Voyage en Grèce – 2ème partie: de Nauplie à Parga – 2022.

Et me voilà reparti pour de nouvelles aventures à travers la Grèce « continentale ». On a en déjà vu pas mal depuis l’arrivée à Athènes, hein? J’avais clôturé le premier opus du voyage par un arrêt et une nuit à Nauplie, dans le Péloponnèse. Je vais poursuivre la découverte de cette magnifique région, avant de la quitter en franchissant le golfe de Corinthe et continuer vers la Grèce centrale. La mer, la montagne, les sites antiques… il y en aura pour tous les goûts!

Epidaure et Leonidio.

Je quitte Nauplie de bon matin pour arriver, un peu comme à l’Acropole, aux premières heures d’ouverture d’un autre site antique de première importance en Grèce. 35 km suffisent à l’atteindre, au milieu de beaux paysages alternant petites montagnes boisées et champs d’oliviers; d’ailleurs, la réputation de l’huile d’olive grecque n’est plus à faire! J’arrive enfin aux abords du site d’Epidaure, dont le grand parking, bien souvent envahi par une armada d’autocars, affiche clairement la vocation ultra-touristique de l’endroit. Bien que le site vienne à peine d’ouvrir, il y en a déjà trois de garés, ils ont déjà deversé leur cargaison…

Quand on dit Epidaure, le premier mot qui vient à l’esprit, c’est théâtre. Des théâtres antiques grecs, il y en a un sacré paquet, mais le théâtre d’Epidaure, c’est du gros dossier. Il est superbement conservé, sans doute grâce à tous ces arbres qui l’ont recouvert et protégé jusqu’à sa redécouverte au 19ème siècle. Et on ne peut que lâcher un sifflement de stupeur quand on se trouve face à ce monstre de pierre, dont les gradins pouvaient acueillir pas moins de 12.000 spectateurs! Il est aussi réputé pour son acoustique exceptionnelle: les gens perchés dans les plus hauts gradins pouvaient entendre une conversation venant de tout en bas. Les groupes de touristes, sous la houlette de leur guide, font des démos un peu connes, genre se mettre en cercle et taper des mains en cadence. Ah la la, un rien les amuse…

Théâtre d’Epidaure.

Mais le site d’Epidaure, ce n’est pas que le théâtre, c’est aussi un sanctuaire hautement symbolique pour les grecs et… les médecins. C’est le sanctuaire d’Asclepios, dieu de la médecine et fils d’Apollon, rien que çà! Des milliers de pélerins se rendirent à Epidaure, convaincus des immenses pouvoirs de guérison d’Asclepios. Pouvoirs qui n’ont pas plus à Mister Zeus en personne, qui voyait son art de guérison comme une menace pour la « séparation » des humains et des dieux (on prétend qu’Asclepios a même pu ressuciter des morts); alors ni une ni deux, il a foudroyé le dieu guérisseur, malgré les protestatiions de papa Apollon. Asclepios utilisait des serpents (inoffensifs) dans ses « rituels » de guérison, c’est pour celà que le symbole du serpent se retrouve dans l’emblème actuel de la médecine, le caducée.

Il n’en reste plus grand-chose malheureusement, c’est difficile de s’en faire une idée concrète. À côté des vestiges du sanctuaire, le stade, lui, est encore bien visible, avec ses gradins et ses lignes de départ et d’arrivée symbolisées par des dalles de pierre.

Epidaure: le stade.
Caducée d’Asclepios.
Asclepios.

Bon, un peu de sérieux, et quittons ce vaste paking où les autocars commencent à prendre leurs aises. J’ai un bout de route de 80 km à tailler, en repassant par Nauplie et en longeant ensuite la côte est du Péloponnèse. Cette route côtière est de toute beauté, épousant les contours de la côte avec quelques virages très harmonieux; les panoramas sont sublimes. Mais il y a aussi ce moutonnement de collines boisées, ces champs d’oliviers, ces petits villages côtiers qu’on traverse en deux minutes… Il y a autre chose aussi qui attire mon attention: ces toutes petites chapelles disséminées en bord de route, certaines débordant de couleurs, d’autres abandonnées, rouillées… Certaines ressemblent à une boîte aux lettres ou à un gros gâteau de mariage! J’en rencontrerai des dizaines à travers le pays, et je suis convaincu qu’il doit y en avoir des milliers! Elles abritent soit une photo, pour commémorer une victime d’accident, soit une icône de saint protecteur si la personne en est sortie indemne. Une lampe à huile y brûle souvent. Autant d’accidents en Grèce? Ça fait froid dans le dos… mais une troisième explication se dirige vers le culte purement religieux de tel ou tel saint.

Chemin faisant, je quitte l’Argolide pour entrer dans le nome de l’Arcadie. La route va provisoirement s’éloigner de la côte pour longer une très impressionnante barre montagneuse, dont certaines nuances rougeâtres pourraient un peu évoquer l’Estérel. Et au pied de ces falaises (qui font le bonheur des grimpeurs!), s’étire le village de Leonidio (Λεωνίδιο), où je vais faire un stop.

Le décor est vraiment magnifique, le village étant bordé de deux côtés par les montagnes et traversé par une rivière à sec. Hormis les dingos d’escalade, Leonidio ne voit pas passer trop de touristes. Et ça se voit, il règne encore ici une vie de village hors des sentiers battus; les enseignes de commerces et de restos sont presque toutes en grec, les vieux sirotent leur ouzo en terrasse, et j’ai même vu le pope orthodoxe du village entrer dans un petit bar (pour y boire quoi, alors là j’en sais rien). La petite station-service a encore des pompes avec le déroulement des chiffres à l’ancienne, et sa petite boutique est un bordel sans nom.

Leonidio.
Leonidio.

Ça me plaît bien, cet atmosphère si tranquille, bien loin de la folie touristique de l’Acropole! Pour manger un bout, c’est pareil, dans ce petit snack-bar, la carte est en grec et puis c’est tout! Allez, un souvlaki gyros (au moins c’est facile à commander) vite fait. Je ne m’en lasse pas, le souvlaki que tu as mangé hier ne ressemble jamais à celui d’aujourd’hui; chacun sa touche personnelle, je supose? Presqu’en face, une petite boulangerie qui ne paie pas de mine. Je vais y aller « au visuel », car je reconnais quelques délices rencontrés à Athènes. Une grosse part de galaktomboureko fera largement l’affaire! Je me balade ensuite encore un peu dans les ruelles du « vieux » Leonidio avant d’aller voir les alentours.

Leonidio.

Malgré cette impression d’être en pleine montagne, la mer se trouve à peine à 4 km d’ici! C’est une belle occasion pour aller voir le tout petit port de Plaka, tout mignon avec sa petite plage de galets er sa petite église blanche.

En plus des montagnes, les alentours de Leonidio sont envahis par les champs d’oliviers et d’arbres fruitiers tels les figuiers ou les orangers. C’est vraiment un joli ensemble. Mais une toute petite route va m’amener vers une étonnante trouvaille. Elle se mérite, cette route, c’est vraiment le chemin de montagne dans son aspect le plus tordu, avec son étroitesse, sa forte déclivité, ses virages en épingles (qu’il faut parfois passer en 1ère) et ses nids-de-poule! Ajoutes à celà des chèvres qui traversent devant toi en t’ignorant royalement, et tu déduiras vite qu’il ne vaut mieux pas avoir le permis depuis 2 jours pour s’y aventurer… Le paysage se fait de plus en plus dégagé et soudain on ne va pas plus loin, c’est un cul-de-sac. Mais la vision à laquelle j’ai droit dépasse tout: un vieux monastère tout de blanc vêtu, agrippé à la falaise tel un tableau sur un mur. C’est le monastère Agios Nikolaos Sintza, bâti au 16ème siècle et toujours habité.

Monastère Agios Nikolaos Sintza.
Vue sur Leonidio.

De Leonidio à Monemvasia.

Je vais à présent me diriger peu à peu vers le sud du Péloponnèse, en laissant Leonidio derrière moi pour une route montagneuse qui suit plus ou moins le cours de la rivière à sec, qui ressemble maintenant à une petite gorge. Les paysages sont toujours aussi chouettes et l’environnement démontre encore la topographie très montagneuse du pays. Ici et là, une petite chapelle se dresse en bord de route; il y en a partout, c’est incroyable. Je me demande si il existe une « banque de données » qui les répertorie!

Il y a encore un sacré monastère à voir sur ce parcours: le monastère d’Elonas, qui n’est pas mal non plus dans son genre, adossé à une falaise rouge et accessible par un escalier taillé à flanc de montagne, celle-ci peinte en partie à la chaux. C’est un oasis de tranquillité (enfin ça dépend des jours) avec son patio fleuri, son bâtiment à deux étages et sa petite église abritant une icône de la Vierge (dérobée en 2006 mais retrouvée et restituée quelques semaines après, ouf!). L’origine du monastère n’est pas banale: en 1769, un berger aperçoit une lumière dans le coin, on se doute bien que c’était pas des phares de bagnole; suite à quoi des moines dégotent la fameuse icône à la source de ladite lumière. C’est de là que tout est parti! En tout cas l’endroit est féérique.

Monastère d’Elonas.

La route grimpe encore, la température descend un peu (c’est pas désagréable par ailleurs) et les sapins commencent à monopoliser le relief. Un petit village de montagne apparaît: c’est Kosmas (Κοσμάς), magnifique avec sa petite place où quelques bars sont ombragés par de gros platanes, et ses petites ruelles pavées. La traversée de Kosmas peut être compliquée en cas de croisement, c’est plutôt étroit.

Kosmas.

Et c’est maintenant parti pour une longue descente vers la mer, à travers des paysages toujours aussi beaux, alternant montagnes, oliviers ou décor plus minéral et aride, quoique de temps en temps la végétation se refasse plus dense. Je change aussi de nome: je quitte l’Arcadie pour la Laconie! De « Laconie » au mot « laconique », il n’y a qu’un pas: les habitants de cette région étaient réputés pour être plutôt taiseux et brefs dans leurs propos. Un exemple fort: un jour, le roi de Macédoine écrivit aux Spartiates (*): « Si j’envahis la Laconie, vous serez chassés »; leur réponse: « Si… ». À quoi bon les longs discours? (* Sparte fait partie de la Laconie).

Le liséré bleu de la mer apparaît enfin! Ma destination, en même temps que mon étape de cette nuit, se rapproche. Et voici que presque sans prévenir, en longeant la côte apparait au loin, dans toute sa splendeur, un gigantesque rocher qui pourraitêtre un cousin hellénique de celui de Gibraltar. Le spectacle va bientôt commencer: je vais te faire découvrir la vieile ville fortifiée de Monemvasia (Μονεμβάσια), un des endroits les plus fantastiques du Péloponnèse, et oserai-je dire, de toute la Grèce!

En traversant la partie moderne de Monemvasia, appelée Gefyra (Γέφυρα), je me retrouve devant une longue digue qui va longer la mer sur 1 km. Le rocher est là, juste en face, on prend son gigantisme en pleine face, d’un seul coup! On peut se garer gratos le long de cette digue (bonne nouvelle, çà!), le plus dur consistant à trouver une place; c’est jouable, même si on peut se trouver un peu loin de la vieille ville. Maintenant pour les mous du mollet, il y a des petites navettes pas chères ou des taxis… plus chers.

Le rocher de Gibraltar Monemvasia (je raconte quoi, moi?!),
à contre-jour.
Le rocher de Monemvasia.

C’est au pied de ce rocher hors-normes que se trouve le Kastro, autrement dit la vieille ville de Monemvasia. Son entrée fortifiée et les remparts vénitiens (encore eux!) qui escaladent le rocher constituent déjà un bel avant-goût de ce qui nous attend! Mais viens, je vais pas te faire trépigner, entrons dans le Kastro. Au moins déjà, je ne serai pas embêté par les voitures, elles n’ont pas droit de cité intra muros! Voici la rue principale, bordée de quelques restos et autres boutiques de souvenirs. Il ne faut pas s’arrêter à cette première impression, car finalement la vieille ville n’a pas vendu son âme au tourisme de masse. Alors oui, il y a un tas d’hébergement, il y a du monde; Mais l’aspect médiéval du Kastro n’a pas été défiguré, et il suffit de se perdre dans une venelle discrète ou se faufiler sous un passage voûté pour se retrouver seul(e) au monde.

L’entrée du Kastro.
Monemvasia: le Kastro.

Heureux élu que je suis, passer la nuit dans ce décor de rêve est vraiment un privilège! D’autant plus que ma chambre airbnb, toute en boiseries et mobilier d’époque, me donnera le sentiment d’être un « VIP » de l’époque médiévale en visite. Mon merveilleux hôte Byron s’occupe d’un petit bar à vins et propose des dégustations de cépages grecs méconnus; en complément des vins de Némée, allez pourquoi pas? Un chat aussi malicieux que gourmand réussira même, d’un perfide coup de patte, à me piquer un amuse-bouche. Non mais sans blague?! Mais non, je ne lui en veux nullement!

Çà c’est de la chambre (63€ la nuit, le croirais-tu?)!!

Déambuler dans le Kastro est un rêve éveillé. Il faut errer sans but, prendre une ruelle pavée, passer sous un vieux porche, repérer une des multiples petites églises byzantines disséminées intra muros (hé oui, en plus des vénitiens, les turcs sont passés par là aussi)… De toute façon, les touristes de passage restnent sur la rue principale pour faire leur petit shopping. Et le sentiment de bien-être est sublimé par la totale abscence de bruits de moteurs!

Monemvasia: le Kastro.
Monemvasia: le Kastro.

Et la mer, dans tout cà? Elle n’est jamais bien loin, on peut la longer en suivant le chemin de ronde des remparts. Mais ni plage de sable ni transats et parasols ici, c’est tant mieux d’ailleurs! Si on veut faire bronzette ou trempette, il faut aller à Gefyra. superbe et scintillante mer, dont les vagues s’écrasent directement sur le rocher! Un petit escalier dérobé permet quand-même de l’approcher. Maintenant retourne-toi: en face de toi, c’est pas mal non plus, avec les vieilles maisons aux teintes diverses (du rose, de l’ocre, du gris…) et la falaise escarpée en arrière-plan. Et avec les jeux de lumière, selon l’endroit où l’on se trouve, ces teintes ont l’air de se foncer ou s’éclaircir.

Monemvasia: le Kastro (détail: c’est la vue depuis ma chambre).
Monemvasia: les remparts.

J’arrive à l’autre extrémité du Kastro, où les remparts repartent à l’assaut du relief comme une mini-muraille de Chine, percés d’une autre petite porte de pierre, plus modeste et surtout moins fréquentée, les touristes-qui-ne-restent-pas-longtemps ne venant pas jusqu’ici. Un petit sentier conduit à un petit phare, qui est encore habité, à juger par ce fil où sèche du linge! Le décor est très minéral, et au loin les fortifications me font repenser à celles de Ston en Croatie. Tiens, ces plantes à longue tige avec ce bulbe rond et violet, c’est quoi donc? J’en écrase une entre mes doigts, ça sent l’ail! En fait c’est de l’ail des vignes, qui est comestible et très joli dans ce décor!

Monemvasia: les remparts.
Monemvasia: le phare.

Mais, au sommet de ce méga giga caillou, il y a quelque chose à voir? Bien sûr que oui! C’est justement à quoi je vais maintenant m’intéresser. En surplomb du Kastro, un petit sentier, pas toujours bien sécurisé, passe derrière les plus hautes habitations. À un moment, il croise une rampe grossièrement pavée qui va passer sous une porte fortifiée. C’est ici que Monemvasia livre encore une autre de ses facettes: là-haut s’étendent les ruines de l’ancienne « ville haute » du Kastro, plus ou moins bien conservées, dont le vaste château et une ancienne citerne. En revanche, l’église byzantine Agia Sofia a beaucoup d’allure.

Monemvasia: le sentier qui part vers la ville haute.
Monemvasia: ville haute – église Agia Sofia.

Naturellement, le panorama du sommet du rocher, sur la mer et le Kastro, dépasse toutes les espérances. Attention toutefois à pas trop s’approcher du bord, il y a quand-même quelques mètres jusqu’à la mer! Et aussi à rester sur les sentiers, car certaines petites citernes sont cachées par les herbes et pas signalées. On peut se demander pourquoi cet immense rocher s’est retrouvé isolé comme çà; celà date d’un violent tremblement de terre en 375 av. J.-C qui est parvenu à le désolidariser du continent et à en faire une presqu’île.

Il est possible de redescendre par d’autres petits sentiers, mais attention aux gros cailloux et pavés polis par les nombreux passages; ils peuvent déjà être un peu glissants par temps sec, alors en temps de pluie, çà doit devenir sérieusement casse-gueule! En tout cas j’aurai passé un bon moment au Kastro de Monemvasia, que les touristes commencent peu à peu à quitter en fin de soirée. Moi je reste, en poursuivant le rêve avec une nuit princière dans une chambre hors du temps…

La côte est du Magne.

Je quitte le Kastro pour récupérer la voiture, qu’au final j’avais garé plus près de Gefyra que de la ville fortifiée. Gefyra, c’est la partie moderne de Monemvasia qui, sans posséder de buildings façon Benidorm (ouf!), n’a nullement le charme du Kastro. Néanmoins le petit port n’est pas désagréable à regarder, et surtout la vue sur le rocher y est fantastique. On y trouve un tas de petits bars, restos et autres commerces; une boulangerie proposant des petits-déj’ sera l’endroit idéal pour bien démarrer cette journée!

Je vais maintenant continuer vers le sud, en longeant cette belle côte qui réserve bien des surprises. Mais un truc m’intrigue: pourquoi certaines voitures serrent-elles si fort à droite, à cheval sur la bande d’arrêt d’urgence? Un excès d’ouzo, un coup de fatigue? Non. C’est une des spécificités de la conduite à la grecque: les conducteurs plus lents se déportent exprès pour ne pas gêner le flux de circulation plus rapide qu’eux! Pourquoi pas?

La route est toujours aussi belle, et la mer jamais bien loin. Comme je le disais sur un précédent carnet, il suffit parfois de tourner la tête 2 secondes sur le côté pour repérer un détail que tu n’aurais jamais capté. C’est le cas à l’instant: échouée sur une plage de sable, j’aperçois une épave de navire, toute rouillée. Je retrouve facilement la plage où elle se trouve, c’est la plage de Glyfada. Ce bateau, c’est le Dimitrios, qui s’est échoué là en 1981. Il a son petit succès, dommage qu’il soit tant tagué…

Je te parlais de surprises, ça tombe bien car j’arrive à Gýthio (Γύθειο), un petit port de pêche d’une grande beauté, où de vieilles maisons à balcons en fer forgé se mirent dans la mer, juste en face. D’autres maisons partent à l’assaut des collines en arrière-plan, dans un décor qui a le mérite de ne pas être enlaidi par de vilaines constructions genre hôtels-dortoirs pour touristes. Et puis, se balader le long du port, où les barques dansent au gré des flots et les poulpes sèchent sur des cordes, est un vrai régal! Un tableau idyllique, on est d’ccord, hein? D’autant plus que l’endroit n’a pas encore été immolé sur l’autel du tourisme de masse.

Gýthio.
Gýthio.

À 500 m du port, la petite presqu’île de Cranae abrite une vieille tour fortifiée et une église byzantine. Gýthio offre encore son petit lot de trouvailles, comme sa place principale, populaire et animée, et même un petit théâtre antique, bien conservé mais dont l’entretien laisse à désirer. Et tiens, il y a même deux periptero, pour qui voudrait acheter un peu de tout pour pas cher!

Gýthio: la presqu’île de Cranae et son église.
Gýthio: le théâtre antique.

Gýthio, c’est aussi la « porte d’entrée » d’une des plus belles régions du Péloponnèse, et même de Grèce. Je m’apprête à pénétrer dans le Magne, qu’il est inconcevable de ne pas visiter quand on visite le Péloponnèse! On est ici dans le sud de la région, au niveau de ces sortes de grosses excroissances que certains appellent les « doigts » ou les « pis de vache » (je voudrais voir la gueule des vaches avec de tels pis!) du Péloponnèse. Le Magne est l’excroissance du milieu. Attention, le Magne est une région, pas pas un nome: il est « à cheval » entre la Laconie et la Messénie.

Alors, la Grèce, que des montagnes, des oliviers et des maisons blanches à volets bleus? Non, dans le Magne, il faut balayer tout çà d’un revers de main. Bon, même si le nord du Magne a parfois un relief escarpé, le sud est bien différent. Les paysages sont plus vastes, plus arides, voire désolés comme des steppes, avec une végétation qui se raréfie et une nature sauvage. Plein de petits chemins filent au hasard, longeant des murets et traversant des petits villages à maisons de pierre. Une autre spécificité du Magne, c’est la présence de tours fortifiées, datant du 16ème siècle, dans le moindre petit bourg. Ça m’a rappelé, dans une moindre mesure car elles sont plus modestes en Grèce, les tours italiennes de Bologne ou San Gimignano en Toscane. Oui vraiment, une région aux paysages étonnants, bien différents des idées préconçues sur le pays.

Et maintenant, place au spectacle visuel… Je vais égréner un komboloi géant, où les grains seraient des petits villages et hameaux pleins de charme, où de vieilles et solides maisons de pierre côtoient ces fameuses tours fortifiées, au milieu de paysages où on se prend à se poser la question: « mais on est toujours en Grèce, ici? ».

Je passe par Kotronas (Κότρωνας), avec sa petite plage et ses terrasses (j’y verrai mes premières tours!), et le minuscule hameau de Loukadika (Λουκάδικα), d’où le panorama sur la côte est génial. Oh, il y a bien encore quelques oliviers par ci par là, mais ils commenceront à se raréfier vers le sud. En tout cas cette région est magnifique!

Kotronas.
Kotronas.

Loukadika.
Loukadika.

Le Magne, si sublime soit-il, ne souffre pas du tourisme de masse; les routes sont peu fréquentées, et je n’ai croisé qu’un petit nombre de véhicules. Jen’ai aucune raison de m’en plaindre, c’est clair! Par contre, j’ai quelquefois aperçu des vieilles maisons, des petits corps de ferme complètement abandonnés, portes et fenêtres ouvertes à tous vents. Exode rural? Difficulté de la vie quotidienne dans cet environnement? Je sais pas. Ça rajoute encore une petite touche d’étrangeté quand on évolue dans le Magne… Voici le village de Flomochori (Φλομοχώρι), sans doute un des plus jolis du coin. Un bar, une supérette, des ruelles pavées et fleuries, et une concentration de tours plutôt importante pour une si modeste localité; maus ausi: pas de boutiques de souvenirs, pas d’autocars à touristes pressés… Le pied, quoi!

Flomochori.
Flomochori.
Habitations abandonnées dans le Magne.

Les points de vue sur la côte se multiplient, rivalisant de beauté, et le paysage va commencer à se faire plus aride, plus « pelé ». C’est vraiment étonnant d’évoluer dans un tel décor, qui te donne un sentiment mixé d’immensité et de solitude. Les villages sont de plus en plus dispersés; je passe par Lagia (Λάγια), avec ses quelques tours et ses maisons de pierre (dont certaines sont en sale état, dommage).

Lagia.
Une route dans le Magne.

J’ai presque l’impression de me rapprocher d’un petit « bout du monde », au milieu d’un paysage désolé et venteux et de panoramas sur la mer à se damner! Une petite route en lacets descend vers le hameau de pêcheurs de Porto Kagio (Πόρτο Κάγιο). Le lieu est d’une beauté renversante, et ici ça a l’air de se savoir: il y a quelques bars et restos, et davantage de monde que dans les petits villages! Mais ça ne sature pas et ça reste vivable. Je suis presque à l’extrémité sud du Magne, je vais par la suite remonter par sa partie ouest.

Paysage du Magne du sud.
Porto Kagio.

La côte ouest du Magne.

Ne t’imagine pas que le paysage va devenir monotone et que cette succession de petits villages va te faire baîller d’ennui, oh que non! Le Magne a bien plus d’un tour dans son sac! reuve en est que, 5 km après Porto Kagio, au détour d’un virage, apparaît un étrange village perché sur une colline. Son aspect est vraiment particulier, on dirait que toutes les tours fortifiées du Magne s’y sont donné rendez-vous. Mais en se rapprochant, quelque chose semble clocher: l’état de certaines bâtisses. Un village-fantôme? Pas tout à fait. Vathia (Βάθεια) est en partie abandonné, c’est un fait, mais certaines maisons on été patiemment restaurées et le bourg renaît doucement de sa léthargie. C’est vrai que certaines habitations sont encore en piteux état. On dirait un peu un « mini » Monemvasia dont les habitants se seraient carapaté depuis un bout de temps… Curieuse sensation que d’y errer au hasard.

Vathia.
Vathia.

Les points de vue sur la mer sont toujours aussi magiques, et la végétation reprend peu à peu ses droits. Tiens, un petit village côtier se profile au loin, je vais voir çà de plus près! Gerolimenas (Γερολιμένας) est un joli petit port, avec quelques restos et des maisons de pierre quasi les pieds dans l’eau (euh, une maison avec des pieds, il raconte quoi lui??). Enfin que soit, c’est un endroit charmant, entouré de montagnes car le relief se fait de nouveau plus prononcé en revenant vers le nord.

Gerolimenas.

Ça a été une journée intense et riche en découvertes, et elle commence à tirer vers sa fin; la ville où je ferai étape cette nuit, entre mer et montagne, s’appelle Areópoli (Αρεόπολη). C’est la deuxième ville du Magne après Gýthio, et attention à ne pas se gourer en disant « Aeropoli »! C’est Areópoli et puis c’est tout!

Il ne faut pas se laisser décourager par l’arrivée en périphérie, avec ses supermarchés et ses stations-service; c’est pas pour çà qu’on vient, donc on s’en fout un peu, sauf si ton réservoir est à sec… Alors, que nous réserve cette petite cité d’Areópoli (qui tire son nom du dieu de la guerre Arès)? Il faut reconnaître que la vieille ville a du charme, avec ses ruelles pavées ou dallées, ses maisons de pierre et son église dite « des Taxiarques » (où ce soir, une cérémonie de mariage prenait juste fin, les convives se dispersant sur la place). Mais c’est très touristique, ça casse un peu le tableau: pas mal de monde, restos racoleurs, bars à forte musique… Tous les touristes du Magne se sont-ils donné rendez-vous ici? Et la vaste place principale, entourée de bars et de boutiques à souvenirs, n’est pas un modèle de beauté; allez, à sa décharge, y a quand-même un immuable periptero, où on trouve presque tout (c’est un pléonasme, çà…).

Areópoli.
Areópoli

En soirée, ça se vide un peu, et quand bien même il est facile de s’éloigner un peu de cette agitation en se perdant au hasard de ruelles moins fréquentées, dont les murs disparaissent parfois sous les fleurs. Mais je n’ai pas retrouvé ici la sérénité des petits villages du Magne. Mais ne crachons pas dans la soupe, Areópoli demeure une très belle cité où il faut s’arrêter lors de l’exporation de cette région du Péloponnèse!

Areópoli.
Areópoli.

Mystrás: un site magique près de Sparte!

Avant de mettre le cap vers le centre du Péloponnèse, après avoir quitté Areópoli j’ai encore l’occasion de faire un ou deux petits stops le long de la côte; par exemple à Limeni (Λιμένι), un petit port sympa qui ressemble un peu à Gerolimenas mais un poil plus huppé peut-être, ou encore à Neo Itilo (Νέο Οίτυλο), pas mal aussi mais que j’ai trouvé un peu léthargique.

Les paysages arides du Magne s’estompent rapidement, pour refaire place à des prairies et d’innombrables plantations d’oliviers. Et peu à peu je me rapproche d’une ville mythique, qui a fait trembler la Grèce entière et même défié l’Empire Perse: Sparte (Σπάρτη)! Oui, rien qu’à ce nom on repense au film « 300 » de Zack Snyder, ou encore à cette rivalité viscérale qui l’a opposé à Athènes. Athènes et Sparte, c’était un peu le PSG et l’OM… elle a connu une Histoire légendaire, faite de dominations, de victoires… Mais rien n’est éternel: en 371 av J. -C, Thèbes finit par venir à bout de la « machine » spartiate lors de la Bataille de Leuctres. Sparte ne s’en relèvera pas. Et dire qu’elle n’a jamais voulu s’entourer de remparts, car d’après Lycurgue, un législateur spartiate: « une ville bien défendue est celle qui est entourée d’un mur d’hommes, et non d’un mur de briques ».

Sparte était aussi réputée pour son éducation à la dure dès le plus jeune âge, qui ferait passer la Légion Étrangère pour un jardin d’enfants. Dès 7 ans, les gosses recevaient une éducation majoritairement axée sur la guerre et les armes, et ça ne rigolait pas: des rations minables de nourriture (le chapardage d’aliments était même encouragé pour leur forger le caractère!), une tunique par an pour se vêtir, seulement de l’eau froide pour se laver… Et à partir de 12 ans, ça allait crescendo avec les initiations aux armes et les concours sportifs. Celà pouvait durer jusqu’à l’âge de 30 ans, pour finalement devenir ces combattants quasi indestructibles qui ont fait la légende de Sparte. Il faut dire aussi que les enfants chétifs et malformés étaient éliminés, précipités du haut d’une falaise; ça fait froid dans le dos.

Le traité de paix qui mit officiellement fin à la guerre du péloponnèse (donc entre Athènes et Sparte, on s’en doute) fut seulement signé en…1996! Non, c’est pas une blague. En 404 av J. -C, Athènes, au pied du mur, avait accepté de conclure une armistice avec Sparte. Mais le traité de paix n’avait jamais été signé. Un « oubli » (tu parles!) que les maires d’Athènes et de Sparte ont réparé. Vaut mieux tard que jamais? L’expression prend tout son sens, là!

Bon maintenant, pour être plus terre-à-terre, la Sparte actuelle est une ville plutôt terne et moderne. Des ruines? Très peu ont survécu au fil du temps. Il y a bien la statue du roi Leonidas devant le stade, mais à part çà… Donc désolé si le mythe est écorné, mais c’est pas forcément la peine de s’y attarder. Mais le lot de consolation sera vraiment à la hauteur, à 5 km à peine de là…

Statue de Leonidas à Sparte.

L’ancienne Cité de Mystras (Μυστράς) n’est clairement pas un site archéologique comme les autres qu’on peut voir dans le pays! Les blocs de marbre, les colonnes, on oublie tout çà ici! Cette vaste ville-fantôme, fondée au 13ème siècle par le Franc Guillaume de Villehardouin, a connu diverses invasions: turcs, vénitiens , albanais… La construction de la ville moderne de Sparte au 19ème siècle sonna le glas de la cité, les habitants de Mystras allant s’installer à Sparte. Abandonnée depuis, restaurée par morceaux (çà prend du tems!), Mystras est classée au patrimoine de l’Unesco en 1989.

La visite est exceptionnelle, certains bâtiments ont été magnifiquement préservés. Toute la prestance et la majesté de l’architecture byzantine sont ici à leur niveau maximum! Seulement attention: le site est vaste et s’étale sur un rocher, avec des bonnes déclivités. Donc ça grimpe, parfois sec, malgré les marches taillées dans la pierre! Il y a ici deux parkings, un « en bas, l’autre « en haut ». Alors soit tu commences par le bas et tu visites tout en faisant la grimpette, soit tu peux conserver le billet d’entrée et te porter en voiture jusqu’au parking d’en haut; c’est toi qui voit!

Un premier aperçu de la topographie des lieux…

Je commence par la « ville basse ». Pas trop saturé de monde, quoiqu’il y ait deux ou trois groupes; mais comme le site est grand, je pense que les gens sont bien dispersés. Tout de suite je suis en immersion dans le style byzantin. Voici le complexe religieux de la Métropole, avec l’église Agios Dimitrios, ses fresques et ses petits cours fleuries à arcades. Pour qui aurait la gorge sèche à cause de la chaleur, il y a là une petite fontaine (il y en a une autre au monastère de Pantanassa, plus haut). Un peu plus loin, le monastère de Vrontochion était considéré comme le centre culturel de Mystras.

Mystras: église Agios Dimitrios.
Site de Mystras: Église de l’Annonciation.

À partir de maintenant, ça va commencer à monter, par des escaliers taillés dans la roche ou des sentiers pierreux. Je dépasse un groupe ahanant qui a l’air de marcher au ralenti dans la pente (certains avec des bâtons de marche, ne me perforez pas le pied, merçi), et j’atteins le monastère de Pantanassa, joli avec sa cour fleurie, qui est encore habité par des religieuses, qui ont d’ici une vue incroyable sur la plaine de Sparte. Ces dernières vendent par ailleurs des icônes et des broderies. Pour rappel, une fontaine permet se se ravitailler en H₂O (en eau, quoi! On sait jamais, y en a peut-être qui roupillaient aux cours de chimie 🧪).

Mystras: monastère de Pantanassa.