément s’y aventurer seul(e) serait une tâche périlleuse! Ajoute à cela un autre danger, symbolisé par ces panneaux jaunes plus qu’explicites, et tu comprendras mieux qu’on ne fait pas ce qu’on veut avec la forteresse de Golubac! Il arrive même que les visites rouge et noire soient suspendues, comme aujourd’hui précisément, en effet à cause de la flotte qui est tombée les jours précédents, c’est trop glissant pour s’y risquer. Les visites tous publics n’en sont pas moins intéressantes pour autant, que non! La forteresse de Golubac restera un de mes plus intenses souvenirs de la Serbie. Pour voir le site web de la forteresse, c’est ici.










Je longe encore mon fil conducteur majestueux qu’est le Danube sur environ 50 km, pour poser mon sac à Donji Milanovac (Доњи Милановац), un gros village entouré de collines boisées qui s’étale nonchalamment le long du fleuve. Voilà le genre d’environnement à la fois paisible et magnifique que j’aime trouver, après l’agitation des villes! D’autant plus que la chambre d’hôtes familiale que j’ai choisi se trouve sur les hauteurs du village, au bout d’une route étroite, constituant un belvédère de première qualité sur le Danube. Je vais me plaire ici, c’est une évidence…
B&B Jonovic – tout au bout de la petite rue Radnicka bb.




Il fait très calme ici, le visiteurs ne font généralement que traverser la localité et moins souvent y passer la nuit. Tant pis pour eux, c’est bien agréable de se balader au gré des petites rues sans touristes et de longer le Danube, longé par un petit parc. Les habitations, très jolies au demeurant avec leurs toits rouge, ne semblent pas bien anciennes, et pour cause: la construction du fameux barrage de Ðerdap en 1972, la montée des eaux n’a pas apporté que des avantages à la région, loin de là. Le Donji Milanovac « originel » se retrouvant immergé, le village qu’on voit actuellement a été rebâti ici, à 5 km de distance, à l’exception de l’église qui fut démontée et reconstruite là où elle se trouve à présent.
Je me trouve un petit « grill », l’équivalent d’un petit fast-food, pour régler son compte à une gurmanska pljeskavica; tu sais déjà ce qu’est la pljeskavica, l’emblématique hamburger serbe, hé bien çà c’est sa version « customisée » avec du fromage, du bacon, des crudités… Pas besoin de te traduire gurmanska, j’imagine?
Grill Bekan – rue Kapetana Miše, 44.







Après avoir passé une très bonne nuit, voici une nouvelle journée ensoleillée qui débute, en ce beau matin je prends mon petit-déj’ sur la terrasse, avec le Danube en « panoramique » qui suit son cours plus bas. Les petits-déjeuners des Balkans sont toujours copieux et prometteurs, ce sera encore le cas ici avec des confitures maison, de la macédoine de légumes, de l’omelette, du yaourt… Même un des 5 chats de la maison s’est dévoué pour surveiller mon sac en attendant le départ. Très sympas, les félidés serbes!


Du parc national de Đerdap à Rogljevo, une transition de l’eau… au vin!
Mais avant de continuer à suivre le cours du Danube, j’ai bien envie de le voir d’un peu plus haut. Je reprends la direction de Golubac, mais à 4 km après Donji Milanovac, je prends une petite route à gauche, qui monte en lacets jusqu’au village de Majdanpek. Ce n’est pas là que je me rends, je m’arrête bien avant, au niveau de ce panneau indiquant « Vidikovac Kovilovo », du nom du belvédère sur le Danube que je m’apprête à rejoindre. Un petit sentier forestier de 1,5 km permet d’y accéder, et si la barrière est baissée au début, pas d’inquiétude çà ne concerne pas les randonneurs, c’est pour éviter que l’un ou l’autre idiot ne s’y aventure avec son véhicule… Je me retrouve bien vite sur un plateau herbeux, parsemé de quelques arbres, et une plate-forme de bois n’attend plus que moi pour m’offrir un panorama sublimissime à 180 degrés sur le Danube, qui m’impressionne encore un peu plus.








Je redescends en voiture le long du Danube pour rejoindre, à 15 km de Donji Milanovac, un site archéologique de première importance en Serbie: Lepenski Vir, un site néolithique dont les premières fouilles eurent lieu en 1965, et dont une grande partie fut déplacée en hauteur pour éviter son immersion par les eaux (le barrage, encore lui, tu as deviné). La civilisation qui vivait à Lepenski Vir nous a laissé un héritage de plus de 9000 ans, ce qui le rend historiquement d’une valeur inestimable. Un petit musée attenant expose les sculptures mises à jour, et les multiples vestiges de fondations de maisons sont disposés dans une configuration en terrasses, abrités par une structure de verre et d’acier de style aussi futuriste qu’incongru par rapport au site. De plus, quand le soleil tape là-dessus, ça transforme l’intérieur en sauna… Bon j’exagère un peu, mais s’il n’y a pas de système de climatisation, qu’est-ce que ça doit être en plein mois d’août (pour rappel, ici on est début mai)!






Je reprends ma route en passant à nouveau par Donji Milanovac, et je me prépare mentalement à aborder un des plus beaux tronçons du Danube, tous pays confondus. Pour l’instant, c’est vrai il fait encore plus de 1 km de largeur, mais les parois de falaises hautes de plusieurs centaines de mètres qui se rapprochent annoncent un changement radical! Sache que depuis Golubac, nous sommes entrés dans le parc national de Đerdap, qui peut se targuer de faire passer le puissant Danube dans une gorge resserrée qui ne fait plus que 150 m de largeur par endroit. Voici les mythiques Portes de Fer, qu’on appelle aussi le Défilé de Kazan. Les points de vue sur cette merveille naturelle sont aussi majestueux qu’inattendus. Il est possible de les franchir via une excursion en bateau, mais ça reste du touristique et tu ne seras pas seul(e), loin s’en faut! Et dans la partie la plus étroite, les bateaux ont interdiction de se croiser…






Peu avant la sortie des Portes de Fer, en jetant un oeil du côté roumain du Danube. je tombe sur une curiosité locale vraiment insolite: imagine-toi un visage de pierre de 40 m de haut sculpté dans la falaise, pas très souriant d’ailleurs, regardant fixement le côté serbe, comme par défi. C’est la statue du roi Décébale, construite à l’initiative de Constantin Dragan, un homme d’affaires et historien roumain. Les travaux ont duré 10 ans, de 1994 à 2004. Décébale était l’ancien souverain du royaume des Daces, royaume qui fut vaincu par l’Empire Romain sous Trajan. Or, que trouve -t-on pile poil en face, du côté serbe, au ras de l’eau? La « Table de Trajan », grande plaque de pierre recouverte d’inscriptions gravées commémorant le passage de l’empereur romain dans le coin. Trajan, les Daces, victoire des romains… Tu comprends mieux? L’inscription sur la statue est, ironiquement, écrite en latin, la langue des romains, tiens donc… Ça dit: « DECEBALUS REX – DRAGAN FECIT » (« Roi Decebalus – Réalisé par Dragan »).





Je m’arrête dans le petit village de Tekija (Текија), peu après la sortie des Portes de Fer. Il n’a rien de particulier, juste quelques rues tranquilles en surplomb du Danube qui reprend sa largeur d’avant. Mais j’ai trouvé un bon petit resto où je prends mon repas de midi. D’abord une srpska salata, ce sera bien, çà. C’est simple, c’est comme la skopska salata de Macédoine du nord (tomates, concombres, poivrons) mais en Serbie, c’est sans le fromage par-dessus. Ensuite des uštipak, semblables à des gros hamburgers et recouverts d’une sauce aux champignons, tout cela avec cette si bonne bière serbe Zajecarsko. Avec la vue directe sur le Danube en plus, j’ai bien choisi mon point de chute!
Restoran Joca Krofna à TEKIJA.




Je continue le long du Danube jusqu’à Kladovo, où je prends à droite pour aller vers Negotin. Je longerai encore le grand fleuve par deux fois au cours d’un long méandre, avant qu’il ne poursuive sa longue route vers la Bulgarie. J’utilise les petites routes secondaires à travers la campagne et les bois. On ne visite pas un pays en roulant constamment à 120 km/h, pas vrai? C’est un coin peu fréquenté des visiteurs dans le pays, on n’est donc pas bousculé par la circulation.
À l’approche de la petite ville de Negotin, les vignobles refont bientôt leur apparition, C’est une zone viticole moins connue que Fruška Gora et Vršac, mais ses vins rouges commencent à gagner du galon, même au niveau international. En outre, les caves à vins de la région sont très particulières, pour ne pas dire uniques au monde. Tu penses bien que j’ai eu envie d’examiner çà de plus près. Je vais donc m’arrêter dans le petit village de Rajac (Рајац) qui, bien que très joli et paisible, semble ne pas avoir grand-chose à me montrer en corrélation avec le divin breuvage. C’est normal, ce n’est pas dans le village même que ça se passe…



Après la petite église, il faut parcourir un petit kilomètre à pied (le chemin en vaut la peine, crois-moi) pour atteindre ce qu’on pourrait appeler la « partie haute » de Rajac, bien que l’endroit soit inhabité. Mais alors, ces vieilles maisons de pierre, plutôt trapues, aux toits de tuiles mais dépourvues de cheminées, que font-elles là? C’est justement ce qui nous intéresse: voici les caves à vins de Rajac, appelées ici les pivnice. Elles ont été construites entre les 18ème et 20ème siècles, leur aspect inhabituel vient du fait que la partie inférieure des maisons est enfoncée d’environ 2 m dans le sol et utilisée pour la production et le stockage du vin, tandis que la partie supérieure est parfois encore destinée à servir de logement pour les personnes pendant les vendanges. C’est très particulier d’errer à travers ces ruelles qui sont en majorité des sentiers et des chemins de terre, dans un silence impressionnant. Mais ce n’est pas village-fantôme pour autant, quelques viticulteurs font visiter leur pivnice et goûter leur production.












À 5 km de Rajac, Rogljevo (Рогљево) est l’autre village viticole où tu auras l’occasion de voir ces fameuses caves pivnice. C’est le même schéma qu’à Rajac, avec le village habité en contrebas de la zone où se concentrent les caves viticoles. J’ai une fois encore bien choisi l’endroit où poser mon sac cette nuit, dans ce petit village d’un calme absolu, où on a davantage de chances de croiser un petit tracteur qu’une voiture. Mon hébergement, c’est la Domaćinstvo Jovanović (« domaćinstvo » étant plus ou moins l’équivalent d’une chambre d’hôtes), gérée justement par un couple de viticulteurs qui produit ses vins au sein d’une pivnice de Rogljevo. Si c’est pas beau çà…





Les caves de Rogljevo ne sont qu’à 500 m du village, l’idéal est d’y aller à pied, bien sûr. C’est le même plaisir qu’à Rajac d’y déambuler, en passant par de discrets sentiers et des petites venelles dérobées. Mais il me semble que la météo a décidé de changer: par-dessus les collines s’avance très lentement une barre de nuages noirs menaçants. Mais d’où sortent-ils donc? Il y a deux heures à peine à Rajac, le ciel était d’un bleu éclatant, parsemé de quelques petits nuages! Un grondement encore lointain confirme mes craintes: un orage ramène sa fraise vers Rogljevo; à moins qu’il ne dévie au dernier instant, j’ai bien l’impression que je vais me le prendre…











Ce serait bien de voir une de ces caves de plus près, non? C’est ce que je vais faire, mais au préalable, je vais prendre la voiture, que j’ai laissé au village, car j’ai senti les premières gouttes de pluie, et un orage est un phénomène tellement versatile que je ne préfère pas jouer avec le feu… enfin je devrais dire la foudre! Je vais me garer près du vieux puits, posé au milieu de ce qui semble être la petite place centrale de la zone des pivnice. L’endroit où je me rends est très singulier: le couple de viticulteurs est d’origine française. Ayant travaillé tous deux dans les vignobles de Bourgogne, Estelle et Cyrille Bongiraud ont débuté leur aventure viticole serbe de façon totalement fortuite en 2006, suite à une panne de voiture dans le coin alors qu’ils sillonnaient cette partie de la Serbie. Ils découvrent les caves de Rogljevo: coup de foudre absolu! Et c’est le grand plongeon, ils font l’acquisition d’une pivnice, rebaptisée la Francuska Vinarija, et s’associent à d’autres producteurs locaux. Depuis ce temps, ils ont parcouru un sacré chemin, et leurs vins sont exportés en France de manière très satisfaisante.
J’avais contacté Cyrille par e-mail deux semaines auparavant, afin de voir si je pouvais passer faire une petite visite, sans vouloir être inopportun, cela s’entend. Il n’y a pas vu d’inconvénient, mais reste tributaire de la charge de travail à cette période. Près d’une cave, j’aperçois un pick-up immatriculé en France. C’est un bel indice de sa présence! Un petit coup de fil pour dire que je suis à Rogljevo, et pour vérifier si je peux passer. C’est OK, on se rejoint, le couple est un peu fatigué de sa journée, mais je ne vais pas rester trop longtemps non plus. Cyrille me montre l’intérieur de sa cave, puis on se retrouve dans la petite maison du couple (un cas rare d’endroit habité autour des pivnice de Rogljevo) autour d’une bonne bouteille de vin blanc. Dehors, l’orage bombe le torse, il pleut dru, mais d’étranges détonations, semblables à de gros feux d’artifice, attisent ma curiosité. Cyrille m’apporte la clé du mystère: ce que j’entends, ce sont des canons anti-grêle, Le principe est simple: l’explosion (130 décibels, rien que çà) envoie une onde vers le ciel, mélangeant alors l’air chaud et l’air froid du nuage afin d’éviter la formation de grêlons. En effet, on imagine bien que la grêle et les pieds de vignes ne fassent pas bon ménage!


Il est presque 20 heures, c’est l’heure à laquelle je vais aller prendre mon repas du soir à la pivnice de mon hôte Goran Jovanovic. Je vais devoir prendre congé des Bongiraud, mais Cyrille me dit de ne pas m’inquiéter si je « déborde » de 5 ou 10 minutes; je ne le savais pas, mais ils sont associés viticoles, si je puis dire ainsi. Et hop, il passe un petit coup de fil à Goran, pour lui dire que j’arrive dans 10 minutes. On peut finir cette bouteille de vin l’esprit tranquille!
Goran a aménagé une partie de sa cave en petit restaurant, séparé de l’hébergement qui lui, se trouve dans le village. C’est une super idée, prendre son repas à l’intérieur de ces vénérables murs de pierre est une expérience immersive de premier ordre dans la vie quotidienne de cette région viticole. Et quand les proprios mangent avec toi, c’est encore mieux, accompagné ce soir d’un de leurs amis du village qui, tu parles d’un hasard, parle un peu le français! Ce solide gaillard à la barbe imposante nous servira de passerelle linguistique entre les langues serbe et française. Quoiqu’il en soit, c’était encore un repas made in Balkans, varié et copieux, à faire tourner de l’oeil un expert en diététique: soupe, viande rôtie, sarma (ces fameuses feuilles de chou farçies au riz ou à la viande), accompagné de vins de la maison et – je l’attendais au tournant, celle-là – l’inévitable, l’imparable rakija!! Cette fois, je vais quand-même faire gaffe, le repas d’anthologie de l’année précédente en Macédoine du nord étant encore très vivace dans ma mémoire! Car ici c’est différent, même si je n’ai que 500 m à parcourir, ça se fera en voiture…




plus vraiment un voyage…
La Serbie centrale, entre monastères et forteresses.
Je quitte Rogljevo après un petit-déj’ du même acabit que le festin de la veille. Je vais maintenant m’enfoncer à l’intérieur du pays, sillonnant un tas de petites routes secondaires vers l’ouest. Les paysages sont assez diversifiés, alternant champs, prairies et espaces boisés; on ne risque pas de piquer du nez sur le volant par ennui! Mon premier arrêt du jour n’est pas vraiment à côté de Rogljevo, que j’ai laisée derrière moi depuis trois heures à … 170 km de distance, hé oui! Pour l’instant, je me trouve à 3 km de la ville de Despotovac, au milieu d’un océan de petites collines verdoyantes. C’est là que se polanque l’un des monastères orthodoxes les plus connus de Serbie: le monastère de Manasija.
L’arrivée aux abords du monastère suscite la surprise et la perplexité. On peut ranger au placard les images des élégants monastères de Fruška Gora, car ici on se retrouve face à des murailles surpuissantes jalonnées de 11 tours défensives, qui ont certainement un autre rôle que de préserver l’intimité de ses occupants. Cela prête même à confusion, on se demande si on ne s’est pas gouré, si le monastère proprement dit n’est pas plus loin. Non, pas d’erreur, c’est bien ici que ça se passe! Il faut pénétrer à l’intérieur de l’enceinte et admirer l’ensemble, après s’être frotté les yeux de stupeur face au contraste entre l’église, les anciens bâtiments collectifs et ces remparts qui entourent ce petit univers. C’est bien la première fois que je vois une telle configuration, ça en semble presque improbable, et pourtant!





Le monastère de Manasija a été construit au 15ème siècle par le despote Stefan Lazarević, dont la sépulture se trouve ici. Les fortifications n’étaient évidemment pas là pour faire joli, mais pour se prémunir des attaques ottomanes qui allaient déjà gangréner les Balkans à cette époque. Seulement, rouler des mécaniques ça ne suffit pas toujours, et le monastère finit quand-même par être incendié par les turcs en 1456. En tant que mécène des arts, Lazarević accueillit également divers artistes au sein du monastère, et un atelier de copies de manuscrits y vit le jour. L’église abrite encore quelques fresques, mais les vissicitudes de l’histoire ne lui ont pas fait de cadeaux, dommage…








Je fais une petite halte à Despotovac (Деспотовац), cette petite ville toute proche, très paisible, où la vie quotidienne s’écoule sans qu’elle soit gênée par les touristes, qui n’ont d’yeux que pour Manasija. Les petits commerces, les vieux qui se racontent les dernières infos sur un banc, l’église orthodoxe devant laquelle nombre de gens se signent encore en passant, y compris de jeunes ados revenant de l’école (ça n’existe plus par chez nous, celà)… c’est la vraie Serbie, sans fards, sans tralala pour touristes en autocar. J’aperçois même quelques bonnes vieilles voitures Yugo, toujours aussi increvables!





Je reprends la route, encore plus dans le centre du pays, les rives du Danube sont bien loin à présent. Me voici arrivé aux abords de Kragujevac (Крагујевац), une grosse ville plutôt industrielle qui n’a pas vraiment une vocation touristique. Et pourtant il s’en est passé des choses ici dans la quatrième ville du pays, et pas des plus agréables. En témoigne ce jour maudit du 21 octobre 1941, où un début d’insurrection de partisans locaux déclencha la colère d’une petite ordure moustachue que je ne nommerai pas (…). Les représailles furent apocalyptiques: plus de 7000 habitants, sans considération d’âge a priori, furent rassemblés et fusillés (avec un « ratio » de 100 adultes pour un allemand tué!), y compris de jeunes écoliers et leurs professeurs. Pour que ne soient jamais oubliées de telles horreurs. le Musée mémorial du 21 octobre, a ouvert ses portes en 1976, à proximité du parc mémorial de Šumarice, aménagé en l’honneur des victimes du massacre de Kragujevac, qui eut lieu ici même. Certains monuments (les fameux spomenik des Balkans) sont aussi sobres que poignants, comme Les Ailes Brisées, en hommage aux élèves et professeurs tués, ou le Monument de la douleur et du mépris. On voudrait tant que ça n’ait pas eu lieu, mais malheureusement…






Je continue toujours plus vers l’ouest, en passant par Kraljevo (Краљево) sans m’y arrêter. C’est 6 km plus loin que je ferai halte, afin d’aller à la rencontre du monastère de Žiča. Depuis le paking, on voit déjà ses trois coupoles dépasser derrière une rangée d’arbres. Il a été bâti au 13ème siècle et peut se vanter d’avoir été le lieu officiel de couronnement de sept rois de Serbie au fil des siècles; la cathédrale de Reims version Balkans, en quelque sorte. Lui aussi a subi les coups de boutoir de l’Histoire: les ottomans (encore eux), les allemands (ça leur a pas suffi Kragujevac?!), et un tremblement de terre en 1981. Il s’est relevé de ses décombres au bout de nombreuses années d’une restauration de longue haleine, et il est très agréable aujourd’hui de se balader dans les jardins ou d’admirer les fresques de l’église. En revanche, le visiteur constatera vite que quelque chose ne va pas…
Fais donc une petite recherche de photos sur le web au sujet du monastère de Žiča: l’église est d’une couleur rouge éclatante, un peu comme les monastères du Mont Athos en Grèce, ce qui le démarque radicalement des autres. monastères du pays. Alors où diable ce rouge a-t-il disparu sur mes photos? Non, je n’ai pas eu de souci de réglage de couleurs sur mon APN, la façade de l’église n’est plus rouge, c’est comme çà. Mais alors? Il faut savoir que les composants de la peinture originelle furent ramenées du Mont Athos (comme de juste) par Saint-Sava en personne, frère de Stefan Ier Nemanjić, le fondateur du monastère. Ces « ingrédients » se sont perdu au fil du temps, et durant la restauration des années 1990, les peintures rouges de substitution n’ont clairement pas fait le poids niveau longévité. Les spécialistes se creusent les méninges pour retrouver la peinture d’origine, mais c’est pas encore gagné…













La météo a décidé de faire la gueule en cette fin d’après-midi (ça se voit sur les dernières photos), les nuages noirs s’amoncellent et, vu la direction du vent, je vais droit à leur rencontre. J’ai beau faire les 20 derniers kilomètres en voiture de ma journée, c’est une bonne grosse pluie bien brutale, agrémentée de quelques coups de tonnerre, qui m’accompagne sur la route qui longe la rivière Ibar, au creux d’une vallée sinueuse. Je m’arrête même 5 minutes, les essuie-glaces n’arrivant plus à suivre malgré la vitesse rapide…
Ça se calme un peu, tant mieux. Je quitte la route pour suivre un tout petit chemin qui m’amène à un parking à côté d’une école de kayak (avec une rivière en face, l’emplacement est plus que judicieux!). Je ne compte pas faire de kayak, non, c’est que l’endroit où je pose mon sac cette nuit se trouve à proximité. Encore faut-il l’atteindre! Il se trouve de l’autre côté de la rivière, et pour la franchir, en principe je devrais apercevoir une passerelle à même pas 50 mètres. Mais ce n’est pas le cas. Petit coup de fil pour signaler ma présence, et le gars me dit qu’il vient me chercher dans 10 minutes. Ça ne m’a pas fait « tilt » tout de suite, mais je vois, sur la rive opposée, une grande barque plate reliée par une chaîne à un genre de câble aérien, qui fait communiquer les deux bords de l’Ibar. Ok je capte: on traverse en barque! J’apprendrai que la passerelle a été embarquée par la rivièrre en crue il y a quelques mois d’ici.
Une fois de l’autre côté, je longe la rivière via un petit sentier sur 400 m, pour aboutir en ce lieu aussi magique qu’insolite: Magličgrad. Ce n’est ni un village, ni un camping, mais une petite communauté qui accueille régulièrement des bénévoles, dans le cadre de la restauration de la forteresse de Maglič, tout là-haut sur son éperon rocheux, et à laquelle on va s’intéresser par après. Un vrai petit paradis, avec des petites cabanes en bois, dont certaines servent d’hébergement payant, permettant ainsi de financer les travaux de la forteresse, et une foule d’animaux: poules, chèvres, chats, deux ou trois chevaux… Ce petit Eden au style un peu baba-cool (sans la fumette, je précise!) est géré par Miloš, dans un esprit détendu et convivial qui fait qu’on s’y sent bien dès la première seconde. J’adore.


Pour les visiteurs qui y passent la nuit, l’accès à la fortesesse de Maglič est libre, J’y grimpe en soirée, en prenant soin d’être redescendu avant que l’obscurité ne me rattrape. L’ascension est facile, la rampe en zigzag étant largement dallée. Néanmoins, avec toute la flotte qui vient de tomber, je reste prudent pour éviter toute éventuelle glissade. Mais ça commence déjà à sécher tout doucement. Maglič, c’est une des forteresses médiévales serbes les mieux conservées, une extraordinaire sentinelle qui surveille la vallée de l’Ibar, en contrebas. Elle fut construite au 13ème siècle pour protéger les monastères des environs, à savoir Studenica et Žiča. Cependant, ses 7 tours fortifiées, ses murs de 2 m d’épaisseur et son incroyable donjon ne l’empêchèrent pas d’être prise par les ottomans en 1438. Inutile de te dire que, du donjon, le panorama à 360 degrés tient du subime. Et quand on l’a pour soi tout seul, je ne te dis que çà!











Je redescends, ça va être l’heure de manger. Dans ce genre de havre de paix qui n’entre dans aucun moule, les repas sont à des années-lumières des restos classiques. Tout le monde autour d’un grande table de bois, on se passe les plats et on se sert comme on veut, sans chichis. Les bénévoles sont de diverses nationalités: un espagnol, deux allemandes, deux canadiennes, quelques serbes, et moi le belge. Ça parle fort, ça rigole encore plus fort, décomplexé à 200%, et les éventuelles barrières linguistiques on s’en fout, y a toujours moyen de se faire comprendre!
Je quitte Magličgrad de bon matin, à 07H30, c’est le même gars qu’hier qui va me refaire passer sur l’autre rive de l’Ibar. La petite vidéo de la traversée, ci-dessous, mérite une petite explication. En fixant l’heure du départ avec mon batelier hier soir après le repas, je lui demande s’il va me faire le gondolier vénitien, style « O Sole Miioo »; il me répond non, mais il veut bien faire « Belle Ciao ». Là, ce matin, il était encore moitié dans son lit, moitié dans la barque, c’est pour çà que je le « relance » un peu sur la barque… En même temps, à défaut de ne jamais voir ma tête dans mes récits, au moins tu auras entendu ma voix!
La Serbie, côté montagne.
Avant de remonter vers le nord et de m’engager dans les régions montagneuses du pays, il y a un dernier monastère que je tiens à épingler à ce beau voyage. Il se trouve à 35 km de la forteresse de Maglič, et se positionne très souvent sur le podium des plus beaux bâtiments de ce genre en Serbie. Cette merveille, entourée de collines boisées, en pleine nature, c’est le monastère de Studenica.
Il fut bâti au 12ème siècle par Stefan Nemanja, qui n’est pas n’importe qui: il est surnommé « le Père de l’État serbe », ayant mis sur les rails une première mouture de la Serbie médiévale; et en matière de paternité, ça ne s’arrête pas là puisqu’il n’est autre que le papa de Saint-sava himself! Son tombeau se trouve dans l’église principale. Le monastère est entouré d’un long mur fortifié circulaire, sans toutefois atteindre la démesure des murailles de Manasija. Autrefois, on comptait jusqu’à 14 églises dans l’enceinte de Studenica, il n’en reste que trois de nos jours. L’église de la Vierge Marie, la principale, mélange les styles roman et byzantin et, détail inhabituel, est partiellement recouverte de marbre blanc. À l’intérieur c’est un feu d’artifice de couleurs avec des fresques à foison, joliment bien conservées. Et comme je le disais plus haut, les paysages entourant le complexe monastique sont de toute beauté, malgré le temps qui a décidé de rester dans les tons gris aujourd’hui… Ah, dernière chose: il est possible de passer la nuit tout à côté du monastère, dans un gîte aux chambres plutôt spartiates mais bon marché.















À partir de Studenica, je vais emprunter une série de petites routes montagneuses, où la trajectoire rectiligne est persona non grata. Les paysages vont maintenant devenir de plus en plus magnifiques et dégagés, avec toutefois quelques gros bancs de brouillard en altitude qui m’obligeront à redoubler de prudence. Voici une Serbie totalement méconnue du grand tourisme, rurale et authentique jusqu’au bout des ongles, où tu apercevras de temps à autre de drôles de petits dômes en briques d’où s’échappent des panaches de fumée. En fait, dans certaines régions montagneuses du pays, on produit encore du charbon de bois de manière artisanale.









Chemin faisant, je pénètre dans la région des Monts Zlatibor, tout à l’ouest de la Serbie. La frontière avec la Bosnie-Herzégovine ne se trouve qu’à quelques dizaines de kilomètres. Au-delà commence le parc national de Tara. Les Monts Zlatibor, c’est plutôt un paysage de moyenne montagne, on n’est pas sur les mêmes proportions que les Alpes ou les Pyrénées, soyons clair. Le point culminant du massif est le mont Tornik, dont le sommet atteint 1496 m; à titre comparatif, le Grand Ballon d’Alsace culmine à 1424 m.
Je passe outre la grosse ville de Zlatibor (Златибор), localité la plus touristique du coin, mais pas dans le bon sens du terme. Elle est majoritairement composée de tristes immeubles à plusieurs étages destinés à loger les visiteurs qui viennent ici en hiver y pratiquer les sports ad hoc, ou durant l’année qui y viennent en cure thermale. Trop de restos, de bars, de boutiques, ça n’a pas d’âme, c’est comme les grosses stations de France ou de Suisse qui sont des usines à touristes sans authenticité. Pas mon délire, tu te doutes déjà que je ne logerai pas ici.
Je continue encore sur 40 km pour, cette fois, bien m’arrêter à Mokra Gora (Мокра Гора), un petit village où les petites maisons, dont certaines encore en bois, lui donnent un vrai cachet qui fait dire « ah ouais, ici c’est vraiment la montagne »! Beaucoup plus esthétique que Zlatibor, c’est indéniable. Mais avant d’investiger plus loin, il est temps de se mettre à table, dans un restaurant traditionnel qui ressemble à un gros chalet. J’ai envie de manger autre chose, donc pas de pljeskavica ce midi, mais une spécialité appelée Karađorđeva šnicla, un genre d’escalope de porc ou de veau roulée avec du jambon et du fromage, puis panée et frite. La petite sauce au-dessus, c’est soit mayo soit tartare. Ça lui donne un petit air de fricadelle belge, pour qui connaît (non je suis pas chauvin).
Restoran Šarganska Osmica – juste à côté de la petite gare de Mokra Gora.





Alors, cette petite gare, ces rails, où conduisent-ils? Est-ce une ligne régulière? Ça l’était autrefois, c’est un ancien tronçon de la liaison Belgrade – Sarajevo, dont le tracé a été modifié, ce qui a causé la désaffection de cette partie de la ligne en 1974. Alors, plutôt que de laisser les rails se faire bouffer par la rouille et la végétation, il a retrouvé une seconde vie à vocation touristique cette fois. Ainsi est né le petit train à vapeur Šargan 8, datant des années 1930 avec ses wagons en bois qui brinquebalent sur un trajet d’environ 15 km qui franchit 22 tunnels, formant une grande boucle ressemblant à un huit, d’où le nom. Je ne te dirai pas d’embarquer avec moi, non par égoïsme mais parce que j’ai choisi de ne pas le faire. Mon temps d’arrivée à Mokra Gora coïncidait avec l’heure de départ des groupes en priorité, et ces troupeaux qui bien souvent ne sont pas des champions de la civilité me hérissent le poil. Rien ne m’empêchait cependant de faire quelques clichés de la gare, de son petit musée et ces étranges véhicules (une voiture Chrysler et un vélo) posés sur des rails. Quelques kilomètres plus haut, la gare de Jatare, arrêt intermédiaire du Šargan 8, a été construite pour les besoins d’un film dont il va être question par après.













Quelques maisons rustiques, un chemin de fer touristique, c’est tout? Pas vraiment. La Serbie, plus particulièrement dans la région de Zlatibor, abrite ce qu’on appelle des ethno villages (etno selo en serbe), qui reconstituent, à travers divers types d’anciennes habitations, la vie d’autrefois dans le pays. Mokra Gora en possède un, sur une colline à 1 km à peine du village, une des attractions les plus courues dans le secteur: c’est le village ethno de Drvengrad.
Elle n’est pas banale, l’histoire de Drvengrad (littéralement « village de bois ») qui cache bien son jeu sur son âge, puisque sa création ne date que de 2004. Il est né pour les besoins du film La Vie est un Miracle d’Emir Kusturica; réalisateur d’origine bosnienne et grosse star du genre dans les Balkans. Cette idée un peu folle a germé après que sa ville natale, Sarajevo, eut été bombardée dans les années 1990. Il décide alors de construire SON propre village, lieu de vie où il y aura divers artisans et même une école de cinéma. Il rachète des anciennes maisons traditionnelles en bois pour les démonter et les reconstruire sur place. C’est ainsi que l’aventure a commencé pour Dvengrad, appelée également Kustendorf, venant du surnom du réalisateur, « Kusta », et du mot allemand dorf signifiant « village ». Autre détail marquant: Emir Kusturica vit ici-même, au coeur de sa création. Peut-être le croiseras-tu lors d’une visite… Moi je n’ai pas eu cette occasion.
L’histoire est belle , OK, mais ça donne quoi dans la réalité? Bien bien… Les deux ou trois autocars qui attendent sur le parking en contrebas t’annoncent déjà que si tu as des envies de solitude, c’est cuit. Bon, attendons quand-même de voir. Je reconnais volontiers que l’ensemble du village est assez homogène, les bâtisses pas mal du tout (comme la petite église mignonne comme pas deux) et les points de vue sur Mokra Gora superbes. Mais l’ensemble est touristique, beaucoup de groupes s’y rendent, et ça dégage un petit effet surfait, ripoliné, un rien trop « bien propre sur soi ». Je ne peux pas dire que j’accroche à 100%, les restos et autres pâtisseries un peu trop « usine » ne relevant pas forcément la note. Maintenant, les goûts et les couleurs, hein… Chacun(e) se forgera sa propre opinion.
















J’avoue que Drvengrad me laisse un peu sur ma faim, j’ai bien envie de visiter un autre ethno village, pour m’assurer qu’ils ne sont pas tous « formatés » de la même façon. Je continue ma balade par des petites routes de montagne comme je les aime, malgré le ciel qui recommence à se plomber de gris. Et c’est ainsi que j’arrive à Sirogojno (Сирогојно), un village encore plus petit et isolé que Mokra Gora, avec une petite église adorable comme c’est pas permis. Mais ce n’est pas tout, Sirogojno possède lui aussi un ethno village, voici une belle occasion pour voir ce que ça dit par rapport à la trop touristique Drvengrad.


Pas de tournage de film ici, le staro selo de Sirogojno a été créé en 1980 dans le dessein de reconstituer un village de montagne typique du 19ème siècle, en reconstruisant d’anciennes habitations des environs délocalisées jusqu’ici. Pas de boutiques tapageuses ni de colonnes d’écoliers braillards en vue, à Sirogojno on a une paix royale, les seul bruits de fond étant le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles dans les arbres. Du reste, l’endroit est beaucoup plus didactique que Drvengrad, on apprend un tas de choses sur le mode de vie de l’époque, grâce à l’ameublement intérieur de chaque bâtiment agencé comme autrefois, tout cela agrémenté de nombreuses photos d’époque. Cabanes de bergers, ateliers d’artisans divers (charpentiers, tonneliers, potiers, tisserands et j’en passe), laiterie, étable, séchoir à maïs, ce n’est là qu’une liste non exhaustive de tout ce que tu rencontreras au cours de ce petit voyage dans le temps. J’ai largement préféré Sirogojno à Drvengrad, mais je pense que tu l’avais deviné, non?












L’endroit où je pose mon sac cette nuit ne se trouve qu’à 20 km de Sirogojno, mais je dois redoubler de prudence et adapter mon allure car le brouillard s’invite sur les hauteurs! Et le GPS commence à se payer ma tête, en voulant faire passer la voiture par des sentiers où même un randonneur devrait rentrer les épaules! Ah çà mon ami, tu ne m’auras pas comme çà… En le forcant à se remettre sur le droit chemin, je finis par arriver à ma chambre d’hôtes, perdue dans les montagnes, dont le village le plus proche, Ljubiš, se trouve à 7 km. Je vais être bien ici; un petit poêle à bois était même allumé dans ma chambre, mais ç’est un peu trop chaud pour moi, j’ouvre la fenêtre et je le laisse s’éteindre. Pour la petite balade vespérale, je crois que c’est râpé, la petite bruine s’est muée en averse bien soutenue. On ne peut pas gagner à tous les coups, comme on dit… Allez, demain est un autre jour, même si c’est déjà le dernier de ce périple!


La fin du voyage (déjà…).
Ah, le beau temps est de retour, c’est unez bonne chose! C’est aujourd’hui, en milieu d’aprem, que mon vol retour me ramène à l’aéroport de Roissy. En attendant, j’ai encore largement de quoi occuper ma matinée, en amorçant mon retour vers Belgrade pour un trajet d’environ 3 heures, combinant routes secondaires et autoroutes. Je m’offre un petit stop intermédiaire à 50 km au sud de Belgrade, au coeur d’une région très boisée, pour aller voir de près un de ces spomenik, ces fameux monuments qu’on trouve un peu partout dans les Balkans, aux formes parfois fantasques érigés en souvenir de l’une ou l’autre guerre. Et celui-là, le monument de Kosmaj, ne déroge pas à la règle et n’est pas mal dans son genre. Qu’ai-je donc face à moi? Un vaisseau spatial, une étoile de Noël, la représentation abstraite d’un porc-épic, ou je ne sais quoi encore? Quoiqu’il en soit, il a été construit en 1970 en hommage à un groupe de combattants partisans qui ont lutté contre l’occupation allemande dans le sud de Belgrade. À 2 km de là, le petit monastère de Tresije date du 14ème siècle et est toujours en activité.






Je me rapproche maintenant de Belgrade, qui n’est plus qu’à une dizaine de kilomètres. Mais je ne compte pas refaire un tour dans le centre-ville, ça risque d’être trop juste au niveau du timing. Mais pas de souci, je sais où je vais, et là je suis à la recherche d’un endroit le long d’une route à 2 bandes on ne peut plus banale, longée par une ligne de tram. J’aperçois finalement l’objet de ma quête: un long hangar ferroviaire un peu défraîchi, devant lequel, à l’extérieur, sont immobilisés quelques vieilles locos et voitures passagers, qui je pense ne rouleront plus jamais. Tu es en train de te dire, connaissant ma passion pour les endroits abandonnés à explorer: « ça y est, il va nous faire une séance d’urbex! ». Hé non, perdu! Ce ne sont pas des wagons rouillés et bancals que je vais te montrer, mais un trésor national. Suis-moi…
À l’intérieur du hangar, un alignement de wagons bleus savamment restaurés, flanqués d’armoiries représentant une étoile, 2 gerbes de blé, 6 torches et la date 29-XI-1943, celle de la proclamation de l’indépendance de la République de Yougoslavie. Ce train, c’est un symbole national, une icône: voici le mythique Train Bleu de Tito (plavi voz en serbe). Il a été construit en 1959, et peint en bleu pour bien le distinguer des autres trains des chemins de fer yougoslaves de l’époque, de couleur verte. De 1959 à 1980, il aura parcouru plus de 600.000 km à travers la Yougoslavie et l’Europe, avec à son bord non seulement Tito et sa femme Jovanka, mais aussi les plus illustres chefs d’état et souverains de l’époque. Son dernier voyage, le 5 mai 1980, ramena la dépouille de Tito de Ljubljana vers Belgrade.




Longtemps laissé à l’abandon, il a été restauré et peut se visiter depuis quelques années. Des petites visites guidées de 30 minutes ont lieu régulièrement (sauf les week-ends), encadrées par des guides passionnants et passionnés par cette « capsule temporelle » dans laquelle on a le privilège de pénétrer. C’est un véritable palace roulant, avec un wagon-restaurant de luxe, une salle de réunion tout en longueur avec le siège du leader yougoslave un peu plus massif que les autres (tu auras compris que je parle des sièges), des salons opulents, des salles de bain et des chambres à coucher séparées (Mr et Mme Tito ne dormaient pas ensemble!), et ce petit salon très spécial appelé « la chambre des sourds », où la légende raconte que si Tito y convoquait un membre de son entourage et montait le volume de la radio, c’était pas bon signe : ça sentait l’engueulade à plein nez…
La visite coûte 300 RSD et en théorie, ce serait un petit parcours du combattant pour y accéder. Il faut formuler une demande par email (prodaja@srbijavoz.rs) au moins 48 heures à l’avance, attendre la confirmation qui se fait souvent le jour même et aller retirer son billet non pas sur place, mais dans un guichet de la nouvelle gare avant de se rendre au hangar du Train Bleu. Alors si tu n’es pas motorisé(e), ça rique d’être un peu compliqué! De mon côté, j’ai pris le risque de m’y rendre directement, en expliquant que je n’ai jamais reçu de confirmation et que cette visite me tenait vraiment à coeur (en réalité, je n’ai pas envoyé de mail, ouh le petit menteur). Ça a marché: sache qu’il est tout à fait possible d’acheter son billet de visite sur place.















Lorsque Tito en a eu ras-le-bol que Staline envoie des assassins pour le supprimer, celui-ci lui a adressé un message aussi direct qu’incisif: « Arrêtez d’envoyer des gens pour me tuer. Nous en avons déjà capturé cinq, un avec une bombe et un autre avec un fusil. Si vous n’arrêtez pas d’envoyer des tueurs, j’en enverrai un à Moscou, et je n’en enverrai pas un deuxième ». Fallait pas le chercher, Tito…
Hé bien voilà, la boucle est bouclée. Il ne reste qu’à restituer la voiture à l’agence de l’aéroport et d’attendre sagement mon vol retour vers 16 heures. Enregistrement en ligne, jamais de bagage en soute, ça me fait toujours gagner du temps. Dernier détail: si tu as des devises locales en trop, c’est comme en Macédoine du nord, il est possible de les déposer dans ces grandes boitess transparentes, destinées à des associations caritatives ou de protection des animaux. Comme çà rien ne se perd!
LE « DEBRIEF » DU VOYAGE:
Quitte à être répétitif, les pays des Balkans ne parviendront jamais à me blaser. La découverte de cette Serbie méconnue et souvent sous-cotée à tort me le prouve une fois de plus. Belgrade, étonnante et tout en contrastes, Novi Sad la top-model de Voïvodine, le Danube, les monastères, les vins… Mais l’Histoire lui colle toujours à la peau, de façon similaire à la Bosnie-Herzégovine, et d’aucuns pensent encore que le pays est un coupe-gorge. Avant de juger, il faut peut-être y aller voir et s’en rendre compte par soi-même, non? Alors fais comme moi, sors des sentiers battus, va à la rencontre des serbes, à aucun moment tu ne le regretteras!
« Je suis le leader d’un pays qui a deux alphabets, trois langues, quatre religions, cinq nationalités, six républiques, entouré de sept voisins, un pays dans lequel vivent huit minorités ethniques ».

- La capitale Belgrade cache bien son jeu: derrière les barres d’immeubles grises de la périphérie, c’est une ville animée et éclectique que l’on découvre, avec des espaces verts, des bars et restos très vivants, des vieux trams qui cliquètent…
- Les forteresses et monastères et serbes, parmi les plus beaux des pays des Balkans.
- Longer un Danube insoupçonné et inattendu pendant des kilomètres… Que du bonheur!
- La bouffe, encore et toujours! Pljeskavica, ćevapi, burek, rakija… Je crois que les diététiciens ne font pas fortune dans les Balkans…
- Les gens, évidemment, loin de tous les préjugés tenaces, aussi sympas que serviables et désireux de faire connaître leur pays.

- Les blessures de guerre de Belgrade sont loin d’être cicatrisées. En 1999, l’OTAN lançait ses premières attaques sur la capitale de l’ex-Yougoslavie, dans le but de mettre fin à la répression des Kosovars albanais, menée par le dirigeant Slobodan Milosevic. Ok très bien. Mais les innombrables dommages collatéraux, on en parle un peu moins…
- Le village ethno de Drvengrad est devenu un petit Disneyland; je ne pense pas que c’était l’idée initiale d’Emir Kusturica…
- L’état des petites routes n’est pas toujours au top.

Humour, belles photos, vidéos où j’aime vous suivre… comme d’habitude tout me plaît. Bravo !
Merci à vous de votre fidélité. Prochains carnets: destination la Turquie! Ce périple, je vais le fragmenter en plusieurs opus, ce sera mieux. À bientôt, caresses à BB.
Super si vous fragmentez !
Déjà j’ai lu plusieurs fois la Serbie afin de m’imprégner des noms et des endroits… mémoire quand tu nous fuis 😀
Ça représente un long travail !
Encore bravo.
BB est en mode économie : il fait très chaud (mais on va pas se plaindre !)
Caresses transmises, ronrons en échange.
Merci pour ce tour très complet ! Que d’endroits et de choses intéressantes et particulières. La forteresse accessible 24/24 au public, c’est bien ! Impressionnant la gare de métro vide. Au moins, elle sert au train de banlieue…
J’adore l’idée des stands de popcorn partout. Ça doit embaumer l’air de la ville !
Ces écoles serbes sont charmantes et sembkent bien accueillantes.
Golubac a l’air incroyable, mais ces avertissements aux serpents à sornette refroidissent mon enthousiasme. Je pense que des photos, c’est bien assez pour moi. 😉
Il faut être prudent pour marcher sur le chemin de ronde de la forteresse de Maglič 😯.
Je visiterais volontiers ce train bleu.
Merci de votre retour positif! Les pays des Balkans ne cesseront jamais de me surprendre.
Ça m’a fait penser aux romans de Jules Verne qui s’y déroulent (dont le Beau danube jaune) et ça m’a donné envie d’en relire. 😊