Partager la publication "Voyage en Turquie – 2ème partie: La Cappadoce – juin 2024."
Dans le précédent carnet, on s’était quitté au terme de ma dernière soirée dans la capitale turque, Ankara, que je m’apprêtais à quitter le jour suivant. Nous voici à une étape « charnière » de ce voyage, car à partir de maintenant les déplacements se feront en voiture de location, jusqu’à sa restitution dans deux semaines. Cette fois, je t’embarque au coeur d’une des plus belles régions de Turquie, dans un tourbillon de formations rocheuses hallucinantes, d’églises rupestres cachées et de montgolfières bariolées. Direction la Cappadoce, où je passerai quatre jours. Alors si tu es prêt(e) à démarrer l’aventure, je n’attends que çà, allons-y!
- En route vers la Cappadoce – Uçhisar et Ürgüp.
- Survoler la Cappadoce en montgolfière… une fois dans sa vie!
- Göreme et Ortahisar.
- Çavuşin – Zelve – Çat.
- La cérémonie des derviches: à donner le tournis!
- Les cités souterraines de Cappadoce.
- La vallée d’Ihlara, un petit paradis vert en Cappadoce.
- DEUXIÈME "DEBRIEF" (Cappadoce):
En route vers la Cappadoce – Uçhisar et Ürgüp.
Avant de se lancer dans ce nouvel épisode du périple, il faut d’abord sortir d’Ankara. Je vais chercher ma voiture de location à l’aéroport d’Ankara, et pour rallier celui-ci, c’est pas bien compliqué. Il suffit de prendre le métro jusqu’à la station Aşti, où se trouve la grande gare routière de la ville. Le truc est immense, c’est limite un petit centre commercial! Les billets s’achètent directement à bord des bus, et des guichets sont disponibles pour les longue distances (un trajet pour Izmir, par exemple, prend au moins 9 heures!). Il faut ensuite trouver le quai d’où part le bus qu’on va emprunter; il vaut mieux se renseigner au guichet d’information, car des quais, il y en a des dizaines! Ce n’est toutefois pas trop difficile. Le trajet pour l’aéroport dure environ 45 minutes.
Je ne passe pas par une grande enseigne de location, mais par une agence uniquement turque qui possède plusieurs succursales dans le pays. Une fois la voiture en ma possession, je peux me mettre en route pour la Cappadoce, mais c’est une grosse étape de roulage qui m’attend: environ 320 km mais en majorité sur autoroute, ça m’offre déjà un gain de temps. J’aurai une ou deux autres longues étapes de ce genre, car il faut aussi composer avec la taille XXL du pays. Sache que les autoroutes turques sont à péage, mais les paiements par cash ou carte sont de plus en plus rares. C’est le système électronique HGS qui a pris le relais: Un dispositif muni d’une puce est installé sur la voiture et collecte automatiquement le péage lorsqu’on passe la barrière du péage. Pas de souci à se faire, toutes les voitures de location en sont pourvues d’office.
Sinon, dans l’ensemble, il est facile et plaisant de rouler en Turquie, les routes sont bien entretenues, hormis quelques petits chemins ruraux cabossés. Attention, certains conducteurs ont parfois le pied lourd et à l’inverse, d’autres ont plutôt tendance à se traîner. Et si tu es en première position aux feux de circulation, il faudra un peu affûter ta réactivité quand çà passe au vert, parce que le bruit d’un klaxon derrière retentit souvent après une petite seconde; mais c’est plutôt du genre amical, pas exaspérant comme en Italie… Bonne nouvelle par contre concernant les stations-services, l’essence est moins chère (un peu plus de 40 TL/litre, soit entre 1,10 et 1,20€) et il est encore courant que le pompiste, en plus de te servir, te passe gracieusement un coup de raclette sur la pare-brise!
Marrant, comment on dit STOP en turc, non? C’est bien la première fois que je vois çà. Mais si ça se trouve, les turcs, de leur côté, trouvent peut-être notre STOP bien hilarant…

Je quitte enfin cette interminable autoroute, je ne suis plus qu’à 45 km de Uçhisar, ouf ça diminue… Petit arrêt dans un supermarché pour mon petit stock de bouteilles d’eau. Oui, tu l’attendais, c’est le paragraphe spécial « supermarchés »! Les enseignes principales que tu verras le plus sont Migros, Sok, Bim et A101. Néanmoins, dans chaque ville, il y aura toujours bien un büfe ou un minimarket pour te dépanner.



Me voilà donc enfin en Cappadoce, appelée aussi Anatolie centrale, situé plus ou moins au centre du pays. Attention, ce n’est pas une région administrative, mais historique. On est ici dans un coin de Turquie qui fait le plus fantasmer les touristes, juste après Istanbul! Et il faut dire que ça se justifie aisément: ces paysages de plateaux semi-montagneux, hérissés de « cheminées de fées » et autres étrangetés rocheuses, saupoudrés çà et là d’églises rupestres et autres habitations troglodytiques, feraient écarquiller les yeux de stupeur même à un mannequin de cire! Ancienne région volcanique il y a des millions d’années de cela, le tuf volcanique a fini par recouvrir ce territoire après plusieurs méga éruptions. Le travail d’érosion d’une roche réputée friable a commencé par après, et au fil des millénaires, Dame Nature a laissé libre cours à sa fibre artistique en créant ces colonnes et formations rocheuses qui défient parfois les lois de la physique. Ah, ça en fait des choses à voir! Mais allons-y pas à pas, on a 4 jours, c’est pas de trop…

Mon premier arrêt en Cappadoce sera la petite ville de Uçhisar, qui sera du même coup mon premier choc visuel: il faut dire que son incroyable piton rocheux, appelé kale (forteresse ou château en turc) se voit à des kilomètres à la ronde; c’est là le point culminant de la Cappadoce et la « signature », la fierté de Uçhisar. On y reviendra un peu plus tard; en attendant, je me gare aux abords du vieux village (c’est assez facile de se garer), pour entrer direct dans le vif du sujet et pénétrer sans transition dans les petites ruelles et volées d’escaliers du vieux village, dont certaines anciennes habitations on été restaurées pour en faire des hébergements. La plupart des touristes ne s’y égarent pas, ils n’ont d’yeux que pour le château… ou alors ils n’ont pas le temps (je dis ça parce que j’ai quand-même vu quelques autocars, et leur timing est toujours chronométré).






Et le voilà enfin face à moi, à l’extrémité d’une petite esplanade et dominant Uçhisar. de ses 70 m de haut: le kale, résultat presque irréel du travail d’érosion dont je t’ai parlé plus haut, dont la roche fut creusée au fil des siècles pour servir d’habitat et de refuge à certains peuple persécutés, tels les chrétiens opprimés par les Romains ou les Byzantins malmenés par les Turcs. Le résultat final est une profusion de cavités, de couloirs et de marches taillées dans la roche, qui me fait un peu penser de l’extérieur à une termitière géante, et l’intérieur à un décor de film de la saga Star Wars. Des gens y vivaient encore dans les années 1960, jusqu’à leur évacuation afin de restaurer le site et le faire découvrir au public. L’entrée coûte 50 TL. Pour accéder au sommet, il faudra gravir les 270 marches de cette forteresse naturelle, mais l’effort en vaut la chandelle, car le panorama de là-haut est démentiel! Tu as une grande partie de la Cappadoce à tes pieds, pour un point de vue à 360 degrés.











Hé bien moi, après plus de 3 heures de voiture et ma grimpette au kale, j’irais bien manger un p’tit truc! Je me dégote un petit resto pas trop tape-à-l’oeil, mais qui dispose néanmoins d’une jolie terrasse panoramique. Je suis loin d’avoir répertorié tout l’arsenal de la cuisine turque, et je ferai encore de belles trouvailles durant la suite de mon périple. Pour l’instant présent, je vais goûter aux mantı turcs, des petits raviolis fourrés de viande ou de fromage, avec une sauce au yaourt et à l’ail. en dessert, quelques figues confites, ce sera pas mal. Et comme je t’avais précédemment expliqué la prononciation du ı turc, tu ne passeras pas pour un touriste béotien. Merci qui?
Janti Cafe Restaurant – Tekelli, Göreme Cad, 4 (une ruelle qui monte derrière le kale).

En scrutant le paysage du haut du kale, tu auras inévitablement remarqué une vallée large et peu profonde, bordée de falaises blanches. Il est possible d’y accéder à 1 km au sud de la forteresse, pour en sortir un peu en contrebas du vieux village. Cette belle balade te fera découvrir la Vallée des Pigeons (Güvercinlik Vadisi, ce dernier mot signifiant vallée en turc), dont le nom met en évidence un autre aspect de la vie d’autrefois en Cappadoce: l’élevage de ces volatiles gris, si mal-aimés dans nos grandes villes, mais dont les fientes servaient d’engrais naturel pour les terres agricoles. Des dizaines de pigeonniers furent creusés dans la roche aux 19ème et 20ème siècles, parfois agrémentés de dessins et de sculptures. Il me semble bien que les pigeons de Cappadoce sont aussi bien logés que les sultans ottomans! Une petite rando courte et sympa, qui se termine à l’extrémité nord du vieux village de Uçhisar.










On élève les pigeons pour leurs fientes, mais pour leur viande aussi, alors? Ah non, sacrilège suprême! Le pigeon est un animal sacré en Turquie. Selon une légende, le Prophète Mahomet aurait échappé à ses poursuivants en se cachant dans une grotte dont l’entrée était recouverte d’une toile d’araignée, et l’intérieur occupé par un pigeon y ayant fait son nid. Les assaillants ne prirent pas la peine de vérifier, car en effet qui aurait pu pénétrer dans la cavité sans déchirer la toile d’araignée et sans effrayer le pigeon…. Trop fortiche Mahomet, et pas très fute-fute, les poursuivants!

Une sacrée mise en bouche pour mon entrée en Cappadoce, ne trouves-tu pas? Mais reprenons la route, pour un petit saut d’à peine 15 km, qui sera d’ailleurs le dernier de la journée (Ankara – Uçhisar, 320 km, ça m’a déjà bouffé ma matinée!). Je rejoins Ürgüp, qui sera mon point de chute pour mes deux premières nuits en Cappadoce. C’est une grosse ville assez animée, sans doute un peu moins belle et pittoresque que Uçhisar ou Göreme, mais qui est très bien placée pour pouvoir rayonner vers les villages et sites intéressants du coin. Tout n’est pas à jeter pour autant, oh non. Le « vieil Ürgüp », comme je pourrais l’appeler, possède son lot d’habitations troglodytiques, de ruelles et d’escaliers (parfois raides) qui grimpent à l’assaut d’un énorme promontoire rocheux d’où le panorama sur les environs n’est pas mal du tout, même s’il est moins spectaculaire qu’à Uçhisar.
La partie plus moderne de Ürgüp regorge de bars, restos et boutiques de tous poils; c’est un peu plus bruyant de ce côté, il y a plus de circulation, sans pour autant atteindre la frénésie d’Istanbul ou Ankara, mais ça roule parfois un peu « sauvage », surtout dans la jeunesse locale, dont certains aiment bien faire les kékés avec leur voiture customisée ou leur quad. Mais au moins, je ne vois aucune agressivité ni provocation dans leur attitude, c’est davantage pour l’amusement que pour le plaisir gratuit de semer la merde! Ürgüp est une ville qui bouge bien, et qui n’a pas encore été sacrifiée sur l’autel du tourisme de masse.










Je ne poserai pas mon sac au milieu de cette agitation, mais dans un vieux quartier un peu excentré, où les gosses jouent au ballon et les vieux papotent entre eux dans les petites rues où presque aucune voiture ne passe. Cet Airbnb est juste exceptionnel, et pourtant j’en ai fait quelques-uns en 11 ans! Cette vieille maison, typique de la Cappadoce, est une perle: les épais murs de pierre, les arcades, la fraîcheur qui y reste même par temps chaud, avec en plus les touches personnelles de décoration de la proprio, qui habite juste à côté du petit logement de deux pièces où je vais être aussi bien qu’un sultan. Müserref a habité quelques temps en Allemagne, avant de revenir vivre sur la terre de ses ancêtres et de proposer une partie de son merveilleux hébergement. Si tu aimes les animaux, tu seras aux anges, elle a deux chats et une adorable chienne (qui errait encore dans les rues de Ürgüp l’année d’avant). Et la touche finale: elle fait des petit-déjs d’enfer!






Ma soirée sera cependant très courte, une fois n’est pas coutume, car il faut me lever super tôt demain matin, afin de vivre l’instant le plus magique de tout ce voyage, un rêve de gamin qui va se réaliser. Allez, on se revoit demain… je dirais même dans quelques heures seulement!
Survoler la Cappadoce en montgolfière… une fois dans sa vie!
Allez, debout là-dedans! Tu comprendras facilement pourquoi je me suis couché tôt quand je te dirai qu’il est 3 heures du matin! Ça n’a pas été trop laborieux, au final. Non, j’ai pas d’avion à prendre, néanmoins le point d’orgue de ce voyage se passera bien dans les airs! Quand on évoque la Cappadoce, impossible de ne pas l’associer avec ces dizaines de montgolfières qui, au lever du soleil, s’élèvent à l’unisson dans les airs et survolent les formations rocheuses parfois de très près. C’est à cette folle expérience que je te convie. Euh, tu as bien réussi à te lever, au moins?
Mais si on ne décolle qu’au lever du soleil, pourquoi démarrer si tôt, quasi en pleine nuit? Il faut savoir qu’en fonction de la météo et du vent, les emplacements de décollage ne sont jamais vraiment les mêmes, alors on ne peut pas dire « rejoignez-nous en voiture », c’est beaucoup trop aléatoire, et pour se garer ce serait trop le boxon. C’est donc un système de ramassage par navette qui est mis en place, organisé par les (trop) nombreuses compagnies de vols, où chaque minibus vient collecter ses clients d’arrêt en arrêt. Lors de la réservation, on se choisit un lieu de rendez-vous où la navette viendra te cueillir et te ramener par après (moi, comme j’étais en Airbnb, j’ai « fait semblant » que j’étais à l’hôtel Untel pour attendre devant 😁). Réserver peut être un problème au vu de la pléthore de compagnies ayant pignon sur rue. J’ai trouvé cette bonne combine: Balloonscanner, un peu comme Skyscanner version ballon, qui permet de choisir judicieusement sans trop faire souffrir la carte de crédit. Seulement, sois bien conscient(e) de la cherté de l’activité: pour ma part je m’en suis « tiré » à 230 €, et si jamais tu souhaites t’offrir un vol privatif, ça peut s’envoler dans les 350 €! À bon entendeur…
Enfin bref, nous voici arrivés sur le site de décollage qui ,pour le profane, semble être un vrai champ de bataille désorganisé: des pick-ups avec leurs remorques servant à transporter les nacelles, la toile des montgolfières qui commence doucement à se dilater sous l’effet des puissants brûleurs à air chaud (le bruit que ça fait est impressionnant, presque inquiétant), les clients qui sortent des minibus… Tout cela est pourtant soigneusement orchestré, chacun connaît sa place et n’empiète pas chez le voisin. Des montgolfières se dressent déjà, prêtes à s’arracher du sol, d’autres se gonflent encore. Hé oui, on ne décolle pas tous en même temps! Mais avant de prendre notre envol, place au petit-déj’, mais ne rêves pas d’un plantureux kahvaltı traditionnel, ce serait trop ardu à mettre en place pour tant de monde! Alors ce sera un gros biscuit moelleux fourré et un petit brick de jus de fruits! On peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, je sais…






Le grand moment est arrivé: nous allons embarquer dans la nacelle. Attention, si tu as des problèmes de promiscuité, sache que les nacelles « cappadociennes » accueillent en moyenne 20 passagers, cloisonnées en 4 compartiments de 5 personnes maximum, avec en leur centre le poste de pilotage de l’aérostier et de son copilote (ils sont toujours deux)! Des genres de grosses encoches font office de marchepied pour y grimper. Une fois à bord, petites consignes, entre autres la position de sécurité lors de l’atterrissage, car on sait comment on décolle, mais jamais comment on atterrit! Alors c’est simple: on s’accroupit, le dos dans le sens contraire de la marche, en se tenant aux sangles prévues à cet effet. Pas de panique, les arrivées brutales sont très rares.
Le brûleur rugit juste à côté de nous. C’est parti. La montgolfière monte tout en douceur, sans aucune secousse; on ne vole pas, on flotte, on lévite, on ne fait plus qu’un avec le ciel. Jamais ressenti çà de ma vie! On monte jusqu’à 100 m d’altitude, et les paysages magiques de la Cappadoce se dévoilent en même temps que le tout aussi magique lever du soleil. Oh la la, que dire… Ne rien dire, tout simplement, suffit juste de contempler, de se graver tout çà dans la mémoire jusqu’à la fin de ses jours. Et tous ces ballons multicolores autour du nôtre, qui ont parfois l’air si près qu’on craindrait presque un « touche-touche », ça me fait repenser à la mythique pub Perrier de 2016 (je te la mettrai plus bas). Je ne peux que saluer la dextérité des aérostiers à maîtriser ainsi leurs machines.












Un vol en montgolfière dure environ une heure. L’air de rien, ça passe vite! Voilà déjà qu’on redescend en vue de se préparer à l’atterrissage. Et une autre attraction est maintenant bien visible en bas: les troupeaux qui s’agglutinent sur les points de vue ou au bord de falaises, dont j’ai l’impression que le bord va s’effondrer comme dans les dessins animés tant il y a du monde… En même temps, on ne peut pas les blâmer d’avoir profité du spectacle, mais gratuitement, eux! Le plus horripilant, c’est encore et toujours les instagrameurs avec leurs poses à la con (Instagram devrait éditer son propre dictionnaire de la gestuelle des influenceurs). Les photos de mariages aussi ont la cote, les turcs semblent adorer çà. Enfin que soit, atterrissage imminent, et en douceur, que demander de mieux? Par contre, on ne descend pas tout de suite de la nacelle. En fait, l’aérostier remet un poil de gaz pour la poser directement sur la remorque du pick-up qui nous attendait à l’endroit précis de l’atterrissage (merci le GPS!); je suis sidéré par la maestria du pilote à se poser comme çà carrément au centimètre! Maintenant, c’est bon, on peut débarquer! Un petit verre de champagne (non alcoolisé, ah bon?) et un diplôme certifiant son vol clôturent cette aventure hors-norme, onéreuse et touristique, c’est indéniable, mais rien qu’une fois, on peut faire la fameuse « exception qui confirme la règle », non?













Hé bien voilà, il est un peu moins de 7 heures, il ne reste plus qu’à faire le chemin inverse avec la navette qui me dépose à mon point de départ à Ürgüp, devant l’hôtel où je n’ai jamais mis les pieds 😉, et de me mettre en quête d’une petite boulangerie pour compléter mon repas matinal qui était plutôt frugal. Ah, il y en a une d’ouverte, voyons voir. Qu’est-ce donc que ces genres de petits pains aux graines de sésame? Cela s’appelle des poğaça, de délicieux petits pains fourrés soit de fromage, de viande ou de pomme-de-terre; ça cale aussi bien qu’un börek. Ah, tant qu’on y est, leçon de phonétique N°4, avec le ğ turc, assez particulier: il ressemble soit à un « h » aspiré, soit à une courte prolongation de la voyelle qui le précède. Ici donc, ce sera po-ha-tcha.

Göreme et Ortahisar.
Bon, il est à peine 8 heures du matin, je me ferai une petite sieste dans l’aprem, en attendant je vais employer cette matinée à bon escient! Je quitte donc Ürgüp en direction de Göreme, en faisant un petit arrêt pour voir de plus près les « Trois Grâces », trois cheminées de fées parmi les plus photographiées de Cappadoce. C’est pas de leur faute si elle sont dressées ici sur un emplacement exceptionnel, en avant-plan d’un point de vue tout aussi remarquable, visible depuis un belvédère.. L’origine des cheminées de fées est facile à saisir: la roche friable (le tuf) s’érode au fil des siècles, mais si un bloc de roche dure basaltique se trouve en surface, il va protéger le tuf qui se trouve en-dessous, et il en résulte ces étranges colonnes qui semblent coiffées d’un couvre-chef un peu plus foncé. C’est pour cela qu’on les appelle aussi « demoiselles coiffées ».





Je continue donc vers Göreme, que je dépasse de deux petits kilomètres pour me faire ma première petite rando en Cappadoce. Je pars me balader dans la Vallée de l’Amour, célèbre pour ses cheminées de fées aux formes aussi particulières qu’évocatrices. J’avais une petite appréhension de croiser des ribambelles de randonneurs à la queue leu leu, mais pas du tout. Si j’en ai rencontré 4 ou 5, c’est un maximum. Ils préfèrent peut-être attendre que le soleil soit au zénith pour bien se faire rôtir… Un petit sentier facile rejoint le coeur de la vallée, avec de chaque côté quelques petites parcelles plantées d’abricotiers. Attention, ils ne sont pas là pour servir d’en-cas aux promeneurs, ces arbres fruitiers appartiennent bien à des petits exploitants agricoles qui les récoltent et les vendent. Mais bon, c’est apparemment pas clair pout tout le monde, et certains abrutis sans-gêne recrachent même les noyaux au milieu du sentier. Bon, je vais pas aller plus loin dans mes pensées ou je vais devenir grossier…


Et voici enfin qu’apparaissent ces fameuses cheminées de fées, dont la forme si, euh… suggestive aurait donné le nom à cette vallée. Hé bien oui, la plupart des visiteurs y voient la représentation de l’appendice masculin situé au-dessous de la ceinture, ou pour les personnes lentes à comprendre, d’un phallus ou d’un zizi (oui ben quoi? Pierre Perret en a bien fait une chanson, non?)! Oui, c’est vrai, admettons que la forme y est. C’est néanmoins assez unique comme configuration géologique! Toutefois elles ne seront pas éternelles: un jour viendra où la colonne de tuf se cassera irrémédiablement la figure, et alors il faudra peut-être rebaptiser les lieux… La « vallée des eunuques », peut-être?





Je reviens vers Göreme, que je dépasse une nouvelle fois sans m’y arrêter. Un peu de patience, on ira, c’est promis! À 1 km de la ville, s’étend un des sites les plus visités de Cappadoce: c’est le musée en plein air de Göreme (Açık Hava Müzesi), un « parc » à ciel ouvert qui abrite un tas de petites églises et chapelle troglodytiques, dont certaines sont encore décorées de fresques assez bien conservées. En théorie, ça a l’air bien passionnant à découvrir, tout çà. Mais la réalité te rattrape bien vite: c’est touristique à mort. Le site est précédé d’un vaste parking où, à 10 heures du matin seulement, il y a déjà une dizaine d’autocars, et pas des petits cette fois! Mmh, ça sent pas bon… Je scrute au loin, à l’intérieur de l’enceinte du parc, comment ça se présente. J’aperçois déjà des groupes en enfilade qui prennent d’assaut la longue rampe d’accès. Ça pue de plus en plus. En me disant que l’accès aux églises troglos se fait par d’étroites volées de marches et que l’espace à l’intérieur est riquiqui, je prends une décision que je prends plutôt rarement: je jette l’éponge et je zappe cette visite. Dommage? Pas forcément, car demain j’aurai une magnifique compensation!
En revenant sur mes pas, un panneau discret attire mon attention: « El Nazar kilisesi« . C’est certainement une église rupestre isolée du flot touristique (kilise ou kilisesi, c’est église en turc). Ça ne semble pas loin, je me laisse tenter. Au gré d’un sympathique petit chemin de terre, dans un paysage parsemé de quelques petites cheminées de fées, me voici arrivé devant une toute petite église. Pas de flots de touristes (y a que moi!), pas d’autocars… L’endroit semble être un secret bien gardé. Mais la porte d’entrée est fermée. Çà c’est con. C’est alors que déboule à pied, de je ne sais où, un petit monsieur âgé rondouillard portant des sacs de supermarché, qui me dit d’attendre 5 minutes t il viendra ouvrir l’église. Ah OK je comprends, c’est le gardien des lieux, qui vit dans une mignonne petite maison à côté, avec quelques ceps de vigne devant. Ça doit être super d’habiter ici!


La petite visite guidée coûte à peine 50 TL, elle permet d’admirer les fresques de l’intérieur de l’église, représentant le christ et quelques saints. Elle est égayée par la bonhomie et la jovialité contagieuse du gardien, qui aime bien blaguer et qui laisse prendre des photos sans problème. Tout en me racontant l’histoire de sa petite église, j’ai sa main sur mon épaule, parfois sur ma taille. Il ne faut pas s’en formaliser, ni se faire des idées. Les turcs sont très tactiles, mais pas dans le mauvais sens du terme, et maintes fois je verrai des ados et même des adultes de même sexe, garçons comme filles, marcher en rue, le bras de l’un sur l’épaule de l’autre. Mesdames, pas de panique, aucun turc ne tentera d’être « entreprenant » avec vous!




Le gardien m’indique, au bout d’un petit sentier à 100 m d’ici, un ancien pigeonnier troglo où il est possible de pénétrer pour en voir l’intérieur. Je ne me fais pas prier, et même si se glisser dedans peut s’avérer un peu sportif, il est intéressant de détailler ces petites niches taillées dans le tuf, et ce trou dans le sol qui servait à évacuer les fientes. Je fais enfin un crochet par la petite maison afin de dire au revoir à mon guide si différent des autres; il me fait signe de m’asseoir et prépare aussitôt du thé, dont nous boirons ensemble deux ou trois verres, tout en conversant de tout de rien. Je pense que l’endroit est si méconnu qu’il ne doit pas voir énormément de monde dans la journée, alors je présume que les quelques visiteurs sont traités aux petits oignons! Ce fut en tout cas une bien belle rencontre (je ne pense pas qu’un guide du musée en plein air m’aurait offert de thé)!



En revenant à la voiture, je distingue au loin un épais nuage de poussière qui se rapproche petit à petit. C’est quoi çà, encore? Une tempête de poussière que la météo n’a pas vu venir? Franchement j’aurais préféré, mais la réalité est beaucoup terre à terre. Voici que surgit une armada de quads bruyants les uns à la suite des autres. Voilà un autre fléau du tourisme de masse en Cappadoce: les balades en quads à travers des pistes et des sentiers où l’écosystème souvent fragile doit subir ces engins pétaradants et puants qui soulèvent autant de poussière qu’un volcan islandais en éruption (bon j’exagère un peu, là). Les amateurs de quad vont me regarder d’un sale oeil, pas de souci ça m’empêchera pas de dormir… Mais quel plaisir ressent-on quand on se trouve en bout de file où on se ramasse le sillage de poussière de tous les autres, dans un boucan d’enfer, sans compter la chaleur ambiante? On peut entrer en communion avec la nature de cette façon? La bonne blague! Ça fait du bien, un p’tit coup de gueule de temps en temps, quand c’est justifié…
Bon, je ne vais pas te faire languir plus longtemps, il est temps d’aller voir de plus près le village de Cappadoce sans doute le plus connu, celui qu’on cite souvent en premier en évoquant la Cappadoce: Göreme (« Geurémé« ). Sa notoriété aidant, il est devenu très touristique, et même si les cheminées de fées et les habitations troglodytiques sont toujours un régal pour les yeux, les boutiques à souvenirs et les enseignes envahissantes font maintenant partie du paysage. Il est encore possible d’y trouver des petits hébergements pas chers, mais plus vraiment dans le centre historique, où les tarifs tirent plutôt vers le haut. Mais en grimpant à travers les petites ruelles pavées et biscornues, on peut encore découvrir des coins tranquilles et authentiques, avec le linge qui sèche sur des fils et les gosses qui jouent au ballon.












Côté restauration à Göreme, il y a un peu de tout, mais dans l’ensemble les prix et le standing sont un poil au-dessus de la normale, village archi-touristique oblige. Tout est relatif cependant, l’addition dans un resto élégant à Göreme coûtera rarement plus de 50 €, c’est pas la Tour d’Argent à Paris non plus! J’essaierais bien une fois autre chose qu’un kebap ou des köfte, voyons si la cuisine cappadocienne peut me réserver quelques bonnes surprises. Je trouve, sur les hauteurs du village, un resto de standing « moyen » qui possède une terrasse panoramique fabuleuse. Voyons voir le menu… Ah, voici un mot que je ne connais pas: ce plat s’appelle le mutancana. Aucune idée de ce que c’est; en toute logique, j’y jette donc mon dévolu! Et le hasard a super bien fait les choses: c’est un ragoût de viande de veau, agrémenté de morceaux de figues et d’abricots et d’une petite sauce à la mélasse de raisin. Ce mélange sucré-salé sort vraiment des sentiers battus! On y ajoute une touche supplémentaire d’originalité en faisant cuire de la pâte à pain qui entoure la casserole en terre cuite, formant une croûte autour. En même temps c’est super pratique pour éponger le fond de l’assiette! En dessert, je goûte au fameux sütlaç, un riz au lait turc qui a la cote parmi les desserts du pays.
Restaurant Seten – Çakmaklı Sok, 35.


Je quitte Göreme qui, bien qu’il possède quelques attraits, ne sera pas mon village préféré de Cappadoce. Fort heureusement, ses alentours féériques contrebalancent cette impression mitigée. Avant de rentrer à Ürgüp, je fais un petit crochet par un autre petit village à 8 km de là, un peu moins couru mais plus paisible et authentique à mon goût: Ortahisar. Pas de boutiques criardes ni d’autocars envahissants, juste quelques cafés et restos discrets; ici, la vie s’écoule sur un rythme plus placide, no stress à Ortahisar. Une jolie place, une belle mosquée, et surtout son kale, ce piton rocheux faisant office de citadelle et qui fait son petit effet visuel. Ortahisar, c’est un peu le « petit frère » de Uçhisar, en version « cool Raoul, relax Max »…








Je rentre à Ürgüp en milieu d’aprem, où je vais recharger un peu mes batteries en m’offrant une sieste revigorante de trois heures (dans une chambre bien fraîche aux murs de pierre, c’est le paradis) avant de partir à pied en ville en début de soirée, pour quérir bonne pitance (joliment dit, tu ne trouves pas?). Je me choisis un petit resto tout simple qui me révèlera pourtant une de mes plus belles surprises culinaires de ce voyage: le testi kebap. Encore un kebap? Oui mais celui-là, il sort vraiment du lot! Testi veut dire poterie en turc. En fait, la viande et les légumes sont cuits lentement à l’intérieur d’un pot en terre cuite scellé, puis le tout est apporté au client et cassé devant lui, à l’aide d’un petit marteau ou d’un genre de couteau-sabre. À de rares exceptions, il arrive que le gérant du resto ou le serveur invite le client à briser lui-même son pot; j’ai eu ce privilège, et j’ai donc fait sauter l’ouverture scellée de la poterie d’un coup de sabre bien ajusté. En Turquie, on ne sabre pas le champagne, mais les kebaps! en tout cas, sur l’échelle de mmh-c’est-bon, je le placerais bien ex aequo avec son cousin l’iskender kebap.
Sofra Restaurant – Atatürk Blv, 35.


Çavuşin – Zelve – Çat.
Ce matin, je quitte Ürgüp et le petit Eden préservé de la maison de Müserref. Mon idée initiale était bien d’y séjourner 4 nuits, mais les deux dernières nuits étaient déjà prises. Dommage, mais il faut faire avec! Je me suis donc choisi un autre petit nid pour parachever mon passage de 4 jours en Cappadoce. Et je n’ai pas perdu au change, comme tu le découvriras ultérieurement. En attendant, un excellent et copieux kahvaltı avant de débuter cette nouvelle journée. On ne va pas bien loin pour commencer, à peine 3 km au nord de Göreme. Et contrairement à hier, je vais être totalement aux antipodes des tracas propres au tourisme de masse.
Mon premier arrêt du jour sera pour le petit village de Çavuşin. Oh mais tiens, ça me fait penser qu’on n’a pas encore vu la lettre ş. Alors mettez-vous en rang et entrez en classe pour la leçon de phonétique N°5! Le ş turc, c’est simple, ça se prononce « ch« . Donc ici, comme on a déjà vu le ç, ça nous donne Tcha-vou-chin. Je dois dire que le premier contact avec ce village me laisse un peu perplexe: pas d’habitations troglos, et les maisons me semblent bien récentes; c’est assez particulier et contrasté par rapport aux autres villages. C’est très calme aussi, un peu comme à Ortahisar; il y a bien quelques boutiques, mais pour l’instant (on n’est qu’en matinée, c’est peut-être çà), la seule activité vient de l’un ou l’autre client qui entre ou sort de la supérette et de quelques vieux à la terrasse du bar qui jouent au tavla, un genre de backgammon. En fait, pour avoir la clé du mystère de cette sérénité, il faut dépasser le village et continuer sur 200 m.
Oui, les maisons troglodytiques sont bien là, mais quelque chose ne va pas: aucun signe de vie, et le site semble avoir été chamboulé en partie par un revers de la main d’un géant. En réalité, je suis face à l’ancien village de Çavuşin, déserté à partir des années 1960 à cause de l’érosion galopante du tuf, dont la friabilité est le talon d’Achille et a fini par causer un glissement de terrain. C’est ce qui explique la présence de ce « nouveau » village. Il est possible d’explorer certaines zones de l’ancien village, l’accès est assez facile mais attention quand-même où on met les pieds! J’ai remarqué aussi que certaines maisons en bord de route sont progressivement restaurées pour en faire des hébergements; j’espère que l’authenticité des lieux sera néanmoins préservée et que Çavuşin ne deviendra pas un « petit Göreme »…









Depuis l’ancien village, une série de marches me conduit au sommet d’une petite crête, et le petit effort à fournir est récompensé royalement avec un panorama parmi les plus beaux de la région. C’est la quintessence de la Cappadoce qui est à mes pieds avec ce point de vue incroyable à 360 degrés: les montagnes, les cheminées de fées, les pigeonniers, les oliviers, et de l’autre côté une vue plongeante sur Çavuşin. Il y a même un petit café là-haut si jamais la montée t’a déshydraté (au plus fort de l’été, le soleil est implacable en Cappadoce!).










En descendant vers le village par un autre sentier, je tombe sur un discret panneau de bois « St John Church ». Ho ho, ça sent l’église rupestre à plein nez, çà. Je prends donc un petit sentier sur la droite, jalonné de quelques marches taillées dans la roche, qui me mène à l’église Saint-Jean-Baptiste, l’une des églises les plus anciennes de Cappadoce, datant du 6ème siècle. Bon, on ne peut pas dire qu’il en reste grand-chose, elle est ouverte aux quatre vents et ses fresques se devinent plus qu’elles ne s’admirent. Il se dégage néanmoins un tel calme, une telle solennité à l’intérieur de ces salles vides qu’on pourrait s’attendre à voir surgir un religieux de l’époque en pleine prière. De plus, j’étais seul (hormis quelques pigeons et choucas), si bien que j’ai pu en profiter à satiété!





Si les visiteurs délaissent quelque peu Çavuşin, c’est que ses alentours immédiats sont sujets à de superbes randonnées: Vallée Rouge, Vallée Rose… avec un tas de petites églises cachées à débusquer. L’autre raison se trouve à 3 petits kilomètres de là: un autre musée en plein air. Et là, tu penses que je vais te refaire le coupe d’hier à Göreme. Perdu! Tu te souviens quand j’ai dit que j’aurais une super compensation de ma « douche froide » du jour d’avant? Hé bien c’est maintenant que ça se passe! Je t’emmène au musée en plein air de Zelve.
La route, au milieu d’un paysage de rêve ponctué par quelques cheminées de fées, finit de toute façon en cul-de-sac quand on arrive au site de Zelve. Le parking est bien moins grand qu’à Göreme, et il n’est même pas plein, ce qui est de très bonne augure! Pour la petite histoire, Zelve était un village troglodytique, devenu un centre religieux d’importance en Cappadoce, qui abrita des générations de chrétiens qui s’y protégeaient des persécutions ottomanes et arabes. Les lieux furent habités jusque dans les années 1950, mais tout comme à Çavuşin, à force de creuser des couloirs et des cavités dans le tuf volcanique, l’érosion et les éboulements ont eu le dernier mot.
Hé bien, l’endroit est sublime, et ça tiendrait encore de l’euphémisme! Zelve a été bâti – ou plutôt, creusé – au pied de trois vallées qui se rejoignent et forment comme un cirque montagneux. Et surtout, le site n’a pas été défiguré par des aménagements douteux comme des sentiers bétonnés ou de moches rampes d’accès pour touristes qui ont peur de ramasser un gravillon dans leurs godasses. Non, tout est resté tel quel, et les petits sentiers de terre se fondent dans le paysage. Il est même possible de pénétrer dans quelques habitations troglodytiques, mais la plupart sont interdites ou condamnées: le risque d’éboulement reste d’actualité! Tu te demanderas peut-être aussi pourquoi une petite mosquée se trouve ici. C’est une ancienne église convertie au culte musulman après les années 1920, lorsque la première république turque expulsa la population grecque du pays.













La visite de Zelve m’a vraiment captivé; à plusieurs reprises je me suis trouvé quasiment seul au monde au fond d’un petit sentier dérobé ou dans une cavité occultée par la végétation. Tu vois que je tiens toujours mes promesses! Bon, je vais aller manger un morceau, moi. Même au niveau de la restauration, on voit que ce n’est pas fait pour les méga groupes en autocar. Ici, juste un genre de gros stand avec quelques tables à côté. On y sert de succulentes gozlëme, ces crêpes salées et fourrées de bonne choses comme du fromage, de la viande, des épinards ou de la pomme-de-terre. Je me souviens que j’avais déjà goûté çà en Macédoine du nord.

Bon, la journée est loin d’être terminée, à quoi vais-je utiliser mon aprem? Aller plus au nord, vers Avanos? Non, je vais plutôt prendre la direction inverse, en passant par Göreme et en contournant la grosse ville de Nevşehir, pas super intéressante mais bien fournie en commerces de tous styles. Ce coin de la Cappadoce, entre Nevşehir et Gülşehir, est moins fréquenté par les touristes, ce qui offre une paix royale au visiteur qui aime les petits villages tranquilles et sans fioritures. Comme le village de Çat, par exemple, où la vie s’écoule aussi paisiblement qu’un petit ruisseau, où on croise plus de tracteurs que de voitures, où la carte des boissons du petit bar de la place n’est écrit qu’en turc. Adieu les quads, les autocars et les boutiques criardes!




Çat, c’est aussi le point de départ d’une petite rando sympa dans une vallée entourée de petits champs d’oliviers et de parcelles de vignes bordés par quelques abricotiers. Encore une fois, même si c’est tentant, c’est un geste de civilité envers les agriculteurs locaux que de laisser ces arbres tranquilles et de ne pas se servir comme un gros sans-gêne. Je n’ai croisé personne durant ma balade, et le silence qui règne ici, loin de tout, est vraiment reposant. Les fans de pigeonniers vont être comblés: il y en a des dizaines dans le secteur!







À 8 km au nord de Çat, je fais un petit stop à Gülşehir, connue pour son église Saint-Jean (Karşı Kilise), datant du 12ème siècle et creusée dans la roche sur deux niveaux. Si le niveau inférieur fait dans la sobriété, le vrai spectacle se trouve à l’étage, accessible par un escalier métallique en colimaçon (l’original était en pierre). Voici de magnifiques fresques représentant le Christ et des personnages bibliques, superbement restaurées en 1995 (une fois n’est pas coutume). Et quand il fait très chaud, c’est un plaisir de s’y attarder, car il fait bien frais à l’intérieur.








La cérémonie des derviches: à donner le tournis!
Il est temps de rejoindre mon nouvel hébergement de mes deux nuits suivantes en Cappadoce. Le petit village où je vais me baser, bien qu’il ne soit qu’à 5 km au sud de Ortahisar, est vraiment peu fréquenté et oublié des circuits touristiques classiques. Il s’appelle İbrahimpaşa, et si tu veux observer la vie quotidienne d’un petit bourg rural, à contre-pied total de la frénésie de Göreme, c’est ici qu’il faut venir. Je prends mes quartiers dans une maison d’hôtes 100% pur jus « made in Cappadocia », gérée par un gars super nommé Mükremin (j’adore la variété des prénoms turcs!). Ma chambre est, une fois encore, un vrai petit cocon avec un « plus » par rapport à Ürgüp: un balcon-terrasse exceptionnel, donnant directement sur une petite vallée.



Je n’en profiterai pas longtemps aujourd’hui, en effet je souffle juste une petite heure avant de repartir en soirée pour me rendre, à 12 km au nord de Ürgüp, au caravansérail de Saruhan. Un caravansérail, c’est un peu le Airbnb de l’époque des caravanes marchandes qui sillonnaient l’Orient, transportant des denrées souvent précieuses à dos de chameau. Tout ce petit monde s’y arrêtait la nuit, abritant marchands et animaux et les protégeant des pillards. L’hébergement était assez spartiate, c’était plus fonctionnel que luxueux.



Celui de Saruhan date du 13ème siècle et a été restauré récemment. Mais si je suis venu jusqu’ici, c’est pour assister à quelque chose qui se raréfie de plus en plus en Turquie, et en Cappadoce, ce serait le seul endroit où c’est encore possible de voir çà: je veux parler de la mythique cérémonie des derviches tourneurs. Les derviches font partie d’un ordre musulman appelé les Mevlevis, qui utilisent leur fameuse danse comme outil de communication entre le ciel et la terre. Il est hors de question de qualifier cette danse de spectacle ou d’attraction, c’est une vraie cérémonie religieuse empreinte de dévotion et de solennité.
Le public, restreint, est composé d’un maximum de 30 personnes assis autour d’une petite « scène » carrée. Ni photos ni vidéos, excepté 5 petites minutes lors de la fin de la cérémonie (j’ai été heureux de constater que tout le monde a bien suivi la consigne). Pour les non initiés, cela pourrait sembler assez long et ésotérique, mais le déroulement de la cérémonie obéit à un code aussi précis que symbolique. Elle commence par un air de musique rituel joué sur une flûte en roseau accompagnée de quelques percussions. Voici ensuite les derviches qui font leur entrée, accompagnés du maître de cérémonie. Tous se saluent entre eux, buste incliné et une main sur le coeur; ils font de même par après avec l’assemblée.
Et le grand moment arrive enfin: un autre air de musique démarre, plus lancinant, marque le départ de cette danse tournoyante si célèbre, de plus en plus rapide. C’est hypnotisant, ça tient du rêve éveillé. Leur posture est très particulière: les deux bras levés, la paume d’une main vers le haut (pour recevoir la parole divine), l’autre paume vers le bas (pour le redistribuer aux mortels), et ce tournoiement si fluide, si régulier, qu’on les croirait montés sur roulettes tant les mouvements de pieds sont imperceptibles! Et le plus troublant surtout, c’est qu’ils ont leurs yeux fermés! Comment diable font-ils pour ne pas se toucher? Ajoute à cela que le maître de cérémonie circule entre ses derviches à travers la scène, sans se faire effleurer un instant par une main ou un bras. Force mystique intérieure ou connaissance au millimètre carré près de leur espace de danse? C’est bluffant. Cette danse se divise en 4 séquences, alternée avec des temps de prières et de saluts. Rien que le fait de les voir s’arrêter net, sans tanguer d’un centimètre après avoir tourné, me sidère complètement. la fin de la cérémonie sera marquée par la récitation d’un verset du Coran par le maître de cérémonie.


L’ensemble de la cérémonie a lieu tous les jours à 18 heures, et en été, il arrive qu’il y en ait une autre à 21 heures. Il est possible de réserver sur le site du caravansérail. Après la cérémonie, le visiteurs se voient offrir un verre de şerbet, un thé à la cannelle et aux clous de girofle. Voilà, c’était encore une sacrée expérience, vraiment à contre-courant du tourisme de masse auquel la Cappadoce est de plus en plus confrontée. Il fait déjà presque noir quand je rejoins İbrahimpaşa. Pas de petit resto ce soir, je me suis arrêté dans un petit supérette à Ürgüp: une baguette turque, du fromage, je m’improviserai un petit repas sur ma petite terrasse privative!

Les cités souterraines de Cappadoce.
Ma quatrième (et dernière) journée en Cappadoce va être consacrée à certains aspects moins connus de la région, car il n’y a pas que les villages troglodytiques et les cheminées de fées à voir! En attendant, je fais honneur à mon kahvaltı traditionnel, qui mélange le salé (olives, tomates, fromages…) avec le sucré comme le miel et les confitures. C’est pas tous les jours qu’on étale de la confiture de pétales de roses sur son pain! C’est le repas le plus important de la journée, après tout! Une fois celui-ci achevé, je peux me mettre en route. Arrivé à Ürgüp, je me dirige vers le sud, en faisant juste un léger crochet jusqu’à la petite église rupestre de Pancarlik, cachée au bout d’une petite piste de 2 km et d’où les paysages sont toujours aussi magnifiques.






Je rattrape la route principale pour un autre petit arrêt à Mustafapaşa, à 6 km de Ürgüp. Ce petit village tranquille est lui aussi en dehors des circuits touristiques habituels de la région. Il n’en est pas dénué d’intérêt pour autant, on peut encore y débusquer quelques anciennes habitations troglodytiques. Pas beaucoup d’animation par ici, excepté peut-être quelques chiens errants qui déambulent au hasard et roupillent à l’ombre quand il fait chaud. Des chiens errants, tu vas en voir un paquet, et ce dans toute la Turquie. Certains ont un genre de badge rond attaché à l’oreille; ça signifie qu’ils ont été soit soignés ou vaccinés avant d’être relâchés. Sont-ils dangereux? En tout cas je n’ai pas croisé de chiens méchants et prêts à déchiqueter quiconque croise leur route! Ce serait généralement plutôt l’inverse, remuer la queue et quémander une caresse seraient plutôt les deux choses principales qu’ils feront en rencontrant quelqu’un. Mais soyons réaliste, il y a toujours des exceptions, certains gros chiens des zones rurales et montagneuses sont plus « taciturnes », et il vaut mieux les contourner et les laisser en paix. Pour info, un kangal, appelé aussi berger d’Anatolie, peut atteindre 80 cm au garrot et peser 70 kg; c’est donc pas au petit-chihuahua-à-sa-mémère qu’on a affaire…







Je reprends ma route, au gré de petites routes parfois un peu « cabossées », au milieu d’un paysage rural insoupçonné, l’image de la Cappadoce avec ses plateaux arides et ses cheminées de fées étant tellement gravé dans les esprits. De mon côté, pour l’instant je vois des champs de céréales, des parcelles de légumes, des pâtures et des arbres, et je croise plus de tracteurs que de voitures!



Me voici maintenant arrivé au petit village assoupi de Kaymaklı, à 25 km au sud de Mustafapaşa. Il ne semble pas s’y passer grand-chose, du moins en surface! En effet, ici comme dans quelques autres villages en Cappadoce, c’est sous nos pieds que l’Histoire s’est écrite, avec les fameuses villes souterraines. Imagine-toi un dédale invraisemblable de couloirs, de salles et autres recoins secrets, et en plus répartis sur plusieurs étages de profondeur. Mais quelle en est l’origine? Il est clair que ce n’était sûrement pas pour se protéger du soleil. Les prémices de ces cités souterraines sont très anciennes, ce sont les Hittites qui ont commencé, deux millénaires avant J-.C. , à creuser des galeries dans la roche en descendant toujours plus profond. Cette oeuvre pharaonique fut réalisée dans le but de se protéger des invasions extérieures. Au fil des siècles, les chrétiens s’en servirent comme refuge contre les persécutions romaines puis contre les invasions arabes et ottomanes. Il y en aurait une centaine dans toute la Cappadoce, mais seulement une dizaine d’entre elles se visitent. Celles de Kaymaklı et Derinkuyu sont les plus connues; ce sont ces deux dernières que je vais te faire découvrir.
La ville souterraine de Kaymaklı (Yeraltı Şehri en turc) est une des plus grandes de la région. Répartie sur 8 étages (un HLM à l’envers, en somme!), quatre d’entre eux sont ouverts à la visite. L’entrée ne paie pas de mine, et des guides proposent leurs services, bien qu’il soit possible de visiter sans guide, le parcours étant bien balisé. Mais une fois dans les entrailles de la bête, prépare-toi à une expérience vraiment inédite. Des marches taillées dans le tuf, des couloirs bas et étroits qui descendent en pente douce et aboutissent à des salles: habitations, espaces de stockage, pressoirs à vin, et même une petite église! L’apport d’air frais était assuré par des puits d’aération, et certaines salles pouvaient être fermées par d’énormes meules en pierre de 500 kg roulant sur elles-mêmes. Si le fléchage n’existait pas, les chances de remonter pour revoir la lumière du jour seraient bien minces; comment diable faisaient-ils pour s’orienter? Te rends-tu compte que l’ensemble pouvait accueillir 3000 personnes? C’est démentiel. Quoiqu’il en soit, si tu souffres de claustrophobie ou si tu es de grande taille, tu risques de connaître des moments angoissants. Et si tu cumules les deux… il vaut mieux laisser tomber les villes souterraines!









À 10 km de Kaymaklı, la petite ville de Derinkuyu est un peu plus animée. Quelques rues commerçantes, une belle mosquée et deux petits parcs lui confèrent une allure plaisante. Mais ce qui attire la majorité des visiteurs ici, c’est bien sûr sa ville souterraine, encore un cran au-dessus de celle de Kaymaklı. 10 étages, pour 85 m de profondeur, pouvant abriter pas loin de 10.000 personnes! C’est la ville souterraine la plus vaste de toute la Turquie. Truc de fou. D’autant plus qu’ici, on peut presque aller au fond des choses, c’est-à-dire aller jusqu’au niveau -8! Derinkuyu a été redécouverte par hasard en 1963 lorsqu’un gars, démolissant un mur de sa maison, découvrit une salle conduisant à un dédale de tunnels et d’autres salles. Ce qui est encore plus hallucinant, c’est que seulement 10% de l’ensemble est ouvert à la visite; ça te donne une vague idée de la taille colossale du « monstre »!
Le principe est le même qu’à Kaymaklı: des dizaines de salles, de toutes tailles, pouvant être scellées par des meules de pierre et reliées par des volées de marches ou des galeries parfois étroites et si basses que tu entendrais presque ta colonne vertébrale craquer quand tu te redresses enfin. Au moins il ne fait pas trop sombre, l’éclairage est intelligemment réparti sur tous les niveaux. Une légende raconte qu’un tunnel aurait autrefois relié Derinkuyu à Kaymaklı, mais nulle découverte n’a encore été faite à ce sujet.












Une petite adresse sympa pour manger bien et pas cher à Derinkuyu, par exemple une assiette de köfte avec de la sauce tomate et du riz. Authentique et pas touristique pour un sou, avec un petit plus que j’aime bien dans ces petits restos locaux: à la fin du repas, on te verse un peu d’eau de Cologne dans le creux des mains, ça sert à la fois de nettoyant et de désinfectant!
Dört Mevsim – Ali Güven Cad, 4.
La vallée d’Ihlara, un petit paradis vert en Cappadoce.
Après cette matinée insolite, où je n’aurai pas beaucoup vu la lumière du jour, il est temps de refaire surface et d’aller se faire une petite rando, histoire que mon petit bronzage ne s’estompe pas… Direction l’ouest donc, sur une distance d’environ 60 km, pour aller explorer la sublime et verdoyante vallée d’Ihlara, un peu excentrée par rapport à toutes ses copines de la région de Göreme, et par conséquent sacrément moins visée par le tourisme de masse. Je ne dis pas que tu seras seul(e) au monde, mais au moins on n’est pas étouffé par la foule, et en grande majorité ce sont des familles turques qui viennent se mettre au vert, ne fut-ce qu’une journée.
La vallée d’Ihlara est différente des autres vallées typiques de Cappadoce; pas d’environnement rocheux et aride par ici, mais une vallée débordant de végétation où tout au fond, en contrebas de ces impressionnantes falaises de 100 m de haut, coule une rivière qui est à l’origine de la formation de la vallée. Sur ses 15 km de long, elle rencontre trois villages: Ihlara, Belisırma et Selime, dont les alentours regorgent encore de petites églises troglodytiques. C’est à partir de Selime que je vais commencer ma petite balade. J’ai déjà profité d’une belle entrée en matière avec quelques points de vues saisissants sur la vallée à partir de la route.




Attention, aux deux extrémités de la vallée, l’accès est payant. Il faut bien conserver son ticket car il peut être contrôlé sur le parcours; mais pas de panique, ça arrive rarement; on vient ici pour randonner et profiter, pas pour être fliqué à chaque virage du sentier… Quoi qu’il en soit, voilà une des plus agréables balades qu’on puisse faire en Cappadoce, protégé des ardeurs du soleil par le feuillage des arbres, et dont la fraîcheur est encore accentuée par le cours de la rivière qu’on longe dans l’un ou l’autre sens. Ajoute à cela les hautes parois des falaises de chaque côté, où l’on devine encore quelques cavités d’habitations troglodytiques, et tu seras tout de suite d’accord avec moi pour dire que cette vallée est vraiment à part en Cappadoce. J’aime bien aussi ces petits restos dont les tables et bancs de bois sont disposés carrément sur la rivière, de sorte que les clients peuvent se sustenter ls pieds dans l’eau.











La journée se termine doucement, j’entame mon retour vers İbrahimpaşa, le petit village tranquille où je me suis basé pour deux nuits. J’ai encore le temps en soirée pour une petite exploration de ce bourg rural et agricole jusqu’au bout des ongles (les tracteurs, les abricots séchant au soleil, les petits enclos à chèvres…) et cependant encore assez traditionnel avec son lot d’anciennes maisons troglodytiques. Très peu de touristes s’y arrêtent, tant pis pour eux, et tant mieux pour İbrahimpaşa, qui peut ainsi conserver son âme et son authenticité. Les gosses qui jouent dans la rue, les vieux, qu’on croirait boulonnés à leur chaise du bar de la petite place du village, jouant aux cartes ou au tavla, la petite supérette d’un autre âge… Le vieux pont ottoman, qui enjambe la petite vallée, me fait penser à une miniature de celui de Ronda, en Espagne.









Pour mon petit repas vespéral, le choix est plutôt limité: seulement deux restos, dont l’un est fermé aujourd’hui. Je me rabats sur mon unique option, un resto dépendant d’un petit hôtel, de standing moyen mais aux tarifs moins ébouriffants qu’à Göreme. Je me referais bien un testi kebap, comme à Ürgüp. C’est toujours aussi bon, on s’en doute, mais ici le pot a été cassé avec un petit marteau, et par le serveur lui-même; comme je te disais, l’honneur faite au client de le casser lui-même est un fait peu courant! Avec un petit verre de vin blanc de Cappadoce, ce sera parfait. Et enfin, comme il vaut mieux tard que jamais, voilà le moment de goûter ma première bière turque! Même si on se trouve dans un pays musulman, il arrive que certains turcs, plus « modérés », en consomment, mais avec une modération extrême. La star des bières turques, c’est l’Efes, une pils bien agréable dont la saveur particulière vient du brassage d’e l’un mélange d’orge et de riz. Son nom est tiré di site antique d’Éphèse. Une autre bière blonde très connue est la Bomonti, dont la première brasserie, basée à Istanbul, fut fondée par les frères Bomonti, originaires de Suisse. Tu verras également les marques Carlsberg et Tuborg, brassées aussi dans le pays.
Restaurant Sentor – Ibrahimpaşa Köyü Yolu (dans une petite rue en surplomb du vieux pont).



Il ne me reste plus qu’à profiter d’une petite promenade digestive au gré des ruelles déjà endormies, avant de passer ma dernière nuit en Cappadoce. Mais le voyage n’est pas terminé, oh que non! Alors à demain matin, et rendez-vous au prochain carnet!
DEUXIÈME « DEBRIEF » (Cappadoce):
La Cappadoce est l’une des régions les plus touristiques de la Turquie, et ce tourisme est parfois surexploité en certains endroits, c’est indéniable. Mais le fait est là: face aux cheminées de fées aux formes plus ou moins évocatrices, aux églises rupestres et aux anciens pigeonniers, à l’oppressante promiscuité des villes souterraines, la magie opère, instantanément, pour qui que ce soit. Un vol en montgolfière? Oui c’est un peu cher, oui il faut se lever super tôt… mais une fois là-haut, on n’y pense plus, on profite, on est ensorcelé par la vue et l’altitude, on se dit « Je l’ai fait. Une fois dans ma vie »! C’est çà, la Cappadoce. Et si tu en as marre des autocars à touristes ou des légions de quads tapageurs, va te perdre dans des petites vallées méconnues ou dans des villages qui vivent encore loin de tout ce tintouin!
« Le ballon semble rester immobile dans l’air tandis que la terre passe en dessous ».

- Le paysage, évidemment: à nul autre pareil, alternant plateaux arides où la vue se perd vers l’horizon, cheminées de fées semblant sortir d’un film fantastique, et vallées encaissées où se cachent églises et habitations troglodytiques!
- Les petits villages hors des sentiers battus, où les tracteurs remplacent les autocars et les troupeaux de chèvres supplantent les troupeaux de… touristes.
- Un survol de la Cappadoce en montgolfière: des fois, il faut savoir délier un peu les cordons de la bourse pour s’offrir un moment unique dans sa vie.
- La cuisine de Cappadoce m’en a bouché un coin: mantı, mutancana, testi kebap…

- Göreme et son musée en plein air sont asphyxiés par la fréquentation touristique, comme si c’était le seul truc à voir en Cappadoce…
- Les colonnes infernales de quads vrombissants qui soulèvent des paquets de poussière pas possibles. Vous partez en guerre contre qui ou quoi? Ah oui, c’est vrai… contre la préservation de l’environnement et de l’écosystème de la région!
- Avis à tous les rapaces qui grappillent sans aucune gêne les abricots ou les raisins le long des sentiers: ils n’ont pas été plantés à votre intention, ils appartiennent aux petits exploitants de la région, qui les récoltent et les vendent.

Superbe !
Pour le vol en montgolfière c’est totalement génial. Que de beauté ! Merci pour les vidéos . Magnifique, et éblouissant . J’ai adoré !
Tout le reste me plaît aussi.
Merci pour ce beau billet, résultat d’un voyage qui compte dans une vie !
À bientôt.
Merci Emilia, la Cappadoce est une des régions les plus fabuleuses de Turquie, malgré quelques petits travers « sur-touristiques ». Mais je n’en ai pas encore terminé avec la Turquie, oh que non! Je travaille déjà sur la suite. À bientôt!