Partager la publication "Les Cyclades, d’île en île – 1ère partie: de Santorin à Milos – 2023."
Cette semaine de voyage en Crète qui s’achève s’est avérée exaltante et pleine de surprises! La Grèce et moi, on a décidément un excellent feeling! Mais je suis insatiable, j’ai envie d’en voir toujours plus. Alors je vais continuer mon périple en passant d’une île à l’autre, à travers l’archipel des Cyclades. Je ne les visiterai pas toutes, on s’en doute bien; certaines sont connues (trop, peut-être), d’autres plus confidentielles. Mais chacune a sa propre identité et son caractère. C’est ce que nous allons découvrir ensemble. Je t’attends donc au port des ferries à Heraklion pour démarrer l’aventure!
- Petite présentation de l'archipel des Cyclades.
- L'arrivée sur l'île de Santorin.
- Santorin: le sud de l'île.
- L'île de Santorin: Fira – Oia – Megalochori.
- Naxos, l'île imprévue.
- L'île d'Amorgos: le sud de l'île.
- L'île d'Amorgos: le nord de l'île.
- Encore quelques coins à voir avant de quitter Amorgos…
- L'île de Folégandros.
- L'île de Milos.
- PREMIER "DEBRIEF" DU VOYAGE (de Santorin à Milos):
Petite présentation de l’archipel des Cyclades.
Alors, c’est où exactement, l’archipel des Cyclades? Pour situer géographiquement mon nouveau « terrain de jeu », c’est facile: c’est ce groupe de petites îles éparpillées entre Athènes et la Turquie, et au nord de la Crète. À l’est d’Amorgos et de Mykonos, plus près des côtes turques, ce sont les îles du Dodécanèse. « Cyclades », un bien joli nom, ne trouves-tu pas? Il tire son origine du mot grec kúklos, qui veut dire cercle, toutes ces îles formant comme un cercle autour de l’île sacrée de Délos, lieu de naissance du dieu Apollon. Si on inclus les îlots et les îles inhabitées, le nombre d’îles dans les Cyclades approche les 250, mais seules 24 d’entre elles sont habitées.

On a l’habitude de les répartir en 4 groupes: les Cyclades de l’ouest (exemples: Sifnos, Sérifos, Milos), les Cyclades centrales (exemples: Paros, Naxos), les Cyclades du nord (exemples: Andros, Tinos, Mykonos), et les Cyclades du sud (exemples: Santorin, Amorgos), avec un sous-groupe appelé les Petites Cyclades, des petites îles situées en gros entre Naxos et Amorgos (exemples: Iraklia, Donoussa). Hé bien voilà! Tu trépignes déjà, je le vois. Et moi donc! Mais respectons le petit rituel avec LA phrase: “le décor est planté, on peut y aller ®” ! Tu l’attendais celle-là, pas vrai?
L’arrivée sur l’île de Santorin.
Ce matin, je quitte la Crète pour commencer la deuxième partie de mon voyage et partir à la découverte de l’archipel des Cyclades. Me voilà donc au port d’Heraklion, le catamaran rapide à destination de Santorin est déjà à quai. Rien de tel que le bateau pour passer d’une île à une autre (même si quelques îles disposent d’un petit aéroport). Celà se fait soit en catamaran à grande vitesse (certains peuvent embarquer des véhicules), soit en ferry classique. Les ferries sont certes plus lents, mais même par mer agitée, ils peuvent continuer à naviguer, contrairement aux catamarans! Les billets s’achètent sur place (il y a toujours moyen de trouver un guichet) ou en ligne, avec un enregistrement dès 48 heures avant l’embarquement et obtention d’un QR code sur le smartphone. C’est la compagnie Seajets qui se taille la grosse part du gâteau, je ferai presque tous mes trajets avec eux. Il y a tout ce qu’il faut à bord pour se restaurer.


Le trajet durera environ 1H40, avec une arrivée prévue vers 11 heures. Enfin, en principe, car il faut parfois composer avec les retards sur les horaires pour diverses raisons; c’est le cas présent avec une bonne demi-heure de retard. Mais bientôt apparaissent les premières formations rocheuses et les falaises de la mythique île de Santorin (Σαντορίνη). Quand on veut citer au moins une île des Cyclades, c’est presque toujours elle qui sort en premier, ex æquo avec Mykonos.

C’est la seule île de l’archipel (avec Milos, dans une moindre mesure) d’origine volcanique. Et en ces lieux, il y a 3600 ans, ce n’est pas un pétard mouillé qu’a produit le volcan de Santorin, mais une des plus dévastatrices éruptions de l’histoire. L’échelle d’indice d’explosivité des volcans allant jusque 8 maximum, ici on était à 7! Voici une preuve irréfutable de la violence de l’explosion: l’île de Santorin a plus ou moins une forme de croissant, on est d’accord. Hé bien, avant l’éruption, l’île était ronde… La caldeira de Santorin est le résultat de cet événement cataclysmique, et l’îlot de Nea Kameni était autrefois le centre de l’île.



L’arrivée par bateau est exceptionnelle, on en prend plein les yeux: ces falaises, hautes de 200 à 300 m, sur les bord desquelles s’accrochent les célébrissimes « villages blancs » de Fira et Oia, çà c’est un spectacle en mode panoramique! Ça me fait marrer un court instant, car je pense à un gros gâteau couvert d’une fine couche de chantilly… Mais où je vais chercher tout çà, moi? Bref, je me prépare à débarquer sur une des îles « stars » des Cyclades », ultra-touristique. Alors, qu’est-ce qui m’attend? Parce que oui, les falaises c’est bien beau, mais les paquebots de croisière ancrés au large, çà l’est est un peu moins…




Voici déjà une particularité de Santorin: n’espère pas débarquer au vieux port et être à deux pas de Fira! Ce n’est pas là que les catamarans et ferries accostent, mais au port d’Athinios, à 9 km de là! Alors c’est le taxi ou le bus. Le retard du bateau m’arrange un peu, je peux avoir un bus dans 10 minutes; à 2€ le trajet, y a pas à hésiter. En attendant, je contemple, interloqué, le spectacle chaotique qui s’offre à moi: des tas de gens brandissant des pancartes, des feuilles plastifiées ou même des tablettes à bout de bras, indiquant des noms de personnes. En arrière, en voilà d’autres avec des pancartes « rooms for rent », « rent car », « rent bike, « taxi »… avec de grands mouvements de bras pour attirer l’attention, en se pointant du doigt de temps en temps comme pour dire « c’est moi le plus beau et le plus fort, les autres c’est des boloss! ». Leurs gesticulations me font rire, on dirait les marionnettes du Muppets Show. Bienvenue à Santorin!




Alors bon, une fois dans le bus, est-on au bout de ses peines? Pas vraiment: la route qui rejoint Fira, à 9 petits km du port, grimpe sec et multiplie les lacets. Et elle doit absorber une circulation intense et bien souvent bordélique! Il y a les voitures, les camions, les autocars… qui se croisent parfois à quelques centimètres d’un rétro à l’autre, et surtout pas dans un virage, sinon ça passe pas! Une fois ‘en haut », c’est une multitude de véhicules légers qui entrent dans la danse: scooters, quads… Sur certaines îles des Cyclades, la location de quad est quasiment une obligation pour certains touristes; ça leur permet de se prendre pour des aventuriers, même si la plupart roulent comme des kékés… Médisant, moi? Non, réaliste.
Je ne descends pas à Fira. La capitale de l’île est touristique à outrance, et y dormir est onéreux; donc tu t’imagines bien que pour mon hébergement de 2 nuits, il me faut un endroit plus calme, à l’écart des hordes de touristes, et « financièrement » dans ma façon de voyager. Ce sera donc dans le village de Karterados (Καρτεραδος) que je poserai mon sac, dans une petite pension où les tarifs ne feront pas fondre ma carte de crédit. Fira n’est qu’à 2 km, ça peut se faire à pied en 20 minutes, et l’arrêt de bus est à 400 mètres.
Rien de spectaculaire ici: ce n’est ni la dégringolade de maisons d’un blanc immaculé au bord des falaises, ni les petites églises à dôme bleu comme à Fira ou Oia. La rue principale, bordée de commerces et de quelques snacks, est plutôt banale mais pas tapageuse. Le vieux village, avec son petit moulin, ses petites ruelles et ses églises cachées, est moins « rutilant » que les deux villages-stars de l’île, et certaines maisons sont même un peu décrépites. Mais c’est celà qui fait son charme: à Karterados la vie s’écoule plus paisiblement, et on peut arpenter ses rues sans devoir jouer des coudes toutes les deux secondes.





Santorin: le sud de l’île.
Hé bien non, je ne foncerai pas tête baissée vers Fira, on s’y intéressera demain. En attendant, j’ai envie de voir si je peux trouver un autre Santorin, « anti-touristique », hors des sentiers battus, où il n’y a aucun risque de se prendre une perche à selfie en plein visage. Je vais donc aller me balader dans le sud de l’île. Je n’ai pas loué de véhicule (un quad, et quoi encore?), je vais plutôt utiliser le réseau de bus de Santorin, au très bon maillage, aux arrêts nombreux et aux horaires assez réguliers selon les destinations. Ne cherche pas de bus de ligne classiques, ici ce sont des autocars qui font le boulot; en général, la destination est affichée sur une pancarte au coin du pare-brise. On achète son billet auprès du chauffeur, ou alors souvent auprès d’un « receveur », un gars qui déambule entre les sièges avec des liasses de tickets selon l’endroit où on va. C’est lui qui annoncera à voix haute le prochain arrêt en approche.
Et justement, voilà que j’entends « Vlychaadaa! Vlychaadaa! ». C’est ici que je descends, à Vlychada (Βλυχάδα), quasiment à la pointe sud de l’île. Vlychada n’est pas un village ramassé sur lui-même, il se résume plutôt à quelques habitations éparses autour d’une petite marina où cohabitent bateaux de plaisance, de pêche et catamarans d’excursions. C’est davantage pour sa plage et ses étonnantes falaises érodées par la nature qu’on vient ici. Mais comme c’est Fira et Oia qui raflent le gros des visiteurs (surtout les croisiéristes qui ne restent que la journée), l’endroit n’est pas surfréquenté et la plage jamais bondée. Il est de toute façon interdit de poser sa serviette trop près des falaises, car le risque zéro n’existe pas!



Et à Vlychada, il y a surtout ces deux immenses cheminées qui se dressent dans le paysage. Il faut que j’aille voir çà de plus près. Voilà une des surprises que Santorin aime réserver à quiconque prend la peine de quitter les sentiers battus. Je suis devant une ancienne usine de fabrication de… concentré de tomates! Construite en 1945, elle fonctionna jusqu’en 1981. Santorin a compté une dizaine d’usines de ce genre, la culture de la tomate ayant connu son point culminant dans les années 50 et 60; la petite tomate-cerise de Santorin, légèrement sucrée, était exportée dans toute la Grèce. La culture de la tomate a ensuite décliné à cause de l’essor fulgurant du tourisme. L’usine qui nous intéresse ici est devenue le musée de la tomate.




Cette ancienne usine est un voyage dans le temps, pas un instant on ne s’ennuie. Les grands paniers dans la cour servaient à la récolte. Doté d’un audioguide, on passe de salle en salle, en détaillant avec curiosité toutes ces ancienne machines de lavage, triage, conditionnement des tomates, tout celà agrémenté de photos d’époque et de témoignages audiovisuels d’anciens membres du personnel. L’usine y fabriquait même ses propres boîtes de conserves. Au fil des années, les barils de concentré ont même laissé des marques indélébiles sur le sol! Et à la fin, de la visite, petite récompense: il est possible de goûter le fameux concentré de tomates, sur un bout de pain ou dans un petit ravier; petite saveur mi-sucrée mi-piquante, ça n’a rien à voir avec la salade grecque…











Je vais maintenant me balader à pied, au gré des pistes et des sentiers, à travers la campagne de Santorin qui va me faire découvrir un autre visage de l’île, celui que les influenceurs-instagrameurs n’iront jamais photographier. C’est une Santorin plus secrète, moins m’as-tu-vu qui s’offre à moi: des petites pistes cahotiques, des vignes, des anciens moulins sur une crête telles des sentinelles… Au loin, la mer et les îlots rocheux de la caldeira. Et ce silence! C’est sûr, j’ai trouvé ce que je cherchais!









Après 3 km de marche, j’arrive à Emporio (Εμπορείο, parfois aussi écrit Emborio), un petit village méconnu et souvent occulté des itinéraires touristiques classiques. Il est vrai que la route principale qui le borde fonce tout droit vers les plages de Perissa, à l’est. Alors les scooters et autres quads ne s’arrêtent pas ici, tant mieux du coup, Emporio peut ainsi conserver son authenticité et son incroyable tranquillité. Les ingrédients de l’architecture cycladique sont bien là: maisons blanchies à la chaux (s’échappant même parfois vers le ton ocre), passages voûtés, bougainvilliers débordant des murets… Pas de boutiques racoleuses, pas de restos à rabatteurs. Il y a bien un ou deux bars et restos, mais l’esprit de village y est resté intact. Emporio est aussi connu pour les vestiges de son chateau vénitien du 15ème siècle, bâti pour protéger les alentours des attaques éventuelles de pirates.








Je reprends ma route, en découvrant un visage encore plus rural, plus insoupçonné de Santorin. Les chemins se font plus étroits et passent le relais à des sentiers pierreux. Quelques vieilles maisons sans âge côtoient des petites fermes d’où on perçoit des bêlements de chèvres, et de temps en temps la mer apparaît au loin. On ne croise personne, on n’entend que le vent et les oiseaux. Que se passe-t-il en ce moment même à Fira et Oia? C’est sûrement pas le même genre de musique…





Et me voici arrivé à Pyrgos (Πύργος), un autre village de l’intérieur des terres à 3,5 km d’Emporio, dont les maisons blanches sont posées sur une colline. De loin, ça fait l’effet d’une carapace de torture géante, hérissée de quelques piquants qui seraient les campaniles et clochers des églises. Par rapport à Emporio, il y a un peu plus de monde (je dis bien « un peu »), quelques restos aux terrasses un poil plus envahissantes et quelques boutiques d’artisans. Pyrgos n’en est pas saturée pour autant et reste un village traditionnel et tranquille. C’est un labyrinthe de petites ruelles tortueuses, où on ne reste jamais longtemps sans croiser une église ou une chapelle; mais attention, ça grimpe, étant donné la configuration du bourg qui grimpe à l’assaut de sa colline! Par ailleurs, c’est la localité la plus haute de Santorin. On monte ainsi jusqu’aux ruines du chateau, offrant un superbe panorama sur une bonne partie de l’île.











Au hasard d’une ruelle, je croise un drôle d’équipage: un homme et deux ânes, dont le boulot consiste à collecter les sacs poubelles du village. C’est un concept écologique et intéressant que j’avais déjà vu en Sicile, je crois, et ça se développe dans d’autres pays. Certains diront que ce n’est pas glorieux pour les ânes, mais c’est nettement moins avilissant que ce que doivent se taper leurs collègues à sabots de Fira (je t’en toucherai un mot demain).

En parlant d’ânes justement, je me fais un petit break à la terrasse d’un resto avant de retourner à Karterados. Non, aucun humour trash ici, je n’ai pas mangé de viande d’âne, mais une moussaka tout ce qu’il y a de plus classique! Mais ma bière artisanale provient de la brasserie Donkey, fondée il y a une dizaine d’années, et qui produit des breuvages houblonnés pas mal du tout! Après ce petit repas tout simple, il ne me reste qu’à reprendre le bus retour pour Karterados. Je n’attendrai pas longtemps, Pyrgos étant le point d’intersection des deux lignes qui vont vers le sud et remontent toutes deux vers Fira.

L’île de Santorin: Fira – Oia – Megalochori.
Je me lève assez tôt ce matin, afin de pouvoir être à la fraîche une partie de la journée. C’est aujourd’hui que je pars à la découverte des deux villages « carte postale » de Santorin: Fira et Oia. Comme je le disais plus haut, Fira (Θήρα), la capitale de l’île, ne se trouve qu’à 2 km de Karterados, une « pichenette » à parcourir à pied. Les accros aux quads de location commencent à sortir aussi, au moins ils ne vont pas sur les pistes que j’ai empruntées hier… Ça y est, je pénètre dans le lacis de ruelles de Fira, avec son lot de petits passages voûtés et de volées d’escaliers. Pas encore grand-monde, il n’est que 07H30, mais vu le nombre de boutiques, parfois guindées, et les restos avec vue sur la caldeira, je me dis que ça ne va pas durer! Pour l’instant, les livreurs profitent du calme passager pour faire rouler leurs diables ou transpalettes…




Il faut reconnaître que le point de vue sur ces maisons blanches et ces petites églises, qui ont l’air de dégringoler puis s’arrêter au dernier moment au bord de la falaises de 200 m de haut, impressionne toujours quand on le voit pour la première fois en vrai. Je continue le long de la corniche, d’où la vue est souvent occultée par les terrasses de restos ou les accès privés d’hébergements rupins. Dommage. Plus loin, j’aperçois le vieux port en contrebas, accessible par une longue volée en zigzag de presque 600 marches. Au même moment, j’entends des tintements de clochettes se rapprocher. Ce sont les fameux ânes de Santorin, ceux-là même qui vont descendre au vieux port, en empruntant des escaliers polis par l’usure et parfois glissant pour les sabots, et remonter avec sur leur dos des bagages de la taille d’une Fiat Panda ou des gros cochons de 90 kg à casquette et lunettes de soleil. Ils se prennent pour Don Quichotte, ils ne sont que Sancho Panza… Une pancarte prétend qu’il sont bien traités, mais quand je vois l’état de lassitude de certaines bêtes, on peut en douter et pas qu’un peu. Je suis « cash » dans mes propos, je sais, mais je rêve de voir un âne se faire porter à califourchon par un touriste…




Je continue mon chemin et j’atteins Firostefani, devenu le quartier nord de Fira avant d’avoir été le « Fira origine et de se faire absorber par le boom touristique et l’urbanisation effrénée de cette partie de l’île. Il est un peu en surplomb de Fira et est moins fréquenté; ça se voit au nombre de restos qui diminue et les commerces de proximité qui sont encore bien présents.






Les points de vue sur les falaises deviennent de plus en plus grandioses. Il ne fait pas encore trop chaud, et il y a du vent, c’est bien agréable. Me voilà maintenant à Imerovigli (Ημεροβίγλι), qui commence déjà à faire partie de la « conurbation » grandissante provoquée par le développement de Fira. Les maisons blanches, les églises à coupoles bleues, mais aussi les piscines à débordement de certains établissements… Ce n’est plus Firostefani, la clientèle a l’air plus friquée dans le coin! Imerovigli est un mini-Fira. On est ici sur le point le plus haut des falaises (plus de 300 m!). Cette position unique a servi de façon stratégique à se protéger des attaques venant de la mer. D’ailleurs, face au village, une avancée rocheuse, le Skaros Rock, abritait une citadelle vénitienne du 13ème siècle, aujourd’hui en ruines. Il est possible d’y aller, mais en faisant bien gaffe, la dernière portion du sentier d’accès est plutôt casse-gueule.










Mais au fait, où vais-je comme çà, chemin faisant? Je suis en train de faire la randonnée la plus connue de Santorin, celle qui va de Fira à Oia (ou inversement), longue de 11 km pour au moins 3 heures d’effort. Le parcours est plutôt facile, malgré une petite montée avant d’arriver à Oia, mais bon c’est pas l’Everest, néanmoins il vaut mieux se mettre en route très tôt pour éviter de se faire cuire par le soleil qui n’a pas d’états d’âme. À partir d’Imerovigli, on ne croisera plus d’habitations, seulement 2 ou 3 petites chapelles au hasard du sentier, ainsi qu’un minuscule bar style cahute, posé en bord de route, au milieu de nulle part, afin de reprendre des forces avec un jus d’oranges pressées ou un café frappé grec. Les tronçons dallés ou pavés ont cédé la place à la rocaille volcanique. Quant aux panoramas sur la caldeira et les falaises, c’est du « waouww », du « hou la la », du « oohh »… Et Oia se dessine déjà de loin, perché sur ses falaises.









Le dernier tronçon en descente du sentier offre un vaste panorama sur le nord de l’île, au relief plus plat et un peu plus verdoyant. Au loin, les premières maisons blanches apparaissent. Oia, enfin? Non, pas tout de suite, c’est le petit village de Finikia (Φοινικιά) qu’on aperçoit. Tout de suite après, c’est Oia. Et çà c’est un truc qui le pénalise, car les touristes traversent Finikia aussi vite que le Coyote poursuivant Bip-Bip, pour se repaître des panoramas légendaires qu’offre son prestigieux voisin! Finikia serait un peu comme son « antichambre », et c’est dommage car le coin est joli, pas surfait et bien tranquille… à moins qu’à long terme il ne se fasse « absorber » par Oia!



Peu après Finikia, la gare routière d’Oia draine beaucoup de véhicules, que ce soit les cars de lignes régulières ou les gros minibus d’excursions tout en roues chromées et vitres teintées (ils trimballent des mafiosi ou quoi?). C’est bien à Oia que se situe le pic de l’effervescence touristique de l’île. La preuve: alors que dans le sud les fréquences horaires des bus sont de toutes les heures, ici c’est toutes les 20 minutes! Et les bus sont pleins à chaque fois! Je me disais bien que la randonnée de Fira à Oia, quoique populaire, ne connaît pas vraiment de surfréquentation; je crois qu’on a l’explication en observant les files aux arrêts de bus.
Je pénètre enfin dans l’épicentre touristique de tout Santorin: Oia (Οία). Voici LA carte postale ultime, la carte maîtresse de l’île, qui attire les bateaux de croisière autant qu’un morceau de sucre attire les mouches. Si les vendeurs de cartes postales ne devaient garder qu’une seule carte à vendre pour représenter les Cyclades, Oia a toutes les chances d’être l’élu (ex æquo peut-être avec les moulins de Mykonos). Bon, on va voir ce que ça donne, hein? Ici, il est presque midi, je me suis avalé un petit pita gyros avec une bière, un peu en retrait. OK la bouffe c’est réglé. Mais on est loin du 7H du matin de Fira, et le monde a afflué depuis. Les petites ruelles, aux boutiques parfois luxueuses et tapageuses, où les achats compulsifs sont de mise et où les gens se feraient dépasser par une limace apathique, çà me donne des boutons. Mais je ne peux pas léviter au-dessus de la foule. Et encore: il est midi, la plupart des touristes ont investi les restos, et on n’est qu’en juin. Alors en août, je préfère pas imaginer… Je crois qu’à l’instar de Venise en Italie, Oia joue au « jeu du foulard » et commence à s’étrangler tout seul…




Et les points de vue sur les maisons qui s’accrochent à flanc de falaise et les dômes bleus des églises, ces panoramas qui ont forgé la réputation d’Oia, qu’en est-il? Impossible de rester de marbre: c’est d’une beauté exceptionnelle, et désolé pour Fira, elle ne fait pas le poids de ce côté. Il faut noter aussi que l’idée reçue selon laquelle les deux seules couleurs sont le blanc et le bleu, c’est du pipeau: même s’ils prédominent, en regardant bien, il y a des maisons ocres, roses ou rouges. Un reliquat de l’influence vénitienne, peut-être?
En parlant de la dernière couleur, on peut par contre rapidement voir rouge quand il s’agit de photographier ces panoramas, qui disposent de spots très prisés, où il n’est pas rare de voir se créer une file d’attente, le temps que certains instagrammeurs/euses aient fini leurs poses pathétiques face à leur perche à selfie. Les esprits peuvent même parfois s’échauffer. Pour une photo, franchement… Je m’apprête à faire mon cliché, voilà que j’entends une pimbêche me dire sèchement « could you move? ». Sans même la regarder, je réponds « NO ». Elle a dû oublier le « please » dans sa chambre d’hôtel ou sur un bateau de croisière. Elle n’a pas surenchéri, elle a bien fait, j’adore remettre ce genre de diva à leur place… Fin de l’anecdote.



L’endroit d’où on peut admirer la plus belle perspective sur Oia, c’est certainement le chateau Saint-Nicolas, ouvrage byzantin en ruines, non pas à cause des siècles et des guerres, mais du tremblement de terre de 1956, qui a bien amoché Oia également. On croirait pas comme çà, hein, quand on voit les petites maisons impeccables peintes à la chaux ou autres coloris? Justement, ce côté un peu trop léché, trop ripoliné, peut faire froncer les sourcils. Fira a quelques chose d’un peu plus authentique par rapport à Oia, en observant attentivement. Bref, la vue, sur le village et les moulins en surplomb, est sublime. Et tout en contrebas, c’est le petit port d’Ammoudi, qui permet de relier l’îlot de Thirassia en bateau. Les rochers rouges contrastent bien avec le bleu profond de la mer.





On peut voir les moulins traditionnels de plus près en empruntant les ruelles labyrinthiques qui jouent aux montagnes russes avec plein de courbes et d’angles droits. Quand on s’éloigne de la rue commerçante principale, la foule se fait moins dense; la plupart ne dépassent même pas le chateau. Si j’avais atteint Oia à 7H ou 8H du matin, j’aurais été plus à l’aise. En même temps, à quelle heure aurais-je dû démarrer de Karterados… En tous les cas, un moment où je ne voudrais pas être ici, c’est le soir, pour le célébrissime coucher de soleil. En fait, ils vont tous s’agglutiner (au sens propre) sur la terrasse du chateau pour braquer leurs smartphones vers la grosse boule orange qui va disparaître à l’horizon: ça pousse, ça gueule, c’est une quintessence d’incivilité. Non, sans moi, merçi! Il y en a même qui grimpent sur des toits-terrasses privés ou sur des petites chapelles (!!) pour faire leur photo parfaite. Mais comment vous faites pour être aussi cons? 🤬🤬



Je crois que tu me comprendras mieux avec ceci (pas de moi):
Ah, les Cyclades et ses célèbres maisons blanches à portes et volets bleus! C’est bien la première chose qui nous vient à l’esprit en évoquant cet archipel! Mais au fait, pourquoi ces couleurs? En réalité, ça n’a pas toujours été comme çà; autrefois, les maisons en pierre etaient souvent recouvertes d’ocre ou de rouge « terre de Sienne ». Mais dans les années 1930, une épidémie de choléra s’abattit sur toute la Grèce. Ioannis Metaxas promulgua un décret stipulant que les maisons devaient être blanchies à la chaux, un matériau aux propriétés aseptisantes qui devait freiner la propagation de la maladie. Et la pratique a perduré. D’autant plus que la couleur blanche reflète la lumière du soleil et rafraîchit l’intérieur de la maison.
Bon, et le bleu alors? Les fenêtres et les volets bleus, c’est juste une petite touche de patriotisme pour évoquer une des deux couleurs figurant sur le drapeau grec. Et au final, le blanc et le bleu vont si bien ensemble…
Bon, c’est pas tout çà, mais l’afflux des touristes va encore s’accentuer dans l’aprem! Je ne reviendrai pas à Fira à pied, mais par le bus. Et c’est encore une épreuve qui m’attend. La cadence horaire d’un bus toutes les 20 minutes est très bien, mais je vais goûter au concept de bus « rempli » à Santorin, du moins sur la ligne Fira – Oia, et ça prend une autre dimension qu’ailleurs. Tous les sièges sont occupés, et alors? Y a encore moyen de caser du monde dans le couloir central, carrément! J’ai fait le trajet de 25 minutes debout, heureusement qu’il y a des poignées pour se tenir, car les chauffeurs ralentissent à peine dans les virages. Un trajet assez mouvementé, mais qui sort de l’ordinaire, pour une fois…
La petite gare routière de Fira est un joyeux foutoir: dans un espace plutôt restreint, les cars doivent effectuer un demi-tour et une marche arrière pour se parquer côte à côte. Un type, à la voix qui porte, a pour rôle d’écarter les gens « longs à la détente » qui sont dans le passage du bus qui recule. Les receveurs de chaque bus, au moment du départ, gueulent la destination du véhicule, cependant celle-ci est presque toujours inscrite sur une pancarte au bas du pare-brise. Moi, je monte dans celui indiquant « Akrotiri », mais ce n’est pas là que je descendrai, c’est à Megalochori (Μεγαλοχώρι), à prononcer Megalohori, comme je l’ai entendu à l’annonce de l’arrêt. Une petite parenthèse sur Akrotiri, que je n’aurai pas visité: c’est un site archéologique du sud de l’île, pour faire succinct c’est le « Pompéi grec », qui était aux premières loges lors de la grande éruption. Des fouilles s’y déroulent toujours.
Megalochori n’est pas un village perché, n’a pas de vue directe sur les falaises, mais sa partie ancienne est bien agréable à parcourir; ses ruelles étroites, ses petites églises, ses maisons blanches ou ocres de temps à autre, sont bien loin de l’asphyxie que connaît Oia. C’est néanmoins plus animé qu’à Emporio par exemple, il y a davantage de bars et restos, et un peu plus de visiteurs. Le village est entouré de champs de vignes, en effet l’activité viticole de Santorin étant surtout concentrée dans cette région de l’île.







Le vignoble de Santorin existe depuis des siècles, ce serait l’un des plus anciens au monde. Et il n’a pas eu de difficulté à s’adapter au sol volcanique riche en minéraux. Il a eu également la chance inouïe d’avoir été épargné par le phylloxéra, cette sale bestiole qui a décimé la majorité des vignobles d’Europe à la fin du 19ème siècle. En fait, il faut de l’argile à cette saleté pour creuser ses galeries, mais comme Santorin dispose d’un sol sableux et volcanique, il l’a bien dans le baba car la matière se referme sur lui! Et bim! Bon, et pour l’eau? Santorin est une des îles grecques les plus arides qui soient, alors on fait comment? Les ceps poussent sans tuteur à même le sol, et les sarments sont comme enroulés à la main, un peu comme une corbeille, pour capter la rosée du matin, ainsi que pour protéger les grappes des assauts du vent et du soleil.

Je vais visiter les caves du domaine Gavalas, ici à Megalochori. Fondé à la fin du 18ème siècle, c’est un domaine familial. Dans les années 1930, ses vins était déjà acheminés vers Athènes, d’abord par mules jusqu’à Fira, dans de grosses outres de peau, puis le vin était transféré dans des barriques de 600 litres et embarqués en bateau. Il paraît que la mise en bouteilles n’a débuté qu’en 1998! On visite les caves bien sûr, tout en détaillant d’anciens outils de viticulture, avant de passer à une dégustation mémorable. Les cépages issus de ces breuvages ont passé à travers l’épidemie de phylloxéra, faut pas l’oublier! Le spectacle se finit en beauté avec le vinsanto, un vin doux mis à sécher sur le sol ou de la paille durant quelques semaines, permettant la concentration de sucre et d’alcool, ensuite mis en barrique pour se bonifier quelques années. Quant à son nom, rien à voir avec son homologue de Toscane, c’est juste le « diminutif » de vino de Santorini.





Une journée bien remplie qui s’achève. Retour en bus vers Karterados, pour passer une soirée paisible dans une petite taverna au calme. Au menu: un kontosouvli, genre de grosse brochette de porc mariné, et de la fava, une onctueuse purée de pois cassés avec de l’huile et des oignons. Que se passe-t-il en ce moment à Oia? Le soleil va bientôt se coucher, comment ça se passe là-bas? Bagarres, coups de perches à selfie? Oh, au final je m’en fous. Je verrai des couchers de soleil dans des conditions plus sereines sur d’autres îles…
Taverna To Fagopiti – à 20 m du moulin, sur la petite place.


BILAN: Aduler Santorin? Je ne pense pas. La détester, alors? Non plus! La constatation la plus flagrante (et alarmante) est que certains coins de l’île, Fira et Oia en têtes de gondole, se font vraiment aplatir par le rouleau-compresseur du tourisme de masse. Tu connais la capacité d’un gros paquebot de croisière? Ça peut aller jusqu’à 3000 personnes et même 6000 pour les « monstres » de la Royal Caribbean! Alors tout çà qui se déverse dans des ruelles étroites et des escaliers, qui s’engouffre dans des autocars qui encombrent les routes… Sans compter les couples qui viennent s’y marier, venant parfois de loin. Y reviendront-ils pour leur divorce? J’ai été incisif dans certains paragraphes, j’aime montrer sans filtre la réalité des lieux que je visite. Il ne faut pas fuir Santorin à toutes jambes pour autant! Découvrir la campagne du sud de l’île, errer dans les ruelles désertes d’Emporio, goûter des vins aux cépages rares… c’est aussi celà, Santorin. Discuter 5 minutes avec le monsieur aux ânes de Pyrgos qui collecte les poubelles a été 10 fois plus bénéfique à mon édification personnelle qu’échanger avec un serveur de resto ou un gérant de boutique!
Naxos, l’île imprévue.
Alors quoi, l’île imprévue, c’est son surnom à Naxos? Pas du tout, c’est moi qui l’ai rebaptisé ainsi. Parce que s’il n’y avait pas eu un fâcheux concours de circonstances, je n’étais pas censé mettre le pied sur cette île, et ce chapitre n’aurait jamais dû exister. C’est rocambolesque. Je te raconte çà, en essayant de faire au plus court. Je quitte Karterados et je prends le bus pour redescendre au port d’Athinios. Il n’est pas loin de midi, le ferry qui m’intéresse ne part qu’à 14 heures, j’ai de la marge pour manger un morceau, même si aux terrasses des restos du port, être seul relève de l’utopie. Jusqu’ici tout va bien. Un peu avant 14 heures, les passagers sont invités à se ranger dans un couloir d’attente, mais attention, ça peut arriver que deux ou trois bateaux déboulent en même temps, et que les files se mélangent un peu! Voilà le noeud du problème me concernant…
Je vois bien un gros ferry de Seajets (la compagnie que j’utilise) arriver et se mettre à quai, mais il ne porte pas le nom de celui noté sur mon billet. Ah bon, ça a peut-être changé au dernier instant, pensé-je, il paraît que ça arrive des fois. Funeste erreur. En réalité, mon bateau, de modèle plus petit, arrivait au même moment en étant « caché » par le gros et se met à quai plus loin sans que même je le remarque. Tu me suis bien? Ma connerie est d’être resté focalisé sur le premier… Car du coin de l’oeil droit, je perçois un mouvement: c’est mon ferry qui se barre sans moi!! La mâchoire du bas m’en tombe. Bien bien… On respire un grand coup, on se s’autoflagelle pas en se traitant de con, mais on essaie de trouver une combine pour se dépatouiller. Direction le bureau de Seajets pour voir ce qu’ils peuvent me proposer. Un autre direct pour Amorgos (voilà, tu connais ma prochaine île!)? Y en a pas. Mais en faisant une escale de quelques heures à Naxos, un autre ferry peut me mener à Amorgos, mais j’y arriverai seulement à… une heure du matin. Je ne refléchis pas deux heures, je prends l’option. Mieux vaut tard que jamais!
Je suis chanceux dans mon malheur, le ferry de Blue Star Ferries est à quai et l’embarquement commence. C’est déjà çà de gagné. C’est un car-ferry classique, la traversée va durer un peu plus de 2 heures, contre 1H30 pour un catamaran de Seajets. Je contacte mon hôte d’Amorgos pour l’informer de ces changements (dont je me serais bien passé); il me rassure, prêt à m’accueillir malgré l’heure très tardive à laquelle j’arriverai. C’est aussi çà de gagné. Il reste donc à mettre à profit ces 5 heures d’escale sur Naxos, la plus grande île des Cyclades à l’est de Paros et au sud de Mykonos, pour en explorer la ville principale et le port!

Ça y est, je débarque sur l’île de Naxos (Νάξος), la plus grande île des Cyclades, disais-je. Alors, désolé d’avance, nous n’irons pas faire de rando en montagne (l’île a un relief très montagneux), pas davantage de découvertes de petits villages de l’intérieur. Je ne reste ici que quelques heures, mais j’ai largement le temps d’explorer Chora (Χώρα), la capitale et port principal de Naxos. Le temps de trouver une petite consigne à bagages proche du port pour ne pas m’encombrer, et je pars dans la direction opposée au port. Ah, tiens? J’ai une bonne raison: le monument le plus emblématique de la ville se trouve là-bas, sur un promontoire rocheux que rejoint une ancienne jetée dallée. la Portara est un ancien portail en marbre, seul vestige du temple inachevé d’Apollon qui n’a pas survécu aux outrages des siècles. L’activité marbrière était très présente autrefois sur Naxos. Au moment du coucher de soleil, c’est un endroit très prisé, mais moins enclin à l’hystérie collective qu’à Oia.




De la jetée, la vue sur le vieille ville n’est pas mal, elle montre déjà sa configuration avec une partie haute et une partie basse. On va y venir, mais je vais voir un peu à quoi ressemble les berges du port de Chora. Oui, ça pourrait être vraiment plus sympa si les terrasses de restos étaient moins envahissantes, si certains immeubles plus modernes n’avaient pas pignon sur rue. Je ne dis pas pour autant que c’est moche à gerber et invivable. Attention aussi aux deux-roues, il y a pas mal de scooters et les gosses naxiotes à vélo aiment jouer les têtes brûlées!





Je vais maintenant explorer la vieille ville de Chora. La partie basse est encore très commerçante, accaparée par des boutiques de souvenirs ou de vêtements (avec leurs t-shirts made in n’importe où sauf ici, on se comprend). Il ne faut pas s’arrêter à çà, plus on va monter vers la partie haute, appelée kastro, moins il y aura de monde. Car une fois que certains touristes perdent de vue leurs boutiques adorées, c’est fini, c’est comme s’ils étaient perdus en pleine forêt amazonienne… Les petites ruelles, au revêtement si particulier, se livrent avec plaisir au visiteur curieux d’aller où ça lui plaît, en passant sous un sombre passage voûté débouchant sur une placette aux murs qui disparaissent sous les bougainvilliers.








On ne reste jamais longtemps sans croiser une petite église ou une chapelle. Au sommet de la vieille ville, l’ancien chateau vénitien (les revoilà encore!) date du 13ème siècle. À certains moments, on croise davantage de chats que de gens, ce qui n’est pas plus mal.







Les heures passent, il est déjà presque 21 heures. Je me trouve un petit resto pas trop tape-à-l’oeil pour tester un peu la cuisine naxiote. La pomme-de-terre de Naxos (patata naxou) est réputée dans toute la Grèce et fait même l’objet d’une appellation protégée. Déclinée en frites, elles sont terribles. Elles accompagnent très bien le rosto, un plat de viande de porc à l’ail. La cuisine grecque ne me décevra jamais!

J’ai encore le temps, juste avant le coucher du soleil, de me balader encore un peu au nord de la vieille ville, près d’une petite plage qui offre un point de vue insolite sur l’îlot de la Portara, qui ressemble à un hérisson géant avec les silhouettes des gens debout; de mon côté, au loin, j’aurai un petit coucher de soleil pour moi tout seul… (la photo est plus haut!).



La soirée est bien avancée, il fait noir maintenant. J’ai encore une heure à tuer avant l’arrivée du ferry pour Amorgos. Je récupère mon sac, m’assied sur un banc et regarde la vie de Naxos: les couples qui se promènent, les enfants qui font des courses en vélo… Un peu avant 23 heures je me dirige vers le point d’embarquement; il y a juste une dizaine de passagers. Y a plus qu’à attendre! Le ferry de Blue Star Ferries arrivera avec 20 minutes de retard; c’est vrai que les ferries classiques, plus gros que les catamarans, se remplissent et se vident moins vite! Il est 23H30 et l’arrivée à Amorgos ne sera pas pour l’immédiat…
L’ambiance d’un ferry de nuit est assez bizarre et fantomatique. Les rares passagers somnolent ou errent à travers les couloirs, les préposés des snack-bars sont à deux doigts de mourir d’ennui… Aucun repère visuel à l’extérieur, c’est le noir complet, si ce n’est au loin les faibles lumières de Naxos ou de Paros, l’île en face. J’en ai pour deux heures de trajet, en incluant une courte escale intermédiaire à Donoussa, toute petite île des « Petites Cyclades ». Amorgos se rapproche, on y arrive, tout doucement! Et enfin çà y est, le bateau accoste enfin sur l’île d’Amorgos; il est 01H30 du matin. Suis-je enfin au bout de mes peines? Pas vraiment. J »aime bien mettre un peu de suspense dans mes récits. Alors voilà, je ne l’ai pas dit tout de suite mais il y a deux ports d’entrée sur Amorgos: Katapola, où je me fixe pour 2 nuits, et Aegiali, à 20 km au nord du premier. Et devine un peu où je me trouve? Ben oui, ce bateau fait son escale au port d’Aegiali! Je n’ai plus qu’une étape avant de pouvoir aller me pieuter, elle se fera en taxi, pas le choix! J’en trouve un sans difficulté, et c’est parti pour 30 minutes d’un drôle de trajet sur une route de montagne sinueuse, dans l’obscurité, où les silhouettes des énormes parois rocheuses se devinent à la clarté de la lune, et tout en évitant une ou deux chèvres errantes noctambules.
Enfin, les lumières du port de Katapola apparaissent au loin en contrebas. Pour 30€ (je m’en tire pour pas trop cher!), me voilà arrivé à bon port, c’est le cas de le dire! Je suis resté en contact avec mon hôte par Whatsapp, il m’aura attendu jusqu’au bout. Je ne le remercierai jamais assez. Il est maintenant 02H15 du matin🥱. Je m’installe, défait mon sac en mode rapide, prend une petite douche (faut rester clean) et au lit, je ne veux plus rien savoir jusqu’à demain. Mais suis-je bête aussi… On est déjà demain!

L’île d’Amorgos: le sud de l’île.
Je me lève vers 8 heures, la nuit a été courte certes, mais j’ai très bien dormi, Katapola est très tranquille la nuit. Hé bien ça y est, je suis enfin sur l’île d’Amorgos (Αμοργός), après moultes péripéties! Amorgos, c’est la « dernière » île des Cyclades, la plus à l’est avant les îles du Dodécanèse. Elle s’étire en longueur, et ressemble un peu à un hippocampe mais sans la queue; sa superficie est de 153 km². Ses paysages intérieurs montagneux, parfois austères, et ses côtes déchiquetées en font une île au décor sauvage et bien préservée du tourisme de masse. Les défilés de quads et la cohue de soirée comme sur Santorin, c’est fini, pas de çà ici! Les cinéphiles, eux, aiment se rendre sur Amorgos car c’est ici que fut en grande partie tourné « Le Grand Bleu », réalisé par Luc Besson en 1988, avec Jean-Marc Barr et Jean Reno.


Katapola (Κατάπολα) est le port principal de l’île. La plupart des ferries accostent ici. C’est ici que j’aurais dû débarquer hier, mais bon, ce qui est fait est fait (avec le temps, ça me fera même un souvenir marrant!). En-dehors des sursauts d’animation causés par les arrivées et départs des bateaux, l’endroit reste très calme, même en journée; l’hystérie collective du port d’Athinios sur Santorin, ça n’a pas lieu d’être sur Amorgos! En fait, il y a trois quartiers: Katapola même, là où les ferries arrivent, Xylokeratidi du côté opposé, un petit quartier de pêcheurs encore préservé, et enfin Rachidi entre les deux, là où se trouve l’église principale, et le petit airbnb où je passerai 2 nuits, dans une ruelle juste en face de celle-ci! Il y a tout ce qu’il faut à Katapola: des petits bars et restos très corrects, un ou deux « minimarkets » et des petits loueurs de voitures et deux-roues.











Je prends mon petit-déj’ à la terrasse d’un petit bar-resto pas snob pour un sou (quand les vieux du coin y prennent leur café ou leur raki, c’est bon signe); je le prends à la grecque: un chausson fourré à la feta, appelé tyropitakia, un autre aux épinards, appelé spanakopita, un petit yogourt au miel et un café. On n’est pas trop croissant – pain au chocolat en Grèce! Je prends ensuite possession de ma voiture de location dans une petite agence locale. Bon, certains véhicules ont un peu vécu, le levier de vitesses bouge un petit peu, mais c’est pas cher, ça roule bien et je ne vais quand-même pas faire 500 km sur Amorgos. C’est parti pour l’exploration du sud de l’île.
La route de Katapola vers Chora, la capitale d’Amorgos (que nous verrons plus tard) grimpe tout en virages. Oui, Amorgos est une petite île très montagneuse. En quelques minutes j’ai bientôt un superbe point de vue sur Katapola, tout en bas. Une île au décor assez minéral donc, pas totalement aride quand on voit les petites parcelles agricoles dans le sud, ainsi que quelques oliviers et vignes ici et là. Le problème du manque d’eau est partiellement réglé par une usine de désalinisation de l’eau de mer. Quoique ce matin… Tu vois le ciel gris sur les photos? Je commence même à recevoir quelques gouttes! Hé ben Amorgos, c’est comme çà que tu me souhaites la bienvenue? J’ai été trop bruyant cette nuit à Katapola?






Entre les routes encombrées de Santorin et les chemins de campagne d’Amorgos, c’est le jour et la nuit. Si j’ai croisé 10 voitures au cours de ma balade, c’est réellement un maximum! Et rien qu’un quad, et encore c’était un local qui allait probablement sur ses champs. Cette région de l’île est d’une tranquillité à faire pâlir d’envie un Bouddha en méditation. C’est très peu touristique, et j’espère qu’il en sera ainsi encore longtemps. Quant aux bus, je sais pas, je n’en ai pas croisé, il existe pourtant un réseau de quelques lignes, mais on dirait que le sud est faiblement desservi. La campagne est magnifique: des oliviers, des arbres fruitiers, des parcelles cultivables… C’est plus verdoyant que je l’imaginais, au final. Je roule complètement au hasard, au gré des hameaux que je rencontre, comme Kamari (Καμάρι) et son étrange petite église aux formes irréelles, ou Arkesini (Αρκεσίνη) où on trouve quelques bons petits restos authentiques et de tradition familiale.










Il fait toujours bien gris, il tombe quelques gouttes de façon sporadique. Soudain je sursaute, en entendant un son étrange venant de mon téléphone, style alarme de film de science-fiction… Je n’ai pas de sonnerie de ce genre, c’est quoi encore, çà? Je regarde: un sms clignotant?! Intriguant. En réalité c’est un message d’alerte du gouvernement grec au sujet d’un avis de tempête au large d’Amorgos, et qui pourrait traverser l’île. C’est vrai qu’au loin ça n’a pas l’air rassurant. Mais c’est quand-même un petit événement de voir la pluie en été dans les Cyclades!
Pluie ou pas, le paysage est toujours aussi beau; le sud d’Amorgos a une vocation rurale très prononcée, il est aussi parsemé de nombreuses petites chapelles. Il n’est pas rare, en empruntant de toutes petites routes, de voir l’accès barré par une clôture ou une grille. Pas de panique, il faut juste l’ouvrir et la refermer une fois passé, une petite pancarte t’expliquera que c’est par rapport aux animaux du genre chèvres ou moutons, en semi-liberté, pour qu’ils n’aillent pas gambader trop loin. À quelques km de Kalotaritissa (Καλοταρίτισσα), une épave de bateau, l’Olympia, échoué en 1980, apparaît dans une scène du film « Le Grand Bleu ».






Je vais m’arrêter au hameau de Kolofana (Καλοφάνα), où j’avais repéré cette petite taverna à la terrasse recouverte de vignes rampantes. Pas de rabatteurs, pas de menu en 5 langues. Les deux soeurs au service, papa et maman en cuisine, ici c’est familial pur jus. Je ne me souviens plus du nom de mon plat (c’est rare, çà), je sais que c’était de l’agneau avec des pâtes, d’une saveur qui t’envoie au 7ème ciel. Et j’ai fait la connaissance de ce petit digestif emblématique des Cyclades: le rakomelo, exquis mélange de raki, de miel et de cannelle; et là, c’est le 8ème ciel, carrément. Si, ça existe, je viens de l’inventer…
Taverna T’Apanemo – entre Kalotaritissa et Arkesini.


En revenant vers le nord, je marque un petit arrêt à Vroutsis (Βρούτσης), un autre petit village oublié où la vie s’écoule paisiblement, où je pense avoir croisé plus de moutons et de chèvres que de gens. La météo: encore un peu de pluie çà et là, j’ai même entendu un coup de tonnerre, mais dans l’ensemble ça va.
Avant d’atteindre Chora, j’ai le temps de contempler la côte est d’Amorgos, très irrégulière avec quelques petits îlots rocheux. Ici ça n’a plus rien à voir avec le noirceur volcanique de Santorin. Près de la petite plage Agia Anna, une petite chapelle apparaît aussi au début du film « Le Grand Bleu ».















Et voilà, j’arrive enfin à Chora (Χώρα), la capitale d’Amorgos, à 5 km de Katapola. Elle est très petite, Chora, à taille humaine, mais elle cache bien son jeu! Déjà quand on l’aperçoit de loin, c’est clair que sa configuration est exceptionnelle: toutes ces petites maisons blanches s’étalant sur une colline avec en arrière-plan un gigantesque rocher sur lequel sont perchées les ruines d’un ancien kastro vénitien, ainsi qu’une rangée d’anciens moulins sur un promontoire qui semblent monter la garde. L’intérieur du village n’est pas en reste, son lacis de petites ruelles fleuries (ces fameux bougainvilliers, indissociables des Cyclades) qui ne font que monter et descendre, ses petits restos et boutiques d’artisanat et ses petites églises et chapelles. Les fous de selfies et de shopping compulsif de Santorin sont maintenant à des années-lumière d’ici; ça fait un bien fou! Côté météo, il y a un petit mieux, le soleil tente une percé, mais le vent souffle encore bien fort…













L’île d’Amorgos: le nord de l’île.
Je reviens sur Katapola en milieu d’aprem, histoire de faire un petit break de deux heures avant de repartir, cette fois dans la partie nord de l’île. Je découvre enfin cette route montagneuse, parcourue en taxi en pleine nuit. Une fois passé Chora, elle continue de grimper, pour redescendre ensuite vers le port d’Aegiali. Seulement, comme le temps ne s’est pas encore remis complètement au beau, le brouillard s’invite sur les hauteurs! C’est un petit peu plus boisé dans cette région, il y a davantage d’arbres, mais moins de parcelles de culture comme dans le sud.
Dans la descente, une petite route étroite, sinueuse et pas toujours en bon état monte encore plus haut. On m’a parlé d’un hameau en grande partie abandonné, quoique réinvesti par une petite poignée de personnes qui élèvent des poules, des chèvres, des cochons et des ânes. Cet endroit s’appelle Asfontilitis (Ασφοντυλιτης), et c’est très particulier d’errer au hasard dans un village qui rompt avec les codes de l’architecture cycladique habituelle: ici, les maisons, tout comme les rangées de murets qui forment les « rues » du hameau, sont faites de pierres sèches, sans aucun liant, et même si la plupart des bâtisses sont en ruines, certaines ont résisté aux épreuves du temps. Asfontilitis était autrefois un hameau agricole, dont les terrasses cultivables en partie abandonnées, en pierres sèches, sont encore visibles. Avec la brume qui plombe le ciel, le vent qui souffle et s’engouffre entre les murs, les aboiements de chiens qui n’ont pas l’air contents de me voir, l’ambiance est vraiment curieuse. Seule signe de vie sociale, une étrange petite taverne qui côtoie deux épaves de camionnettes. Un lieu qui détone réellement avec l’imagerie classique des Cyclades…











Après une longue descente, je rejoins le port d’Aegiali (Αιγιάλης), que je peux voir enfin autrement qu’en pleine nuit! Un peu comme Katapola, il est niché au creux d’une anse et entouré de montagnes. Quelques terrasses de restos s’alignent le long du port, prolongé par une longue plage de sable. Face à Aegiali, le petit village de Potamos (Ποταμός) s’étale sur sa colline, devant un massif montagneux.








Amorgos est une île assez petite (35 km de long sur maximum 6 km en largeur), et pourtant le changement de paysage est une surprise. Ici au nord de l’île, c’est beaucoup plus boisé sans pour autant être vraiment luxuriant, le relief est plus accentué qu’au sud. Et les petits villages du nord ne ressemblent pas aux hameaux agricoles par lesquels je suis passé en matinée. Ce sont des petits bourgs perchés sur des promontoires recouverts d’arbres, qui ont un petit air des « villages blancs » des Alpujarras en Andalousie. À 5 km d’Aegiali, voici Lagada (Λαγκάδα) avec ses ruelles fleuries et ses volées d’escaliers (je me demande si il n’y a pas plus de marches que de ruelles, en somme), d’une grande tranquillité du fait que la gangrène du surtourisme façon Santorin n’a pas encore infecté l’île. J’espère qu’il en sera ainsi pour bien longtemps encore! Vade retro, instagrammeurs…







L’autre village perché du nord d’Amorgos se trouve à 6 km de route de Lagada, il se nomme Tholaria (Θολάρια) et se situe encore plus haut que Lagada. La route grimpe et les virages se succèdent (les lignes droites, c’est pas trop le truc d’Amorgos) et s’arrête ici. Après, ce sont des sentiers muletiers qui s’enfoncent davantage vers le pointe nord de l’île. Il est d’ailleurs possible de faire une grande boucle de randonnée Aegiali – Lagada -Tholaria, mais comme il a plu une grosse partie de la journée, les sentiers parfois escarpés peuvent être glissants et dangereux. Alors ce sera peut-être pour une autre occasion, mais je rallierai Tholaria en voiture!

Tholaria est assez similaire à Lagada: les ruelles, les escaliers, les bougainvilliers… avec en plus, la superbe vue sur la baie d’Aegiali, en contrebas. Et ce calme! Ai-je seulement croisé une ou deux personnes au hasard de ma balade dans le village? Même si la météo n’était pas au top aujourd’hui, où sont donc les visiteurs? À Chora? Sur les plages? Je ne sais pas. J’ai eu plusieurs fois l’impression d’avoir eu toute l’île pour moi tout seul. Sensation délicieuse. Tout aussi délicieux, ce fantastique repas du soir dans ce genre de petit endroit magique qui doit se compter sur les doigts d’une main dans toutes les Cyclades: un mix entre petite taverna traditionnelle et une épicerie à l’ancienne, avec encore une ancienne balance, tu te souviens peut-être, en forme de triangle avec un grand curseur… La taverna O Choreftis est gérée par un couple âgé adorable, les clients, c’est surtout les vieux du village qui viennent boire un coup. Ni carte, ni menu, ça se passe à l’ancienne: on choisit direct dans les plats et casseroles à la cuisine. Si tu es à la diète, passe ton chemin, ici c’est du copieux; moi-même j’ai eu du mal à tout finir! Et à la fin du repas, je me vois offrir un petit rakomelo (je me sens devenir accro à cette petite merveille!).





Quand je quitte Tholaria pour revenir à Katapola, il fait déjà noir. Le trajet qui m’attend sera loin d’être une sinécure! Rouler sur une route de montagne qu’on vient juste de découvrir à l’aller, et maintenant en pleine obscurité, c’est déjà quelque chose. Mais quand le brouillard s’en mêle… Ici il est si épais que l’expression « à couper au couteau » ne peut même pas s’appliquer, l’ustensile ne l’entamerait pas! Ai-je seulement un mètre de visibilité? Je ne vois rien devant moi, ma « ligne de survie », c’est le marquage blanc au milieu de la route, seul moyen de deviner les virages. Bon sang, s’il venait à disparaître, je suis dans la panade, et je n’ai aucune envie de faire un plongeon fatal… J’ai croisé deux ou trois voitures, elles aussi roulant au pas. J’en ai bouffé des routes de montagne, parfois démentielles, dans plusieurs pays… Mais à cet instant je suis vraiment dans mes petits souliers, pas à l’aise. Enfin, au cours de la descente, ça s’éclaircit; plus tard, les lumières de Katapola sont en vue. Le soupir de soulagement que j’ai poussé a dû s’entendre à 2 km à la ronde! Ah, Amorgos, tu m’en auras fait voir de toutes les couleurs!!
Encore quelques coins à voir avant de quitter Amorgos…
Alors, quel temps ce matin? Hé ben voilà, le soleil est revenu! Il ne quittera plus jusqu’à la fin de mon périple. Voilà l’occasion de voir le port de Katapola plus lumineux, sous un beau ciel bleu. Je quitterai l’île tout à l’heure, avec le ferry Seajets de 13H30. Et je ne raterai pas, celui-là! En attendant, j’ai la matinée pour parachever ma découverte d’Amorgos.





Je n’ai que 5 km à parcourir pour atteindre Chora, où je laisserai la voiture pour continuer à pied jusqu’à ce lieu que je pense être le plus emblématique de l’île, sa « carte postale » officielle, je dirais: le monastère de la Panagia Chozoviotissa, qui jouit d’une position incroyable, carrément accolé à une falaise, à plus de 200 m au-dessus de la mer. Alors oui, on peut y aller en voiture, il y a un petit parking un peu avant, mais c’est vraiment plus chouette de s’y rendre à pied, au gré d’un petit sentier pierreux qui descend en zigzag jusqu’à la petite route qui rejoint la plage de Agia Anna. Les points de vue y sont magiques. Mais vaut mieux y aller de bon matin, car ce sentier, faudra le remonter! J’ai cependant aperçu un petit arrêt de bus, je suppose qu’il passe à Chora.



Il faudra ensuite gravir environ 300 marches pour atteindre ce joyau, tout de blanc vêtu, à coup sûr un des plus beaux monastères des Cyclades. Tout en hauteur et élégance, il semble s’adosser à la paroi rocheuse pour ne pas tomber à la mer. On dirait presque un tableau de maître accroché à un mur géant de pierre! Bâti au 11ème siècle, c’est un des plus anciens monastères orthodoxes de Grèce. On en attraperait presque un torticolis à l’admirer de toute sa hauteur. Quant à la vue sur la mer, elle est fabuleuse, tout simplement.




Il est temps d’entrer à l’intérieur du monastère, d’autant plus que l’accès en est gratuit. Mais attention, le code vestimentaire ne plaisante pas: pantalon pour les hommes, robes longues et épaules couvertes pour les femmes! Le monastère prête néanmoins quelques vêtements style pantalon de training ou paréo. Et pour les grand(e)s, attention au crâne, l’entrée est plutôt basse, quant à l’escalier qui monte aux étages, il est étroit, deux personnes ne peuvent s’y croiser. La faible profondeur de l’édifice explique certainement l’exiguïté des pièces, comme cette petite chapelle, où veille un des vénérables moines à la barbe grise, à la décoration inversement proportionnelle à sa taille. La visite est courte, étant donné la petitesse de l’intérieur, il ne faut pas traîner pour faire place aux suivants. Elle se clôture avec un loukoum et un petit verre de rakomelo gracieusement offerts.






Après avoir remonté le sentier jusqu’à Chora (non sans mal, car le soleil se rattrape de son absence d’hier et commence à cogner), je pars en voiture vers le sud, à 5 km de là, pour découvrir un autre monastère, bien caché et moins connu que le précédent: le monastère Agios Georgios Valsamitis. Lui aussi est très ancien, il a été bâti sur un site de divination par l’intermédiaire d’une source sacrée (un peu comme l’oracle de Delphes, mais avec de l’eau). Cette croyance a perduré longtemps, jusqu’en 1967 où l’Église grecque fit condamner le puits, considérant cette pratique comme païenne. et endroit, bordé par un jardin et d’anciennes terrasses, est un petit paradis secret sur Amorgos. Abandonné durant des années, il a été réinvesti en 2011 par la seule religieuse de l’île, soeur Irini, une personne formidable dont l’histoire est étonnante, qui lui a redonné vie, et s’en occupe avec enthousiasme depuis tout ce temps. Elle accueille les visiteurs avec plaisir et désintéressement, et vend des petites icônes qu’elle peint elle-même. Un endroit empreint de sérénité et de bienveillance.









Et voilà, retour à Katapola, restitution de la voiture, et un souvlaki vite fait bien fait. Y a plus qu’à attendre le ferry pour ma prochaine cible: l’île de Folégandros ( et promis, je ne l’ai pas raté!).
BILAN: Amorgos m’a enchanté et m’a conquis! Des paysages encore sauvages en de nombreux endroits, des monastères surprenants, une vie rurale des plus authentiques… tout celà sans autocars de croisiéristes à la journée, sans défilés de quads, sans restaurants qui cherchent à attraper les clients au lasso! L’effet « Grand Bleu » attire du monde, oui, mais n’a pas réussi à transformer l’île en Disneyland pour cinéphiles. Alors, une arrivée à 1H30 du matin? Un avis de tempête? Un brouillard pire que le smog londonien? Si je te disais que ces péripéties se sont déjà transformées en anecdotes plaisantes à raconter?
L’île de Folégandros.
Le ferry Seajets part de Katapola à l’heure (13H30 comme je le disais plus haut) et je suis dedans! Alleluia! Pour atteindre ma prochaine destination. 2H30 seront nécessaires au catamaran, en passant au large des îles d’Ios et Sikinos, pour y arriver. Je débarque à 16 heures (quel esprit déductif, t’as vu çà?). Le bateau continuera sa route vers d’autres îles, comme la plupart de ses frères de Seajets, en démarrant majoritairement du Pirée et en faisant des circuits en boucle inter-îles.
Alors voilà, je te souhaite la bienvenue sur l’île de Folegandros (Φολέγανδρος), une petite île méconnue de seulement 32 km² pour environ 700 habitants. Pour la parcourir d’un bout à l’autre en voiture, 13 km et 30 minutes suffisent. Elle se situe entre les îles de Sikinos et Milos. C’est une île montagneuse, aux falaises escarpées et au décor aride, presque désolé (elle doit d’ailleurs faire venir son eau par bateau de la Grèce continentale). Pour se mettre à l’ombre sur un sentier de rando à Folegandros, c’est plutôt mal barré mais pas forcément impossible, quelques oliviers y poussent quand-même. En tout cas, sur l’authenticité et la tranquillité, je pense qu’elle est encore à deux ou trois crans au-dessus de sa soeur Amorgos. En outre, sa faible fréquentation touristique fait de Folegandros une destination cycladique encore confidentielle, comme un secret qu’on veut garder rien que pour soi. Santorin s’éloigne encore d’une ou deux années-lumière de plus!!


Ce n’est pas la grande foule qui est descendue du bateau; ce sera certainement pour les îles suivantes. Moi, quelqu’un m’attend avec une navette pour rallier l’agence de location de voitures, à 3,5 km du port. Il a un petit carton avec mon nom, mais au moins il ne gesticule pas comme un pantin pour attirer mon attention! Sur la route, je regarde un peu ce qui roule; c’est aussi calme qu’Amorgos: quelques voitures et scooters, deux ou trois minibus qui s’occupent des 3 petites lignes qui desservent l’île. De toute façon, c’est pas compliqué, la route principale traverse toute l’île, c’est un peu sa « colonne vertébrale », et Folegandros n’est large que de quelques km. C’est impossible de s’y égarer, à moins de le faire exprès et d’être frappé subitement d’amnésie…
Je récupère ma voiture de location, mais elle ne roulera pas beaucoup aujourd’hui (500 m jusqu’à un parking, holà faut que je vérifie ma jauge!), comme il est déjà 16H30 et que je vais explorer la petite capitale de l’île, j’ai nommé Chora (Χώρα). Un nom qui revient souvent dans les Cyclades, Chora, qui signifie plus ou moins une localité principale, ou une vieille ville dans les îles cycladiques. On a vu celles de Naxos, d’Amorgos, on en verra encore d’autres. Mais la Chora de Folegandros, et je le dis sans exagération, est certainement l’un des plus beaux villages de toutes les Cyclades! Ces petites ruelles au dallage si reconnaissable, ces placettes ombragées (ah si, finalement on peut trouver de l’ombre sur Folegandros!), ces petites boutiques et restos qui ne cherchent pas à bomber le torse pour impressionner les visiteurs… C’est vraiment magnifique, et ça touche au sublime quand on se balade dans le minuscule kastro, très ancien, dont les maisons font office d’enceintes extérieures; c’est un peu une « Chora » dans la Chora, c’est du cycladique 100% pur jus, avec ses maisons cubiques aux volets bleus et verts, et ce blanc immaculé qui fait presque mal aux yeux quand il est exposé au soleil. Sans oublier les chats, qui regardent passer les grands bipèdes d’un oeil indifférent…











Les photos parlent d’elles-mêmes, pas vrai? En journée, il faut dire que c’est très tranquille, presque léthargique, on ne croise que peu de monde. On déambule de ruelle en ruelle, au gré des placettes et des petites églises, avec le chant des oiseaux en fond sonore. Un petit sentier descend vers d’anciennes cultures en terrasse. Le soir, ça s’anime un peu plus aux terrases de restos, mais contrairement à des Santorin ou Mykonos, celà reste convivial, sans serveurs robotisés et sans musique poussée à fond. C’est marrant selon les destinations et leur fréquentation touristique, de voir comme les mentalités sont différentes!





Et Chora n’a pas encore abattu toutes ses cartes pour nous en mettre plein les yeux! Sur les bords de l’enceinte extérieure du kastro, tu remarqueras une petite terrasse, d’apparence anodine, faisant face à la mer. Approchons-nous du bord: ah, j’ai entendu des « waouww », des « hou la la »… C’est normal. Je ne te l’ai pas dit tout de suite, mais Chora est bâtie tout au bord d’une falaise de 300 m de haut, offrant un des points de vue les plus spectaculaires qu’on puisse contempler dans les Cyclades! Hé non, y a pas que Santorin qui a le monopole des panoramas d’exception! D’un côté, la falaise vertigineuse; de l’autre, une petite église perchée sur son promontoire rocheux, encore plus haut que Chora elle-même. C’est là-haut qu’on va aller maintenant!



Cet édifice perché de façon incroyable, c’est l’église de la Panagia, autre symbole de l’île avec Chora. Un petit chemin dallé en zigzag (c’est la Lombard Street de San Francisco à la puissance 10 😀) permet de s’y rendre. À chaque virage plus haut, le panorama sur la mer, les falaises et le sud de l’île se font plus grandioses. En soirée jusqu’à 21 heures, elle ouvre ses portes aux visiteurs. Mais la raison principale pour laquelle on grimpe là-haut, c’est pour le coucher de soleil. Non, pas de panique, on ne va pas mourir étouffé par une foule braillarde et égocentrique! C’est pas Santorin ici! Le spectacle du soleil plongeant dans la mer Égée, Chora et sa falaises qui s’assombrissent petit à petit, est de toute beauté. Il n’y avait certainement qu’une vingtaine de personnes pour le contempler, la plupart silencieuses et respectueuses, et même les conversations se faisaient d’un ton modéré. Je tombe amoureux de toi, Folegandros…








Il ne me reste qu’à redescendre à Chora, content de ce beau moment passé dans une totale zénitude. Je mangerai léger ce soir (on n’a pas forcément envie de faire un festin tous les soirs), avec une tyropita et quelques petits loukoumades nappés de miel. Je boirais bien un p’tit quelque chose… Juste à côté du porche d’entrée du kastro, un petit bar traditionnel, le Kastro Café (c’était pas difficile de lui trouver ce nom!) est le point de ralliement vespéral de pas mal d’anciens du village. J’y entre, en toute humilité, sans me prendre pour le roi du monde comme certains touristes pourraient le faire. Alors, je vais prendre quoi..? Ah, il y a du rakomelo! Adjugé, un verre! Mais le patron le verse dans un petit récipient en cuivre que je reconnais vite et me fait remonter un an en arrière. Corfou, le tsipouro chaud à Strinilas… Mais ici, ce sera un rakomelo chaud! Je sais pas quoi dire tellement c’est un délice. En fait, il se boit chaud en hiver et froid en été, mais les puristes le dégustent toujours chaud. Autrefois, le rakomelo était tilisé comme « remède maison » contre les maux de gorge ou la toux persistante. Est-ce qu’on en donnait aussi aux gosses?
Folegandros étant très petite, je reprends déjà le bateau tout à l’heure à 16 heures. En attendant, j’ai tout le loisir de parcourir l’île en voiture, à mon aise. Je retourne donc voir le port d’arrivée, Karavostasi (Καραβοστάσης) d’un peu plus près. C’est pas vilain, c’est comme un Katapola miniature; quelques bars et restos, le débarcadère des ferries qui n’accueillera jamais les paqebots géants, deux ou trois belles plages aux alentours… Comme il n’y a pas d’aéroport sur Folegandros, c’est inévitablement ici que se fera le premier contact avec l’île.





Que fait la majorité des touristes sur Folegandros? C’est Chora et Karavostasi qui récoltent le gros des suffrages. Ils restent souvent sagement sur la route principale, avec quelques chemins de traverse pour aller sur les plages. Mais la vraie Folegandros, celle des petits éleveurs et agriculteurs, celle des chemins de terre et des chapelles loin de tout? La fréquentation devient beaucoup plus faible, voire nulle. Oui, il y a bien quelques sentiers de rando, mais ce ne sont pas vraiment ceux-là que les autochtones utilisent. Et moi, c’est çà que je cherche. Petit exemple avec la plage réputée de Katergo (Κάτεργο). Peu de gens savent qu’à 1 km à peine, en pleine campagne, se dressent les ruines d’un hameau abandonné, qui a fait partie d’une page sombre de l’histoire de la Grèce: ici, sous la dictature de Ioannis Metaxas de 1936 à 1941, étaient exilés des prisonniers politiques. C’est assez troublant de déambuler au milieu de ces lieux sans vie, où la vie n’a pas dû être rose pour ceux qui y vivaient…







À l’intérieur des terres, là où les touristes ne vont jamais, c’est la quintessence de la vie rurale presque intemporelle, où ce sont encore des ânes qui aident aux travaux agricoles sur les maigres parcelles cultivables, où les petits exploitants font ce qu’ils peuvent pour vivre, l’aridité de l’île et le manque d’eau n’étant pas vraiment de leur côté. Les sentiers de rando ne passent par dans ce coin, ce sont des sentiers ou chemins pierreux souvent en cul-de-sac, utilisés par les locaux; ça se voit à la quasi absence de traces de pas (bon, il y aura toujours les miens). Le petit hameau de Petousis (Πετούσης) est une belle illustration de la vie paysanne de l’île; on y entend plus d’aboiements de chiens et de bêlements de chèvres que de moteurs de quads! Les rares personnes m’ayant vu traîner mes chaussures dans le secteur ont probablement dû se demander ce que je foutais là…









Retour sur la route principale, où je passe outre Chora pour continuer vers l’ouest. La vue sur les falaises de Chora y est spectaculaire, et Folegandros n’a pas à rougir devant Santorin. J’arrive à Ano Meria (Άνω Μεριά), l’autre village de Folegandros, mais il ne faut pas chercher de comparaison avec Chora, ils ne se ressemblent en rien. Si Chora représente bien le village cycladique assez ramassé sur lui-même, avec ses ruelles et ses placettes, Ano Meria semble échapper à toute logique urbanistique. Un village-rue? Même pas, tant les habitations sont dispersées, et ce sur 2 km! Assez curieux. Même les petits villages d’Amorgos, comme Vroutses ou Tholaria, avaient une certaine compacité. Les murets de pierres, les anciennes terrasses de cultures et l’austérité des alentours laissent deviner une vie rurale qui ne doit pas être une sinécure tous les jours. Je pense que la version la plus vraie, la plus sincère de Folegandros se trouve ici, et non pas à Chora.









Ce n’est pas pour autant un village-fantôme, on y trouve une petite boulangerie, une supérette et deux ou trois restos familiaux traditionnels. C’est l’occasion de goûter la grande spécialité culinaire de Folegandros: le matsata, des pâtes locales servies au choix avec du coq (c’est ce que j’ai choisi), du chevreau, du lapin… et en 2 assiettes séarées, je ne sais pas pourquoi. La petite taverna s’appelle Sinadisi et se trouve parmi les dernières maisons du village, vers l’ouest.

Au-delà d’Ano Meria, le paysage se fait plus aride, plus désolé. Il n’y a presque plus de maisons, seules quelques minuscules églises égrènent le décor. C’est déjà l’extrémité ouest de l’île, on ne va pas plus loin! De mon côté, il me reste un peu de temps avant de rendre la voiture. Je fais un petit crochet vers le sud, après Ano meria, en direction de la petite plage d’Agkali (Αγκάλη). C’est tout petit: quelques maisons de pêcheurs, deux ou trois bars, une plage riquiqui mais bien sympa, et pas trop fréquenté, c’est bien mignon, tout çà. Maintenant, faudrait voir l’endroit en plein mois d’août… Bon, il est 15 heures, je vais revenir sur Chora tranquillement, pour ensuite revenir au port avec le gars de l’agence de location. Le ferry Seajets arrive à 16 heures; une heure plus tard je serai sur une autre île!



BILAN: Folegandros, son paysage rugueux et austère, ses petits chemins oubliés, ses hameaux perdus écrasés par le soleil… Chora qui joue les équilibistres sur sa falaise, Ano Meria et son mode de vie à la dure… Sans doute, ça en fera hésiter plus d’un, surtout parmi les touristes trop « conventionnels ». Folegandros, c’est pour les puristes, les vrais amoureux de la nature et de la Grèce véritable. Voici une île cycladique qui ne triche pas, qui n’a pas besoin de s’enjoliver d’hôtels moches à faire peur et de loueurs de quads hystériques. Alors les instagrammeurs de Santorin, les fêtard alcolos de Mykonos, restez où vous êtes: Folegandros n’a pas besoin de vous.
L’île de Milos.
De Folegandros à Milos, une heure de ferry suffit. Mais celui-ci est rempli comme un oeuf, et les bagages, parfois d’une taille pas possible, s’amoncellent sur les petits espaces qui leur sont dédiés. Je me demande des fois s’ils ne démontent pas leur maison pour l’embarquer… C’est à çà qu’on reconnaît les îles plus touristiques que d’autres. Je préfèrerai faire le trajet debout! Je débarque à 17 heures sur l’île de Milos (Μύλος), située à l’ouest de Folegandros et au sud de Sifnos.
Elle fait 151 km² en superficie et sa forme est assez bizarroïde; certains disent qu’elle ressemble à un gros fer-à-cheval (le maréchal-ferrant qui l’a forgée devait avoir un joli taux d’alcoolémie). Mais cette configuration, ça ne te rappellerait pas une autre île où on est déjà passé? Santorin, c’est çà! Car Milos est aussi une île d’origine volcanique, et cette anse profonde, le golfe d’Adamas pour être précis, est une caldeira où se trouvait le cratère de son volcan. On l’appelle aussi l’île des couleurs pour les multiples nuances de coloris qu’offrent ses falaises, un véritable patchwork géologique qui peut être vu par l’intermédiaire d’excursions en bateau. Et bien entendu, c’est l’île de la célébrissime Vénus de Milo, qui a été découverte ici, et qui se trouve maintenant au musée du Louvre à Paris (ne luis fais pas la blague à 2 balles « pas de bras, pas de chocolat », elle déteste çà).




Me voilà donc fraichement débarqué sur l’île de Milos, et je suis bien loin d’être seul. Les acharnés des petites pancartes « rent » par-ci, « rent » par-là refont surface. Mais ça ne me concerne pas. Le port d’Adamas (Αδάμας) est le point d’arrivée principal de l’île. C’est ici que je pose mon sac pour deux nuits, mais j’avoue que c’est surtout pour l’aspect pratique de sa position afin de rayonner dans l’île. Adamas, hormis quelques ruelles et escaliers d’une minuscule vieille ville, n’a ni le cachet estampillé « 100% cycladique » du port de Naxos, ni la tranquillité de Katapola sur Amorgos.
Le port est une succession de restos qui sont bien loin du petit resto-épicerie de Tholaria, et il y a de la circulation qui part un peu dans tous les sens. Les loueurs de voiture, de quads et autres buggies reviennent aussi en force. La clientèle touristique n’est plus la même: les quelques yachts de belles dimensions au port en sont une illustration. C’est plutôt mitigé comme première impression, mais ça reste subjectif et je ne dis pas que tout est forcément tarte. Il y a quelques petites plages sympas aux alentours proches, et on peut encore rencontrer des petites barques de pêcheurs près du port. Les chats, eux, sont toujours aussi présents comme partout dans les Cyclades. Il y a de tout: les avenants qui ne demandent qu’à se faire caresser avec force miaulements, les peureux qui prennent leus pattes à leur cou si on approche, et même les sournois qui se laissent câliner et puis, sans prévenir, te mettent un coup de patte venu de nulle part. Ils sont comme çà, les chats… 🐈









À 800 m du port, un petit musée intéressant vaut le coup d’oeil: c’est le musée de la mine, qui répertorie tous les minerais présents sur l’île, montrant ainsi l’incroyable richesse géologique de l’île. Le musée raconte également l’histoire de l’activité minière sur Milos, en particulier l’extraction de l’obsidienne. C’est par là que j’ai débuté ma journée du lendemain, avant de partir sillonner une partie de l’île en voiture.




J’ai loué une voiture dans une petite agence locale pas loin du port, c’est pas cher, mais les voitures ont pas mal de km derrière elles; bah, tant que ça roule! J’ai commencé par le musée de la mine, dont j’ai touché un mot plus haut, avant de partir à la découverte de Milos. Le réseau routier de l’île est généralement en bon état, la circulation est plus présente que sur Amorgos et Folegandros, mais reste très fluide. Tu croiseras bien sûr quelques quads et bugies, mais ce type de véhicules est préconisé si on s’aventure dans le sud et l’ouest de Milos, qui ne disposent que de pistes qui pourraient faire souffrir une véhicule classique. Le relief de l’île est beaucoup moins accentué que sur les îles précédentes visitées; les routes qui montent et font des lacets, c’est fini! Le paysage, sans être luxuriant, verdoie un peu plus aussi, mais pas partout. Celà dépend aussi de la saison à laquelle on vient!

Même si les paysages intérieurs ne sont pas toujours renversants, Milos se rattrape allègrement avec ses petits ports de pêche d’une beauté inégalable. Et ce n’est pas peu dire, je le prouve tout de suite avec le minuscule port de Klima (Κλήμα), dont les petites maisons, composées d’un petit garage à bateaux, d’un rez-de-chaussée et d »un étage, rivalisent de couleurs éclatantes et sont quasiment les pieds dans l’eau. Mais n’espère pas y voir de vieux pêcheurs au visage buriné, la plupart de ces petits bijoux sont devenus des maisons de location ou des airbnb (je sais, je suis adepte moi-même… mais pas à des prix pareils!).




Un autre petit port de pêche tout aussi craquant, ça te dit? Je ne doute pas de ta réponse. Il n’y a que 5 km à parcourir depuis Klima pour rejoindre la côte nord de l’île, et s’arrêter au petit port de Firopotamos (Φυροπόταμος), planqué au coeur d’une petite anse et entouré d’ecarpements rocheux. Firopotamos fait un peu plus « village » que Klima, une petite église et les ruines d’un ancien château enjolivant le décor. Il y a bien quelques places pour se garer, mais attention, la descente est un peu rude et c’est étroit! Encore un bien joli coin, ma foi.







Ah, c’est autre chose qu’Adamas, pas vrai? Et comme on dit: jamais deux sans trois! À 4 km de Firopotamos, un autre petit port furieusement adorable nous attend: Mandrakia (Μανδράκια), avec sa petite église en surplomb qui contemple les maisons au ras des flots, avec leurs garages à bateaux aux portes de diverses couleurs, même si c’est le bleu qui prédomine en nuances qui va du turquoise au bleu foncé. Avec le mouvement des vagues, c’est presque les pieds dans l’eau qu’on se promène sur la petite jetée et les rebords bétonnés devant quelques habitations où des poulpes sont en train de sécher sur des cordes. Un cadre idyllique qui, même s’il y a un peu de monde, n’est pas saturé pour autant et, à l’instar de ses deux comparses (Klima et Firopotamos), a su garder un certain cachet d’authenticité. Pour manger, il y a un petit resto bien sympa, où on mange bien sans faire cramer sa carte de crédit: la taverna Medusa. Leur poulpe grillé est une merveille (je me disais que les guirlandes de poulpes qui sèchent sur le port, c’était pas pour décorer!).














Sur les îles cycladiques, les distances sont souvent très courtes, c’est chouette et ça évite des frais élevés en carburant (l’essence 95 est encore à 2,20€/L là-bas!). Donc, il me suffit de faire 4 km depuis Mandrakia pour découvrir un autre endroit vraiment étonnant, en se disant que Milos finalement cachait bien son jeu avec une Adamas plutôt banale. La plage de Sarakiniko (Σαρακήνικο) est un site vraiment à part, sans doute un cas unique dans les Cyclades: ces roches sculptées d’origine volcanique, d’un blanc immaculé que ça en fait presque mal aux yeux quand le soleil se réverbère dessus, ont été érodées, polies, arrondies au fil du temps pour former ce paysage incroyable, limite incongru tellement il se démarque du reste de l’île. Ça me rappelle beaucoup la Scala dei turchi en Sicile, cette formation rocheuse en forme d’escalier d’un blanc tout aussi éclatant.
Alors, ne cherche pas de plage de sable ni de galets, la « plage » ici est une avancée de la mer dans une crique étroite et peu profonde, ce qui permet aux gosses d’y barboter sans danger. N’espère pas non plus être seul(e), Sarakiniko est à coup sûr le site le plus fréquenté de Milos, il suffit de voir la file de voitures garées le long du chemin d’accès en pleine journée. Il vaut mieux débouler ici le plus tôt possible!








Comment passer de la Sicile à Marseille en ne parcourant qur 6 km? Facile: en venant sur l’île de Milos! Le site de Papafragas (Παπάφραγκας), avec cette faille étroite et profonde qui s’avance dans les terres, évoque aisément les calanques de l’est de la Cité Phocéenne. Tout au fond se niche une mini-plage, difficile d’accès à cause d’un sentier escarpé et instable, ce qui n’empêche pas certains d’y descendre.







À 3 km de Papafragas, Pollonia (Πολλώνια) est l’une des principales localités de l’île, avec Adamas et Plaka, qu’on verra tout à l’heure en soirée. Les plages sont mignonnes et le village moins terne qu’Adamas, même s’il me semble bien léthargique en ce milieu d’aprem (le rituel de la sieste y est peut-être pour quelque chose). On vient surtout ici pour embarquer à bord du petit ferry qui fait la courte liaison entre Milos et Kimolos, distante d’à peine 2 km.








Je retourne à Adamas, histoire de me reposer un peu avant de repartir en soirée vers Plaka, la capitale de l’île. Enfin, pas tout de suite, car ses alentours recèlent quelques petites pépites qui métitent qu’on s’y attarde un peu. Un théâtre romain antique sur une île des Cyclades? Je réponds: Milos. Il n’est pas trop mal conservé et offre de superbes panoramas sur la mer Egée. À deux pas du site, se situe l’emplacement où fut découverte la Vénus de Milo.





La forme des rochers, les coloris des falaises, c’est assez unique ici à Milos. Des petites plages cachées, comme celle de Plathiena, ou des petits ports moins connus que le fameuse trilogie Klima-Mandrakia-Firopotamos, comme celui de Fourkovouni, mais la piste d’accès n’est pas vraiment faite pour un véhicule classique!





Et voici enfin Plaka (Πλάκα), la localité principale de l’île, qui n’a plus rien à voir avec Adamas ou Pollonia! Plaka répond vraiment aux critères attendus d’un village des Cyclades: un dédale de ruelles tortueuses bordées de maisons blanchies à la chaux, des églises à dôme bleu, les indéboulonnables bougainvilliers… et bien sûr, comme dans presque toutes les chora des îles cycladiques, un kastro, tout là-haut, qui semble veiller sur tout Milos. Le coin est touristique, c’est évident (avec Sarakiniko, c’est l’un des endroits les plus visités de l’île), mais en soirée le flux de visiteurs a tendance à diminuer un peu. Plaka est très plaisant à visiter, et on peut dégoter sans peine des petites tavernes où bien manger sans se ruiner.








Justement, ce kastro, on va y monter. Ce sera peut-être un peu plus ardu que l’église de la Panagia, ici les marches grimpent sec et sont souvent irrégulières, et en pleine journée avec la chaleur, ça peut faire mal. Au sommet, deux églises tiennent compagnie aux ruines de l’ancien chateau. Il y a toujours du monde en soirée, d’une part pour le point de vue exceptionnel sur l’île et la mer, mais aussi pour un rituel bien ancré sur bon nombre d’îles des Cyclades: le coucher du soleil! Pas de panique, le site est assez vaste et on ne se retrouve pas les uns sur les autres. On n’est pas seul(e), c’est un fait, mais ça ne se bouscule pas et ça ne gueule pas tous azimuts. Au final, j’avoue que le coucher de soleil made in Milos tient ses promesses et est d’une grande beauté.






Petite anecdote aussi marrante que navrante lors de la redescente à Plaka après le coucher du soleil: certains points de vue sur le village sont magnifiques, et les immortaliser en photo est une coutume très usitée. Une jeune femme, genre bimbo maquillée comme un nuancier de couleurs et l’air pas très fute-fute, se prépare à faire son cliché. Mon dieu, a-telle été touchée par la beauté des lieux, s’est-elle reconnectée au monde réel? La bonne blague… Elle place sa main devant l’objectif et fait un gros plan sur son vernis à ongles…Quand je vois çà, je commence à penser que l’humanité est en danger… Et le pire? C’est qu’elle a sûrement récolté des « likes » sur sa photo! Bon, moi je rentre à Adamas, sans photo de mes ongles…
Le jour suivant est déjà le moment de changer d’île. Un peu comme à Amorgos, j’ai encore le temps de me balader sur l’île avant de rendre la voiture et de prendre le ferry à 11 heures (je ne te dis pas tout de suite pour quelle destination). Je sais déjà où je veux aller: j’avais évoqué précédemment l’activité minière de Milos, encore présente de nos jours, mais il existe néanmoins quelques exploitations abandonnées. Je m’en vais explorer l’ancienne mine de soufre de Thiorichia, tout au bout de la côte est de Milos. Celà me permet de circuler à l’intérieur des terres qui, contrairement à l’ouest, offre des paysages un peu plus verdoyants, où de petites parcelles agricoles alternent avec des champs d’oliviers et parfois quelques rangées de vignes.






La mine de soufre désaffectée de Thiorichia n’a pas fonctionné bien longtemps. Au début des années 1940, la guerre a fait cesser ses activités, qui ne reprirent qu’au début des années 1950 pour stopper définitivement en 1958. Depuis, tout est resté en l’état, à l’abandon complet. Attention, la piste qui y mène n’est en aucun cas pavée de bonnes intentions: il faut savoir slalomer entre les pierres et les nids-de-poule (j’imagine avec effroi la taille des poules!) et une dernière partie en descente en pente pas douce du tout. J’ai rarement roulé aussi lentement sur une piste, préférant le frein moteur aux freins, qui risquent d’en prendre un coup. J’espère juste que ma petite voiture, pas vraiment faite pour çà, tiendra le coup!
Je ferai les 200 derniers mètres à pied, c’est mieux. Le spectacle est étonnant: les vestiges des bâtiments en ruines montent à l’assaut des rochers, ainsi que des rails qui accueillaient les wagonnets tirés par un treuil; on voit encore deux ou trois de ces wagonnets au sol. Devant, c’est la mer avec une petite plage, où il n’est pas rare de voir des gens lézarder au soleil ou se baigner. On pourrait croire à un montage photo tellement ça semble incongru, irréel, et pourtant. Des parasols colorés à quelques mètres de wagonnets miniers rouillés? Pas de problème, viens à Milos! On peut se risquer à l’intérieur des bâtiments (mon petit côté « urbexeur » refait surface!) mais encore une fois je ne t’y exhorte pas, car on ne sait jamais à l’avance où on va poser le pied. finalement, la voiture aura réussi à remonter la piste. Il ne me reste qu’à retourner à Adamas et attendre mon bateau. Adios Milos, je vogue vers d’autres horizons!














Une dernière chose sur Milos: les fameux tours de l’île en bateau, pour admirer les falaises et autres formations géologiques. On ne peut pas quitter l’île sans avoir fait çà, paraît-il. Ben je ne l’ai pas fait, et je pars quand-même! L’activité était un poil trop touristique pour moi; plusieurs compagnies se partagent le gâteau, avec force catamarans, voiliers ou navires plus gros, quelquefois avec de la musique qui crache des décibels. Je pense que pas mal de touristes n’attendent que le moment « baignade dans une crique » durant la journée, et se fichent un peu de l’histoire géologique de Milos. Donc, chacun(e) se fera sa propre idée, mais moi je zappe…
PREMIER « DEBRIEF » DU VOYAGE (de Santorin à Milos):
Me voilà donc à peu près à la moitié de mon périple à travers les Cyclades, où j’aurai fait connaissance avec 5 îles (une de plus qu’initialement prévu 😅), l’une ne ressemblant jamais à l’autre, que ce soit au niveau des paysages, de la vie quotidienne insulaire ou de leur fréquentation touristique! Santorin la volcanique et frénétique « île aux quads » (…), qui pourtant recèle quelques secrets bien gardés; Amorgos et sa vie rurale présente et authentique; Folegandros et ses paysages de bout du monde, et Milos avec ses petits ports de pêche à nuls autres pareils. Et je ne t’oublie pas, Naxos, avec ta belle Chora, j’aurais bien voulu te découvrir davantage… Mais le voyage continue, alors en route vers d’autres îles! J’ai encore tant de chouettes endroits à te faire découvrir!
–Petit Prince: Bonjour, Vénus de Milo.
-Vénus de Milo: Bonjour, Petit Prince.
-Petit Prince: (lui tendant un morceau de papier) S’il te plait… dessine-moi un mouton.
-Vénus de Milo: C’est malin! Petit con…

- Santorin possède des paysages sublimes, et dans le sud de l’île on peut encore trouver quelques coins tranquilles.
- Amorgos et Folegandros sont des havres de tranquillité, préservées des hordes de touristes pressés. Puisse celà durer encore le plus longtemps possible!
- Milos et ses petits ports de pêche, mignons comme c’est pas possible.
- Naxos et sa magnifique Chora… que j’aurais pu louper si j’avais attrapé mon ferry pour Amorgos!
- La cuisine des îles n’est pas en reste: fava, matsata, rakomelo, vins de Santorin… Tout un programme!
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- Santorin côté face: un spectacle de danse de Saint-Guy sur le port, des défilés de quads et de scooters, des fous furieux à Oia au moment du coucher de soleil (Oia est magnifique pourtant, tu vois le gâchis…)…
- Les catamarans peuvent ne pas circuler par mer agitée, ça peut poser problème.
- Si je devais être réincarné en animal, ce ne serait certainement pas en âne de Santorin. C’est affligeant de voir ce qu’ils doivent parfois se coltiner sur l’échine…
- Sur Milos, la plage de Sarakiniko est trop fréquentée, et certaines cavités rocheuses servent de toilettes aux touristes indélicats.

Que de beautés
J’aurais tant aimé y aller, alors merci de nous y emmener avec beaucoup d’humour comme d’habitude
À propos de votre anecdote, je crois effectivement que l’humanité est en danger 😀
Toujours beaucoup de plaisir à vous accompagner dans vos vidéos.
BRAVO et j’attends la suite (et la ruralité) avec beaucoup de plaisir.
À bientôt.
Caresses et ronrons de BB
Absolument, des îles magnifiques, pour qui prend la peine de les explorer différemment! La suite du voyage sera bien sûr du même acabit (je n’ai plus raté aucun bateau!).
La connerie des gens avec leurs photos et leurs réseaux sociaux… Et l’intelligence artificielle qui entre dans la danse. Je suis malheureusement persuadé qu’à l’avenir, certains blogueurs l’utiliseront pour rédiger leurs articles, juste par flemme. Je n’en ferai pas partie, de toute façon aucun stupide robot n’aura jamais la même dose d’humour que moi!
À bientôt, caresses à BB qui se plairait bien là-bas, car qui dit Grèce dit chats!
D’ailleurs BB s’entraîne, cet après-midi elle fait paresseusement la sieste au soleil, eh oui il fait soleil et il fait doux…
Voilà un voyage, que l’on aimerait faire, merci de nous le permettre ici
Merci de ton retour positif!
C’est un beau blog, vivant et entraînant, bravo Benoît!
J’ai tellement aimé le ton de ton article ! Je suis contente d’avoir visité Santorin à la fin d’un confinement en 2021 car pour le coup, l’île était déserte (et la moitié des établissements étaient fermés, mais ça je m’en fiche)…
Ca m’a fait sourire ton anecdote sur Plaka, les Cyclades font partie des lieux bling bling par excellente et je suis comme toi, j’excècre ce genre de touristes qui sont là pour poser sur la photo sans prendre la peine de s’attarder sur ce qu’ils voient…
Triste constat, mais je suis persuadée que nous sommes plus heureux qu’eux malgré tout car nous on prend le temps de vivre pour nous et pas à travers les autres pour de likes =)
Salut Anaïs, merci pour ce retour très positif. Je vois qu’on est « raccord » sur notre façon de voyager, et que tu as le même amour profond pour ces abrutis qui s’entretueraient pour faire un beau cliché de coucher de soleil (sur Mykonos, ils applaudissent même quand le soleil disparaît, non mais lol quoi…). Ce carnet a une suite, dans lequel je suis allé explorer Sifnos, Paros, Tinos et Mykonos (en coup de vent celle-là, c’était plus un côté stratégique pour mon vol retour!).