Partager la publication "Les marchés de Noël de Reims et Amiens."
J’attends toujours le mois de décembre avec impatience. Pas forcément pour la neige, qu’on voit de moins en moins de toute façon, mais pour les marchés de Noël, que ce soit en Belgique, en France, en Allemagne… L’odeur du vin chaud et du pain d’épices, ça te plonge tout de suite dans l’ambiance! Alors cette année, je ne vais pas aller bien loin, je vais rester dans le nord de la France, histoire de revoir quelques belles villes où je n’ai plus mis les pieds depuis presque 20 ans, carrément!
Je n’aurai même pas besoin d’une heure de trajet pour entrer dans le département de l’Aisne (02), frontalier de celui du Nord, et y faire justement mon premier arrêt dans son chef-lieu, que j’aspirais à redécouvrir. Voici donc Laon, immanquable même de loin, car on ne voit qu’elle, perchée sur sa colline avec les tours de sa cathédrale s’élançant vers le ciel. Les remparts et les portes d’accès à la ville annoncent la couleur: on va pénétrer dans une vraie ville médiévale fortifiée, transpirant l’Histoire par tous les pores. Laon possède d’ailleurs un des plus vastes secteurs sauvegardés de France, ça veut dire que les promoteurs peuvent aller se brosser, ici c’est pas touche! Je vais te montrer tout çà, en te signalant un détail important: on prononce « lan » et non pas « la-on », comme dans « paon »…



C’est très facile de se garer à Laon, il y a de nombreuses places au pied des puissants remparts du 13ème siècle qui encerclent la cité sur 6 km. Et tu entreras peut-être dans la vieille ville en passant par une des trois portes fortifiées qui existent encore (sur 18, quand-même!). La Porte d’Ardon, par exemple, qui ressemble presque à un mini-château et qui a pour voisin un ancien lavoir, un peu plus bas…



Parcourir la vieille ville à pied, au gré des petites ruelles pavées et des maisons historiques qui cachent presque toutes un petit détail, ici une sculpture, là une vieille enseigne, c’est comme remonter le temps. Qui plus est, par un petit temps gris et brumeux comme aujourd’hui, ça donne un air de film de cape et d’épée, et on serait à peine surpris de croiser un mousquetaire ou un gentilhomme à cheval. La rue Châtelaine, piétonne, en est la « colonne vertébrale », et on y trouve encore des petits commerces de proximité, comme cette antique cordonnerie dont la devanture en bois me fait remonter quasiment un siècle en arrière. Quant à la petite ruelle des Neufliers, elle a ses façades décorés de superbes fresques d’un peintre local, Pierre Grenier, représentant des figures historiques qui ont eu à l’une ou l’autre époque un lien avec la ville.











En lisière du rempart nord de Laon, tu remarqueras quand-même un petit anachronisme par rapport à l’ambiance médiévale générale: les vestiges d’une petite voie ferrée, qui partait de la gare S.N.C.F pour grimper aux abords de la vieille ville. En fait, c’est ce qui reste du tracé du petit funiculaire Poma 2000, inauguré en 1989 et définitivement arrêté en 2016, car jugé trop cher et trop peu utilisé. En même temps, il était fermé le dimanche, par rapport au tourisme c’était peut-être pas très judicieux…


Mais ce serait une hérésie de quitter Laon sans aller voir de près sa pépite, ce monument qui lui a fait donner le surnom de « Montagne Couronnée » et qui se voit à des kilomètres à la ronde: la cathédrale Notre-Dame, bâtie entre les 11ème et 12ème siècles, qui était déjà debout avant ses homologues de Chartres, Reims ou Paris! Même si ce n’est pas nécessairement la plus connue, c’est une des plus anciennes et plus élégantes cathédrales gothiques de France. Elle ne manque pas d’allure avec ses 5 tours, on dirait un peu Notre-Dame de Paris qui se serait offert un lifting pour se faire plus mince et plus aérienne! Si son extérieur est un vrai festival de sculptures (les 3 portails sont fantastiques), l’intérieur est finalement assez sobre mais très lumineux grâce à la blancheur de la pierre calcaire utilisée pour sa construction. On peut grimper aux tours mais pas toute l’année, et les statues de 16 boeufs (c’est pas banal) tout là-haut font l’objet d’une belle légende.
Et le marché de Noël dans tout çà? Il y a bien quelques chalets sur le petit parvis de la cathédrale, mais les horaires en sont assez restreints (seulement les week-ends, a priori), et comme on est vendredi, je ne verrai donc pas le marché de Noël laonnais… Mais rien n’est perdu pour autant!










Je quitte donc Laon, pour un trajet d’environ 70 km qui va me faire changer de département, bye bye l’Aisne, bonjour la Marne (51)! Et du coup j’ai même changé de région, puisque je suis à présent dans le Grand Est, résultat de la fusion des anciennes régions Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine en 2016. Ah, la Marne, les amateurs de bon champagne en ont les papilles gustatives qui frémissent rien qu’à entendre ce nom! Un océan de vignes, surtout entre Reims et Epernay, des caves prestigieuses comme Moët & Chandon, Mumm, Veuve Clicquot, Pommery… et j’en passe! Mais pas de champagne pour moi en ce mois de décembre, ce sera plutôt du vin chaud. On y viendra plus tard, promis, le temps de laisser la voiture dans un parking couvert après avoir affronté un défilé de feux qui ont tous décidé de passer au rouge quand je me pointe. Il aiment pas les plaques belges ou quoi? Enfin que soit, me voici arrivé à Reims.

C’est ici, à Reims, que se sont écrites parmi les plus grandes lignes l’Histoire de France, rien que çà. Si tu ne dormais pas au fond de la classe aux cours d’histoire, tu te rappelles probablement du baptême de Clovis, roi des Francs, par l’évêque Rémi en 498, en même temps que sa conversion au catholicisme. Mais attention, ça s’est passé dans des anciens thermes gallo-romains, la cathédrale actuelle n’ayant été construite que plus tard, faisant ainsi de Reims la « Ville du Sacre ». Durant des siècles, presque tous les rois de France furent sacrés dans la cathédrale, pour bien signifier que c’est Dieu lui-même qui leur apportait la légitimité de leur pouvoir, avec la fameuse extrême-onction d’une huile sacrée contenue dans la Sainte Ampoule. Deux exceptions: Louis VI sacré à Orléans en 1108, et Henri IV sacré à Chartres en 1594.
Mais ce serait cool d’aller la (re)voir de plus près, cette fameuse cathédrale, d’autant plus qu’elle n’est qu’à 5 minutes à pied de mon petit hôtel! 20 ans après mon premier passage à Reims (!), j’avais presque oublié combien elle est toujours aussi impressionnante avec ses 150 m de long et ses deux tours de 80 m de haut. Bâtie au 13ème siècle, elle ressemble beaucoup à Notre-Dame de Paris, et au niveau de l’art gothique, on est au sommet de la pyramide de la magnificence. Détailler chaque statue des différents portails, décortiquer chaque motif des superbes vitraux contemporains (oui, car ceux d’origine n’ont pas survécu aux affres de la Guerre 14-18)? Je crois que j’y passe une nuit blanche et que je fais un carnet bis! J’ai quand-même envie de citer la Galerie des Rois, au-dessus de la rosace principale, avec ses 56 statues qui, l’air de rien, mesurent chacune 4,50 m de haut et pèse au moins 6 tonnes! Ou encore LA star des lieux, l’inévitable Ange au sourire, à gauche du portail principal, qui n’avait pas vraiment de raison de sourire le 19 septembre 1914, quand un bombardement et un incendie (merci les Allemands…) l’ont carrément décapité! La photographie de sa tête fit le tour du monde, devenant un symbole. C’est ainsi qu’une fois restauré, il est passé à la postérité.









L’intérieur de la cathédrale en met plein les yeux aussi; sa nef et ses colonnes sont gigantesques, et les vitraux, dont certains on été réalisés par Marc Chagall, offrent une belle luminosité et un contraste super intéressant avec l’architecture gothique de l’édifice. Et quelle acoustique! Une chorale d’enfants aux voix cristallines était justement en train de répéter pour un concert qui avait lieu le lendemain.






Un petit mot rapide sur l’édifice voisin de la cathédrale: le Palais du Tau, qui servait de résidence aux archevêques de Reims et de logement aux rois durant la période du sacre. Mais désolé, ni visite ni photos, à cause de travaux qui devraient s’éterniser se terminer en 2025… À 400 mètres de la cathédrale, j’arrive sur la Place Royale, où sont installées quelques jolies décorations de noël. Elle est bien belle, on dirait un peu (en fin rien qu’un peu) la Place Stanislas de Nancy, en plus petit. Au milieu, se dresse une statue de Louis XV. Un peu plus loin, la Place du Forum abrite un ancien cryptoportique romain.





Et c’est sur cette place du Forum qu’une grosse maison à pans de bois m’attend, pour une visite guidée instructive et passionnante. Cette maison, c’est le musée-hôtel Le Vergeur, du nom de son premier propriétaire, Nicolas Le Vergeur, un bourgeois du 16ème siècle. La bâtisse, au fil du temps, passa de mains en mains, entre autres la famille Clicquot (oui, celle des champagnes). Mais c’est un photographe voyageur parisien, Hugues Krafft, qui va à la fois la sauver d’un tentative d’achat par de riches américains, en la rachetant en 1910, et la faire renaître de ses cendres après les bombardements de la Première Guerre. En tant que fondateur de la Société des Amis du Vieux Reims, il y installe au rez-de-chaussée le musée du Vieux Reims. Ce gars extraordinaire a même récupéré, à ses frais, un tas d’éléments de façades, de portails et j’en passe pour les entreposer dans le jardin de la maison! À sa mort en 1935, il lègue le tout à la société qu’il a fondée, l’endroit devient un musée à part entière. Je vais aller découvrir tout çà…



Pour explorer ce bijou, c’est visite guidée, pas autrement. Mais pas d’inquiétude, ici il n’y a pas de guide qui récite son texte comme un gosse de 5 ans récite son alphabet, oh non! Les visites sont vivantes, passionnantes, saupoudrées d’humour, sublimées par une vraie interaction avec les visiteurs. Et comme j’étais seul pour la dernière visite de 17H, j’étais vraiment privilégié! Alors, quoi de beau à voir sur les 3 étages de la maison? C’est une vraie immersion dans une maison d’époque, avec un mobilier pléthorique car Krafft a ramené mille et une choses de ses nombreux voyages: cela va des estampes japonaises aux tapis turcs, en passant par d’anciennes pendules qui fonctionnent toujours ou des services en porcelaine de Limoges ou des verres de Baccarat. On peut voir aussi quelques photographies des voyages de Krafft, dont un original autoportait de lui habillé en turc avec une cigarette entre les doigts. Impossible de détailler toutes les pièces de la maison, tous les meubles… Je sais juste qu’une heure de visite guidée m’a paru bien courte, en compagnie d’un guide qui m’a captivé de la première à la… 3600ème seconde. Cette habitation est incroyable, on dirait un puzzle géant, mais remonté dans le désordre tellement c’est hétéroclite! Un beau souvenir, en tous les cas.










Alors, le chef-lieu de la Marne, c’est Reims? Hé non, perdu, c’est Châlons-en-Champagne! Plutôt inattendu, non? Pour en trouver la cause, il faut remonter à l’époque de la Révolution française. Les révolutionnaires, non contents d’avoir saccagé une bonne partie de la ville, lui ont joué un beau tour de cochon en faisant de Châlons-sur-Marne (l’ancien nom) le chef-lieu du département, parce que Reims, la ville du sacre des rois, représentait tout ce qu’ils voulaient effacer de l’histoire…
Bon, il serait bien temps de justifier le titre de ce petit carnet et d’aller enfin voir le marché de Noël rémois, qu’en penses-tu? Mais attention, si tu penses le trouver sur le parvis de la cathédrale, tu en seras pour tes frais, car il a été récemment délocalisé sur les Promenades Jean-Louis Schneiter, un vaste espace vert composé de longues et larges allées, entre la gare et la centre-ville. Dommage, les chalets devant la cathédrale, ça avait de la gueule à coup sûr, mais les commerçants voisins ne s’en sont pas plaint, car le marché leur faisait pas mal d’ombre! Il y avait aussi le stationnement, et peut-être le manque d’espace, le parvis n’étant pas immense non plus, une logistique un peu compliquée donc, ce qui a motivé le choix de la ville pour un espace plus aéré!



Hé bien c’est pas si vilain du tout au final, les deux longues allées accueillent une ribambelle de chalets qui te mettent dans le bain en deux temps trois mouvements: objets décoratifs de Noël (bon je t’aurais dit des oeufs de Pâques tu ne m’aurais pas cru 🙂), objets d’artisanat, et surtout plein de bonnes choses à manger et à boire: une fois que tu as détecté les effluves de vin chaud ou de marrons grillés, c’est terminé, l’esprit de Noël t’a capturé dans ses filets, inutile de résister! Les sandwichs à la raclette, les pains d’épices, les saucissons secs (un stand en propose 25 saveurs différentes), le vin chaud bien sûr, inévitable, dont la première gorgée fait tousser les non habitués, y a pas de Weight Watchers ni de Comme j’aime ici! Certaines spécialités étrangères commencent même à s’inviter, comme quelques spécialités sucrées de Pologne, ou ce stand à poutines, ce fameux plat québecois composé de frites, de sauce brune et de fromage en grains, appelé là-bas « skouik-skouik » à cause du bruit qu’il fait entre les dents! Et pour celles et ceux qui n’aimeraient pas le vin, j’ai aussi repéré un stand à champagne (en même temps, quoi de plus normal dans la Marne)!




Toute proche, la Place Drouet d’Erlon accueillait auparavant les premières éditions du marché de Noël, avant de déménager devant la cathédrale. Aujourd’hui, elle est toujours très illuminée et accueille encore le grand sapin ainsi que la grande roue qui te fera faire un tour à 50 m de hauteur. Un gros marché de Noël sans sa grande roue, ça devient très rare de nos jours! Autre chose encore: en principe, certains soirs à 20 heures, a lieu un spectacle son et lumière sur la façade de la cathédrale. Mais pas aujourd’hui, parce que les enfants de la chorale répètent à l’intérieur de l’édifice. Dommage, mais c’est comme çà. Un tas de gens sur le parvis n’est apparemment pas au courant et l’apprennent de bouche à oreille, y en a même qui ont le culot de pester contre les gosses. Faut-il être con et égoïste…



Pour prendre son petit-déj’ matinal en France, rien de tel que de pousser la porte de la première boulangerie qu’on croise, de se prendre une ou deux viennoiseries toutes chaudes avec un café, et de savourer tout çà dehors, soit en marchant, soit debout s’il y a une ou deux tables hautes devant la vitrine. Ce matin, je quitte donc Reims pour une grosse étape de roulage qui va me faire (re)traverser l’Aisne et une petite partie de l’Oise pour atteindre le département de la Somme (80), dans les Hauts-de-France (résultat de la fusion en 2016 des régions Nord – Pas-de-Calais et Picardie). La destination d’aujourd’hui, c’est son chef-lieu, Amiens, une ville animée et jeune (il y a ici une grosse université) qui a pourtant bien morflé durant les deux guerres mondiales, ces foutus bombardements n’ayant pas visé à côté! Miraculeusement, la célébrissime cathédrale fut épargnée par ces destructions, et la reconstruction de la ville fut rapide et dynamique.

Amiens, c’est un peu plus frais dans ma mémoire, c’était il y a une dizaine d’années. Je me souviens qu’on peut trouver facilement une place de parking le long des boulevards. Voilà, çà c’est une chose de faite! Il y a toujours pas mal de circulation à ce que je vois. Il ne me faudra néanmoins que 15 petites minutes à pied pour me retrouver face à LA star d’Amiens, celle sans qui la ville ne serait (presque) rien: la cathédrale Notre-Dame d’Amiens! Quand tu déboules sur le parvis (assez vaste pour une bonne perspective, dieu merci!), le choc visuel est flagrant. Siffler d’étonnement, faire un long « waouuhh! », ou les deux à la fois? Fais ton choix. Au niveau des dimensions de ce mastodonte gothique, on est encore un cran au-dessus de la cathédrale de Reims! 145 m de long, 70 m de large, une flèche qui culmine à 112 m, joli bébé quand-même! On a affaire ici à la plus grande cathédrale de France, et elle fait deux fois la taille de Notre-Dame de Paris. Ah ouais, c’est du sérieux, là… Construite au 13ème siècle, elle a résisté aux outrages des guerres et est inscrite, cela va sans dire, au patrimoine de l’Unesco depuis 1981.








Alors que des constructions d’édifices similaires pouvaient s’étendre sur un ou deux siècles, ici ça s’est fait en un temps record: 65 ans, ce qui justifie une certaine homogénéité architecturale de l’ensemble; par contre, la flèche la flèche n’a été installée qu’en 1528. Les deux tours sont de hauteurs différentes, c’est son petit détail spécial « le saviez-vous ». À peine remis de la stupeur de la taille de l’édifice, on prend déjà un autre coup de massue avec le nombre presque irréel de statues qui enjolivent les différents portails; il y en aurait plus de 700. Si je commence à les détailler, mon carnet ne sera pas encore fini au Nouvel An…



A-t-on droit à un peu de répit quand on pénètre à l’intérieur de la cathédrale? Tu rêves ou quoi? Avec une nef qui s’élance à 42 m de hauteur, soutenue par des colonnes titanesques, il vaut mieux ne pas visiter l’endroit si on souffre d’un torticolis! C’est dingue de penser à la façon dont les constructeurs de l’époque s’y sont pris pour élever une telle merveille, sincèrement… Des statues encore, des stalles, des chapelles… on frôle l’overdose! Et pour encore sublimer sa beauté intérieure, la cathédrale est très lumineuse, la clarté pénétrant par toute une série de vitraux, dont certains possèdent une polychromie incroyable.








Le parvis de la cathédrale est vaste et pas défiguré par des constructions de mauvais goût, c’est une bonne chose. Dommage que ce soit le lieu de départ des petits trains touristiques, conçus à l’intention des touristes qui ont peur de faire plus de 20 mètres à pied (…). si certains bâtiments d’avant-guerre n’existent plus, il en a subsisté deux, à chaque extrémité de la place. Sin on tourne le dos à la cathédrale, celui de droite, c’est la Maison du Pèlerin, celle de gauche, la Maison de l’Architecte. Elles datent toutes deux du début du 20ème siècle et on été épargnées par les bombardements.




Au nord de la cathédrale, la Somme, fleuve qui a donné son nom au département, traverse Amiens en se séparant en plusieurs bras. C’est là que se niche le quartier le plus sympa et le mieux préservé historiquement de la ville: le quartier Saint-Leu. Bien que ce soit le coin le plus ancien d’Amiens, il n’en est pas figé dans son jus pour autant: c’est très animé, surtout sur les quais principaux où les bars et restos sont au coude à coude. Touristique certes, mais il existe toujours une vie de quartier bien ancrée à travers ses petits rues pavées, entrecoupées de petits canaux enjambés par des petites passerelles, dont certaines, privatives, permettent d’accéder à l’une ou l’autre maison. Et justement, les maisons de Saint-Leu sont d’un charme fou, soit colorées, soit à pans de bois. suis-je sur l’île de Burano, près de Venise? En Alsace, en Normandie? Non, c’est Amiens, tout simplement.










Au coeur du quartier Saint-Leu, sur une placette, voici la statue d’un étrange bonhomme qui se donne des airs lointains de Guignol de Lyon. C’est pas tout à fait faux: c’est Lafleur, ce personnage emblématique de la tradition des spectacles de marionnettes à Amiens. Tout comme son cousin lyonnais, il a son franc-parler et adore se fritter avec les gendarmes. Sa devise: « bien boire, bien manger et ne rien faire »!

Et cet autre gars, là, debout sur une bouée en plein milieu de la Somme, qu’est-ce qu’il fabrique là? C’est une oeuvre en bois réalisée en 1993 par le sculpteur allemand Stephan Balkenhol. Quant à son étrange accoutrement, c’est le fait d’étudiants de la ville qui n’hésitent pas à plonger dans la flotte pour aller l’attifer d’un pull, d’un t-shirt, ou même lui foutre un slip sur la tête! « Il faut que jeunesse se passe », dit-on…

Ben qu’ils ne soient pas ouverts aux visites guidées en décembre, je vais placer un petit paragraphe sur les hortillonnages, l’autre fierté d’Amiens après la cathédrale. Les hortillonnages, c’est un espace de 300 hectares d’anciens marais, qui ont été remodelés en parcelles de cultures maraîchères, quadrillées par un réseau de petits canaux appelés ici « rieux ». Ce petit paradis existe depuis presque 70 ans, mais avec la ville qui s’est étendue au fil des siècles, la zone a un peu rétréci et l’activité maraîchère a diminué, bien qu’il y ait encore une dizaine de producteurs (les hortillons) qui y travaillent. Et certaines anciennes parcelles ont été reconverties en jardins d’agrément. J’avais visité les lieux lors de mon dernier passage, en septembre, des balades en barque à fond plat y étant organisées jusque fin octobre. Mais suite à un p’tit souci de carte SD, j’ai perdu une partie de mes photos, je ne peux même pas t’en mettre une ou deux pour te faire une idée. Çà c’est ballot…
Bien bien, et le marché de Noël dans tout çà? Ça tombe bien, j’ai la dalle et une petite envie de vin chaud, excellente raison pour t’y emmener. Il n’est pas sur le parvis de la cathédrale, et n’y a jamais été, c’est un fait. Mais il n’en est pas bien éloigné: en gros il s’étend sur une longue artère, qui sert aussi d’épine dorsale à la ville, et qui va de la gare à la Place de l’Hôtel de Ville. La grande roue est face à la gare, cependant elle a bien du mal à cacher cette immense verrière disgracieuse et envahissante qui recouvre la gare. Et cette haute tour à côté, c’est quoi donc? Çà, c’est la tour Perret, haute de 104 m et faisant 30 étages. Même si elle ne décrochera pas la médaille de l’élégance, elle est devenue un autre édifice emblématique de la ville. Elle a été construite après la Seconde Guerre par Auguste Perret (rien à voir avec Pierre), le gars qui a reconstruit Le Havre après la Seconde Guerre. À l’époque, elle était même le plus haut gratte-ciel d’Europe. Pas de visite de cet immeuble, qui a abrite à la fois des habitations et des bureaux.






Le marché de Noël d’Amiens, avec un peu plus de 100 chalets, est le plus grand du nord de la France; plus grand que Lille ou Arras, oui! Mais contrairement à Arras, qui concentre son marché sur son immense Grand-Place, celui d’Amiens s’étire en longueur sur environ 2 km! Une particularité, devenue une « signature » ici, c’est la couleur rouge des chalets, ça se voit pas souvent! Pas loin de l’Hôtel de Ville, est installée une patinoire. Les stands qui forgent l’esprit de Noël sont là: décoration, artisanat, jouets, figurines et santons… Et bien sûr, tout ce qu’il faut pour se rassasier et se désaltérer! Un petit ravier de choucroute et un bretzel salé plus loin, ça me va, même si l’Alsace n’est pas vraiment à côté… Un vin chaud? Difficile de déroger à la règle, ça fait toujours du bien par où ça passe, hein? Mais rien n’empêche une petite entorse à ce rituel, car des chalets proposent des variantes: cidre chaud, poiré chaud, jus d’orange chaud… Pas mauvais du tout, le cidre chaud, d’ailleurs.






Je rentre déjà en Belgique en fin d’aprem, mais avant de quitter Amiens, je me dois d’aller saluer la mémoire d’une célébrité locale, que dis-je, un monument, dont j’ai lu de nombreux romans, certains plusieurs fois. Ce grand monsieur, c’est Jules Verne. Mais il est né à Nantes, me diras-tu. Je dis pas le contraire. En 1856, il débarque à Amiens pour être le témoin de mariage d’un ami. Et voilà notre ami Jules faisant la connaissance d’Honorine, la sœur de la mariée, tombe amoureux d’elle et l’épouse l’année d’après. Hop, c’est plié, ils s’installent tous deux à Amiens en 1871 après avoir quitté Paris. L’auteur y restera jusqu’à sa mort en 1905, et est enterré au cimetière de la Madeleine d’Amiens.
C’est en 1882 que le couple s’installe dans un hôtel particulier du 19e siècle, appelé « Maison de la Tour ». Il y vivra 18 ans et y écrira bon nombre de ses Voyages Extraordinaires. Cette maison est devenue un musée passionnant, la visite est tout sauf ennuyeuse, et on s’attendrait presque à croiser le grand homme en pénétrant dans une pièce. Après le rez-de-chaussée et son « jardin d’hiver », voici, au premier étage, une reconstitution de la librairie parisienne et du bureau de l’éditeur Pierre-Jules Hetzel. Mais le saint des saints se trouve à l’étage au-dessus; c’est le cocon, le sanctuaire de l’écrivain: son cabinet de travail, pourtant si petit et si spartiate (un lit en fer, un fauteuil en cuir et un bureau), où il travaillait de 5 heures à 11 heures du matin. Enfin, tout en haut au grenier, un genre de bric-à-brac organisé expose des vieux documents et affiches de cinéma, des malles remplies de vieux objets, et surtout des maquettes d’engins délirants tout droit sortis de ses oeuvres! La visite se terminer par l’escalier en colimaçon de la tour en briques. Pour les amoureux de l’auteur, ou celles et ceux qui voudraient le connaître, c’est ici qu’il faut venir!











Petit bilan sympa, avec une courte mais bien chouette petite escapade de Noël, avec un plaisir réel de revoir trois belles villes où j’avais déjà mis les pieds, même si ça date! Et ces cathédrales, tout de même! Laon, Reims puis Amiens, on y est vraiment allé crescendo. Sans oublier des découvertes palpitantes, comme l’Hôtel Le Vergeur de Reims ou la Maison Jules Verne d’Amiens! Et au final, un bon vin chaud réchauffe autant les corps que les coeurs (tiens c’est joli ce que je viens de dire…)!


Merci pour ce tour des marchés de Noël et de nos belles cathédrales !
Agréables découvertes pour nous qui ne ‘montons’ guère vers le Nord (mais votre billet donne envie).
A bientôt.
Merci! Pour 2024 je ne sais pas trop encore où aller. Mais ce ne sera peu-être pas forcément en France…