L’Ardèche et la Haute-Loire – 2016.

Pour ma petite virée “septembrienne” de 2016, j’ai choisi un coin de France que je ne connaissais pas encore, à savoir les départements de l’Ardèche et de la Haute-Loire. Comme je démarre de Montpellier je passerai aussi par l’Hérault, le Gard et la Lozère, où j’aurai l’occasion de faire quelques stops. C’est parti pour une semaine de plaisir(s) et d’enchantement!

Histoire de situer le lieu de l’intrigue…

Mais avant l’Ardèche, un passage par le Gard.

Atterrir à Montpellier pour aller en Ardèche? Ben oui, en fait l’aéroport de Nîmes offrait des horaires de vols trop irréguliers qui ne m’arrangeaient pas; et je voulais passer par le Gard pour m’attarder sur quelques endroits que je ne connaissais pas encore.

Je m’arrête d’abord à Sommières, à 35 km de Montpellier. C’est un sympathique petite ville médiévale étagée sur les rives du Vidourle, un fleuve venant des Cévennes. Pour se garer, pas de souci, il y a un grand parking sur la rive opposée, et on entre dans Sommières en franchissant le pont romain et en passant sous la Tour de l’Horloge et son campanile. Le centre médiéval n’est pas mal avec ses rues en damier, la plupart sont piétonnes et le gros de la circulation contourne la vieille ville, bonne initiative! Seules quelques camionnettes quittent à présent la place des Docteurs Dax, car c’était jour de marché ce matin (c’est con, je l’ai loupé de peu!).

Vue sur sommières.

Jolie place vraiment, avec ses arches à arcades romanes qui soutiennent les habitations à l’étage, celles-ci cherchant à se protéger des crues (parfois méchantes) du Vidourle. Une partie de ces arcades sert de terrasses extérieures aux bars de la place. Pour les cinéphiles, les scènes du vieux marché à arcades dans “Jean de Florette” ont été tournées ici!

En montant vers le chateau par une rue en pente digne d’un film de cape et d’épée, un superbe panorama s’étale sur Sommières et ses toits de tuiles rouges. En redescendant vers la riivière, on se perd dans un entrelac de ruelles, d’impasses et d’étroits passages voûtés, certains avec des noms à tomber, comme le “passage Bombe-Cul”…

Sommières: Le Vidourle.
Sommières.
Sommières.
Sommières: la Tour de l’Horloge.
Excellent, le nom (j’en dirais pas autant du tag..;)!

Je pensais aller à Uzès d’une traite, mais sur la route, à travers un joli paysage de garrigue, voici que se détache sur ma droite un village perché, dominé par un chateau: c’est Montpezat. Allons donc voir çà de plus près. Des ruelles pentues, certaines avec de gros pavés disjoints par endroits, et un chateau massif, propriété privée à ce qu’il paraît. Un bijou de petit village, qui n’est pas sans me rappeler les villages perchés du Vaucluse en Provence.

Montpezat.
Montpezat.

Uzès, “premier Duché de France”.

On la voit de loin, la ville d’Uzès avec ses tours qui se détachent au loin dans le paysage. Elle se découvre à pied, il y a tout ce qu’il faut pour se garer aux abords de la ville. Uzès est ceinturée par le boulevard Gambetta, très commerçant, et la ville médiévale est un dédale de ruelles et de placettes ombragées bordées de magnifiques hôtels particuliers des 17ème et 18ème siècles. On arrive vite sur la Place aux Herbes avec ses vieilles maisons, ses arcades et sa fontaine; dans les rues avoisinantes se tient chaque samedi un marché réputé dans la région (loupé aussi, dis donc, moi et les marchés ça fait deux…). A deux pas de cette Place aux Herbes, le jardin médiéval et ses 450 variétés de plantes potagères et médicinales, est un petit havre de paix.

On entend souvent parler du “Duché” d’Uzès. Pourquoi ce titre? Attends, je prends ma craie et je t’explique:

C’est pas sorcier, comme dirait Jamy! Bon alors, ce duché, cette ville dans la ville, à quoi il ressemble? Il se compose du chateau avec sa façade Renaissance mélangeant les trois ordres architecturaux classiques (dorique, ionique, corinthien… ça te rappelle les cours d’histoire, pas vrai?). La visite de l’intérieur, avec ses nombreuses pièces somptueuses, est guidée. On ne visite pas tout, le chateau étant toujours propriété de la famille de Crussol, et on sent vraiment leur présence à travers les nombreux portraits et photos de famille sur plusieurs générations.

La Tour Bermonde, donjon primitif du chateau, domine l’ensemble. On peut grimper à son sommet (135 marches) avec à la clé une super vue sur la ville. Au loin se profile la cathédrale Saint-Théodorit et son clocher, la Tour Fenestrelle, qui ressemble un peu aux campaniles italiens toscans. Elle doit tout simplement son nom aux nombreuses “fenêtres” qui rythment ses étages. Avec le palais ducal, il est un des symboles de la ville d’Uzès.

Uzès: la cathédrale.
Le “Duché” d’Uzès.

Entre Uzès et Pont-Saint-Esprit.

Quittons maintenant Uzès pour traverser la région appelée l’Uzège, qui comporte quelques très beaux villages. Entre autres, celui de Saint-Quentin-la-Poterie, à 5 km d’Uzès. Par son nom, le village évoque sa vocation qui a duré des siècles, la poterie. Depuis le 12ème siècle, de nombreux fours fonctionnaient aux alentours du village, mais le chemin de fer a signé le déclin de la production; le dernier four à briques a arrêté son activité en 1925. Mais depuis 1983, le village revit grâce à la “Maison de la Terre”, qui encouragea l’arrivée d’artisans céramistes, qui actuellement produisent et vendent leurs oeuvres dans leurs petites boutiques qui n’ont pas encore cédé à la mode du tourisme de masse. Pourvu que ça dure! Pour ne rien gâcher, c’est aussi un joli village aux petites rues calmes.

Saint-Quentin-la-Poterie.
Saint-Quentin-la-Poterie.
Saint-Quentin-la-Poterie.

A quelques km de Saint-Quentin-la-Poterie, c’est dans le petit village de la Bastide-d’Engras que je pose mon sac pour ce soir. A peine 200 habitants, quelques rues et calades à gros galets ronds, une petite église faisant face à un genre de beffroi et un gros chateau (privé), au coeur d’un paysage de champs d’oliviers et de vignes. Voilà pour le cadre de ce petit village du “Gard provençal”, super calme et peu touristique! Je dors dans un petit appartement (Airbnb) attenant à la maison d’un couple de retraités charmants avec l’accent chantant du midi.

La Bastide-d’Engras.

Le lendemain, je continue de sillonner le Gard, néanmoins l’Ardèche se rapproche peu à peu. Tiens, je croise pas mal de camionnettes et 4X4 de chasseurs qui s’en vont se mesurer aux sangliers du coin. J’en surprendrai même un qui traversera la route pile devant mon véhicule (un sanglier, pas un chasseur…), m’obligeant à donner un coup de frein! Je m’arrête à Lussan, un autre superbe village perché du Gard, visible de loin sur son promontoire rocheux, avec sa ceinture de remparts et son imposant chateau médiéval. Il a du style, ce chateau (il abrite la mairie), avec ses quatre tours d’angle rondes (dont l’une dotée d’un campanile doté d’une horloge). Ce village aux vieilles maisons de pierre est super tranquille, je n’y ai quasiment croisé personne. Et dire que Lussan a été un actif centre de production de soie au 19ème siècle: il existait trois filatures dans le village.

Je me dirige à présent vers Pont-saint-Esprit; l’Ardèche, on y est presque!

Lussan.

En réalité, je ne pensais pas m’arrêter à Pont-Saint-Esprit, dans mon impatience de découvrir les gorges de l’Ardèche. J’ai changé d’avis et je n’ai pas regretté la découverte de cette cité paisible, avec son centre ancien et ses petites rues calmes. Le pont de pierre à 26 arches enjambant le Rhône, long de 1km, a donné son nom à la cité. Pont-Saint-Esprit a aussi défrayé la chronique dans les années 1950 avec l’étrange affaire du “pain maudit”.

Et… sauras-tu me dire le nom des habitants de cette sympathique ville? Allez, on joue avec Mister Foucault? Tu as encore droit au 50/50 ou au vote du public…

Petite ambiance musicale qui va avec!!

Yess! C’est bien la réponse B: les Spiripontains! Tu gagnes…eeuh…. ben disons toute mon estime! :mrgreen:

Les gorges de l’Ardèche: on y est!!

Peu après Pont-Saint-Esprit, je franchis un pont enjambant un paisible cours d’eau. Voilà ma première rencontre avec la rivière Ardèche, qui se jette dans le Rhône tout près d’ici. Encore un peu de patience, les gorges se rapprochent!

Je passe par Saint-Martin-d’Ardèche, petit patelin paisible au bord de la rivière, traversée par un étonnant (et étroit) pont suspendu. En traversant ce pont, on change de département, je reviens brièvement dans le Gard, le cours d’eau délimitant les deux départements! Je franchis le pont pour rejoindre le village médiéval d’Aiguèze, perché sur une falaise au-dessus de l’Ardèche. Au loin se déploient les fameuses gorges sur plus de 30 km.

Aiguèze s’est développé près de son chateau, maintenant en ruines; son chemin de ronde offre de belles échappées sur la rivière. Aiguèze est labellisé parmi les “Plus Beaux Villages de France”, et c’est pas pour rien: c’est plein de ruelles pavées ou en calades, avec des porches et des passages voûtés. Et… sur une placette, on peut lire cette anecdote: “Dans cette maison a vécu de 1706 à 1776 Honoré Agrefoul, distillateur, inventeur de l’absinthe, connue de nos jours sous le nom de pastis”. J’entends déjà les marseillais crier au scandale, mais pas de panique, ce Agrefoul est un personnage fictif né de l’imagination d’un plaisantin d’Arles qui inaugura la plaque en 1985 déguisé en François Mitterrand! Gonflé le mec! Et il faut voir aussi l’air ahuri du gars sur la plaque…

L’Ardèche et Aiguèze au loin.
Le voilà, mister Agrefoul!

Et maintenant, place au spectacle! La D290 suit plus ou moins le tracé de l’Ardèche qui se faufile entre des falaises de plus de 200m de haut, en dessinant de somptueux méandres en pleine nature sauvage. La route qui rejoint Vallon-Pont-d’Arc la surplombe par le nord, et de nombreux belvédères sont aménagés sur le trajet; ils sont très bien foutus je dois dire, avec de la place pour pouvoir se garer et des plate-formes sécurisées. Pas mal de monde qui circule: des cyclistes, des voitures (souvent à plaque étrangère), et aussi des camping-cars. Mais la route est assez large, et les 11 belvédères, faciles d’accès, offrent des points de vue “de ouf” sur la rivière tout en bas, se glissant entre les vertigineux monstres de calcaire. Quelques kayaks sillonnent le cours d’eau, mais heureusement on est loin de l’hystérie collective estivale qui “asphyxie” les gorges avec parfois de vrais embouteillages d’embarcations, avec le lot habituel de couillons qui prennent la rivière pour une déchetterie (ouais c’est clair que c’est plus facile de jeter ses mégots dans la flotte…). Un article révélateur ici.

Gorges de l’Ardèche.
Gorges de l’Ardèche.
Gorges de l’Ardèche.

Dans la direction de Vallon-Pont-d’Arc, on remonte le cours de l’Ardèche, et c’est une région où de nombreuses grottes et “avens” (* des gouffres naturels creusé par les eaux dans un terrain calcaire) se sont formés: la grotte de la Madeleine, l’Aven Marzal, et surtout, la Caverne du Pont-d’Arc, minutieuse et fidèle réplique de la grotte Chauvet. Les fresques ont été fidèlement reproduites, ainsi que l’humidité, les odeurs et la température de la grotte originale!

Une autre “star” des gorges est le célèbre Pont-d’Arc, cette arche naturelle de roc calcaire qui a des airs d’arc de triomphe; avec plus de 50 m de haut et 60 m de large, il est le résultat du travail de l’eau qui, durant des millénaires, a creusé le calcaire jusqu’à le traverser et former un pont naturel. Le devoir de tout bon kayakiste est de passer en-dessous!

Mon ressenti: Franchement, les panoramas sur ces gorges étaient époustoufflants, c’est clair, mais j’ai trouvé un côté plus sauvage, plus “secret” aux gorges du Tarn que j’ai vues l’année précédente. De même pour la route, celle des gorges du Tarn est plus étroite, avec quelques passages dans des tunnels creusés dans la roche, et les points de vue sont parfois plus difficilement accessibles. Mais bien sûr, cela n’enlève rien au sublime du cours de la rivière Ardèche contemplé depuis les belvédères!

Entre Vallon-Pont-d’Arc et Chauzon.

L’arrivée à Vallon-Pont-d’Arc risque d’en refroidir plus d’un: ne perdons pas de vue que ce gros village est le point de départ de la descente des gorges en kayak; alors, même si on est déjà presque à la mi-septembre, il y a encore pas mal de monde. En été, çà doit être l’apocalypse, ici! La population est décuplée en été, paraît-il. L’épicentre du village est très fréquenté, mais il y a toujours moyen de trouver des petites ruelles plus calmes, par exemple du côté de l’église, où il fait plutôt calme. L’Hôtel de Ville est installé dans un château construit au 17ème siècle, et abrite des tapisseries d’Aubusson figurant les croisades.

Je me suis dégoté un petit resto à l’écart, qui propose une bonne pitance régionale. Bonne occasion pour goûter une spécialité ardéchoise, la caillette: ça ressemble à une grosse boulette de viande de porc, agrémenté de blettes ou d’épinards, enroulées dans de la crépine (une membrane de l’estomac du cochon) et cuites au four. La caillette peut se manger aussi bien chaude que froide.

Vallon-Pont-d’Arc.
Vallon-Pont-d’Arc.
Un délice ardéchois: la caillette.
Sur le mur du resto, j’ai bien aimé cette caricature sur les “exploits” nocturnes des sangliers dans les vignes de la région…

A travers un paysage de bois, de garrigue et de vignes, j’arrive à Labastide-de-Virac, à 10 km de Vallon-Pont-d’Arc. Ce petit village, avec ses petites rues pavées ou en calades, est dominé par son chateau du 14ème siècle. Et dire qu’en 1629, le roi Louis XIII et le cardinal de Richelieu ordonnèrent de détruire les remparts de la ville ainsi qu’une partie du chateau. Merçi, sympa, les gars… Le chateau abrite un musée de la soie avec un élevage de vers à soie qui fait découvrir le cycle complet, de l’œuf jusqu’à l’apparition du fil, et le filage des cocons.

Labastide-de-Virac.
Labastide-de-Virac.

A proximité du village, on peut visiter l’aven d’Orgnac. Un aven, c’est un puits naturel qui se forme en région calcaire, par dissolution soit par effondrement de la voûte rocheuse. Et celui d’Orgnac est un des plus grands de France. La visite dure une bonne heure. On descend à 120 m sous terre en empruntant un escalier de plus de 200 marches, mais pas de stress, la remontée se fait par ascenseur! L’aven a été découvert en 1935 par Robert de Joly, et dans la salle qui porte son nom, on y a placé son urne funéraire. Après Vallon-Pont-d’Arc, la route file vers l’ouest, direction Ruoms. Le paysage est plutôt plat, et n’a rien de trépidant. Si on ajoute à cela les magasins et les ronds-points qui se succèdent, je ne voyais pas trop la nécessité de sortir mon APN…Au niveau de Ruoms, un pont franchit l’Ardèche, qui dirait-on se “prépare mentalement” à défiler dans les gorges; elle est déjà bordée de parois rocheuses calcaires plus modestes.

Voici Labeaume. Chouette village! On y arrive par une petite route qui descend, avec sur la gauche une vue sur les falaises ciselées des gorges de la Baume. Ben non, ce n’est pas l’Ardèche qui longe le village, mais la Baume (c’était pas difficile de baptiser le village, avec çà); ses gorges, moins impressionnantes, ont néanmoins un aspect plus sauvage. Et le village? Vieilles maisons en pierre, ruelles étroites et tortueuses en gros galets, il ne se visite qu’à pied. Des bonnes chaussures de rando sont, je pense, nettement préférables à des souliers de ville ou des Louboutin… L’église de Labeaume est curieuse, avec son clocher soutenu par d’immenses colonnes. Une ruelle descend jusqu’à la rivière, enjambée par le vieux pont submersible construit au 19ème siècle.

Labeaume.
Labeaume.
Les gorges de la Baume.
Les gorges de la Baume.
L’Ardèche près de Ruoms.
Une ‘tite mousse au miel et à la chataîgne avant de repartir (mais une seule, hein, je conduis, quand-même…).

Je traverse encore l’Ardèche (2 fois!) avant de m’arrêter pour la nuit dans le petit village de Chauzon. Il n’y a pas de monuments remarquables, ni de ruelles pavées pentues, mais ses vieilles maisons en pierre et ses rues étroites lui confèrent un sentiment de tranquillité et d’anti-tourisme de masse. Mais il faut dire aussi que Balazuc, à quelques km, draine la grande majorité des visiteurs, qui ne font pas le détour par Chauzon. Tant pis pour eux, tant mieux pour moi! J’ai choisi un petit hôtel-resto familial au coeur du village, simple et pas cher, avec un petit bar attenant où les vieux du coin viennent siroter un blanc, et les ouvriers communaux un café le matin. Je profite de la soirée pour faire une petite balade dans les environs, car l’Ardèche passe tout près d’ici; pour la rejoindre, il faut passer par des petits chemins au milieu des vignes, après l’église. Celle-ci est excentrée du centre du village, je me demande pourquoi… Elles sont belles, les grappes de raisin! Les vendanges ne devraient plus tarder. Et tiens, un petit pommier sauvage, en bord du chemin, une bonne occasion de croquer une petite pomme rouge-verte un peu acidulée. Me voilà sur la rive droite de la rivière, qui a creusé de profonds méandres dans la roche calcaire, dessinant notamment le Cirque de Gens, réputé pour ses voies d’escalade.

Chauzon.
L’Ardèche près de Chauzon.

Balazuc et Vogüé.

Petit trajet ce matin, Balazuc n’est qu’à 8 km de Chauzon. Ce village, classé dans les “plus beaux villages de France” et perché sur son piton rocheux au-dessus de l’Ardèche, s’explore uniquement à pied. Il y a des parkings en dehors du site. C’est un festival de ruelles, impasses, petits jardinets en terrasses, escaliers tortueux, c’est plus pentu qu’à Labeaume, et c’est encore plus bordélique pour s’y retrouver. Autant se balader au hasard, en prenant l’église comme repère, par exemple. En montant, on a parfois droit à de jolies vues sur les toits du village et la vieille église avec son curieux clocher. Je suis chanceux: en arrivant tôt, je suis quasiment seul à explorer ce dédale de pierre; les troupeaux en autocar n’arriveront que bien plus tard, donc je savoure mon instant…

La rivière Ardèche coule en contrebas, traversée par un vieux pont. C’est de ce pont qu’on a une de plus chouettes vues sur Balazuc et les falaises qui longent la rivière. Je ne vois pas encore de kayakistes à cette heure, mais un loueur au bas du pont s’affaire à bichonner son matos, en attendant ses premiers clients.

Balazuc.
Balazuc.

Sur la rive opposée de l’Ardèche, face à Balazuc, démarre un petit sentier qui serpente entre la rivière aux falaises escarpées et un paysage de pâtures. En 20 minutes, me voilà arrivé au hameau du Viel-Audon, un lieu, comment dire… un brin surréaliste, un rien décalé, bref pas comme les autres. Le Viel-Audon, c’est une fantastique aventure humaine. Dans les années 1970, ce hameau perdu était en ruines, déserté par ses habitants à la fin du 19ème siècle. C’est alors qu’une petite bande de quatre “doux rêveurs” décide de ressusciter le hameau; ils ont même refusé la construction d’une route, préférant acheminer les matériaux par le sentier à bras d’homme ou en brouette (à l’entrée du hameau, une brouette “symbolique” est justement fichée en terre par les ridelles). Et depuis ce temps, d’innombrables jeunes bénévoles retapent ce petit paradis perdu. On transporte des planches de bois, on cultive les légumes dans un jardin partagé. Des chèvres, des cochons, des poules, des panneaux complètement déjantés (comme ce “péage d’autoroute”, mdr!)… Il est trop incroyable, ce lieu! J’ai même ressenti… de la gêne, c’est bizarre hein, une appréhension d’être un intrus dans ce microcosme un peu anarchique; ça me fait repenser à de vieux documentaires sur la mode “baba-cool” des années 70. L’endroit n’est pas pour autant “hermétique”, car un petit gîte d’étape s’y trouve, et des élèves de “classes vertes” y viennent pour se sensibiliser à l’aspect écolo des lieux. Et enfin, Dernière chose: “viel” n’est pas une faute d’orthographe, c’est ainsi que se dit “vieil” en patois du coin.

sentier vers le Viel-Audon.
Hameau du Viel-Audon.
Le comité d’accueil, je suppose…

A 7 km de Balazuc, voilà encore un très joli village: Vogüé, au bord de l’Ardèche, avec ses vieilles maisons et ses rues pavées passant sous des porches. Mais ce qui frappe quand on voit Vogüé de loin, c’est son majestueux chateau qui surplombe le site, avec ses quatre tours d’angle rondes, sa chapelle romane et son jardin suspendu. C’est un monument historique privé, appartenant toujours à la famille de Vogüé.

Pas très loin de Vogüé, le petit village de Lanas n’a rien de spécial, mais je m’arrête un court moment au cimetière, pour voir la tombe de Henri Charrière. Ce nom ne te dit peut-être rien à première vue, mais son surnom “Papillon”, te rappellera un film américain avec Steve Mc Queen. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité au bagne en Guyane après avoir été jugé pour meurtre, ce qu’il a d’ailleurs toujours nié. Il s’évade plusieurs fois et sera gracié en 1970. Il décède en 1973.

Vogüé.
Chateau de Vogüé.

Aubenas, Mirabel, Alba-la-Romaine.

En direction d’Aubenas, près de Ucel, je trouve un petit resto de campagne sans fioritures; on voit que ce n’est pas un truc à touristes, le patron a de la personnalité et comme clients, il n’y a que trois ouvriers d’EDF en bleu de travail à une longue table. Le patron me demande si je préfère manger seul ou à côté d’eux, à leur table. Je vais casser la graine avec eux, on partagera même le grand pichet de vin rosé; entrée, plat, dessert, vin et café pour 15€ (⚠️ prix de 2016). Hé oui, ça existe encore, des additions à ce tarif, mais faut savoir les dénicher!

J’arrive à Aubenas, la “capitale” de l’Ardèche, perchée sur une colline d’où le panorama sur les monts d’Ardèche s’étend au loin. Pas mal de circulation en périphérie, mais c’est une ville de taille moyenne agréable à visiter, quelques rues étant piétonnes dans le centre ancien. Le chateau d’Aubenas (12ème siècle) a de la gueule avec ses deux imposantes tours rondes et son donjon. Pas moins de six familles seigneuriales l’ont habité depuis le 12ème siècle jusqu’à la Révolution. Sur la Place de l’Hôtel de Ville, une fontaine côtoie une petite halle couverte. Quoi d’autre comme monument? L’église Saint-Laurent, du 12ème siècle, détruite durant les guerres de religion et reconstruite au 17ème siècle sous l’ordonnance de Marie de Médicis; le dôme Saint-Benoît, ancienne chapelle avec sa curieuse coupole, qui est devenu le mausolée de la famille d’Ornano, liée à l’histoire de la ville. Enfin, pour les gourmands, sachez que la région d’Aubenas est réputée pour sa fameuse crème de marrons d’Ardèche. Cette divine spécialité est dignement représentée à Aubenas par les confiseurs Sabaton et Imbert parmi les plus connus.

Aubenas: le chateau.
Aubenas: place et halle couverte.

Une fois quitté la périphérie d’Aubenas, la petite D259 commence à grimper en lacets vers le nord-est, dans un paysage vallonné de prairies et de bois; au loin, des falaises striées de basalte se dessinent sur l’horizon. C’est ce qu’on appelle le plateau du Coiron, et les panoramas y sont de toute beauté. On se trouve entre 500 et 700 m d’altitude. Mirabel, c’est un petit village perché au coeur de ce plateau. Par temps clair, le regard peut porter jusqu’aux Cévennes! Pas très étendu, avec quelques petites ruelles calmes et sa petite église; mais sa particularité est qu’il est bâti au pied d’un éperon rocheux basaltique, au sommet duquel se dresse un massif donjon, l’unique vestige l’ensemble fortifié, constitué jadis de deux châteaux, l’un “catholique”, l’autre “protestant”. Le donjon est ce qui reste du château protestant, détruit au 17ème siècle sur ordre de Richelieu. Il a une drôle de tête, ce donjon, avec sa couleur noire due au basalte et ses angles clairs en calcaire; je sais pas ce qui me passe par la tête, sur le coup je trouve qu’il a l’air…d’un frigidaire géant (ne te fous pas de moi, ça y ressemble un peu, non..?).

Mirabel: le village et le donjon.

Avant de rejoindre Alba-la-Romaine, je m’arrête à Sceautres. Voilà encore un curieux village, tout riquiqui avec ses maisons en pierre de basalte, et où il n’y a rien de spécial à voir. Non, c’est ce qui se trouve derrière lui qui est fascinant, car Sceautres est bâti au pied du plus gros “neck” d’Europe. Ce n’est ni un gros mot, ni un animal; un neck, c’est un piton de roche dure ayant résulté d’un amas de lave refroidie de la cheminée d’un ancien volcan. On peut grimper à son sommet par un sentier abrupt en s’aidant d’une rampe en corde, mais gaffe, certains passages en sont dépourvus et peuvent être assez techniques à franchir. De là-haut évidemment, un panorama à se damner sur le Coiron et l’Ardèche!

Sceautres et son “neck” (plus ultra?).

Et voici Alba-la-Romaine, petite ville à plusieurs facettes. D’abord le village d’Alba lui-même, village médiéval fortifié avec ses petites rues anciennes, certaines des vieilles maisons presque encastrées dans les remparts, et surtout, le chateau qui domine le village. Il se scinde en deux parties: les vestiges du chateau d’origine (du 11ème siècle), et le “chateau neuf” du 17ème siècle. Un peu excentré, le joli hameau de la Roche, avec ses passages voûtés et ses mini-placettes, est bâti en pierre volcanique. Et à 1 km du village, en bordure de la très fréquentée D107, le site archéologique de l’ancienne Alba, de l’époque romaine, a donné son nom à la cité actuelle. Le site se visite librement: on explore au hasard les vestiges du temple, du grand bassin, du théâtre antique, et sur les portions encore visibles de la rue principale, on voit encore les sillons laissés par les chariots de l’époque.

Alba-la-Romaine: le chateau.
Alba-la-Romaine: hameau de la Roche.

Chirols, Vals-les-Bains, Antraigues-sur-Volane.

Je repasse via Aubenas pour traverser la Haute-vallée de l’Ardèche, où la jeune rivière se faufile dans une petite vallée encaissée. Le paysage de forêts de châtaigniers rappelle à quel point, à l’instar des Cévennes, cet arbre a une fonction importante dans la région; l’Ardèche est d’ailleurs le premier producteur de châtaignes en France et assure la moitié de la production nationale. Je traverse Meyras et Chirols.

Cette nuit, c’est une petite chambre dans une maison en pierre typique de l’Ardèche qui m’attend, près de Chirols. Airbnb, c’est pas que les grandes villes, en cherchant bien on trouve des petits coins de paradis, perdus dans des petits villages ou, comme ici, dans un mini-hameau de 4 maisons sur une petite route qui louvoie à travers les châtaigniers et les prairies. Mon hôte de ce soir c’est Elodie, qui a repris la vénérable maison de pierre de ses grands-parents. La vue depuis la chambre est magique, et le mobilier de la maison est aussi d’époque (Ah, cette ancienne horloge-pendule de presque 100 ans, qui sonnait toutes les heures!). Je vais être bien ici. Elodie est intarissable sur sa région, on a beaucoup parlé, beaucoup échangé, je n’ai pas vu le temps passer, en effet voilà qu’il fait déjà noir! Mais j’ai envie de faire un truc que j’affectionne: une petite balade dehors, dans l’obscurité avant d’aller me pieuter; j’espère qu’elle ne va pas me prendre pour un dingo. Non, pas du tout, elle me prête même une torche en plus de la mienne, au cas où. Dehors, un peu de vent, le cri-cri des grillons, la lune qui joue avec les nuages; le moindre bruit est amplifié par la nuit… C’est un autre monde, j’adore ces sensations.

Les environs de Chirols.

Le lendemain matin, direction Vals-les-Bains. Etant donné que nous ne sommes pas en bord de mer, ce serait plutôt une station thermale! Avec 145 sources différentes qui jaillissent aux alentours, et ses deux rivières, le Voltour et la Volane, Vals est bien une ville d’eau dans tous les sens du terme. La ville possède d’ailleurs son établissement thermal et son usine d’embouteillage d’eau pétillante. Les eaux de Vals ont été découvertes en 1602 par un dénommé Pierre Brun, qui grâce à une eau venue d’une source, s’est trouvé guéri de la maladie de la pierre. Par la suite, d’autres personnes se trouvèrent mieux aussi après une cure. La ville s’étend le long de sa rivière, la Volane. C’est vrai que c’est bizarre, ce n’est pas comme d’autres endroits où le centre-ville est “compact”; ici, je sais pas, ça me fait penser à une chewing-gum qu’on a étiré… Le points de vue sur la rivière ne sont pas mal, mais il n’y a pas de monuments remarquables ni de bâtisses vieilles de plusieurs siècles. Par contre, le grand parc, très arboré, abrite une curiosité; une source dite “intermittente”, qui jaillit tel un mini-geyser plus ou moins toutes les 6 heures. Cette source résulte d’un réservoir de gaz qui met l’eau sous pression, et un réservoir d’eau. Dans ses meilleurs jours, la puissance du jet peut donner une colonne d’eau de presque 15 mètres, ce qui est relativement impressionnant! A côté, le parc Saint-Jean abrite encore des kiosques où on pouvait goûter l’eau de trois sources: la Saint-Jean, la Favorite et la Bellatrix. Et tiens, comme à Vichy, on fabrique aussi des pastilles à Vals, avec l’eau locale bien sûr!

Vals-les-Bains.
Vals-les-Bains.

A 10 km de Vals, j’aperçois enfin le village d’Antraigues-sur-Volane, perché sur ancien piton volcanique et entouré de bois de châtaigniers. Un village très petit, quelques ruelles en calade autour de son église, et son modeste cimetière… qui pourtant attire chaque jour des dizaines de personnes qui viennent se recueillir un moment sur une sépulture. C’est à Antraigues qu’est enterré un immense artiste, ce chanteur à la moustache blanche, MONSIEUR Jean Ferrat! Après avoir acheté une maison par “coup de foudre” pour la région, il s’y installe avec sa femme en 1973 pour s’y fixer définitivement jusqu’à sa mort, durant 37 ans. C’est en hommage à l’Ardèche qu’il compose, en 1964, “la Montagne”, une de ses plus émouvantes chansons.

Antraigues-sur-Volane.
Antraigues-sur-Volane.
Les obsèques de Jean Ferrat.
Jean Ferrat: “La Montagne”.
Jean Ferrat: “Aimer a perdre la raison”… séquence émotion.
Sépulture de Jean Ferrat.

Le Mont Gerbier-de-Jonc et le Mont Mezenc: ça y est, on passe en Haute-Loire!

Pour atteindre le Mont-Gerbier-de-Jonc, le plus simple est de refaire la route de Chirols en sens inverse. Par la suite, après le village de Burzet, on grimpe par une route de moyenne montagne en lacets, dans un paysage de forêts. On est ici dans la partie “haute” de la montagne ardéchoise, quand-même entre 1500m et 1700m. De temps à autre, au détour d’un virage, un splendide panorama sur le vallonnement de la montagne se dévoile. Puis les paysages changent, presque sans transition. Les forêts font place à des espaces plus ouverts, mélange de hauts-plateaux et de vastes prairies, avec quelques portions de forêts çà et là. Je traverse quelques petits villages de pierre, et une poignée de grosses fermes s’éparpillent au milieu de ce tableau féérique. Un petit arrêt dans le village de Sainte-Eulalie pour manger un morceau, et puis 6km plus loin… j’y suis!

Je l’aperçois enfin, cette sorte de gros pain de sucre (le petit cousin de celui de Rio??) posé là, de façon presque incongrue, dans le paysage du vaste plateau ardéchois: le Mont-Gerbier-de-Jonc! Alors, ça te rappelle tes cours de géo? Il culmine à 1551m et doit sa forme particulière à un écoulement de lave qui s’est solidifié en sortant d’un cratère. Et en plus, on peut grimper à son sommet! Attention, il a pas l’air comme çà, mais le sentier est abrupt et demande quelques efforts. a une époque, l’accès en était payant (!), mais il est redevenu gratuit.

Près de Sainte-Eulalie
Le Mont Gerbier-de-Jonc.

En parlant des cours de géo, y aurait pas une source dans le secteur? Mmh…si, même plusieurs, pour un même cours d’eau, et pas n’importe lequel. Le fleuve en question, le plus long de France avec 1012 km, est bordé d’une flopée de chateaux fascinants, traverse Nevers, Orléans, Blois, Amboise, Tours…et finit son parcours à Saint-Nazaire. Tu y es? Attention gros dossier: c’est LA LOIRE!

Trois sites différents revendiquent la source du fleuve, c’est pour çà qu’on dit LES sources. D’abord la source dite “authentique”, le long de la route (où voitures et camping-cars ne semblent pas avoir appris à se garer convenablement!): une cuvette, symbolisée par ce monument érigé en 1938 par le Touring Club de France; après, presque en face, voici la source “géographique”, qui coule à partir d’un tuyau dans un bac en pierre à l’intérieur d’une vieille grange en toit de lauze, transformée en boutique de produits régionaux. Cette source est dite “géographique” car elle était autrefois mentionnée dans les livres de géographie comme LA source de la Loire. Et enfin, un peu plus bas que les deux précédentes, un panneau indique la source “véritable” de la Loire selon le “plan cadastral N°87”; c’est là qu’officiellement elle est notée sur les plans I.G.N. En contrebas d’une ferme, rien n’a été aménagé pour attirer les touristes. Elle sort de terre dans un pré, au-dessus du célèbre panneau en lauze disant: “Ici commence ma course vers l’océan”. C’est émouvant de se dire que ce filet d’eau de rien du tout va devenir ce majestueux fleuve qui passera sous le pont Wilson à Tours. Enfin, disons “ces” filets d’eau car en définitive, la Loire est le résultat d’une multitude de petits ruisseaux qui se rejoignent très vite.

La source “authentique” de la Loire.
La source “géographique” da la Loire.

La source “véritable” de la Loire.

Je poursuis la route vers l’ouest, toujours à travers ce fantastique mélange de plateaux herbeux, de forêts et de collines. Le Mont Mézenc se profile au loin; bon, il est toujours en Ardèche, mais la limite avec la Haute-Loire est ténue. Le changement de département s’opère à 200 mètres du parking des départs en rando pour le Mézenc! Le massif du Mézenc est la partie la plus haute et la plus sauvage de la Haute-Loire, culminant à 1753m: enfin, c’est plutôt marrant, mais il a deux sommets, distants de 500 mètres (1753 m et l’autre de 1744 m, celui avec la fameuse croix).

Le parking se situe au col de Boutière, à quelques km du village des Estables. L’ascension est facile: un long sentier forestier monte en zigzags au milieu des conifères (attention aux racines qui parfois sont apparentes!), et ensuite le chemin se divise en deux, pour accéder au sommet de son choix. Certains passages sont très pierreux et instables, alors oublies tes tongs ou tes escarpins… Il peut y avoir du monde en été, mais ici en septembre, ça va encore. Et de là-haut, le panorama est phénoménal: le Mont-Gerbier, les monts du Velay (Le Puy-en-Velay n’est qu’à 30 km!), et si on est chanceux, ça peut aller jusqu’au Mont Ventoux!

Premiers paysages de la Haute-Loire.
Premier aperçu du Mont Mezenc.

En arrivant au village des Estables, ça y est je suis en Haute-Loire. C’est même la commune la plus haute du département et en même temps, du Massif Central! Les environs des Estables se consacrent principalement à l’élevage bovin. Logique donc que “estables” soit dérivé du latin “stabulum” qui signifie étable. Un beau petit village, tranquille et pas trop touristique, avec de grosses et solides maisons de pierre pour affronter les hivers qui ne sont pas toujours rigolos dans le coin!

Un petit bout de grimpette sur le Mont Mezenc? Courage, on arrive à la croix!
LA HAUTE-LOIRE.

Moudeyres, Le Monastier-sur-Gazeille, Coubon.

Le paysage est à présent bien différent de celui que j’ai vu en Ardèche! Les rivières encaissées bordées de falaises et les forêts ont fait place à d’immenses étendues de pâturages verts ou jaunes (selon la saison), et l’horizon porte très loin. Moudeyres, c’est un petit village vraiment étonnant, avec ses adorables petites maisons de pierre aux toits en lauze et même en chaume, avec leurs volets bleus ou rouges. Des fontaines et des croix de pierre ponctuent l’ensemble de ce petit patelin de contes de fées.

Moudeyres.

Sur la route qui me mène au Monastier-sur-Gazeille, sur ma gauche je distingue un ancien viaduc en pierre, d’une belle hauteur. Tiens, ça attise ma curiosité. Un viaduc de chemin de fer? Oui, je suis à moitié dans le vrai. C’est le viaduc de la Recoumène, qui aurait dû voir passer la ligne ferroviaire “transcévenole”, supposée relier Le Puy à Aubenas. Construit en 1925, il n’a jamais été mis en service, la ligne n’ayant pas été achevée. Il franchit la Gazeille, un affluent de la Loire. Long de 270 m et haut de 65 m, il comporte 8 arches; il a trouvé sa nouvelle utilité, il fait le bonheur des fêlés de saut à l’élastique!

Petit arrêt au village du Monastier-sur-Gazeille (la Gazeille, c’est le cours d’eau qui y passe); c’est un village tout en longueur, connu pour son chateau abritant un musée des croyances populaires assez bien foutu. A côté, l’église abbatiale Saint-Chaffre a été construite entre le 11ème et le 13ème siècle. Assez imposante par ses dimensions, c’est la seconde église de la Haute-Loire par sa taille, après la cathédrale du Puy-en-Velay.

Le Monastier-sur-Gazeille: le chateau.

L’après-midi s’achève, et mon point de chute pour cette nuit n’est plus très loin. Je m’arrête brièvement à Coubon, un village tranquille traversé par la Loire; le cours d’eau commence à se “construire” et a déjà belle allure; on est déjà loin du réseau de filets d’eau au pied du Mont-Gerbier-de-Jonc! J’ai choisi une petite chambre d’hôtes perdue dans la campagne,, aux environs de Coubon, tenue par des agriculteurs retraités. A proximité de la ferme, c’est un paysage boisé entrecoupé de prairies où paissent des moutons noirs. En contrebas, je distingue une rivière qui se fraie un chemin à travers les arbres; une rivière, non je devrais dire un fleuve, car revoici encore la Loire. Et au hasard d’un petit sentier, bingo! Je vois la Loire sous un visage encore différent, plus sauvage, décrivant un méandre entre le massif forestier et une falaise abrupte! Si je montrais ces photos à un habitant de Blois ou de Saumur, parviendrait-il à reconnaître “sa” Loire?

Paysage bucolique près de Coubon: les moutons, les reliefs boisés… et la Loire qui te fait un clin d’oeil!
Promis, c’est bien la Loire!

Le Puy-en-Velay.

D’après la météo, les orages qui ont abordé la façade atlantique il y a 2 jours devraient débouler aujourd’hui sur la région. Je scrute le ciel ce matin, c’est très gris et apparemment il a déjà plu cette nuit. Mais pour le moment, rien ne tombe. On verra bien! Je pars en direction du Puy-en-Velay, distant de 10 km. Cette ville, même si on a parfois du mal à la situer sur une carte, est très renommée pour une bonne raison: elle est le point de départ de la “Via Podiensis”, un des quatre fameux chemins de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne.

Première impression (mis à part… qu’il commence à pleuvoir), la configuration de la ville est étagée sur une colline escarpée, avec la cathédrale dominant la vieille ville. C’est plein de petites ruelles pavées et d’escaliers, avec çà et là des petites placettes; les rues sont souvent étroites et bordées de maisons anciennes. Et ça grimpe constamment, jusqu’à ce qu’on déboule sur une petit place avec une fontaine, là où débute la rue des Tables, dernière ligne droite (en pente!) avant d’accéder à la fabuleuse cathédrale du Puy. C’est dans cette même rue que débute l’itinéraire du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Autrefois, de marchands d’objets pieux étalaient leurs articles sur des tables en bois, d’où le nom de la rue.

La cathédrale du Puy a une architecture particulière, avec des touches orientales ou byzantines, et son grand porche à trois arcades ne ressemble à aucun autre. Pour une photo à partir de la rue des Tables, le meilleur angle n’est pas facile à trouver… A l’intérieur, dans le choeur, se trouve la Vierge Noire, qui fait l’objet d’une procession le 15 août. Mais l’originale ayant été brûlée en 1794 (merci la Révolution!), c’est une autre Vierge Noire qui a été placée en remplacement de la statue détruite. La copie de la “vraie” vierge se trouve dans la chapelle dite “des reliques”. A côté du choeur, la “Pierre des Apparitions” ou “des Fièvres”, aurait des pouvoirs miraculeux sur la guérison des fièvres et des paralysies. Je me sentais bien, donc je n’ai pas testé 😜. Et comme point d’orgue de cette visite, il ne faut pas louper le cloître, un des plus beaux de France.

Près de la cathédrale, un escalier conduit au Rocher Corneille, au sommet duquel se dresse la statue de Notre-Dame-de-France. Ce rocher est un vestige de l’activité volcanique du coin il y a bien longtemps, et cette statue (à la curieuse coloration rouge) a été réalisée en fonte de fer à partir des canons de la Bataille de Sébastopol. Elle fut inaugurée en 1860 et mesure 23 m de haut. La statue représente la Vierge Marie dont la tête est couronnée d’étoiles. Elle tient debout, avec dans ses bras l’enfant Jésus, sur un globe terrestre dont on ne voit que la moitié. Son pied écrase un serpent. On peut grimper à l’intérieur via 58 marches jusqu’au niveau de la tête.

Du sommet, la vue sur la ville et la cathédrale est magnifique, malgré la grisaille et la pluie (heureusement que j’avais embarqué un coupe-pluie, moi). En face, on aperçoit le rocher (un piton volcanique, en fait) sur lequel est perché, à 82 m de hauteur, la chapelle de Saint-Michel-d’Aiguilhe.

Le Puy-en-Velay (temps gris et pluvieux indépendant de ma volonté).
Le Puy-en-Velay: la cathédrale.
Le Puy-en-Velay: la cathédrale.
Le-Puy-en-Velay: cloître de la cathédrale.
Le-Puy-en-Velay: rocher et église Saint-Michel-d’Aiguilhe.
Vue panoramique sur la ville.

Arlempdes, Lanarce, Langogne… 3 localités, 3 départements!

Il pleut sans discontinuer depuis ce matin, et pas qu’un peu. Je serais curieux de connaître le nombre de litres au m² que la région va recevoir aujourd’hui! Mais je n’ai pas été prévoyant sur un point: pour partir, j’ai choisi mes chaussure de rando non-imperméables. Pour les petites pluies ça passe encore, mais ici avec ce déluge, mauvais plan: les pieds commencent à se mouiller. J’ai ma petite idée pour y remédier, mais en attendant, je reprends ma route.

Je prends la direction du sud, je vais me diriger vers la Lozère et la Margeride. Je fais un arrêt au village d’Arlempdes (prononcer Arlandes), tout petit avec son porche d’entrée, ses ruelles pavées et ses maisons de poupée; son chateau du 12ème siècle est posé sur un piton rocheux qui domine un cours d’eau, qui prend sa source à 30 km d’ici et avec lequel j’ai fait connaissance hier: oui, la Loire, encore (décidemment on peut plus se quitter)! Quelque part, on peut dire que le chateau d’Arlempdes est le tout premier des “chateaux de la Loire”!

J’ai pris deux sachets plastique dans une supérette; une petite retaille et des élastiques (j’en ai toujours quelques-uns), je me suis fabriqué des guêtres façon MacGyver (façon de parler). Elles ne dureront pas éternellement, mais pour dépanner çà suffira. Il y a eu une accalmie à Arlempdes; je me dis que c’est peut-être la fin du déluge pour aujourd’hui. Grosse erreur!

Arlempdes.
Près d’Arlempdes, la Loire, ma nouvelle copine inséparable…

En arrivant à Lanarce, me revoilà en Ardèche! Le village est banal, il est traversé par la très fréquentée N102 qui relie Le Puy-en-Velay à Montélimar (hmm, les nougats!). Lanarce est réputée pour sa charcuterie de montagne. Les charcuteries représentant d’ailleurs la quasi-totalité des commerçants du village. Excellente occasion d’y goûter, avec une bonne baguette de pain et une bière régionale!

Il faut savoir que Lanarce est née de la création de plusieurs relais de chevaux lors de la construction de la route reliant la Haute-Loire au Vivarais (* l’ancien nom de l’Ardèche); et justement à 5 km de Lanarce, en bord de la N102, se trouve la légendaire auberge de Peyrebeille, surnommée “l’Auberge Rouge”. Peut-être as-tu vu le film de 1951 avec Fernandel, où des aubergistes assassinaient les voyageurs de passage? Hé bien ce n’est pas qu’un film, cette auberge a vraiment existé. Le couple d’aubergiste Pierre Martin-Blanc, sa femme Marie Breysse et leur domestique Jean Rochette dit “Fétiche” se sont avérés être de véritables serial killers au 19ème siècle. Un vagabond, témoin d’un de leurs méfaits, apporta son témoignage, scellant le sort du trio diabolique. Ils furent guillotinés devant l’auberge en 1833, et une pierre marquée d’une croix en indique l’emplacement. Un détail encore plus glauque: on réalisa un moulage de leurs visages après l’exécution. L’actuel bâtiment n’a pas vraiment changé depuis le 19ème siècle, il peut même se visiter et a conservé le mobilier de l’époque, avec tout de même quelques aménagements. À côté de l’auberge historique, un hôtel-restaurant et une station d’essence ont été implantés.

L’Auberge Rouge (1951) bande-annonce.

Quelle poisse de temps, ça continue à pleuvoir très fort; à un moment je vois comme un flash, bêtement je pense à un radar… le tonnerre, quelques secondes plus tard, répond à mes doutes. De l’orage, de mieux en mieux!! En arrivant à Langogne, je change encore de département, me voilà en Lozère! Je vais m’y arrêter, mais il faudra de la volonté pour y faire un tour à pied, étant donné les conditions climatiques épouvantables! Ca ressemble presque aux pluies en forêts tropicales qu’on voit dans les documentaires.

Langogne n’a pas forcément le charme d’Uzès ou du Puy-en-Velay, mais sa vieille ville est agréable à parcourir (du moins… quand il fait beau!); l’église Saint-Gervais-Saint-Protais se trouve sur une place circulaire, encerclée par de hautes maisons anciennes; une étonnante configuration! Pas loin, la halle du 18ème siècle abrite les marchés hebdomadaires et diverses manifestations. Les hachures que tu vois sur la photo, c’est pas un problème de qualité..; c’est la pluie, ça montre bien à quel point ça tombe! Mes “guêtres bricolés” semblent bien faire leur boulot.

Je me dirige maintenant vers l’ouest et la Margeride; après Langogne, je passe le long du lac de Naussac, le plus grand de Lozère. Il a malheureusement nécessité la destruction du village de Naussac en 1976. Le territoire de la Margeride ressemble un peu à l’Aubrac mais en plus varié, avec ses vastes pâturages parsemés de blocs et murets de pierre, toutefois ponctués par des paysages de landes et de forêts, ce qui n’est pas le cas dans l’Aubrac. On traverse quelques villages isolés comme Grandrieu, Saint-Denis-en-Margeride ou Saint-Alban-sur-Limagnole.

Lac de Naussac… sous la pluie.
Saint-Denis-en-Margeride.

Mende – Fin du voyage.

Après avoir passé la nuit dans une petite chambre d’hôtes en Margeride, je descends vers Mende, toujours dans la Lozère. La météo est meilleure qu’hier, il ne pleut plus et le ciel, quoique encore gris, est parsemé de quelques trouées de bleu.

Mende est une des plus petites préfectures de France, se trouve au centre du département, ce qui en fait un excellent épicentre pour explorer la région. Elle est traversée par le Lot, séparant la ville historique et les quartiers plus résidentiels. Mende est petite, et la vieille ville est vite explorée; les maisons anciennes à toits de lauze bordent les petites rues pavées, et au fond de certaines impasses, on s’attendrait presque à voir débouler un chevalier du Moyen Age. La ville possède pas mal de fontaines publiques, dont l’eau vient des causses et passe par des canalisations sous la ville avant de rejoindre le Lot; et il y a même un ancien lavoir, toujours visible rue d’Angiran.

Dominant la cité, la cathédrale Saint-Privat fut bâtie au 14ème siècle; il a fallu presque 5 siècles de chantier pour la terminer au 19ème siècle! Quelques rues plus loin, la tour des Pénitents est un vestige des anciens remparts du 12ème siècle (il y avait 15 tours comme çà), et fut sauvée en devenant le clocher de la chapelle des Pénitents-Blancs.

Pour avoir un super panorama sur Mende, il faut monter par une petite route au Mont-Mimat, sur le causse de Mende. C’est sur ce même causse que se trouve le petit aérodrome de Mende-Brenoux, appelé ainsi car il est “à cheval” sur les communes de Mende et du Brenoux. Planté en pleine nature, il est beaucoup plus modeste que Roissy-CDG mais pour les amateurs de cinéma, c’est un lieu-culte puisqu’il a servi de lieu de tournage aux scènes finales de “La Grande Vadrouille”.

Mende: la cathédrale.