Partager la publication "Voyage en Turquie – 1ère partie: Istanbul et Ankara – juin 2024."
Pour mon voyage « long » de cette année 2024, mon choix va se porter sur une destination qui a dû faire fantasmer plus d’un voyageur: religion, culture, habitudes différentes, bien des choses propices à un dépaysement garanti! Je t’emmène donc découvrir un pays grand comme 1,5 fois la France, et qui se paie le luxe d’être à cheval sur deux continents. Le nom de ce pays? La TURQUIE. Étant donné l’immensité du territoire, on sera bien loin d’en voir l’intégralité, tu t’en doutes. Mais le périple de 3 semaines que je te propose (fragmenté en plusieurs carnets, faudra bien çà!) est plutôt alléchant: Istanbul, Ankara, la magique Cappadoce, avant de partir vers les côtes ouest et sud du pays. Si c’est pas beau, çà… Alors si tes bagages sont prêts, saute dans l’avion avec moi!
- Mais d'abord, les présentations…
- Bienvenue à Istanbul, la "perle du Bosphore"!
- Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, les deux stars d'Istanbul.
- Autour de la Moquée Bleue… et encore un peu plus loin.
- Le Palais de Topkapı, la (très très) grande maison des sultans ottomans.
- Beyoğlu et Taksim, un tour dans l'Istanbul moderne.
- Les ferries d’Istanbul – Ortaköy, le quartier des kumpir.
- Üsküdar et Kadıköy: mes premiers pas en Asie!
- Mon premier hamam turc – Dernière soirée à Istanbul.
- Bye bye Istanbul, Ankara me voilà!
- Deuxième jour à Ankara: sur les traces de Atatürk.
- PREMIER "DEBRIEF" (Istanbul et Ankara):
Mais d’abord, les présentations…
C’est toujours intéressant, en préambule, de connaître quelques généralités sur l’endroit où on va mettre les pieds. Alors en premier lieu, ça se trouve où sur la carte, la Turquie? Avec une superficie de 784.000 km², difficile pour elle de jouer à cache-cache. Son territoire commence à l’est de la Grèce, et il est intéressant de savoir que 3% de son territoire se trouvent encore en Europe! Au sud et à l’est, elle partage ses frontières avec la Syrie, l’Iran, l’Irak, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. Je ne parlerai pas ici du cas de l’île de Chypre, c’est assez particulier et ça prendrait du temps. Sa population, de 86 millions d’habitants, ne risque pas de manquer de place, et de vastes espaces encore inhabités sont monnaie courante surtout dans l’est du pays.


La géographie de la Turquie est très variée: des reliefs montagneux à foison (on pourrait même se croire en Suisse dans le nord-est du pays), des vastes plaines agricoles, des plateaux d’altitude qui évoquent les steppes de Mongolie, des formations rocheuses exubérantes en Cappadoce, des grands lacs, et un littoral d’exception: pas moins de 4 mers entourent le pays: mer Noire au nord, mers de Marmara et mer Égée à l’ouest, et bien sûr, la la mer Méditerranée au sud.
Autres infos en vrac: pour l’électricité, c’est identique à l’Europe continentale. Le décalage horaire, c’est une heure en plus que la France et la Belgique. Attention cependant, ce sera une heure en été, deux heures en hiver; en effet, la Turquie ne se casse plus la tête à passer à l’heure d’été et d’hiver, et ce depuis 2016. Un exemple à suivre… La langue officielle, c’est le turc, assez agréable à l’oreille, mais pas évident à parler, étant donné ses diverses déclinaisons grammaticales et la prononciation de certaines lettres. Pas de panique, l’anglais est assez bien compris dans le pays, mais un petit outil de traduction sera le bienvenu dans des petits villages plus reculés. Religion musulmane, à quasiment 100%. La monnaie, c’est la lire turque, abrégé en TL et symbolisé par ₺. Un Euro équivaut à environ 35 TL. Tu trouveras des billets de 5, 10, 20, 50, 100 et 200 TL. Les cartes de crédit fonctionnent bien, mais c’est intéressant d’avoir aussi un peu de cash sur soi.


Son drapeau:

Son hymne:
Son code d’immatriculation:

Voilà, maintenant qu’on en sait un peu plus sur notre terrain de jeux pour 3 semaines, je peux lancer ma phrase qui annonce le top départ: le décor est planté, on peut y aller! ®
Bienvenue à Istanbul, la « perle du Bosphore »!
Le vol depuis Bruxelles, d’une durée de 3H30, atterrit enfin à l’aéroport principal d’Istanbul, à 40 km au nord de la ville. Des grands aéroports, j’en ai vu quelques-uns au cours de mes voyages, mais celui-ci, c’est un monstre. Inauguré en 2019, il est encore en cours d’expansion, et pourrait devenir, en 2028, l’aéroport international le plus grand du monde, avec plus de 1000 vols par jour (!), 6 pistes et une capacité maximale de 200 millions de passagers par an (!!). C’est clair qu’il faut aimer marcher pour rejoindre les transports en commun et le passage aux douanes!
Alors, pour rejoindre Istanbul, quelles sont les différentes options? Les taxis restent chers, et pas mal de chauffeurs font ce qu’ils veulent avec les tarifs, tu vois ce que je veux dire? Ajoute à cela la circulation très compliqué au coeur de la ville. et tu adhéreras à ma conclusion d’éviter cette alternative. Au niveau des bus, la compagnie Havaist est une solution bien plus économique et aux tranchez horaires assez larges, mais certains arrêts sont excentrés et le trajet n’est pas loin de durer une heure. Non, pour moi le mieux c’est encore le métro, dont l’excellente ligne 11, qui démarre de l’aéroport depuis 2023, te conduira au plus près du centre-ville en ayant pris soin, au terminus, d’emprunter ensuite la ligne 2 vers la station terminus Yenikapi.
Pour se déplacer tranquillou dans tout Istanbul, impossible d’e passer à côté d’outrepasser le précieux sésame que constitue l’Istanbulkart, une carte au prix de base de 70TL et rechargeable autant de fois qu’on le souhaite (par carte de crédit ou en espèces). À toi les bus, métros, tramways, funiculaires, bateaux sur le Bosphore et la Corne d’Or! En vente dans les distributeurs automatiques et certains kiosques en ville, elle possède aussi des fonctions plus insolites, comme l’accès aux WC publics de la ville, oui encore la possibilité d’effectuer de petits achats (par exemple une bouteille d’eau) dans les supermarchés de la chaîne Migros.

Pour ma part, je descends à la station de métro Şişhane, dans le quartier de Galata. C’est officiel: je fais mes premiers pas dans Istanbul. Çà c’est un nom de ville qui « claque », tu es d’accord avec moi? La magie opère à l’instant même, on est transporté instantanément à l’époque opulente des sultans et des palais invraisemblables, ça sent les épices et le thé bouillant, le mythique Bosphore nous invite ni plus ni moins à passer de l’occident à l’orient, tu te rends compte? Istanbul est la seule ville du monde à être à cheval sur deux continents: un pied en Europe, un pied en Asie! Rares sont les cités à dégager un tel magnétisme, à rayonner d’une telle aura! Et même ses anciens noms, Byzance du temps des grecs, ou Constantinople jusque dans les années 1930, donnent la chair de poule à tous les passionnés d’histoire. Je ne te ferai pas un historique détaillé de la ville, mais tant de choses à voir nous attendent, et 4 jours ne seront pas de trop. Et dernière chose qui ne sera pas superflue, pour celles et ceux qui dormaient au cours de géographie: Istanbul n’est PAS la capitale turque, ce boulot étant attribué à Ankara.

En attendant, c’est dans le quartier de Karaköy (anciennement appelé Galata) que je poserai mon sac pour 4 nuits. On est ici du côté européen, au nord de la Corne d’or et à l’ouest du Bosphore, dans un des plus anciens quartiers d’Istanbul. Les petites ruelles pavées (qui grimpent parfois sec!) et les petits commerces encore bien présents lui donnent encore une ambiance assez populaire, quoique certains coins se boboïsent un peu avec l’ouverture de boutiques plus chic.
Le monument-phare de cette partie d’Istanbul est la fameuse tour de Galata, dont les 9 étages pour 67 m de haut sont inratables dans le paysage stambouliote. Construite au 14ème siècle par les génois, alors alliés des byzantins, elle servait à contrôler le trafic maritime marchand. Au fil des siècles, elle fut tour à tour une prison, une tour d’observation astronomique ou encore un resto dans les années 1960. Celle qui fait la fierté de Karaköy fait en même temps son malheur, car sa position la rend particulièrement photogénique depuis les rues avoisinantes. Il n’en faut pas plus pour rendre fous les instagrammeurs et autres cinglés des clichés « moi j’y étais » pour provoquer des attroupements monstrueux, surtout en soirée quand la tour s’illumine. Ajoute à cela les taxis (j’en ai jamais vu autant dans une ville, pire qu’à Athènes!) qui se fraient un chemin parfois au forcing, et c’est la douche froide assurée. Pour en profiter, rien de tel que le petit matin, il n’y a quasiment personne…










Ma petite chambre Airbnb, pour 4 nuits, est au fond d’une petite impasse toute fleurie et d’un calme sans pareil (c’est une des photos que tu vois plus haut). Je vais être bien ici. Mon exploration d’Istanbul peut débuter! Je vais me la jouer tranquille cet aprem, c’est plus une journée de premier contact, d’immersion, d’observation. Un pays de religion et de culture différentes, ça ne s’appréhende pas en fonçant tête baissée; on regarde, on écoute, on sent, on goûte… Je vais donc me diriger vers le bas de Karaköy, pour découvrir l’une des multiples icônes de la ville: le pont de Galata. Il relie le quartier de Karaköy, plus moderne, au vieil Istanbul historique et son quartier de Sultanhamet, Il franchit non pas le Bosphore, mais la Corne d’Or, ce petit estuaire long de 7 km, formé par la jonction de deux rivières et qui rejoint le Bosphore. Il était autrefois en bois, avant d’être reconstruit deux fois jusqu’à la version actuelle beaucoup moins attirante que son ancêtre. Outre l’intense trafic qu’il doit se coltiner (même le tram y passe), sa partie inférieure est occupée par un alignement de restos spécialisés dans le poisson, mais les prix surfaits et les rabatteurs enquiquinants te feront passer outre. T’inquiètes, y a bien mieux ailleurs! Ah, détail important: NON, ce n’est PAS ce pont qui relie l’Europe à l’Asie (il y a toujours des touristes un peu cons)!







Traverser le pont de Galata est une super expérience pour tâter le pouls d’Istanbul une toute première fois; c’est un vrai lieu de vie, de rencontre. Tu y verras les pêcheurs à la ligne, qui sont déjà sur la brèche dès 7 heures du matin, le va-et-vient des passants, le ballet des nombreux ferries et bateaux-taxis qui relient les rives de la Corne d’Or et du Bosphore, conférant aux lieux un air de Grand Canal de Venise, mais en beaucoup plus large… Le soir, ça s’anime encore plus, on y repassera tout à l’heure, tu verras. Le pont de Galata est l’endroit idéal pour les premiers vrais contacts visuels avec la ville, avec d’un côté les vieilles maisons de Galata dominées par la tour, et sur la rive opposée, la vieille ville, hérissée de minarets de mosquées.




Me voici maintenant aux portes du « vieil Istanbul », dans le quartier d’Eminönü. c’est d’ici que partent la plupart des ferries pour la partie asiatique, les îles ou le Bosphore. Avant d’aller voir un peu ce qui s’y passe, je me casserais bien une petite graine, moi… Surtout que la street food turque est l’une des meilleures qu’on puisse imaginer! Pour trois fois rien, on peut se sustenter facilement le long de la corne d’Or, en s’offrant par exemple un épi de maïs grillé ou bouilli, ou bien un simit, ce petit pain au sésame en forme d’anneau et semblable au
koulouri grec, à l’un de ces petits stands sur roulettes qui les vendent pour 35TL (0,25€!) l’unité. Ou pourquoi pas un sandwich au poisson (balik ekmek en turc), avec oignons et crudités, bien garni et copieux? Avec une petite boisson, bien sûr. Alors, coca, jus de fruits? Non, c’est trop facile, on va taper dans l’insolite, le « nouveau »! Je te présente donc le turşu suyu, un jus de cornichons marinés de couleur rose-rouge, au goût salé et un rien acide, extrêmement surprenant à la première gorgée, mais qui au final s’avère bien rafraîchissant malgré la note acide au fond de la gorge. Certains touristes n’arrivent pas à en boire la moitié, mais les turcs en raffolent. Moi au moins, j’ai fini mon verre!





Il y a beaucoup de circulation à proximité de la Place d’Eminönü, mais des passages souterrains permettent d’en éviter les désagréments. C’est un autre endroit toujours très animé, avec ses petits stands à épis de maïs grillés les pigeons et les goélands se font concurrence pour chaparder quelques restes de nourriture. C’est là que se dresse la Mosquée neuve (Yeni Cami), qui porte plutôt mal son nom car elle fut construite à la fin du 16ème siècle; de nuit, elle est superbement éclairée. Au-delà, dans le quartier de Sultanhamet, se concentrent les méga-stars d’Istanbul: Sainte-Sophie, la Mosquée Bleue, le Palais de Topkapı… Mais ce sera pour plus tard, çà, chaque chose en son temps, comme j’aime à le dire…




Tu n’auras aucun mal à trouver un DAB (distributeur de billets) à Istanbul. J’aime bien la façon dont ils sont agencés, en enfilade avec les principales banques turques représentées.

Beaucoup de monde dans les quartiers d’Eminönü et Sultanhamet aujourd’hui et pour les trois jours à venir, d’ailleurs ce sont essentiellement des turcs. Je suis tombé en pleine période de Fête du Sacrifice, ou
Aïd al-Adha, qui a lieu 70 jours après la fin du Ramadan, et qui dure 4 jours. Elle commémore l’histoire d’Abraham, qui s’apprêtait à tuer son fils Isaac sur ordre de Dieu. Abraham était prêt à sacrifier son propre enfant mais Dieu intervint et substitua finalement un mouton à l’enfant. Depuis lors, ce n’est pas vraiment la fête pour des millions de moutons, à travers les pays musulmans, car ils seront égorgés et cuisinés de diverses façons. Durant cette période, nombre de stambouliotes partent rejoindre leurs familles à travers toute la Turquie, et la migration se fait aussi dans l’autre sens: beaucoup de turcs regagnent leurs familles à Istanbul, d’où la grosse affluence pour les jours à venir.
Certains gros malins affirment que durant cette période, tout, sans exception, est fermé. Du grand n’importe quoi, une ville ne peut pas se mettre à l’arrêt total comme çà! Les transports, bars et restos, magasins ou attractions touristiques sont ouverts dans l’immense majorité. Mais il existe quelques exceptions, à l’image de deux endroits où je vais aller me balader aujourd’hui, car les jours suivants, ce sera bien porte close. D’ailleurs, je ne dois pas aller bien loin, c’est juste à côté de la Mosquée Neuve. Tu remarqueras aisément ce long bâtiment en forme de L, aux belles arcades extérieures bordes de nombreuses échoppes débordant d’épices, de fromages ou de loukoums; on trouve même un petit marché aux fleurs à côté. C’est le marché aux épices, appelé aussi Bazar Egyptien (Mısır Çarsısı en turc), construit au 17ème siècle et qui tire son nom du fait que les diverses épices qui arrivaient jusqu’ici transitaient par l’Egypte. L’intérieur est aussi magnifique qu’impressionnant, avec ces hautes galeries à arcades abritant une multitude de stands croulant sous les épices, fruits, légumes, fromages, pâtisseries saturées de sucre et de miel… Un feu d’artifice de couleurs, de senteurs, de saveurs, qui reste encore empreint d’authenticité malgré les touristes qui y déambulent. J’ai bien aimé.









À travers les petites rues étroites et piétonnes du vieil Istanbul, je zigzague dans le quartier d’Eminönü. Il y a un monde fou, c’est très animé, on sent carrément les vibrations dégagées par l’agitation ambiante. Si c’est pas de l’immersion directe, çà… Pas besoin de carte ni de Google maps, on marche au hasard, sans trop savoir où on va, on s’égare volontairement. Quoiqu’il en soit, quel que soit le parcours, on tombe inévitablement sur l’un des lieux incontournables de la vie stambouliote, que l’on soit touriste ou local: nous allons pénétrer dans les galeries labyrinthiques du Grand Bazar (Kapalı Çarşı) d’Istanbul!


Le Grand Bazar (rien à voir avec Michel Fugain) est l’un des plus grands et plus anciens marchés couverts du monde: il compte un peu plus de 4000 boutiques réparties sur environ 65 allées intérieures, appelées ici « rues ». on y accède par 4 portes principales, ainsi que par une vingtaine d’entrées secondaires. Le marché aux épices puissance 10, en somme! Construit à partir du 15ème siècle, sa première version était en bois, mais ce matériau n’est jamais très chanceux avec les vicissitudes du temps: destructions, incendies, il a trinqué plusieurs fois. Reconstruit plusieurs fois, sa dernière mésaventure fut l’incendie de 1954 qui a détruit la moitié du bâtiment. Cet endroit iconique, dont le nom suffit à susciter le rêve, est immense, et il n’est pas rare de passer deux fois au même endroit, en ayant tourné en rond sans le savoir.
Le Grand Bazar est divisé en plusieurs parties, regroupant différentes corporations comme le cuir, les tapis et tissus, les lampes, les bijoux, les assiettes, et j’en oublie… Ça virevolte dans tous les sens, tant du côté des clients que des commerçants, on crie, on s’interpelle, les porteurs de verres de thé font d’incessantes navettes entre les boutiques (il paraît qu’ils peuvent parcourir 10 km par jour à travers le marché). Le cadre est superbe, avec ses galeries voûtées, ses colonnes en pierre et ses vieilles boutiques. Tout celà paraît magique, ensorcelant même, on peut parfois repartir avec des tapis ou des plats de céramique artisanaux. Oui c’est encore possible, mais c’est pas gagné. La réalité actuelle est plus terre-à-terre, et les produits contrefaits, le toc « made in tu-sais-où » ont envahi les lieux, et la plupart des touristes n’y voient que du feu. Le véritable artisanat est maintenant supplanté par le royaume du faux. Les arcades et les voûtes des allées en soupirent de dépit… Te voilà prévenu(e).












La journée se termine doucement, le début de soirée s’amorce. Je vais manger un truc simple et pas trop copieux pour passer une bonne première nuit (ça fait toujours du bien de récupérer d’un vol matinal et d’être en forme pour la suite). Donc les kebap et les köfte attendront encore un peu, je me dégote un petit resto pas loin du Bazar Egyptien et je vais me goûter une petite soupe, pourquoi pas? C’est à partir de ce moment que débute mon histoire d’amour avec les soupes turques, tu verras au fil du voyage! Je vais essayer une ezogelin çorbasi (çorbasi, c’est « soupe » en turc), un délice à base de lentilles rouges et de blé concassé appelé bulgur.
Pour étancher ma soif, je découvre ce breuvage qui est considéré comme une des boissons nationale du pays (avec le thé et le rakı): l’ayran. Ne t’attends pas à un soda sucré avec des glaçons, alors là, pas du tout! L’ayran, c’est un yaourt liquide avec de l’eau et un peu de sel. Le goût salé peut surprendre la première fois, je le concède, mais je te promets que c’est sans doute plus désaltérant qu’un soda par temps chaud, et j’ai rapidement développé une addiction pour le truc! Il est souvent vendu dans des petits pots en plastique (bien secouer avant!), mais certains restos le servent dans des petits pots d’étain, le summum étant lorsqu’il est « fouetté » et recouvert de mousse.
Un petit dessert? Je me laisse tenter, en puisant directement dans le « haut du panier » des douceurs sucrées turques: voici le künefe (prononcer kounéfé), une tuerie composée de kadaifi (cheveux d’ange au miel) et fourrée de fromage. Le tout est cuit avec du beurre dans une grande poêle, pour obtenir cette texture inimitable, croustillante à l’extérieur, onctueuse et fondante à l’intérieur. J’en ferme les yeux de ravissement…


Les variantes de l’ayran:



Le crépuscule s’installe sur Istanbul, je retraverse le pont de Galata; le jeu de couleurs dans le ciel est juste magnifique, les minarets des mosquées commencent à s’éclairer. Tiens, c’est justement le moment d’un des 5 appels à la prière quotidiens, les litanies s’envolent de tous les coins de la ville, et jamais toutes au même instant, ce qui fait un genre d’écho, de réverbération vraiment agréable à entendre. C’est une chose, en pays musulman, à laquelle on s’habitue finalement assez vite. Mais sans vouloir casser le charme, ça fait belle lurette que les muezzins ne montent plus au sommet des minarets, ce sont des enregistrements diffusés par haut-parleurs; c’est même parfois bizarre d’entendre, après la fin d’une prière, des sons de touches de téléphone…
Sur le pont, l’animation est à son comble. les gens regardent les va-et-vient des bateaux sur la Corne d’Or et le Bosphore, les pêcheurs sont toujours fidèles au poste, des jeunes dansent au son de la musique d’une grosse radio posée au sol, ou encore invitent les passants à un petit défi marrant: 2 bouteilles en plastique posées au sol; le but du jeu, taper dans un ballon et le faire passer entre les bouteilles, en sachant que l’écart est calibré au centimètre. Pas pour le fric, pour le fun simplement! Au bout du pont, un petit food-truck s’est installé et propose des köfte à emporter. À l’étage inférieur du pont, les restos font le plein de clients, mêlant touristes et locaux. Le spectacle est beau. Je déclare ma première journée « immersive » réussie!




J’ai remarqué, ici et là en ville, ces petits vendeurs ambulants posés devant un plateau compartimenté ressemblant à une poêle à fondue, et qui remuent avec un bâton une pâte de divers coloris. C’est marrant, ça me fait penser au jeu « Simon » des années 80, avec ses grosses touches de couleurs où il fallait mémoriser des séquences de notes musicales… Qu’est-ce donc que çà? Hé bien cela s’appelle le macun, une pâte colorée et sucrée aux différentes saveurs ( rose, menthe, citron, prune…) agrémentée d’autres épices, qui sera enroulée en spirale autour d’un bâton, un peu comme une sucette; c’est d’ailleurs son surnom: la « sucette ottomane ». Ça coûte à peine 40 TL. Voilà encore un inédit culinaire pour moi, et ce n’est que mon premier jour!

Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, les deux stars d’Istanbul.
Super bien dormi cette nuit, mis à part une bagarre de chats qui m’a réveillé en sursaut. Ils sont partout à Istanbul: en rue, aux terrasses des cafés, jusqu’à l’intérieur des boutiques et des mosquées, c’est eux les nouveaux sultans de la ville! Et les stambouliotes s’occupent super bien d’eux: combien de fois verrai-je l’un ou l’autre habitant leur préparer un bol de croquettes ou un récipient avec de l’eau? Et pas qu’à Istanbul, c’est partout comme çà en Turquie! Je pense que si un quelconque abruti essaierait de leur balancer un coup de pied, il se ferait lyncher sur place.

Il est l’heure de prendre ma petite collation matinale, et je passe à nouveau le pont de Galata pour entrer dans la vieille ville. Je repère une pâtisserie-confiserie où on peut manger sur place, je vais voir si je peux trouver quelque chose de plus surprenant que les loukoums ou les baklavas. Et bingo! Dans les bizarreries culinaires turques, en voilà une qui n’est pas mal. Dans l’assiette, quelque chose comme un pudding sucré et saupoudré de cannelle. OK jusque-là c’est normal. Mais une fois la fourchette plantée, la texture du truc me fait froncer les sourcils: ça a un côté un peu filandreux et ça s’étire un peu comme de l’aligot. Bon, pourquoi pas? Goûtons voir: goût sucré, bien sûr, mais un autre ingrédient incongru, origine du côté « filandreux ». Me croiras-tu si je te dis que ce sont des morceaux de… blanc de poulet? Si si, promis juré! Ma surprise est à son paroxysme, mais le résultat est délicieux et même fin et onctueux en bouche. Je te présente le tavuk göğsü, qui était déjà servi, paraît-il, au Palais de Topkapı à l’époque des sultans ottomans. J’apprendrai plus tard, à force de le voir accolé sur les menus aux döner, dürüm et autres, que tavuk, ça veut dire poulet en turc. CQFD!
Comme boisson, on va rester dans la même veine avec l’étonnant sahlep, une boisson chaude obtenue à partir des bulbes d’un genre d’orchidée sauvage endémique du pays, broyées et réduits en farine; c’est sucré, très suave, c’est surtout une boisson d’hiver, mais dans les endroits plus touristiques, on peut le trouver toute l’année.
Hafiz Mustafa 1864 – Muradiye Cad, 51.


À deux pas de là, l’ancienne gare de Sirkeci a connu sa période de gloire jusqu’en 1977, car c’était elle qui constituait le terminus du légendaire train Orient-Express. Les trains internationaux ne s’y arrêtent plus, mais depuis 2013, elle voit passer, en souterrain, les trains de banlieue du réseau Marmaray, qui relie les rives européenne et asiatique. On peut toujours accéder dans la superbe salle d’attente et la salle des bagages de la gare.


Bon, c’est pas tout çà, mais la matinée va être intense aujourd’hui. Je pars à la rencontre de deux mastodontes parmi les monuments à visiter à Istanbul, tant au niveau de la taille que de la renommée. L’endroit où je t’emmène d’abord est, 9 fois sur 10, le premier que l’on cite en parlant d’Istanbul, sa carte postale, sa marque de fabrique; attention roulement de tambours, la voilà enfin: Sainte-Sophie (Hagía Sophía), dont l’histoire mouvementée a débuté au 4ème siècle sous l’empereur byzantin Justinien, en temps que basilique chrétienne. Après la chute de Constantinople, elle fut reconvertie en mosquée et le restera jusqu’en 1934, où Mustafa Kemal Atatürk la recycla en musée, dans le but de rompre avec l’époque révolue des sultans ottomans. Le dernier rebondissement est tout récent: en 2020, le président actuel, Recep Tayyip Erdoğan, rendit Sainte-Sophie au culte musulman, le Conseil d’Etat ayant invalidé le décret d’Atatürk de 1934. La voici redevenue mosquée, avec un accès payant (de 25€, c’est un peu abuser) pour les visiteurs étrangers, même musulmans; seuls les citoyens turcs profitent de la gratuité, pour aller y prier. Ah, et pour info, il n’y a jamais eu de sainte nommée Sophie ici; c’est une déformation du terme grec Hagía Sophía, qui signifie « sagesse divine », et retranscrit Ayasofya en turc.
Les 4 minarets entourant le grand dôme sont déjà impressionnants vus de l’extérieur, malgré ces foutus échafaudages car elle est en phase de travaux. Pour une rare fois, j’avais réservé mon billet d’entrée en ligne, ne sachant pas à quelle affluence je devrai faire face. Mais au final, même si la file était un peu longuette, ça avançait bien, et les contrôles de sécurité étaient rapides et efficaces. Je pénètre enfin à l’intérieur. Attention: redevenue lieu de culte, la partie inférieure ayant repris sa fonction de salle de prières n’est plus accessible aux visiteurs. Le billet donne accès à la galerie supérieure, ce qui permet d’avoir une vue plongeante sur la vaste salle de prières et sa moquette verte, surplombée par cette incroyable coupole dorée culminant à 56m, où sont suspendus des lustres tout aussi phénoménaux. La taille de l’ensemble ne laisse pas indifférent, on a l’impression d’avoir rapetissé. Par contre, au niveau des fresques et des mosaïques, c’est une autre histoire. D’origine chrétienne ou byzantine, certaines furent partiellement recouvertes de plâtre après la chute de Constantinople, et depuis 2020, pour ne rien arranger, d’autres on été cachées à la vue par un drap sombre. Il en reste quelques-unes de visibles, heureusement. En conclusion, une impression assez mitigée: la magie opère toujours, la taille et le faste des lieux ne laisse en aucun cas de marbre, mais un droit d’entrée aussi élevé pour un accès plus restreint qu’auparavant, ça pose question…













L’intérieur de Sainte-Sophie étant un peu sombre, la transition vers la lumière du jour est un peu brusque. Le petit parc avec ses allées et sa fontaine centrale est bien agréable, il pourrait l’être davantage si l’affluence touristique était moins effrénée; mais bon, Sainte-Sophie, c’est la star d’Istanbul, on n’y peut rien, c’est comme çà! À proximité, les petites rues Soğukçeşme et Tavukhane sont bordées d’anciennes maisons de bois, dont certaines ont été rénovées (de façon un peu trop clinquante, peut-être?).



Alors, Sainte-Sophie est-elle la star incontestable de Sultanahmet? Pas tout à fait, elle doit partager le podium avec deux autres célébrités: le Palais de Topkapı (lui, ce sera pour demain!) et l’autre mosquée de référence à Istanbul, à qui je vais rendre visite sans plus attendre: la Mosquée Bleue (Sultanahmet Camii), construite au 17ème siècle par le sultan Amhet I (tu comprends mieux le nom du quartier?) dans le but de rivaliser avec sa prestigieuse voisine Sainte-Sophie. Du beau boulot: le dôme principal, culminant à 43 m de haut, en met plein la vue, et elle se permet même le luxe de posséder 6 minarets. Une seule autre mosquée en Turquie en possède autant, c’est celle d’Adana, dans le sud. Un peu mégalo, notre pote le sultan? Il n’en fallait pas plus pour se faire mal voir aux yeux de certains fidèles, persuadés qu’il cherchait, par orgueil, à égaler la Mosquée Sainte de La Mecque. Le sultan s’en est sorti en faisant preuve de diplomatie, en payant de sa poche la construction d’un septième minaret pour La Mecque, qui devint la seule mosquée au monde dotée de 7 minarets.


Bonne nouvelle, l’entrée est gratuite ici! Encore faut-il avoir la patience d’avancer pas à pas en suivant une file de visiteurs d’une longueur déprimante. Je ne sais pas si c’est pareil à Sainte-Sophie, y étant entré quasiment dès l’ouverture. Enfin bon, on y arrive enfin. Attention, ici on enlève ses chaussures, aucune exception! Moi je les fourre dans mon mini sac à dos, d’autres les gardent en main ou sous un bras. C’est sans doute le fait de devoir se déchausser qui fait ralentir la file… Me voici donc à l’intérieur: il faut dire d’emblée que le surnom de « mosquée bleue » n’est pas usurpé quand on voit ces carreaux de faïence bleue (plus de 20.000!) qui ornent le dôme et la partie supérieure de l’édifice. Les vitraux colorés et les nombreux lustres apportent aussi un « plus » à l’éclairage intérieur. C’est magnifique, mais quelle foule compacte et bruyante! C’en serait presque oppressant, agoraphobes s’abstenir! Je fais quand-même gaffe à ne pas me prendre une perche à selfie dans l’oeil. C’est pas vraiment compatible avec la sérénité qu’on est supposé attendre au sein d’un tel lieu, dommage. Qui plus est, j’ose à peine imaginer le bouillon de culture des tapis de sol, foulés par des milliers de pieds en chaussettes depuis tant d’années. Enfin bon, à la sortie, on remet ses chaussures et on sort par la grande cour bordée de somptueuses arcades avec sa fontaine rituelle au milieu.







Autour de la Moquée Bleue… et encore un peu plus loin.
La file interminable (bien content de ne plus en faire partie!) serpente jusqu’au milieu d’une grande place tout en longueur, jalonnée de quelques monuments: c’est la Sultanahmet Meydanı (meydan signifie place en turc), souvent appelée Place de l’Hippodrome. Difficile de s’en faire une idée de nos jours, mais cet endroit, à l’époque où Istanbul s’appelait encore Constantinople, était l’épicentre, le coeur de la cité. Un immense stade de 450 m de long, dédié aux courses de chevaux et de chars, se tenait ici. Construit au 3ème siècle sous l’empereur Septime Sévère, puis agrandi par Constantin, il était le deuxième plus grand hippodrome antique après le Circus Maximus de Rome. Il pouvait accueillir jusqu’à 40.000 spectateurs.
On ne peut pas dire qu’il en reste grand-chose, loin s’en faut! Il faut dire qu’il a été pillé sans état d’âme et même « recyclé » pour la construction de certaines mosquées. Il reste néanmoins quelques vestiges intéressants à se mettre sous la dent. Cette colonne ornée de hiéroglyphes qui te transporte instantanément en Egypte, c’est l’obélisque de Théodose, ramené du Temple de Karnak et qui se dresse ici depuis le 4ème siècle. Sa voisine, la Colonne Serpentine, est facilement identifiable à sa forme torsadée si particulière. Elle nous vient du Temple d’Apollon de Delphes, et représente 3 serpents enlacés; c’est compliqué de se le visualiser, vu que les têtes de serpents au sommet ont été mutilées (il en reste une conservée au musée archéologique). Le troisième comparse, c’est l’obélisque muré, datant du 4ème siècle, et composé de blocs de pierre taillés sans finesse. Il fut recouvert de plaques de bronze au 10ème siècle, avant que celles-ci ne soient enlevées durant la quatrième croisade pour fondre des pièces de monnaie. Dommage, ça devait avoir de la gueule!





La Place de l’Hippodrome est un endroit agréable, où stambouliotes et touristes se croisent, bien qu’en haute saison les deuxièmes sont sacrément plus nombreux! Le problème vient surtout de ce « cancer touristique » représenté par les méga paquebots de croisière, qui déversent leur contenu le temps d’une demi-journée, histoire de visiter Sainte-Sophie ou le Palais de Topkapı au pas de course, et de repartir sans rien acheter, au détriment du petit artisanat local. Qu’est-ce que ça doit être en plein mois d’août! Sultanahmet regorge de joyaux historiques, mais pour se plonger dans la vraie vie quotidienne d’Istanbul, c’est pas mon premier choix. D’ailleurs, tu apprendras vite à détester cette phrase « Hello my friend, how are you? », lancée par des vendeurs peu scrupuleux ou des guides de pacotille. Tu veux être friend avec moi? Ce serait pas plutôt avec mon cash ou ma carte de crédit, non? Heureusement, ce n’est pas partout comme çà.



Je mange léger et rapide ce midi, en m’arrêtant à un petit büfe comme on en trouve à Istanbul, et dans tout le pays. Un büfe, c’est un peu l’équivalent du periptero grec. On y vend des journaux, des boissons, des cigarettes, des tickets de transports, mais certains ont aussi une option « fast food » avec des tost (sandwichs toastés) et parfois des kebap et dürüm. C’est rapide, efficace et pas cher.

L’agitation touristique est à son comble à Sultanahmet, du moins en surface. Je suis bien curieux de voir comment ça se passe sous Istanbul. Un tour dans le métro? Absolument pas. La ville possède également quelques merveilles, mais qui sont planquées bien plus en profondeur. À savoir ses fameuses citernes, construites à l’époque où elle s’appelait encore Constantinople, dans le but de stocker de grandes quantités d’eau de pluie ou d’eau acheminée par des aqueducs. Il y en eut plus d’une centaine; à l’époque ottomane, nombre d’entre elles tombèrent dans l’oubli, mais d’autres furent redécouvertes et restaurées. Quelques-unes peuvent se visiter, mais il y en a une en particulier qui a le chic pour laisser ses visiteurs bouche bée: la Citerne-Basilique.
Située à deux pas de Sainte-Sophie, elle s’appelle Yerebatan Sarnıcı en turc et fut construite du temps de Justinien à l’emplacement d’une ancienne basilique, ce qui explique son nom. Elle alimentait autrefois le Palais de Topkapı, et sa contenance en eau est de 78.000 m³, pour des dimensions de 138 m de long et 55 m de large. On y descend par une volée de marches, et là, on pénètre dans un monde à part. La citerne-basilique, c’est de l’eau à perte de vue (il n’est pas rare d’y voir évoluer quelques poissons), et une immense voûte soutenue par une forêt de 336 colonnes de 8 m de haut. Un sacré choc visuel, mis en valeur par quelques jeux de lumière. Certaines de ces colonnes proviennent de divers sites archéologiques et ont été amenées ici en guise de recyclage, dont deux qui sortent un peu du lot: la colonne « aux yeux de paon » (à cause de ces motifs qui y ressemblent) et la colonne de Méduse, où la tête d’une de trois Gorgones est placée à l’envers et sert de socle à la colonne. Pas de superstition ni de légende, ce serait juste de la récupération, disons d’ordre pratique…





Un lieu exceptionnel donc, chargé d’histoire et à l’aspect presque intimidant, où il n’y a pas si longtemps on pouvait circuler sur un ponton en bois et même faire un tour en barque. Réouverte en 2022 après une restauration, eh ben… c’est plus vraiment la même musique. Place à présent à une vilaine passerelle métallique, et à un jeu de lumières valable, à peu de choses près (les colonnes teintes en rouge, ça ferait limite film d’horreur, désolé). Et si tu t’imagines évoluer au milieu des colonnes dans un silence religieux, avec juste le pli-ploc de quelques gouttes tombant des voûtes, là tu rêves. Ces foutus groupes sont particulièrement doués pour parler haut et fort, et au vu de l’excellente acoustique de la citerne, ça s’amplifie de façon exaspérante pour créer un brouhaha qui gâche toute la magie censée émaner de l’endroit. Attends, je vais regarder sur mon appli de traduction instantanée comment on dit « vos gueules!! » en différentes langues… 🤬😠




Après cette impression mitigée, j’ai envie de m’éloigner un peu de Sultanahmet. Une des lignes de tram passe justement près des grandes mosquées, et j’ai envie d’utiliser mon Istanbulkart, pour voir. C’est très facile d’utilisation, on scanne sa carte aux arrêts et elle te donne le solde de ce qui te reste dessus. Les trams d’Istanbul sont modernes et confortables, avec la clim’ c’est super en été. Je descends un peu après les limites du Grand Bazar, près d’une mosquée qui dresse son élégant minaret vers le ciel bleu. C’est la mosquée de Beyazit, une des plus anciennes d’Istanbul, qui a donné aussi son nom au quartier qui l’entoure. C’est un peu Sainte-Sophie en miniature. En face, cette porte monumentale est celle de l’université d’Istanbul, qui possède un grand parc où on peut accéder librement. Dans les alentours, un réseau de petites rues, oubliées des touristes (tu devines où ils sont, je suppose) abrite toujours un tas de petits commerces et même des petits vendeurs de rue, à l’image de ce gars qui propose du jus de grenades, à l’aide d’une petite machine sans âge qui presse les fruits pour en extraire le jus… et quelques pépins qui viennent avec! Un goût mi-sucré mi-acide, mais très désaltérant pour même pas un euro.




La journée a été bien remplie, il me paraît judicieux de souffler ne fut-ce que deux petites heures. Je reviens vers le pont de Galata, toujours par le tram, pour me faire un petit break à mon hébergement. Je ressors en début de soirée, à l’heure où il fait un peu moins chaud, pour aller du côté de la gare de Sirkeci, où j’ai repéré un ou deux petits restos un peu à l’écart de la foule. Pour manger ce soir, je vais rester dans le mode « classique » de la cuisine turque, avec un de ses pilers: le kebap (oui, avec un P en turquie!). L’appellation est assez vague, c’est vrai, car il existe plusieurs nuances: garni de viande ou de poulet en lamelles, le döner kebap est un pain pita coupé en deux comme un sandwich, le dürüm enroulé dans une genre de galette de pain, ou le şiş kebap sous forme de brochettes.
Je vais tester l’urfa kebap, qui est cuit comme une brochette sur une tige de métal avant d’en être retiré pour être servi dans l’assiette. De la bonne viande de mouton cuite à point, mais surtout moins pimentée et épicée que son cousin l’adana kebap, qui arrache bien le palais! Si mon choix s’est porté sur un kebap pas trop corsé, concernant la boisson je me suis un peu piégé tout seul! Tu te souviens du turşu suyu, ce jus de cornichons marinés un peu aigre? Le souci, c’est que je n’avais aucune idée de l’existence du şalgam. Vu sa couleur, comme un con je pensais que c’était un jus de fruits rouges… Alors lui, soit tu vas l’apprécier, soit tout ton être va se crisper et au pire, tu vas recracher. Nous voilà face à un jus de navet et de carotte violette (ah bon, violette?), fermenté en barriques avec du levain. C’est plus salé et acide que le jus de cornichons, avec un petite note de betterave rouge. Ce sera certainement la boisson la plus curieuse que j’aurai essayé en Turquie. Mais à l’inverse du thé ou de l’ayran, je n’en boirais pas des litres (j’en ai bu que deux, et encore la version « normale », car il existe, pour le malheur des néophytes, une version épicée!).
Alo Dürüm – Mimar Kemalettin, 14 (pas loin de la gare de Sirkeci).


Je rentre me pieuter en fin de soirée, en passant encore par le pont de Galata, véritable trait d’union entre l’Istanbul ancien et le moderne. J’ai repéré quelques vieilles boutiques dans la petite rue commerçante très pentue qui remonte jusqu’à proximité de la tour de Galata; entre autres ce vieil artisan luthier, qui expose à sa vitrine des instruments à cordes typiques de Turquie. De temps en temps, en soirée, il s’offre quelques accords avec un ami qui l’accompagne en chantant. Il arrive qu’on le prenne en photo ou en vidéo. J’entre et je formule en silence une demande gestuelle pour voir si je peux filmer. Accordé. Voilà un petit instant musical fugace au coeur d’Istanbul:

Le Palais de Topkapı, la (très très) grande maison des sultans ottomans.
Le temps est super beau ce lundi matin, il va encore faire chaud mais ça reste supportable. Ce sera d’ailleurs l’un des rares voyages où je ne verrai pas une seule goutte de pluie. Bon, un petit-déj’ rapide avant d’attaquer la journée! Pas de pudding au poulet cette fois, mais je vais goûter au börek turc, cette pâte feuilletée garnie de fromage (peynirli), de viande (kıymalı) ou d’épinards (ispanaklı). Un air de déjà vu si tu as visité les pays des Balkans? Normal, c’est la variante turque du burek. Y a qu’une voyelle qui change, en définitive… Les boutiques où on peut s’en délecter s’appellent des borekcisi.
Levent Börek Sirkeci – Hamidiye Cad, 72.

La matinée entière me sera nécessaire pour découvrir ce lieu emblématique d’Istanbul, à deux pas des grandes mosquées et surplombant les rives du Bosphore: je m’apprête à pénétrer dans l’enceinte du Palais de Topkapı. Pour faire court, c’était l’ancienne résidence impériale des différents sultans ottomans qui se sont succédé durant quatre siècles, chacun d’entre eux y ayant apporté sa touche personnelle en matière d’agrandissement et d’embellissement. En 1924, Mustafa Kemal Atatürk en fit un musée. Autant dire que que l’endroit, d’une superficie de 70 hectares alternant jardins et pavillons, est l’une des « vedettes » d’Istanbul et qu’il est très couru, ce qui peut nuire à l’agrément de la visite! Il est 100 fois préférable d’y aller dès l’ouverture, parce qu’une heure après, déboulent ce que j’aime appeler « mes pires cauchemars »: les groupes organisés et les croisiéristes. Quand je suis arrivé à la billetterie, je réalise à quel point j’ai de la chance en n’ayant qu’une personne devant moi! Nous ne serons qu’une dizaine à entrer les premiers au sein du Palais…
Je me permets une petite digression d’ordre « phonétique » pour te parler de ce caractère en turc: le ı. Ça ressemble à un i sans point, ok, mais ça n’en n’est pas un du tout. Combien de touristes ne butent-ils pas sur sa prononciation correcte? Sache que ça se prononce « eu ». Donc, tu ne visites pas le palais de Topkapi, mais de Topkapeu. De même qu’en digestif dans un resto, tu ne prendras pas un raki, mais un rakeu. Tu as bien compreu…eeuh, compris? (houlà, faut que je me repose, moi).




On n’entre pas par la petite porte à Topkapı: d’abord la Porte Impériale (dont l’entrée est toujours surveillée par deux militaires) qui donne accès à la Cour des Janissaires (les janissaires étant le top du top de l’élite armée de l’époque ottomane) où se trouve la billetterie et qui conduit à la deuxième porte, la Porte du Salut, flanquée de deux tours. Le spectacle peut commencer. Nous voici dans la deuxième cour, qui est plutôt un vaste parc entrecoupé d’allées et dont le seul bruit de fond pour l’instant est le chant des oiseaux. Une autre sorte d’oiseau, plus bruyante et nuisible, ne va pas tarder à débarquer… On se comprend, n’est-ce pas? Bref, voilà déjà un bâtiment, tout en longueur, d’où sortent des cheminées de taille quasi industrielle. Çà, ce sont les cuisines impériales. Le truc est immense, c’est un palais dans le Palais. La hauteur des conduits des cheminées, les plafonds voûtés… On n’est pas dans la cuisine du p’tit resto du coin de la rue! Imagine-toi que plus de 1000 personnes travaillaient ici, à nourrir le sultan, son entourage, son harem, ainsi que tous les visiteurs occasionnels, ce qui faisait de 5000 à 10.000 ventres affamés à s’occuper! Philippe Etchebest en aurait avalé sa toque… Dans les salles, un super musée regroupe un tas d’ustensiles de l’époque: couverts, plats, assiettes…












Face aux cuisines, de l’autre côté de la cour, la Salle du Conseil Impérial était un peu le noyau central du pouvoir; c’est ici que les vizirs (les ministres de l’époque, quoi) traitaient les affaires de l’État. Et le sultan, petit malin qu’il était, pouvait suivre les débats en catimini à travers une petite fenêtre dorée grillagée! Je ne sais pas trop ce que devenaient les vizirs qui critiquaient éventuellement leur maître et seigneur. Une petite tape sur la joue et un « vilain garçon! » n’étaient sûrement pas de mise… La tour qui se dresse au-dessus, c’est la Tour de la Justice, qui n’est pas accessible. Dans une des salles attenantes, on trouve une superbe collection d’horloges anciennes.








Je vais maintenant pénétrer au coeur de la partie la plus connue du Palais, celle qui véhicule le plus d’histoires et d’idées reçues: le mythique Harem du sultan. C’est comme une petite ville dans le Palais, composé de dizaines de salles: chambres, dortoirs, cuisines, toilettes… dont une petite partie seulement est visitable. Ici vivaient les fameuses concubines et favorites du sultan (ça pouvait aller jusqu’à 300!), étroitement surveillées par des eunuques noirs, tout ce petit monde étant supervisé par la mère du sultan elle-même. Alors non, c’était pas un lieu de débauche où ça couchait à tour de bras, les jeunes filles entrant au Harem recevaient en fait une éducation complète: lecture, écriture, musique, danse… avant de devenir officiellement des concubines. Cependant, certaines d’entre elles n’ont peut-être jamais rencontré le sultan, et les rivalités pour devenir favorite pouvaient être pires que dans une émission de télé-réalité.










La plus belle pièce du Harem, c’est sans conteste le Salon Impérial, surmonté d’un dôme incroyable, et qui servait de salle de réception et de spectacles pour le sultan et la communauté du harem. Le trône du sultan se trouve dans cette salle, et ça vient pas de Ikea, c’est sûr… Les appartements de la reine mère sont tout proches.








Tu remarqueras, de façon générale à Topkapı, que les pièces ne sont pas richement ornées comme dans les châteaux européens, mais apparaissent plutôt dépouillées de mobilier. On pense que c’est dû au caractère « nomade » des ottomans, dont le sultan lui-même qui bougeait souvent à travers son territoire. Bon, c’est pas tout çà, mais malgré le nombre incroyable de salles, petites pièces et couloirs, je ne suis pas encore sorti de la zone du Harem! Je suis maintenant dans la Cour des Favorites, où se trouvent les appartements de ces dernières ainsi que la mosquée du Harem. J’espère que tu as encore un peu de souffle, car on n’en a pas encore fini avec l’immense Palais de Topkapı!






Je pénètre dans la troisième cour du Palais de Topkapı, qui était le lieu de vie principal du sultan et de ses proches en-dehors du Harem. C’est un des plus beaux jardins du Palais, avec en son centre une mignonne petite fontaine. C’est ici que se trouve la Salle des Audiences, à l’architecture particulière qui la fait ressembler à un kiosque géant. C’est ici que le sultan s’entretenait directement avec ses vizirs, et recevait les ambassadeurs venus de tous les coins de l’Empire. Un autre pavillon tout en longueur abrite le Trésor Impérial, composé d’une pléthore d’oeuvres d’art, ainsi que des reliques saintes (comme le sabre du Prophète Mahomet, quelques poils de sa barbe, une empreinte de son pied…); l’atmosphère est assez solennelle, et il vaut mieux être vêtu correctement, j’ai vu entre autres qu’on prêtait des voiles aux femmes à l’entrée.




Allez courage, ça se termine doucement! Me voici maintenant dans la quatrième cour, qui est la partie du Palais où le sultan et sa famille vivaient plus intimement, loin de la foule du Harem. L’ambiance est encore différente des autres cours, ici ce sont des petits jardins en terrasse, des bassins et des fontaines, des mini pavillons qu’on appelle d’ailleurs kiosques. L’endroit est paisible, du moins aux premières heures après l’ouverture, quand les oiseaux gazouillent et les pigeons et tourterelles prennent leur bai dans les vasques. Le problème, c’est qu’en s’arrêtant trop souvent pour admirer tel ou tel détail, on ne se méfie pas des troupeaux bruyants et indisciplinés qui commencent à gagner du terrain! Je n’aimerais pas me trouver au cour du Harem en ce moment…







Mais le super atout de la quatrième cour, ce sont ses terrasses qui offrent une vue d’anthologie sur le Bosphore et la Corne d’Or. Mais attention aux heures les plus fréquentées de la journée, les places sont chères et les visiteurs parfois indélicats et sans aucune gêne…



Hé bien l’air de rien, il est presque midi quand je reviens à mon point de départ, dans la première cour! Mais avant de quitter pour de bon l’enceinte de Topkapı, je vais voir de plus près un monument qui détonne avec l’ensemble. Il s’agit d’une petit église byzantine un peu à l’écart, pas loin de la Porte Impériale: l’église Sainte-Irène (Aya Irini). Construite sous l’empereur Constantin, elle est encore plus ancienne que Sainte-Sophie, et c’est l’une des rares églises byzantines à ne jamais avoir été convertie en mosquée (pour le moment du moins, à moins que Erdoğan ait une nouvelle lubie). L’intérieur est très sobre, mais l’acoustique est excellente. La croix en mosaïque qui se trouve sur la paroi de la coupole a été faite si habilement qu’elle donne l’impression d’être bien droite alors qu’elle est sur un support courbe. Ah, dernier détail: l’entrée est payante (60 TL si je me souviens bien) et indépendante de celle du Palais de Topkapı.




En quittant l’enceinte du Palais, je me retrouve à proximité immédiate de Sainte-Sophie, profitant une dernière fois d’une vue sur les murailles de l’enceinte et d’une vue plongeante sur le Bosphore. Si tu as envie de te mettre un peu au vert tout près d’ici, fais comme moi et fonce sans hésiter au parc Gülhane, le plus ancien espace vert d’Istanbul, créé en 1912 et ayant fait autrefois partie des jardins extérieurs du Palais de Topkapı. C’est agréable et très reposant de se balader le long de ses allées arborées, où peu de touristes s’aventurent, trop accaparés par le Palais et les mosquées à côté. C’est un paradis pour les familles stambouliotes qui y viennent avec leurs enfants, et il arrive souvent qu’ils aillent se faire prendre en photo avec la statue de Atatürk, qui trône pas loin de l’entrée principale.







Beyoğlu et Taksim, un tour dans l’Istanbul moderne.
Je crois que sur la durée de visite, c’était le plus « gros morceau » de mon exploration d’Istanbul! Bref, il est presque 13 heures à présent, un sandwich vite expédié dans un büfe au hasard, et je traverse une fois de plus le pont de Galata. Je vais maintenant aller voir un comment c’est du côté plus moderne d’Istanbul, en rejoignant le quartier animé de Beyoğlu, au nord de Galata. Mais ça grimpe sec (j’en sais quelque chose rien que pour rallier mon Airbnb!) et il fait chaud. Alors je vais utiliser une alternative très appréciée des stambouliotes et pas si connue que çà des touristes: le tünel. Pour faire simple et imagé, on a mis un métro et un funiculaire dans un shaker, on a bien mélangé et ça a donné ce fameux tünel, qui relie Galata, tout près du pont, au petit quartier de Tünel, sur une distance de 570 m pour un dénivelé de 60 m et un trajet de 2 minutes. On peut l’utiliser avec l’Istanbulkart, soit dit en passant.



Le trajet, très court comme je le disais, m’amène au début de l’İstiklal Cad, qui peut prétendre à la médaille d’or de la rue la plus animée et fréquentée d’Istanbul. En journée comme très tard le soir, c’est noir de monde, j’ai rarement vu çà. C’est un peu la version turque des Champs-Élysées ou des Ramblas. Boutiques en tous genres, restos, bars, de temps en temps un passage couvert, tout cela se succède sur environ 1 km. Il faut vraiment y aller au petit matin pour avoir un semblant de tranquillité. Petite parenthèse « vocabulaire turc »: cad ou caddesi signifie rue en français.



Alors cette rue hyper commerçante, on peut bien entendu la parcourir à pied, ou via un moyen de transport plus insolite, qui t’évoquera sans doute quelques souvenirs si tu as visité Lisbonne: un vieux tram historique de couleur rouge, qui relie le début de l’Istiklal Cad à la Place Taksim, et qui roule à un train de sénateur étant donné qu’il doit se frayer un passage à travers la foule parfois compacte. Le tracé est censé être vierge de tout piéton, mais il semble que beaucoup de gens ne savent pas à quoi servent des rails… C’est très touristique, on va pas se mentir, mais certains habitants y trouvent leur compte aussi. Le tramway est devenu un « gros jouet » pour les enfants du coin qui s’accrochent souvent aux portières ou à l’arrière, et il arrive même que l’un ou l’autre adulte s’y cramponne un court instant pour avancer de 200 mètres dans la rue. Une petite part de dangerosité, peut-être, mais d’un autre côté à l’allure qu’il évolue, tout est relatif!


Le terminus du tramway se trouve sur la Place Taksim, au coeur de l’Istanbul moderne. C’est une vraie plaque tournante concernant les transports en ville: tram, métro, ainsi que plusieurs lignes de bus et une ribambelle de taxis qui occasionnent un sacré foutoir sur son grand rond-point. De par sa position stratégique, elle a souvent été le point de ralliement de nombreuses manifestations ou autres événements culturels. C’est loin d’être la plus belle place d’Istanbul, mais elle est importante aux yeux des habitants. Sa grande mosquée fait face au monument de la République, édifié ici pour commémorer la création de la République Turque en 1923.




Par contre, je vois qu’on aime bien manger dans le secteur. Impossible de rater cette enfilade de petits snacks qui proposent les habituels döner kebap ou köfte, mais un nom retient mon attention, car je ne vois pas trop ce que c’est: islak burger. Un burger, oui, mais à quoi?? Je m’en vais élucider ce mystère. Pour la garniture, ça n’a rien de compliqué: viande de boeuf et sauce tomate, c’est tout. C’est au niveau de la texture que la surprise survient: le pain semble être… humide. Et c’est exactement çà! La vitrine en verre à l’entrée, qui ressemble un peu à un aquarium, abrite une bonne vingtaine de ces curieux burgers. En-dessous, un bac d’eau bouillante envoie de la vapeur tout autour des burgers. Des burgers qui font du sauna, c’est une première pour moi! En tout cas c’est super bon, le pain qui se ramollit absorbe davantage la sauce tomate, ce qui lui donne cette couleur un peu orangée. Mais c’est pas bien gros, il n’y a pas plusieurs étages comme sur leurs cousins américains, et ce ne sera pas de trop d’en prendre même deux! Ah, et islak, ça veut dire mouillé en français, ça se tient!




Je vais terminer mon aprem en descendant la Istiklal Cad à pied, en slalomant au milieu d’une marée de piétons et en ne me plantant pas sur les rails du tramway. De la station supérieure du métro Tünel, je n’ai que 300 m à faire à pied ‘en descente cette fois) pour rejoindre mon Airbnb. Je vais quand-même descendre près du pont de Galata en soirée, je ne me lasse pas de l’ambiance qui y règne. Un petit büfe propose une version de köfte un peu moins répandue en Turquie: les içli köfte, des petites boulettes farcies de viande et enveloppées d’une croûte de boulgour (de la semoule de blé concassée), avec un petit coca turc. ? Hé oui, ça existe, et j’en verrai même plusieurs marques: Sariyer, Bi Cola, Cola Turka… Non t’es pas tout seul, Coca-Cola!




Les ferries d’Istanbul – Ortaköy, le quartier des kumpir.
C’est mon quatrième et dernier jour à Istanbul, ben oui déjà, avant de se lancer dans de nouvelles aventures! Je vais en profiter un maximum, et pour bien la débuter, pas de börek ou autres puddings bizarres cette fois, mais le vrai petit-déjeuner turc typique, appelé ici kahvaltı (souviens-toi bien, le ı: donc on dit kahval-teu). Le kahvaltı, ce n’est pas un petit en-cas grignoté vite fait, avec un café bu en 10 secondes, non. C’est un rituel, un état d’esprit, un moment d’échange en famille ou entre amis, un repas à part entière. Un tas de petits bars et restos en servent à Istanbul, mais comme on est dans une ville très touristique, c’est forcément un peu plus cher que dans une petite ville de l’intérieur du pays. Tu distingueras le serpme kahvaltı, qui se présente comme un grand buffet à piocher, et le tabağı kahvaltı, qui en est la version individuelle mais néanmoins très copieuse.
Alors, comment ça se présente? Sur la table, on t’apporte un tas de petites assiettes, bols ou autres petits ramequins; tu les disposes comme tu en as envie par après. Tout arrive en même temps, on ne sait pas où donner de la tête: on commence par le salé, le sucré? C’est mieux le salé d’abord, je trouve. Tomates, concombres, olives vertes et noires, fromage, kaymak… parfois, il y a même de l’ajvar. Sans oublier la petite omelette dans sa poêle, bien sûr! Côté sucré, du miel turc (un délice) ainsi qu’une farandole de confitures (cerises, figues, coings, abricots…). Tout çà se déguste posément, sans se presser, presque religieusement.

Et on boit quoi en général avec le kahvaltı? LA boisson emblématique du pays par excellence, le premier mot qui me vient à l’esprit quand on évoque l’hospitalité turque: le thé. Appelé Çay (prononcer « tchay ») en turc, il est partout. Impossible de marcher 100 mètres sans apercevoir le gérant d’une petite boutique partager un thé avec voisins ou collègues, sans voir un client s’en faire offrir chez un coiffeur-barbier, sans voir, dans les rues fréquentées, les va-et-vient incessants de ces serveurs avec leur petit plateau retenu à une poignée par des chaînettes, transporter des petits verres à thé à gauche et à droite. Combien en croiseras-tu par exemple dans le quartier des bazars? À quelqu’un qui me dira « j’ai pas bu une goutte de thé en Turquie, j’aime pas », je n’ai qu’une réponse à lui adresser: « Qu’est-ce que tu es allé foutre en Turquie alors?? ».
Il se boit brûlant, dans ces petits verres transparents un peu bombés si caractéristiques, toujours accompagné de son petit pot à sucre; les turcs l’adorent très sucré. On touille, on prend son temps, on ne souffle pas pendant un quart d’heure, non, on le boit le plus chaud possible. Je n’en ai jamais bu autant au cours d’un seul voyage. Des litres? Plus que probable. Dont une grande partie offerte, chez mes différents hôtes, jusqu’à chez un coiffeur à Izmir (je te raconterai). Je te développerai un peu plus le sujet lors d’un futur carnet, c’est promis

Bien mangé, bien repu, on peut y aller! Aujourd’hui, on va se balader non pas en tram ni en métro, mais sur l’eau. Tu verras que la Corne d’Or et le Bosphore sont quadrillés par les allers et venues incessantes des ferries (appelés vapur en turc), dans un micmac apparent et pourtant réglé comme du papier à musique. Il y en a des petits, des grands, des modèles dernier cri croisant des antiquités qui crachent encore un panache de fumée noire… Bien que les touristes les utilisent évidemment, ils sont un moyen de transport apprécié des habitants pour se rendre d’une rive à l’autre, ou pourquoi pas, d’un continent à l’autre. C’est un peu comme les vaporetti de Venise, mais en plus grand.
Pour les emprunter, pas de souci, ça marche avec l’Istanbulkart. On trouve de toute façon des billetteries à chaque embarcadère, dont les plus importants sont Eminönü et Karaköy (de chaque côté du pont de Galata), ainsi que Üsküdar et Kadıköy du côté asiatique. Plusieurs compagnies se partagent le gâteau: Şehir Hatları, Turyol, Dentur… Il vaut cent fois mieux faire un ou deux trajets de lignes régulières en compagnie des locaux que de se faire harponner par les rabatteurs des excursions de deux heures en bateau sur le Bosphore. Ils vont de toute manière rapidement t’horripiler avec leurs tracts et leur harangue spéciale « hameçonnage des touristes »: BOSPHOR-BOSPHOR-BOSPHOR-BOSPHOR!!! Ouais ben Bosphor toi-même, moi tu ne m’auras pas. Pour se retrouver sur un bateau trois fois plus petit que celui annoncé, c’est non! Bon, laissons-les et viens avec moi, on va prendre un ferry normal…







Et on va où comme çà, au départ de Eminönü? On va suivre le Bosphore vers le nord, toujours sur sa rive européenne, pour un trajet de 20 minutes qui nous amène au quartier de Ortaköy, facile à situer grâce au long pont suspendu qui passe à côté et qui enjambe le détroit. Leçon de phonétique N°2: le ö turc se prononce « eu », donc ici ce sera « Orta-keuy ». Ce n’est pas forcément le premier quartier que l’on cite en parlant d’Istanbul, pourtant il fait partie de ses clichés « carte postale »: sa mosquée au bord de l’eau et le pont suspendu en arrière-plan, Büyük Mecidiye, ça te dit peut-être quelque chose? Hé bien c’est ici.

Et c’est vrai que la mosquée Büyük Mecidiye est aussi superbe qu’élégante, on la croirait prête à piquer une tête dans le Bosphore tellement elle est près du bord. Les quais d’Ortaköy, très vivants, sont super agréables à arpenter, et une petite fontaine d’eau potable permet de se rafraîchir par temps chaud. Le quartier n’est pas bien grand, il ne faudra pas la journée pour se balader dans ses petites ruelles commerçantes.





Mais l’autre motif d’une visite à Ortaköy a un rapport avec la gastronomie. Voilà donc que je débouche sur une petite place allongée et pavée, et devant moi sont alignés, collés les uns aux autres, une bonne dizaine de petits stands avec tous portant le même terme sur leur enseigne: kumpir. Génial, encore une autre spécialité de la street food stambouliote à découvrir! Je m’approche, mais lequel choisir? Chaque gérant de stand essaie de m’alpaguer avec force gestes et paroles d’encouragement. Bon, je ne peux pas les dévisager et les analyser un par un pendant 5 minutes… J’y vais à l’aveugle, au hasard, de toute façon c’est le même produit, non? Les stands voisins ne le prennent pas mal, bien au contraire, ça fait partie du jeu. Bien bien, alors le kumpir, c’est quoi? Rien de plus simple: c’est une énorme patate cuite au four, jusqu’à ce que l’intérieur en soit presque crémeux, et qui sera farcie au maximum d’un tas de choses imaginables: tu pointes du doigt ce que tu veux dedans, et c’est parti: fromage, yogourt, petits pois, maïs, morceaux de saucisse… sans oublier les sauces par-dessus! Ketchup? Mayo? Et pourquoi pas les deux? On se retrouve avec une « brique » de facilement 300 grammes, débordant de plein de bonnes choses caloriques qui feraient fuir en courant le docteur Dukan. L’équivalent d’un solide repas pour quelque chose comme 3 ou 4 euros!


Üsküdar et Kadıköy: mes premiers pas en Asie!
Istanbul a un pied en Europe, un pied en Asie. C’est un cas unique au monde! Il est donc temps de franchir le pas et de quitter le « vieux continent » pour quelques heures et de poser le pied pour la toute première fois sur le continent asiatique. Ma première idée était de revenir par bateau à Eminönü et de prendre un autre vapur pour l’Asie. Mais je vois qu’à l’embarcadère de Ortaköy, existe une liaison partant de Besiktas à destination de Üsküdar, et d’après les horaires j’en ai un dans 15 minutes. L’occasion est trop belle! Le trajet ne dure que 10 minutes pour atteindre le quai des ferries du quartier de Üsküdar. Ça y est, je suis en Asie.

Ne t’attends pas à un changement radical par rapport au côté européen: les rues, la circulation, le physique des gens, c’est la même chose. Mais c’est plus populaire, l’ambiance est moins « frelatée », moins déformée par le surtourisme qu’à Sultanahmet par exemple. Cependant, les nombreuses mosquées et certaines femmes presque complètement voilées laissent deviner que les quartiers asiatiques sont plus conservateurs qu’en face. Mais pas de panique, on n’est ni en Syrie ni en Iran. Il y a pas mal de véhicules, mais il est possible de trouver quelques petites rues plus tranquilles, où se planque un petit marché couvert fréquenté seulement par les locaux (on est bien loin du Grand Bazar!).







Voici un moyen de transport en commun que tu croiseras souvent à Istanbul, comme dans toute la Turquie: le dolmuş (« dolmouche« ). Ces minibus jaunes ont plutôt une fonction de taxi collectif. Leur destination est écrite sur un petit panneau au niveau du pare-brise. Il suffit de monter à bord, d’indiquer sa destination au chauffeur et de payer (seulement en cash). Pour descendre, tu demandes au chauffeur (« Inebilir miyim lütfen? » pour « puis-je descendre svp? »). Particularité un peu déstabilisante: si on est au fond du véhicule, l’argent passera de main en main via les passagers de devant, et le retour monnaie suivra le chemin inverse! J’ose même pas imaginer ce que ça donnerait dans un bus RATP… Pas mal de lignes de dolmuş passent par Taksim, dont l’une qui relie l’Europe à l’Asie. C’est l’une des rares options où l’Istanbulkart n’est pas valable. On ne peut pas tout avoir non plus…


L’autre grand quartier asiatique sur les rives du Bosphore, c’est Kadiköy, au sud de Üsküdar. J’ai bien envie de rejoindre son embarcadère en longeant le Bosphore, pour une distance d’environ 4 km. Je vais même profiter d’une petite brise rafraîchissante afin de me balader à l’aise, en contemplant l’Europe tout là-bas de l’autre côté. Je passe près de la Tour de Léandre, posée sur un minuscule îlot. Elle a fait office de phare durant des siècles, avant d’être reconvertie en musée et en restaurant. On y accède par de tout petits bateaux qui font régulièrement la navette. Pas de grands monuments à Kadiköy, moins de mosquées qu’à Üsküdar aussi, mais une fois dépassé le port industriel et ses grues géantes, s’offre un dédale de petites rues regorgeant de petits commerces de proximité. Au loin, l’ancienne gare de Haydarpaşa attend une reconversion hypothétique.
L’embarcadère des ferries de Kadiköy est immense, et compte plusieurs quais comme à Eminönü, avec de multiples destinations. Hé bien je vais prendre un vapur pour le quai de Karaköy, je pourrai ainsi débarquer près du pont de Galata sans devoir le traverser…





Mon premier hamam turc – Dernière soirée à Istanbul.
Je rejoins la Istiklal Cad que je traverse, pour m’enfoncer plus loin à l’ouest de Beyoğlu, dans un coin d’Istanbul où les touristes ne s’aventurent pour ainsi dire jamais. Non pas que ce soit dangereux, mais il n’y a pas de monuments notoires dans le secteur. C’est là que je vais dénicher ce petit hamam, sur une placette agrémentée d’une fontaine. Ce sera l’un des seuls épisodes de ce voyage sans photo ni vidéo, car tu imagines bien qu’un APN ou un smartphone dans une salle chaude, en plus de l’eau et du savon, ça va pas trop le faire. Je vais te décrire le mieux possible les différentes étapes d’un hamam turc, sans pour cela devoir écrire un roman.
Après m’être reposé une petite heure, me voilà reparti! Je m’apprête à vivre un des moments les plus intenses et mémorables de mon séjour à Istanbul: je vais découvrir le hamam turc. Oui, les bains turcs si tu préfères, mais bien loin du cliché tea for two du film « La Grande Vadrouille »! Et autre chose, je n’ai pas fait de faute de frappe, en turc ça ne prend qu’un seul M. Les origines du hamam turc ne datent pas d’hier, puisqu’il s’inspire directement des thermes romains. C’est une sacrée expérience à vivre au moins une fois, mais il faut savoir que les hamams les plus touristiques, qui se trouvent surtout dans Sultanahmet, sont chers; on peut atteindre les 70€ par endroits! C’est excessif, et même si l’intérieur de certains hamams est vraiment majestueux, le fait qu’il n’y ait que des touristes peut dénaturer l’expérience. Mais il existe des petits hamams de quartier où tu ne croiseras que des turcs, et où le tarif final ne t’occasionnera pas une commotion cérébrale. Tu penses bien que mon choix s’est orienté de ce côté-là… Certains hamams sont mixtes, mais avec deux salles différentes hommes – femmes. Dans les établissements de petite taille qui n’ont qu’une salle, les horaires sont alternés selon le genre.
L’entrée principale du hamam te conduit à la « salle froide », vaste et lumineuse, souvent ornée d’une petite vasque en son centre. C’est là que se trouvent la réception (où te seront expliqués les différents tarifs selon les prestations souhaitées) et les vestiaires. Ensuite, on te prête des claquettes et un peştamal, cette grande serviette de bain traditionnelle. Allez zou, direction le vestiaire après qu’on t’ait remis une petite clé (ce sont des petites cabines individuelles); là on se déshabille pour ne garder qu’un short de bain (certains turcs âgés enlèvent tout!), puis on enroule son peştamal (en repliant les bords vers l’extérieur, ça tient mieux), et on peut y aller pour la « salle chaude »!
Deux salles, deux ambiances, comme on dit: je reçois les 50°C de la salle sans aucune transition, auxquels tu ajoutes 100% de saturation en humidité. Ah ouais, quand-même… J’ai bien fait de laisser mes lunettes au vestiaire! Me voici dans une grande salle au haut plafond surmonté d’un dôme. En son centre, une grande dalle de marbre sur laquelle on s’assoit ou on s’allonge durant 20 minutes; c’est de cette dalle qu’émane la chaleur de la salle. Le but de cette étape, c’est de dilater les pores du corps, afin de faciliter l’expulsion des toxines et des petites peaux mortes. Tu verras aussi quelques lavabos en pierre disposés le long du mur, avec deux robinets, un pour l’eau tiède, un pour l’eau froide, avec une coupelle en plastique à côté. Si tu as un peu trop chaud, tu remplis la coupelle et tu te la verses sur la tête et le corps! C’est alors que le masseur (ou la masseuse pour les femmes) vient te chercher, les choses sérieuses vont commencer…
L’étape suivante est celle du gommage à l’aide du kese, le gant de crin traditionnel du hamam turc. soit ça se fait directement dans la salle chaude, soit à part, près d’un lavabo individuel comme c’est mon cas. Le masseur passe le gant sur presque toutes les parties du corps (tu vois ce que je veux dire, je suppose) assez énergiquement, pour bien enlever les peaux mortes qui forment comme des petites boulettes, c’est étonnant à voir. D’abord le dos, l’arrière des jambes et les pieds (là je gigote un peu, je suis chatouilleux de la plante des pieds, ça fait marrer le gars!), puis je me retourne pour l’avant des jambes et le torse, puis c’est la tête et le cou. Voilà, çà c’est fait, au tour du bain moussant maintenant! Sans doute le moment le plus agréable: le masseur va te recouvrir d’une mousse onctueuse à l’aide d’une grosse poche de tissu qu’il va compresser, en étalant bien la mousse (à base d’huile d’olive ou d’argan) par un premier massage relaxant. J’ai l’impression de retomber en enfance, quand maman me donnait encore le bain…
Après un shampooing aux frictions énergiques, je me fais rincer intégralement à l’aide d’une coupelle d’eau tiède. Et voilà l’ultime étape de la séance: le vrai massage! Sache que tu peux demander un massage plus vigoureux (il suffit de dire extra ou hard massage) en échange d’un petit pourboire (bahşiş, se prononce bâh-chich) au masseur. Et chez les hommes, vaut mieux ne pas être trop chétif, sinon à mon avis tu meurs… Déjà, le masseur, c’est un morceau de 90 à 100 kilos bâti comme un taureau. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère: il te pétrit les bras et les mollets comme si c’était de la pâte à pain, il appuie de tout son poids avec son avant-bras sur le torse (j’en ai eu le souffle coupé pendant 2 secondes!), il te plie les bras comme s’il voulait vérifier que tu n’es pas un Playmobil… Certains, paraît-il, se mettent même debout sur le dos de leur, euh… victime? Hou la la, c’est revigorant! Après une petite douche pour terminer, je suis de retour dans la salle froide, enveloppé dans un peignoir et sirotant un bon thé. Ensuite on se rhabille et on va régler sa note. Je ne paierai que 500 TL, pourboire inclus, soit quelque chose comme 15€, pour une expérience beaucoup plus authentique. Pas de touristes, juste deux ou trois vrais stambouliotes et quelques gamins du quartier venus profiter de la petite piscine en marbre.
Tarihi Kızılay Meydan Hamamı – Sarnıç Sok, 2 (de 07 H à 23 H).
Je ressors de là avec 20 ans de moins! Je vais savourer ma dernière soirée à Istanbul en me baladant un peu sur la Istiklal Cad; toujours autant de monde, et ce soir il y a foot, les bars sont pleins à craquer devant les TV à grand écran. C’est le Galatasaray contre je ne sais plus qui, d’ailleurs… À l’extérieur, les touristes, c’est comme les fourmis, ça ne dévie jamais de la colonne en marche, ici représentée par la Istiklal Cad. C’est pas très confortable, cette cohue. Je vais plutôt traîner dans les petites rues adjacentes, moins fréquentées. L’occasion de débusquer l’une ou l’autre spécialité de la street food locale que je ne connaîtrais pas encore.
Et le hasard fait bien les choses, car voici un petit snack dont l’enseigne indique kokoreç. Ah, un nouveau mot, tâchons d’en savoir plus. J’en commande un, et on m’amène un sandwich rempli d’abats et de morceaux d’intestins d’agneau, qui tournent enroulés sur une longue broche devant un four. On y ajoute des épices pour contrebalancer la puissance du goût de la viande. Ça a l’air perturbant au premier abord, mais au diable les préjugés, c’est super bon et croustillant! Les locaux adorent s’en avaler un au terme d’une soirée un peu arrosée, par exemple… Leçon de phonétique N°3: le ç en turc se prononce « tch » (donc ici: koko-retch).
Osmanlı Kokoreç – Tarlabaşı Bulevar, 85.


Très bon oui, mais ce ne sont pas vraiment des sandwiches XXL… Je me prendrais bien un petit quelque chose d’autre. Et ça tombe bien, juste en face, au coin d’une rue, une autre petite échoppe attire mon attention. Le temps de réussir à traverser le Tarlabaşı Bulevar (le « bonhomme piéton » ne reste pas longtemps vert), j’entre dans une pilavcisi, pour m’essayer à un petit plat de rue tout simple, très apprécié des stambouliotes qui le prennent même parfois en guise de petit-déjeuner: le tavuk pilav. C’est tout con: du riz, des pois chiches et des morceaux de poulet; rapide, copieux et pas cher, tiercé gagnant! Le riz est empilé en alternance avec les pois chiches dans une grande vitrine à l’entrée. Voilà, la soirée s’achève. Bien mangé, bien bu, je vais passer une dernière bonne nuit à Istanbul avant de partir vers de nouvelles aventures!
Meşhur Unkapanı Pilavcısı Beyoğlu – Tarlabaşı Bulevar, 230 (+/- en face de Osmanlı Kokoreç).


BILAN: Il faudrait que je fasse un inventaire des interjections exprimant l’étonnement, la surprise, genre « waouh! », « pfiouu! ou autres… Mais ce serait un peu court, aurait dit Cyrano de Bergerac (oui, je connais mes classiques!). Istanbul est une ville à nulle autre pareille, qui t’offrira un triple choc: culturel d’abord, en étant plongé sans transition dans la culture musulmane et ses codes; visuel, car il est impossible de rester impassible devant le Bosphore ou la forêt de minarets qui s’étale du côté de Sultanahmet; et auditif dirais-je, rien que pour les appels à la prière repris 5 fois par jour, avec toujours un petit décalage de quelques secondes d’une mosquée à l’autre, ce qui fait comme un écho qui semble rebondir de tous les côtés telle une balle magique. Touristique certes, mais on n’est pas obligé de se cantonner uniquement à Sultanahmet, et il y a toujours moyen de trouver des coins plus tranquilles, des quartiers plus excentrés qui appartiennent encore aux vrais stambouliotes. Il faudra absolument que j’y retourne un jour!
Bye bye Istanbul, Ankara me voilà!
C’est aujourd’hui matin que je quitte Istanbul, pour rallier Ankara par le train. Après avoir salué et remercié mon hôte Airbnb, je passe une dernière fois sur ce bon vieux pont de Galata pour me rendre à la gare de Sirkeci, par où passe le Marmaray, genre de RER qui relie les parties européenne et asiatique d’Istanbul. Tiens, il me manque une vingtaine de TL pour le trajet, hop une petite recharge de mon Istanbulkart pour un dernier trajet avec ce sésame qui m’a bien aidé durant mon séjour! Le trajet de 25 minutes passe entre autres sous le Bosphore et m’amène à la gare de Söğütlüçeşme (ce qui donne « Seu-houtlou-tchèsmè », le premier qui me dit « à tes souhaits », je le vire). Autrefois desservie surtout par les trains de banlieue, elle a rouvert en 2019 après 6 ans de travaux. C’est maintenant une gare moderne et clinquante qui accueille les trains à grande vitesse pour Ankara ou Konya. Pour info, le site des chemins de fer turcs, c’est ici.
Ce sont des trains à grande vitesse qui assurent depuis 2023 la liaison entre Istanbul pour un trajet variant de 4H à 4H35 selon les arrêts effectués. On les appelle Yüksek Hızlı Tren (YHT) ce qui veut dire en turc « train à grande vitesse ». Ils ont une bonne tête, l’intérieur est spacieux et confortable, et même s’ils n’ont pas forcément les performances d’un TGV ou d’un Shinkansen, ils tiennent facilement un bon 250 km/h durant une bonne partie du trajet. Un wagon-bar permet de manger un morceau durant le voyage.


14H15: me voilà arrivé à la gare d’Ankara, terminus de la ligne. C’est assez rare de mentionner cette ville lors d’un voyage en Turquie, et les guides ont vite bâclé le sujet. C’est toujours Istanbul, la Cappadoce ou les sites antiques de l’ouest qui raflent la mise. Ankara, on ne fait qu’y passer, et encore au pas de course! Et pourtant, on se trouve quand-même dans la capitale du pays! Elle l’est depuis l’indépendance de 1923, depuis que Mustafa Kemal « Atatürk » y instaura la résistance contre l’éclatement de l’empire ottoman, que certaines puissances étrangères allaient se partager. Le cas de voir une capitale éclipsée par une autre ville (ici Istanbul) n’est pas unique, c’est un peu comme Dubrovnik qui fait de l’ombre à Zagreb en Croatie… Je resterai deux jours à Ankara, on verra bien ce que ça dit.
Depuis la gare, on peut rayonner facilement dans toute la ville avec les bus et le métro. C’est ce dernier que je vais utiliser pour me rapprocher au plus près de mon logement Airbnb, à 2 km d’ici (en même temps, Ankara est très étendue). Je ne vois pas de distributeurs de tickets, et les tourniquets sont grand ouverts. Bizarre. Et les gens ne scannent aucune carte, rien. Bon ben, je vais faire comme eux! J’apprendrai plus tard que la ville offre un jour de gratuité en plus après la fin de la Fête du Sacrifice. Chouette, c’est pas plus mal! Le temps de déposer mon sac dans ma chambre et de m’installer, je peux commencer mon exploration de la capitale turque.
En gros, Ankara possède une partie moderne, comprenant les quartiers de Çankaya et Kizilay, très commerçants et animés en soirée, et Ulus, où on trouve la vieille ville et la citadelle. C’est de ce côté-là que je vais aller traîner mes chaussures cet aprem. Je me retrouve vite dans un dédale de petites rues tortueuses qui ne font que grimper, ça contraste avec la circulation effrénée des artères de la ville moderne. C’est un mélange de styles: tu peux passer à côté d’une vieille maison ottomane ou d’une mosquée en bois, et 100 mètres plus loin faire face à des immeubles sans âme et taillés au cordeau. Certaines habitations sont quelque peu délabrées, dommage. Alors c’est vrai, c’est pas Istanbul: pas de Bosphore scintillant, pas de mosquées prestigieuses… C’est une approche tout à fait différente pour appréhender et saisir l’essence d’Ankara, ça prend plus de temps, il faut avoir le regard plus acéré qu’un croisiériste (bon çà, c’est pas bien compliqué 😁). Voyons la suite…







Le quartier de la Citadelle proprement dit est comme une petite ville « intra muros » cernée par les remparts de la forteresse. En-dehors, dans le voisinage immédiat, un poignée de petites ruelles pavées et pentues (ça monte et ça descend, attention les mollets!) abrite quelques restos et commerces traditionnels dans des maisons ottomanes restaurées, appelées konaks. Tissus, argenterie, épices… mais c’est pas racoleur pour un sou, malgré une ou deux devantures un peu ostentatoires, ce n’est pas bizness bizness comme au Grand Bazar, et les « hello my friend », tu ne les entendras pas ici! Même si c’est le coin le plus touristique d’Ankara, l’atmosphère populaire et bon enfant n’a pas encore disparu du quartier. Pourvu que ça dure!










J’entre dans la cité « intra-muros » par une petite porte fortifiée, et j’ai tout de suite l’impression de me balader dans les rues d’un petit village. Et pour ne rien gâcher, on ne peut pas dire que ce soit la grande foule, la plupart des visiteurs préférant visiter les boutiques plus bas. Les remparts et les tours de l’ancienne forteresse, qui était déjà là à l’époque romaine, sont bien visibles à présent. L’accès à la plus haute tour est gratuite, et la vue de là-haut, même si elle ne laissera pas un souvenir impérissable, est bien dégagée et montre bien comment la ville a évolué au fil des décennies, en érigeant de plus en plus de hauts immeubles d’habitations, qui tranchent nettement avec les vieux toits rouges du quartier de la Citadelle et les montagnes au loin. Assez surprenant.












Tu verras, dans la vieille ville, quelques boutiques faisant le commerce de laine mohair, provenant de la chèvre angora, élevée en nombre dans la région. Ce n’est pas pour rien que Ankara est la déformation moderne de son ancien nom… Angora!

Je descends du quartier de la Citadelle pour continuer au hasard dans la ville. Les voitures et les petits dolmus bleus se suivent, se klaxonnent entre eux (le klaxon est un sport national en Turquie, retiens-le bien!), les petits commerces s’alignent, surtout du petit électro, genre téléphones portables, télécommandes de tv, pièces détachées, un joyeux bric-à-brac où chacun y trouve toujours ce qu’il cherche. De temps à autre, une petite boutique d’alimentation pointe le bout de sa devanture. C’est la vie de tous les jours à Ankara, loin des groupes de touristes avec un guide à parapluie…


Je me retrouve, au gré de ma balade, dans la Güvercin Sok, dont les maisons typiquement ottomanes ont été récemment restaurées, je dirais peut-être un peu trop bien; c’est super joli, d’accord, mais ça manque de patine. Bon, il faut se dire que ça viendra avec le temps! Au bout de la rue, un petit ascenseur marrant permet de franchir plus vite (et gratuitement!) le petit dénivelé qui conduit au parc de la mosquée Haci Bayram. De là, on a une super vue sur la forteresse.




Il est étonnant, ce petit parc, rien qu’à voir les monuments qu’on y trouve: la mosquée Haci Bayram, des ruines romaines datant de l’empereur Auguste, une Tour de l’Horloge (oui, en fait il y en a plusieurs à Ankara!)… La mosquée étant encore fermée pour travaux, certains éléments de l’édifice ont carrément été sortis sur l’esplanade pour permettre aux pratiquants de venir aux heures de prière, à savoir son minbar, qui n’est autre que la chaire de la mosquée, et son mihrab, une sorte de grande niche qui indique la direction de la Mecque. C’est vraiment inhabituel de voir çà. Autre chose? Bien sûr: des fontaines, des cascades, une magnifique petite roseraie, bref un petit coin de paradis pour les familles ankariotes qui adorent y venir en soirée avec les enfants. J’adore cet endroit, surtout quand le soleil commence à décliner et que l’air se fait plus frais, quand un air de musique se fait entendre venant d’un ado qui improvise un chant accompagné de percussions… Pas de touristes ici, c’est le pouls d’Ankara qui bat au rythme de celui de ses habitants. C’est beau, tout simplement.








Ce serait pas l’heure de s’intéresser au repas du soir? Justement, j’ai repéré, au début de la Güvercin Sok, un de ces petits restos populaires et pas chers comme on en voit partout en Turquie, et qu’on appelle les lokantasi. Du carrelage au sol, des grands plateaux remplis de tas de bonnes choses qu’on pointe du doigt pour se concocter une assiette copieuse, le personnel qui hèle les habitués… C’est un peu comme la taverna en Grèce. Hé bien, je vais me prendre une soupe turque, celle qui est sans doute la plus connue: la mercimek çorbasi, une soupe de lentilles que l’on confond parfois avec l’ezogelin çorbasi. Pour suivre, ce sera un kebap, mais celui-ci c’est le haut du panier, j’oserais même dire le kebap ultime: une dinguerie qui a pour nom l’iskender kebap. Voilà le topo: des lamelles de viande de mouton (ou de boeuf parfois) coupée en lamelles, accompagnée de sauce tomate et de yaourt, le tout reposant sur une tranche de pain turc, tu sais ce fameux pain à l’allure un peu matelassée utilisé pour envelopper les kebaps. Tout un programme, pas vrai? Ajoute à cela la touche finale, qui consiste à verser du beurre fondu sur le tout, et tu comprendras que ce plat fera partie, sans hésitation, de mon top 3 des spécialités turques auxquelles j’ai pu m’essayer!
Öz Gaziantep Yemek Lokantasi – au tout début de la Güvercin Sok.


Il ne me reste plus qu’à regagner mon hébergement Airbnb, par le métro cette fois, car l’air de rien j’ai pas mal marché cet aprem! Ici c’est une petite chambre privée et mon hôte, un gars exceptionnel prénommé Levent, habite sur place. J’aime bien avoir un contact direct comme çà, c’est bien mieux que de monopoliser un appartement entier en restant tout seul. L’hospitalité turque n’est pas une légende: nous avons passé la soirée à regarder quelques épisodes d’une série Netflix (sympa, il me les a sous-titrés en français) en buvant je ne sais plus combien de verres de thé. Tiens, à ce propos je te refile un petit truc: pour montrer que tu en as assez avalé, il suffit de poser sa petite cuillère à plat sur le sommet du verre 😉.
Deuxième jour à Ankara: sur les traces de Atatürk.
Deuxième journée à Ankara, et la dernière aussi, vu que demain je repars déjà vers d’autres horizons. En attendant, je vais profiter de mon temps à bon escient pour continuer ma découverte de la capitale turque. En guise de petit-déj’, un gros simit fourré de fromage et un ayran suffiront amplement. Je m’engouffre dans la station de métro tout proche, mais aujourd’hui la gratuité c’est fini! J’observe les usagers pour voir comment ça se passe. Je sais qu’il existe une Ankarakart, similaire à l’Istanbulkart, mais comme je n’utiliserai pas beaucoup les transports en commun, je préfère acheter un ticket à l’unité ou à journalier. Il y a bien un automate, mais pas d’autre langue que le turc, car au niveau due la fréquentation touristique, on est loin d’Istanbul. Bon, comment faire? Mais en regardant bien, je vois des gens apposer leur carte bancaire sur un lecteur optique, hop un petit bip et le tourniquet se débloque. Hé, si j’essayais avec une carte de crédit? Yes, ça marche! Rapide et efficace, c’est bien pensé, çà!
Je descends à la station Anadolu, où je termine à pied sur une distance de 1 km pour un rendez-vous de premier ordre avec l’Histoire de la Turquie. J’ai déjà évoqué deux ou trois fois le nom d’un des piliers de l’histoire du pays, celui qui a façonné la Turquie moderne telle qu’on la connaît de nos jours, en reléguant l’époque des sultans dans les tiroirs du passé, et qui en fut son premier président: Mustafa Kemal « Atatürk », ce qui veut dire « Père de tous les turcs », un titre qui lui fut accordé par le Parlement en reconnaissance de sa contribution à la naissance de la toute jeune République turque. Il ne faut pas oublier qu’il a fait d’Ankara la capitale. Et pour lui rendre hommage, il fallait un monument à la hauteur de l’homme. C’est là que je t’emmène.
La dépouille d’Atatürk est conservée dans un mausolée pharaonique, commencé en 1944 et achevé en 1953, pour être inauguré le 10 novembre de la même année, pile poil 15 ans après la date de la mort du grand homme. L’accès au site en impose déjà pas mal, avec cette longue allée de 260 m bordée de statues de lions, lointains cousins de ceux du site égyptien de Karnak. La volonté d’impressionner les visiteurs est flagrante, et ce n’est que le début!







Me voici arrivé sur l’esplanade du mausolée. Mon dieu, que dire? Ses dimensions de 200 m sur 100 m réduisent des mots comme « vaste » ou « immense » à des euphémismes! Les longs bâtiments à colonnes qui l’entourent abritent un ensemble de petits musées consacrés à la star des lieux, évidemment. Et au début de l’allée des lions, une salle abrite le char militaire sur lequel fut transportée sa dépouille. Une foule de portraits et peintures, ses anciennes voitures… tout cela se parcourant dans une atmosphère assez nationaliste. D’ailleurs, tu veux connaitre un moyen infaillible de t’attirer l’antipathie des turcs? Essaie de dire du mal d’Atatürk pour voir (et dire que dans certains pays d’Europe, ce serait plutôt le contraire…).






Et enfin, voilà le mausolée proprement dit, dont la taille colossale va te faire tomber la mâchoire inférieure de stupeur. En turc, il se nomme Anıtkabir, de « Anıt »: monument et « kabir »: tombe. Tel un Parthénon des temps modernes, il abrite la sépulture d’Atatürk, et quand on voit la taille du monument, on se dit que pour les turcs, c’est plus un dieu qu’un simple mortel. Par contre, on sait moins que l’Anıtkabir abrite la tombe d’un autre homme: Ismet Inönü (* photo ci-dessous), qui a été Premier ministre d’Atatürk avant de devenir à son tour président de la République à partir de 1938. On accède au monument par une série de marches en marbre, où tu verras, sur la façade extérieure, des extraits de discours célèbres prononcés par le premier président de la Turquie moderne.





L’intérieur du mausolée, bien que de style épuré et assez sobre, est tout aussi monumental que l’extérieur. Au fond de la salle, un sarcophage massif en marbre symbolise l’emplacement de la sépulture du grand homme; car en réalité, il est inhumé une dizaine de mètres plus bas dans une salle souterraine, dans un tombeau beaucoup plus simple. L’atmosphère est au recueillement et au silence, pas de troupeaux bruyants et indisciplinés ici. Le 10 novembre, date anniversaire de la mort d’Atatürk, c’est noir de monde, en dedans comme en dehors.



En ressortant, je vois les visiteurs se regrouper comme s’ils faisaient une haie d’honneur. Que se passe-t-il? J’entends des bruits de pas cadencés se rapprocher. Ah, je comprends: la relève de la garde, cette cérémonie de « remplacement » des soldats qui veillent sur le site, qui a lieu toutes les heures. Gestuelle exagérée, rigidité toute militaire, ordres vociférés de façon brève et gutturale (le gradé aurait pu faire carrière comme chanteur de heavy metal)… Ça me rappelle un peu la relève de la garde du monastère de Batalha au Portugal.
Hé bien, la matinée s’achève déjà, je reprends le métro pour aller manger du côté de la Citadelle. Au moins, les restos d’Ankara ne sont pas des attrape-touristes comme certains de leurs homologues d’Istanbul. Ils reçoivent moins de touristes, d’ailleurs un signe ne trompe pas, c’est quand les menus sont à langue unique, à savoir le turc! Bon, j’ai encore tant à découvrir de la cuisine turque, mais je jette mon dévolu sur un de ses classiques: les köfte (pas d’excuse, tu sais maintenant comment on prononce!), des petites boulettes de viande d’agneau ou de boeuf mélangées à des oignons et du persil, et accompagnées de crudités et de riz. Et ce petit resto, dans une ruelle en pente, n’était pas mal dans son genre avec sa collection de vieux gramophones (dont il tire son nom), de radios et de vinyles.
Gramofon Kafe (Grmaofoncu Ali) – Koyunpazarı Sok, 28 (près de la Citadelle).



Au fil de mes années de voyages, je suis de moins en moins « musées », j’aime mieux observer la vie de tous les jours des endroits que je visite. Mais il m’arrive encore de faire l’une ou l’autre exception quand je sais que ça en vaudra la peine. C’est justement le cas avec un des musées les plus complets et intéressants de Turquie aux niveaux historique et archéologique., qui se trouve ici à Ankara, et comme je suis dans la vieille ville, j’en suis à deux pas! Voici donc le musée des Civilisations Anatoliennes, qui était autrefois un grand marché couvert, surmonté de petites coupoles; un petit caravansérail y était accolé, c’est là que se trouvent de nos jours les bureaux du musée. L’idée initiale de convertir l’endroit en musée date des années 1930 et vient de Atatürk, dans le but de réunir tout ce qui à trait aux civilisations anatolienne et hittite (un peuple qui a vécu en Anatolie durant l’Antiquité). Il a ouvert ses portes en 19432, et sa mouture finale sera finalisée en 1968.
On ne peut pas dire qu’il soit immense, on est bien loin du Louvre ou du Prado, mais sa richesse laisse sans voix! Établir un inventaire de tout ce qui y peut être admiré serait bien trop fastidieux. Plusieurs époques chronologiques sont abordées, et c’est une profusion de statuettes de bois ou de bronze, de bijoux, de sculptures, de tablettes gravées de hiéroglyphes… le tout dans un espace lumineux et aéré où on peut toujours voir les colonnes et arcades de l’ancien marché couvert. Et le petit parc qui l’entoure n’est pas vilain du tout, avec ses bancs et ses petites fontaines.








Je rejoins la Cumhuriyet Cad, une large artère très passante qui, en gros, relie la gare à la vieille ville. Une petite place se dresse le Monument de la République, où l’inévitable Atatürk est fièrement campé sur son cheval. On se trouve ici dans un coin de la ville où se sont déroulés des faits historiques d’importance pour l’avènement de la Turquie moderne. Par exemple, cet élégant bâtiment de style ottoman à deux étages, devenu le Musée de la République, a une haute valeur symbolique: c’est ici que siégea le second Parlement de la République turque de 1924 à 1960, et qu’Atatürk fut investi officiellement de se fonction de président en 1923. À l’intérieur sont exposés de nombreux documents d’époque, ainsi que des effets personnels d’Atatürk et même un mannequin en cire à son effigie (plutôt bien réussi) dans l’ancienne loge présidentielle. Très fréquenté par les turcs, on s’en doute, mais les étrangers pourront trouver tout çà un peu « hermétique », à moins d’être très calé sur l’histoire de la Turquie!













L’après-midi s’écoule doucement pour déjà faire place à la soirée. Je reprends le métro pour rallier le quartier où se trouve mon Airbnb, je me dégote un petit büfe qui sert des kebaps pour m’en avaler un vite fait, ensuite je me balade encore un peu dans un petit parc familial agrémenté d’un petit étang. Demain matin, je quitte Ankara pour une nouvelle destination… et pas des moindres: en route pour la Cappadoce! La suite au prochain numéro! Tu en seras, bien sûr?
PREMIER « DEBRIEF » (Istanbul et Ankara):
Je ne suis même pas au tiers de mon voyage en Turquie, et déjà je suis abasourdi par la visite de seulement deux villes. Mais quelles villes! Istanbul, magique et magnétique, qui te plongera instantanément dans le bain d’une culture si différente de celle de l’Occident, qui t’aspirera à travers ses ruelles, ses mosquées, ses échoppes aux épices… Et n’essaie pas de résister, détends-toi et profite du moment! Après un bon balik ekmek et un tour en ferry sur le Bosphore, pourquoi pas un p’tit tour au hamam avec un massage très tonique en sus (attention, c’est pas pour les mauviettes!)? Ankara, quant à elle, ne se laissera apprivoiser tout de suite, mais il est important de lui faire une visite, rien que pour comprendre les ébauches de l’histoire de la Turquie moderne en suivant le sillage d’Atatürk, ou de se perdre dans la vieille ville, encore vierge de hordes de touristes braillards.
« La vie ne peut pas être si mauvaise, me disais-je de temps en temps. Quoi qu’il arrive, je pourrai toujours faire une longue promenade sur le Bosphore ».

- Istanbul, Byzance, Constantinople… tu fermes les yeux et tu te retrouves instantanément dans un recueil de contes orientaux.
- Le Bosphore, les mosquées, les pêcheurs du pont de Galata, les vendeurs de simit ou de macun… c’est magique.
- Ankara la méconnue, la délaissée, et c’est bien dommage! J’ai découvert une ville attachante, sans aucun fard et qui a posé un des jalons les plus importants de l’histoire du pays.
- La cuisine turque m’a autant enchanté que bluffé: du jus de cornichons marinés, du pudding au poulet, quoi ça existe vraiment??? Ben oui, en Turquie!
- Le peuple turc, qui prouve par A + B que l’hospitalité turque n’est pas un vain mot.

- Istanbul, fais attention au tourisme de masse, principalement du côté de Sultanahmet! Ne te transforme pas à long terme en une deuxième Venise ou Barcelone…
- La circulation, aussi bien à Istanbul qu’à Ankara, peut être déroutante quant à son intensité et on flux continu. Certains chauffeurs de taxi, à leur façon de conduire, doivent avoir un petit problème mental…
- « Hello my friend, how are you », « Boat tour BosphorBosphorBosphor!! Pouvez pas la fermer un peu, non?

Voyage de Ouf !
Tout ces trucs turcs à découvrir pour le palais ça fait envie… je me suis entraînée à les prononcer 😀
Les vidéos : super, elles nous emmènent avec vous profiter de l’ambiance .
Quel voyage, j’attends la suite avec plaisir car tout y est comme d’habitude : humour, histoire, géographie…
A bientôt.
Merci Emilia, je vous avais bien dit que ce premier carnet allait démarrer en fanfare! « Trucs turcs », j’aime bien l’expression, à répéter 10 fois de suite le plus vite possible 😁😁!
La Cappadoce nous attend pour la suite, ça ca être dantesque, vous verrez. À bientôt, caresses à BB, tous les chats d’Istanbul lui passent le bonjour!
Ronrons de BB qui a apprécié le petit passage sur les chats en Turquie. À bientôt.