Italie: la Basilicate et la Pouille – 2018.

Dans la première partie de mon voyage en Italie réalisé en 2018, j’en avais déjà pris plein les yeux avec la découverte de ces deux magnifiques cités que sont Rome et Naples, et j’allais de surprise en surprise avec la baie de Naples et la côte amalfitaine. Le périple se poursuit, et je t’emmène encore plus au sud dans la « Botte italienne », on va explorer ensemble les régions de la Basilicate et de la Pouille!

La Basilicate: Aliano – Pietrapertosa – Castelmezzano.

Après Salerne, je prends l’autoroute direction plein est, vers la Pouille. Mais ce sera pour plus tard la Pouille, chaque chose en son temps. On va d’abord découvrir ensemble une région moins connue, moins fréquentée: la Basilicate (anciennement nommée Lucanie). Pour situer, l’Italie a la forme d’une botte (noon??); la pointe, c’est la Calabre et la Pouille, le talon. Hé ben la Basilicate, c’est comme qui dirait la « cheville », la jonction entre les deux!

Quittons donc cette foutue autoroute pour emprunter les petites routes champêtres. Mon premier stop sera pour le village tranquille et méconnu d’Aliano. Le paysage est assez curieux: peu boisé, avec ces petites montagnes blanches et argileuses façonnées par l’érosion. Aliano est lui-même comme en équilibre au bord d’une falaises abrupte, en surplomb d’une ravine argileuse. C’est un charmant petit endroit, hors du temps, c’est un contraste terrible après Rome, Naples et la cohue touristique. J’en vois même pas, de touristes! Sur des bancs en bois, des vieux messieurs assis, très dignes avec veston et chapeau comme dans les vieux films; ils papotent, certains ne bougent pas, comme s’ils étaient en cire. Il sont là, tout simplement. Je découvre une Italie plus intime, plus « vraie ».

À présent, les paysages montagneux s’affirment, forêts et prairies alternent le long de routes sinueuses qui grimpent; j’entre dans les Dolomites lucaniennes, région très rurale aux panoramas grandioses. Je m’égare même un peu (c’est rare) et finit quand-même par trouver Pietrapertosa, petit pépite de village étagé sur un large piton rocheux et un des bourgs les plus hauts de la région! Quelques femmes discutent assises sur un muret, et un petit food-truck à l’entrée du village attire bon nombre de locaux. C’est surprenant comme cette région est peu concernée par le tourisme de masse… tant mieux, du coup!

Pietrapertosa.
Pietrapertosa.

Avec les petites routes de montagne, 10 petits kilomètres paraissent souvent plus longs à parcourir; mais quand tu croises seulement UN véhicule, tu relativises en comparaison avec la côte amalfitaine… 10 km c’est la distance pour arriver à un autre bijou de village: Castelmezzano. Il est peut-être un petit cran au-dessus de son voisin quant à la beauté du site et les pics rocheux qui l’entourent! Et plein de petits sentiers pour voir tout çà d’un peu haut! Quelle chance de passer la nuit ici, hein? Un « airbnb » dans une vieille maison en pierre cachée dans une ruelle du bourg, chez Rocco (qui a de la famille en Belgique, dans un village à 8 km de chez moi, le monde est petit!), qui m’invite tout de suite à s’envoyer une ou deux bières au bar du village, en compagnie de joyeux gars bien d’ici! Dis-toi qu’aucun « package » de voyage organisé ne proposera jamais çà!

Castelmezzano.
Castelmezzano.

Une activité insolite dans le coin: une tyrolienne de 1400m de long qui relie à vol d’oiseau Castelmezzano et Pietrapertosa (avec des pointes à 120km/h!); cette attraction est appelée « le Vol de l’Ange ». Pas pu le tester, mais ça donne çà:

La Basilicate: le Parc National du Pollino.

Je démarre de bon matin à travers la montagne, par un tas de chemins étroits avec çà et là des pâtures et des fermes isolées. Parfois, des moutons sont encore gardés par un « patou », un gros chien de berger. C’est un décor qui se savoure, je prends mon temps. Je prends mon petit-déj’ au bar d’une mini station-service dans un petit village, où les habitués du coin lisent leur gazette au comptoir.

J’entre bientôt dans le territoire du Parc national du Pollino, le plus grand parc naturel d’Italie avec presque 2000 km², à cheval sur la Basilicate et la Calabre. On quitte les montagnes plus ou moins dénudées des Dolomites lucaniennes pour pénétrer dans un paysage de forêts plus denses (chênes, hêtres ou conifères), entrecoupé de vastes plateaux herbeux. Un vrai paysage de montagnes comme je les aime!

J’explore deux petits villages, proches l’un de l’autre: San Paolo Albanese et San Costantino Albanese, paisibles comme tout, pas de monuments importants, mais… attends, l’Hôtel de Ville, en italien OK ça se dit « municipio », mais à San Costantino, à l’arrière il est noté « Bashkia Comune »; mon appli traduction m’apprend que c’est de l’albanais. Justement, ce terme « albanese », d’où ça sort? Ce sont des villages dits « Arbëresh » ou albanais, du nom de ceux qui durent fuir l’occupation ottomane au 15ème siècle, à cause de leur religion, et se réfugièrent dans le sud de l’Italie. Et nombre d’habitants y parlent toujours l’albanais, et sont de confession orthodoxe ou catholique.

San Costantino Albanese.
San Costantino Albanese.
San Paolo Albanese.
San Paolo Albanese.
Vue sur Cercosimo depuis San Paolo Albanese.

Terranova di Pollino est un autre petit village de montagne, tout simple et ignoré des circuits touristiques. C’est jour de marché aujourd’hui. La vie s’y écoule paisiblement… et durablement aussi, quand je vois encore le nombre de personnes âgées prendre le frais au seuil de leur porte! L’air de la montagne conserve la santé, apparemment!

Hé bien, c’est ici que j’ai fait un des meilleurs repas italiens de mon voyage, avec une cuisine de montagne roborative (assiette charcuterie/fromage/pain frit, pâtes, « mix » de diverses viandes…), pichet de rosé, grappa au miel pour 30€, pas plus! Le « Luna Rossa » est une institution de la région, et son chef Federico Valicenti un vrai « personnage » dans le sud de l’Italie (il a écrit des bouquins de recettes, présenté des recettes à la télé…). C’est un peu leur « Philippe Etchebest » à eux! Il a quitté un moment ses fourneaux pour venir me saluer, il est très accessible et aimable.

Ristorante Luna Rossa – Via Guglielmo Marconi, 18. https://www.federicovalicenti.it/

Terranova di Pollino.
Terranova di Pollino.
« Instantané » émouvant de la vie d’un petit village de montagne…

Rassasié, je reprends la route au gré des petits chemins, à travers bois, offrant parfois de belles échappées sur les montagnes et les prairies, traversant çà et là des minuscules hameaux plantés là au milieu de nulle part. Voilà qu’à un moment, sur un petit pont à la sortie d’un village, une voiture bloque le passage. En panne? Ben non, c’est 4 jeunes gars qui profitent du moment, comme çà, en sirotant du vin au cubi dans des gobelets en plastique. Et tu sais quoi? Il viennent à moi et m’en offrent un, on parle un peu puis ils dégagent le passage pour moi. La magie des rencontres! Et la magie de cette Basilicate qui se dévoile à qui veut prendre la peine de s’y arrêter et de l’explorer! Ce sera peut-être toi qui me lis, le (la) prochain(e) à y aller?

Bon, en tout cas pour cette nuit, une petite chambre d’hôtes à San Severino Lucano… en attendant demain pour découvrir ce que j’appellerais la « cerise sur le gâteau » de cette région fabuleuse!

San Severino Lucano.

La Basilicate: Matera.

Je vais quitter progressivement la partie montagneuse de la région pour bientôt aborder une ville emblématique de la Basilicate: Matera. Un peu de patience, car la première approche de la ville n’est pas terrible, tout en rues banales et bâtiments tristes. Quelques rues proposent des places de parking gratuites, çà c’est bien. La voiture sagement grée, je pénètre dans une zone piétonne qui m’amène sur la jolie Piazza Vittorio Veneto. Mon logement est tout près, dans une petite ruelle qui descend. J’ai du bol, j’ai une petite terrasse… qui va me permettre de prendre en pleine face l’hallucinant décor que constitue la vieille ville de Matera.

Difficile de décrire: un ensemble compact de vieilles maisons, très anguleuses, sillonné par de vénérables ruelles qui vont où ça leur chante, tout cela étagé sur un versant rocheux qui rattrape les bords d’un petit canyon appelé la Gravina. Au fond y coule une rivière. Comparer à une autre ville? Désolé j’y arrive pas. La disposition des habitations aussi est troublante, car les toits de certaines maisons servent de support à celles du niveau supérieur, comme un jeu de lego! Décor très minéral donc, avec de nombreuses demeures de style troglodytiques.

Justement, nous y voilà! LA raison pour laquelle Matera doit son succès: ces habitations creusées dans le tuf, qu’on appelle les sassi, répartis dans deux quartiers distincts dénommés le Sasso Barisano et le Sasso Caveoso. Pour s’en faire une idée, on peut visiter la Cassa Grotta di Vico Solitario, un genre de « sasso-témoin » qui offre un bon aperçu de la vie à Matera au milieu du 20ème siècle. Plutôt spartiate et pas simple en hiver, sans compter la cohabitation avec les animaux! À côté de la grotte il y a une neviera, un genre de « glacière XXL », où la famille gardait la glace durant l´hiver. Il faut se dire que déjà au 19ème siècle, la pauvreté des habitants des sassi va s’accentuer de plus en plus, avec parfois 10 personnes dans un seule pièce, sans parler des ravages de la malaria; l’insalubrité de ces lieux deviendra un symbole dans tout le pays. Sur décision politique, les habitants furent contraints de quitter leurs sassi. Pourrais-tu croire que Matera fut surnommée « la honte de l’Italie »? Elle a pris une belle revanche depuis, même si certains sassi sont devenus des hébergements un peu bobos. Et en 1993, les sassi sont classés à l’Unesco.

Matera.
Matera.
La vue sur la ville depuis mon balcon.
Exemple de « sasso » de Matera.
L’intérieur d’un sasso.
L’intérieur d’un sasso.
Une neviera (ancienne glacière).

Une autre particularité de Matera, ce sont ses étonnantes églises rupestres, créées par des moines byzantins à partir du 8ème siècle, certaines aménagées très sommairement dans une grotte (un simple autel), d’autres d’aménagement plus complexe. En cherchant bien, il y en a un paquet à Matera et ses alentours! Côté artisanat, ce serait dommage de quitter Matera sans acheter un petit cuccu, ce curieux sifflet à deux notes (d’où son nom) en forme de coq; accroché autrefois près du berceau des anfants, il servait, dit-on, à éloigner les mauvais esprits.

Cuccu de matera.

Le temps de profiter d’un chouette point de vue depuis le parvis du Duomo, la soirée s’amorce et il est temps de dénicher bonne pitance… manger, quoi. Voici justement un petit resto populaire planqué dans une petite rue du Sasso Barisano. Je goûte un plat de pâtes en forme de petites oreilles, qu’on appelle orecchiette (d’où le nom) avec du pesto di rucola (*roquette); pas mauvais du tout.

Malatesta – Via San Biagio, 45.

Matera.
Matera.

Je profiterai encore le lendemain matin d’un dernier panorama méga-sublime sur tout Matera, mais pour cela il faut quitter la cité et faire quelques km en voiture et passer sur l’autre versant du ravin de la Gravina. En principe on peut descendre jusqu’à la rivière par des sentiers un peu escarpés… enfin on pouvait, car un avis dit que c’est plus trop possible: dangereux, qu’ils disent. Mais c’est vrai que certain(e)s n’ont toujours pas compris que les tongs et les escarpins, c’est pas pour la rando!!

Matera: ravin de la Gravina.
Matera.

Entrée dans la Pouille: Polignano a Mare et Monopoli.

Je laisse donc la belle Matera pour filer à l’est; à peine 20 km plus loin, je quitte la Basilicate pour entrer dans la Pouille. En fait, c’est le « talon » de la Botte. On dit les Pouilles en français, mais en italien, comme on dit « la Puglia », moi je préférerais dire LA Pouille. Voilà.

Les vastes champs d’oliviers commencent à apparaître. C’est normal, la Pouille est la première région productrice d’huile d’olive du pays! Mais pour l’instant; les paysages ne sont pas transcendants: je vois parfois des petits dépôts sauvages de déchets, je passe des petites villes sans grand charme… Un peu de patience, ça va s’améliorer. Car j’aperçois bientôt à l’horizon ce liséré bleu azur qui m’annonce la mer Adriatique, celle qui sépare l’Italie de la Croatie.

Justement, la mer, je vais aller la voir de plus près, en m’arrêtant à Polignano a Mare. Et ça démarre en fanfare, cette petite ville côtière possède un charme fou, avec ses petites ruelles et ses maisons blanches qui s’accrochent au bord d’une haute falaise calcaire. Son centre ancien est même entouré de remparts. On dirait un mix entre Matera et Bonifacio, aux couleurs d’une ville d’Andalousie!

Polignano a Mare.

Et cette statue, là, ce monsieur qui a l’air de vouloir s’envoler? C’est Domenico Modugno, un chanteur qui cartonnait dans les années 1950; une de ses chansons, qui finira 3ème au concours eurovision de 1958, est restée dans les mémoires, et on l’a tous fredonné:

Je mange un bout avant de repartir. Voyons… un panzeratto, c’est pas trop cher, mais je sais pas trop ce que c’est. Alors en fait, c’est un genre de chausson fourré aux tomates et à la mozza; ça me rappelle vachement la « pizza fritta » de Naples.

À 10 km de distance, voici Monopoli, une autre petite ville côtière qui de prime abord, ne paie pas de mine avec ses centres commerciaux et ses longues rues droites. Il faut prendre la peine de s’enfoncer et se perdre dans son centre ancien, un dédale de petites ruelles aux maisons blanches avec leurs volets verts. Et le mignon petit port n’est pas en reste, avec ses petits bateaux de pêche colorés, certains amarrés à quai.

Quant à savoir si on peut trouver la rue de la Paix à Monopoli… çà c’est une autre histoire. 😉

Monopoli.
Monopoli.

La région des « trulli »: Cisternino.

Après Monopoli, je cesse longer la côte adriatique pour revenir dans l’intérieur des terres. On rattrapera la côte ouest de la région plus tard! Je vais maintenant pénétrer dans une Pouille plus rurale, où les champs d’oliviers bordés de petits murets alternent avec quelques prairies et de rares champs de céréales. Un joli patchwork, ma foi, avec de belles petites routes secondaires pas trop fréquentées.

Et peu à peu, je commence à voir, en bord de route ou en plein milieu d’un champ, d’étranges constructions en pierre sèche avec un toit en forme de cône pointu. On dirait un mix entre un « champignon » de schtroumpfs et une cabane de lutin! Ce sont les fameux « trulli » (trullo au singulier), un des symboles de la Pouille. À la base ce sont de petites habitations rurales parsemées dans la campagne, qui ont connu leur âge d’or au 19ème siècle. Certains trulli sont « collés » l’un contre l’autre pour former une seule habitation, et ils peuvent même former un petit village comme à Alberobello (qu’on ira bientôt voir). Quelques-uns sont abandonnés, d’autres servent de maisons d’hôtes. Tout çà tient sans mortier, avec des murs épais qui gardent au chaud l’hiver et au frais l’été. Et le toit conique empêche la neige de s’accumuler (bon, tu me diras, en juin pas trop de danger).

Trullo abandonné dans la campagne.
Et tout çà tient san aucun « liant »!
L’intérieur d’un trullo abandonné.
Vue sur la campagne.
Paysage rural de la Pouille.

Je m’arrête à Cisternino, un gros village dont le centre ancien laisse courir au hasard ses ruelles tortueuses qui passent parfois sous des porches, dans un décor de maisons toutes blanches (car passées à la chaux) qui me rappellent un peu l’Andalousie. Elle a encore quelques remparts, et surtout une jolie Piazza avec quelques bars-terrasses. Voilà une chouette occasion de se poser pour goûter une petite douceur régionale appelée bocconotto (ou pasticciotto, selon l’endroit où l’on se trouve); c’est comme une grosse madeleine garnie d’amandes et de crème pâtissière (parfois de fruits confits) et saupoudrée de sucre. Plutôt du genre délicieux, tu vois.

Cisternino.
Cisternino.
Tu lorgnes déjà celui de droite, avoue!!

Dormir dans un trullo? C’est possible, c’est d’ailleurs ce que je vais faire cette nuit! À 10km d’Alberobello, en pleine campagne au milieu des champs d’oliviers, un petit groupe de trulli a été restauré en chambres d’hôtes; Gianni est un hôte merveilleux et un puits de science concernant les trulli. J’aime ces coins isolés, ça permet de se déconnecter de tout! À 1km à pied, par un chemin rural à peine plus large qu’une voiture, je me retrouve dans un petit resto à l’ambiance ultra-familiale, loin du tourisme. Monsieur gueule les commandes à sa femme et sa fille, qui ont autant de voix que lui! Sympa pourtant, on parle un peu ensemble, et j’apprends que mon voisin de table est en fait son producteur de figues attitré. Un repas copieux (cet assortiment de fruits, j’ai eu du mal à le finir, en plus du café et des biscuits!) pour à peine 20€; tu vas à Paris, c’est quasiment le prix d’un plat!

Je rentre au trullo dans l’obscurité, au milieu des champs d’oliviers, avec en fond sonore le stridulement des grillons; je savoure un petit limoncello avec Gianni au jardin. C’est chouette de voyager autrement!

Ristorante Il Vecchio Granaio – Strada Capitolo, 1 – Martina Franca.

C’est pas chouette de poser son sac dans un tel endroit pour la nuit?
Trulli en bord de route.
Paysage rural, environs d’Alberobello.

La région des « trulli »: Alberobello et Ostuni.

Ma destination de ce matin n’est qu’à 15 minutes en voiture. Un des fleurons de la Pouille: Alberobello. C’est dans cette petite ville qu’on trouve la plus incroyable concentration de trulli de la région. Inscrit à l’Unesco, on peut s’en douter. C’est un quartier entier de trulli côte à côte, le long de ruelles pentues, éclatants de blancheur, dont certains ont des symboles, aussi divers que curieux, peints à la chaux sur leur toit (croix, signes du zodiaque, animaux…). Le quartier Monti est celui qui contient le plus de trulli, mais victime de son succès, il est envahi par de foutues boutiques de souvenirs et d’artisanat. Et ça casse un peu la magie du lieu. Par contre, le quartier Aia Piccola est moins fréquenté et plus typique. Et il y a même une église de style « trullo », la chiesa di Sant’Antonio.

On peut visiter aussi le trullo Sovrano, le seul du genre qui comporte deux niveaux. En tout, il y aurait au moins 1500 trulli à Alberobello. Bon, j’ai pas compté, je peux pas tout faire, non plus… Bref, c’est un endroit unique en Italie, même si le tourisme de masse y a laissé ses traces par ci par là.

Alberobello.
Alberobello.

40 km à l’est, Ostuni est une autre ville dont la blancheur des maisons, étagées sur une colline, fait presque mal aux yeux avec la réverbération du soleil. Elle n’a pas volé son nom de « Citta Bianca« . Même si certains coins du centre historique sont aussi à la merci des magasins de babioles, cela reste délicieux de se perdre dans toutes ces petites ruelles bordées de maisons blanchies à la chaux. La pratique du chaulage ne date pas d’hier, le but premier étant d’apporter un peu de luminosité dans les rues étroites. La cathédrale trône au point le plus élevé de la cité.

Ostuni.
Ostuni.

Il fait super chaud aujourd’hui. Ce sont les prémices d’une vague de chaleur qui va toucher le pays, puis une grande partie de l’Europe (on aura jusqu’à 36 degrés en juillet dans notre petite Belgique!). Je vais me sustenter à l’ombre d’une terrasse d’un petit resto discret. Voici un plat typique de la Pouille: la purè di fave, mélange de fèves, d’huile d’olive et de mie de pain, avec un peu de tomates et d’oignons; exemple typique de la « cucina povera » de la Pouille, basée sur le nombre limité de produits naturels que la terre et la mer ont à offrir. Mais que ce nom de « cuisine pauvre » ne rebute pas les gourmands, au contraire la richesse de goût de ces plats est extraordinaire!

Spécialité de la Pouille: la purè di fave.

Bien mangé, je suis calé pour l’aprem; j’ai quelques kilomètres à faire, on va maintenant rallier la côte ouest de la Pouille…

Gallipoli, Santa Maria di Leuca, Otranto.

Grosse étape de roulage à présent, pour rejoindre la côte ouest de la Pouille, bordée par la mer Ionienne. Je décide de passer outre Tarente et rejoint la côte à 50 km au nord de Gallipoli, ma prochaine étape où je poserai mon sac de cette nuit! J’arrive donc à Gallipoli, une petite ville côtière dont la vieille ville fortifiée est un des joyaux de la côte ouest. L’arrivée dans la ville moderne n’est pas terrible, avec ses rues à angle droit et son vaste parking (payant) près du port.

Je débusque une place gratos le long d’une voie ferrée désaffectée pas très propre. Petit appartement dans la ville moderne qui, si on « gratte » un peu, peut se révéler sympa avec son artère commerçante et ses petites rues adjacentes tranquilles qui débouchent au sud le long de la mer. Excepté peut-être cet audacieux immeuble en verre qui fait face aux remparts, et qui divise les opinions (on dirait un écran de PC géant, non?).

La ville moderne est reliée à la ville fortifiée par un pont de pierre; le Castello Aragonese s’avance dans l’eau comme la proue d’un navire, les remparts entourent les petites maisons blanches, et le port s’étale sur la droite (le grand parking aussi…). Cette configuration me rappelle une cité que je connais super bien: Saint-Malo! Surprenant petit centre historique, avec sa cathédrale, ses ruelles labyrinthiques où il fait bon se perdre et retrouver le calme (la majorité des touristes restant près de la cathédrale), ses églises et ses vieux palais. Et le coucher de soleil, sur la corniche qui entoure la vieille ville, est un moment d’anthologie!

Gallipoli.
Gallipoli.

Le lendemain matin, je reprends ma route en longeant la côte vers le sud. Cette région est moins prisée des touristes, les champs d’oliviers sont toujours présents, les plages sont beaucoup plus familiales; c’est une sensation de sérénité que de se balader sur ces petites routes pas trop fréquentées, de m’arrêter quand l’envie m’en prend. Qu’on est loin de la folie et du bling-bling de la côte Amalfitaine!

Et me voilà arrivé à Santa Maria di Leuca, petite station balnéaire qui est la ville la plus au sud du « Talon » da la Botte italienne. Son petit port de pêche est dominé par un phare imposant de 47 m de haut, lui-même perché à 100m au-dessus de la mer, sur son promontoire et face au sanctuaire Finibus Terrae (« Fin de la Terre »). L’endroit est relié au port par un long escalier qui longe cette incroyable « Cascade Monumentale », terminus d’un aqueduc… et délire architectural d’un certain Mussolini. Elle n’est mise en eau que très rarement. En voici un exemple (* pas de moi):

Le centre-ville est très paisible, avec son église, ses petits restos et les quelques villas parfois exubérantes de style mauresque ou liberty.

Santa Maria di Leuca.
Santa Maria di Leuca.
Santa Maria di Leuca: cascade monumentale.
Santa Maria di Leuca: cascade monumentale.