À peine remis de mes émotions que m’a procuré ce beau et intense voyage en Sicile, voilà que ma « voyagite aigüe » me reprend ( y a pas de traitement pour çà),pour partir à la découverte de cette autre île italienne incontournable: la Sardaigne! Alors si tu as récupéré de l’ascension du Stromboli, on démarre quand tu veux! En plus, il fera moins chaud, c’est tout bon!

- Arrivée sur l'île – L'archipel de la Maddalena.
- Le nord-ouest de la Sardaigne.
- Castelsardo et Stintino.
- Sassari et sa région.
- Alghero.
- La Barbagia et le Supramonte.
- Repas mémorable dans le Supramonte!
- Bosa.
- Entre Bosa et le site de Tharros.
- De Tharros à Carloforte.
- Carloforte et Carbonia.
- La Costa del sud et Cagliari.
- La région du Medio Campidano: une Sardaigne méconnue.
- L'Ogliastra – Remontée vers le Supramonte.
- Retour à Olbia – fin du voyage.
- LE "DEBRIEF" DU VOYAGE:
Arrivée sur l’île – L’archipel de la Maddalena.
Si tu arrives par les airs, il y a 3 portes d’entrée en Sardaigne: Cagliari, Alghero et Olbia. C’est l’aéroport d’Olbia qui sera le point de départ (et de fin) de ce grand tour de l’île, qu’on fera dans les sens inverse des aiguilles d’une montre.
La Sardaigne est très facile à situer: tu vois la Corse? Tout juste en-dessous, cette île beaucoup plus grande, c’est elle! On la voit déjà très bien depuis Bonifacio. Par la superficie, c’est la deuxième plus grande île de la Méditerranée.


Tu commences à me connaitre maintenant, tu sais que j’évite au possible les coins qui puent le luxe et le fric. C’est pourquoi je te dis d’emblée que, pour remonter vers Palau, je ne longerai pas cet étalage ostentatoire d’hôtels luxueux et de yachts hors de prix, j’ai nommé: la Costa Smeralda! Le « Saint-Tropez » sarde, qu’ils disent… La « jet set » internationale y a ses habitudes. Un petit historique quand-même: au début des années 1960, un prince richissime, Karim Aga Khan, découvre ce bout de littoral sarde et c’est le coup de foudre. Il achète d’immenses terrains pour faire sortir de terre une zone de villégiature très huppée, dont Porto Cervo et Porto Rotondo seront les deux points névralgiques.
Allez, on va partir à 30 km au nord-ouest, dans les environs de Arzachena, à l’intérieur des terres, pour aller saluer mon premier nuraghe sarde: le nuraghe La Prisgonia. Et là tu me demandes: qu’est-ce qu’un nuraghe? Bonne question. La civilisation nuragique apparut il y a un bail, vers 1800 av. J-C, laissant comme témoignage ces étranges tours coniques un peu tronquées, qui a priori servaient de tours défensives; une autre hypothèse leur attribue la fonction de temples religieux. Toujours est-il qu’il y en a environ 7000 répartis sur toute l’île; certains restaurés à des fins touristiques (comme celui-ci), d’autres à l’abandon, en ruines en pleine nature (on en saisit davantage l’aspect historique et authentique de cette façon).





Par un petit sentier qui serpente à travers bois sur 700m, je rejoins un autre type de monument de l’époque nuragique: le Coddu Vecchiu, ou tombe des Géants; cet imposant ensemble de mégalithes était en fait une chambre funéraire collective, et c’est sa taille imposante qui lui a donné ce nom. Encore une particularité sarde, il en reste environ 800. Ça a quand-même plus de valeur culturelle que les hôtels 4 étoiles de Porto Cervo, non?



Je pars maintenant vers l’extrémité nord-est de l’île, distante de 20 km, jusqu’à la petite ville portuaire de Palau; de là, les car-ferries de la compagnie Delcomar assurent la liaison avec l’archipel de la Maddalena en 20 minutes à peine. On peut acheter et imprimer son billet à l’avance, à la veille d’un weekend c’est même conseillé!





L’archipel de la Maddalena, c’est ce groupe de petites îles entre la Sardaigne et la Corse; c’est même un reliquat de l’époque où, géologiquement, les 2 îles ne formaient qu’une seule terre, se séparant ensuite il y a des millions d’années. La traversée est plaisante: le bleu de la mer et du ciel ont l’air d’enlacer les vertes pentes boisées de ces impressionnants rocs granitiques. L’île principale, la Maddalena, est en vue. Le bateau accoste à la Maddalena, cette petite ville qui choisit la facilité en portant le même nom que l’île! Le centre historique n’est pas immense mais agréable, avec son petit port de plaisance et ses petits rues piétonnes entrecoupées de volées d’escaliers, bordées de maisons colorées. J’y passerai une nuit, avant de faire le tour de l’île demain matin.

















Le tour de l’île, justement, ne prendra pas trop de temps; sur 20 km seulement, la petite route louvoie à travers un décor très minéral, fait de rochers granitiques auxquels s’accrochent une végétation basse mais fournie et ponctuée d’arbustes. Ça me rappelle le maquis corse (qui est si proche, en même temps). De nombreux points d’arrêts offrent des vues panoramiques de toute beauté sur les côtes déchiquetées, d’un aspect assez sauvage. Quelques petites plages et criques secrètes se dissimulent çà et là.














Je n’irai pas sur la petite île voisine de la Caprera, reliée à la Maddalena par un pont. Elle doit sa renommée à l’illustre Giuseppe Garibaldi, qui y vécut ses 25 dernières années; après une vie politique et militaire bien remplie, on ne peut qu’approuver ce choix de passer ses vieux jours dans ce petit paradis. Il y est d’ailleurs enterré.
09H30. Le car-ferry m’attend, pour le retour vers Palau et la suite du voyage!
Le nord-ouest de la Sardaigne.
Santa Teresa di Gallura se trouve à 30 km à l’ouest de Palau. Je te ferai visiter, promis, mais avant çà il faut que je te fasse voir la côte de plus près, en poussant jusqu’au Capo Testa.
On y accède par une petite route qui finit en cul-de-sac, et il n’est pas trop difficile de se garer, même si c’est un peu anarchique. Ensuite, on continue à pied, au milieu d’énormes blocs granitiques aux formes parfois assez biscornues et qui plongent dans la mer. La nature a été fantaisiste par ici!





Un courte grimpette par un sentier m’amène au phare, entouré de grillages (je sais pas trop pourquoi); heureusement, un peu plus loin, l’ancien phare, plus petit et désaffecté, a été transformé en belvédère. Le panorama est sublime; au loin, se dessinent des falaises blanches, avec à leur sommet des maisons qui ont l’air de s’y accrocher: Bonifacio! La Corse (ah, souvenirs de 2013!) est là-bas, à 13 km à peine, séparée de la Sardaigne par les « Bouches de Bonifacio ». Des ferries assurent des liaisons régulières entre les deux îles.










Santa Teresa di Gallura est tout près, à 4 km du Capo Testa. J’avoue que c’est une petite ville bien sympa, à l’aspect un peu particulier que lui a donné la Maison de Savoie, qui a oeuvré à son « remodelage » au 19ème siècle. Ni ruelles étroites ni venelles dérobées ici, mais une cité à l’espace bien aéré où les rues se coupent à angle droit. La jolie Piazza Vittorio Emanuele en est l’épicentre; bien que touristique, il y règne cependant une ambiance familiale et sereine. Et la mer n’est jamais loin. On trouve également une ancienne tour, la Torre Longonsardo, d’où le panorama est d’anthologie! Coucou, la Corse, tu sais que j’ai fait un carnet sur toi?









12H30, il est temps d’aller manger! Alors voilà, je t’invite à faire connaissance avec la fabuleuse cuisine sarde. Voici d’abord un plat typique de pâtes: les malloredus: petites pâtes rondelettes, elles ressemblent à des gnocchi et sont garnies de saucisse sarde et de sauce ragù. Et tu vas me demander quel est ce truc bizarre à côté, qui ressemble à des feuilles de papier parcheminées? Hé bien, c’est du pain! Le fameux pane carasau, surnommé « carta musica » (papier à musique) en raison de son extrême minceur et de sa légèreté. Ça craque sous la dent comme des chips, et on pourrait penser un peu à la texture d’une hostie quand ça fond en bouche. Etonnant.


Un petit dessert? Goûte donc aux seadas, ces petits gâteaux feuilletés fourrés au fromage de brebis et recouverts de miel. Et enfin, je te présente LA bière de Sardaigne: la Ichnusa! Légère (4,7%), elle tient son nom de l’ancienne nomination grecque de l’île, « Hyknusa »; et en sarde ichnusa signifie empreinte de pas, la légende voulant qu’à la suite d’un tremblement de terre l’île ait été sauvée en restant protégée sous le pied de Dieu. Toujours brassée sur l’île, mais rachetée en 1986 par le géant Heineken. Tout fout le camp…


Ristorante Da Thomas – Via Valle d’Aosta, 22.
Partons maintenant vers le sud, en suivant la côte ouest de l’île, sans toutefois la longer même si de temps à autre la mer apparaît au loin. Castelsardo est prévu au programme, mais pas tout de suite. Non, on va faire un petit crochet par l’intérieur des terres, vers l’est, en rejoignant Tempio Pausania par de belles petites routes où le relief montagneux commence à s’affirmer. Le granit fait encore la loi ici avec des formations rocheuses se découpant sur l’horizon. Tu remarqueras que cette région est aussi très boisée. Un peu avant Tempio Pausania, je m’arrête à Aggius, petit village diablement coquet avec ses ruelles pavées et ses solides maisons de granit, cette roche dont le bourg est lui-même entouré sous la forme de massifs impressionnants.












Tempio Pausania est une petite ville à l’écart des « sentiers battus » touristiques de la Sardaigne. Et c’est tant mieux, car il s’en dégage une vraie sérénité, et je me délecte d’explorer ces petites rues, qui débouchent sur une petite église ou sur l’imposante cathédrale en … granit (on se doute bien qu’elle n’est pas en massepain, aussi). Ça fait du bien de dénicher des endroits comme çà, en retrait du tourisme de masse!








Castelsardo et Stintino.
Je vais à présent rattraper la côte ouest pour rejoindre Castelsardo. A travers la campagne, j’aperçois à plusieurs reprises des nuraghi plus ou moins bien conservés, souvent à l’abandon, plantés soit dans un champ ou au milieu des broussailles. Si tu veux répertorier sur une carte IGN tous les nuraghi sardes, il faudra t’armer de patience, le nombre en est pléthorique!





Et voilà enfin Castelsardo, ce superbe village perché qui me fait tout de suite penser à Manarola, dans les Cinque Terre.Et c’est vrai que ces maisons colorées qui s’accrochent à un promontoire rocheux, dominé par un spectaculaire chateau fortifié, a de quoi susciter l’émerveillement vu de loin.

Castelsardo fut fondé au 12ème siècle par une puissante famille génoise (s’appelant d’abord Castelgenovese, comme de juste), avant de passer sous le giron de la Maison de Savoie pour prendre son nom actuel. Bon, assez de blabla, il est temps d’aller arpenter ou plutôt de grimper au gré de ces étroites ruelles à la déclivité digne d’un funiculaire. Beaucoup de petites boutiques d’artisanat, mais c’est plutôt calme en ce début de septembre. J’arrive à la Cathédrale Sant’Antonio Abate, flanquée d’un campanile à la toiture bigarrée, d’où on profite d’un panorama qui, par temps clair, peut porter jusqu’à la Corse!








Je continue ma route vers l’ouest, dépassant Porto Torres pour me diriger vers cette une excroissance qui, sur une carte, évoque un peu le Cap Corse. C’est là que je poserai mon sac cette nuit, plus précisément à Stintino, un petit village de pêcheurs qui a su garder une certaine authenticité malgré le tourisme de masse qui a gagné ses alentours, vers le nord, les hordes d’estivants attirées par la beauté paradisiaque de ses plages.
Un bien joli coin, avec ses deux petits ports, ses vieilles demeures et le Parc National de l’île d’Asinara à 10 km. Cette petite île est connue pour sa petite population d’ânes albinos, et son histoire est justement liée à celle de Stintino: le bourg fut créé en 1885 quand les autorités déménagèrent les 45 familles de l’île d’Asinara afin d’y construire un pénitencier. Une population qui en chasse une autre, quoi. Dans les années 1970, ce pénitencier accueillit des membres de la mafia et des terroristes. Le chef de mafia Totò Riina y fut un temps emprisonné. Charmant voisinage pour Stintino! Il ferma ses portes en 1998.







Je passe une soirée paisible à Stintino, c’est animé sans être tapageur, et les restos ne sont pas hors de prix. On ne mangerait pas un morceau, dis? OK. Une petite terrasse avec le port et la mer en point de mire, et en avant pour une petite assiette de pâtes, des spaghetti alla bottarga, la « poutargue » étant une poche d’œufs de mulet, salée et séchée. Très savoureux, avec un vin blanc Vermentino di Gallura (du nom d’un cépage bien présent en Sardaigne).
Ristorante Lu Fanali – Lungomare Cristoforo Colombo, 89.
Le lendemain matin, je me dirige au nord de Stintino afin de découvrir une des plus belles portions côtières de l’île. La route devient à sens unique, décrivant une boucle, sans doute pour mieux réguler le trafic qui doit être infernal l’été. Je remarque déjà, sur les côtés, ces lignes bleues que je déteste: les places payantes! J’active mon sixième sens, en mode « place gratuite », ça marche: un petit espace planqué, à 500 m de la célèbre plage de la Pelosa. Allons l’admirer de plus près. Il faudrait être sacrément blasé pour ne pas la trouver sublime: ce sable blanc face à cette mer cristalline aux reflets turquoise (sans s, j’ai vérifié), et surtout la cerise sur le gâteau, cette ancienne tour aragonaise. Au-delà se profile l’île d’Asinara.
C’est dimanche, il n’est que 8 heures du matin, mais le monde afflue déjà, et les vendeurs de bimbeloterie (tapis, parasols…) sont déjà en place. J’aimerais pas y être en plein mois d’août…




Sassari et sa région.
Je reprends ma route vers le sud, pour arriver à Argentiera. La côte est encore sauvage, les paysages sont ébouriffants; mais c’est quoi, Argentiera? Une station balnéaire à la mode? Pas du tout. C’est une ancienne ville minière abandonnée, faisant partie d’un des nombreux témoignages du passé minier et industriel de l’île. Il y a encore bien une poignée d’habitants, mais ces bâtiments à l’abandon, certains en ruines, de surcroît face à la mer donnent à l’ensemble un aspect surprenant de décor de cinéma. Steven Spielberg ou même Sergio Leone se seraient bien plu ici! Argentiera comptait de grandes réserves de plomb, d’argent et de zinc, cependant le village de mineurs a cessé son activité en 1962.






Je pourrais déjà partir vers l’est en direction de Sassari, mais la curiosité aiguille mes pas (mes roues, devrais-je dire) encore un peu plus vers le sud, vers le Capo Caccia où se trouve une des curiosités les plus visitées de Sardaigne: les Grottes de Neptune. Accessibles en bateau depuis Alghero, on peut aussi les atteindre en allant jusqu’au Capo Caccia en voiture. J’improvise, on verra bien…
Seulement voilà, on est dimanche aujourd’hui! Je m’en rends vite compte en parvenant au début de la petite route qui mène au Capo Caccia. Une procession de voitures et camping-cars, plaques étrangères comme italiennes, qui se garent à la « barbare » sur le moindre mètre carré libre, car le parking du point de vue panoramique est déjà saturé! Alors tu sais quoi? Je choisis de « zapper » les grottes (l’affluence doit être une vision de l’Enfer!), trouve un mouchoir de poche pour me garer et me rapproche des falaises pour me délecter d’un panorama à tomber… au propre comme au figuré, car aucune protection au bord du vide, il s’agit d’être prudent!




Je reprends mon petit bonhomme de chemin en direction de Sassari, à 45 km vers l’est. Sassari est la deuxième ville de Sardaigne, mais il faut dire que la « capitale » Cagliari lui fait pas mal d’ombre! Dommage, car j’ai découvert une ville attachante et non dénuée de charme, même si ses abords ne sont pas très glamour. Je me gare devant un bâtiment à l’étrange façade décorée d’une gigantesque fresque de tortue. Que fait-elle là? Que symbolise-t-elle?
Bref, au gré de petites rues calmes, j’arrive sur la Piazza Duomo où se trouve la cathédrale baroque San Nicola. Un petit bar sympa (ouvert le dimanche, c’est appréciable), panino-bière, et on peut y aller pour flâner au hasard de ces vieilles ruelles piétonnes, encore habitées par une vraie population sans fard, aux nombreux petits commerces, où les Vespa déambulent en passant sous les cordes où le linge sèche entre deux immeubles. Mais ce dimanche, je dois reconnaître que c’est super calme, je croise très peu de monde! Sont-ils partis aussi au Capo Caccia?






La transition est assez soudaine quand d’un coup je débouche sur l’immense Piazza d’Italia, bordée de majestueux palais et où se dresse fièrement la statue de Vittorio Emanuele II. Magnifique, l’une des plus belles de Sardaigne, paraît-il. Les arcades à son entrée rappellent celles de Bologne ou Turin.












Sassari m’a laissé une bonne impression, sa région recèle aussi son lot de trésors architecturaux, à travers un paysage rural idyllique, alternant prairies, champs et petits villages isolés. Je rends d’abord visite à la basilica de Saccargia, un chef-d’oeuvre de l’art roman, perdue en pleine campagne. À côté subsistent les ruines d’une ancienne abbaye. Je lui trouve une ressemblance avec l’église San Michele de Murato, en Corse (qui est si proche). A 15 km, le tout petit village d’Ardara abrite l’austère et imposante chiesa Santa Maria del Regno, bâtie au 12ème siècle en basalte volcanique; sa taille, pour une si petite localité, se justifie par le fait qu’autrefois s’y déroulaient les couronnements des rois. C’est à Ardara que je verrai mes premières fresque murales, mais je reparlerai de cet art lors de ma visite à Orgosolo. Chaque chose en son temps…










Aux environs d’Ardara, voici la basilica Sant’Antioco de Bisarcio, près d’Ozieri, paumée dans les champs et construite en trachyte rouge (c’est pas le nom d’une maladie, mais encore un truc d’origine volcanique). Enfin, la basilica San Pietro di Sorres se targue d’avoir été cathédrale du 12ème au 16ème siècle. Elle jouxte un monastère encore en activité, et le petit village de Borutta, à côté, cache quelques fresques évoquant le passé artisanal et agricole de la région.












Alghero.
C’est le moment pour moi de regagner la côte ouest, à environ 50km, pour mon étape de cette nuit. J’ai rendez-vous avec une des plus belles villes de Sardaigne, connue pour ses remparts et son centre médiéval d’une beauté hallucinante: Alghero!
Pour se garer, l’immense parking de la Piazzale della Pace est à 15 minutes du centre; mais attention, c’est payant. Par contre, dans les petites rues autour, on peut trouver des places gratuites.
J’ai loué une petite chambre pour une nuit au coeur de la vieille ville. Difficile de ne pas succomber au charme fou de ces petites ruelles, débouchant quelquefois sur une placette discrète, avec quelques églises parsemées çà et là.




Les différents tons des maisons, ocre ou rose, subliment encore la découverte des lieux. Mais la rançon du succès d’Alghero se traduit par une grosse fréquentation touristique, avec sa légion de restos et boutiques de souvenirs. Il ne faut pas espérer s’y retrouver seul un dimanche! Pour « respirer » un peu, rien de tel que de faire la promenade (entièrement piétonne) le long de ces incroyables remparts, superbement conservés, au gré des tours et bastions portant, pour la plupart, le nom d’explorateurs célèbres comme Marco Polo, Colomb ou Magellan. Il y a même quelques antiques machines de guerre qui se laissent admirer. Sont-elles là pour tenter de lancer des projectiles sur la Capo Caccia, en face? Heureusement non, il est trop éloigné! Par contre, le coucher de soleil est mémorable vus d’ici!








Peut-être entendras-tu parler le catalan en ville. Des touristes venus d’Espagne? Oui et non. Alghero fut longtemps sous domination espagnole, plus précisément conquise par le royaume d’Aragon, qui chassa la population locale pour les remplacer par des familles catalanes. La ville est parfois surnommée « Barceloneta » (la petite Barcelone).













La soirée est bien entamée, et voici justement une petite trattoria à l’écart des foules. Je t’invite, comme d’habitude. Un plat de pâtes typiquement sarde? En avant pour les culurgiones, ces gros raviois fourrés de pomme-de-terre, de pecorino et relevés de menthe. En dessert, je savoure les seadas au miel (pléonasme sarde!), suivi d’une liqueur de myrte, un digestif que j’avais déjà rencontré en Corse. Mais dans la liste des digestifs, ma curiosité est attisée par un drôle de nom: Filu ‘e Ferru. Le patron m’explique cette bizarrerie. En fait, c’est un autre nom pour l’eau-de-vie ou aguardiente en Sardaigne. Il faut savoir que certains malins fabriquent encore cet alcool de façon clandestine. Dès lors, il faut astucieusement les planquer. Oui, mais si tu as un trou de mémoire? C’est là que le filu de ferru (fil de fer, le nom entier) intervient, ces filous l’attachent au goulot de la bouteille, cachée sous un plancher et en laissent dépasser un bout entre deux interstices. « Oui, mais si ils ne voient pas le fil de fer? » Bon, t’exagères un peu, là…
Trattoria Caragol – Via Majorca, 73.

La Barbagia et le Supramonte.
Départ très matinal d’Alghero, en effet j’ai choisi d’effectuer un long trajet de façon transversale pour rejoindre la région montagneuse du centre de la Sardaigne.
Après avoir laissé derrière moi Sassari et Ozieri, les plaines agricoles s’estompent doucement et le relief montagneux se dessine déjà au loin. A l’entrée du gros village de Buddusò, je m’arrête pour prendre un petit-déj’ rapide; quelques véhicules sont garés, dont deux camionnettes de chantier. Un bar? Même pas: une station-service. Les petites stations qu’on trouve en milieu rural disposent d’un petit bar où on peut avaler un petit quelque chose à toute heure. Et c’est dans ce genre d’endroit que tu peux être au plus près de la vie locale quotidienne (tout le contraire des grosses structures en bord d’autoroute, où le gars derrière toi dans la file te briserait les cervicales pour s’approprier la dernière viennoiserie!). Un habitué lit son journal, deux costauds en bleu de travail finissent leur café… pour 3-4€ à peine, un café et deux croissants encore chauds!


Les routes deviennent plus sinueuses, traversant des paysages sacrément boisés. Je croise des vaches marchant placidement le long de la route (un peu commen en Corse, une fois de plus!). J’aperçois de temps en temps des parcelles où les arbres ont des troncs… de deux couleurs! Ah bon? En fait, le bas du tronc est délesté de son écorce: ce sont des chênes-lièges (qui sont utilisés par exemple pour faire des bouchons).



Je traverse quelques villages de montagne, dont Bitti, lové au fond d’une vallée, ou Orune, perché sur une arête rocheuse. Me voici au coeur de la Barbagia, cette région montagneuse encore sauvage et préservée du tourisme de masse. Barbagia vient du latin « barbària », terme utilisé par les romains pour désigner, à leurs yeux, les barbares de l’intérieur de l’île. Peuple de bergers, de récolteurs d’écorce de chêne-liège, aux antipodes de l’étalage de luxe de la Costa Smeralda!





À un moment, je m’improvise même agent de circulation pour un troupeau de brebis qui traverse une route. Petit coup de gueule en passant sur ces motards (souvent suisses ou allemands) qui prennent un peu la Sardaigne pour leur circuit privé en prenant leurs virages presque couchés!! On se détend et on ralentit un peu les gars!




Je passe outre Nuoro, localité principale de la Barbagia, préférant continuer jusqu’au village perché d’Orgosolo. On entre maintenant dans le massif du Supramonte, alternant montagnes calcaires et vallées boisées et encaissées.
Orgosolo n’est peut-être pas le plus beau village de Sardaigne, mais l’un des plus célèbres, c’est un fait certain! Pourquoi donc? J’avais dit que je te reparlerais des peintures murales sur l’île; on pourrait dire que Orgosolo en est la petite capitale. Il y en a environ 400, et l’histoire de cet art singulier est assez récente puisqu’elle débute en 1969. En réaction à l’implantation d’un camp militaire, des artistes locaux associés à un groupe anarchiste milanais (ah bon?) commencèrent à couvrir les murs de dessins et slogans politiques parfois virulents. Plus tard, en 1975, à l’occasion des 30 ans de la Libération de l’Italie, un enseignant originaire de Sienne enrichirent le village de nouvelles peintures. Depuis ça n’a pas arrêté.






Partir à la rencontre de ces fresques est une expérience passionnante autant que poignante. On n’est plus dans les représentations de la vie rurale, sereine et heureuse. J’entends par là qu’au fil du temps, elles se sont adaptées à l’actualité: la misère, le conflit israélo-palestinien, les guerres… et que dire de cette représentation de l’attentat du 11 septembre 2001? Ou le personnage de « Charlot » déclarant, perplexe: « Une autre guerre? Non merci ». Au contraire des touristes pressés qui font « clic-clac-photo » et salut la compagnie, chaque fresque pose une réflexion, et je me suis surpris à être hypnotisé durant quelques minutes sur l’une ou l’autre. Les messages sont sans filtre, incitent non pas à l’admiration mais à la réflexion…





















Repas mémorable dans le Supramonte!
Un chapitre entier pour un repas? Oui, pour une fois je me dois de le faire, car c’était une sacrée expérience. À 4 km d’Orgosolo, perdu au milieu des bois de chênes, le camping-ristorante Supramonte est un endroit assez éclectique: outre un camping basique et un resto, il propose aussi des excursions en 4X4, et surtout ce pourquoi je suis venu: un déjeuner typique en plein air, en pleine nature, composé de produits 100% locaux et préparés par des bergers du coin.
En arrivant au parking, je t’avoue que j’ai une pointe d’appréhension: authentique ou touristique à outrance? Tu sais que je n’aime pas vraiment la deuxième option. Il faut dire aussi que certaines nationalités, une fois en contact avec trop d’alcool, c’est un peu comme quand Gizmo se fait asperger d’eau dans le film « Gremlins »… Et je vois déjà deux autocars garés côte à côte… Bah, on verra!




Le repas commence à 13 heures, j’ai le temps de boire une petite Ichnusa et de profiter pleinement du paysage grandiose qui m’environne. Un odeurs affolante de viande grillée me chatouille les narines: c’est le porceddu qui rôtit lentement à la broche; ici ces sont quand-même plusieurs petits cochons de lait d’au moins 5 kilos qui y passent! Je pense à la dernière case des albums BD d’astérix, celle du banquet…

On s’installe sous les arbres, sur de rustiques bancs de bois; je laisse traîner mon oreille pour écouter les langues parlées: très bon signe, je n’entends que l’italien! Pas de tables, pas d’assiettes, pas de couverts: une planche de bois sur tes genoux, un petit pot de grès pour le vin, et tes doigts font office de fourchette! Pas de couverts rutilants, ni de serveurs raides comme des balais, mais de solides bergers du cru qui viennent te servir à volonté. Pas de chichi, il y a du monde et le service est rapide! Ça commence par du fromage de brebis et de la charcuterie avec un délicieux pain sarde, puis de l’agneau bouilli avec des patates. Pour faire glisser le tout, le puissant vin rouge cannonau (*appellation sarde du cépage grenache) coule à volonté, les gros pichets remplissant les verres sitôt ceux-ci vides.



Entre deux, je me dérouille les jambes quelques minutes et fais coucou aux ânes qui pâturent juste à côté. Il sont dociles, les gosses leur donnent des bouts de pain. Je fais connaissance avec mes « voisins de banc », un groupe attachant de retraités du nord de l’Italie. Mais voici le point d’orgue de ce festin, ce cochon à la broche servi en gros morceaux (et tu en reprends autant que tu veux, on te regardera pas de travers!); chair fondante à souhait, morceaux de couenne juteuse qui craque sous la dent… Derrière moi, un groupe de femmes entonne le mythique « Volare…ho ho…Cantare ». C’est le coeur et l’âme de l’Italie, de la Sardaigne qui s’expriment en toute liberté. Heureux d’être là, tout simplement. La fin des agapes est marquée par le digestif sarde par excellence, l’aguardiente (qui affiche sans complexe ses 45°!); mmh, ça brûle mais c’est bon! Mais mon voisin de tablée m’offre un verre de grappa en plus (40%, ouïe). Fais gaffe Benoît, tu as 100 km à avaler pour rallier Bosa! Mais t’inquiètes, j’encaisse très bien, je suis pas Gizmo 😉! Petite supplique quand-même à Sant’Antioco, saint patron de la Sardaigne, pour ne pas croiser un contrôle de police…





Bosa.
J’arrive en surplomb de Bosa vers 17h, et le vue d’ensemble est très prometteuse: un tableau idyllique que ces maisons de toutes les couleurs qui qui s’agrippent au piton rocheux dominé par le fier Castello Malaspina! Alors, viens découvrir avec moi ce qui pourrait bien être la plus jolie ville de Sardaigne, d’autant plus que j’y pose mon sac cette nuit!

Il est très facile de s’y garer gratos: à gauche avant le Ponte Vecchio (oui, comme à Firenze), ou le long du fleuve Temo (qui termine sa course dans la mer à 3 km). C’est déjà un enchantement quand tu franchis le pont: les maisons bigarrées se mirent dans l’eau, quelques barques dansent au gré des remous, des palmiers sont alignés au garde-à-vous… Une « carte postale », comme on dit dans les guides. Le temps de procéder à mon installation dans ma chambre Airbnb, dans une maison ancienne sise dans une petite venelle, et on peut y aller!






Le Corso Vittorio Emanuele II est l’artère principale de la ville, très commerçante et animée. Ses deux « must »: la cathédrale et la Piazza Costituzione, petite mais mignonne en diable avec ses arcades et sa fontaine. Mais le vrai plaisir d’une visite de Bosa est de se perdre dans ses innombrables ruelles tortueuses, reliées par des escaliers où l’herbe pousse entre les pavés, bordées de maisons où on a l’impression qu’un peintre fou a utilisé toutes les couleurs de sa palette. Arrivé au pied du castello Malaspina, du 12ème siècle, je suis récompensé par une vue sublime sur la ville, le fleuve et les collines. On voit même un bout de mer! Du côté opposé du fleuve, le décor est peut-être moins charmant mais fait partie de l’histoire de Bosa: le Temo est bordé d’anciennes tanneries, industrie florissante au 19ème siècle mais dont le glas sonna dans les années 1960.

















Autre emblème de la ville: les vignobles de la région servent à produire la délicieuse malvasia de Bosa, cousine sarde de celle de Lipari dans les îles Eoliennes. Je la goûte dans un minuscule bar tenu par un gentil monsieur de 75 ans, qui produit lui-même ce divin breuvage. Après le vin, l’aguardiente et la grappa du Supramonte, je me dis que je suis fou… mais ne vit-on pas qu’une fois?




La nuit tombe, et l’éclairage bien agencé de la ville et du chateau met vraiment l’ensemble en valeur. Je te fais goûter une curiosité culinaire sarde? Voici la còrdula (attention, on ne parle pas de Cristina la styliste brésilienne), composée d’intestins d’agneau et de veau tressés comme une corde et remplis de morceaux d’estomac de ces mêmes animaux. Elle est cuite à la broche au dessus des braises. Spécial, mais savoureux!


Sincèrement, Bosa fut l’un de mes coups de coeur de ce voyage! Par contre, Bosa Marina, à l’embouchure du fleuve à 3 km de la ville, ne m’a pas paru si terrible, mais plutôt quelconque. C’est une station balnéaire avec une grande plage et une tour aragonaise, mais sans plus de charme que çà…



Entre Bosa et le site de Tharros.
Je quitte Bosa pour continuer vers le sud de l’île. A peine 10 km parcourus, j’aurais pu traverser le petit village de Tinnura sans y prêter attention, quand mon regard est attiré par des fresques murales de toute beauté! Je vais m’arrêter pour voir çà. Ces scènes de la vie rurale d’autrefois sont très réalistes, il s’en faudrait de peu pour qu’on se surprenne à tenter d’engager la conversation avec un de ces personnages…









L’autre curiosité de Tinnura est sa Fontaine du Zodiaque, créée en 2004, avec ses bouches d’évacuation représentant les fameux signes astrologiques.



À 15 km de Tinnura, à travers collines verdoyantes et prairies, j’arrive à Cuglieri. J’en profite pour prendre mon petit-déj’ au petit « bar-chiosco » au bas du village, une petite structure où s’échangent les potins du village, où les vieux viennent s’offrir un café en même temps qu’un journal, où on peut se délecter d’un croissant et d »un « ristretto » pour trois fois rien! Il fait super beau, et surtout pas trop chaud; les température maximales que j’ai eues furent de 30-31°C. C’était d’un autre calibre en Sicile!


Très jolie bourgade que Cuglieri (pourquoi je parle comme Jean-Pierre Pernaut?), avec ses petites ruelles pavées qui montent à l’assaut du point de vue unique sur la région, où trône l’imposante basilica Santa Maria della Neve. Loin du tourisme, le temps s’écoule de façon paisible ici, avec ses « tranches de vie », comme cette vieille voiture qui tracte une petite bétonnière… sauf que l’attache-remorque, c’est un gars assis dans le coffre qui tient fermement le timon!!









En quittant Cuglieri, sur la route qui mène à Santu Lussurgiu, j’aperçois au détour d’un virage les ruines d’un chateau qui se dessinent sur le ciel. C’est l’ancien Casteddu Ezzu, que l’on peut approcher par un sentier et de nombreuses marches taillées dans la roche. Un beau panorama sur la mer et les collines récompense l’effort de la grimpette.






Quel plaisir de rouler dans cette région vallonnée et boisée où la vue porte très loin! C’est la région du Montiferru, un ancien massif volcanique. Moins couru et moins touristique (les touristes préfèrent toujours serrer la côte de près), ce coin est imprégné d’authenticité et de traditions. Je dépasse un antique pick-up chargé à ras bord d’écorces de chêne-liège (heureusement, c’est un matériau super léger!). Peu après, j’atteins Santu Lussurgiu, un craquant petit village médiéval où les ruelles n’ont jamais voulu savoir ce qu’est une ligne droite. Et ça monte, et çà descend, au gré des gros pavés et calades qui ont dû dégommer plus d’une chaussure à haut-talon (certains touristes délicats ne mettent pas de chaussures de rando, voyons!). Deux églises remarquables: Santa Maria Degli angeli et Santa Croce. Il y a même une petite distillerie en haut du village, mais pas de bol elle était fermée ce jour-là.








Je me rapproche à présent de la péninsule du Sinis, à 15km à l’ouest d’Oristano. Un site archéologique majeur nous attend, mais avant, petit crochet vers un endroit étonnant et méconnu: le hameau de San Salvatore, abandonné, qui se repeuple une fois par an à l’occasion de la fête patronale en septembre. C’est très étrange d’arpenter ces petites rues en terre battue, tracées au cordeau, de tomber sur cette église minuscule et cette place aux dimensions démesurées. Le fait qu’on y ait tourné quelques westerns « spaghetti » dans les années 1960 ne me surprend pas!







Je suis seulement à quelques km d’un site archéologique de premier ordre en Sardaigne: Tharros. Cette antique cité portuaire fut fondée par les Phéniciens au 8ème siècle av. J-C., qui en firent un pôle commercial important en Méditerranée. Elle fut ensuite reprise par les Romains, qui accrurent encore sa prospérité et sa renommée.


Le site est très étendu, on déambule librement au milieu de ces innombrables vestiges de l’époque romaine, remarquablement bien conservés. Sur un petit promontoire veille une tour espagnole du 16ème siècle, et plus bas, face à la mer, deux superbes colonnes corinthiennes montent la garde. Le cadre est enchanteur, il me rappelle un peu Selinonte en Sicile.









Quelques bars et restos bordent la route d’accès au site. J’en choisis un qui n’a pas l’air trop fréquenté pour manger un bout. Mais alors que je suis concentré à faire un sort à mon panino, voici qu’une main apparaît dans mon champ visuel et que j’entends « Buongiorno, come stai? ». Intrigué, je lève la tête. Pas possible! C’est mon voisin de tablée du Supramonte, et il est ici avec sa bande de joyeux drilles! Ni une ni deux, je vais boire un verre avec eux; ils continuent leur voyage vers le nord de l’île, moi vers le sud. Les rencontes les plus fugaces sont parfois les plus belles, celà fait aussi partie du voyage!
De Tharros à Carloforte.
Je quitte donc Tharros et contourne Oristano pour continuer ma progression dans le sud-ouest de l’île. Les reliefs accidentés du Montiferru se sont aplanis, le terrain est devenu plat et monotone, composé de routes se coupant à angle droit et parcelles agricoles où le maïs semble prédominer (je vois que c’est la pleine période de récolte). Je traverse l’étrange petite ville d’Arborea, avec ses rues tracée au cordeau et ses édifices pompeux. C’est Mussolini qui fit bâtir cette « ville nouvelle » en 1928, après avoir fait assécher l’étang de Sassu. La ville s’est d’abord appelée Villagio Mussolini (la modestie et lui, ça faisait deux), puis fut rebaptisée à la chute du fascisme.
Un petit arrêt à Marceddi, tout petit village de pêcheurs au bord d’une lagune, qui est un peu le « penchant » maritime de San Salvatore avec ses larges rues ensablées et ses vieilles maisons, mais à la différence importante que ce petit coin de paradis est toujours habité et actif (il suffit de voir les barques de pêche!). Pour quitter Marceddi, une digue de près d’un kilomètre franchit la lagune, on peut la passer en voiture mais c’est étroit et il n’y a pas vraiment de « priorité ». C’est au petit bonheur, et en… se dépêchant!









Je continue mes divagations vers le sud (sans pour autant divaguer 😁), en passant par Arbus et Fluminimaggiore, par une route qui a renoué avec le paysage montagneux, magnifique et offrant de belles perspectives. Mais au vu des nombreux virages parfois serrés et sournois, il est sage de garder sa concentration sur le ruban d’asphalte (oui, la route, quoi). Je rejoins la côte ouest, la Costa Verde pour être précis, étonnamment sauvage et préservée; la route longe au plus près la mer et de longues plages de sables, parfois bordées de dunes impressionnantes comme celles de Piscinas. Juste peut-être cette exception avec Portu Maga, ce « village de vacances » construit dans les années 1970 et en grande partie abandonné.


Je ne suis plus très loin d’Iglesias, mais je préfère continuer sur la côte. Après avoir traversé Buggerru, la longue route sinueuse s’encaisse de plus en plus entre de colossaux massifs rocheux, puis descend de façon assez prononcée vers la mer. Et là, au détour d’une courbe, voici que s’offre à mes yeux un paysage inattendu, presque irréel: un immense village minier abandonné, Masua, fait face à la mer dans laquelle s’élève le Pan di Zucchero, un gigantesque bloc calcaire de 130m. Tu te souviens que la Sardaigne a un passé industriel et minier important; cette région, autour d’Iglesias, regorge de témoignages de cette activité florissante. Un peu plus loin, Porto Flavia possédait, au bout d’un tunnel de 600m, une sortie directement percée dans la falaise pour acheminer les minerais directement dans les bateaux!





À quelques km plus au sud, Nebida est un autre site minier surplombant la mer, connu pour son ancienne laverie « Lamarmora », construite en briques, où était lavé le charbon. Le panorama sur le Pan di Zucchero est fabuleux!




L’île San Pietro et Carloforte se rapprochent!
Carloforte et Carbonia.
Encore un bout de route à parcourir pour arriver à Portovesme, ville sans grand intérêt si ce n’est celui d’être le point d’embarquement pour l’île San Pietro, pour une traversée de 40 minutes avec les ferries de Delcomar. Le port n’a rien de folichon, le ferry tient compagnie à un gigantesque minéralier qui est déchargé par des grues d’une hauteur à donner un torticolis. Un trajet simple avec voiture revient à 10 euros. Le moindre espace est utilisé pour parquer un maximum de véhicules (j’ai dû sortir par la portière passager!!), mais les navires sont plus gros que ceux de la Maddalena.



Débarquement à Carloforte, la ville principale (la seule, devrais-je dire) de l’île. Ça s’annonce bien, cette rangée de palmiers face à la mer est du plus bel effet! Mais pour se garer, il faudra un peu serrer les dents, c’est difficile de dénicher un place gratuite. Sur la Piazza Pegli, un peu excentrée, avec un peu de chance c’est faisable.

Jolie petite ville que voilà, avec ses petites rues se coupant à angle droit, ses maisons de divers coloris avec des balcons en fer forgé et ses cours fleuries. Un petit air de Ligurie? En fait, Carloforte est née d’une colonie génoise expulsée de l’île turque de Tabarka, qui obtint plus tard de Carlo Emanuele III l’île de San Pietro, afin d’établir une nouvelle colonie. Son centre névralgique est clairement la Piazza Repubblica, avec ses grands arbres (des ficus, je pense) complètement entourés de bancs verts et son église San Carlo Borromeo. Quelle animation! C’est pas une place, c’est une cour de récré, avec des gosses qui courent, qui roulent à vélo, qui font du roller, sous l’oeil placide et bienveillant des parents jamais bien loin. Au-delà, des ruelles et des volées d’escaliers grimpent à l’assaut des petites collines entourant la ville.








À 500 mètres à peine du centre-ville, qu’est-ce donc que cette immense pièce d’eau longée par un petit canal? C’est l’ancienne saline de Carloforte, ayant cessé son activité depuis des années et devenue un refuge pour des nombreuses espèces d’oiseaux. On y voit encore de vieilles machines d’extraction rouillées, entourées d’herbes folles.




La soirée s’installe. Je mangerais bien quelque chose, étant charmé pour le moment de cette excellente cuisine sarde. Je choisis une petite « pescheria » (poissonnerie) qui, le soir, devient aussi resto-traiteur. Il y a des petits plats de poisson simples à emporter, mais c’est possible de se sustenter sur place, dans ce petit local où quelques petites tables sont posées près du long comptoir de vente où on peut déjà voir ce qu’on va dévorer. La pêche au thon a été une activité intense dans la région, par conséquent je me prends une spécialité locale: le thon à la carlofortine, agrémenté d’oignons et de sauce tomate.

Très tôt la matin, un grondement me réveille. Un avion, à cette heure-ci? Je ne crois pas… Une lueur fugace deux secondes plus tard, je pige: un orage! J’espère qu’il passera rapidement! J’essuie heureusement les dernières gouttes sur les 300 mètres qui me séparent de la voiture. Direction le port, pour le ferry de 7H50. Je retourne sur Portovesme, j’en profite pour prendre un petit-déj’ sympa à bord, avant d’aller sur le pont voir la côte se rapprocher. Le jour se lève, au loin quelques éclairs fusent encore, alors que derrière moi le ciel bleu gagne du terrain. Joli contraste. L’énorme minéralier n’est pas encore déchargé; les grues ont certainement travaillé toute la nuit.
Je débarque, et après 15 km me voici à Carbonia. La région ayant été un abondant vivier industriel, surtout dans l’activité minière, rien d’étonnant à ce qu’on ait choisi un tel nom pour cette ville récente (de carbone, charbon en italien). Elle fut inaugurée par Mussolini en 1938 (à l’instar de ses « soeurs », Arborea et Fertilia), et on reconnaît encore ici la patte architecturale du parti fasciste. Mais Carbonia est plus étendue et son agencement plutôt bordélique, sans logique. Le centre névralgique de ce puzzle est la Piazza Roma, où cohabitent l’église San Ponzano et son campanile, l’Hôtel de Ville, un théâtre et la Torre Civica, cette dernière étant là juste pour que les fascistes puissent plastronner… Mais soyons clairs, elle ne rivalisera jamais d’élégance avec la Piazza Navona de Rome ou la Piazza del Campo de Sienne!




À l’est de la ville, la plus importante mine de charbon d’Italie, en activité entre les années 1930 et 1970, extrayait 10% de la production nationale, employant jusqu’à 12.000 mineurs! Elle a cessé ses activités en 1971. Le site fut restauré et converti en un musée exceptionnel en 2006, permettant de visiter les locaux de la lampisterie, la galerie souterraine et la salle des treuils.

La Costa del sud et Cagliari.
Le sud de la Sardaigne se rapproche, Cagliari aussi, mais avant celà je vais suivre la côte au plus près en empruntant cette fameuse route panoramique (la SP-71) qui va de Porto Teulada à Chia. Elle longe la mer au plus près sur 25 km et elle est réputée pour être une des plus belles portions routières de l’île. Je dois reconnaître que ce titre n’est pas usurpé: chaque virage est une surprise, dévoilant ici une mignonne petite plage ou une crique, là une vue splendide sur des falaises de granit… Ce paysage, rappelant vraiment la Corse, est ponctué régulièrement par des anciennes tours aragonaises. Ah bon, pas génoises? Non,rappelles-toi Alghero, la domination espagnole, les aragonais! Alors qu’en Corse, ce sont les génois qui donnèrent leur nom aux tours qui jalonnent la côte de l’Île de Beauté!







La prochaine étape, à 60 km, n’est pas des moindres: en route pour la capitale sarde, Cagliari! Bon, l’arrivée à Cagliari n’a rien à voir avec Bosa ou Alghero. Des barres d’immeubles, une zone portuaire, et une circulation qui me rappelle celle des voies rapides à la sortie de Naples! Il y a bien un parking gratuit près du port de plaisance, mais faut pas le louper, il est mal indiqué. Allons voir maintenant si la ville se rattrape et peut contrebalancer ce mauvais point. Attends un instant, j’ai pris une grosse part de pizza, je recharge mes accus…
La vieille ville ne s’offre pas tout de suite, il faut d’abord arpenter de longues rues commerçantes, comme le Corso Vittorio Emanuele II, pas vilain avec son revêtement dallé et ses quelques bâtisses colorées. Quelques belles petites églises parsèment ce coin de la ville. Mais voilà qu’apparaissent les premières hauteurs du quartier du Castello, le centre historique de la ville! Prépare tes mollets, ça grimpe, il y a quelques volées d’escaliers à affronter pour arriver à la Torre dell’Elefante, avec sa petite statue d’angle représentant un…? (un chocolat si tu trouves l’animal-mystère!!). Cette tour est le point d’entrée sud du Castello, mais je préfère longer la vieille université de la ville pour atteindre la Porta de Due Leoni (avec ses deux têtes de lion), donnant accès à une vaste esplanade en terrasse d’où on profite d’une super vue sur les puissants murs du Castello. La perspective sur les vieux toits de Cagliari n’est pas mal non plus, mais je n’en dirais pas autant de la vue sur le port, avec un fond sonore bruyant et énervant qui te rappelle que l’aéroport d’Elmas n’est qu’à 10 km d’ici!














À la pointe sud du Castello se dresse une porte monumentale, le Bastione San Remy, bordé de palmiers et accessible par des escaliers. À noter que pour les pantouflards, il y a deux ascenseurs qui permettent la grimpette jusqu’à la terrasse. On va maintenant pénétrer dans le coeur de la vieille ville, au gré de vieilles ruelles biscornues dont l’étroitesse n’empêche malheureusement pas les voitures de s’y faufiler. Certains immeubles sont plutôt délabrés, ce qui pourrait te donner l’illusion d’être à Palerme.
L’épicentre du quartier, c’est la magnifique Piazza Palazzo, où cohabitent la cathédrale Santa Maria, le Palazzo Regio (l’ancien palais royal) et le Palazzo di Citta. En contrebas, la Piazzetta Carlo Alberto permet de voir la cathédrale sous un autre angle. Et au-delà, la Torre San Pancrazio marque l’accès nord du Castello et le point culminant de la ville.







Voilà, Cagliari m’a plu mais sans plus; j’entends par là qu’elle est intéressante à explorer, que sa vieille ville n’est pas désagréable du tout, mais ce n’est pas nécessairement la plus jolie ville de Sardaigne. A toi de te faire une idée le jour où tu suivras mes pas!
La région du Medio Campidano: une Sardaigne méconnue.
À partir de Cagliari, je reprends la route vers le nord, en passant par Villamar (quelques fresques murales pour les mordus) et Barumini. Je me trouve dans le Medio Campidano, qui n’est pas vraiment une région mais une ancienne province sarde, qui a été regroupée avec celle de Carbonia-Iglesias pour créer, en 2016, la province de Sardaigne du sud.
Ce coin peu touristique a une vocation agricole bien marquée, avec cette alternance de prairies et de champs aux terres souvent rocailleuses, au milieu d’une nature encore préservée, composé de collines et hauts-plateaux. Des tas de petites routes sans panneaux indicateurs rendraient fou le plus fiable des GPS. Typiques aussi de cette région, des petits murets de pierres sèche séparent encore quelques parcelles. A première vue, rien à voir dans le secteur? Et pourtant… C’est ici que se cache un des sites nuragiques les plus connus de l’île: le site de Su Nuraxi! C’est le seul nuraghe classé à l’Unesco. Il est à 1 km de Barumini, mais rançon du succès, c’est archi touristique: autocars, boutiques et visite guidée obligatoire (12€ quand-même) qui, même si elle est instructive, ne permet pas vraiment de « ressentir » le lieu. J’ai davantage d’émotion face à un nuraghe non-restauré caché parmi les broussailles en pleine campagne… Bref, une impression mi-figue mi-raisin, j’aurais préféré une visite libre et plus d’authenticité; je le redis, jepréfère nettement découvrir un nuraghe abandonné et dépareillé…


La région est parsemée de petits villages charmants, comme Tuili, avec ses maison en pierre et sa petite église à laquelle on accède par une jolie cour intérieure. Le tumulte des voitures des abords de Cagliari a fait place au chant des oiseaux, et accessoirement aux aboiements des chiens quand je passe…







Je pose mon sac ce soir à Genoni, petit village agricole perdu dans la campagne. Enfin plutôt un peu à l’écart du village, dans un agriturismo qui a gardé intact son caractère rural à travers l’élevage des vaches et des chèvres (ces dernières allant partout où bon leur semble), sur une superficie de 13ha; ils possèdent même un petit troupeau de chevaux de la Giara, race typiquement sarde assez rustique et au physique râblé.





Le repas du soir est fixé pour 20 heures, j’ai le temps de me balader aux alentours, à travers un paysage agricole assez brut, le long des petits murets en pierre. Ça pourrait rappeler un peu le Larzac ou l’Aubrac. Oh, il y a quelques mûriers le long du sentier, j’en profite pour gober quelques fruits! Je vais aller faire un tour dans le village de Genoni, qui vit à son rythme (sûrement pas celui du tourisme!), où la vie s’écoule paisiblement: un bande de gars à vélo me fait « Ciao » en passant, un gars conduit son antique Vespa d’une main, l’autre tenant une binette…








Tiens, un petit bar. J’entre. Deux ou trois gars, un peu interloqués, forcément ils se demandent qui c’est celui-là! C’est mon truc pour rencontrer les locaux; un « buena sera » souriant, je m’assois au comptoir pour prendre une bière, et la glace ne tarde pas se rompre. Ils s’intéressent à ce gars qui n’est pas d’ici, je parle de ma Belgique, ils me parlent de leur Sardaigne… On me paie une Ichnusa, je vois que la patronne a de la Stella, une bière de chez moi, alors à mon tour de payer la tournée! Preuve que les touristes ne viennent jamais par ici, ils ne parlent que l’italien. Après 4 ou 5 bières, je vais y aller car le repas du soir est proche. Encore des rencontres qui valent de l’or à mes yeux! (* le bar s’appelle Il Moro, sur la via Roma)
Mémorable repas aussi chez Franca et Peppino (les gérants de l’agriturismo); je vois qu’à ma table, deux couverts en plus sont installés, ah çà, j’aurai de la compagnie? Ce sont les deux fils de la maison, deux éleveurs jusqu’au bout des ongles, avec qui je partagerai ce dîner (cena en italien). Et les échanges continuent, on m’interroge sur mon pays, et moi j’apprends plein de trucs intéressants sur l’île; j’ose même une ou deux questions tabou, du genre « la Mafia est-elle présente en Sardaigne? ». Non, c’est plus proche des coutumes corses, honneur familial, banditisme…
Je vais me coucher vers 23 heures, je dois dire que j’ai dormi comme un bienheureux! Les bières, le demi-pichet de rosé et la grappa de fin de repas y étaient-ils pour quelque chose? Va savoir. Mais je ne me suis pas changé en gremlin…
L’Ogliastra – Remontée vers le Supramonte.
Ce matin, après avoir pris congé de mes hôtes, je vais mettre le cap vers le centre-est de l’île. Je traverse encore quelques villages un peu assoupis: Nuragus, Nurallao, ou encore l’étrange Crastu, minuscule et à moitié abandonné.





La grenade possède généralement quelques centaines de graines dans un seul fruit. C’est pourquoi elle était souvent associée à la fertilité dans la mythologie. Quant à la grenadine, elle était autrefois vraiment réalisée à partir de pulpe de grenade (d’où le nom). Mais dans certains pays, les fruits rouges ont maintenant remplacé la grenade, fruit exotique trop cher à l’achat.







Au fil des kilomètres, le paysage montagneux prend de l’assurance; j’entre dans la région de l’Ogliastra (devenue une province à part entière en 2005), où la nature est encore sauvage et préservée. C’est d’ailleurs le coin le moins peuplé de l’île. Ensuite, le relief s’aplanit pour rejoindre la mer Tyrrhénienne. Je regrette de te dire que j’ai préféré rester à l’intérieur des terres, donc j’ai choisi d’occulter un peu la côte est, qui pourtant est réputée superbe. Eh oui, le temps n’est pas extensible, les jours de vacances non plus…
Bref, je ne suis plus très loin d’Ulassai, petit village aux rues escarpées bâti à flanc de montagne. Environnement somptueux: forêts de chênes, vignes, falaises calcaires vertigineuses qui font le bonheur des grimpeurs… En surplomb du village, la grotte de « Su Marmuri » est l’une des plus connues de l’île.
À 8 km d’Ulassai, voici encore une curieuse découverte. J’aperçois au loin un village que je vais traverser. Mais quelques chose cloche: tout est abandonné, certaines bâtisses tombent en ruines… Gairo Vecchio est un village-fantôme, vrai de vrai. A la fin du 19ème siècle, des tempêtes violentes provoquèrent des glissements de terrains et des coulées de boues, menaçant le village. En 1951, une grave inondation contraignit les habitants à abandonner les lieux. Le village est laissé tel quel, et le « nouveau » Gairo est reconstruite 2 km plus loin. C’est troublant et émouvant d’errer le long des rues avec leur nom encore inscrit à leur début, de pénétrer dans les maisons vides; l’impression d’être le dernier survivant d’une catastrophe. Prudence toutefois, le temps ayant fait son oeuvre, les structures sont fragilisées et certaines maisons interdites d’accès.





Par des petites routes de montagne où les lacets s’en donnent à coeur joie, et où il faut de surcroît slalomer entre les déjections de nos amis bovins et caprins (!), je remonte vers le sud du Supramonte et la région du Gennargentu. De temps à autre, je franchis un petit passage à niveau signalant le tracé du Trenino Verde, ce vieux train touristique qui sillonne la Sardaigne sur trois lignes différentes. Je m’arrête dans le petit village d’Aritzo, d’une tranquillité absolue, puis à Tonara (15 km au nord). Intéressant, ce village, pour plusieurs raisons. D’abord, il recèle un merveilleux lacis de ruelles étroites et d’escaliers usés par le temps; ensuite, en furetant bien on découvre des fresques murales parfois naïves, parfois symboliques ou exceptionnelle comme celle avec le poème de Peppino Mereu. Enfin, pour les gourmands, Tonara est réputé pour son torrone (nougat), délicieux mélange d’amandes, de noisettes et de miel!

















Je passe près de Gavoi avant de longer le grand lac artificiel de Gusana, au cœur des forêts de chênes-liège et de châtaigniers. Plus loin, Ovodda est un autre petit bourg sans histoire, bien qu’il suscite l’intérêt du monde scientifique. Pourquoi donc? A cause d’une des concentrations les plus importantes de personnes centenaires dans le monde; ces records de longévité sont encore entourés d’une aura de mystère.








Retour à Olbia – fin du voyage.
Après avoir passé la nuit dans un petite maison d’hôtes entre Ovodda et Nuoro, je vais à présent regagner Olbia, en effet c’est aujourd’hui que je rends la voiture à l’aéroport. Ben oui, la boucle est bouclée!
Depuis l’aéroport, les lignes de bus 2 et 10 rallient le centre-ville en 20 minutes. Il faut dire que, pour la majorité des vacanciers, Olbia n’a d’intérêt que pour son aéroport, et part le fait qu’elle est toute proche de la Costa Smeralda. Alors, on la délaisse, on préfère se fier aux préjugés comme quoi elle n’est pas attirante. Au diable les idées reçues, j’y passe ma dernière nuit et je vais voir ce qu’elle a comme atout-charme!
L’entrée en ville n’est en aucun cas comparable à Bosa ni Alghero. C’est très urbanisé et des immeubles affligeants de banalité regardent vers la mer. Du côté de la gare, on se croirait presque dans une artère de Naples tellement la circulation oscille entre boxon et bordel sans nom. Ne nous arrêtons pas sur cette première impression, il y a bien un centre ancien à Olbia et quoiqu’il soit peu étendu, il n’est pas mal du tout, et très vivant! Le Corso Umberto en est l’artère principale, entrecoupé de petites ruelles, et les Piazza Matteoti et Regina Margherita sont des lieux de vie très animés. Pas de monuments grandiloquents ni de maisons colorées ici, le seul édifice intéressant est la basilique romane San Simplicio, ayant misé malgré tout sur la sobriété (intérieur comme extérieur). En définitive, le centre d’Olbia vaut une visite, même si on en a vite fait le tour.







Dernier repas du soir dans une petite trattoria dans la zone piétonne; quelle spécialité sarde vais-je bien tester? Comme les pâtes de l’île ont souvent de drôles d’aspects, je jette mon dévolu sur les fregole, faites de semoule de blé dur, marrantes avec leur forme de petites billes et servies avec des palourdes ou des moules. Je poursuis avec un plat très consistant et « bourratif » nommé zuppa gallurese. Non ce n’est pas une soupe mais un plat traditionnel de la Gallura, fait de fromage de brebis, de pain rassis, arrosé de bouillon et de vin blanc. La texture évoque un peu celle du pain perdu. Elle m’en a laissé de bons souvenirs, cette cuisine sarde!
Ristorante da Paolo – Via Giuseppe Garibaldi, 18.

Je me fais une petite balade en soirée du côté du port de plaisance. Ah, on a installé une grande roue dans le petit parc, entre la mer et le musée archéologique. Elle brille de mille feux (enfin plutôt de mille leds!) et sera là jusqu’en novembre. Allez, pourquoi pas, je me fais plaisir en pouvant contempler Olbia d’une hauteur de 40 mètres!

Le retour se fera avec un vol-escale à Milan-Malpensa (oui, Linate était encore en travaux). Fais attention à ta correspondance, l’aéroport comporte 2 terminaux, distants de 3 km. Heureusement, une navette gratuite les relie efficacement. Je te laisse, l’embarquement pour mon vol vers Bruxelles est annoncé!
LE « DEBRIEF » DU VOYAGE:
L’Italie ne cessera jamais de me surprendre et me fasciner. Certes moins touristique que sa grande soeur sicilienne, la Sardaigne a de quoi séduire: la montagne, les côtes rocheuses et les plages, l’Histoire (les nuraghi et Tharros, c’est pas rien quand-même)… et surtout cette cuisine exceptionnelle (porceddu, mon amour) et ces rencontres inopinées qui valent 100 fois plus que les blablas des guides touristiques.
« La vie en Sardaigne est probablement la meilleure qu’un homme puisse souhaiter: vingt-quatre mille kilomètres de forêts, de campagne, de rivages immergés dans une mer miraculeuse, cela correspond à ce que je suggérerais à Dieu de nous donner comme paradis ».

- • La Sardaigne côté mer: la Maddalena, le Capo Testa, la plage de la Pelosa, Carlforte…
- • La Sardaigne côté montagne: la Barbagia et le Supramonte (quel festin, mes aïeux!), Ulassai…
- • La Sardaigne côté histoire: les nuraghi, Tharos, les fameuses fresques murales…
- • La Sardaigne côté ripaille: peut-être déconseillé si tu fais un régime, mais cette cuisine sarde est délicieuse à en vendre son âme au diable!
- • Et enfin, tous ces petits villages anonymes, ces rencontres vraies avec des habitants, ces animaux en liberté das la Barbagia…

- • La Costa Smeralda: chacun son idée, mais pour moi ce luxe ostentatoire n’est pas ce que je cherche…
- • Parfois un peu cher pour visiter certains sites nuragiques (un bel exemple avec Su Nuraxi), alors qu’il y a des dizaines de nuraghi en pleine nature, libres d’accès (même si c’est parfois laborieux d’y accéder!).
- • Hé, les motards suisses ou allemands: si vous pouviez avoir le pied plus léger sur les routes de montagne, rapport au bétail qui peut s’y trouver… Pour vous défouler, il y a toujours le Nürburgring…

Quel beau périple.
Paysages, gastronomie, le tout avec humour = un billet très plaisant.
Merçi beaucoup! L’Italie est un véritable vivier de merveilles, il est impossible de s’en lasser! 😉🇮🇹