Voyage en Sicile 2019 – 2ème partie: de l’Etna au Stromboli.

Dans le premier opus de ce voyage, je t’ai déjà montré un bel éventail des innombrables beautés qu’on peut découvrir à travers cette belle région d’Italie qu’est la Sicile. Mais notre exploration est loin d’être terminée! Des coins de Sicile moins connus, des trajets en bateau, des volcans et des îles… Reste bien avec moi, on va encore en prendre plein les yeux!

Sa Majesté l’Etna!

Au risque de te décevoir, j’ai choisi de ne pas aller à Messine. Voilà, c’est dit. Mais cet écart sera largement compensé par un grand moment de ce voyage. Tu le vois au loin, l’Etna? Oui, tu as compris où je veux t’embarquer! Je quitte donc Taormina et file vers l’ouest, en passant par Linguaglossa. C’est vrai que la meilleure approche du volcan se fait par le sud, mais le nord de l’Etna est nettement moins touristique, c’est ce que je recherche!

C’est dans le gros village médiéval de Randazzo que je poserai mon sac pour deux nuits. Rien que la route pour s’y rendre est un régal. Sur ma gauche le sommet du colosse est bien en vue, des fumerolles s’en échappent! Devant moi, au loin, commencent les reliefs montagneux du parc des Nebrodie. Ces amas rocheux qui touchent presque le bord de la route (il y en a des deux côtés!), ces sont des anciennes coulées de lave. Jusqu’ici?? C’est à la fois inexprimable et effarant …

Coulées de lave refroidie de l’Etna.

Randazzo est un gros bourg tranquille, avec ses petites rues qui offrent parfois une échappée sur l’Etna, et quelques églises intéressantes. En s’éloignant un peu à pied dans la campagne, on profite d’une vue de « ouf » sur l’Etna. C’est dimanche, et à première vue, c’est jour de fête. J’observe des petits stands de nourriture et des banderoles sur une placette, plus tard j’entends des détonations: on tire des feux d’artifice, mais en plein jour. Etonnant!

En début de soirée, des jeunes communiant(e)s sortent de la basilica Santa Maria et vont défiler dans les rues au son d’instruments traditionnels. Religion et tradition se mêlent, ce moment appartient aux habitants, ce n’est pas un show pour touristes. Je savoure cet instant, en restant discret… Je ne me couche pas tard; demain est une journée importante de ce voyage. Je pense que tu vois où je veux en venir?

Randazzo.
Randazzo: une curieuse formation nuageuse sur l’Etna.

Le lendemain matin, je démarre tôt, il est 06H30. Comme je suis basé au nord de l’Etna, pour rejoindre le Rifugio Sapienza au sud, pas d’autre choix que de le contourner. Ce sera par l’est, par Zafferana Etnea. Les paysages traversés ne sont pas forcément ceux qu’on croit! Car après les coulées de lave solidifiée entre Randazzo et Linguaglossa, voici que s’étalent de beaux vignobles au gré de petites routes bucoliques. On y produit les 3 robes de vins (rouge, rosé, blanc), et les cendres volcaniques associées à un microclimat sont tout bénéfice pour faire fructifier cette industrie!

Vignobles autour de l’Etna.

Après Zafferana Etnea, les choses deviennent plus sérieuses. La route commence à grimper, à se mettre en lacets, les panneaux « attention chutes de cendres » fleurissent. Le panorama se dégage de plus en plus. La route se faufile au milieu d’un paysage surréaliste d’amas de lave d’une épaisseur parfois telle qu’il faudrait se pincer au sang pour y croire. La végétation, mêlant maigres arbustes et conifères, a quand-même réussi à s’accrocher au sol volcanique.

Le Rifugio Sapienza est en vue. Soyons francs: le côté « mythique » de l’Etna s’effrite quelque peu : parkings XXL (payants, ben voyons), boutiques de souvenirs, snacks, matériel de rando… et j’en oublie. A cette heure, les autocars n’ont pas encore déversé leurs flots de touristes. Je grignote un truc vite fait, je trouve un endroit gratuit pour la voiture (un peu excentré, en cherchant bien ça existe).

Bon, c’est le moment de faire les présentations. L’Etna, 3330 mètres de haut, 250km de pourtour, le plus haut volcan actif d’Europe. Des accès de colère qui se traduisent en éruptions cauchemardesques et coulées de lave de plusieurs km. Des quintes de toux qui libèrent de telles quantités de cendres qu’il peut faire fermer l’aéroport de Catane. MAIS aussi un sol fertile aux alentours proches, permettant la culture de la vigne et des agrumes. Fascination, crainte, terreur, respect. Tout est dit.

L’Etna.

Je prends le téléphérique, qui m’amène à l’altitude de 2500m. Arrivé là-haut, attention il fait très venteux et frisquet! Coupe-vent, voire doudoune conseillés! Je continue en T-Shirt (j’ai une notion du froid assez particulière). Resto, boutique de souvenirs, et cette armada de véhicules 4X4, mi-camion mi-bus avec de gros pneus. Il sont là pour acheminer les touristes flemmards 400 m plus haut. Merci bien, j’y vais à pied! J’évolue au milieu d’un paysage lunaire, rocailleux, avec les traînées de poussière cendreuse laissées par les 4X4. Attention à la direction du vent, pour ne pas se bouffer la poussière soulevée par les véhicules! À pied, c’est bien, on peut s’écarter de la piste sans problème, s’approcher des petits cratères éteints et jouir d’une vue d’anthologie. Mais quand le vent violent s’amuse à propulser des grains de cendres à une vitesse folle en plein sur les mollets ou la nuque, ça picote plutôt fort sur la peau!

L’Etna.

J’atteins les 2900 mètres d’altitude, j’écarquille les yeux devant le sommet si proche crachant ses fumerolles, mais désolé je ne vais pas aux 3330 m. Cette concentration de camions, les tarifs un peu exagérés ne me tentent pas trop. Je redescends à pied jusqu’au téléphérique pour redescendre à Sapienza dans l’après-midi. Dans la descente, je n’avais pas remarqué tout de suite ces traces de blanc immaculé parfois cachées par les cendres; en grattant un peu du pied, je m’aperçois qu’en fait c’est de la neige!

L’Etna.
Traces de neige sur l’Etna.
La même chose, version « zoomée ».

Maintenant on va aller voir de l’autre côté, au pied du versant nord. De ce côté, le paysage se fait plus boisé, même si les couches de lave solidifiée nous rappellent que le volcan fait toujours la loi ici! En bord de route, j’aperçois un panneau discret Grotta delle Neve. Tiens, je vais aller voir ce que c’est. Après 5 minutes de sentier à travers un bois de bouleaux, j’atteins une cavité accessible via une petite volée de marches taillées dans la roche. Sensation étrange de passer, en quelques secondes, de 30°C à une fraicheur telle qu’on voit la « buée » de mon haleine! Hé bien, c’était autrefois une ancienne glacière à neige, celle-ci venant des versants du volcan, puis transformée en glace et revendue.

Grotta della Neve.

Je bifurque vers Piano Provenzana, au pied du versant nord de l’Etna. Le constat est très clair: c’est beaucoup plus sauvage, plus boisé et moins touristique! Il y a 4 ou 5 voitures maximum, et contrairement à la descente de la route « Etna sud », je n’ai croisé aucun autocar! En tout cas, le décor est différent: les coulées de lave on tracé des sillons monstrueux et gigantesques à travers la forêt, laissant des arbres intacts à 10 mètres des chicots de bois complètement calcinés par le magma. Il y a même un ancien refuge entouré de blocs de lave, mais miraculeusement épargné. Atmosphère vraiment aux antipodes du carnaval commercial autour du Rifugio Sapienza!

Versant nord de l’Etna.
Versant nord de l’Etna.
Versant nord de l’Etna: ici on voit bien le contraste.

Je rentre à Randazzo en fin d’aprem, je profite de la soirée dans ce village paisible, avec une petite balade sur ses hauteurs. La région de l’Etna étant aussi connue pour la culture de la pistache (surtout du côté de Bronte), je ne pouvais manquer de déguster un granita composé avec ce fruit sec. En tous les cas, je suis enchanté de ma rencontre avec Sa Majesté l’Etna!

« Les volcans, c’est très simple: à six mètres, on ne sent rien. À quatre mètres, on a chaud. À deux mètres, on brûle ».
Haroun Tazieff (volcanologue, 1914 – 1998).
Randazzo.
Granita à la pistache.
Ecoutes-moi çà comme le vent souffle!

Nebrodi et Madonie, la Sicile côté nature.

Il est temps à présent de s’enfoncer dans cette région montagneuse, au nord de l’île, alternant bois de feuillus, terres céréalières et prairies: le parc des Monti Nebrodi. Cette jolie mosaïque de couleurs et son relief ondoyant pourraient évoquer la Toscane si il y avait des cyprès alignés, ce qui n’est pas le cas! C’est très agréable de rouler à travers ces petites routes bucoliques; peu de circulation, villages espacés… J’ai même croisé un petit village abandonné que j’ai exploré rapidement malgré les clôtures; oui je sais, je suis incorrigible avec les « interdits »!

Parc des Monti Nebrodi.

Je fais halte à Sperlinga, un petit village à l’ouest du parc, blotti près d’un énorme rocher et gardé par un massif chateau du 15ème siècle, en partie bâti dans la roche. Plus bas, on trouve encore des habitations troglodytiques.

Sperlinga.
Sperlinga.

Aux environs du village, en bord de route, un genre de panneau explicatif attire mon attention. Un truc historique, une curiosité naturelle? En fait, non. C’est à cet endroit qu’en 1943, l’illustre photographe Robert Capa prit le cliché d’un paysan du coin indiquant à un soldat américain la direction par où les troupes allemandes étaient parties.

La célèbre photo de Robert Capa.

J’approche du village de Gangi, et par la même occasion, pénètre dans le parc naturel des Madonie. En gros, les Madonie se situent au nord de l’île, entre Palerme et Cefalù. Côté paysages, le sud des Madonie, où on va, est plutôt la continuité de ceux des Nebrodi. Tu verras demain que le nord a un relief vraiment plus montagneux.

En attendant, je m’arrête à Gangi qui, vu de loin, a une apparence curieuse. Village perché? Pas réellement, car il recouvre toute la colline sur lequel il se pose, de façon homogène, très compacte. Même les édifices religieux se noient dans la masse. Ce n’est pas un village pour les voitures! Et même à pied, grimper jusqu’à la Piazza del Popolo se mérite, de ruelles pentues en escaliers étroits. Cette place est l’épicentre du village avec sa fontaine, son église, sa terrasse panoramique et son petit bar d’habitués. Petit bar où justement je vais m’envoyer un gros panino garni de charcuterie locale. Et je me rends compte que depuis le début du voyage, je me suis très peu sustenté dans des restaurants, tant la « street-food » sicilienne est délicieuse et pas chère!

Gangi.
Gangi.

Je passe la nuit dans un agriturismo (équivalent des chambres d’hôtes de France), perdu en pleine campagne aux alentours de Gangi, au milieu des champs et des vignes. Ce silence, cette sérénité… Un fameux contraste avec l’activité touristique virevoltante de Taormina!

http://www.agriturismocapuano.com/index.htm

L’agriturismo Capuano, sur la gauche. Je suis veinard, non?

Le matin suivant, après un gargantuesque petit-déj’ comme la Sicile rurale en a le secret, je vais poursuivre mes baguenaudages (pas mal trouvé, le mot…) dans le sud des Madonie. J’arrive à Geraci Siculo, un peu au nord de Gangi. La route pour y aller est superbe, tout en virages, et ce petit village est du même acabit, archétype d’un petit bourg de montagne où le touriste est une espèce rare.

Le gérant de l’agriturismo m’a suggéré de faire un tour à Blufi, m’expliquant qu’il y a un truc insolite là-bas. Le village est banal, mais à 3 km on trouve un petit monastère peu connu: le santuario della Madonna dell’Olio. Bon alors, qu’y a-t-il d’inhabituel ici? A 200 mètres du monastère, j’atteins une source dont la sortie est creusée dans la roche. Là tu dis « oui, de l’eau, et après? ». Attends, regardes bien… ce n’est pas de l’eau, c’est de l’huile minérale! Une source d’huile, comestible je sais pas, mais une longue perche finie par un genre de gobelet permet d’en recueillir. D’après la personne s’occupant du monastère, elle soignerait les maladies de peau. Tu comprends mieux le nom de « Madonna dell’Olio »?

Santuario della Madonna dell’Olio à Blufi.
La source d’huile minérale.
La source d’huile minérale.
Faire des frites? Non, je crois pas…

Ce coin de Sicile est vraiment magnifique et peu fréquenté. J’ai l’occasion de traverser plusieurs hameaux qui ont l’air de n’avoir pas bougé depuis des décennies, avec le marchand de fruits et légumes qui passe en fourgonnette, en klaxonnant au niveau de chaque client qui l’attend.

Paysage rural en Sicile.
Paysage rural en Sicile.

Plus au nord, voici les deux « Petralia ». En fait ce sont deux villages très proches l’un de l’autre, posés sur leur colline. Petralia Sottana, le plus bas, compte plusieurs églises dont la Chiesa Madre, avec son panneau de marbre répertoriant d’anciennes mesures agraires. Plus haut, Petralia Soprana, à l’allure nettement médiévale avec ses ruelles pavées et ses fontaines; il est le village le plus haut des Madonie, on peut voir l’Etna d’ici!

Dans le nord des Madonie, le paysage change, devient plus escarpé et montagneux. Les vaches et moutons se baladent sur la route (lève le pied!) et l’état de la route laisse parfois à désirer, avec des portions défoncées et des nids-de-poule. Les cultures laissent place à l’élevage, pour se substituer ensuite à de grands espaces boisés. Et ça grimpe, ça descend, ça tourne… Arrêt à Isnello, petit village accroché au versant de la montagne. La côte nord de la Sicile n’est plus qu’à 20 km au nord. En descendant les routes de montagne, apparaît bientôt au loin un liséré bleu: la mer! On va la voir? Alors, cap sur Cefalù!

Parc des Madonie.
Isnello.

Cefalù et Milazzo.

La route qui dévale vers la Méditerranée me fait déjà le cadeau d’une vue formidable sur les toits serrés de la vieille ville de Cefalù et de son gigantesque rocher (La Rocca), encore hérissé d’ancien remparts et d’une forteresse au sommet. en ayant l’imagination fertile, on pourrait penser à Rio de Janeiro et son Pain de Sucre! Pour se garer, c’est moins « fun » avec ces parkings payants à la pelle, mais j’ai trouvé un bon plan, à condition d’aimer la marche: le parking du cimetière est public, gratuit et sûr. Pour rallier la vieille ville tu en as pour 15-20 minutes de trotte. A toi de voir.

J’entre dans la ville par le Corso Ruggero, l’artère principale de Cefalù, en majorité piétonne même si quelques voiturses s’y risquent. Pour ma chambre Airbnb, j’ai tiré le jackpot: elle donne pile en face de la cathédrale! D’allure assez massive (la cathédrale, pas la chambre), elle fut érigée par les Normands (ils ont laissée des traces un peu partout sur l’île!).

Allons un peu explorer cette vieille ville de Cefalù. Je ne dirai pas que c’est un lacis de ruelles, celles-ci étant plutôt rectilignes et reliant le Corso Ruggero au bord de mer. Mais je t’avertis qu’on retombe dans le « touristique »: défilé de boutiques de souvenirs, davantage de foule que dans les petits villages des Madonie; mais c’est différent de Taormina, c’est plus populaire, moins guindé. T’es pas seul(e), mais ça ne t’étouffe pas. Enfin, faut voir en plein mois d’août aussi…

Sinon, en prenant des ruelles moins passantes, on retrouve plus d’authenticité; une vespa me dépasse, je vois des mini-autels dédié à la Vierge. Mais la mer est tout près, on n’irait pas la voir? La Porta Pescara, porche fortifié, donne accès à une petite plage et au « clou du spectacle » de Cefalù: le minuscule port et sa vue sans égale sur ces vieilles bâtisses collées les unes aux autres, les pieds dans l’eau (en fait, pourquoi on dit çà? Ça a des pieds une maison??). Ça me rappelle les bâtisses d’Erbalunga en Corse.

Cefalù.
Cefalù.

En quittant le port, planqué en contrebas d’une ruelle, voici un curieux lavoir médiéval alimenté par une rivière souterraine. Je me balade encore un peu dans les ruelles de la vieille ville. Mais le soir tombe, il est temps de chercher bonne pitance. Allez, pour une fois, un resto un peu à l’écart, pas trop touristique. Entrée: cacio argenteria (tranche de fromage caciocavallo avec ail, origan, huile et vinaigre), plat principal: pasta al taianu (grosses pâtes avec sauce tomate et viande) et un dessert au marsala.

Taverna Tinchite – Via XXV Novembre, 37. https://www.tavernatinchite.com/

Derniers pas sur la plage, retour au bercail avec la cathédrale et la Rocca illuminées en face.

Pasta al taianu.

Le lendemain, je pars vers… Milazzo? Hé non! Tu sais maintenant, si tu me suis, que mes itinéraires sont parfois décousus; en fait aujourd’hui je rends la voiture de location à l’aéroport de Palerme, puis je rejoins la gare centrale pour aller à Milazzo. J’aime toujours, à l’occasion, utiliser les transports locaux. Ce sera le train! Pas de rapide Frecciarossa ici, ce sont des trains régionaux qui ne sont pas pressés et qui font beaucoup d’arrêts. Des trains pour les siciliens, pas pour les touristes! La clim? On abaisse la vitre et on laisse entrer le vent. Il fait crevant de chaud aujourd’hui en plus (peut-être bien la journée la plus chaude du voyage…). 200 km pour 3 heures de trajet!

Si tu arrives à Milazzo en train, n’espères pas te retrouver au port 5 minutes après avoir débarqué: sache que la gare est à 4 km du centre-ville (non, c’est vraiment pas « Milazzo-centale »!). Alors, c’est taxi ou bus. Le bus marque l’arrêt près du port, d’où partent les bateaux pour les ïles Eoliennes. D’ailleurs, sur le trajet du train le long de la mer, on aperçoit bien Lipari et Salina. Ne trépignes pas, on y arrivera bientôt!

Milazzo, c’est une petite ville paisible, avec une belle promenade de bord de mer et un vieux quartier assez coloré, surplombé par un chateau fortifié d’où on a une jolie vue sur le golfe de Milazzo. Dommage que la raffinerie proche vienne pourrir le panorama!

Milazzo.
Milazzo.

Dans l’enceinte du chateau, l’ancienne cathédrale a la particularité d’avoir un dôme de faible hauteur, ceci afin de laisser passer à l’époque les boulets des canons du fort!

Milazzo: chateau.

Les rues de la ville sont assez calmes, on ne prend malheureusement pas le temps de découvrir la ville, Milazzo étant principalement un « tremplin » pour partir à la découverte des Îles Eoliennes. Et justement… me voici arrivé au principal « point-charnière » de mon périple: demain matin, je quitterai la Sicile proprement dite pour voguer vers les Îles Eoliennes!!

Coucher de soleil, au large de Milazzo…

Îles Eoliennes: Vulcano.

Je suis loin d’être tout seul ce matin sur le quai à Milazzo. C’est d’ici que partent les bateaux de la compagnie Liberty Lines, qui feront escale dans chaque île de l’archipel volcanique pour faire pareil au trajet retour. On est vendredi, veille du weekend, et il y a du monde!

Les Îles Eoliennes sont au nombre de sept: Vulcano, Lipari, Salina, Panarea, Stromboli, Alicudi et Filicudi. J’en visiterai quatre. Elles ont toutes une origine volcanique mais seules Vulcano et Stromboli ont encore un volcan actif. Inscrite à l’Unesco depuis 2000, ce qui n’a rien de surprenant!

Bon, ça y est, j’ai embarqué dans l’aliscafo… le quoi? Pardon, je t’explique: en français on dirait un « hydroptère ». En gros, c’est un bateau dont la coque quitte le contact avec l’eau à grande vitesse, pour se maintenir en équilibre à l’aide de… je sais pas trop comment ça se nomme, mais on dirait des skis géants. Voilà. Et c’est vrai que ça file!

Vulcano en vue! C’est l’île la plus proche de Milazzo. Le volcan m’attend, crachant placidement ses fumerolles de soufre. Le minuscule village de Vulcano Porto est entouré de roches. Mais pourquoi crispes-tu tes narines en descendant sur la quai? Oh, je t’ai pas dit: l’odeur d’oeuf pourri? C’est le soufre! Tu pensais quand-même pas que c’était moi, j’espère 😣💨🤢?! Il faut se dire qu’il ne dort pas, notre volcan! Il se dit même que lorsqu’il se réveillera, ce sera assez brutal et les gens présents sur l’île ne vont pas aimer du tout!

Outre le volcan, ce qui attire les touristes ici, ce sont les bains de boue sulfureuse, à deux pas du port. C’est payant, touristique, donc sans moi! Les « curistes » savent-ils qu’il leur faudra de multiples douches pour se défaire de la très tenace odeur du soufre?

Illustration 3D de Vulcano.
Bains de boue au soufre sur Vulcano.

Bon, je dépose mon sac à l’hôtel, le check-in n’étant qu’à 13h (je suis pas très « hôtel mais c’est pas pour une fois), et je fais déjà un petit repérage dans le village. Un mini-supermarché, c’est ce qu’il me faut. Je m’achète une bouteille d’eau, puis sans préambule, je suis la rue principale jusqu’au début du sentier qui marque le début de l’ascension du volcan. Comme la journée va encore être méchamment caliente aujourd’hui, je vais profiter de la matinée! Cette ascension dure une bonne heure, par une dénivelée pas trop éprouvante mais sur un terrain souvent meuble (les cendres) et rocailleux. C’est mieux de monter le matin, il fait (un peu!) moins chaud. Encore que ça tape déjà dru! Moi qui pensais avoir un peu de fraicheur sur les îles, suis-je naïf…

L’ascension – facile – du volcan.

On est loin des 3330 mètres de l’Etna; le sommet culmine ici à 500 m. La vue est néanmoins sublime: Lipari, toute proche, et en arrière-plan les deux mamelons caractéristiques de Salina, sur le fond bleu de la mer Tyrrhénienne. Un dernier effort, voici le sommet atteint, et l’immense cratère s’ouvre devant moi. Hallucinant et déroutant à la fois! On dirait presque un impact de météorite dans un film catastrophe! L’effet est accentué par ces fumerolles jaunes, qui ont l’air jolies comme çà, mais ne commets pas l’imprudence d’aller respirer ce poison: le soufre, mêlé à l’air et la vapeur d’eau, se change tout bonnement en acide sulfurique! Pas recommandé pour les bronches, crois-moi. Certains jouent aux Rambo en tentant de humer ce cocktail: ils s’en mordent les doigts jusqu’à l’os, pleurant, toussant et crachant. Non je ne l’ai pas fait (pour une fois que je suis raisonnable, hein)!

Vulcano: cratère du volcan.
Vulcano: cratère du volcan et fumerolles de soufre.

Allez, je redescends et mange un morceau au petit bar au pied du volcan, puis je rentre à l’hôtel où je vais un peu souffler cet après-midi; un peu de relâche, je pense l’avoir bien mérité! J’irai me balader en soirée dans le petit village aux maisons blanches, certains secteurs étant très touristiques mais certaines ruelles « de traverse » beaucoup plus paisibles et même très fleuries. Quelques pas les pieds dans l’eau sur la plage de sable noir, avant d’aller faire dodo. Demain, on a rendez-vous avec Lipari!

Vulcano Porto.
Vulcano Porto.

Îles eoliennes: Lipari.

Vulcano et Lipari sont si proches l’une de l’autre que la traversée dure à peine 10 minutes. Je débarque donc sur Lipari, l’île la plus grande de l’archipel des Eoliennes, la plus peuplée mais aussi la plus touristique. Heureusement, à la fin juin ce n’est pas encore trop saturé. Et c’est au coeur de la charmante vieille ville de Lipari que je passerai deux nuits, dans une maison d’hôtes située dans une ruelle au calme.

Les deux rues piétonnes principales, très commerçantes, sont la Via Garibaldi et le Corso Vittorio Emanuele II (je ne compte plus le nombre de rues en Italie portant ces noms!). Et les petites rues pavées de la vieille ville, bordées de maisons blanches ou ocres, souvent bien fleuries, ne sont pas trop asphyxiées par les commerces de souvenirs tape-à-l’oeil.

Lipari.
Lipari.

En surplomb de la ville, le Castello est en fait un genre d’ancien fort entouré de remparts posés sur un piton rocheux, relique de l’activité volcanique de Lipari. Dans l’enceinte du Castello, deux ou trois petites églises et surtout, la cathédrale San Bartolomeo, à laquelle on accède par un grand escalier. Le Castello est encore un coin préservé, loin de l’agitation de la ville et du port en contrebas.

Lipari: quartier du Castello.
Lipari: quartier du Castello.

Et justement, il est craquant ce petit port, étalé au pied du rocher du Castello, avec ses barques de pêche, son petit pont, ses vieilles maisons et sa petite chiesa San Giuseppe! Derrière l’église s’étend un petit dédale de venelles où les gamins se font un foot et les vieux, assis devant leur porte, s’échangent les potins du quartier. Les touristes ne s’y aventurent pas trop, préférant sans doute les restos du port aux tarifs parfois salés (qu’ils critiqueront ensuite sur Tripadvisor!). Moi j’ai trouvé un vrai magicien des panini pas loin du port; c’est la vérité: ils font partie des meilleurs que j’ai pu manger en Italie. J’ai pu ensuite savourer un granita aux figues, typique des îles Eoliennes.

Enopaninoteca Gilberto e Vera – Via giuseppe Garibaldi, 22.

Lipari: le port.
Lipari: le port.
Lipari: le port.