Slovénie, la « Suisse des Balkans » – 2021.

2020. Ce maudit Covid-19 était bien trop content de restreindre nos possibilités de voyager. Alors, un an plus tard? Des lueurs d’espoir se dessinent: vaccination, testings à tout va… Oh il y a encore des contraintes genre test PCR, formulaires, voire quarantaine. Mais il n’est plus interdit de voyager. C’est le moment pour mon sac de voyage de reprendre du service! Alors pour cette année 2021, je te propose une petite virée d’une semaine dans un pays d’Europe plutôt méconnu…

Mais d’abord, les présentations…

Je t’emmène donc en Slovénie. J’imagine que tout le monde a déjà entendu le nom de ce petit pays, mais si je demande à le situer pile poil sur la carte européenne, dans la plupart des cas voilà ce qui se passe:

OK. Prenons quatre grands repères sur la carte: le nord-est de l’Italie, le sud de l’Autriche, l’Istrie croate et le côté ouest de la Hongrie. Au milieu, il y a comme une petite pièce de puzzle qui va venir s’emboîter. La voilà, la Slovénie! Quel petit pays, me fais-tu remarquer. En effet, avec une superficie de 20.273 km², elle est plus petite que la Belgique! Mais au moins, pour une population d’un peu plus de 2 millions d’habitants, les slovènes peuvent se targuer d’avoir de l’espace!

Sa langue, le slovène, n’est pas désagréable à entendre, mais pas si facile à apprendre (c’est bien quand-même de connaître quelques mots de base). Il y a des « cas » grammaticaux (datif, accusatif, tec…), comme en allemand. Mais l’anglais est généralement compris, comme l’allemand et l’italien. La Slovénie est une république, qui a voté (via un référendum) pour l’indépendance vis-à-vis de la Yougoslavie en 1990 et en oficialise son retrait en 1991. Elle intègre l’Union Européenne en 2004.

Son drapeau:

Sur le drapeau sont symbolisés les trois sommets enneigés du mont Triglav. Les ondulations bleues représentent les rivières Sava et Drave. Les trois étoiles dorées, ce sont armes de la famille des comtes de Celje qui a dominé la Slovénie à partir du 12ème siècle.

Son hymne:

Son code d’immatriculation:

Voilà, le décor est planté. On peut y aller!

Ljubljana: 1er jour.

Le vol d’une durée de 1H50 depuis Paris Charles-de-Gaulle (un des rares « directs » que j’ai pu trouver!) atterrit à l’aéroport de Ljubljana. Voilà, tu connais déjà le nom de la capitale slovène; la prononciation? « Liou-bli-ana », tu vois, rien d’insurmontable! Alors pour rejoindre le centre-ville, quelques bus aux horaires souvent irréguliers, ou des navettes partagées pour un peu moins de 10€. J’ai choisi la navette. Le trajet dure une grosse demi-heure, avec des arrêts à la demande et un terminus à la gare.

Pas terrible la météo, il fait bien gris, mais il ne pleut pas… pour l’instant. Ma chambre Airbnb est à deux minutes à pied du coeur de la ville, dans une impasse adjacente à une petite rue pavée. Ce revêtement en pavés est d’ailleurs largement majoritaire dans la vieille ville de Ljubljana. Allez, on va aller voir ce qu’elle a à nous proposer!

Ljubljana n’est pas une grande ville, bien loin des cités « tentaculaires » comme Paris ou Rome. Tes petits pieds n’auront donc pas trop à souffrir! De plus, elle n’a pas vendu son âme au tourisme de masse, ça se voit aux boutiques et aux restos qui n’essaient pas de t’attirer comme de la limaille sur un aimant. Tu me diras, d’après les photos, c’est très calme. Période Covid oblige, d’accord, mais même en période normale le tourisme n’est pas encore outrancier ici.

Mais voilà que je fais mon entrée sur le « coeur battant » de la ville, la Prešernov trg (trg: « place » en slovène), lieu de réunion préféré des habitants, surtout les jeunes. Elle marque un peu la transition entre la ville moderne et le centre historique, et je lui trouve vraiment une belle homogénéité architecturale. La vieille pharmacie, l’église Notre-Dame-de-l’Association et la statue du poète France Prešeren, un charmant tableau avec ses piétons et cyclistes qui déambulent. Tu ne vois pas de voitures? Ah oui, tu sais pas la meilleure? Le centre de Ljubljana leur est interdit (petite exception pour les livreurs le matin)! Là je dois dire qu’on a fait du bon boulot à Ljubljana: zones entièrement piétonnes, pistes cyclables, et surtout les kavalir, ces mini-taxis électriques GRATUITS (hé oui!), utilisés principalement par les personnes âgées ou à mobilité réduite, qui s’arrêtent à la demande ou arrivent sur simple appel de smartphone. Génialissime!

Ljubljana: Prešernov trg.
Ljubljana: un taxi électrique kavalir.

La vieille ville est traversée par la rivière Ljubljanica, franchie par une série de ponts dont certains font la fierté de la ville. Justement, regarde en face de la Prešernov trg, ce pont qui franchit trois fois le cours d’eau. Non, ne te frotte pas les yeux, c’est sérieux. Voici le Triple-Pont, à l’origine pont de pierre unique avant qu’on y ajoute, dans les années 1930, deux ponts latéraux pour « fluidifier » le passage des piétons!

Mais avant de continuer, je vais goûter une petite spécialité genre « snack », quasiment une institution non seulement en Slovénie mais dans l’ensemble des Balkans: le burek. C’est un genre de feuilleté taille XXL, fourré soit au fromage (sirov burek), à la viande (mesni burek) oux aux épinards (spinacni burek). Pour les becs sucrés, il y a aussi une version aux pommes (Jabolčni burek). On le déguste sur un banc, avec les doigts, avec un yoghourt nature! Pour t’envoyer les meilleurs bureks, tu as deux choix:

Nobel burek – Miklošičeva cesta 30. Olimpija burek – Slovenska cesta 58.

burek au fromage.

En suivant le cours de la rivière jusqu’au célèbre Pont des Dragons (cette créature cracheuse de feu est devenue l’emblème de la ville!), voilà que j’arrive au niveau du marché central, qui comprend une partie couverte et l’autre en plein air, avec ses étals colorés de fruits et légumes. Il est ouvert du lundi au samedi de 08H à 15H.

La rivière et le marché couvert.
Le marché en plein air.

Mais mon regard est attiré vers un étrange distributeur, un peu en retrait du marché. Un dessin de vache souriante, des bouteilles vides en plastiques… Son nom: MLEKOmat. Le lait en slovène, c’est « mleko ». Donc, ce serait un distributeur de lait? Oh, faut que je teste çà! D’abord, tu prends une bouteille pour la somme ridicule de 0,20€, ensuite tu la places sous le bec verseur en sélectionnant la quantité. Pour un litre de lait, tu ne dépenseras qu’UN Euro! Et c’est pas du lait de supermarché, il est fourni directement par les exploitants de la région! Je sens que je vais me plaire en Slovénie.

Ljubljana: le MLEKOmat.

J’ai rarement vu un centre-ville aussi agréable à arpenter, sans bruit de moteur, sans frénésie de touristes pressés. La population locale possède vraiment un niveau de « zenitude » que j’envie! À 300 m à l’ouest du marché, commence véritablement la vieille ville, qui s’étire tout le long de la rivière. Toujours ce superbe revêtement en pavés et, surtout, l’ordre et la propreté à travers la moindre petite ruelle: pas une canette usagée qui traîne, pas d’odeur de pisse contre les murs comme dans certaines autres villes… Le surnom de « Suisse des Balkans » donné à la Slovénie est déjà justifié de ce côté-là.

Voici la cathédrale Saint-Nicolas, facilement identifiable à son dôme vert et sa porte latérale représentant des portraits d’évêques. Sans transition, c’est la Mestni trg qui apparaît, une des plus belles places de la vieille ville de Ljubljana avec l’Hôtel de Ville et la Fontaine de Robba. Des petites venelles aux pavés disjoints rejoignent les berges de la rivière. Et quand tu te retournes vers la cathédrale, tu as une de ces perspectives, tes yeux se mettent à clignoter tellement tu es ébloui(e)!

Ljubljana: la cathédrale depuis la Mestni trg.
Ljubljana: cathédrale Saint-Nicolas.

Le long de cette belle et large rue principale, bordée de beaux bâtiments et de vieux magasins qui parfois, ont encore leur devanture en bois, s’alignent encore la Stari trg et la Gornji trg. De temps en temps, le chateau se montre de manière fugace, on voit même son funiculaire qui grimpe jusque là-haut.

Ljubljana: Stari trg.
Ljubljana: Gornji trg.

Sitôt sorti de la vieille ville, retour à une certaine réalité avec la circulation qui reprend, heureusement on est bien loin de l’intensité du trafic de Milan ou Rome! C’est l’occasion de suivre un peu les berges de la Ljublanica, qui, en l’espace de mêmepas 20 minutes, offre presque la sensation de se retrouver en pleine nature, avec les premières montagnes en toile de fond.

Retour sur la rive opposée, qui a encore son lot de surprises à me déballer! Cette place en pente douce avec sa fontaine, face au chateau, c’est la Novi trg. 300 m plus loin, la Kongresni trg entoure un vaste parc très apprécié des promeneurs. C’est aussi le quartier des grands musées de la ville.

Ljubljana: Novi trg.
Ljubljana: Kongresni trg.
Ljubljana: Kongresni trg.

La soirée s’installe, tu ne te feras pas prier si je t’emmène manger un morceau? Pas question de MacDo ni de Burger King, je vais me régaler d’une autre spécialité balkanique présente dans tous les pays de l’ex-Yougoslavie: les Ćevapi (ou Ćevapčići). C’est pas compliqué, ce sont des petites saucisses de viande hachée (boeuf et agneau), avec oignons et épices, ensuite servies à l’intérieur d’un pain rond. Pas de viande de porc, ce petit plat étant d’origine ottomane, ce qui explique son omniprésence notamment en Bosnie-Herzégovine. Maiq que tu ailles en Slovénie, en Croatie, au Monténégro, tu en trouveras. Ça me donne l’impression marrante d’un gros crustacé dont le pain serait la carapace et les Ćevapi , les pattes…

Pour goûter çà: Das ist Valter – Šmartinska cesta, 3.

Spécialité des Balkans: les Ćevapi.

J’aime bien goûter les bières étrangères, tu le sais. Justement la Slovénie, qui possède une forte tradition brassicole, est réputée pour la qualité de ses houblons. Tu verras d’ailleurs, à proximité de la gare, un immense bâtiment à côté d’un alignement de palettes de bacs de bière. C’est la brasserie Union, l’une des deux grandes marques de bières slovènes avec la Laško. Chacune de ces « pils », légères et rafraichissantes, a son camp de supporters. Je donnerais un léger avantage à l’Union. Je m’en excuse auprès des « Laško-istes »… Diverses brasseries artisanales du pays proposent des breuvages houblonnés de caractère, comme la brasserie Human Fish et ses étonnantes bières de style IPA. Et en slovène, bière se dit « pivo ».

Un petit bar à l’entrée très discrète, dans la vieille ville: Cielito Lindo – Trubarjeva Cesta, 9.

Bière slovène Union (avec l’emblème du dragon).

Et ce serait dommage de visiter la Slovénie sans goûter au moins une fois ce curieux soda aux plantes, au goût de bonbon acidulé et, plus vaguement, de Coca: le Cockta. Ce soda pétillant, qui marche bien aussi en Croatie, a éé créé dans les années 1950 précisément pour contrer le géant Coca-Cola. Surprenant à la première gorgée, mais pas désagréable.

Ljubljana: 2ème jour.

Un dimanche matin en demi-teinte qui commence, avec de faibles trouées de ciel bleu. On dirait bien qu’il a plus cette nuit. Très peu de monde, même sur la Prešernov trg. Aujourd’hui je vais prendre un peu de hauteur en allant voir de plus près ce château qui domine fièrement la ville! Tu te dis que je vais utiliser le funiculaire? Perdu! Mon hôte Airbnb m’a vivement conseillé de grimper par les petites ruelles et escaliers qui partent de la vieille villle. Et en effet, la balade est charmante jusqu’en haut, d’où la vue sur Ljubljana n’est pas désagréable du tout (si on peut faire abstraction de ce ciel gris et bas). Alors, ce chateau? Hé bien, ça fait 900 ans qu’il contemple la capitale slovène du haut de sa colline. Ne t’attends pas à trouver une architecture bien homogène; ici, plusieurs styles se côtoient, l’édifice ayant été reconstruit et remanié après un gros tremblement de terre durant le 16ème siècle. L’accès au parc et à la cour intérieure est gratuit. Tu peux grimper à la tour de guet, visiter la chapelle Saint-Georges ou le musée de la Marionnette.

Ljubljana: chateau.
Ljubljana: chateau.

Je redescends à l’aise vers la vieille ville, accompagné de quelques gouttes de pluie. Heureusement ça ne durera pas longtemps. J’ai envie d’explorer un peu plus la « street food » slovène (le burek était déjà une belle intoduction au sujet!) et m’arrête face à une petite échoppe, à peine plus large que mes deux bras écartés, avec deux petites tables hautes pour manger debout. Qu’est-ce qu’on sert de bon là-dedans? Voyons voir… Sans trop savoir, je demande une part de kranjska klobasa. Arrive mon assiette avec du pain et quelques rondelles de cette saucisse slovène, la kranjska klobasa, qui me rappelle beaucoup le saucisson polonais, agrémenté d’une petite moutarde qui pique autant que du raifort. Pour 3,50€, c’est pas mal. Je goûte aussi aux štruklji, ces petits feuilletés de pâte allongés, fourrés au fromage, à la viande, ou avec des noix et du sucre pour la version « dessert ».

Klobasarna – Ciril-Metodov trg 15.

Kranjska klobasa.
Bière Laslo et štruklji sucrés.

Un petit repas bien sympa, n’est-ce pas? La météo, elle, l’est un peu moins. Des courts passages ensoleillés alternent assez rapidement avec des petites pluies, genre la météo qui t’énerve parce que tu ne sais pas trop comment t’habiller: enlever le blouson, le remettre… C’est comme çà, il faut suivre.

Je vais aller maintenant traîner du côté de la gare. Non je n’ai pas de train à prendre, mais ça a quand-même un rapport avec ce mode de transport. Je fais auparavant un petit détour pour voir de plus près l’immense bâtiment de la brasserie Union avec ses empilements de bacs et de fûts de bière. Elle peut se visiter, mais pas le dimanche.

Je mets maintenant les pieds dans ce quartier situé derrière la gare, composé de rues tristounettes d’immeubles banals. Pourquoi je viens m’égarer par ici? Attends encore un peu, je sais ce que je fais. Là je m’engage dans une petite rue en impasse, avaec une barrière et une guérite. Avance sans crainte, ça semble craignos comme çà, mais no panic, aucun vigile avec un rottweiller à l’horizon! Deux bâtiments style « ferroviaire » se font face, un dicret panneau « museum ». Bingo, c’est ici! Mettons fin au suspense: voici le musée des chemins de fer de Ljubljana (Železniški muzej Slovenskih železnic, reprends ta respiration), un endroit méconnu de la ville qui, pour moi, a été un excellent souvenir.

Prix d’entrée: 8€. Je pousse la porte métallique pour entrer dans le hall circulaire. En deux secondes, je retombe en enfance. Une quinzaine de vieilles locomotives, immenses et bien conservées, se laissent contempler, irradiant de beauté et de puissance. C’est même possible de grimper au poste de commande de certains modèles!

Ljubljana: musée des chemins de fer.
Ljubljana: musée des chemins de fer.

Et ce n’est pas tout! Le show continue à l’extérieur, derrière le hall. Entourés d’immenses entrepôts abandonnés (on peut y pénétrer, façon urbex, mais attention où on met les pieds!), dans un décor un peu post-apocalyptique, d’autres machines sont là, en piteux état parfois. Sont-elles en attente de restauration? Je ne sais pas. Une vieille loco à vapeur mangée par la rouille me rappelle ce célèbre cimetière de trains en Bolivie. Étonnant, vraiment. Je ne regrette pas le détour.

Ljubljana: musée des chemins de fer.

Un autre petit musée intérieur présente des panneaux de signalisations utilisés à l’époque de la Yougoslavie ou l’empire austro-hongrois. Dans une autre salle, tu découvriras les bancs en bois d’une ancienne voiture et des commandes d’aiguillage.

Železniški muzej Slovenskih železnic (Railway Museum) – Parmova ulica (1 km de la gare).

La suite du programme? Se balader à travers des sentiers forestiers, à 15 petites minutes du centre-ville, hé ben c’est possible à Ljubljana! À l’ouest de la ville, s’étend l’immense parc de Tivoli (non, je ne me suis pas téléporté à Copenhague), d’une superficie de 500 hectares, avec de vastes parterres, des fontaines, et même un chateau! Une large allée centrale, dite « promenade Jakopič », accueille souvent des expos photographiques en plein air.

Mais Tivoli, ce n’est pas que cà, c’est aussi une grande forêt traversée par de nombreux petits sentiers qui, au hasard d’une balade au hasard, recèle quelques secrets insolites. Par exemple, tu ne t’atteds pas, au milieu des arbres, de te trouver nez à nez avec des tremplins de ski! Il ont un revêtement synthétique, il paraît qu’ils servent encore… En tout cas, à quelques dizaines de mètres, cette vieille tour délabrée des années 1950 – en réalité une ancienne tour de lancement d’un ancien tremplin de 70 m, disparu – attend son heure, une démolition étant envisagée.

Parc Tivoloi: tremplins de ski.
Parc Tivoli: l’ancienne tour de lancement du tremplin haut.

Photo d’archive du tremplin haut.
Photo d’archive du tremplin haut.

Au détour d’un sentier en descente, apparaît la vénérable gostilna Roznik (une gostilna, c’est une auberge en slovène), qui semble ne pas avoir changé d’un poil depuis des décennies. Et juste à côté, sur sa petite butte, la petite église de la Visitation-de-Marie (cerkev Marijinega obiskanja), rose avec son clocher vert, caractéristique des petites églises slovènes que je rencontrerai en nombre durant mon voyage.

Si la pluie m’a relativement foutu la paix dans l’aprem, la voilà qui décide de mener une offensive plus conséquente. Pas le déluge, mais elle est bien soutenue. Il faut pourtant regagner le centre-ville, en rasant les façades au maximum et en vissant ma casquette sur le crâne pour éviter d’être trop rincé. Je me sécherai au logement Airbnb; en passant près d’un des deux stands à bureks, je me chope un burek aux pommes.

Je vais manger léger en cette fin d’aprem, le burek ayant élu domicile tout récemment dans mon sustème digestif. Testons donc un petit dessert slovène, en terrasse le long de la rivière, avec une part de prekmurska gibanica. Visualise une part de gâteau assez dense, genre millefeuille composé de pommes, noix, cottage cheese et graines de pavot. Le truc est bourratif, donc quand je disais manger léger, faut relativiser… Mais je dois t’avertir qu’en terrasse à Ljubljana, tu risques d’être importuné par des petits « opportunistes » de 15 cm et 30 grammes! Ne dis pas que je disjoncte et laisse-moi t’expliquer: je te parle de ces hordes de petits moineaux, qui ont atteint ici un niveau de témérité que j’ai rarement vu. Ça se pose sur la table, ça avance en crabe jusqu’à l’assiette à la moindre seconde d’inattention, tu les fais partir vers la gauche, d’autres rappliquent à droite… Les piafs de Ljubjana sont de vais stratèges militaires!! Enfin, c’est juste pour se nourrir, il faut leur pardonner.

Premurska gibanica.

BILAN: ce premier contact avec le pays fut franchement positif, avec la découverte d’une ville tranquille à taille humaine, aux initiatives dont pas mal de pays devraient s’inspirer, où l’on mange (et boit) très bien, et disposant d’un imposant « poumon vert » grâce au parc Tivoli.

La Slovénie, entre bière et vin…

Alors, que me réserve la météo de ce lundi matin? C’est pas extra: un ciel plombé, une petite bruine. Bon, je ne peux rien y faire. Direction la gare où je vais prendre possession de ma voiture de location pour 6 jours. Un peu plus d’animation dans les rues: les adultes vont au boulot, les gosses à l’école.

Je vais d’abord t’emmener dans la partie est du pays. Ce n’est pas dans cette région que le relief montagneux est le plus marquant, mais ces collines boisées où alternent champs et pâtures constituent un paysage agréable. Du moins, si le soleil était présent, car cette petite pluie crée un voile gris qui gâche la perspective lointaine. Heureusement, le réseau routier slovène est nickel au niveau des autoroutes et routes nationales; dans les montagnes, c’est parfois plus hasardeux, comme tu le verras plus tard.

Bref, après une petite heure, je quitte l’autoroute pour évoluer sur des routes secondaires. Et voilà que dans la campagne apparaissent de grands champs plantés de hautes perches en bois, elles-mêmes surmontées d’un réseau de fils. C’est sur ce système que va s’enrouler une plante grimpante, qui sera un des ingrédients principaux d’une boisson dont j’ai déjà souligné l’importance en slovénie: la bière. Hé oui, je suis au milieu de champs de houblon!

L’épicentre de la culture du houblon est la petite ville de Žalec, plutôt banale au premier abord mais qui recèle, outre un écomusée dédié aux traditions brassicoles, une autre curiosité unique au monde. Mais attends un instant, je vais m’acheter un pack de bouteilles d’eau au supermarché. Un mot rapide sur ceux-ci: les plus courants sont les magasins Mercator et Tuš, sans oublier les sempiternels Spar et Lidl.

Supermarché Mercator.
Supermarché Tuš.

Près de l’église, un parc. Au milieu de ce parc, un étrange appareillage métallique en demi-cercle, avec des sortes de distributeurs-fontaines. C’est intriguant, çà, c’est quoi donc? Hé bien en effet, c’est une fontaine. C’est la seule fontaine à bière au monde, sans similitude aucune, bien sûr, avec la Fontaine de Trevi (quoique une version bière de cette dernière, ce serait cool…). Alors, comment ça marche? On achète, au kiosque en face, un verre dont le dessous intègre une petite puce (ce qui justifie son prix de 8€, car c’est ce système de puce qui va étancher ta soif!). Tu peux garder le verre en souvenir, c’est pas gentil, çà? Ensuite, direction la fontaine, composée de 6 distributeurs qui te verseront 1 décilitre des 6 bières différentes proposées. Pour ce faire, le verre se place sous le robinet verseur, qui va reconnaître la puce et faire couler le précieux nectar. Ni Lasko ni Union ici, ce sont des bières spéciales et artisanales. Déguster 6 bières délicieuses sous l’averse, y en avait qu’un pour le faire, c’est moi…

https://www.beerfountain.eu/en/

Žalec: la fontaine à bière.

La Slovénie est le 6ème producteur de houblon dans le monde. Le houblon se développe sur une liane. Une liane diffère d’une vigne car elle utilise ses pousses au lieu de ses vrilles pour monter. Elle monte en hélice autour d’un support.

À 70 km encore à l’est de Žalec, je rencontre la rivière Drava, déjà très large, qui continuera sa course jusqu’au Danube, qu’elle rejoindra tout à l’est de la Croatie. Le long de ses berges, on peut aisément se garer gratos. Bon,un cours d’au, et ensuite? Regarde sur la rive opposée, ces maisons blanches aux toitures rouges (ce rouge si caractéristique du pays), et ce chateau en surplomb: me voici face à la très belle ville médiévale de Ptuj!

Ptuj.

Ptuj (ça se prononce « ptouille ») est une des plus anciennes villes du pays, et de surcroît, une des plus mignonnes aussi. Avant de monter jusqu’au chateau, je vais faire un tour dans la vieille ville, dont la petite taille est largement compensée par la beauté de ses petites rues pavées et de ses monuments. N’est-il pas splendide, ce haut beffroi coiffé d’un clocher à bulbe rouge? Même la pluie doit être sous le charme, elle vient de s’arrêter un petit moment. Le temps d’avaler un petit burek dans une boulangerie (on devent vite addict!), on va prendre un peu de hauteur et aller voir ce chateau de plus près!

Ptuj.

La grimpette se fait au gré de petites ruelles en zigzag, pavées très grossièrement (un peu glissant par temps pluvieux, attention à ne pas se mettre n’importe qui aux pieds!), dévoilant progressivement ces magnifiques toits rouges si spécifiques à la ville, ainsi que des petites parcelles de vignes. En plus de faire de la très bonne bière, la Slovénie est aussi connue pour ses trois grandes zones viticoles. Pourtant, l’exportation de ses vins est encore assez confidentielle. Ici nous sommes entrés dans la région viticole de la Podravje, qui s’étend jusqu’à la frontière hongroise.

L’entrée du chateau est en vue. Il fut construit au 12ème siècle et « retravaillé » au 18ème siècle. Il abrite un musée d’instruments de musique, une collection d’armes et de tapisseries flamandes ainsi qu’une galerie de portraits originaux de monarques européens peints à la mode « turque ». Le château de Ptuj abrite aussi un musée ethnographique. Une visite qui aurait pu être aussi éclectique qu’instructive… si il n’avait pas été fermé ce jour-là! Hé oui, en ces temps de covid, les réouvertures de lieux culturels sont encore très timides.

Ptuj: le chateau.
Ptuj: le chateau.

Je poursuis toujours vers l’est, 30 km après Ptuj, pour atteindre la deuxième ville de Slovénie: Maribor. Je dois dire qu’à l’arrivée, le charme n’opère pas tout de suite: voies rapides et centre commerciaux, je suis loin de la vue romantique sur Ptuj depuis les rives de la Drava. De plus que cette dernière passe aussi par Maribor.

Mais il ne faut jamais s’arrêter à une première impression mitigée, il faut « ouvrir l’huître pour trouver la perle ». Je me gare à quelque 500 mètres de la vieille ville et longe les berges de la Drava, pas désagréables en définitive; j’aime bien ce vieux moulin et cette multitude de cygnes qui barbotent dans l’eau.

Avec la pluie qui a décidé de me tenir compagnie à nouveau, je m’enfonce dans le centre-ville. Bon, il y a plus de circulation qu’à Ljubljana, mais certaines zones sont piétonnes, c’est un bon point. Et voici justement le coeur historique de la ville, la Glavni trg, l’ancienne Place du Marché, très allongée et offrant de belles perspectives. C’est là que se trouvent l’Hôtel de Ville et la Colonne de Peste (* on trouve ce genre de monuments en certains endroits d’Europe qui furent salement touchés par une épidémie de peste). What else in Maribor? Son chateau du 15ème siècle, abritant un musée régional, et sa cathédrale au clochers vert, haut de 57 m, dans un environnement urbain très tranquille mais bien vivant. Beaucoup de jeunes qui se baladent oui qui mangent dans les fast-foods. Il faut dire aussi qu’il y a une université à Maribor.

Maribor: Glavni trg.

Comme je le disais précédemment, je suis ici en pleine région viticole. Alors ce serait bien de goûter un peu aux vins slovènes! Outre quelques caves de dégustation en ville, il existe ici un endroit emblématique de la tradition du vin, le long des rives de la Drava, dans le quartier de Lent. Tu vois cette ancienne maison à façade blanche, et cette vigne qui l’a carrément colonisé? Oui mais voilà, on n’a pas affaire à n’importe quel cep! Celui-ci a traversé les siècles, les maladies, les guerres! Il aurait plus de 400 ans, qui dit mieux? Et comme c’est « dans les meilleures casseroles qu’on fait les meilleures soupes », sa production atteint parfois 50 kg de raisins à chaque vendange, permettant la fabrication d’environ 25 litres du vin rouge!

Et juste à côté, la Maison de la Vieille Vigne (Hiša Stare trte en slovène) possède une boutique et un espace de dégustation, où l’on peut s’essayer à divers vins rouges et blancs du pays, qui méritent franchement d’être découverts!

Vieille vigne de Maribor.

Le long de la rue, quelques restos s’alignent. J’entre dans un gril, un nom que je verrai souvent en Slovénie, désignant un petit restaurant spécialisé dans les viandes grillées. Il est possible d’avoir un plat unique composé d’un mix de diverses viandes, accompagné d’avjar, ce condiment célèbre des Balkans à base de poivron, de piment et d’ail.

Gril Ranca – Dravska ulica, 10.

Après les cultures de houblon, voici une excellente occasion d’aller explorer les vignobles de la Podravje, toujours plus à l’est. Sur l’autoroute (que je quitterai bientôt), les panneaux indiquent maintenant le H de la Hongrie, qui n’est plus qu’à 40 km environ. Mais Budapest est encore à 300 km!

Je poserai mon sac cette nuit dans un domaine viticole, qui fait aussi hôtel-restaurant, cerné de vignes s’accrochant aux ondulations du paysage. Tout près, à 1 km, le minuscule village de Jeruzalem, perché sur sa petite colline, veille sur les vignobles. Un peu plus bas, le hameau de Svetinje, encore plus petit. Je vais en profiter pour faire une petite balade à pied, la pluie ayant stoppé son offensive (bon débarras!). On est bien loin des vendanges, mais ce décor très bucolique, alternant ceps de vigne et parcelles boisées, me plaît beaucoup. C’est très reposant, et pas très touristique, ce qui ne gâche rien! Il existe d’ailleurs une « route des vins » qui va de Ljutomer à Jeruzalem. Bon, espérons que la météo sera un peu plus cool avec moi demain!

Les régions viticoles de Slovénie.
Environs de Jeruzalem.
Jeruzalem.

Kamnik – Velika Planina – Logarska Dolina.

Allons, il est temps de se lever, et de regarder à l’extérieur à quelle sauce je vais être assaisonné avec le temps! L’espoir renaît: la pluie a cessé et il y a de belles trouées de ciel bleu. Ça démarre bien, pourvu que ça dure. Si tu es prêt(e), on peut démarrer.

Une chose est certaine: c’est un vrai plaisir d’emprunter les petites routes de campagne, bien entretenues et suffisamment larges pour ne pas avoir à subir des croisements laborieux. Même si il y a des travaux, ce n’est ni sale ni bordélique. Certains pays auraient des leçons à prendre… Le vignoble s’estompe peu à peu pour laisser place à un paysage varié, composé de champs, prairies et espaces boisés. Les slovènes ont du bol de vivre sur un territoire qui est quand-même le 4ème pays le plus boisé d’Europe. 57% de forêts, tu imagines? Tu ajoutes au paysage quelques jolies petites maisons proprettes, ainsi que ces petites chapelles décorées caractéristiques au pays, et tu comprendras aisément mon état de plénitude.

Et je vais où, comme çà? Je repars vers l’ouest, au nord de Ljubljana, le but étant de me rapprocher du paysage montagneux slovène. Je fais un petit stop improvisé dans le petit village de Negova, juste par curiosité, ayant aperçu un panneau « grad » qui, en slovène, veut dire chateau. Il n’est pas mal du tout, mais plutôt méconnu.

Chateau de Negova.

Ma prochaine destination me ramène à 25 km de Ljubljana. Me voici arrivé à Kamnik, une petite cité médiévale bien sympa avec de beaux points de vue sur les premiers reliefs montagneux. Mais les touristes la zappent encore trop, tout çà pour foncer tête baissée vers le lac de Bled ou la côte. Du coup, c’est bien , ça évite la surfréquentation.

La rue principale, pavée (ça devient une habitude!), est bordée d’anciennes maisons, et cette petite place, à l’entrée sud de la ville, est vraiment charmante avec son église et son campanile séparés. Envie de voir les vestiges d’un chateau? Mali Grad (« petit château ») se situe sur les hauteurs d’une colline près de la vieille ville. On y accède par une rampe et un escalier. Construit au 12ème siècle, il abrite une petite chapelle romane bien conservée. Récompense de la petite grimpette: les points de vue sur les toits rouges de la ville et les montagnes au loin.

Kamnik.
Kamnik.

Le soleil montre de temps en temps le bout de son nez. C’est très agréable de se balader dans des petites villes aussi tranquilles. Par deux fois je croiserai des classes d’enfants en visite dans la ville; j’en avais vu aussi à Ptuj. L’enseignement en Slovénie privilégie beaucoup les sorties culturelles et les sports. C’est certainement meilleur pour l’épanouissement des mômes que d’être avachi sur un banc à écouter certains profs annoner leur cours…

Kamnik: Mali Grad.

La nature est omniprésente en Slovénie, preuve en est qu’en 15 minutes de Kamnik en voiture, me voilà sur une route traversant une forêt dense, avec en principe des échappées sur les montagnes aux sommets enneigés, là-bas vers le nord. Je dis « en principe », parce que çà c’est quand il n’y a pas de brouillard! Comment le temps a-t-il pu changer en aussi peu de temps? Ça me rappelle l’île de Madère en 2016! Des gouttes sur le pare-brise: la pluie remet çà!! Décidément on peut plus se quitter… Oh mais je ne t’ai pas dit où je me trouvais: je suis dans la vallée de Kamniška Bistrica, qui est aussi le nom de la rivière qui s’y promène. Tout au bout de la route, un village de poche avec quelques maisons en bois et une chapelle.

Et 3 km avant, un peu en retrait de la route, il y a une station de départ de téléphérique. Je vais consulter les horaires, mais étant donné certaines restrictions encore d’application, ceux-ci sont très espacés: un trajet toutes les deux heures. Oui, mais il va où, ce téléphérique, me questionneras-tu. Toi alors, tu sais pas attendre… Là-bas, plus haut à 1600 mètres d’altitude, s’étale un vaste plateau verdoyant, appelé Velika Planina (« grande montagne » en slovène), un des sites les plus beaux du pays et pourtant pas le plus connu. Pour y accéder, soit le téléphérique (ca va pas le faire avec ces horaires-là), soit tout grimper à pied (ça va pas le faire avec cette pluie qui a sûrement rendu l’ascension glissante), et enfin en voiture, par une piste de gravier et fla fin du trajet à pied (2-3 km). C’est l’option C que je prends. Mais avec une météo qui a décidé de torpiller une partie de mon périple, que vais-je découvrir là-haut?

Enfin bon… Après une vingtaine de km de petites routes montagneuses tout en virages, voici un croisement avec un panneau de bois « Velika Planina ». Je m’engage sur une piste de 6 km, non goudronnée mais praticable pour autant qu’on évite bien les quelques ornières çà et là. elle est assez large pour laisser croiser deux véhicules, mais vu les traces je présume que c’est surtout des engins agricoles ou forestiers qui l’utilisent. On n’est pas vraiment à très haute altitude, cependant de grosses plaques de neige garnissent encore les côtés de la route.

Je ne dois plus être bien loin maintenant, je laisse la voiture sur un petite aire de stationnement (j’en ai vu plusieurs en cours de route) et poursuit à pied. quelques gouttes éparses, mais c’est le brouillard qui commence à jouer les gros bras. Pour les vues panoramiques, c’est mort. C’est vrai qu’en altitude le temps change en un claquement de doigts, et Velika Planina est réputée pour « accrocher » le brouillard et les nuages pluvieux. Il peut y faire beau, mais ce sera pas pour aujourd’hui, sorry!