La Bosnie-Herzégovine – 2021.

Conforté par le bilan positif de ma virée en Slovénie en mai 2021, j’ai décidé de continuer sur cette belle lancée. Deux semaines après, mon sac et moi reprenont du service. Et on va où, cette fois? Un petit pays encore peu fréquenté, où le tourisme de masse n’a pas encore tout gâché, mais qui a connu une histoire intense. Alors suis-moi, à la découverte d’un territoire où l’orient et l’occident se rencontrent, où le sens de l’accueil et l’authenticité ne trichent pas!

Mais d’abord, les présentations…

La Bosnie-Herzégovine. Première chose qu’on va faire, c’est la situer sur la carte de l’Europe. Ce ne sera pas trop compliqué: voici l’Italie, bordée par la mer Adriatique. Attention, on prend un grand élan et on fait un saut de 150 km pour l’enjamber et atterrir sur les côtes de la Croatie. Et le pays frontalier de l’est et du sud de la Croatie, c’est la Bosnie-Herzégovine! À l’est de la Bosnie, c’est la Serbie; au sud, le Monténégro. Peut-on y voir la mer? Oui, mais sur seulement 22 km de littoral, avec une seule ville côtière, Neum. Et en coupant le territoire croate en deux, carrément! Les touristes qui visitent la Croatie font ainsi deux passages de frontière en moins de 30 minutes et 9 km! Le pont de Pelješac en Croatie, inauguré en 2021, permet maintenant d’éviter de passer par « l’enclave de Neum ».

Superficie: 51.197 km², pour une population d’environ 4 millions d’habitants. C’est une république. Et pourquoi Bosnie-Herzégovine, et pas Bosnie tout court? L’Herzégovine, c’est la partie sud du pays. C’est au 19ème siècle que les deux noms furent finalement associés en un seul nom, souvent « raccourci » en BIH pour Bosna i Hercegovina. Le pays est réparti en trois régions administratives : la fédération de Bosnie-et-Herzégovine, la république serbe de Bosnie et le district de Brčko.

Il y a trois langues officielles: le bosnien, le serbe et le croate. Pas de panique, l’anglais est souvent compris et parlé, l’allemand et le français beaucoup moins.

Autre truc important: la Bosnie-Herzégovine ne fait partie ni de l’Union Européenne ni de l’Espace Schengen. Le pays a déposé sa candidature d’adhésion en 2016. Affaire à suivre… Au niveau de la monnaie, pas d’Euro. Ici, c’est le Mark convertible (en abréviation KM, de konvertibilna marka), divisé en 100 pfeniga. Et l’écriture sur les billets est différente selon les régions: en caractères latins pour la région « croato-bosniaque » et en cyrillique du côté serbe. 1 KM = 0,50€. Facile à convertir mentalement!

Son drapeau:

Son hymne national:

Son code d’immatriculation:

BIH = Bosna i Hercegovina.

He bien voilà, je peux sortir ma phrase-fétiche: « le décor est planté. On peut y aller! »

Sarajevo: 1er jour.

Je n’ai pas trouvé de vol direct jusqu’à Sarajevo depuis la Belgique. Alors, plan B: un vol Bruxelles-Vienne, où je ferai une courte escale (et où je constaterai, vu de tout là-haut, que Johann Strauss s’est trompé: le beau Danube, déroulant ses méandres, n’est pas bleu mais plutôt vachement brunâtre!!), et un vol jusqu’à Sarajevo, le tout avec Austrian Airlines. Si tu visites les pays de Balkans, cette compagnie dessert très bien les capitales de ce vaste territoire.

Atterrissage tranquille, à l’aéroport de Sarajevo, distant de 12 km de la ville. Si tu veux changer tes euros pour des KM, c’est possible, et il y a aussi des distributeurs de billets. Pour rallier la ville, soit le bus-navette à 5 KM le trajet mais à horaires peu fréquents, soit un taxi pour une vingtaine d’euros (oui, les chauffeurs acceptent la devise). Va pour le taxi! Erdin, le chauffeur hyper cool, me conduit au pied d’un quartier tranquille longé par la rivière Miljacka, qui traverse la ville. Sur la rive opposée, c’est la vieille ville, qu’on rejoint ici en traversant le pont de Šeher-Ćehaja.

Mon logement airbnb est dans la rue Veliki Alifakovac, très pentue, où l’herbe pousse entre les pavés irréguliers (ça doit glisser quand il pleut!). Un « minimarket, une petite boulangerie, et le fameux resto Inat kuća, célèbre pour avoir été « déplacé » brique par brique, grâce à la ténacité de son propriétaire, alors que la bâtisse était vouée à la démolition et se trouvait de l’autre côté de la rivière. C’était en 1895.

Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine. Il sufit de citer son nom pour que nous reviennent ces images terribles difusées par les médias dans les années 1990. Les bombardements aveugles, les immeubles éventrés, les ruines, les gens affolés courant pour échapper aux snipers… Je ne ferai pas un cours d’histoire, sinon il faudrait faire un carnet à part, mais pour faire succint, que s’est-il passé? Quand la Slovénie et la Croatie ont obtenu leur indépendance, la Bosnie a décidé de suivre le mouvement. Nous sommes en 1992. Une grande partie des Serbes de Bosnie s’y opposent, soutenus par la Serbie (à l’époque encore appelée Yougoslavie). Ils auraient voulu voir un « État » serbe à l’intérieur de la Bosnie. Si les troupes yougoslaves finirent par se retirer, les forces armées de la République Serbe de Bosnie (VRS), commandée par Ratko Mladic, encerclèrent la ville durant 4 ans, de 1992 à 1996. L’intervention de l’Otan et les accords de Dayton signés en 1995 à Paris mettront fin à la guerre en Bosnie-Herzégovine, mais le siège de Sarajevo durera encore plus de deux mois. Rends-toi bien compte que ces atrocités ont eu lieu il y a juste 30 ans! Aujourd’hui Sarajevo s’est reconstruite, a soigné ses blessures, mais certaines cicatrices ne sont pas encore complètement refermées. Les groupes ethniques cohabitent, mais la rancoeur est-elle éteinte?

Il ne faut pas occulter le passé, mais s’intéresser au Sarajevo actuel est aussi mon leitmotiv de ce weekend. Je t’invite à traverser la rivière pour aller explorer la vieille ville, appelée Baščaršija. Le long du cours d’eau, les rails des tramways se calquent à la rue; ils sont très fréquents, parcourent la ville d’est en ouest et font partie de l’image de la ville. Si le réseau s’est modernisé, il est encore courant d’apercevoir de vieux modèles des années 70-80, constuits en Tchécoslovaquie (* du temps où la Tchéquie et la Slovaquie ne formaient qu’une seule nation.

Cet impressionnant bâtiment orange, c’est la Vijećnica, c’était la bibliothèque nationale avant le siège. En 1992, elle fut incendiée, sa destruction causant la perte de la majorité des livres. Des habitants ont tenté, malgré les tirs des snipers, de sauver quelques livres, au péril de leur vie. Sa reconstruction s’est achevé en 2014.

Voici donc la vieille ville de Sarajevo, la Baščaršija. Ce quartier n’est pas immense mais très vivant, avec ses ruelles recouvertes de dalles ou de pavés, d’aspect plutôt rectiligne et se coupant souvent à angle droit. Tu auras remarqué, en arrivant en ville, le nombre important de ces longues tours élancées: les minarets des mosquées. Nous sommes dans une ville à majorité musulmane, tout comme l’est aussi le pays. L’ancienne appartenance à l’empire Ottoman se fait bien sentir: tu verras encore des petites maisons à façades de bois, des petits cafés populaires où l’on boit le café turc, des petites boutiques d’artisans (tapis, ferronerie…)… Une immersion sans transition dans le monde oriental, et pourtant on est bien en Europe!

Sarajevo.

Le point névralgique de l’endroit est certainement la mosquée Gazi Husrevbegova, la plus grande du pays, qui fait partie d’un « ensemble » comprenant une cour fermée avec une fontaine, une madrassa (*école coranique) avec d’anciennes chambres pour les étudiants, un hammam et de deux caravansérails (des anciens lieux d’hébergement du temps des caravanes nomades de marchands). À deux pas, un long marché couvert s’étire sur deux allées, mais le lieu est devenu trop touristique, et les produits sont souvent importés (« made in… tu te doutes où 😒). Sinon, il y a encore la Tour de l’Horloge (Sahat Kula), qui indique les phases de la lune ainsi que les heures de lever et coucher du soleil; les musulmans savent donc les horaires de prières et, pendant le Ramadan, les heures exactes de début et de fin du jeûne.

Sarajevo.
Sarajevo.

Ce qui me fascine ici à Sarajevo, c’est l’aspect cosmopolite et multiculturel, ces hommes et femmes de diverses confessions qui se croisent sans aucune aménité ni regards en biais. Couples qui se tiennent la min, hommes en short, filles en jupe courte, en voile coloré ou en burqa, qu’importe, la capitale bosnienne est, de nos jours, un exemple de tolérance. Comment cette aberration des années 1990 a-t-elle pu exister? Comme disait le grand poète Jacques Prévert: « Quelle connerie la guerre… ».

Je vais en profiter, en passant, pour faire une mise au point sur la population de ce beau pays. Les bosniens sont les habitants natifs de Bosnie, quelle que soit la religion; les bosniaques sont les habitants de confession musulmane.

Le coin le plus touristique de la vieille ville est la Place Baščaršija où la jeunesse de Sarajevo aime se retrouver, se mêlant aux touristes et aux nombreux pigeons (des vrais, avec des ailes, je dis çà pour pas faire d’amalgame avec les touristes…), toujours à l’affût d’une miette de pain qui tombe au sol! Certains disent la Place Sebilj , mais en fait la « Sebilj » c’est le nom de la fontaine au centre, protégée par une coupole en bois. Elle ressemble même plutôt à un kiosque, non?

Sarajevo: Place Baščaršija.

Autour de la Place, quoi de beau? Deux mosquées (dont l’une reconnaissable à son dôme) et un tout petit quartier d’artisans, reliques d’un quartier commerçant ottoman bien plus vaste au 17ème siècle. Les rues Kazandžiluk et Luledžina sont réputés pour leurs artisans chaudronniers (le travail du cuivre); mais même problème qu’au marché couvert, les produits importés viennent parfois s’incruster, dommage.

Tu n’as pas une petite faim? Moi oui! Je vais me faire plaisir avec un « snack » emblématique des Balkans, savoureux, pas cher et qui rassasie très bien: un burek! Tu te souviens de ce chausson à pâte feuilletée que je t’avais présenté en Slovénie? Ici en bosnie, il a souvent une forme de « coquille d’escargot » et se décline en trois sortes: sirnici au fromage blanc, krompirusi aux pommes-de-terre et zeljanici aux épinards. C’est ce dernier que je vais goûter, avec de la crème (pavlaka) versée dessus à la demande. Et bien sûr, n’oublie pas son inséparable copain: le yogourt! Ce petite délice se vend dans une buregdžinica, et tu en trouveras un grand nombre à travers tout le pays!

Buregdžinica Saraj Bosna – Ćurčiluk mali, 26.

burek aux épinards.

Mais lorsqu’on s’éloigne de la vieille ville, une architecture bien différente apparaît, sans transition. Des immeubles en pierre, beaucoup plus massifs tout en restant élégants, bordent des rues plus larges. Après s’être cru à Istanbul, voilà qu’on a l’impression d’arpenter les rues de Vienne ou Budapest! Normal, car après la période ottomane, Sarajevo est passé dans le giron de l’empire austro-hongrois, qui y a laissé sa « patte » architecturale. C’est le quartier de Ferhadija. Voilà un endroit qui résume très bien l’aspect multiculturel de Sarajevo. Connais-tu une autre ville qui réunit, dans le même quartier: une cathédrale catholique, une église orthodoxe, une synagogue et une mosquée? C’est un cas unique en Europe, voire dans le monde!

Juste à côté de la cathédrale catholique, au bout d’une ruelle, je t’exhorte à visiter la Gallerija 11/07/95. Prépare-toi à prendre un « ascenseur émotionnel » et à en ressortir K.O comme un boxeur… Cette date, le 11 juillet 1995, est marquée du sceau de l’infâmie: le massacre de Srebrenica. Cette immense salle, avec deux grands couloirs, abrite une exposition permanente composée d’une immense galerie de portraits des victimes de cette barbarie, ainsi que des photos « choc » sur la vie quotidienne durant cette période, ou des slogans publicitaires détournés. Le tout dans une mise en scène ultra-sobre, pour ne pas dire glaçante.

Une autre « piqûre de rappel » des événements tragiques qui ont eu lieu ici à Sarajevo se trouve près de la cathédrale, à même le sol. Ces trous irréguliers dans le béton, qui ont été remplis de résine rouge, ce sont les roses de Sarajevo. Il y en a d’autres disséminées dans la ville, et elles indiquent un endroit précis où un obus est tombé.

Un peu plus à l’ouest encore, le marché Markale, semi-couvert, garde encore le souvenir effroyable de deux ataques à l’arme lourde, en 1994 et 1994. Une « rose » est là pour le rappeler. Le monument de la Flamme Éternelle, à la jonction de deux rues commerçantes, est dédié aux victimes militaires et civiles de la Deuxième Guerre mondiale.

Sarajevo: marché Markale.
Sarajevo: monument de la Flamme Éternelle.

Le soir s’installe, je reviens vers la Baščaršija et la fontaine Sebilj. Des petits groupes de jeunes se rassemblent pour aller faire la fête, les terrasses des bars sont bien remplies, les vendeurs de glaces font un show délirant comme en Turquie, faisant des tours de passe-passe avec le cornet, au grand dam des gosses parfois désorientés…

Il est temps d’aller manger, quelque chose de pas compliqué et pas cher, qui est, comme le burek, une institution dans les Balkans: les ćevapi. J’avais déjà goûté çà en Slovénie; pour rappel, ce sont des petites saucisses de viande hachée grillée (agneau ou boeuf) servie dans un pain rond avec des oignons. Parfois il est servi avec du kajmak (un genre de crème fromagère) et du ajvar, un condiment à base de poivrons et d’aubergines. Pour bien manger sans se ruiner, il suffit de repérer les établissements appelés ćevabdžinica. Attention, si tu veux une bière, tu n’en auras pas partout! Pas mal de petits restos sont musulmans, donc pas de boissons alcoolisées. Mais c’est possible de trouver des bars où on peut essayer la bière principale de Bosnie, la Sarajevsko, une « pils » blonde et très agréable, brassée encore à Sarajevo, sur l’autre rive de la Miljacka.

Une autre boisson à laquelle on voue vraiment un culte dans les Balkans est la rakija, cette eau-de-vie fabriquée à partir de jus de fruits fermentés. Cette boisson est un rituel d’hospitalité à elle seule, et si on passe la nuit chez l’habitant, il n’est pas rare de s’en voir offrir un petit verre. Attention les gorges fragiles, la rakija affiche normalement 40% d’alcool, ou plus! Certains bosniens la distillent encore eux-mêmes, dans des alambics d’un autre âge. Et tu peux varier les plaisirs avec plusieurs variétés: šljivovica (prune), lozovača (raison), smokovača (figue), kruška (poire)… ou encore la medovača au miel, celle que j’ai justement dégusté lentement et consciensieusement.

Ćevabdžinica Kastel – Ćurčiluk mali 11.

ćevapi à Sarajevo..
Bière Sarajevsko.
Rakija medovača (miel).

Une dernière balade « digestive » le long de la rivière qui, après la petite cascade, amorçe un petit méandre très joli, avec quelqes pêcheurs à la ligne face à la mosquée blanche posée sur l’autre rive.

Sarajevo: 2ème jour.

Ce dimanche matin, le ciel est mitigé: quelques larges éclaircies, mais le temps est très couvert au loin. Je vais d’abord déguster un café. Quoi de plus banal, me diras-tu? Oui mais on est en Bosnie, et le bosanska kava (le variant bosnien du café turc) ne se boit pas comme un vulgaire café-capsule Senseo! C’est un « état d’esprit », un rituel à lui tout seul que nous allons décortiquer ensemble. Voilà le petit plateau qui arrive: qu’y a-t-il dessus? Un petit récipient en cuivre, à long manche, appelé džezva, une petite tasse, un verre d’eau, un ou deux morceaux de sucre et un loukoum, confiserie d’origine ottomane. La mince couche de mousse sur le café se retire avec la cuillère et se dépose dans la tasse. Certains trempent le morceau de sucre dans la mousse avant de le croquer. Tu peux alors verser le café et le boire en faisant attention de ne pas avaler le marc, détail important, car le café bosnien n’est pas filtré! Et ne fais pas comme j’ai vu faire un touriste: essayer de faire fondre son loukoum dans le café… 😓😓

Ministry of Ćejf – Kovači 26 (petite rue pavée qui monte, près de la place Baščaršija).

En plus du café, j’ai pu tester une boisson pour le moins curieuse: la boza. C’est une boisson fermentée épaisse, à base de maïs ou de millet, au goût à la fois aigre et légèrement sucré. Il a une très faible teneur en alcool (pas de panique, seulement 1 à 3 %). Saveur très particulière, mais pas désagréable.

Bosanska kava (café bosnien).
Sarajevo: la rue Kovači.
La boza.
Sarajevo: la rue Kovači depuis l’intérieur
du Ministry of Ćejf.

Cette petite rue Kovači, je vais la remonter pour atteindre un quartier de Sarajevo moins connu, plus populaire, où les visiteurs s’aventurent moins. Les traces de la guerre sont encore très visibles ici: impacts de balles, maisons éventrées… et surtout cet immense cimetière avec ces sépultures blanches épousant les reliefs de la colline; c’est là qu’on été enterrés la majorité des 11.500 personnes tués pendant le siège de Sarajevo. Contraste saisissant avec ces petites ruelles aux pavés disloqués, où résonnent les cris des enfants jouant au ballon. Plus haut, je passe près de la porte fortifiée de Višegrad, avant de rejoindre le Bijela Tabija (Bastion Blanc), qui offre une vue incroyable sur Sarajevo et ses montagnes environnantes.

Le grand cimetière de Kovači.
Vue sur les alentours de Sarajevo.
Impacts de balles.
Maisons détruites durant le siège.

Je reviens vers la vieille ville, et en passant près du kiosque à journeaux en contrebas de la rue Kovači, il me vient une double inspiration. La première, j’aurais dû y penser hier: je m’achète une carte SIM mobile bosnienne! La Bosnie-Herzégovine ne faisant pas partie de l’espace Schengen, il n’y a pas d’accords de roaming avec l’Union Euroopéenne (ça devrait très bientôt changer, paraît-il), ça évitera d’exploser son forfait. Et une carte ne coûte que 5 à 10 KM (2,5 à 5 €)… Les opérateurs du pays sont Eronet, m:tel et BH-Telecom. Double inspiration, disais-je, en achetant aussi… un billet de tram à l’unité: 1,60 KM au kiosque, 1,80 KM à bord. Un petit trajet juste pour voir, jusqu’au quartier moderne de la gare, en choisissant un antique tramway « tchécoslovaque »… C’est fou, ce contraste entre les vieilles maisons ottomanes en bois et certains buildings au design futuriste de l’ouest de la ville!

On est loin du style de la Baščaršija!

La météo a changé. La pluie s’invite! J’espère que ça va pas être le même topo qu’en Slovénie! Je décide de revenir à pied jusqu’au centre-ville, mais en passant par le quartier Bistrik, situé en face de la Baščaršija, sur l’autre rive de la Miljacka. Il est plus calme et moins touristique. Il recèle quand-même quelques endroits insolites, comme le pont Festina Lente (inauguré en 2012), tout en verre et en acier avec un genre de « looping » en son milieu. Il est juste en face de l’Académie des Beaux-Arts. Plus loin, la Mosquée Impériale (careva džamija) est la plus ancienne du pays. Preuve supplémentaire que Sarajevo est une ville de contraste, à quelques dizaines de mètres de la mosquée se trouve la brasserie Sarajevska Pivara, fondée en 1864 et qui n’a jamais cessé de fonctionner, même durant le siège. Dans un registre plus marrant, ce bâtiment bariolé en vert et jaune, surnommé « Papagajka » (le Perroquet) , qui dénote vraiment avec le style austro-hongrois, mais qui met un grain d’excentricité au quartier. Les habitants sont divisés à son sujet…

Sarajevo: le pont Festina Lente.
Sarajevo: l’immeuble « Papagajka ».
Sarajevska Pivara.

Mais voici que je m’apprête à traverser un pont piétonnier en pierre, qui pourrait paraître anodin au premier abord, mais qui a involontairement participé à l’Histoire, et pas n’importe quel événement: le déclenchement de la Première guerre mondiale, avec son complexe jeu d’alliances! C’est en effet juste à côté que fut assassiné l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche, le 28 juin 1914, par Gavrilo Princip, un étudiant serbe, nationaliste yougoslave issu du mouvement révolutionnaire « Jeune Bosnie ». Le personnage est toujours extrêmement controversé et sujet à une polémique virulente. Le pont fut d’ailleurs baptisé pont Gavrilo Princip entre 1918 et 1992, avant de reprendre son ancien nom de pont latin (Latinska ćuprija) par après.

Sarajevo: Pont Latin.
Illustration de l’attentat du 28 juin 1914.

Retour dans la vieille ville pour le petit repas de midi, en totale impro et au « feeling ». Les restos avec les menus en 6 langues et dont la porte d’entrée déborde de stickers, déjà c’est non. Cherchons encore. Et voilà que dans la petite rue Ćurčiluk veliki, je tombe sur la devanture sans fioritures d’une ašćinica, terme qui désigne un petit resto populaire servant des plats bosniens pas chers. J’y ferai un petit repas sympa, en piochant dans de grandes casseroles des légumes, de la viande, accompagnés de ce même pain qui recouvre les ćevapi. Les clients? Des habitants de Sarajevo. L’addition? Dérisoire. Un petit secret bien gardé…

Aščinica Hadžibajrić – Ćurčiluk veliki 59.

Une petite douceur, pourquoi pas? Près de la mosquée Gazi Huservbegova, un petit passage indique une pekara (boulangerie). Bien cachée dans une petite cour pavée, au pied de la Tour de l’Horloge, la pekara Imaret sert des bureks mais aussi des kiflice, sortes de petits croissants sucrés.

Les nuages sont toujours là, mais le soleil tente de percer (il y parviendra dans l’après-midi). Et si maintenant on prenait un peu de hauteur? Sais-tu que Sarajevo possède un téléphérique? Celui que je vais emprunter a été inauguré en 2018, remplaçant celui de 1959 qui a été détruit durant le siège en 1992. Il n’est pas mal, avec ses petites cabines bleues, et en 8 minutes pour un trajet de 2000 m, il t’amènera au mont Trebević à 1160 m d’altitude. Un aller-retour coûte 20 KM (soit 10€). La montée est super, avec la ville qui rapetisse peu à peu, même su j’aurais préféré un temps plus lumineux. Le panorama de là-haut est grandiose!

Montée du téléphérique de Sarajevo.

Mais un peu en contrebas de la station d’arrivée, une étrange structure bétonnée attire le regard. Qu’est-ce que c’est? Je vais voir çà de plus près. Et me voilà face à une piste de bobsleigh abandonnée! L’explication en est simple: c’est un des vestiges des installations construites pour les Jeux Olympiques d’hiver, qui eurent lieu dans la région de Sarajevo en 1984.

C’est plutôt surréaliste de voir ce long serpent de béton onduler à travers la forêt. La piste aux 13 courbes, totalement abandonnée, est devenue un lieu de prédilection pour les artistes et « graffeurs », autant que pour quelques casse-cous qui la dévalent en descente. Mais la guerre aussi est parvenue à monter jusqu’ici, la structure servant de point de repli stratégique pour les snipers… On voit encore certains impacts de balles et des trous qui permettaient aux tireurs d’assouvir leur passion aveugle.

⚠️⚠️ Il y a des petits sentiers balisés autour des pistes. Alors ne t’en éloigne surtout pas pour aller dans les bois: il y a encore des mines enfouies dans le sol, à l’instar de milliers d’autres dans le pays et même au-delà, en Croatie! Autre cadeau empoisonné de cette guerre…

Mont Trebević: ancienne piste de bobsleigh.
Mont Trebević: ancienne piste de bobsleigh.

La fin de la journée se poursuit tranquillement. Une dernière balade dans la Baščaršija, bien animée, surtout aux alentours de la fontaine Sebilj. Vers 17 heures, l’appel à la prière s’élève des différentes mosquées de la ville. Il y a 5 appels par jour, et les muezzins, s’ils sont toujours là, se font souvent aider par un système de hauts-parleurs. La dernière prière, un peu avant 23 heures, a quelque chose d’envoûtant et poétique quand on contemple la ville dans l’obscurité, avec les psalmodies des muezzins qui se répondent en écho.

Un dernier petit burek, un petit dessert avec une hurmašica, sorte de madeleine enrobée de sirop. Sur l’artère commerçante Maršala Tita, beaucoup d’animation, surtout des groupes de jeunes qui vont boire un verre, profiter de la vie malgré tout. Moi aussi je vais boire une petite bière, mais dans un endroit secret que mon hôte airbnb a bien voulu me révéler. Repère le Mac Do, juste avant un discret passage te conduira à une enseigne discrète sur la droite: Balkan Express. Tu pénètres alors dans un bar à l’ancienne, au style clairement ex-yougoslave, avec des chaises en bois et des affiches d’anciens films et en fond musical des anciennes chansons. Balkan Express – Maršala Tita, 36.

BILAN: Sarajevo, ville triste, dangereuse, en ruines? Il faut cesser d’écouter les monuments de conneries énoncés par les gens qui n’y sont pas allés…Moi j’ai pris la peine de l’explorer, de faire sa connaissance, et j’ai découvert une ville magnifique, agréable, tolérante et multiculturelle. Mélange ethnique, religieux, architectural… et où on mange très bien sans se ruiner!

Mont Igman – Umoljani – Lukomir.

J’ai pu touver un bus, un peu avant 8 heures, pour m’amener à l’aéroport, où je prendrai possession de ma voiture de location. C’est la première fois que j’ai un modèle à transmisson automatique en location; je constaterai que les bosniens – et en général dans les pays des Balkans – aiment ce genre de véhicule.

Mais avant de partir explorer le pays, il me reste un endroit à découvrir absolument aux environs de Sarajevo. Un endroit emblématique du siège des années 1990, auquel de nombreux habitants doivent d’être encore en vie: le Tunnel de l’Espoir (Tunel Spasa), creusé en 1993 pour relier les quartiers de Dobrinja et Butmir, à proximité de l’aéroport. Il a été construit par l’armée bosniaque afin de relier Sarajevo, encerclé par les forces serbes, au territoire bosniaque au-delà de l’aéroport de Sarajevo, zone contrôlée alors par les Nations unies. Il est long de 800 m sur une hauteur de 1,50 m. Alors imagine-toi marcher sur presque 1 km, le dos courbé, avec une faible luminosité, alors que les bombardements faisaient rage au-dessus! Après la guerre, un musée a été créé à l’emplacement de la maison qui cachait l’entrée du tunnel du côté nord. Cependant, la portion de tunnel visitable, de 20 mètres à peine, ne restitue que faiblement ce que les habitants ont pu endurer à l’époque. Ceci est dû à son mauvais état de conservation en général.

Et avant de vraiment démarrer mon périple, je me plie à mon petit « rituel » come chaque fois: un pack d’eau (2 ou 3 quand le voyage est plus long) au supermarché, ce qui me permet de découvrir les magasins du pays visité. En Bosnie-Herzégovine, tu verras surtout des Bingo, des Amko ou encore des Voćepromet.

En moins de 10 minutes, une fois passé Krupac, je bifurque à droite sur la route R442a, et j’évolue déjà dans un joli paysage de moyenne montagne, très boisé et offrant souvent de beaux points de vue. La route à deux bandes est très correcte, mais il peut se passer, sur des routes secondaires (comme la R442b que je prends un peu au hasard), des trucs un peu incongrus comme le passage de deux bandes à une seule sans crier gare.Très peu de circulation, c’est un autre avantage. Je suis dans la région du Mont Igman, et là j’ai pris cette petite route de montagnes, ponctuée ici et là de petits villages comme celui de Dejčići, à vocation clairement agricole, au centre duqel se dresse l’élégant et élancé minaret de sa mosquée.

Région du Mont Igman.
Village de Dejčići.

Je reviens sur la route principale du Mont Igman, dont l’altitude culmine à 1500 m. La région est connue pour avoir accueilli des épreuves sportives lors de Jeux Olympiques d’hiver de 1984. Le long de la route, j’aperçois soudain un parking, très vaste, qui me semble un peu démesuré si c’est pour les randonneurs. Mais en levant la tête, je crois tenir l’explication: en surplomb, un grand hôtel abandonné, aux formes plutôt futuristes pour l’époque! Il servait à loger les athlètes des Jeux Olympiques. La guerre lui donna son coup de grâce. Je vais aller le voir de plus près, mais il n’en reste pas grand-chose à l’intérieur. Je rappelle que l’urbex (* exploration des lieux abandonnés) est une pratique à ne pas prendre à la légère, qui peut être dangereux si on néglige la sécurité… Donc ici, je ne te dirai pas de suivre mes pas.

Et voilà à quoi il ressemblait avant la guerre:

Un peu plus loin sur la route, un petit chemin descend vers la gauche, pour atteindre un autre lieu symbolique des Jeux Olympiques. Voici le site des anciens tremplins de saut à ski, ceux-ci étant au nombre de deux. Un « normal » – bien qu’il ait déjà une taille considérable, mais bon c’est un tremplin olympique – et un grand (pour ne pas dire gigantesque). Eux aussi ont subi les affres de la guerre, mais ils ont encore une allure majestueuse, presque intimidante. Le bâtiment en contrebas a également servi à ces courageux snipers pour bien se planquer pendant qu’ils tiraient…

C’est possible d’accéder au sommet du grand tremplin, mais celà n’engage que soi-même, il y a un certain niveau de danger si on n’est pas attentif où l’on pose le pied. L’ancien escalier, à demi mangé par l’herbe, conduit sous le grand tremplin. Après, un sentier façonné à force de passages serpente jusqu’à la tour d’accès au sommet. Les volées de marches en béton sont bien solides, mais il n’y a aucune rambarde de sécurité. Et là, quand tu te trouves au bord du point de lancement des skieurs, tu te dis qu’il avaient en eux une dose XXL de courage! Personnes sujettes au vertige, ne lisez pas ce paragraphe… Serais-je un peu barjot? Va savoir…

Mont Igman: anciens tremplins de saut à ski.
Sommet du grand tremplin (ça va, tu n’as pas le vertige?).

En contrebas des templins, l’ancien podium a été démoli avoir été utilisé pour exécuter les prisonniers. Il a ensuite été reconstruit à l’identique.

Podium (reconstruit) des tremplins de saut à ski.
N’aie pas peur, je suis là…

À 1 km tout au plus, un petite auberge traditionnelle sert des petits plats bosniens pas chers. Sarajevski begluk, c’est le nom de l’établissement. Et ce n’est pas touristique: les trois autres clients étaient des bûcherons costauds venus en 4X4 tout déglingué… Ça doit être pour çà que j’ai croisé quelques camions chargés de grumes.

Après ce très bon repas, il est temps à présent de rallier Umoljani, où je poserai mon sac cette nuit. Les routes vont commencer à se rétrécir, tout en restant en plutôt bon état même si certains accotements sont plutôt instables. Seulement voilà, une fois qu’on roule sur ces petits chemins, la signalisation devient parfois hasardeuse pour trouver une destination. Et j’aime bien pimenter mes trajets en ne faisant pas usage du GPS! alors par deux fois je me suis un peu « égaré », mais je n’en suis pas fâché, car celà m’a permis de découvrir de magnifiques paysages et de minuscules hameaux. C’est la Bosnie rurale et montagnarde dans toute sa pureté, avec ses reliefs accidentés et ses vastes prairies. Je demande quand-même ma route (je ne peux pas arriver à Umoljani en pleine nuit…), avec un peu de « langage gestuel », ne parlant pas les langues locales (excepté quelques mots de base). Je suis heureux de constater le caractère naturel, spontané des habitants du coin, ces petits exploitants agricoles qui ne doivent pas avoir la vie facile tous les jours, mais qui se coupent en quatre pour t’aider.

Région de Umoljani.
Région de Umoljani.
Région de Umoljani.

Au bout d’une petite route qui grimpe en lacets parfois serrés, apparaissent enfin les premières petites maisons de Umoljani. On est ici à 1350 m d’altitude. Le minuscule village d’à peine 40 habitants n’est ni compact, ni regroupé autour de sa mosquée, il est plutôt dispersé en petits groupes de maisons de pierre, qui furent reconstruites après les destructions causées par la guerre en 1993 (même ici, dans un endroit si isolé… à peine croyable). Si tu vois 2 ou 3 vieilles femmes en bord de route te faire signe gentiment pour t’arrêter, ne t’inquiète pas, ces villageoises vendent juste des vêtements et chaussettes en laine tricotés par leurs soins.

Umoljani.

Tu verras aussi, un peu avant le village, cette curieuse mosquée de dimensions modestes, à l’allure un peu différente de ses consoeurs; pas de minaret élancé, ici il est plutôt trapu, râblé et bâti en pierre. La mosquée elle-même est en bois. Juste à côté, un ancien petit cimetière. Elle a la particularité d’être la seule construction à avoir été épargnée par la guerre.

Il est un peu plus de 16 heures, et je t’emmène en randonnée. Mais pas n’importe laquelle. C’est LA randonnée qu’il faut avoir fait si tu visites la Bosnie. Moi-même j’en ai fait un nombre assez conséquent, mais celle qu’on va réaliser ensemble est l’une des plus magnifiques et mémorables de ma vie de voyageur!

Je quitte le village par un petit chemin, qui se convertit rapidement en piste caillouteuse. Voici qu’apparaissent ces fameuses petites cabanes de bergers, qui rssemblent un peu à celles de Velika Planina en Slovénie, mais ici les toits sont faits de métal ou de tôles ondulées, certaines étant d’ailleurs bien rouillées! Cet endroit, c’est le minuscule hameau de Gradina, vivant surtout de l’élavge de moutons. J’en verrai de nombreux troupeaux. C’est un peu un avant-goût architectural du petit village perdu où je t’emmène, le plus isolé de Bosnie-Herzégovine: Lukomir!

Mais pour atteindre Lukomir, c’est une bonne douzaine de km qui m’attend, par de petits sentiers rocailleux et plus tard, une piste plus ou moins carrossable. Il est possible de rallier Lukomir en voiture, mais c’est mieux en 4X4 qu’en petite citadine. Je ne croiserai par ailleurs qu’un seul véhicule. Le vent souffle fort, du côté du ciel pour l’instant ça va, mais je sais qu’en montagne le temps peut vite changer. Quoiqu’il en soit, les paysages sont époustoufflants, grandioses et d’une tranquillité abslolue. Pas de touristes en sac Quechua à la queu-leu-leu, pas de quads pétaradants… Je n’ai croisé personne. Parfois, le vent m’apporte l’écho lointain de cloches attachées au cou des moutons, ou un aboiement de chien de berger. Je croiserai la route de quelques troupeaux dispersés, les bergers répondant amicalement à ma main levée.

Randonnée Umoljani – Lukomir.
Randonnée Umoljani – Lukomir.
Randonnée Umoljani – Lukomir.

Les murets de pierre sèche et de petits poteaux électriques au loin annoncent que Lukomir se rapproche. Quelques petites parcelles cultivées commencent à border la piste; parfois, des hommes et des femmes, déjà d’un certain âge, s’y affairent. Ils sont habillés « à l’ancienne », de façon traditionnelle, non pas pour divertir les touristes, mais parce que c’est toujours leur mode de vie, leur façon d’être. Et enfin les premières petites maisons si caractéristiques, rectangulaires en pierre surmontées d’un toit pointu soit en lattes de bois, ou parfois aussi de tôle ondulée ou de plaques de métal. Bienvenue à Lukomir, le village le plus isolé de Bosnie-Herzégovine!

J’avoue ressentir une certaine émotion en pénétrant dans ce petit village de 60 habitants permanents, qui n’a été raccordé à l’électricité et à l’eau que depuis 2003, et qui s’est seulement « sédentarisé » à partir des années 1950. Autrefois, il n’était habité que l’été par des éleveurs semi-nomades faisant paître leurs bêtes, qui l’hiver redescendaient du côté du canyon de Rakitnica. Mais les risques d’avalanche et le déboisement les mettant en insécurité, ils finirent par vivre à Lukomir à l’année. On est à 1450 m d’altitude, et le canyon de Takitnica est quand-même à 800 m en contrebas!

Lukomir.
Lukomir.

Une petite fontaine en bordure d’un champ, deux vieux paysans y binent la terre. Je leur demande si l’eau est bonne à boire. Réponse affirmative, avec ds sourires jusqu’aux oreilles. J’aime cette spontanéité, sans appréhension aucune. J’ai bien l’impression d’être l’unique visiteur de ce soir, je ne vois quasi personne dehors. Et cette petite mosquée, au bout d’un sentier, n’est-elle pas aussi charmante que celle de Umoljani? Après le petit cimetière, une court sentier se terminant par un petit socle rocheux offre un panorama exceptionnel sur les montagnes. Je me transforme en statue tellement je suis hypnotisé par cette immensité.

Ce mode de vie ancestral est fascinant, c’est comme utiliser une machine à remonter le temps! Mais celà durera-t-il toujours? La population est âgée, les jeunes restent rarement et ne reviennent donner un coup de main qu’en été. J’envoie une petite prière là-haut pour que Lukomir ne se transforme pas en parc d’attractions, car certaines agences de tourisme y envoient leurs clients par troupeaux, leur font visiter le village au pas de course en le considérant un peu comme une « réserve » genre tribu d’indiens… Il faut prendre le temps de s’imprégner du lieu, comprendre qu’il y a encore une VRAIE vie ici.

Il y a une ou deux chambres d’hôtes et un petit « snack » pour se restaurer à Lukomir. C’est sufisant. Il reste maintenant à revenir à Umoljani! Le vent souffle de face, et quelques gros nuages noirs montrent le bout de leur nez au-dessus des montagnes. Impossible de prévoir ce qui peut se passer. Au milieu de cette immensité, c’est même un peu oppressant. En tout cas, la transition jour-nuit se fera un peu avant d’atteindre Gradina, et j’arriverai à Umoljani dans l’obscurité, m’aidant de ma fidèle petite torche qui m’accompagne depuis des années déjà! Lukomir restera un souvenir indélébile!

Travnik – Jajce.

Je quitte Umoljani plein d’entrain et de bonne humeur, le petit-déj’ très simple pris en compagnie d’un hôte très souriant. Une petite application de traduction simultanée nous a permis d’échanger quelques phrases. J’ai maintenant un trajet d’un peu plus de 100 km qui me conduira vers le nord, en Bosnie centrale. Je refais donc le trajet inverse, au milieu de ces paysages montagneux toujours aussi enchanteurs, jusqu’au contournement de Sarajevo, franchement moins bucolique avec ses voies rapides et son défilé de feux de circulation. Bref, un peu comme tous les périphériques!

L’environnement, au fil des kilomètres, se fera plus verdoyant; le relief s’accentuera en collines boisées puis se muera peu à peu en paysage de moyenne montagne. La route est très belle et bien entretenue, quoiqu’il y ait plus de circulation; pas mal de camions aussi, celà est surement dû au réseau autoroutier bosnien faiblement développé. Ils remontent peut-être vers la Croatie. Ce qui est assez particulier, aux environs des petites villes, c’est ce nombre parfois élevé, limite incongru, de stations-services. Sur un kilomètre de distance, il n’est pas rare d’en compter 3 ou 4! Les plus grosses ont un « minimarket » et un petit snack-bar attenant.

Le premier arrêt que je te propose n’est pas n’importe quelle ville: c’est, historiquement, l’ancienne capitale de la Bosnie ottomane, Travnik. Je suis maintenant à 80 km de Sarajevo. Pas trop compliqué de s’y garer. Je me trouve une place près du petit quartier de Plava Voda (« eau bleue »). C’est le nom d’une petite rivière qui passe par ici, sautant au gré de petites cascades et traversée par quelques petits pont en bois. Autrefois, il y avait des moulins, on voit encore une ancienne roue à aubes. Ah, çà pourrait être vraiment idyllique… si ce n’était pas tant touristique, avec ces boutiques de souvenirs et ces restos qui longent le cours d’eau. C’est tout juste si les clients ne mangent pas au milieu de la rivière. Mais Travnik, ce n’est pas que çà…

À quelques pas, une discrète petite rue monte vers la vieille ville. Preuve du comportement « moutonnier » des touristes, l’endroit est très tranquille, les gens s’amassent plutôt le long de la rivière. Tu remarqueras un nombre important de mosquées à Travnik, les minarets ont l’air de pousser comme des champignons. C’est aussi la ville de Bosnie qui compte le plus de mausolées, surtout des tombes de vizirs du moyen-âge. Ce n’est pas pour rien qu’elle fut surnommée à l’époque « l’Istanbul européenne »! Actuellement, les 2/3 des habitants sont bosniaques.

Travnik.
Travnik.

Mais Travnik, c’est aussi cette incroyable et massive forteresse qui domine tout, incroyablement bien conservée. Elle remonte au Moyen Age, mais l’époque ottomane y a laissé sa trace avec le minaret d’une ancienne mosquée. Tu le verras en point de mire en franchissant le pont de pierre donnant accès à la forteresse. Un endroit impressionnant, parmi les plus visités de Bosnie (j’ai vu quelques groupes scolaires, les gamins apprécient beaucoup!), avec des panoramas sur les alentours qui le sont tout autant.

Travnik: la forteresse.
Travnik: la forteresse.

Travnik recèle encore d’autres bonnes surprises: par exemple, c’est la seule ville de bosnie à compter deux tours de l’Horloge (pour rappel, ces édifices ont pour fonction de donner les heures de prière aux musulmans). Et parmi les nombreuses mosquées, il y en a une qui se démarque: la Šarena Džamija (Mosquée Colorée), de son nom officiel Sulejmanija Džamija, dont le décor intérieur est aussi foisonnant qu’hallucinant de beauté. Les artistes de l’époque savaient y faire! Les arcades décorées de son rez-de-chauddée accueillaient autrefois un marché couvert.