Partager la publication "Les marchés de Noël de Belgrade et Ljubljana."
Pour cette année 2024, j’ai décidé de faire l’impasse sur les marchés de Noël de France ou d’Allemagne et opter pour deux destinations qu’on ne cite pas souvent en premier. Je vais donc partir à la découverte de l’ambiance de Noël d’abord dans un pays orthodoxe, la Serbie, avec un retour à Belgrade pour deux jours, pour m’envoler ensuite vers la capitale slovène, Ljubljana, pour voir un peu comment ça se passait là-bas pendant deux autres journées. Qui sait, ça te donnera sans doute des idées pour casser les codes des marchés de Noël parfois un poil trop « traditionnels »…
J’étais déjà allé en Serbie en mai de cette même année, mais l’idée de combler quelques petites lacunes, des trucs que je n’ai pas eu le temps de faire lors du premier voyage, me trottait déjà dans la tête. Alors je me suis dit: pourquoi pas y aller faire un tour en décembre, en période de Noël, pour découvrir une autre facette de la capitale serbe? De cette façon, je ferais d’une pierre deux coups, c’est pas con. OK c’est décidé! Me voilà donc, de bon matin, à l’aéroport de Roissy, d’où j’ai un vol direct avec Air Serbia, ce qui est bien pratique. Le vol ne dure que 2H15, et j’arrive à l’aéroport Nikola Tesla vers 12h30. Il ne me reste qu’à prendre le bus 72 pour rallier le centre de Belgrade. Le temps est gris, mais il ne pleut pas.
Pas d’Airbnb cette fois, juste une modeste chambre d’hôtel à 10 minutes à pied de la Trg Republike, un endroit stratégique du centre-ville aves sa statue équestre et son musée national. Pour plus de détails sur la ville, je t’invite à te rendre sur le carnet ad hoc de mon voyage de mai 2024. C’est sympa de revoir ce coin de la ville, ainsi que les petites ruelles pavées du quartier de Skadarska, truffé de restos traditionnels un peu plus chers que la moyenne, car c’est un des secteurs les plus touristiques de Belgrade. Je vais manger pour vachement moins cher, avec une bonne part de pizza pour l’équivalent d’à peine 1,50€. Et les pizzas made in serbia n’ont pas à rougir devant leurs cousines italiennes, crois-moi!
Bucko Pizza – Francuska, 18 (à 500 m de la Trg Republike).







Hé bien, il ne fait pas si froid que çà, on tourne même autour des 10°C! Les hivers serbes sont pourtant réputés rigoureux, mais il faut croire que c’est une petite période de températures plus douces qui ne fait que passer (preuve en est qu’au moment d’écrire ces lignes, il fait actuellement 2 à 3°C là-bas)! Ah, j’irais bien me balader du côté du parc et de la forteresse de Kalemegdan, c’est un autre très bel endroit de la ville, à la confluence de la rivière Sava et du puissant fleuve Danube. C’est un but de promenade très apprécié des locaux. Il n’est que 16H30, mais ici le soleil se couche super tôt et le crépuscule s’installe. Avec la petite nappe de brume et le jeu de couleurs entre le ciel et le soleil, c’est magnifique et mystérieux à la fois. Je déambule à nouveau dans l’enceinte de la forteresse, au hasard, et quand je quitte le parc, il fait déjà nuit, et le quartier de Novi Beograd, en face, brille de mille lumières et couleurs.







Je reviens donc dans le centre-ville, en m’engageant dans la rue Kneza Mihaila, piétonne et commerçante, une des artères les plus intéressantes pour prendre le pouls de la ville à tout moment. Pour capter l’esprit de Noël à la sauce belgradoise, c’est ici que ça se passe! Mais attention, il faut savoir que la date de la Fête de Noël chez les orthodoxes est en décalage de 13 jours sur son homologue catholique; en gros, l’équivalent du 25 décembre chez nous, c’est le 7 janvier en terre orthodoxe! Et pourquoi donc? C’est une histoire de calendrier: les catholiques se basent sur le calendrier grégorien, tandis que la plupart de pays orthodoxes se basent sur le calendrier julien. Cela signifie que concernant Noël, le 25 décembre des chrétiens se décale de 13 jours pour les orthodoxes selon le calendrier julien, à savoir le 7 janvier. Néanmoins, le calendrier civil de base dans le monde, quelle que soit la religion du pays, reste le calendrier grégorien; la Serbie l’a aussi adopté par commodité, mais la plupart de ses fêtes religieuses restent dépendantes du calendrier julien.
Allez, le petit cours d’histoire est terminé, place aux jolies décorations scintillantes et autre sapins brillant de mille ampoules (enfin peut-être moins, j’ai pas compté) qui jalonnent cette longue rue Kneza Mihaila, où quelques petits chalets ont été installés, proposant des petits objets d’artisanat, des vêtements et bien sûr un tas de choses délicieuses à se mettre sous la dent, comme des pljeskavica à emporter (tu te souviens, le « burger serbe »), des châtaignes grillées, des sucettes multicolores ou encore ces curieux kürtőskalács, ces fameuses pâtisseries d’origine hongroise en forme de cheminée, dont la pâte est enroulée autour d’une broche et, une fois cuite et bien croustillante, roulée dans le sucre et tapissée à l’intérieur de crème chocolat, vanille ou caramel. Côté boissons, le vin chaud est au rendez-vous, et ici on l’agrémente d’une rondelle de citron ou d’orange. Pourquoi pas? Mais ma préférence s’est portée, tu dois t’en douter un peu, sur la rakija chaude! C’est une tuerie absolue. Excepté Belgrade, je pense que les marchés de Noël proposant cette merveille ne sont pas légion, loin s’en faut! Au final, une atmosphère de Noël bien agréable, dans un espace aéré sans foule compacte; j’avoue qu’une petite couche de neige aurait apporté une touche de charme supplémentaire, mais on ne peut pas tout avoir, pas vrai?













Je ne me suis pas couché trop tard hier soir, ayant un peu de sommeil à rattraper ceci étant dû à un départ très matinal pour rejoindre Roissy. Bref, je suis bien requinqué ce matin, et le repas le plus important de la journée, c’est le petit-déj’, comme chacun sait! Mais un petit-déj’ façon Balkans, bien sûr, avec une grosse part de burek au fromage avec un yogourt! J’ai justement déniché une petite boutique sans prétention à 5 minutes à pied de la Trg Republike.
Kljuch – au début de la Topličin venac.

J’ai encore un peu de temps pour me balader en ville avant de filer à un rendez-vous fixé pour 9 heures, à 5 petites minutes à pied du parc Kalemegdan. Non pas un rendez-vous galant, mais plutôt à vocation touristique. Alors non je te rassure, je ne suis pas passé vers le côté obscur du tourisme en embarquant dans un « petit train » débile ou un bus touristique, rien de cela! Je vais bien faire un « tour » dans la périphérie de Belgrade en véhicule motorisé, mais pas n’importe lequel, comme tu vas le voir…
Au point de rendez-vous est garée une antique voiture Zastava de couleur crème, au bas de caisse piqueté de rouille. Le voilà, mon véhicule! C’est Yugo Tour qui est à l’origine de cette activité insolite, proposant des excursions à travers l’Histoire de la Yougoslavie, de l’avènement de Tito jusqu’à la chute de Slobodan Milošević dans les années 1990, dans ces petites voitures mythiques made in Yugoslavia: Yugo et Zastava. Le « tour » que j’ai choisi s’appelle « The rise and fall of a nation » (soit: grandeur et décadence d’une nation) et va durer 3h30. Le guide-chauffeur, c’est Luka, un vrai puits de connaissance sur l’histoire de la Yougoslavie et qui semble incollable sur le sujet. Un autre passager, un italien bien sympa, fera le tour avec nous (quand des clients en solo réservent, Yugo Tour s’arrange pour en regrouper deux ou trois, ainsi ça coûte moins cher par tête de pipe!). On remonte le temps rien qu’à pénétrer à bord du vénérable véhicule; sièges et tapis de sol très fatigués de couleur orange (un coloris fétiche de l’époque yougoslave question décoration!), volant rudimentaire, levier de vitesse ayant l’air d’un bâton de majorette… une vraie capsule temporelle! Mince, il y a même des cendriers à l’arrière, sur le côté interne des portières!




C’est parti, on démarre. Malgré l’expérience de Luka, la boîte de vitesses grince une fois sur trois! Les sièges sont assez confortables, et je vois que le tableau de bord est vraiment simplifié au maximum. Qu’est-ce donc que ce curieux petit interrupteur en bas? C’est le on/off de l’alimentation électrique de la voiture, m’explique Luka. Par contre, les essuie-glaces ne sont pas terribles, et comme il va bruiner toute la matinée… Le premier arrêt n’est pas de plus joyeux, puisque ce sont les vestiges du camp de concentration de Sajmište à deux pas du quartier de Zemun. Ces saletés de nazis s’en sont donné à coeur joie ici à partir de 1941, y emprisonnant juifs et Roms et en leur réservant un sort plus que funeste. Étrangement, après la guerre et durant l’ère communiste, l’évocation de cet endroit était comme tabou, avant que les événements des années 1990 le fassent ressurgir des mémoires. Un projet de musée-mémorial est en cours, mais ça traîne en longueur…
Nous marquons aussi un stop devant l’impressionnant Palais de Serbie, l’ancien bâtiment du gouvernement yougoslave, qui abrite aujourd’hui six ministères du gouvernement serbe. C’est le plus vaste bâtiment du pays avec ses 65.000 m². Le tour faisait également un autre arrêt face l’immense Hôtel Yugoslavia, un des établissements les plus luxueux de l’époque communiste qui a accueilli le gratin de l’époque (Elizabeth II, Richard Nixon, Willy Brandt…). Il fut bombardé par les américains en 1999, on ne sait trop pourquoi; peut-être ne le savaient-ils pas eux-mêmes, avec les militaires faut s’attendre à tout. Mais pourquoi dis-je « faisait »? Parce que ce joyau de l’architecture communiste a commencé à être démoli depuis quelques semaines! L’hôtel a été vendu, en mars 2024, à une société d’investissement, qui compte bâtir à la place un complexe hôtelier luxueux et sans âme. Malgré une levée de bouclier de la part des belgradois, pour qui c’est un pan de l’histoire de la ville qu’on va faire disparaître, l’opération de carnage a bel et bien débuté. Fin d’une époque…


Toujours dans la quartier de Novi Beograd, sur la rive gauche de la rivière Sava, voici un autre bâtiment qui en met plein la vue, on le prend en pleine face, d’un seul coup. C’est la fameuse tour Genex, construite à la fin des années 1970 et haute de 115 m (la 2ème plus haute de Belgrade), dont l’architecture brutaliste pur jus est encore sublimée par son allure si particulière. En fait, il y a deux tours: celle de gauche est résidentielle (j’espère pour les habitants que les ascenseurs ne tombent pas souvent en panne!), et l’autre avait une vocation commerciale et abritait les bureaux du groupe Genex, qui a donné son nom au bâtiment. Au sommet, trônait un restaurant panoramique et tournant (mais en réalité, il n’a jamais tourné du tout) qui se donne des airs de vaisseau spatial. Cette partie est désaffectée depuis quelques années. Les deux tours étaient reliées par un genre de « pont » et possédaient chacune un puits d’aération en leur milieu (n’y reste pas trop longtemps, les pigeons qui chient ne tiennent pas compte de ta présence). Une configuration très étonnante, qui me fait faire un petit rapprochement avec les tours Petronas de Kuala Lumpur en Malaisie.






La balade continue, l’autre passager et moi avons échangé nos places, lui passe devant et moi derrière, ainsi pas de jaloux! On retraverse la Sava pour se retrouver au sud du centre-ville, afin de visiter un lieu symbolique non pas qu’en Serbie, mais dans tout le territoire que formait la Yougoslavie. Et j’avoue que ça me tient à coeur, n’ayant eu l’occasion de m’y rendre lors de mon premier passage à Belgrade. Nous voilà prêts à entrer dans la Maison des Fleurs… autrement dit: le mausolée de Tito. À l’origine, c’était ici son jardin d’hiver, le lieu est devenu sa dernière demeure ainsi que celle de sa troisième épouse, Jovanka Broz: deux tombes de marbre blanc très sobres se trouvent côte-à-côte au bout d’une allée fleurie. Quand il est mort, c’est la Yougoslavie qui est morte en même temps. « Tito, c’était la Yougoslavie et la Yougoslavie, c’était Tito », continue-t-on à clamer dans les Balkans. Et le nombre de personnes « yougo-nostalgiques » est toujours impressionnant, encore de nos jours.



En contrebas du mausolée, ce grand bâtiment, c’est le musée de l’Histoire de la Yougoslavie, en réalité morcelé en plusieurs parties comprenant le musée du 25 Mai et le Vieux Musée, les deux se complétant à merveille. On peut y voir, en vrac, un tas d’objets (vêtements, audiovisuel, musique…) de l’époque communiste yougoslave, des effets personnels de Tito, des photos de ses funérailles… Et cette collection pléthorique de bâtons de relais, que fait-elle là? Le 25 mai (date anniversaire de Tito) était aussi la Journée de la jeunesse. Après 1947, les jeunes de toute la Yougoslavie participaient à une course de relais pour porter un bâton au leader qui accueillait le dernier participant à Belgrade dans un stade de football. Le musée conserverait un peu plus de 20.000 bâtons, qui sont exposés par roulement.













Dans le vieux Musée, sont exposés les nombreux cadeaux que Tito a reçus au cours de sa carrière. Dans le vaste parc qui entoure ce petit complexe, une statue de bronze représente le grand leader yougoslave.




Un extrait vidéo de ses funérailles:
Hé bien, le « tour » est presque terminé, mais Luka nous a réservé une petit surprise. Voilà qu’il me met les clés de la voiture dans la main! Hé oui, le petit bonus, ce sera de se mettre au volant de la Zastava, non pas sur la route (il faut un minimum d’expérience quand-même), mais sur le vaste parking du musée où mon amico italiano et moi-même allons faire quelques tours. Ok je démarre sans caler, mais je ne dépasserai pas la 2ème vitesse; la direction assistée n’existait pas à l’époque, c’est assez inhabituel de devoir faire un tel effort pour tourner le volant. Mais l’expérience, aussi courte soit-elle, n’est pas désagréable. Voilà, en principe le guide retape les passagers au point de départ, mais il est possible de faire une demande spéciale pour être déposé ailleurs. Ce qui sera mon cas, en terminant la balade devant la gare de Belgrade Centar, appelée familièrement Prokop, du nom du quartier où elle se trouve, toute belle et moderne, mise en service en 2018. On prend le train, alors? Exactement. On va (re)faire un p’tit tour à Novi Sad.


Le trajet entre Belgrade et Novi Sad ne dure que 35 minutes, grâce au tout nouveau train à grande vitesse au nom marrant de « Coko », qui affiche des pointes à 200 km/h. En tout cas, quelle propreté à l’intérieur, pas un papier qui traîne! On devrait en prendre de la graine…


Le train est rapide et confortable, mais un truc me chiffonne: pourquoi ce n’est pas Novi Sad mais Petrovaradin qui est indiqué comme destination sur le panneau d’affichage? Et comme de juste, on n’ira pas plus loin que la petite gare de Petrovaradin, à 4 km de Novi Sad. Alors pour finir le trajet, c’est en taxi ou en bus (le N°3 rejoint Novi Sad). Renseignement pris, j’apprendrai plus tard qu’une tragédie s’est jouée à la gare de Novi Sad, pourtant fraîchement rénovée: le 1er novembre, l’auvent de l’entrée principale s’effondre, tuant 14 personnes. Une enquête a été exigée par le gouvernement serbe, mais ce dernier est dans ses petits souliers suite aux divers mouvements de protestation qui ont émaillé tout le pays, accusant le président Aleksandar Vucic de corruption. Affaire à suivre, et pour l’instant les trains venant de Belgrade ne vont pas plus loin que Petrovaradin.
Je vais descendre du bus au niveau de la forteresse, histoire de la revoir. Tiens, la Tour de l’Horloge est en restauration. Je traverse ensuite à pied le pont sur le Danube pour rejoindre le centre-ville. En mai, c’était sous le soleil, aujourd’hui, sous le vent et la pluie… Ah, c’est bon de revoir cette vieille ville et ses bâtiments de style austro-hongrois, le palais épiscopal, la cathédrale, la magnifique Trg Slobode…
Je vais me chercher un truc à manger, et j’ai déjà ma petite idée. En mai, en pleine Pâque orthodoxe, beaucoup de snacks et restos étaient fermés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, ce qui va me permettre de goûter à la star de la street food locale: l‘index! Alors je te rassure, je ne suis pas devenu anthropophage, l’index (ou indeks), c’est le nom d’un sandwich monstrueux rempli à ras bord de jambon, de fromage fondu et de champignons, qu’on se permet encore d’inonder de ketchup ou de mayo! Il est « personnalisable », et on peut même encore y ajouter des trucs genre cornichons ou même oeuf au plat. Au niveau des calories, j’ai tiré le gros lot! Vu le nombre d’étudiants qui fait la file, on comprend vite que l’index remporte leurs suffrages; il est d’ailleurs nommé « index » d’après le carnet de notes utilisé par les étudiants serbes, ceux-ci pouvant s’offrir un en-cas consistant et pas cher. La photo ci-dessous te donnera une idée de la taille de la bête.
Tetak Indeks Sendvic – Modene ulica, 3.

Après 16 heures, la nuit tombe à la vitesse grand V. La vieille ville commence à s’illuminer; néanmoins, je vois très peu de petits chalets de Noël. En réalité, le gros de l’activité se situe dans le parc Dunavska, tout proche. C’est là que les petites cabanes blanches se cachent. Pas mal, les décorations, il y en a même dans les arbres! Une immense patinoire est également installée, pour le plaisir des petits et des grands aussi.









Je reprends donc un bus en début de soirée pour reprendre le train à Petrovaradin. Par éthique, je n’ai pas voulu aller voir les dégâts de la gare de Novi Sad, le voyeurisme malsain, c’est pas pour moi. Retour à Belgrade donc, en prenant un trolleybus (le N)41) de la gare jusqu’au centre-ville, où je me baladerai encore un peu dans la rue Kneza Mihaila pour savourer une dernière fois cette ambiance de Noël made in Balkans. Je me couche tôt, car demain est un autre jour, un autre vol, une autre destination…
Samedi, 4H30 du matin. Je quitte le petit hôtel où j’étais basé pour me rendre aux arrêts de bus de Zeleni Venac, à 5 minutes à pied. Pour rallier l’aéroport, rien de tel que ce bon vieux bus 72, qui m’y conduira en 40 minutes. Un vol court de 1H25 va me faire survoler une partie de la Croatie jusqu’à ma deuxième destination: Ljubljana, capitale de la Slovénie. Petite appréhension en voyant cette chape de nuages bas et gris durant une bonne partie du trajet. Mais une fois la descente amorcée, miracle, tout se dégage, et les montagnes au loin apparaissent dans toute leur splendeur; au-delà, c’est l’Autriche. Me voilà arrivé à l’aéroport de Ljubljana, aussi petit que tranquille, ça change de Roissy ou Zaventem! Le ciel est bleu et lumineux, le soleil est radieux, mais ça caille sec. Un temps froid et sec (l’opposé d’hier, quoi), ça va être bon, çà. Et puis, quand tu sors du terminal, tu connais beaucoup d’aéroports qui peuvent se vanter d’avoir une vue aussi magnifique?

Le « check-in » de mon hébergement n’est pas avant 15 heures, j’ai donc toute la journée pour me balader un peu dans la ville, que je vais revoir avec plaisir, étant déjà venu ici en 2021. Je n’ai pas trop envie de m’encombrer de mon sac, et je me souviens de la petite consigne à bagages de la gare des bus, pas trop chère; est-elle toujours là? Bingo, c’est le cas! OK on peut y aller, Ljubljana me (re)voillà!
Je n’ai même pas besoin de chercher mon chemin, tout me revient instantanément. J’aperçois bientôt la façade de l’église franciscaine, et je sais que dans quelques minutes je serai sur la Prešernov trg, épicentre de la vieille ville, face à la rivière Ljubljanica traversée par le fameux Triple-Pont. Bon dieu, que c’est bon de revoir tout çà! La zone est toujours piétonne, et les petits kavalir, curieux mix entre minibus et taxi électrique, sont toujours en service. Plus loin, je revois la Mestni trg, un des plus belles places de Ljubljana avec l’Hôtel de Ville et la Fontaine de Robba. 100 mètres plus loin, voici la cathédrale Saint-Nicolas, avec sa fameuse coupole verte. Pour de plus amples détails, je t’invite à consulter mon carnet de voyage en Slovénie de 2021.









Hé bien je crois que je vais m’offrir un petit en-cas sucré, j’ai une petit fringale. Les petites viennoiseries d’aéroport, c’est vrai que ça peut dépanner mais au final c’est jamais top. Mais je sais où aller, et qui prendre. À deux pas du Triple-Pont, je retrouve la pâtisserie Lolita, où j’avais goûté une prekmurska gibanica, ce petit gâteau diaboliquement bon semblable à un millefeuille et garni de pommes, noix, cottage cheese et graines de pavot. Et la déguster toute chaude, en terrasse au soleil, c’est un avant-goût du paradis! Une vraie « madeleine de Proust ». Mais il manque un détail: les petits moineaux, comme en 2021, si hardis pour grapiller l’une ou l’autre miette, où sont-ils? J’en ai pourtant bien vu, mais peut-être que le froid les engourdit un peu, parce que je n’en ai vu aucun sur ma table. Pourtant, un apport de calories leur serait bien bénéfique…
Pâtisserie Lolita – à 50 m du Triple-Pont, le long de la rivière.

Prekmurska gibanica.
Une petite marche digestive doublée d’une mise au vert, pas mal comme idée. Je vais aller faire un petit tout du côté du parc Tivoli, qui n’a rien du petit square coincé entre deux rues puisqu’il fait 500 hectares de superficie. C’est toujours aussi plaisant de s’y balader, et en hiver c’est encore différent, comme il a bien gelé cette nuit, une partie des pelouses est encore blanche de givre. On s’y promène en couple, en famille (les gosses adorent), malgré le froid. Mais comme l’air est bien sec, c’est un régal.



En parlant de régal, j’userais bien du terme au sens propre, car il est presque midi et je mangerais bien un truc. La gibanica d’il y a deux heures est déjà loin, et après tout, le salé après le sucré, aucune règle ne l’interdit. Voilà une excellente occasion de découvrir un endroit que j’ai loupé il y a 4 ans, comme c’était dimanche et donc fermé. Mi resto de poche mi take away, voici le Hot Horse, qui se démarque sacrément des autres fast food et restos à burgers puisqu’ici, les burgers, hot-dogs ou encore saucisses sont à base de viande de cheval! Ho dog, hot horse… tu comprends mieux? Je prends un horse burger, dont la taille et la garniture n’ont rien à envier à ses cousins serbes, accompagné d’une cannette de cette si bonne bière slovène Union. À mon avis, les touristes british doivent se faire très rares ici (comprenne qui pourra)!
Hot Horse Tivoli – dans le parc, près du hall omnisports. >>> Lien.

Comme j’ai encore un peu de temps avant 15 heures, je reviens vers la vieille ville et monte jusqu’au château par le petite rue Reber, étroite et pavée, à laquelle succèdent plusieurs volées de marches. Il y a du monde, et une fête de mariage en plus, je ne m’attarde pas. Je profite quand-même du panorama sur la ville avec les montagnes en toile de fond.

Le temps de redescendre, il est un peu plus de 15 heures. Je peux me rendre à mon hébergement d’une nuit; remise des clés, deux ou trois consignes, c’est vite plié. Son emplacement ne m’est pas inconnu: le long de la rue Trubarjeva Cesta, à eux pas du Pont des Dragons, un porche donne sur une petite impasse tranquille. La porte verte qui donne pile en face de l’endroit où je dors, c’est celle de l’Airbnb où j’avais passé deux nuits en 2021. Tu parles d’une coïncidence! Comme je me suis encore levé tôt, je vais me reposer un peu avant de repartir en soirée. Les décos de Noël sont installées, et quand il fera sombre, ça m’a l’air très prometteur.
Je mets le nez dehors vers 18 heures, le froid s’est encore accentué, mais le ciel est bien étoilé. Alors, quid des illuminations? Quand je disais que c’était prometteur, c’était un sacré euphémisme! C’est magnifique, terrible! Sur la Prešernov Trg est dressé un majestueux sapin qui brille de mille feux, et les décorations en forme d’étoiles, sont reliées par des guirlandes scintillantes façon toile d’araignée. Même les bâtiments se voient envahis par de longs serpents lumineux qui grimpent à l’assaut de leurs façades. Franchement, c’est magistralement réussi. D’autant plus que le marché de Noël ne se cantonne pas qu’à la Prešernov Trg, mais s’étend aussi sur la Mestni Trg et le long de la rivière Ljubljanica.










Si l’ambiance est plutôt assoupie durant la journée, en soirée ce n’est plus pareil. Il y a foule, et en laissant traîner l’oreille au hasard, j’en déduis qu’il y a bien plus de slovènes que de touristes étrangers. Je crois que c’est encore assez confidentiel comme destination de Noël. Tant mieux, du coup! Et au moins, les produits artisanaux le sont vraiment, c’est pas de la merde chinoise. Comme tu peux le voir et l’entendre dans l’extrait vidéo, c’est très animé et super festif. Des marchés de Noël, j’en ai vu quelques-uns, mais ici à Ljubljana, règne une ambiance joviale et positive comme on n’en voit pas si souvent. Adultes comme enfants, tout le monde s’amuse comme des petits fous. Le fond musical n’est pas en reste, cela va de la bonne techno style Balkans à des airs plus « tendance de Noël » (pas de Mariah Carey, dieu merci, des fois ça saoûle), en passant même par les Gipsy Kings (preuve « auditive » plus haut!). Mais les stars du marché, il me semble bien que c’est ce petit groupe de musiciens de rue, des gitans (dans les Balkans, ils disent gipsys), près du sapin, qui manient les trompettes et autres percussions comme des magiciens en jouant des airs traditionnels repris en choeur par nombre de spectateurs; et ça chante, et ça danse, ça vibre, ça vit! J’ai rarement vu çà ailleurs.
Et que mange-t-on de bon par ici? Les ćevapi et les pljeskavica sont bien sûr au rendez-vous, façon hamburger entre deux gros morceaux de pain. Mais on trouve aussi la star du pays, la kranjska klobasa, cette saucisse originaire de Carniole, une région historique de la Slovénie. elle se mange telle quelle, avec un peu de choucroute, en hot-dog avec du ketchup ou de la moutarde, ou encore en petits morceaux, mélangés à la fameuse soupe ričet, à base d’orge et de légumes, dans un gobelet XXL. Les becs sucrés se régaleront de fritule, ces petits beignets ronds saupoudrés de sucre, ou de palačinke, ces grosses crêpes fourrées de chocolat ou de confiture. Et pour faire glisser tout çà de la bonne manière, rien de tel qu’un bon vin chaud, rouge ou blanc (le vin blanc chaud commence à gagner du terrain un peu partout), ou pourquoi pas un bombardino, petite merveille de cocktail chaud composé de brandy, de sabayon et de café, coiffé de crème chantilly. Cette « petite bombe » (c’est sa traduction) nous vient d’Italie et a été créé dans un refuge de montagne de Lombardie. Il me rappelle un peu l’eierpunsch allemand.






Je passerai une soirée magique au marché de Noël de Ljubljana, il ne sera pas loin de 23 heures quand je rentrerai, c’est fou comme on ne voit pas le temps passer! De toute façon, j’ai de la marge pour demain, mon vol n’est qu’à 12H25, ça me laissera le temps, demain matin, de me faire un bon burek au fromage en guise de petit-déj’ et de me balader encore un petit peu… Pour rappel, voilà les adresses de mes deux stands à burek préférés:
Nobel burek – Miklošičeva cesta 30 // Olimpija burek – Slovenska cesta 58.
Voilà à coup sûr deux « destinations de Noël » auxquelles tu ne t’attendais pas! Même en terre orthodoxe comme la Serbie, l’esprit de Noël, que ce soit à Belgrade ou Novi Sad, reste présent, même si les dates sont décalées par rapport à la chrétienté. Et Ljubljana la capitale slovène, plus qu’une découverte, ce fut quasiment une révélation! Ces fantastiques illuminations, cette euphorie généralisée, tout çà au milieu d’une petite ville charmante à taille humaine, me font dire que j’ai bien fait, pour une fois, de faire l’impasse sur les marchés de Noël français et allemands!


Génial !
Merci pour la découverte !
J’adore ´votre ´ Ljubljana, merci pour les vidéos (c’est un peu comme si on y était)… ça permet de rêver.
(La description de votre tour en voiture m’a rappelé un vieux souvenir, pendant 20 ans j’ai conduit une CX sans direction assistée, quand on a acheté une voiture qui avait la direction assistée, au premier grand virage j’ai failli finir dans le champ…😀)
À bientôt et bonnes fêtes de fin d’année.
Merci beaucoup Emilia, mais dites-moi, vous l’avez littéralement dévoré, ce petit carnet de Noël! Avouez que vous ne vous y attendiez pas sur la destination de cette année!
Content que ça vous plaise, si ça peut vous donner des idées.
Mes parents ont eu une 2 chevaux, une autre « légende sur roues » de Citroën. Ah, le son du moteur, et ce levier de vitesses si particulier!
À bientôt!
Notre toute première voiture était aussi une 2 Cv et notre premier voyage pour ´l’étrenner’ était la Belgique (Mons, les Ardennes belges et Brussels … peur de rien 😀 (j’ai toujours été très Citroën, nul n’est parfait ! )
Je ´guettais’ votre mise en ligne car je soupçonnais une surprise, je n’ai pas été déçue !
😻
Eh bien moi, j’habite à 15 km de Mons ! 😀