Après ce voyage intense en juin 2023, à travers la Crète et l’archipel des Cyclades, une petite relâche estivale n’était pas à dédaigner. Mais voilà qu’en ce début de mois de septembre, mon sac commence à remuer tout seul. Ben oui, il sait d’instinct que chaque année, nous nous offrons, lui et moi, une petite escapade d’une semaine! Quelle sera notre cible cette fois? J’ai bien envie de poursuivre la découverte du vaste territoire des Balkans, en explorant un autre pays. La Macédoine du nord, pourquoi pas? Ce petit pays encore assez méconnu et peu fréquenté me paraît être un excellent terrain d’investigation. Partons sans plus tarder à se rencontre.
- Mais d'abord, les présentations…
- Skopje, une capitale bien bizarre…
- Skopje, de l'autre côté du Vardar…
- Autour de Skopje: le Mont Vodno et le canyon de Matka.
- Le nord du pays: Tetovo et Kratovo.
- La plaine viticole de Tikveš et Kruševo.
- Le parc national de Mavrovo.
- La République de Vevčani, une micro-nation pour de faux!
- La région du lac d'Ohrid, avec un crochet par le lac de Prespa.
- Ohrid, la Perle (touristique) de la Macédoine du nord.
- Bitola, la "ville des consuls".
- Retour à Skopje!
- LE "DEBRIEF" DU VOYAGE.
Mais d’abord, les présentations…
Situer ce pays sur la carte relève souvent de l’à-peu-près, voire de l’impossible pour pas mal de monde. Rien de plus facile, pourtant. On pointe la Grèce, et le pays au nord de celle-ci, c’est la Macédoine du nord! Les autres pays frontaliers sont l’Albanie (à l’ouest), la Bulgarie (à l’est) et le Kosovo (au nord). Mais pourquoi « du nord »? Il y a une Macédoine du sud, alors? Sujet très délicat, qui a occasionné une grosse embrouille de 30 ans avec la Grèce voisine, dont la région de Macédoine, justement, constituait le « petit caillou dans la chaussure »!
Pour faire court, la Grèce a considéré que son voisin du nord (qui a déclaré son indépendance de la Yougoslavie en 1991) voulait s’approprier son histoire antique et grignoter une partie de son identité. Par exemple, la statue d’Alexandre le Grand à Skopje, ou le soleil sur les deux drapeaux communs, on été des sujets de bisbilles. Et ça a été jusqu’à un embargo économique et un blocage à l’adhésion de la Macédoine à l’UE et à l’Otan! Il faut savoir aussi que l’ancien nom du pays est Ancienne République yougoslave de Macédoine (réduit à l’acronyme ARYM), en anglais Former Yugoslav(ian) Republic of Macedonia (FYROM). Et enfin, en 2018, un compromis a vu le jour, sous la dénomination d’accord de Prespa. Le pays s’appellerait désormais « Macédoine du nord », pour bien le distinguer de la région grecque éponyme. Un geste d’apaisement symbolique fut de rebaptiser l’aéroport Alexandre le Grand, à Skopje, en aéroport international de Skopje. Les deux nations ont quand-même réussi à mettre un peu d’eau dans leur vin… Hé ben dis donc!


Sa superficie: un peu moins de 26.000 km² (plus petite que la Belgique, plus grande que le Monténégro ou la Slovénie) pour environ 1,9 millions d’habitants. Comme la majorité des macédoniens habitent dans les grandes villes (Skopje, Bitola, Prilep…), on ne peut pas dire que tous les autres soient serrés comme des sardines en boite! C’est un pays en grande partie montagneux, sans atteindre bien sûr la majesté des Alpes, mais son point culminant, le Mont Korab dans le parc national de Mavrovo, atteint 2674 m d’altitude, ce qui est très honnête. Mais on y trouve aussi de grands espaces cultivables, des forêts et un superbe paysage de vignobles à l’est. Le manque d’eau, ici on connaît pas, des dizaines de cours d’eau sillonnent le pays en tous sens, ainsi qu’une pléthore de lacs un peu partout, dont les deux stars sont le lac d’Ohrid et le lac de Prespa, dans le sud.
Au niveau des langues, c’est le macédonien, ainsi que l’albanais, très usité dans l’ouest, les deux pays étant frontaliers. C’en est même devenu la seconde langue officielle, car au final c’est la langue maternelle d’au moins 20% de la population. L’anglais et l’allemand sont plutôt bien compris dans les endroits touristiques, mais dans les petits villages, il faut parfois faire un peu de gestuelle… Pour les religions, les orhodoxes sont majoritaires, à 60%. Tu découvriras des monastères aussi magnifiques qu’incroyables en parcourant le pays. La deuxième, c’est la religion musulmane, pour un tiers de la population, essentiellement de racines albanaises. Les deux semblent cohabiter sans heurts, et il n’est pas rare de voir des églises orthodoxes, des édifices catholiques et des mosquées dans une même ville.
Que puis-je te dire d’autre? En vrac: pas de décalage horaire par rapport à la France; l’électricité, pas besoin d’adaptateur, c’est du 220 volts aussi; son préfixe téléphonique est +389. Ah oui, pour les mobiles: on est ici hors de l’Union Européenne, et il n’y a pas d’accord de roaming. Si tu gardes ta carte SIM d’origine, la facture à ton retour risque de te faire tomber dans les vapes. Alors, il vaut mieux acheter sur place une carte SIM locale sur l’un des réseaux du pays (Makedonski Telekom, Lycamobile, A1) qui coûtera moins cher dans une boutique de Skopje qu’à l’aéroport, ceci étant dit.
Son drapeau:



Son hymne:
Son code d’immatriculation:


Et pour te dire, la querelle gréco-macédonienne a même touché les plaques de voitures! Au point que les véhicules qui entraient en Macédoine grecque voyaient leur code MK… caché par un sticker autocollant apposé par les douaniers! Finalement, suite à l’accord de Prespa, le code fut modifié pour devenir l’actuel NMK. Quelle histoire!

Comme la Macédoine du nord est en-dehors de l’UE et de l’Espace Schengen, elle possède sa propre devise monétaire: le denar macédonien. 1€ équivaut environ à 63 MKD. Les billets se déclinent en 10, 50, 100, 1 000 et 5 000 denars, et les pièces en 1, 2 et 5 denars. Les paiements par carte de crédit marchent bien, mais il est préférable d’avoir un peu de cash pour les petits commerces de proximité.

Voilà, maintenant qu’on en sait un peu plus et que le décor est planté, on peut y aller! ®
Skopje, une capitale bien bizarre…
J’ai pu avoir un vol direct depuis l’aéroport de Charleroi avec la compagnie Wizzair, qui a un très bon maillage de destinations vers les Balkans et l’Europe de l’est. Atterrissage vers 11 heures, passage à la douane, retrait de liquide en devise locale (* voir plus haut), et je peux valider mon départ pour Skopje. Ça se fera en bus, en général ils se calquent sur les vols d’arrivées, le billet coûte 199 MKD, soit un peu plus de 3€. Pour les vols qui partent trop tôt ou s’il n’y a pas de connexion immédiate, les taxis de l’aéroport sont à prix fixe pour Skopje, soit 1500 MKD (25€).
La périphérie de la capitale macédonienne n’est pas folichonne, avec ses voies rapides et ses bretelles de sortie qui s’entrecroisent, bordées par des buildings d’une banalité soporifique. Ne jamais se fier à la première impression, on verra après… Le bus franchit maintenant le fleuve Vardar, qui coupe un peu la ville en deux; long de 380 km, il terminera sa course dans le nord de la Grèce. Fruit du hasard, son nom grec est Axios. Le delta de l’Axios, avec ses cabanes de pêcheurs… Mais oui! J’y étais passé en 2022, entre Thessaloniki et le Mont Olympe! Bref, je descends aux abords du centre de Skopje, où la circulation est plutôt dense et effrénée même pour un samedi! J’ai loué un petit Airbnb pour deux nuits, étant assuré d’être près du centre-ville; et au moins, au 4ème étage, le bruit du trafic sera bien atténué.
Bienvenue donc à Skopje (Скопје en cyrillique, et on prononce Skopjé), la capitale du pays qui ne va pas se priver de me surprendre! Par où commencer? Retournons à l’arrêt de bus où je suis descendu et allons d’abord voir de plus près cette sorte d’Arc de Triomphe grandiloquent, d’un blanc immaculé: c’est la Porte de Macédoine, bâtie en 2011 pour commémorer les 20 ans de l’indépendance. Ses bas-reliefs représentent des héros nationaux ou antiques (Alexandre, Justinien Ier), ce qui a fait râler la Grèce à l’époque… Toujours est-il que, si monumental soit-il, il a l’air en carton-pâte et on a l’impression qu’il va sonner creux si on fait « toc-toc » dessus. Quant aux deux statues d’hommes assis de part et d’autre du monument (ils ont voulu imiter Abraham Lincoln?), il s’agit de deux anciens révolutionnaires.




Le petit parc à côté me révèle une facette importante de l’identité de Skopje: son engouement, je dirais même sa « fixette » pour l’art statuaire. Il y en a bien une dizaine, et elles ne font pas dans les petites tailles ni dans la discrétion. Et ce n’est qu’un petit avant-goût de ce que je vais voir par la suite…





Je n’ai que 400 m à parcourir pour arriver sur la Place de Macédoine, l’épicentre touristique de Skopje. J’en fais un tour visuel à 360 degrés. Euuh… Qu’est-ce que c’est que çà? Je m’en gratte le menton aussi bien de perplexité que d’étonnement. Tentative de description: l’endroit est vaste, en bordure du fleuve Vardar; des statues (fallait s’en douter), dont une, colossale, représentant Alexandre le Grand et rebaptisée « Le Guerrier à cheval » pour ne pas envenimer davantage la situation avec les grecs. Bon, les bâtiments autour de la place? Alors là, quelque chose ne va pas. On devrait s’attendre à des bâtiments anciens, en harmonie avec les statues. Rien de tout çà: ce sont des immeubles moches, tirés au cordeau, qui accueillent des enseignes géantes pour Coca-Cola, la bière Skopsko ou des agences bancaires; un écran géant (« géant » étant encore un euphémisme!) débite des pubs criardes pour tel ou tel produit. Et attends de voir çà en soirée, ça risque de te rendre aveugle! Piccadilly Circus made in Balkans… C’est déroutant, déstabilisant.






Examinons maintenant un peu comment ça se présente sur la rive opposée du fleuve. Hou la la… Tu permets que je me baisse, mes yeux viennent de tomber par terre, ils ne veulent pas réaliser ce qu’ils voient 😲😲. Sérieusement, regarde-moi ce monstre aux immenses colonnades en faux marbre, tel un Parthénon qui aurait pris de la testostérone?! Çà, c’est le musée archéologique. Pourquoi une telle taille? Pour gonfler les muscles face à son homologue d’Athènes? Je sais pas. À côté, c’est pas mieux: le ministère des Affaires Étrangères et le Parquet sont du même style néoclassique grandiloquent. Ça sonne faux, on dirait un décor de cinéma. Peut-on encore un peu plus enfoncer le clou? On peut, en regardant les rives du Vardar: mais c’est quoi, ces ersatz de bateaux pirates, qui font office de restaurants?? Pourquoi? Comment? Il y a bien une explication à tout ce micmac irréel et kitschissime…





Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut remonter au 26 juillet 1963, une journée funeste pour Skopje: un violent tremblement de terre a détruit 80% de la ville, et fait plus de 1000 morts et 3000 blessés. Quant au nombre de sans-abris, il se chiffre par dizaines de milliers… Tragédie totale. Mais il faut se relever, se tourner vers l’avenir et entamer la reconstruction de Skopje. Dans les années 60, la Yougoslavie était encore un seul pays, et le président d’alors, Tito, décida de faire renaître la ville de ses cendres. Immeubles en béton, tout gris et sans grâce, voilà une nouvelle Skopje, à l’architecture typiquement « yougoslave », de bien triste mine! Plus tard, au début des années 2010, le parti au pouvoir, à tendance nationaliste de droite, entreprit de substituer ces témoins d’un passé révolu par un projet mégalo, baptisé Skopje 2014, visant à donner à Skopje une certaine grandeur et une valeur historique. Et c’est là que tout part en vrille! C’est parti pour le massacre: des bataillons de statues, l’invraisemblable musée archéologique (qui ne date que de 2013), des centres commerciaux XXL, les bateaux de pacotille… De plus, avec l’imitation de l’art antique, il n’en fallait pas plus pour déclencher le mécontentement de la Grèce! Selon un sondage, 60% des skopiotes sont mécontents, voire honteux de cette mouture de la capitale. Tu m’étonnes. Et le prix de cette folie? Il est question d’une fourchette entre 200 et 400 millions d’euros! Tout çà pour çà…
Mais le Skopje originel n’a pas totalement disparu, surtout sur la rive gauche du Vardar, comme on le verra plus tard, et le fameux Pont de Pierre (Kamen most) est resté debout et franchit le fleuve depuis le 15ème siècle.





Tu comprends mieux le titre du chapitre, j’imagine? Et pour rester dans l’architecture délirante, tu en reprendras bien une petite dose? Allez, laisse-toi tenter! Skopje n’en a pas fini de nous déstabiliser! On va longer le Vardar à contre-courant, jusqu’au pont routier Goce Delčev, gardé par deux énormes lions en bronze. Regardons vers la gauche: qu’est-ce que c’est encore que cette élucubration? Un vaisseau de film de science-fiction, à côté d’une haute tour digne de la saga Harry Potter ? Pas du tout. Çà , c’est… la Poste de Skopje, tout en béton armé et inaugurée en 1982, hé oui! Quant à la tour, c’est l’ancien Centre des Télécommunications, qui date de 1974 et abrite le siège de la compagnie de téléphonie T-Mobile. Les facteurs de Skopje sont-ils verts et ont-ils 4 bras? Je ne crois pas, j’en ai pas croisé…





Penses-tu que cette extravagance se cantonne uniquement aux bâtiments publics? Ben voyons, on est à Skopje, ici! Même les édifices religieux y mettent leur grain de sel! À 400 m de la Poste, voici la cathédrale Saint-Clément d’Ohrid (Sveti Kliment Ohridski), le plus grand lieu de culte orthodoxe du pays, dont l’architecture moderniste (tu parles d’un euphémisme!) laisse pantois dès le premier regard. Une autre soucoupe volante?! Il sont parmi nous! Il faut noter qu’elle a été construite dans les années 1970, en pleine période communiste sous Tito, ce qui est aussi étonnant que paradoxal. À ses côtés, le campanile de 45 m de haut abrite 3 énormes cloches. Lors de mon passage, il y avait une cérémonie de mariage qui se clôturait.



Et ce projet dantesque Skopje 2014 n’a reculé devant rien, car il a même osé toucher à une sainte! Dans le pays, outre les orthodoxes et les musulmans, il existe aussi une minorité catholique d’origine albanaise. La personne dont je veux parler en fait partie. Elle est née à Skopje en 1910, est célèbre pour son action envers les pauvres en Inde et a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1979: il est facile de deviner qu’il s’agit de Mère Teresa. Un musée-mémorial a été érigé en 2009 à l’emplacement de l’église ou elle fut baptisée. Il n’y a pas grand-chose à y voir, à part des photos d’archives et une relique officielle de la sainte, et on passera sur le style kitsch (c’était couru d’avance) du bâtiment… Juste à côté, l’église Saint-Constantin-et-Sainte-Hélène, avec ses 5 coupoles dorées, a été construite en 2012. Derrière le mémorial, la reconstitution d’une tour féodale détruite en 1963 a abrité temporairement l’ancien mémorial.





Skopje, de l’autre côté du Vardar…
Comme je le disais plus haut, la partie nord de Skopje, à savoir sur la rive gauche du fleuve Vardar, a beaucoup moins souffert du terrible séisme de 1963. Il apparaît donc logique que le projet Skopje 2014 ait moins défiguré ce coin de la capitale. Il suffit de franchir le Pont de Pierre pour aller s’en rendre compte. Ce n’est déjà plus pareil, les buildings sans âme cèdent progressivement la place à des bâtisses plus traditionnelles. Oh, il y a bien encore quelques fontaines et statues, mais beaucoup moins ostentatoires qu’en face. Quelques petits bars et stands de vendeurs de tous genres côtoient l’église Sveti Dimitrija et l’ancien hammam Dahut-Pacha, datant du 15ème siècle et abritant la Galerie Nationale de Macédoine. Plus au nord, on aperçoit déjà des minarets de mosquées. Car en effet, la partie nord de Skopje abrite surtout la communauté musulmane, tandis que du côté sud, ce sont les orthodoxes. Les deux communautés s’entendent néanmoins, un peu comme à Sarajevo, et je n’ai jamais ressenti de clivage malaisant comme celà perdure encore à Mostar entre chrétiens et musulmans.





C’est déjà plus sympa, plus avenant que la prétentieuse Place de Macédoine et ses statues qui bombent le torse. Alors, Skopje 2014 s’est montré bien discret par ici, dirait-on? Pas complètement. Car il y a le musée de la Lutte Macédonienne… Un bâtiment opulent, qui a coûté bien cher, bâti en 2011 pour fêter les 20 ans de l’indépendance du pays.
Je l’ai visité, pensant découvrir plein de faits intéressants sur l’histoire du pays et les aspirations à l’indépendance d’un peuple fier. Ouais ouais… Fausse bonne idée? J’ai comme qui dirait reçu un seau d’eau froide sur la tête, parce que l’objectif est beaucoup plus insidieux, plus sombre. Il faut voir la réalité en face, cet endroit transpire le nationalisme et la propagande par tous les pores de ses murs. Des révolutionnaires notoires sont portés aux nues, et même s’ils on fait certaines choses pas très joli-joli, c’est pas grave, ils se sont battu pour la liberté de la Macédoine. C’est assez étroit d’esprit comme schéma, et plutôt hermétique d’approche pour un non-macédonien à la bonne lecture de l’histoire du pays. Certains pays voisins, comme la Grèce et la Bulgarie, se font carrément dézinguer, et l’époque de Tito n’a été qu’une succession de malheurs. Des dizaines de tableaux montrent tout ce beau monde, ainsi que quelques armes et meubles anciens. Mais le pire, ce sont les personnages de cire. Du glauque, du morbide, du mauvais goût, comme si le musée Grévin de Paris avait basculé dans le « coté obscur de la Force »… Scène d’interrogatoire, fusillade avec un mannequin criblé de balles… La palme revenant à ce décor trop réaliste, avec une potence où un personnage est pendu, entouré de badauds et où des corbeaux attendent patiemment en-dessous… Et dire qu’il y a un tarif spécial pour les enfants!! Pour les endoctriner, peut-être? Au moins, les photos sont interdites, dieu merçi, je n’aurais jamais mis çà sur le site. Je n’ai jamais exploré de musée aussi bizarre. E Je ne valide pas du tout. Maintenant, chacun se fera sa propre opinion.

Contrairement au Pont de Pierre, un autre monument symbolique de Skopje (il figure sur son blason) a bien morflé lors du séisme de 1963, mais la chance a été de son côté puisque Skopje 2014 ne s’en est pas mêlé. La Forteresse de Skopje est toujours en restauration de nos jours, sans qu’on l’ait pour autant défigurée ou enjolivée de statues mégalos. On en a une super perspective depuis les rives du Vardar, et durant la nuit elle est illuminée. Son accès est libre jusqu’à 19 heures, et il est agréable s’y balader en profitant de la vue sur la ville. Les samedis, les couples fraîchement mariés aiment venir y faire leur séance de photos.







Skopje est devenue indissociable de ce sacré tremblement de terre de 1963 qui l’a détruit à 80%. Oui, mais les 20% restants, la partie « miraculée » de Skopje? Enfin on y est. Quasiment aux portes des murs de la Forteresse, voici la Stara Čaršija, le vieux bazar de Skopje, en clair: son vieux quartier ottoman. Changement radical de décor et d’ambiance: balayées les statues délirantes, les buildings en béton et les bateaux ridicules; me voici plongé dans une version réduite du vieil Istanbul! Les ruelles pavées sont bordées de vieux commerces et de petits bars et restos traditionnels, sans esbroufe, où les vieux du quartier viennent boire le thé et parfois jouer aux échecs, ou acheter un burek ou un baklava. Quelques mosquées pointent la flèche de leur minaret vers le ciel, et on peut encore y voir des anciens caravansérails (l’endroit où autrefois, les caravanes de marchands s’arrêtaient pour la nuit) et des medresas (écoles coraniques) sacrément bien conservées. Et quand le chant des muezzins s’élève à l’heure de la prière, c’est encore plus magique.














Les restaurants à touristes sont heureusement peu nombreux dans la Stara Čaršija, par contre les petits snack-bars, où l’on peut se rassasier de ćevapi et de burek, sont très présents et certains encore « dans leur jus », avec de vieilles façades en bois et une clientèle exclusivement composée des gens du coin. C’est dans l’un d’entre eux que je vais établir mon premier contact avec la cuisine macédonienne. Attention toutefois, si tu aimes boire une bonne bière, la majorité de ces établissements sont musulmans, donc pas d’alcool! C’est pas cher du tout, et il n’y a pas de touristes, ça se voit et ça s’entend! Je regoûte avec plaisir à un grand classique des Balkans, les ćevapi, ces petites saucisses au goût si caractéristique, et découvre LE plat emblématique du pays, qu’on trouve dans tous les restos, du plus basique au plus raffiné: le fameux tavče gravče (prononcer « tavtché gravtché »), toujours servi dans un récipient en terre cuite, composé de haricots, d’oignons, des poivrons et de l’huile. C’est tout simple et ça a un petit goût fumé pas désagréable. Pas de bière? Je vais me rabattre sur une petite curiosité: le soda pétillant Strumka, au goût de poire (assez rare dans le monde des sodas) et plutôt sucré, il faut le dire. Sa couleur dorée, dans une petite bouteille de verre, présente très bien.
Kebabchilnica Kosmos: dans une ruelle du nord de la Stara Čaršija…


Ce que tu verras souvent aussi dans le centre de Skopje, ce sont ces petits stands où des vendeurs font griller des épis de maïs au barbecue avec un filet d’huile; ça coûte trois fois rien et c’est un petit en-cas original! Le soir, il y en a notamment un à l’extrémité sud du Pont de Pierre.

Un peu comme en Grèce, on trouve des petits kiosques où on vend un peu de tout: journaux, cartes SIM, boissons, petits snacks… Certains semblent cependant fermés depuis belle lurette…

Depuis l’indépendance, les macédoniens se sont découvert une passion quasi addictive pour les jeux de hasard et d’argent. Des casinos ont fleuri dans les grandes villes du pays (Skopje, Bitola, Prilep…) et on ne reste jamais longtemps sans croiser une petite salle de jeux qui donnent l’illusion de se retrouver dans un mini Las Vegas…

Le repas du soir terminé, quand je sors il fait déjà noir, bien qu’il ne soit que 19H30. Normal, plus on se trouve à l’est, plus vite le soleil disparaît. Et dans la Stara Čaršija, c’est assez particulier car l’éclairage public est quasi inexistant! C’est curieux d’arpenter des ruelles désertes et complètement sombres, ou dans celles un peu plus fréquentées, éclairées par les devantures de quelques boutiques et restos. Mais en matière d’éclairage, en revenant sur la Place de Macédoine, je vais être servi jusqu’à l’overdose! Sans compter cet écran géant qui risque de te rendre aveugle si tu le fixes plus de 5 minutes, et le niveau de décibels beaucoup plus élevé qu’en France émanant des terrasses de bars et restos! Manquerait plus que les statues se mettent à danser…
BILAN: Hé bien, Skopje, on peut dire que tu m’en as bouché un coin et que tu m’as fait atteindre un degré de perplexité inégalé! Jamais vu un truc pareil. Jamais vu une capitale aussi… comment dire… incohérente, aussi difficile à appréhender. À quand des Playmobil grandeur nature sur les faux bateaux de pirates? La comparaison sera brutale, mais c’est comme la créature de Frankenstein fabriquée de toutes pièces cousues entre elles. Les skopiotes eux-mêmes me pardonneront cet écart, car ce saccage nommé Skopje 2014 suscitent en eux un mélange de rejet et de honte. Maintenant, ne tirons pas sur l’ambulance, je n’ai jamais dit que tout était à jeter à Skopje, oh non! La promenade des remparts de la Forteresse et la magie orientale de la Stara Čaršija font vite oublier les aberrations architecturales de l’autre rive du Vardar. Et le petit vendeur de maïs grillé représente 10 fois mieux Skopje que la ribambelle de statues autour de lui!
Autour de Skopje: le Mont Vodno et le canyon de Matka.
Aujourd’hui c’est dimanche, et je vais consacrer cette journée à l’exploration des environs proches de la capitale. Le petit-déj’ est un repas important pour bien démarrer la journée, mais contrairement au café-croissant cher aux touristes, moi je me le fais « local », c’est-à-dire plutôt vers le salé. Quelques petites boulangeries sont ouvertes le dimanche, voici l’occasion de manger sur le pouce et de retrouver avec plaisir le burek, un autre pilier de la cuisine balkanique. Pour rappel, c’est un gros chausson feuilleté, fourré de viande, d’épinards ou de fromage. Ici en Macédoine du nord, il n’est pas disposé en spirale comme en Bosnie, il est plus compact, peut-être un peu plus lourd et huileux, sans excès. Garni de fromage, il n’en reste pas moins un délice et constitue un repas matinal bien consistant, en compagnie de son inséparable copain, le yogourt!

Pour sortir de la ville et rallier ma première destination, mon trajet se fera en bus. Mais voilà que Skopje décide qu’elle n’en a pas encore fini avec moi, et me réserve une nouvelle surprise concernant justement les transports en commun! Parce qu’ici, les bus sont rouges, et à double-étage. Ça ne te rappelle pas une certaine capitale britannique, çà? Et ce sont des lignes régulières, pas des sightsseing! L’histoire n’est pas banale: après le séisme de 1963, de nombreux pays offrirent leur aide; la ville de Londres, entre autres, décida de faire don de plusieurs de ses emblématiques double-decker bus. Bon, actuellement, 60 ans après, on se doute qu’ils ne sillonnent plus la ville. Mais on est à Skopje, ne l’oublions pas! La ville passa commande, au début des années 2010, d’un modèle chinois, pâle copie du bus londonien original (la preuve: son poste de conduite est à gauche) qui, 10 ans après, a déjà acquis la fâcheuse réputation de tomber facilement en panne… Bref, pour atteindre le pied du Mont Vodno, c’est le bus 25 qu’il faut prendre, il démarre de la gare ferroviaire et fait plusieurs arrêts dans le centre-ville.

Le ticket ne coûte même pas l’équivalent de 1€ et le trajet dure 20 bonnes minutes. Le bus est bien rempli, beaucoup de skopiotes qui vont profiter du grand air là-haut, pour échapper un peu aux néons et aux statues, et quelques touristes randonneurs. Sur les derniers kilomètres, la route grimpe, et sur le dernier tronçon je pensais que le moteur allait sortir du capot tellement c’était harassant pour le bus, qui roulait presque au pas d’homme… Bref, me voici arrivé, et pour accéder au sommet du Mont Vodno, c’est soit à pied par un long sentier, soit par un récent téléphérique inauguré en 2011, d’une longueur de 1600 m et dont le trajet dure 7 minutes. Il n’est pas trop cher: le trajet simple 120 MKD, soit environ 2€. Je l’emprunte; j’aime la marche, mais les téléphériques ne me déplaisent pas non plus…
Tu sais quoi? Je t’emmène même y faire un tour:
Me voici arrivé au sommet du Mont Vodno, à 1066 m d’altitude, d’où la vue sur Skopje et la vallée du Vardar est fantastique. On se dit qu’ici, on est à l’abri des constructions délirantes? Bien sûr… Tu rêves, là. Regarde ce qui se dresse face à nous, d’une hauteur de 66 m: une impressionnante croix de métal, érigée ici en 2022 pour célébrer les 2000 ans du christianisme. Son nom: la Croix du Millénaire (Millenium Cross) que tu as déjà pu voir sans être monté jusqu’ici puisque, depuis Skopje, on ne voit qu’elle, d’autant plus qu’elle est éclairée la nuit! Si tu te perds en ville, ça peut servir de point d’orientation. Elle est tellement démesurée et omniprésente qu’elle s’est attirée les foudres de la communauté musulmane albanaise, la considérant un peu comme une provocation de supériorité venant des orthodoxes. Et c’est pas tout, car sa copine d’à côté, la tour des télécommunications de 155 m de haut (le record du pays), me semble avoir des relents de Skopje 2014 de par sa forme originale qui aurait eu plus sa place à Dubaï qu’ici. Et il y a une grue au sommet, donc c’est pas sûr qu’elle soit terminée…





L’étape suivante, tu l’auras compris, est le canyon de Matka. Alors bon, comment on y va depuis le Mont Vodno? On peut redescendre par le téléphérique, revenir à Skopje et emprunter le bus qui s’y rend (pour info, c’est le bus 60); une logistique un peu compliquée car il faut jouer avec les horaires des bus. Ou alors, on joint l’utile à l’agréable et, au départ de la Croix du Millénaire, on s’offre une magnifique randonnées d’environ 11 km afin de rallier le début du canyon! Quelle option ai-je choisi, selon toi? Hé oui, les chaussures de marche vont avoir du boulot!
Difficile, cette rando? Que du contraire! En démarrant du Mont Vodno, nous sommes à 1066 m d’altitude; arrivé au canyon, on sera à 300 m. En gros, ça va descendre tout le long! Oh, il y a bien un ou deux raidillons très courts, mais c’est de la rigolade. Le gros bémol, c’est la signalétique très pauvre en panneaux, qui va me contraindre, fait rare, d’utiliser une application de traçage GPS de randonnées enregistrées par d’autres utilisateurs. Et j’ai bien fait, j’aurais pu m’égarer plusieurs fois si j’étais parti à l’aveugle. Quoiqu’il en soit, les paysages traversés sont sublimes et variés; les statues de Skopje sont reléguées aux confins de l’univers. Une bouteille d’eau ne sera pas de trop par temps chaud, et si tu as faim, une petite surprise t’attend, si tu viens de août à fin septembre. J’ai croisé plusieurs fois des personnes de tous âges, des gens du coin indéniablement, avec des paniers d’osier ou des sachets. Ah tiens, dans quel but? Il cueillent des mûres! Sur une bonne partie du parcours, la piste est bordée de nombreux mûriers, et y en a pour tout le monde! C’est un délice de marcher dans un décor de rêve tout en picorant çà et là une ou deux mûres bien sucrées…








Les deux derniers kilomètres sont un peu plus ardus, le sentier devient pierreux et accidenté et la déclivité est plus forte. Peu à peu, le bruissement de la rivière en contrebas se fait entendre plus clairement, la petite route d’accès et les voitures garées apparaissent. On y est presque! Il ne me reste qu’à franchir une petite passerelle sur la rivière Treska pour ne plus être qu’à 800 m de l’entrée du canyon. En attendant, c’est à cet endroit que se concentrent les quelques bars et restos qui rassasient la foule de touristes qui vient ici, surtout le week-end, en majorité les skopiotes qui viennent changer d’air et fuir les ravages de Skopje 2014. Je constate aussi que ça se gare un peu n’importe où, et que les voitures frôlent parfois les piétons de près. Attention donc! Je mange léger: un sandwich et un épi de maïs grillé (il y a un petit stand), je souffle un instant puis je continue jusqu’au barrage, qui marque l’entrée du canyon de Matka.
Je vais pénétrer au coeur d’un des plus beaux endroits du pays, souvent cité parmi les plus beaux canyons d’Europe. La rivière Treska se fraie un chemin sur 10 km entre les parois vertigineuses d’impressionnantes falaises, tout celà entouré de collines boisées. L’illusion est quasi parfaite, si on n’est pas au courant que ce petit paradis s’est créé en partie de façon totalement artificielle! Hé oui, le barrage hydro-électrique, construit en 1938, a fait monter le niveau de la rivière pour en faire un étonnant lac qui s’étire sur 10 km. Jusqu’au barrage, le sentier est encore pavé, et quelques échoppes vendent snacks et boissons.




Une fois passé le barrage, le spectacle peut commencer. Je passe devant un dernier resto, juste à côté du vieux monastère Saint-André (Sveti Andreja). C’est ici que se trouvent aussi les loueurs de kayaks et les embarcadères de bateaux d’excursion dans le canyon. Ça se fera sans moi, tu vas vite comprendre pourquoi… Après le resto, commence le petit sentier de randonnée qui court sur plusieurs kilomètres le long du lac, au coeur du canyon. Au début, c’est encore la foule et les touristes se suivent encore à la queu leu leu, s’arrêtant sans prévenir pour faire leur photo ou leur selfie. Mais au fur et à mesure, le sentier va devenir plus chaotique, ça va monter et descendre, passer sous des petits tunnels rocheux… On va vraiment se retrouver en pleine nature, et le nombre de marcheurs s’estompe progressivement.









La beauté incomparable de lieux va-t-elle de pair avec une tranquillité absolue? Pas complètement, je le crains. Sur le sentier, ça va, je ne croise quasiment plus personne, mais sur l’eau, c’est une autre histoire. Quand je disais que le tour en bateau, ce sera sans moi, c’est pas pour rien! Parce que ces grandes barques, surchargées de touristes, qui slaloment entre les kayaks, elles n’avancent pas à coups de rames! Et il n’y a rien de plus désagréable que d’entendre arriver ces sales petits moteurs qui font autant de boucan qu’une tondeuse, sans compter qu’il en passe une au moins toutes les 2 minutes! Tout çà pour ne faire que 2 km et puis faire demi-tour, odeur d’essence en prime! Non, merçi! Le canyon de Matka se prendrait-il pour le Grand Canal de Venise? Après vérification, au moins j’ai pas vu de gondoles, c’est déjà çà! C’est pour çà que je prenais mes photos entre deux passages de bateau… Au-delà de leur champ d’action, le calme se manifeste enfin, et je profite pleinement du sentier taillé dans la roche. Les barques ne vont pas plus loin que la grotte de Vrelo, qui est la plus longue grotte sous-marine d’Europe.







Après ce long parcours pédestre émaillées de magnifiques découvertes, il faut maintenant penser à retourner à Statue-City. Faire le chemin inverse à pied, donc grimper sans cesse sur 11 km? Non, je crois pas… C’est avec le bus 60 que je rentrerai; attention à ses horaires, ils sont assez irréguliers, il faut « calculer » un peu pour revenir à temps à l’arrêt, un peu avant les restaurants. Un trajet en taxi devrait coûter l’équivalent de 8 à 9€, mais attention aux chauffeurs qui prennent les touristes pour des gros pigeons en faisant payer leur course à quasiment 25€! Oh, il sont faciles à repérer: ils se planquent le plus près possible du barrage, alpaguent leurs proies, et ont toujours un motif bidon pour justifier leur prix: heures de pointe, week-end… Alors, à bon entendeur!
Me voici de retour à Skopje après un bon 45 minutes de trajet. Un peu de repos au calme dans mon Airbnb ne me fera pas de mal. Je sors vers 19H30 pour mon repas du soir, il fait déjà noir. Cette fois, je ne vais pas au vieux quartier ottoman, je me dirige à l’ouest du centre-ville, en restant du côté de la rive droite du Vardar. C’est pas le bout du monde, il suffit de marcher 1 km tranquille. Le quartier où je me rends pour manger s’appelle Debar Maalo (Дебар Маало), il est plus calme, plus confidentiel , plus « bohème » comme on aime le dire de nos jours, que la frénétique « ville nouvelle ». Le séisme de 1963, même s’il a fait des dégâts ici aussi, s’est quand-même montré moins destructeur, et des immeubles d’époque sont encore debout. C’est ici que les skopiotes aiment venir manger une excellente cuisine ou boire un verre, préférant fuir les décibels et les néons de la Place de Macédoine.
C’est dans un de ces bons restos que je vais approfondir ma découverte de la cuisine macédonienne (je t’en donne l’adresse plus bas). Comme on n’est plus dans le quartier musulman, voici l’occasion de tester LA bière de référence du pays: la Skopsko, une pils très sympa à 4,9% d’alcool, dont les enseignes publicitaires se voient partout dans les grandes villes. Alors pour manger, en entrée ce sera du tarator, qui n’est autre que la version macédonienne du tzatziki grec (souvenirs, souvenirs).


J’enchaîne ensuite sur un autre plat très apprécié des locaux: le turli tava, un genre de ragoût de viande avec des aubergines et des pommes-de-terre, très goûteux et plein de saveurs. Encore un peu de place pour un dessert? Ma foi oui, ça peut le faire! Allons-y pour un trileçe, ce petit gâteau d’origine albanaise et turque, qui marche très bien ici, fabriqué à partir de 3 sortes de lait: du lait entier, du lait concentré sucré (ou pas) et de la crème épaisse. On mange drôlement bien en Macédoine du nord, comme je le verrai encore dans les jours à venir! Je rentre me coucher pour dormir du sommeil du juste. Demain, je quitte Skopje pour partir explorer le pays. Bonne nuit!
Restaurant Skopski Merak: Ulica Debarca, 51.


Le nord du pays: Tetovo et Kratovo.
Je quitte Skopje aujourd’hui matin, après être passé par une petite agence locale de location de voitures, toujours moins chère que les grandes enseignes. La plupart des touristes qui viennent en Macédoine du nord visitent Skopje, puis filent vers le sud pour voir le lac d’Ohrid et point final, ils sont contents. Ils n’ont rien vu du pays, en somme. Tu te doutes bien qu’avec moi, ce sera différent! Je prends la route vers l’ouest de Skopje, pour rattraper l’autoroute qui va me conduire à Tetovo, à 40 km de la capitale. Elles ne sont pas mal, les autoroutes macédoniennes, bien entretenues et le trafic y est généralement fluide. Attention, elles ont à péage, il y a encore des préposés dans leur petite cabine pour percevoir les petits sousous. Oui, parce que le paiement par carte est rare, et ils préfèrent le cash. Bonne nouvelle, ils prennent aussi les euros!
Avant d’atteindre ma destination, je me plie au petit rituel de l’arrêt au supermarché pour m’acheter un pack de bouteilles d’eau. Paragraphe spécial « supermarchés du pays visité », donc: le plus souvent, tu verras des magasins Vero, Kam, Tinex, Ramstore ou encore des Reptil, au logo évoquant un cousin éloigné de l’enseigne des HyperDino des îles Canaries.




J’arrive enfin aux abords de Tetovo (Тетово), à 20 km tout au plus de la frontière kosovare. Seulement, ce matin, c’est jour de marché. Et qui dit « marché de Tetovo » dit bordel sans nom au niveau de la circulation, car il se tient aux abords de la principale voie d’accès, qui continue d’être praticable pour les véhicules. Allez, un p’tit tour de passe-passe style Tetovo? La bande de droite transformée carrément en bande de parking pour les voitures, pourquoi pas? Et ils n’ont pas forcément le compas dan l’oeil pour se garer droit! Voitures, camionnettes d’une autre époque, et même des petits tracteurs agricoles, sans compter les bus de ligne qui doivent assurer leur service! Jamais vu une telle folie. Quant aux ronds-points, ils rendraient presque facile celui de l’Arc de Triomphe à Paris! Il faut avoir une certaine expérience pour ne pas être déstabilisé quand on déboule ici… Dans le centre-ville, c’est plus ou moins du même acabit, et il vaut mieux s’excentrer un peu pour se trouver une place.
Voici donc Tetovo, la cinquième ville du pays, lovée au pied d’une petite chaîne de montagnes et traversée par un petit affluent du Vardar. Sa population est à majorité albanaise, elle est même devenue le fief des « rattachistes », qui voudraient voir la ville se séparer de la Macédoine et tomber dans le giron de l’Albanie. Lors d’un référendum sur l’indépendance en 1990, les albanais de Tetovo l’ont purement et simplement boycotté! Les tensions perdurent encore de nos jours, même si c’est moins ostensible. Mais pas de panique, Tetovo n’est pas un coupe-gorge pour autant, et même si beaucoup d’immeubles de la ville sont gris et ternes, au moins il n’y a pas eu de Tetovo 2014 ici! Ce n’est certes pas l’endroit le plus touristique du pays, mais prétendre qu’il n’y a rien à visiter est erroné. C’est ce que je vais te démontrer tout de suite.





Même si ce n’est pas la plus belle ville du pays, il y a une atmosphère, une ambiance bien différente qu’à Skopje! Le plan des rues semble avoir été conçu par Picasso, la notion de parking se résume en deux points: 1) je me mets où je veux 2) j’y suis j’y reste. C’est plein de petits commerces, et certaines boutiques semblent être là depuis des lustres. Ici un petit coiffeur, là une antique boucherie… Il y a même des petits marchands ambulants qui viennent en voiture pour vendre leurs fruits et légumes en périphérie. C’est une vraie image de la Macédoine que j’aspirais à voir! Le long de la petite rivière, pas de bateaux débiles amarrés. Pas de statues, pas de bâtiments style « folie de grandeurs »… Alors, quoi de beau à voir à Tetovo?
On est ici dans une ville en majorité musulmane. Qui dit islam, dit mosquée. Et justement, la plus belle mosquée du pays, c’est ici qu’elle se trouve: la fameuse mosquée colorée (Šarena Đamija). Elle tire don nom de ses façades recouvertes de nombreux panneaux peints avec des motifs très variés, et fut construite au 15ème siècle à l’initiative de deux soeurs originaires de Tetovo, dont on sait peu de choses, qui en financèrent les travaux. Plus tard, en 1833, l’intérieur fut totalement rénovée grâce au mécénat du gouverneur de la région, Abdurrahman Pacha. Et beaucoup plus récemment, ce sont les panneaux peints qui eurent droit à leur lifting en 2010. L’histoire dit qu’à l’origine, 30.000 jaunes d’oeufs furent nécessaires à la confection du liant de la peinture des panneaux. Les poules n’ont pas connu le chômage à l’époque, c’est clair! Pour pénétrer à l’intérieur, on respecte certains codes: long pantalon, épaules couvertes, et les chaussures attendent sagement à l’entrée. La sépulture des deux soeurs se trouve dans le jardin faisant partie de l’enceinte de la mosquée. Autre petit détail: c’est une des très rares mosquées à ne pas avoir de dôme.











En face de la mosquée, sur l’autre rive de la rivière, un ancien hammam a été reconverti en galerie d’art.


L’autre raison de s’arrêter à Tetovo est également d’ordre religieux. Ce n’est pas une mosquée, ni une église orthodoxe. C’est ce qu’on appelle un tekké, autrement dit un genre de « monastère » musulman à l’usage des adeptes du soufisme (si tu as suivi mon voyage en Bosnie-Herzégovine, tu te souviens peut-être du tekké de Blajaj). Ici à Tetovo, le tekké Arabati Baba a été construit au 16ème siècle par Sersem Ali Baba, derviche et ancien vizir de Soliman le Magnifique. L’ensemble du tekké, ceinturé par une enceinte, est comme un petit village: salles de prière, dortoirs, réfectoires, jardins et fontaines… Durant l’époque de Tito, le tekké fut fermé par les autorités avant d’être restitué à la communauté soufiste après l’indépendance. Les lieux sont empreints de sérénité, malgré le fait que certains vieux bâtiments en bois sculpté mériteraient bien une petite rénovation. Mais les subsides ne viendront certainement pas du gouvernement macédonien, qui ne considère pas la branche bektashi du soufisme (un islam modéré, autrement dit) comme une religion officielle. Il n’y a d’ailleurs plus qu’un seul baba (* maître spirituel soufiste) présent en permanence au sein du tekké. L’avenir des lieux semble plutôt incertain…









Je reprends ma route vers l’est, en prenant les routes secondaires pour éviter la monotonie de l’autoroute. Je contourne Skopje par le nord, et même à 20 km de distance, l’immense Croix du Millénaire est toujours aussi omniprésente au sommet du Mont Vodno. Je continue vers l’est, passant par la région de Kumanovo, à travers un paysage alternant champs et prairies, au relief généralement plat excepté quelques collines.
J’aurais pu continuer mon parcours jusqu’à Kratovo, mon étape de ce soir, mais l’imprévu a parfois du bon. Sur une sorte de promontoire rocheux isolé en pleine campagne, je distingue comme des ruines. Un château, une forteresse? J’en aurai le coeur net. En réalité, c’est un ancien monument aux morts, qui a été construit ici en 1937 pour servir d’ossuaire aux soldats serbes morts lors d’un féroce combat les ayant opposé aux turcs en 1912. Le monument de Zebrnjak (костурница Зебрњак) possédait une tour-clocher d’environ 50 m de haut. Il fut dynamité en 1943 par l’armée bulgare, alliée des Allemands. On peut encore pénétrer à l’intérieur de ce qui reste, et le panorama porte très loin.







Plus on va vers l’est, plus le paysage redevient boisé et le relief reprend des formes plus accentuées. Kratovo se rapproche, mais je voudrais encore faire un arrêt avant d’y aller. La Macédoine du nord est une terre majoritairement orthodoxe, et les monastères sont nombreux, dont certains sont de vraies quintessences de beauté. C’est à la rencontre de l’un d’entre eux que je vais: le monastère Sveti Joakim Osogovski (манастир Свети Јоаким Осоговски), à 15 km à peine de la frontière bulgare, caché au milieu d’un superbe décor montagneux.
Le grand parking laisse présager le pire quant à sa fréquentation touristique, mais comme l’aprem est déjà bien avancé, il n’y a que quelques voitures sans plus. Ce complexe monastique trouve ses origines au 12ème siècle, mais il ne reste quasiment rien de sa structure originelle. C’est qu’il n’a pas eu le tiercé gagnant, le pauvre: entre pillages, destructions de guerres et un tremblement de terre en 1585, il a bien trinqué. Il fut même brièvement reconverti en mosquée durant les invasions ottomanes! Sa mouture actuelle date du 19ème siècle (ça n’a pas l’air comme çà, et pourtant) et provient d’un riche mécène de la région. Le résultat est probant et impressionnant: les deux églises, la plus grande étant dédiée à Saint Joachim, fondateur du site, et ne possédant pas moins de 12 coupoles, sont entourées de petits jardins fleuris, d’escaliers, de fontaines (eau potable, pour info), de chapelles… Les anciens dortoirs des moines ont aussi été reconvertis en chambres d’hébergement car en effet, en Macédoine du nord il est possible de passer la nuit dans certains monastères. Je n’aurais pas pensé que le site était si étendu! L’intérieur des églises n’est pas en reste, les fresques anciennes étant magnifiquement bien conservées.
















Il ne me restera que 45 km à faire vers le sud pour atteindre une des plus belles découvertes de ce voyage: le village médiéval de Kratovo (Кратово), aussi ravissant qu’étonnant. Sa position géographique annonce déjà la couleur, ce n’est pas un lieu ordinaire ici: entouré de collines boisées, Kratovo semble être au centre d’une immense cuvette. C’est exact, car cette cuvette est en réalité le cratère d’un ancien volcan éteint, carrément! Les maisons sont disposées en amphithéâtre autour du vieux village, traversé par deux petites rivières, la Kriva et la Tabacka. Ce dédale de vieilles ruelles, où les maisons anciennes sont encore nombreuses (quoique certaines soient un peu délabrées, faute à un dépeuplement progressif, dommage), abrite encore des petits restos authentiques et des boutiques qui semblent ne pas avoir changé depuis des décennies. Une petite merveille à arpenter, vraiment, d’autant plus que le village n’est en aucun cas congestionné par les trafic automobile!









Pour franchir les deux cours d’eau, il y a évidemment des ponts. Et ceux de Kratovo sont chargés d’histoire, puisque ce sont des vieux ponts ottomans, à une seule arche; l’un d’eux est longé par un escalier qui permet de se balader le long de la rivière. Une autre particularité de Kratovo est la présence de vielles tours défensives, dont la construction s’étale du 12ème au 14ème siècles. Il y en avait autrefois une douzaine, seules 6 d’entre elles ont subsisté et on été restaurées. Ne prétendons pas pour autant que Kratovo soit un San Gimignano miniature, ici les tours sont plus massives, plus rustiques, leur rôle était réellement sécuritaire, pas d’en mettre plein les yeux au voisin! Par exemple, la plupart ne disposaient pas d’escaliers, mais d’échelles escamotables pour se mettre en hauteur à l’abri d’éventuels assaillants. Plus tard, il y en a qui servirent même à stocker du minerai, car il faut savoir aussi que les environs de Kratovo abritaient plusieurs mines de fer, activité qui périclita à la fin du 19ème siècle. La tour la plus connue est la Tour de l’Horloge (Saat Kula), dont les 3 étages accueillent le musée local.









Mais le souvenir le plus intense que je garderai de Kratovo, c’est certainement ce lieu magique où j’ai passé la nuit: la Ethno House Shancheva. Cachée dans une ruelle du sud du vieux village, cette vieille maison de 300 ans a vraiment une âme, avec ses planchers qui grincent et ses petites chambres qui nous font retourner dans le passé. Cette pépite est gérée amoureusement par Stevce Donevski et son fils Jakim, qui travaille aussi pour l’office du tourisme. Si tu veux connaître le vrai sens de l’accueil et de l’hospitalité macédonienne, il faut venir à Kratovo et rencontrer ces deux gars exceptionnels. Ils ont aménagé dans leur cave un petit musée ethno-folklorique fait de bric et de broc (tonneaux, paniers d’osier, outils anciens, et même des antiques téléphones et une boîte aux lettres!). Quelques costumes et vêtements d’époque sont aussi exposés à l’étage, près des chambres. Et ça ne s’arrête pas là, puisqu’ils produisent aussi du vin, ainsi qu’un curieux mélange d’herbes et épices appelé kratovski sol (« sel de Kratovo »), mélangé et broyé manuellement au pilon, qu’on ne trouve nulle part ailleurs en Macédoine du nord.






Du meilleur hébergement au meilleur repas de ce voyage, il n’y avait forcément qu’un pas! En compagnie de Stevce et Jakim, ainsi que de deux femmes serbes ayant déjà séjourné ici deux fois, j’ai vécu un repas plantureux et mémorable: tavče gravče, ajvar (pour rappel, un condiment à base de poivrons), tomates, piments (assez costauds), casserole monstrueuse de moussaka maison… et cet unique sel de Kratovo, qu’il est d’usage de déguster saupoudré sur un bout de pain. J’ai rarement vécu une telle ambiance de proximité et de jovialité, sans doute alimentée aussi par les verres de leur excellent vin rouge, dont je suis surpris qu’ils ne se soient pas cassés à force de trinquer. Mais voilà que j’entends un mot magique de 3 syllabes: ra-ki-ja! Je ne te présente plus cette eau-de-vie des Balkans, petite bombe pouvant aller jusqu’à 40%… dans sa version standardisée donc modérée. La rakija des Donevski, à base de raisin, est conditionnée dans des bouteilles d’eau en plastique. Ça sent l’artisanal à plein nez. Au goût, je suis persuadé qu’on dépasse les 50%!! Alors, imagine-toi l’alternance des shots de rakija et des verres de vin… Les Donevski et moi tenons la route, mais nos deux copines serbes décident de capituler. Jakim me confiera qu’il est arrivé que certains jouent au héros… et finissent endormis, la tête dans leur assiette. On est pas en train de se faire un remake des Tontons Flingueurs, des fois?
J’ai passé une super bonne nuit, c’est indéniable. Alors, pas d’inquiétude, je ne suis ni tombé dans l’escalier et ni de mon lit, mais dire que que ces divins breuvages ne m’ont fait aucun effet serait faux. Il m’a quand-même semblé que le plafond de ma chambre tanguait étrangement quand je tournais la tête sur l’oreiller. Un léger début de cuite? Soyons franc-jeu, c’est bien possible… Quoiqu’il en soit, j’étais frais comme une rose le lendemain matin, pour le petit-déj’! Les repas matinaux dans les Balkans ne sont pas pour les appétits d’oiseau. On a ici une énorme assiette de « macedonian pie », une variante XXL de burek avec des blettes et des épinards, ainsi que de l’ajvar et du yogourt. Il ne reste plus qu’à prendre congé de ces hôtes formidables, pour partir vers de nouvelles aventures. Ultime preuve de leur gentillesse, je me vois offrir un petit sachet de sel de Kratovo, ainsi qu’une mini-boîte de loukoums! Alors, si un jour tu passes par ici pour y dormir, tu sais quoi faire! Pour info, ils sont sur Booking et Airbnb.


La plaine viticole de Tikveš et Kruševo.
Aujourd’hui, je pars vers le sud, en passant à l’est de Skopje et par la grosse ville de Vélès (Велес) que je passe outre. Le paysage est légèrement montagneux et verdoyant, et il n’y a pas trop de circulation. Faut dire que la partie de la Macédoine du nord où je vais n’est pas la plus touristique du pays, excepté peut-être pour une catégorie précise de visiteurs, dont je fais justement partie. Et comme pour faire écho à cette dernière phrase, voici les premiers vignobles qui commencent à égrener la campagne. J’entre dans la région viticole de Tikveš, dans le sud-est du pays, où les vignobles s’étendent sur 11.000 hectares, gérés par une vingtaine de caves viticoles dans une zone située entre les villes de Negotino, Kavadarci, et Demir Kapija (où un musée du vin a été inauguré en 2010). On ne peut pas dire que les vins macédoniens soient connus à l’étranger, car ils sont peu exportés. Mais par le passé, c’est ce territoire qui fournissait quasiment les trois-quarts de la production de vin dans tout la Yougoslavie! J’ai envie de faire plus ample connaissance avec ces délicieux nectars, d’où ma présence ici.
Pour celà, je m’arrête dans la petite ville de Kavadarci (Кавадарци), où il n’y a pas grand-chose à voir, hormis quelques caves viticoles qui ouvrent leurs portes aux visites. C’est ici que se trouve la cave Tikveš, la plus grande du pays, un peu l’équivalent de Plantaže au Monténégro. Mais cette mégastructure est davantage faite pour les gros groupes de touristes, qui viennent en autocar pour écouter un(e) guide débiter l’histoire du vignoble comme un gosse de 8 ans réciterait une fable de La Fontaine… Pas pour moi, çà, je veux quelque chose de plus « immersif ». J’ai donc rendez-vous, ce matin, dans une petite cave familiale où les installations sont attenantes à la maison familiale. Devant la maison, un vénérable tracteur made in Yugoslavia (si si, c’est écrit sur le capot!) se repose à côté de la poussette du petit dernier de la famille. Bienvenue à la cave Peshkov! J’aurai droit à un accueil aux petits oignons de la part du patron, avec des explications vivantes et passionnantes, tout celà accompagné d’une assiette de charcuteries et fromages locaux. La dégustation me fera découvrir des vins fort bons ma foi, d’autant plus que Mr Peshkov utilise des méthodes de culture biologiques. Je goûterai même le jus du raisin en plein processus de vinification, ayant encore l’aspect et le sucré du jus normal, mais dont la fermentation commence à en accentuer l’aigreur; assez étonnant, et très rarement proposé lors d’une visite de cave. Une très belle visite, vraiment.
Winery Peshkov – Pesho Samardziev 37, à Kavadarci.







J’irai ensuite me balader au hasard des petites routes de campagne des environs, où les parcelles de vignes alternent avec des petites collines boisées, avec de temps à autre un petit village perdu au milieu de nulle part. Nous sommes en septembre, et c’est justement la pleine période de récolte. De nombreux petits tracteurs, certains d’un âge impossible à déterminer, trimballent des remorques pleines à ras bord de raisins blancs. Le boulot est encore très artisanal et manuel dans les parcelles, et c’est souvent des femmes qui coupent les grappes, les hommes étant, j’imagine, aux caves pour la suite du processus de fabrication.










Cap vers l’ouest à présent, en passant par Prilep, pour un trajet d’environ 80 km en vue de rallier mon étape de cette nuit. Je traverse encore de vastes zones de plaines agricoles, avec les montagnes au loin vers le nord. Sur la fin de mon parcours, le relief va prendre de la hauteur, pour s’élever à 1350 m d’altitude, là où est posée, sur une colline, la petite ville la plus haute de Macédoine du nord: Kruševo (Крушево, à prononcer Krou-tchévo). Comme tu l’auras compris, c’est ici que je passe la nuit!
Pour la situer en gros, Kruševo est à 160 km au sud de Skopje et à 50 km au nord de Bitola. L’air de rien, elle a eu son importance dans l’histoire du pays lorsqu’en 1903, des « rebelles » de la région se levèrent d’un bloc contre la domination ottomane. Même si ce fait héroïque ne dura que 10 petits jours (durée de vie de l’éphémère « République de Kruševo ») avant que les ottomans ne reprennent le contrôle, il préfigure déjà la volonté d’autonomie et d’indépendance de la Macédoine du nord. De nos jours, c’est une petite ville tranquille, hors du temps et du tourisme de masse, qui s’offre à qui prend la peine de s’y intéresser. Kruševo, c’est un tas de petites rues pavées qui ne font que monter et descendre, au milieu d’anciennes maisons à l’architecture si caractéristique, avec quelques églises qui dressent leur clocher çà et là. C’est une flopée de petits commerces qui semblent être restés au temps de la Yougoslavie, où la pesée des fruits se fait encore à la balance triangulaire avec son long curseur, tu te souviens? Les enfants jouent après l’école, les seniors papotent entre eux, les chiens errants se baladent au gré du vent (à ce sujet, à aucun moment je n’ai senti d’agressivité chez eux, il y en a même qui aiment se faire caresser)… En somme, pour vivre en immersion dans la vie quotidienne des macédoniens, de manière authentique, sans tricherie et sans fards, je pense que Kruševo serait un excellent choix!
















C’est dans cette Macédoine du nord « profonde », à travers les régions moins fréquentées, que tu verras encore énormément de vieilles voitures de l’ère yougoslave, comme les Yugo et les Zastava, ou encore d’antiques Lada (comme la fameuse « Jigouli », comme taillée à la serpe, ou l’increvable 4×4 Niva) et des Škoda tchèques, avec le moteur à l’arrière et le coffre à l’avant (qu’il fallait lester par grand vent pour éviter tout déséquilibre!). J’ai même vu une Lada break ambulance! On a tant fait de blagues sur les Lada, toujours est-il que 40 ans après, elles roulent toujours vaillamment! Les voitures d’aujourd’hui, bourrées d’électronique, en feront-elles autant? Rendez-vous dans 40 ans…










Une petite ville paisible et bien reposante, c’est certain. Mais Kruševo peut-elle nous surprendre, nous faire lâcher un petit sifflement d’étonnement, voire d’admiration? Je réponds oui, et plutôt deux fois qu’une! Pour celà, il faut aller vers l’extrémité nord de la ville, là où se trouve le grand parking gratuit bien pratique. au bout de celui-ci, suivons une petite allée bétonnée: elle mène à une étrange place circulaire cernée de murs blancs, sur lesquels ressortent des cônes portant les noms des révolutionnaires de l’insurrection de 1903. Ceci est le premier élément du vaste mémorial d’Ilinden (du nom de cet événement), qui n’en a pas fini de nous ébahir, crois-moi. Poursuivons un peu plus loin, pour aboutir cette fois sur une esplanade en amphithéâtre, bordée de murs recouverts de mosaïques, au sol recouvert de petits plots blancs, comme des mini-colonnes de Buren. Mais le plus fou reste à venir…
Tu te rappelles des spomenik, ces curieux monuments à l’architecture débridée, parfois même discutable, bâtis durant l’ère yougoslave à la gloire de telle ou telle cause historique; j’en ai vu en Bosnie, au Monténégro… Mais face à moi, se dresse certainement le roi des spomenik, qui les surclasse tous: voici le monument à l’insurrection d’Ilinden, appelé plus simplement Makedonium. Franchement, les bras m’en tombent. Comment je peux décrire une telle dinguerie architecturale qui semble être venu d’une autre planète pour se poser ici? Une grosse boule blanche avec des larges excroissances et des baies vitrées, voilà qui pourrait être concret; ça me fait un peu penser aux anciennes mines sous-marines de la Seconde Guerre, ou bien à une molécule de … euh, je sais pas quoi! Cet ovni a été inauguré en 1974, pour commémorer, on s’en doute, l’insurrection de 1903. L’intérieur du Makedonium abrite la tombe de Nikola Karev, leader de la brève République de Kruševo, ainsi que le monument de la Flamme Éternelle. Hé ben, même à Skopje, ils n’ont pas çà!








En revenant sur le parking, de l’autre côté de la route on ne peut pas rater ce grand bâtiment vitré moderne, tout récent, inauguré en 2011. C’est un musée-mémorial aussi, mais d’un genre tout à fait différent. Il est dédié à la mémoire de Todor « Toše » Proeski, un chanteur pop macédonien, décédé tragiquement en 2007 d’un accident de voiture en Croatie, à l’âge de 26 ans. Ce nom n’évoquera rien en France, je suppose, mais ici en Macédoine du nord, il était une star adulée, élevée au rang d’icône après sa mort. Le lendemain du funeste événement, le pays a décrété un jour de deuil national. Le musée retrace le déroulement de sa trop courte carrière, au gré de personnages de cire, d’objets lui ayant appartenu et de reconstitutions de son appartement et de son studio d’enregistrement (attention, photos interdites en certains endroits). J’ai pu découvrir un gars simple, impliqué dans diverses actions caritatives (il a été nommé ambassadeur national de l’Unicef), ni mégalo ni vulgaire comme ces guignols de la téléréalité qu’il faut biper toutes les 5 secondes tant ils débitent des insanités… Sa tombe se trouve au cimetière local, en contrebas du parking, dans un petit mausolée qui es quasiment devenu un lieu de pélerinage. Bien que né à Prilep, ses parents sont d’ici, et il a passé toute son enfance à Kruševo, dont il a été fait citoyen d’honneur à titre posthume.








Un autre truc super à Kruševo, c’est qu’on y mange très bien! Visiter et marcher, ça creuse à la longue, et le repas du soir se profile à l’horizon. J’ai encore le temps d’aller voir le mignon petit lac, à 500 m au nord, lieu de promenade très apprécié des habitants, avant de me rendre dans ce petit resto à la façade en bois qui, coïncidence, est géré par le même gars de la maison d’hôtes où je passe la nuit. Bon, déjà je te rassure, on ne va pas renouveler la « soirée Kratovo » avec vin et rakija à gogo, pas tous les soirs, non mais! alors, que vais-je goûter de bon aujourd’hui? Côté boisson, je reste sage avec une bonne bière Skopsko. Je me prends de la lutenica (pour faire simple c’est comme l’ajvar mais un peu plus épicé), avant de continuer avec un selsko meso, une sorte de ragoût de viande de porc avec des tomates et des oignons. Elle me plaît beaucoup, cette cuisine macédonienne. Il ne me reste qu’à profiter encore un peu de la soirée, au hasard des rues où les locaux prennent encore le temps de parler entre eux, bien loin des écrans géants lumineux et des décibels à rendre sourd d’une certaine capitale…
Restaurant Krushevska Odaja – 1 peu avant le musée-mémorial Toše Proeski.



Le parc national de Mavrovo.
Aujourd’hui, je repars vers le nord-ouest pour un trajet d’une centaine de kilomètres que je vais faire en matinée. Un trajet nullement monotone, les paysages étant tellement variés et bucoliques qu’on ne cède jamais à l’ennui. Les routes secondaires ne sont pas trop mal foutues non plus, et la circulation y est aisée. Par contre, attention à ne pas avoir le pied trop lourd, car la police macédonienne est très présente sur les routes, et bien souvent j’ai vu des voitures sur le bas-côté pour un contrôle, et on voit qu’ils ne sont pas là pour un concours d’histoires drôles…

Durant mon parcours, en longeant une petite rivière, j’entrevois entre les arbres quelques vieilles maisons à balcon de bois. Tiens, ça pourrait être intéressant d’y faire un petit tour, les haltes imprévues ont parfois du bon! Je suis ici à Železnec (Железнец), un minuscule village qui aligne ses bâtisses en pierre le long de ce petit cours d’eau qui prend sa source à 1 km à peine d’ici. L’endroit est d’une tranquillité absolue, ça paraît même un peu déserté, les petits villages isolés se dépeuplent-ils aussi en Macédoine du nord?









Après avoir dépassé la petite ville de Kičevo, le décor se fait plus boisé et le relief plus montagneux; la route commence à grimper et à dessiner des virages. Je pense avoir doublé le camion le plus lent de tout le pays: en pleine montée, chargé de bois ras-la-gueule et moteur prêt à éclater, il était à 8 km/h… Celà dit, il était du même modèle que le camion jaune près des caves Peshkov, dont j’ai mis la photo plus haut, ce qui implique qu’il a certainement dans les 50 ans! Enfin, soit. Je vais maintenant bifurquer à gauche pour enfin pénétrer au sein du parc national de Mavrovo, créé en 1949, qui est le plus grand parc de Macédoine du nord avec 730 km². Il s’étend jusqu’à la frontière albanaise et abrite le point culminant du pays, le Mont Korab qui affiche 2764 m d’altitude.
De la route, les contours d’un lac commencent à se dessiner. Oh, il n’est pas bien grand comparé à ses grands frères les lacs d’Ohrid et de Prespa, car il fait seulement 13 km². De plus, c’est un lac artificiel, qui s’est créé en 1953 suite à la construction d’un barrage. Il fait néanmoins partie du parc national et s’est très bien intégré au paysage. Il est possible de franchir le barrage par une route carrossable. Lors de la construction de celui-ci, une cinquantaine d’ouvriers perdirent la vie dans une avalanche. Une stèle commémorative a été érigée à proximité.







Le long de la pointe sud du lac s’étend un petit village: c’est Mavrovi Anovi (Маврови Анови), qu’on pourrait traduire par « nouveau Mavrovo », car la création du lac a bien illustré l »expression « un mal pour un bien », du fait que le village originel de Mavrovo a été englouti par les eaux, rien que çà! La nouvelle église du village, érigée en 2006, n’a rien de vraiment renversant. Un campanile se dresse juste à côté.







Mais s’il y a une nouvelle église, ça sous-entend à coup sûr qu’il y en avait une ancienne. Et dans bien des cas, quand un village est englouti, seule l’église réussit à garder le bout de son clocher hors des eaux! Qu’en est-il ici à Mavrovi Anovi? Hé bien, ça dépend de la période et du niveau du lac, en fait. Quand les eaux montent, elle peut être partiellement immergée, mais à l’instant présent, en septembre, elle a les pieds au sec. Je me demande quand-même combien de temps tiendra encore la colonne posée de travers, et si le mur qui la retient se cassera la gueule en même temps…





Je continue ma route en restant sur la R1201, qui est un peu le « fil conducteur » du parc de Mavrovo. On est maintenant à l’extrême ouest du pays, à une dizaine de km de l’Albanie. J’aime beaucoup le décor, qui affirme de plus en plus son caractère montagneux tout en restant intensément boisé. La route a du mal à se tenir droite et serpente dans une sorte de vallée. Tiens, en passant, tu te rappelles du magnifique monastère Sveti Joakim Osogovski, près de Kratovo? Aimerais-tu en voir un autre du même acabit, peut-être encore un cran au-dessus? quel heureux hasard, il y en a justement un qui est tout proche…
L’arrivée sur le site est encore plus spectaculaire, avec le bâtiment principal carrément à flanc de falaise, qui prend même des allures de forteresse. Je m’apprête à explorer un des monastères orthodoxes les plus connus et les plus révérés des macédoniens: voici le monastère Sveti Jovan Bigorski. Alors, Sveti Jovan, c’est Saint-Jean en macédonien, quant à Bigorski, ça vient de « bigor » qui veut dire tuf, matériau qui a servi à la construction de l’édifice. Il a été plusieurs fois reconstruit et remodelé au fil des siècles, et sa mouture actuelle date du 18ème siècle. Celà n’a pas empêché un incendie de se déclarer en 2010, qui a fait quelques dégâts au niveau des bâtiments de bois abritant la bibliothèque et le réfectoire. Les moines (environ 20 moines vivent encore ici) ont pu heureusement sauver une grande partie des bouquins.




Un parking pour voitures fait face à des bâtiments récents qui font office d’hébergement (oui, comme à Osogovski, on peut passer la nuit ici), à côté de l’entrée principale du site. À l’instar de son confrère du nord du pays, l’endroit est très étendu, et les bâtiments, à l’architecture si particulière, sont aussi magnifiques qu’impressionnants. Cette haute tour avec son cadran, qui semble garder l’entrée du monastère, on dirait presque une ancienne tour de contrôle d’aérodrome! Non, sérieusement, l’endroit est superbe, de par son environnement boisé et escarpé, les bâtiments sont d’une belle homogénéité et une grande sérénité y règne, malgré le fait qu’ici aussi ce soit touristique (un peu moins en semaine quand-même). Quelques moines y circulent toujours, l’un regagnant sa cellule, un autre sortant de l’église ou se rendant au petit jardin en contrebas. Ce n’est pas figé, ça vit toujours. Au niveau du code vestimentaire, j’ai vu des gens en short. Par respect, j’ai enfilé un pantalon long. Un moine m’expliquera que ce dress code est assez aléatoire selon tel ou tel monastère; ici, on ne serre pas trop la vis… Sinon, l’église du monastère abrite quelques belles fresques, ainsi qu’un incroyable iconostase (* une cloison couverte d’icônes qui sépare la nef du sanctuaire) en bois sculpté du 19ème siècle.
















Le parc national de Mavrovo est également connu pour ses villages mijaks. Alors, dans la série « j’apprends un nouveau mot », voici donc le terme mijak. La communauté des mijaks vit essentiellement dans l’ouest du pays, précisément dans la région où je me trouve, et s’élève à plus ou moins 30.000 personnes. Orthodoxes à la base, certains le sont resté mais une majorité s’est converti à l’islam au fil des siècles, ce qui explique la présence importante de mosquées dans leurs villages. Le mot mijak désigne toujours la branche orthodoxe, alors que les macédoniens musulmans se nomment les Torbeši. Les mijaks sont aussi devenus des pointures dans l’art de la sculpture du bois (l’iconostase du monastère Sveti jovan Bigorski a été réalisée par un mijak), et les bâtiments du même monastère donne déjà un aperçu du style architectural mijak.
À quelques km du monastère, le village de Rostuša (Ростушe, à prononcer Ros-tou-tcha) est niché dans les montagnes, en surplomb de la vallée de la Radika. La petite mosquée en bois et, plus haut, sa grande soeur en pierre laissent bien deviner l’obédience musulmane de ce petit village tranquille. Une petite randonnée sympa d’environ 2 km permet d’atteindre la cascade de Duf (avec un seul F sinon ça ferait Duff, la bière préférée de Homer Simpson 🙄🙄), qui plonge de 24 m dans une étroite petite gorge avant que le petit cours d’eau ne rejoigne la Radika.






Quelques km plus au sud, étalé sur le versant opposé de la vallée, voici Janče (Јанче, à prononcer Yan-tché), un petit village en cul-de-sac aux vieilles maisons de pierre, dominé par les deux minarets de sa mosquée blanche. C’est d’ici que démarre un sentier de rando qui grimpe jusqu’au village de Galičnik, que je te présenterai plus tard, car c’est là que je pose mon sac cette nuit!





Pour rejoindre Galičnik, c’est facile. Il suffit de revenir vers le lac de Mavrovo et de repasser par Anovi Mavrovi. 100 mètres avant la nouvelle église, une petite route va commencer une grimpette de plusieurs kilomètres à travers la forêt. Et soudain, au détour d’un virage, pouf! Les arbres vont disparaître quasiment sans transition pour faire place à un surprenant décor de plateau semi-désertique qui se donne des airs de Highlands écossais. Mais la confusion s’arrête là, y a pas de manoir hanté ni de mecs en kilt dans le secteur 😁… C’est le plateau de Bistra, du même nom que les Monts qui se dressent aux environs de Galičnik. C’est un coin très peu habité, hormis quelques fermes isolées qui s’adonnent à l’élevage de moutons et de chèvres. Le contraste est assez saisissant par rapport à la si proche vallée de la Radika, en contrebas! La Macédoine du nord ne laisse décidément aucune place à la monotonie! Je décide d’ailleurs d’aller y faire une petite rando sympa…






Il ne reste que quelques kilomètres pour enfin atteindre Galičnik (Галичник, à prononcer galitch-nik), un minuscule village d’à peine… 10 habitants. On se trouve ici entre 1300 m et 1500 m d’altitude. C’est un petit « bout du monde », ce n’est pas peu dire car la route ne va pas plus loin. Un sentier de rando de 5 km rejoint le village de Janče, en contrebas. Même les bus ne viennent pas jusqu’ici! Comme je suis arrivé en début de soirée, le crépuscule pointe déjà le bout de son nez, il fait sombre pour les photos, par conséquent je ferai ma petite exploration demain matin, avant de repartir.
Je prends donc mes quartiers dans ce petit hôtel-resto à l’ancienne, à l’entrée du village, où quelques éleveurs du plateau viennent encore boire un verre en soirée, et où les chiens se couchent en travers du chemin qui ne doit pas voir passer beaucoup de voitures. « Baba I Dede », ça s’appelle, en français ça se traduit par « grand-mère et grand-père ». Je vais être bien ici, et le repas du soir sera au diapason de cette ambiance très locale. C’est l’occasion de goûter au fromage de Galičnik, le Cașcaval, à pâte dure et au lait de vache ou de brebis, ainsi qu’au bakrdan, qui n’est autre que la version macédonienne de la polenta. Je continue avec une sharska, qui est simplement le nom qu’on donne ici à la pljeskavica, ce gros hamburger si populaire dans les Balkans. Je ne cracherais pas sur un petit dessert, tiens. Je finis en beauté avec une tranche de basbousa, un gâteau sucré à la semoule.

Le lendemain matin, après un petit-déj’ matinal, je pars me balader à pied dans le village. Galičnik n’est pas ramassé sur lui-même mais plutôt éparpillé en maisons isolées à flanc de colline. Une petite église, une fontaine, deux statues de VIP locales j’imagine, au niveau de monuments c’est pas la folie. Sans compter cette impression de traverser un village-fantôme tellement l’endroit est peu peuplé; un hôtel abandonné, un peu plus bas c’est un resto fermé, des maisons délabrées… La plupart des habitations sont en réalité des résidences secondaires par d’anciens habitants ou des gens de Skopje qui viennent se ressourcer quelques jours en saison. Que réservera l’avenir à Galičnik? D’autant plus que son isolement ne joue pas en sa faveur, les hivers peuvent être gratinés dans cette région, et des couches de neige de 2 mètres n’y sont pas rares!












La République de Vevčani, une micro-nation pour de faux!
Maintenant que j’ai vu Galičnik en pleine lumière, le voyage peut continuer! Je repars vers Mavrovi Anovi, en faisant toutefois un petit arrêt impromptu pour quelque chose qui m’avait échappé hier sur la route à l’aller. En plein dans un virage, une petite construction en bois domine une petite colline herbeuse. J’imagine qu’elle n’est pas là pour rien, je vais voir çà de plus près. Et j’ai bien fait, car celà m’a permis de contempler le plus beau point de vue qui soit sur le lac de Mavrovo!

Je rattrape la route R1201 qui part vers le sud, en direction du lac d’Ohrid, en passant le long du lac de Debar, quasi frère jumeau du lac de Mavrovo (artificiels tous les deux, ils font la même superficie de 13 km²). Je fais aussi un court arrêt-photo devant le monastère orthodoxe féminin Saint-Georges-le-Victorieux, 2km avant Debar. Je n’y suis pas entré, il était encore en travaux de réfection. En tout cas, la route est très agréable à parcourir et la circulation y est fluide (oh, un camion de temps en temps, mais il est vite dépassé). Des voitures à plaque étrangère, on peut pas dire qu’il y en ait tant que çà; des pays limitrophes, je vois parfois des serbes et des bulgares, par contre très peu d’albanais et pour ainsi dire pas de grecs (les vieilles rancoeurs ne sont peut-être pas complètement enterrées). Et, bien entendu, les sempiternels allemands et néerlandais…



Je ne vais pas foncer tout de suite vers le lac d’Ohrid, car j’ai entendu parler d’un endroit pas banal en Macédoine du nord, à environ 15 km au nord des rives du lac. Une sorte d’enclave géographique, un « état dans un état »… Au début de la route qui y mène, un poste-frontière un peu pompeux annonce que je vais pénétrer sur le territoire de la République de Vevčani (Вевчани, à pronocer « vev-tchani). Alors, qu’est-ce que c’est que çà? Où ai-je mis les pieds? Pour comprendre, il faut revenir en 1991, mors de l’éclatement de la Yougoslavie. L’histoire est partie d’un conflit avec les autorités yougoslaves, à propos du détournement de l’eau des sources de Vevčani vers la région de Struga, au sud. Un référendum populaire a débouché (avec 99% de voix!) sur une séparation symbolique avec la Macédoine du nord et à l’indépendance de ce mouchoir de poche! Fallait oser le faire, non? Depuis ce temps, cette république factice a continué d’exister, davantage pour attirer les touristes que pour encore vraiment faire de la résistance! Mais attention, ils ont quand-même leur drapeau et leur propre devise, le ličnik!


Et comment c’est, Vevčani? Pas vilain, je dois dire. Quelques petites rues fleuries, parfois bordées de vieilles maisons de pierre à balcon en bois, sont longées par des petites rigoles où cavale l’eau des sources se trouvant plus haut. Il y a encore ici une vraie vie de village, et on a plus de chances de croiser une vieille voiture des années 80 que le tout dernier modèle du constructeur Chose ou Machin… C’est un peu hors du temps, comme à Kruševo.











Les fameuses sources de Vevčani, source (!) du contentieux ayant conduit à l’indépendance, sont situées un peu plus haut, à l’extrémité ouest du village. L’accès est payant, pour une somme ridicule (30 MKD = 0,50€) et les denars macédoniens sont quand-même acceptés. En fait, c’est une ribambelle de petits ruisseaux qui se croisent, sautent de cascade en cascade pour se réunir et rejoindre la rivière Vevčanska qui traverse le village. La balade, sur un beau sentier dallé, est bucolique et rafraîchissante; on passe devant une petite chapelle ou un ancien moulin, on franhit une petite passerelle en bois, on se laisse bercer par le bruissement de tous ces petits cours d’eau… La rivière sert même de « frigo » à un café qui y plonge ses bacs de bière!




Et pour le côté « folklorique » de la visite de cette étrange petite nation, un stand près des sources, ainsi que quelques boutiques dans le village, permettent d’acquérir des devises locales, ainsi qu’un passeport qui sera solennellement estampillé (faudrait pas se mettre en infraction, non plus!). Pas de danger, comme il est écrit dessus, il est « valable dans tous les pays, si on le garde dans son sac »!




La région du lac d’Ohrid, avec un crochet par le lac de Prespa.
Le lac d’Ohrid n’est plus qu’à 15 km au sud, et je devine sans peine que je vais pénétrer dans la région la plus touristique du pays, rien qu’à voir la circulation s’intensifier, surtout dans la périphérie de la ville d’Ohrid! Mais çà, ce sera pour plus tard, je m’en vais d’abord longer la rive du lac, côté macédonien. Mon premier contact visuel avec le lac d’Ohrid me fait dire que les lacs de Mavrovo et Debar ne jouent pas dans la même cour que lui! Ici, on est sur du 358 km² de superficie, 30 km de long sur 15 km de large, y a donc pas photo, les 13 km² des deux compères ne tiennent pas la comparaison. Il a un pied en Macédoine du nord, l’autre en Albanie, le plus gros morceau revenant à la Macédoine du nord. Ce serait l’un des plus anciens lacs au monde, et des espèces endémiques y vivent.
La route qui le longe traverse quelques petits villages, qui ont quasiment tous leur petite plage ou un mini-port abritant quelques barques. Mais je vais la quitter provisoirement pour grimper cette petite route sinueuse, qui va m’offrir un panorama de première classe sur presque tout le lac, et me permettre d’avoir un oeil posé chacun sur un pays différent! Et c’est pas tout: après m’être rassasié de ce point de vue exceptionnel, il est temps de me rassasier au sens propre! Car là-haut, il existe un super petit resto qui sert une cuisine macédonienne à se damner. Son nom: Utarna Terasa. C’est là que je goûterai au gjomleze, un genre de tarte nature salée découpée en morceaux, parfois fourrée au fromage, qu’on peut trouver aussi en Turquie. Avec une bière, c’est pas mal, mais ce ne sera pas une Skopsko cette fois, ce sera une Zlaten Dab, l’autre grande bière nationale produite à Prilep, ce qui explique sa plus forte présence dans le sud du pays. Ça arrive qu’elle soit servie dans un petit pot en grès.









En continuant encore vers le sud, j’arrive à une bifurcation: à gauche, c’est la frontière albanaise à 1 km. Moi je prends à droite, et je n’aurai que 500 m à faire pour atteindre un des endroits les plus visités sur les rives du lac d’Ohrid: le monastère Sveti Naum. C’est l’un des monastères orthodoxes les plus connus et les plus visités de Macédoine du nord. Trouverai-je ici la même quiétude qu’à Sveti Joakim Osogovski ou Sveti Jovan Bigorski? Voyons çà ensemble…
Bon, voilà un bien grand parking, payant de surcroît (50 MKD, c’est pas cher, on va pas pinailler), avec deux ou trois autocars. Le site est très touristique, difficile de dire le contraire. Il y a même un bateau d’excusrion qui part d’Ohrid tous les matins pour la journée. Du parking, il faut parcourir 400 m à pied pour atteindre le monastère. Et c’est là que çà perd toute cohérence. Je me serais attendu à une allée pavée, bordée d’arbres, avec un silence seulement interrompu par le chant des oiseaux… Me voilà bien désabusé: le long du lac, une plage avec des parasols multicolores, où on se baigne et on fait bronzette. En face, un alignement illogique de boutiques de souvenirs en tous genres (quel est le rapport entre un sac à main ou un maillot de foot avec la religion orthodoxe? Faut m’expliquer, là) et des petits bars branchés qui mettent de la musique à fond les ballons (Rihanna et Beyoncé vont-elles se mettre au chant liturgique? 🥴). Et quand je vois la silhouette du monastère floutée par la fumée des grills d’un barbecue, je me demande vraiment où j’ai atterri… Quant aux petites barques qui attendent près d’un petit plan d’eau face au monastère, c’est le lieu de départ d’une mini excursion en bateau (pas indispensable) pour s’approcher des sources de Sveti Naum.




Et voilà enfin l’entrée du monastère Sveti Naum, fondé au 10ème siècle et plusieurs fois remanié au fil du temps. Comme Sveti Stefan Bigorski, il a été endommagé par un incendie, en 1875. La musique assourdissante et les marchands du Temple ont cédé la place à la tranquillité, parfois entrecoupée par un « leooonnn!! » strident, reconnaissable entre mille: Sveti Naum est aussi connu pour abriter de nombreux paons, dont certains mâles aiment jouer les playboys en faisant la roue! Sinon, le site est magnifique, tout au bord du lac et posé sur une petite falaise. On n’est plus sur la même architecture des autres monastères, à Sveti Naum c’est le style byzantin qui domine, comme certaines églises d’Ohrid comme on le verra plus tard. Des moines y habitent encore, et comme à Osogovski et Bigorski, il est possible d’y passer la nuit. Impression mitigée, donc: le monastère est super beau, mais les alentours, sacrifiés sur l’autel du tourisme de masse, représentent une antinomie comme j’en ai rarement vu. Un peu comme si une fête foraine s’installait juste à côté de la basilique Saint-Pierre de Rome, tu vois?










Comme je ne vais pas en Albanie, je rebrousse chemin, mais je ne vais pas foncer tête baissée vers Ohrid comme le font trop souvent les touristes lambda. Après un panneau jaune indiquant Ohrid et Otosevo, je prends la petite route P504 à droite, dont le début est barré par deux ou trois petits plots. Des travaux? Non, c’est le point d’entrée du parc national de Galičica, créé en 1958 et d’une superficie de 225 km², et c’est ici qu’un préposé perçoit les 200 MKD d’entrée dans le parc, avant d’enlever les plots (on serait pas assez cons pour rouler dessus, non plus). J’en ai déjà eu un aperçu général, car c’était le massif montagneux qui se détachait très bien au loin depuis le monastère Sveti Naum.


C’est parti pour gravir cette petite route qui ne va faire que grimper tout en se faisant plaisir avec force virages en lacets, au milieu d’un paysage magnifique. Quelques points de vue sont aménagés pour se saoûler visuellement d’un panorama d’anthologie sur le lac d’Ohrid. Quelques kilomètres avant le col de Livada (1568 m), il y a un spot très recherché pour les adeptes de parapente, dont les silhouettes se dessinent face aux eaux du lac tout en bas, sous le regard placide de quelques vaches de montagne en semi-liberté.




Le point le plus haut de la route traverse un paysage de plateau d’altitude, toutefois un peu plus boisé que celui de Bistra près de Galičnik. Quelques voitures et camping-cars y sont garés sur le bas-côté, car c’est ici le point de départ d’un tas de randonnées à travers le parc. Le point culminant du parc, tout proche, atteint les 2254 m d’altitude.




Après le sommet de col, forcément que ça va redescendre, faut pas être géographe pour le deviner. Et voilà qu’au détour d’un virage, un grand lac apparaît au loin. Qu’on ne s’y trompe pas, j’ai pas fait demi-tour et ce n’est pas le lac d’Ohrid qui est dans mon viseur! Non, celui-là, c’est le lac Prespa, un peu plus petit avec 273 km² et qui fait encore mieux car il s’étend sur trois pays: la Macédoine du nord, l’Albanie et la Grèce (j’espère que les poissons du lac côté macédonien et leurs homologues grecs ne se bagarrent pas entre eux!). Il est moins connu et moins fréquenté que son collègue de l’autre versant le lac d’Ohrid, et pourtant sans Prespa, hé ben pas d’Ohrid! C’est en effet le lac Prespa qui alimente le lac d’Ohrid, qui est environ 200 m plus bas que lui. Celà se fait par infiltration souterraine d’eau traversant l’intérieur du massif de Galičica, pour ressortir au niveau du monastère Sveti Naum. Et c’est pas fini: il y a deux « Prespa »: le grand lac Prespa, celui qui est face à moi, et le petit lac Prespa, séparé du grand par une sorte d’isthme, qui ne fait que 47 km² et se trouve majoritairement en Grèce, ne mettant qu’un orteil de 4 km² en territoire albanais. Arrivé à la fin de la route P504, je vais longer la rive ouest du grand lac pour rejoindre par après la ville d’Ohrid. À l’aise, j’ai le temps… ça prespa (ouais… plutôt moyen, j’ai déjà fait mieux 🙄).



Ohrid, la Perle (touristique) de la Macédoine du nord.
Je rejoins la périphérie d’Ohrid dans l’après-midi; c’est un défilé de ronds-points et comme à Tetovo, les usagers, que ce soit en deux ou quatre roues, s’en donnent à coeur joie et font n’importe quoi. Heureusement, aux abords de la vieille ville, c’est plus calme. Je me gare près d’une des 4 portes fortifiées de la vieille ville pour ensuite rejoindre ma chambre airbnb, en surplomb du lac et à 200 m de la Forteresse de Samuel.
Voici donc Ohrid (Охрид, à prononcer O-krid), surnommée « la Perle de la Macédoine du nord » ou encore la « Jérusalem des Balkans », en raison du nombre pléthorique de chapelles et d’églises qu’on peut y trouver. Comme me disait mon hôtesse Elena, il faudrait une année pour visiter Ohrid: un jour pour une église! Bon, je ne dispose pas de tout ce temps, mais il y a quand-même moyen d’en voir un bon morceau. Le fait qu’Ohrid ait été inscrite au patrimoine de l’Unesco en 1979 n’a rien de surprenant! Le monument le plus proche de mon logement est la Forteresse de Samuel (Tsar Samoil), qui déploie ses murailles et ses 18 tours défensives à l’ouest de la vieille ville; il faudrait un sacré bélier pour en défoncer les murs! Son nom vient du tsar de Bulgarie Samuel Ier, dont Ohrid était une des cités principales de son empire. Elle a été restaurée au début des années 2000.





En contrebas de la forteresse, s’élève la colline de Plaošnik, un petit quartier aux ruelles tranquilles d’où les points de vue sur le lac et la vieille ville sont de toute beauté. Le coin est également connu pour son chantier de fouilles juste à côté de l’église Sveti Kliment i Panteleimon, qui dupe bien son monde de par son âge: l’édifice, qui semble bien ancien visuellement, fut construit et achevé en 2002! Sa première mouture datait du 10ème siècle, et a connu bien des turpitudes au fil du temps, jusqu’à être transformé en mosquée au 14ème siècle. Après l’époque ottomane, la mosquée tomba en ruines et finalement, c’est l’église qu’on voit de nos jours qui a pris sa place.










Je ne vais pas m’amuser à répertorier et détailler chaque église, sans quoi il me faudrait rédiger un carnet bis! Il y en a cependant quelques-unes qu’il serait sacrilège de ne pas mettre en évidence. Comme l’église Sveti Jovan Kaneo, à 300 m de la précédente, à l’extrémité de la colline. Elle fut bâtie au 13ème siècle dans le style byzantin, et a comme un air de famille avec le monastère Sveti Naum. Perchée sur son promontoire, en haut d’une falaise et face au lac, avec même quelques cyprès qui donneraient presque l’impression de se trouver en Italie, y a pas photo, c’est elle qui décroche la palme du plus bel emplacement à Ohrid! Celà dit, quand je dis « y a pas photo », c’est bien le contraire qui se passe ici; ce serait plutôt Sveti Jovan Instagram… Les dingos du selfie on trouvé leur spot favori, ils se mitraillent avec leur smartphone sur la terrasse devant l’église ou le lac. Étant donné leur acuité d’esprit, je les imagine bien se dire en regardant leurs clichés « oh ben merde, y a un lac derrière moi, je l’avais pas vu! » 😕









Je vais maintenant redescendre la colline de Plaošnik pour le plonger au coeur de la vieille ville d’Ohrid. Tout celà est foutrement joli: un lacis de petites ruelles pavées, d’où s’échappe parfois l’une ou l’autre volée d’escaliers, et surtout ces maisons à plusieurs étages, à l’architecture plutôt curieuse que je n’ai vu qu’ici à Ohrid. Les étages supérieurs sont plus larges que ceux d’en bas, comme si le gosse d’un géant avait voulu construire une maison en Lego mais dans le désordre. La sensation est particulière quand on passe dans une ruelle étroite, on a l’impression que les étages qui se font face vont se refermer sur toi…









Mais sans vouloir être rabat-joie, c’est beau certes, mais touristique! Pas partout, dieu merçi, les touristes n’aiment pas le risque et préfèrent rester sur les deux ruelles principales commerçantes, s’égayant rarement dans les venelles adjacentes. Et pour les fans d’églises, pas de stress, vous en aurez jusqu’à plus soif, de la petite chapelle qu’on devine à peine aux plus grandes, comme la cathédrale Sveta Sofia (cernée par des restos, de l’assiette à la dévotion y a qu’un pas à faire). Si tu cherches plus de calme, il faut prendre de la hauteur au gré des ruelles et des escaliers pour découvrir un Ohrid plus vrai, qui appartient encore entièrement aux habitants. Et il n’est pas exclu de croiser une vieille Yugo usée jusqu’à la corde, bien plus « macedonian touch » qu’une grosse berline allemande (c’est pas que les voitures, je crois que tous les touristes allemands du pays se sont donné rendez-vous à Ohrid!).






Envie d’une petite visite hors des sentiers battus? J’avoue être passé par hasard devant cette boutique de prime abord anodine, j’aurais pu passer outre. Mais la curiosité a souvent du bon! Qu’est-ce qui est en train de sécher, là devant l’entrée, sur des étendoirs à linge? Des vêtements? Non, c’est moins logique: ce sont des feuilles de papier! Car voici une petite imprimerie artisanale, ouverte en 2002, qui reproduit à l’ancienne des documents anciens, des cartes, des dessins… Des démonstrations de pressage et séchage sont régulièrement organisées, en utilisant une réplique de la mythique imprimerie inventée par Gutenberg au 15ème siècle. Intéressant et ludique, et on peut acheter du papier vierge ou des produits imprimés. L’imprimerie se trouve dans la rue Car Samoil (une des rues principales) au N°72 et, encore un petit plus, l’entrée est gratuite.






Il y a tant de choses à voir à Ohrid, c’est une évidence, mais les journées ne se rallongent pas par magie, et la soirée s’amorce déjà. Bon, j’utliliserai le lendemain matin à bon escient pour explorer ce que je n’aurai pas vu aujourd’hui! Pour l’instant, je cherche un coin tranquille pour mon petit repas du soir, et le long des berges du lac, je pense que ça va pas le faire: les terrasses de restos, saturées, sont au côte-à-côte, et j’ai entendu des serveurs répondre « sorry, full » (* désolé, c’est complet) à quelques clients voulant tenter leur chance. Je vais m’excentrer un peu, on verra bien. Un petit snack-bar, une assiette de ćevapi avec une Zlaten Dab, ça ira très bien pour moi. Hé bien non, je n’ai pas goûté la spécialité locale, la truite d’Ohrid, que tout bon touriste docile se doit de faire passer par son système digestif. Alors, pourquoi? Il faut savoir que cette espèce est endémique au lac d’Ohrid, et qu’elle est victime de son succès: la surpêche a fait des ravages, aussi bien en Macédoine du nord qu’en Albanie, et si des mesures fortes ne sont pas prises dans le futur, il se pourrait qu’à long terme ce soient les prémices de sa disparition. Alors voilà, je n’ai pas voulu devenir un des artisans de son déclin (même si ça ne fait jamais qu’une truite de sauvée)…
Il y a encore un coin d’Ohrid que je n’ai pas exploré, et où je vais aller traîner mes chaussures ce matin: c’est son quartier du vieux bazar (čaršija). Mais si tu t’attends à une quelconque ressemblance avec son homologue de Skopje, tu vas déchanter, c’est pas vraiment la même chose! En sortant d’une ruelle pavée en pente, voilà qu’on débouche sur une grande artère piétonne, anormalement large, dont l’alignement de boutiques aguicheuses pour touristes n’a rien à voir avec les vénérables échoppes en bois de la Stara Čaršija de Skopje! Au petit matin, c’est complètement désert, le ressenti est assez bizarre.


Comme à Skopje, la communauté musulmane a son quartier. Difficile de se tromper quand on voit les minarets des mosquées et la tenue vestimentaire des locaux. En même temps, le fait de voir une mosquée côtoyer un fast food ou un bar n’est pas ce qu’on a trouvé de plus harmonieux… L’épicentre du quartier, c’est la place Kruševska Republika, sur laquelle se dresse un énorme platane de plusieurs siècles, probablement le plus vieil arbre du pays. Les gens commencent à sortir, à faire leurs petites emplettes du matin… Je trouve une petite boulangerie qui vend des bureks, super, voilà mon petit-déj’ façon Balkans!






Un dernier petit crochet par les rives du lac, encore tranquilles à cette heure, où certaines terrasses accueillent déjà les formules petit-déjeuner (pas de burek ici, mais les croissants pour touristes, qui ne voudraient pas se sentir trop dépaysés!). Il ne me reste qu’à prendre congé de mes hôtes, à rejoindre la voiture et à entamer la dernière journée de mon voyage. Comme le temps file…


Bitola, la « ville des consuls ».
Un avantage certain quand on loge chez l’habitant, c’est qu’ils connaissent réellement leur pays, et à plus forte raison leur région. Ils peuvent te donner des tuyaux, des endroits secrets que tu ne touveras pas dans les guides de voyage, qui préfèrent toujours ânonner la même soupe réchauffée durant 20 éditions de suite (j’ai pas cité de nom, hein). C’est justement dans un de ces petits endroits perdus, à 20 km d’Ohrid, que je me rends avant de rallier Bitola. C’est la Macédoine du nord des petits chemins cabossés et poussiéreux, où les croisements de voitures sont parfois impossibles, où on rencontre encore des vieilles femmes en habit d’autrefois, transportant un panier ou un seau sur la tête. Ce hameau isolé, composé de quelques maisons et d’un émouvant petit cimetière, s’appelle Rečica (Речица, à prononcer Ret-chit-sa).


Peu de choses à voir, dirait-on au premier abord. J’entends dire « pourquoi est-il venu se perdre ici? ». Ne va pas penser que j’ai perdu la boule, mais je suis venu voir le fonctionnement d’une… laverie automatique. Oui, tu as bien lu. Mais pas de grosses machines à laver en enfilade dans le secteur, car ici c’est l’eau des ruisseaux de montagne qui fait le boulot! Et c’est pas pour le petit linge du genre t-shirts et chaussettes, non, c’est pour de grosses couvertures et de grands tapis que les habitants de la région viennent déposer ici avant de venir les récupérer une fois que leur barda est sec. Pour faire simple, cette machine à laver naturelle, appelée ici valavica, fonctionne ainsi: l’eau collectée, venant des petits ruisseaux des alentours, passe dans une étroite canalisation en pente et arrive à grande vitesse dans un bassin en bois de 2 m de diamètre pour autant de profondeur, en partie enterré dans le sol. La vitesse de l’eau, qui déboule non pas au centre du bassin mais sur un bord, provoque un énergique tourbillon qui fait tourner les tapis! Ceux-ci sont ensuite retirés du bassin (ça doit peser une tonne, je sais pas comment ils font) et entreposés sur l’aire de séchage, uniquement par temps sec, on s’en doute. Je n’ai pas vu le truc fonctionner, j’ignore donc s’ils ajoutent d’éventuels produits de lavage, ce qui aurait un impact négatif sur la rivière qui récupère les eaux…





J’aurai encore une quarantaine de kilomètres à parcourir pour atteindre ma dernière destination avant le retour vers Skopje. Je suis dans le sud du pays, la Grèce n’est qu’à 25 km à vol d’oiseau. Au loin, se dessinent des massifs montagneux; ce sont les premiers contreforts du parc national de Pelister, le troisième parc de Macédoine du nord avec Mavrovo et Galičica. Je n’aurai pas le loisir de l’explorer, dommage.

Et me voilà enfin arrivé à Bitola (Битола), l’autre grosse ville du pays, qui a même manqué de peu de devenir la capitale macédoniene, si Tito n’avait pas changé d’avis au dernier moment pour se rabattre sur Skopje. S’il avait vécu jusqu’à l’aboutissement de Skopje 2014, il se serait sûrement dit « ooh, la boulette…! Bitola est super facile d’accès, ici au moins, pas de voies rapides illogiques comme à Skopje. Et pour se garer, c’est du gâteau: le long boulevard du 1 mai, qui coupe Bitola en deux, offre des places gratuites en veux-tu en voilà. Le boulevard est lui-même séparé en deux par une rivière, où il n’est pas rare de voir des pêcheurs, ou même des ouvriers municipaux nettoyer les berges avec des râteaux et des antiques paniers d’osier.


Ça fait plaisir de retrouver une ville agréable, ni asphyxiée par le tourisme de masse comme Ohrid, ni transformée en parc d’attractions « spécial statues » comme Skopje! Voici une ville à taille humaine, pas tentaculaire pour un sou, qui appartient encore à ses habitants, et dont l’architecture des bâtiments ressemble encore à quelque chose de concret! La couleur ocre de certains édifices y apporte même une note de chaleur un peu italienne.




Les ottomans ont laissé leur trace ici aussi. Bitola possède son vieux bazar (Stara Čaršija, pour rappel). Bon, il n’a pas le côté « patiné par le temps » ni les petites ruelles de celui de Skopje, mais au moins il ne se résume pas à une seule large rue aseptisée pour touristes comme à Ohrid! En tout cas, il est très vivant et couleur locale, et n’a nullement été remodelé pour contenter les touristes (oh allez, juste peut-être cet étalage de sacs à dos bariolés un peu incongru). Les habitants viennent y faire leurs emplettes de fruits et légumes, les vieux sirotent un thé devant un bar sans âge, un scooter zigzague entre les passants, ça crie, ça s’interpelle… J’aime bien ce genre d’immersion dans la vie quotidienne de l’endroit où je suis. Même les petits restos ont leur menu uniquement en macédonien!






La circulation dans Bitola est assez facile, même si certains sont un peu nerveux de la pédale droite et que certains sens uniques échappent à toute logique… Les vieilles Yugo et Zastava sont toujours de la partie, mais dans les Balkans, et surtout en Macédoine du nord, tu verras parfois des véhicules très bizarres, qui pourraient figurer dans les films de Mad Max! De base, ce devait sûrement être une voiture (??), mais ça a été désossé, jusqu’à supprimer l’habitacle, et le moteur qui fait « pot-pot-pot » en démarrant, ressemble plus à un moteur de tracteur… Mais le plus hallucinant, c’est cette scie circulaire (photo à l’appui, tu verras) devant le poste de conduite! J’apprendrai que ces engins de malades sont faits pour aller couper du bois dans les petits villages reculés des alentours où ils évoluent… Je me demande si ça passe au contrôle technique, ce genre de bestiole…

À deux pas du vieux bazar, la Place Magnolija est un peu le centre névralgique de Bitola. C’est bien dommage qu’elle soit cernée par la circulation! On y trouve un peu de tout: une Tour de l’Horloge, deux mosquées, une statue de Philippe II de Macédoine (dans un style moins délirant qu’à Skopje, OK, mais quel est l’idiot qui a garé son scooter juste devant?), ainsi que la fameuse inscription « BITOLA » en cyrillique, avec le coeur au milieu, un rien anachronique à côté des anciens monuments proches.








C’est de cette place que démarre la plus grande artère piétonne de Bitola, lieu de promenade et de shopping préféré des habitants. La rue Širok Sokak, qui court sur 1 km, n’en est pas pour autant une attraction touristique envahie de boutiques à souvenirs. Non, ici on trouve encore des petits commerces de proximité, un ou deux supermarchés, et les quelques bars et restos n’ont pas besoin de musique à fond les baffles pour se faire valoir. C’est bien plus agréable que les centres commerciaux sans âme de Skopje! J’aime bien aussi l’architecture aux couleurs gaies, qui donnent parfois l’impression d’être ailleurs qu’en Macédoine du nord. Certains bâtiments sont classés, et quelques consulats honoraires y ont encore pignon sur rue. Au 19ème siècle, quelques pays européens choisirent en effet d’y installer leur consulat. Il en reste 6 de nos jours. C’est d’autant plus vexant pour Bitola, en ayant cet atout, d’avoir raté le coche comme capitale du pays face à Skopje. Merçi Tito…


Retour à Skopje!
Je ne reprends mon vol retour que demain matin, je vais donc passer la soirée à Skopje! Au départ de Bitola, il faut compter 170 km, en grosse partie sur autoroute, en devant se farcir quelques péages, dont certains sont si proches l’un de l’autre que c’en est presque indécent. Il faudra compter environ sur 2H20 de temps nécessaire pour rejoindre la capitale. Enfin, théoriquement. Dans la vie réelle, quand on déboule en périphérie de Skopje, entre 16H et 17H en semaine, et en plein retour de boulot pour des centaines de skopiotes, on a pas besoin d’ouvrir un dico pour trouver la définition des mots « bordélique » ou « anarchique »! Ça déboîte sans crier gare, ça passe en force (que peut faire une petite voiture face à un gros bus piloté par un gars qui pense avoir privatisé la bande?), mais curieusement très peu de coups de klaxon ni de gestes déplacés… C’est çà aussi, les Balkans!
Je rends la voiture de location et retrouve le centre-ville de Skopje; les statues et les bateaux Disneyland sont toujours là, faut faire avec. La soirée sera bien courte, car mon vol, disais-je plus haut, part demain matin, mais super tôt, à 6H10! Je vais donc devoir me lever bien avant les poules. Au moins pour le taxi c’est réglé, j’en ai réservé un par Whatsapp, c’est lui qui viendra me cueillir. J’ai le temps de me balader un peu, avant d’aller manger vers 19H, histoire de découvrir encore une ou deux spécialités culinaires macédoniennes. Je jette mon dévolu sur un resto mi-populaire mi-touristique, entre le Vardar et le vieux bazar. Alors, pour commencer, quoi de bon? Hé bien, voilà justement un plat que j’aurais été con de ne pas essayer durant ce voyage, car bien qu’originaire de Bulgarie, il est devenu emblématique d’une grosse partie des Balkans: la shopska salata, composée de tomates, concombres, poivrons, oignons, et saupoudré de fromage râpé genre kajmak. Je poursuis avec une pastrmajlija, qui demande un entraînement préalable pour le commander avec la bonne prononciation, qui donne quelque chose comme « pasteur-may-liya »… C’est une pizza très allongée, garnie de viande de porc ou de poulet, et souvent quelques légumes. Par contre, les piments sur celle qu’on m’a servi, je sais pas si c’est vraiment l’usage, mais ça m’a fait prendre deux bières… Mais ça ne devrait pas troubler mon sommeil, d’autant plus que la nuit sera courte!
Stara Kuḱa – Boulevard Philippe II de Macédoine, 14. —> lien


Je suis déjà debout à 3H15 du matin, il faudra bien çà pour les 20 minutes de trajet, manger un petit truc et passer le contrôle de sécurité. Au moins je n’ai pas de bagage en soute, de toute façon je n’en ai JAMAIS en soute. Alors, voici deux infos quand on quitte le pays. D’abord, s’il te reste des devises locales, il est impossible de les rechanger en euros en dehors du pays. Tu verras donc, dans le hall principal de l’aéroport, de grands caissons transparents pleins de billets macédoniens. Ils sont destinés à des oeuvres caritatives ou des associations de protection des animaux. Très belle initiative, vraiment.
L’autre sujet concerne les formalités d’hébergement en Macédoine du nord. Il faut savoir qu’il existe encore une vieille loi poussiéreuse de l’ère yougoslave, stipulant qu’un enregistrement obligatoire auprès du poste de police local est obligatoire si on séjourne chez l’habitant ou en airbnb, et idem le lendemain, faut déclarer son départ! Alors sur certains forums de voyage, ça s’emballe, avec des trucs du genre « il faut donner la preuve à l’aéroport, sinon amende de 1000 Euros ou même « passsage au tribunal et prison »! Moi j’ai juste montré ma carte d’identité à chaque hébergement, c’est tout, on verra bien au passage à la douane! Alors, l’agent a juste regardé ma carte d’identité, me l’a rendu en me souhaitant bon voyage. Emballé c’est pesé, sans menottes au poignet… Tu imagines un peu, en plein été à Ohrid, des dizines de touristes qui feraient la file devant le bureau de police pour se faire déclarer? Ce serait ingérable, je pense. Sur ce, l’embarquement est imminent, je te laisse en attendant de te faire vivre de nouvelles aventures!
LE « DEBRIEF » DU VOYAGE.
Voyager dans les pays des Balkans, c’est toujours la certitude d’aller de surprise en surprise, d’être étonné souvent, perplexe parfois, mais ennuyé et lassé, çà au grand jamais! La Macédoine du nord n’a pas dérogé à cette règle, et même si Skopje est une des capitales les plus déconcertantes qui soient, le pays a beaucoup à offrir pour qui prend la peine de sortir des sentiers battus. D’un monastère orthodoxe à une région de vignobles, d’un plateau d’altitude à une minuscule république auto-proclamée, la monotonie n’est pas de mise ici. Et quel voyage dans les temps à certains moments, avec ces vieilles Yugo, ces charrettes à cheval et ces engins-roulants-non-identifiés bricolés de je ne sais quelle façon! Alors aux touristes qui disent « l’ex-Yougoslavie? Bah, y a rien à voir, c’est bien mieux Benidorm et la Costa Brava », je dis: « tant pis pour vous, vous savez pas ce que vous ratez! Bonne bronzette quand-même, n’oubliez pas votre IP-50! »…
« Mon public est pour moi la plus grande joie. Je chante et vis pour lui et je sais pourquoi il m’aime car je n’économise jamais d’argent, même si je m’évanouis de fatigue après un concert. Je n’économise absolument pas d’argent quand il s’agit de musique et de mon public. C’est mon bonheur, moi et mes fans ne faisons qu’un ».

- Les petites villes, souvent occultées par les touristes (et tant mieux) comme Kratovo, Kruševo, Vevčani… qui te montrent la vraie vie quotidienne du pays.
- Une variété de paysages insoupçonnée: montagnes boisées, vignobles, plateau d’altitude qui prend des airs de steppe, lacs magnifiques…
- Les monastères orthodoxes sont splendides, et la ferveur des fidèles qui y viennent en pélerinage est encore très vivace et sincère.
- La cuisine macédonienne est un chemin pavé de bonnes spécialités; quant à la rakija, il est impossible de la dissocier des Balkans, et celle de Macédoine du nord est terrible (* testé et approuvé à Kratovo!!).
- Les habitants, bien entendu, des gens en or, accueillants et spontanés, un peu moins à Skopje, peut-être…

- Skopje. Attention, je ne généralise pas, je parle seulement de cette aberrante et délirante rénovation architecturale appelée Skopje 2014. Fallait-il vraiment en arriver là, et transformer le centre-ville en mix de parc d’attractions et de décor de cinéma en préfabriqué? Heureusement que les quartiers du vieux bazar et de Debar Maalo ressemblent encore à quelque chose…
- Les tensions, aussi bien d’ordre religieux, social ou politique, ne sont pas complètement éteintes. La communauté albanaise de l’ouest du pays pense toujours à une séparation, et avec les grecs, j’ai pas le sentiment que « la page soit tournée ». Il n’y a cependant aucune inquiétude à avoir quant à la sécurité lors d’un voyage dans le pays.
- Ohrid est de plus en plus touristique, et ça joue en défaveur de l’authenticité et de la qualité de l’accueil. Même chose pour le canyon de Matka les week-ends, où on se demande ce qui est le plus horripilant: les petits bateaux à moteur ou les cons de touristes qui jettent leurs crasses sur le sentier?

Ouf, ça fonctionne !
J’en profite pour vous dire mon plaisir en lisant cet excellent compte-rendu aux détails plaisants.
Je suis friande de votre humour qui jalonne le texte, ça aide à faire passer quelques architectures disons un peu… surprenantes !
Vous avez su trouver les beaux coins et nous les partager, là est le principal.
La gastronomie me semble très appétissante, mais les noms sont ardus pour la mémoire…
Plaisir également de vous accompagner dans vos vidéos… et sourire pour votre soirée mémorable.
Merci pour tous ces voyages.
A bientôt.
Merci une fois de plus, j’aime beaucoup découvrir ces contrées moins connues et démolir certaines idées reçues (je dirais plutôt « conneries ») sur les pays des Balkans. Je compte bien continuer ce genre de petites escapades en 2024, et je pense m’orienter vers la Serbie… en surveillant les infos en même temps pour voir ce qui s’y passe. Leurs dernières élections on été un peu mouvementées à Belgrade…
Super article ! J’ai vu pas mal des coins où tu es allé : Skopje, Bitola, Ohrid… Par contre j’ai raté le nord-ouest ! J’ai beaucoup aimé la région autour du lac d’Ohrid, et Prilep, un peu au nord de Bitola. Pour Skopje, comme toi, avis mitigé, mais j’ai adoré le vieux bazar !
Ça nous fait encore une destination en commun ! 😉
Merci beaucoup. Les pays des Balkans m’ont réservé des surprises incroyables, tant au niveau de l’hospitalité, de la bouffe, qu’au niveau des paysages et de ces fameux monuments (spomenik comme on dit là-bas) qui ont ces aspects hallucinants qu’on ne trouve nulle part ailleurs!
Tiens, à ce sujet, un petit tuyau: voici un lien qui les recense presque tous à travers les territoires balkaniques:
https://www.spomenikdatabase.org/map-directory
Excellent ce lien !