Partager la publication "Slovénie, la « Suisse des Balkans » – 2021."
2021. Ce maudit Covid-19 était bien trop content de restreindre nos possibilités de voyager. Alors, un an plus tard? Des lueurs d’espoir se dessinent: vaccination, testings à tout va… Oh il y a encore des contraintes genre test PCR, formulaires, voire quarantaine. Mais il n’est plus interdit de voyager. C’est le moment pour mon sac de voyage de reprendre du service! Alors pour cette année 2021, je te propose une petite virée d’une semaine dans un pays d’Europe plutôt méconnu…
- Mais d'abord, les présentations…
- Ljubljana: 1er jour.
- Ljubljana: 2ème jour.
- La Slovénie, entre bière et vin…
- Kamnik – Velika Planina – Logarska Dolina.
- Skofja Loka – Radovljica.
- Le lac de Bled.
- Le lac de Bohinj.
- Kranjska Gora – le col de Vršič – la rivière Soča.
- La région viticole de Goriska Brda.
- Avant de voir la mer, trois petites pépites…
- Le littoral slovène.
- LE "DEBRIEF" DU VOYAGE:
Mais d’abord, les présentations…
Je t’emmène donc en Slovénie. J’imagine que tout le monde a déjà entendu le nom de ce petit pays, mais si je demande à le situer pile poil sur la carte européenne, dans la plupart des cas voilà ce qui se passe:

OK. Prenons quatre grands repères sur la carte: le nord-est de l’Italie, le sud de l’Autriche, l’Istrie croate et le côté ouest de la Hongrie. Au milieu, il y a comme une petite pièce de puzzle qui va venir s’emboîter. La voilà, la Slovénie! Quel petit pays, me fais-tu remarquer. En effet, avec une superficie de 20.273 km², elle est plus petite que la Belgique! Mais au moins, pour une population d’un peu plus de 2 millions d’habitants, les slovènes peuvent se targuer d’avoir de l’espace!


Sa langue, le slovène, n’est pas désagréable à entendre, mais pas si facile à apprendre (c’est bien quand-même de connaître quelques mots de base). Il y a des « cas » grammaticaux (datif, accusatif, etc…), comme en allemand. Mais l’anglais est généralement compris, comme l’allemand et l’italien. La Slovénie est une république, qui a voté (via un référendum) pour l’indépendance vis-à-vis de la Yougoslavie en 1990 et en officialise son retrait en 1991. Elle intègre l’Union Européenne en 2004.
Son drapeau:

Son hymne:
Son code d’immatriculation:

Voilà, le décor est planté. On peut y aller!
Ljubljana: 1er jour.
Le vol d’une durée de 1H50 depuis Paris Charles-de-Gaulle (un des rares « directs » que j’ai pu trouver!) atterrit à l’aéroport de Ljubljana. Voilà, tu connais déjà le nom de la capitale slovène; la prononciation? « Liou-bli-ana », tu vois, rien d’insurmontable! Alors pour rejoindre le centre-ville, quelques bus aux horaires souvent irréguliers, ou des navettes partagées pour un peu moins de 10€. J’ai choisi la navette. Le trajet dure une grosse demi-heure, avec des arrêts à la demande et un terminus à la gare.
Pas terrible la météo, il fait bien gris, mais il ne pleut pas… pour l’instant. Ma chambre Airbnb est à deux minutes à pied du coeur de la ville, dans une impasse adjacente à une petite rue pavée. Ce revêtement en pavés est d’ailleurs largement majoritaire dans la vieille ville de Ljubljana. Allez, on va aller voir ce qu’elle a à nous proposer!
Ljubljana n’est pas une grande ville, bien loin des cités « tentaculaires » comme Paris ou Rome. Tes petits pieds n’auront donc pas trop à souffrir! De plus, elle n’a pas vendu son âme au tourisme de masse, ça se voit aux boutiques et aux restos qui n’essaient pas de t’attirer comme de la limaille sur un aimant. Tu me diras, d’après les photos, c’est très calme. Période Covid oblige, d’accord, mais même en période normale le tourisme n’est pas encore outrancier ici.
Mais voilà que je fais mon entrée sur le « coeur battant » de la ville, la Prešernov trg (trg: « place » en slovène), lieu de réunion préféré des habitants, surtout les jeunes. Elle marque un peu la transition entre la ville moderne et le centre historique, et je lui trouve vraiment une belle homogénéité architecturale. La vieille pharmacie, l’église Notre-Dame-de-l’Association et la statue du poète France Prešeren, un charmant tableau avec ses piétons et cyclistes qui déambulent. Tu ne vois pas de voitures? Ah oui, tu sais pas la meilleure? Le centre de Ljubljana leur est interdit (petite exception pour les livreurs le matin)! Là je dois dire qu’on a fait du bon boulot à Ljubljana: zones entièrement piétonnes, pistes cyclables, et surtout les kavalir, ces mini-taxis électriques GRATUITS (hé oui!), utilisés principalement par les personnes âgées ou à mobilité réduite, qui s’arrêtent à la demande ou arrivent sur simple appel de smartphone. Génialissime!







La vieille ville est traversée par la rivière Ljubljanica, franchie par une série de ponts dont certains font la fierté de la ville. Justement, regarde en face de la Prešernov trg, ce pont qui franchit trois fois le cours d’eau. Non, ne te frotte pas les yeux, c’est sérieux. Voici le Triple-Pont, à l’origine pont de pierre unique avant qu’on y ajoute, dans les années 1930, deux ponts latéraux pour « fluidifier » le passage des piétons!


Mais avant de continuer, je vais goûter une petite spécialité genre « snack », quasiment une institution non seulement en Slovénie mais dans l’ensemble des Balkans: le burek. C’est un genre de feuilleté taille XXL, fourré soit au fromage (sirov burek), à la viande (mesni burek) oux aux épinards (spinacni burek). Pour les becs sucrés, il y a aussi une version aux pommes (Jabolčni burek). On le déguste sur un banc, avec les doigts, avec un yogourt nature! Pour t’envoyer les meilleurs bureks, tu as deux choix:
Nobel burek – Miklošičeva cesta 30. – Olimpija burek – Slovenska cesta 58.

En suivant le cours de la rivière jusqu’au célèbre Pont des Dragons (cette créature cracheuse de feu est devenue l’emblème de la ville!), voilà que j’arrive au niveau du marché central, qui comprend une partie couverte et l’autre en plein air, avec ses étals colorés de fruits et légumes. Il est ouvert du lundi au samedi de 08H à 15H.








Mais mon regard est attiré vers un étrange distributeur, un peu en retrait du marché. Un dessin de vache souriante, des bouteilles vides en plastiques… Son nom: MLEKOmat. Le lait en slovène, c’est « mleko ». Donc, ce serait un distributeur de lait? Oh, faut que je teste çà! D’abord, tu prends une bouteille pour la somme ridicule de 0,20€, ensuite tu la places sous le bec verseur en sélectionnant la quantité. Pour un litre de lait, tu ne dépenseras qu’UN Euro! Et c’est pas du lait de supermarché, il est fourni directement par les exploitants de la région! Je sens que je vais me plaire en Slovénie.

J’ai rarement vu un centre-ville aussi agréable à arpenter, sans bruit de moteur, sans frénésie de touristes pressés. La population locale possède vraiment un niveau de « zenitude » que j’envie! À 300 m à l’ouest du marché, commence véritablement la vieille ville, qui s’étire tout le long de la rivière. Toujours ce superbe revêtement en pavés et, surtout, l’ordre et la propreté à travers la moindre petite ruelle: pas une canette usagée qui traîne, pas d’odeur de pisse contre les murs comme dans certaines autres villes… Le surnom de « Suisse des Balkans » donné à la Slovénie est déjà justifié de ce côté-là.
Voici la cathédrale Saint-Nicolas, facilement identifiable à son dôme vert et sa porte latérale représentant des portraits d’évêques. Sans transition, c’est la Mestni trg qui apparaît, une des plus belles places de la vieille ville de Ljubljana avec l’Hôtel de Ville et la Fontaine de Robba. Des petites venelles aux pavés disjoints rejoignent les berges de la rivière. Et quand tu te retournes vers la cathédrale, tu as une de ces perspectives, tes yeux se mettent à clignoter tellement tu es ébloui(e)!








Le long de cette belle et large rue principale, bordée de beaux bâtiments et de vieux magasins qui parfois, ont encore leur devanture en bois, s’alignent encore la Stari trg et la Gornji trg. De temps en temps, le chateau se montre de manière fugace, on voit même son funiculaire qui grimpe jusque là-haut.








Sitôt sorti de la vieille ville, retour à une certaine réalité avec la circulation qui reprend, heureusement on est bien loin de l’intensité du trafic de Milan ou Rome! C’est l’occasion de suivre un peu les berges de la Ljublanica, qui, en l’espace de même pas 20 minutes, offre presque la sensation de se retrouver en pleine nature, avec les premières montagnes en toile de fond.




Retour sur la rive opposée, qui a encore son lot de surprises à me déballer! Cette place en pente douce avec sa fontaine, face au chateau, c’est la Novi trg. 300 m plus loin, la Kongresni trg entoure un vaste parc très apprécié des promeneurs. C’est aussi le quartier des grands musées de la ville. Oui je sais, ça en fait des trg…






La soirée s’installe, tu ne te feras pas prier si je t’emmène manger un morceau? Pas question de MacDo ni de Burger King, je vais me régaler d’une autre spécialité balkanique présente dans tous les pays de l’ex-Yougoslavie: les Ćevapi (ou Ćevapčići). C’est pas compliqué, ce sont des petites saucisses de viande hachée (boeuf et agneau), avec oignons et épices, ensuite servies à l’intérieur d’un pain rond. Pas de viande de porc, ce petit plat étant d’origine ottomane, ce qui explique son omniprésence notamment en Bosnie-Herzégovine. Maiq que tu ailles en Slovénie, en Croatie, au Monténégro, tu en trouveras. Ça me donne l’impression marrante d’un gros crustacé dont le pain serait la carapace et les Ćevapi, les pattes…
Pour goûter çà: Das ist Valter – Šmartinska cesta, 3.

J’aime bien goûter les bières étrangères, tu le sais. Justement la Slovénie, qui possède une forte tradition brassicole, est réputée pour la qualité de ses houblons. Tu verras d’ailleurs, à proximité de la gare, un immense bâtiment à côté d’un alignement de palettes de bacs de bière. C’est la brasserie Union, l’une des deux grandes marques de bières slovènes avec la Laško. Chacune de ces « pils », légères et rafraichissantes, a son camp de supporters. Je donnerais un léger avantage à l’Union. Je m’en excuse auprès des « Laško-istes »… Diverses brasseries artisanales du pays proposent des breuvages houblonnés de caractère, comme la brasserie Human Fish et ses étonnantes bières de style IPA. Et en slovène, bière se dit « pivo ».
Un petit bar à l’entrée très discrète, dans la vieille ville: Cielito Lindo – Trubarjeva Cesta, 9.

Et ce serait dommage de visiter la Slovénie sans goûter au moins une fois ce curieux soda aux plantes, au goût de bonbon acidulé et, plus vaguement, de Coca: le Cockta. Ce soda pétillant, qui marche bien aussi en Croatie, a éé créé dans les années 1950 précisément pour contrer le géant Coca-Cola. Surprenant à la première gorgée, mais pas désagréable.

Ljubljana: 2ème jour.
Un dimanche matin en demi-teinte qui commence, avec de faibles trouées de ciel bleu. On dirait bien qu’il a plus cette nuit. Très peu de monde, même sur la Prešernov trg. Aujourd’hui je vais prendre un peu de hauteur en allant voir de plus près ce château qui domine fièrement la ville! Tu te dis que je vais utiliser le funiculaire? Perdu! Mon hôte Airbnb m’a vivement conseillé de grimper par les petites ruelles et escaliers qui partent de la vieille villle. Et en effet, la balade est charmante jusqu’en haut, d’où la vue sur Ljubljana n’est pas désagréable du tout (si on peut faire abstraction de ce ciel gris et bas). Alors, ce château? Hé bien, ça fait 900 ans qu’il contemple la capitale slovène du haut de sa colline. Ne t’attends pas à trouver une architecture bien homogène; ici, plusieurs styles se côtoient, l’édifice ayant été reconstruit et remanié après un gros tremblement de terre durant le 16ème siècle. L’accès au parc et à la cour intérieure est gratuit. Tu peux grimper à la tour de guet, visiter la chapelle Saint-Georges ou le musée de la Marionnette.










Je redescends à l’aise vers la vieille ville, accompagné de quelques gouttes de pluie. Heureusement ça ne durera pas longtemps. J’ai envie d’explorer un peu plus la « street food » slovène (le burek était déjà une belle intoduction au sujet!) et m’arrête face à une petite échoppe, à peine plus large que mes deux bras écartés, avec deux petites tables hautes pour manger debout. Qu’est-ce qu’on sert de bon là-dedans? Voyons voir… Sans trop savoir, je demande une part de kranjska klobasa. Arrive mon assiette avec du pain et quelques rondelles de cette saucisse slovène, la kranjska klobasa, qui me rappelle beaucoup le saucisson polonais, agrémenté d’une petite moutarde qui pique autant que du raifort. Pour 3,50€, c’est pas mal. Je goûte aussi aux štruklji, ces petits feuilletés de pâte allongés, fourrés au fromage, à la viande, ou avec des noix et du sucre pour la version « dessert ».
Klobasarna – Ciril-Metodov trg 15.


Un petit repas bien sympa, n’est-ce pas? La météo, elle, l’est un peu moins. Des courts passages ensoleillés alternent assez rapidement avec des petites pluies, genre la météo qui t’énerve parce que tu ne sais pas trop comment t’habiller: enlever le blouson, le remettre… C’est comme çà, il faut suivre.
Je vais aller maintenant traîner du côté de la gare. Non je n’ai pas de train à prendre, mais ça a quand-même un rapport avec ce mode de transport. Je fais auparavant un petit détour pour voir de plus près l’immense bâtiment de la brasserie Union avec ses empilements de bacs et de fûts de bière. Elle peut se visiter, mais pas le dimanche.


Je mets maintenant les pieds dans ce quartier situé derrière la gare, composé de rues tristounettes d’immeubles banals. Pourquoi je viens m’égarer par ici? Attends encore un peu, je sais ce que je fais. Là je m’engage dans une petite rue en impasse, avec une barrière et une guérite. Avance sans crainte, ça semble craignos comme çà, mais no panic, aucun vigile avec un rottweiller à l’horizon! Deux bâtiments style « ferroviaire » se font face, un dicret panneau « museum ». Bingo, c’est ici! Mettons fin au suspense: voici le musée des chemins de fer de Ljubljana (Železniški muzej Slovenskih železnic, reprends ta respiration), un endroit méconnu de la ville qui, pour moi, a été un excellent souvenir.
Prix d’entrée: 8€. Je pousse la porte métallique pour entrer dans le hall circulaire. En deux secondes, je retombe en enfance. Une quinzaine de vieilles locomotives, immenses et bien conservées, se laissent contempler, irradiant de beauté et de puissance. C’est même possible de grimper au poste de commande de certains modèles!






Et ce n’est pas tout! Le show continue à l’extérieur, derrière le hall. Entourés d’immenses entrepôts abandonnés (on peut y pénétrer, façon urbex, mais attention où on met les pieds!), dans un décor un peu post-apocalyptique, d’autres machines sont là, en piteux état parfois. Sont-elles en attente de restauration? Je ne sais pas. Une vieille loco à vapeur mangée par la rouille me rappelle ce célèbre cimetière de trains en Bolivie. Étonnant, vraiment. Je ne regrette pas le détour.





Un autre petit musée intérieur présente des panneaux de signalisations utilisés à l’époque de la Yougoslavie ou l’empire austro-hongrois. Dans une autre salle, tu découvriras les bancs en bois d’une ancienne voiture et des commandes d’aiguillage.
Železniški muzej Slovenskih železnic (Railway Museum) – Parmova ulica (à 1 km de la gare).




La suite du programme? Se balader à travers des sentiers forestiers, à 15 petites minutes du centre-ville, hé bien c’est possible à Ljubljana! À l’ouest de la ville, s’étend l’immense parc de Tivoli (non, je ne me suis pas téléporté à Copenhague), d’une superficie de 500 hectares, avec de vastes parterres, des fontaines, et même un chateau! Une large allée centrale, dite « promenade Jakopič », accueille souvent des expos photographiques en plein air.



Mais Tivoli, ce n’est pas que cà, c’est aussi une grande forêt traversée par de nombreux petits sentiers qui, au hasard d’une balade au hasard, recèle quelques secrets insolites. Par exemple, tu ne t’attends pas, au milieu des arbres, de te trouver nez à nez avec des tremplins de ski! Il ont un revêtement synthétique, il paraît qu’ils servent encore… En tout cas, à quelques dizaines de mètres, cette vieille tour délabrée des années 1950 – en réalité une ancienne tour de lancement d’un ancien tremplin de 70 m, disparu – attend son heure, une démolition étant envisagée.




Au détour d’un sentier en descente, apparaît la vénérable gostilna Roznik (une gostilna, c’est une auberge en slovène), qui semble ne pas avoir changé d’un poil depuis des décennies. Et juste à côté, sur sa petite butte, la petite église de la Visitation-de-Marie (cerkev Marijinega obiskanja), rose avec son clocher vert, caractéristique des petites églises slovènes que je rencontrerai en nombre durant mon voyage.







Si la pluie m’a relativement foutu la paix dans l’aprem, la voilà qui décide de mener une offensive plus conséquente. Pas le déluge, mais elle est bien soutenue. Il faut pourtant regagner le centre-ville, en rasant les façades au maximum et en vissant ma casquette sur le crâne pour éviter d’être trop rincé. Je me sécherai au logement Airbnb; en passant près d’un des deux stands à bureks, je me chope un burek aux pommes.
Je vais manger léger en cette fin d’aprem, le burek ayant élu domicile tout récemment dans mon système digestif. Testons donc un petit dessert slovène, en terrasse le long de la rivière, avec une part de prekmurska gibanica. Imagine-toi une part de gâteau assez dense, genre millefeuille composé de pommes, noix, cottage cheese et graines de pavot. Le truc est bourratif, donc quand je disais manger léger, faut relativiser… Mais je dois t’avertir qu’en terrasse à Ljubljana, tu risques d’être importuné par des petits « opportunistes » de 15 cm et 30 grammes! Ne dis pas que je disjoncte et laisse-moi t’expliquer: je te parle de ces hordes de petits moineaux, qui ont atteint ici un niveau de témérité que j’ai rarement vu. Ça se pose sur la table, ça avance en crabe jusqu’à l’assiette à la moindre seconde d’inattention, tu les fais partir vers la gauche, d’autres rappliquent à droite… Les piafs de Ljubjana sont de vais stratèges militaires!! Enfin, c’est juste pour se nourrir, il faut leur pardonner.

BILAN: ce premier contact avec le pays fut franchement positif, avec la découverte d’une ville tranquille à taille humaine, aux initiatives dont pas mal de pays devraient s’inspirer, où l’on mange (et boit) très bien, et disposant d’un imposant « poumon vert » grâce au parc Tivoli.
La Slovénie, entre bière et vin…
Alors, que me réserve la météo de ce lundi matin? C’est pas extra: un ciel plombé, une petite bruine. Bon, je ne peux rien y faire. Direction la gare où je vais prendre possession de ma voiture de location pour 6 jours. Un peu plus d’animation dans les rues: les adultes vont au boulot, les gosses à l’école.
Je vais d’abord t’emmener dans la partie est du pays. Ce n’est pas dans cette région que le relief montagneux est le plus marquant, mais ces collines boisées où alternent champs et pâtures constituent un paysage agréable. Du moins, si le soleil était présent, car cette petite pluie crée un voile gris qui gâche la perspective lointaine. Heureusement, le réseau routier slovène est nickel au niveau des autoroutes et routes nationales; dans les montagnes, c’est parfois plus hasardeux, comme tu le verras plus tard.
Bref, après une petite heure, je quitte l’autoroute pour évoluer sur des routes secondaires. Et voilà que dans la campagne apparaissent de grands champs plantés de hautes perches en bois, elles-mêmes surmontées d’un réseau de fils. C’est sur ce système que va s’enrouler une plante grimpante, qui sera un des ingrédients principaux d’une boisson dont j’ai déjà souligné l’importance en Slovénie: la bière. Hé oui, je suis au milieu de champs de houblon!



L’épicentre de la culture du houblon est la petite ville de Žalec, plutôt banale au premier abord mais qui recèle, outre un écomusée dédié aux traditions brassicoles, une autre curiosité unique au monde. Mais attends un instant, je vais m’acheter un pack de bouteilles d’eau au supermarché. Un mot rapide sur ceux-ci: les plus courants sont les magasins Mercator et Tuš, sans oublier les sempiternels Spar et Lidl.




Près de l’église, un parc. Au milieu de ce parc, un étrange appareillage métallique en demi-cercle, avec des sortes de distributeurs-fontaines. C’est intriguant, çà, c’est quoi donc? Hé bien en effet, c’est une fontaine. C’est la seule fontaine à bière au monde, sans similitude aucune, bien sûr, avec la Fontaine de Trevi (quoique une version bière de cette dernière, ce serait cool…). Alors, comment ça marche? On achète, au kiosque en face, un verre dont le dessous intègre une petite puce (ce qui justifie son prix de 8€, car c’est ce système de puce qui va étancher ta soif!). Tu peux garder le verre en souvenir, c’est pas gentil, çà? Ensuite, direction la fontaine, composée de 6 distributeurs qui te verseront 1 décilitre des 6 bières différentes proposées. Pour ce faire, le verre se place sous le robinet verseur, qui va reconnaître la puce et faire couler le précieux nectar. Ni Lasko ni Union ici, ce sont des bières spéciales et artisanales. Déguster 6 bières délicieuses sous l’averse, y en avait qu’un pour le faire, c’est moi…
https://www.beerfountain.eu/en/




La Slovénie est le 6ème producteur de houblon dans le monde. Le houblon se développe sur une liane. Une liane diffère d’une vigne car elle utilise ses pousses au lieu de ses vrilles pour monter. Elle monte en hélice autour d’un support.
À 70 km encore à l’est de Žalec, je rencontre la rivière Drava, déjà très large, qui continuera sa course jusqu’au Danube, qu’elle rejoindra tout à l’est de la Croatie. Le long de ses berges, on peut aisément se garer gratos. Bon, un cours d’au, et ensuite? Regarde sur la rive opposée, ces maisons blanches aux toitures rouges (ce rouge si caractéristique du pays), et ce chateau en surplomb: me voici face à la très belle ville médiévale de Ptuj!

Ptuj (ça se prononce « ptouille ») est une des plus anciennes villes du pays, et de surcroît, une des plus mignonnes aussi. Avant de monter jusqu’au château, je vais faire un tour dans la vieille ville, dont la petite taille est largement compensée par la beauté de ses petites rues pavées et de ses monuments. N’est-il pas splendide, ce haut beffroi coiffé d’un clocher à bulbe rouge? Même la pluie doit être sous le charme, elle vient de s’arrêter un petit moment. Le temps d’avaler un petit burek dans une boulangerie (on devient vite addict!), on va prendre un peu de hauteur et aller voir ce château de plus près!







La grimpette se fait au gré de petites ruelles en zigzag, pavées très grossièrement (un peu glissant par temps pluvieux, attention à ne pas se mettre n’importe qui aux pieds!), dévoilant progressivement ces magnifiques toits rouges si spécifiques à la ville, ainsi que des petites parcelles de vignes. En plus de faire de la très bonne bière, la Slovénie est aussi connue pour ses trois grandes zones viticoles. Pourtant, l’exportation de ses vins est encore assez confidentielle. Ici nous sommes entrés dans la région viticole de la Podravje, qui s’étend jusqu’à la frontière hongroise.





L’entrée du chateau est en vue. Il fut construit au 12ème siècle et « retravaillé » au 18ème siècle. Il abrite un musée d’instruments de musique, une collection d’armes et de tapisseries flamandes ainsi qu’une galerie de portraits originaux de monarques européens peints à la mode « turque ». Le château de Ptuj abrite aussi un musée ethnographique. Une visite qui aurait pu être aussi éclectique qu’instructive… si il n’avait pas été fermé ce jour-là! Hé oui, en ces temps de covid, les réouvertures de lieux culturels sont encore très timides et hasardeuses.






Je poursuis toujours vers l’est, 30 km après Ptuj, pour atteindre la deuxième ville de Slovénie: Maribor. Je dois dire qu’à l’arrivée, le charme n’opère pas tout de suite: voies rapides et centre commerciaux, je suis loin de la vue romantique sur Ptuj depuis les rives de la Drava. De plus que cette dernière passe aussi par Maribor.
Mais il ne faut jamais s’arrêter à une première impression mitigée, il faut « ouvrir l’huître pour trouver la perle ». Je me gare à quelque 500 mètres de la vieille ville et longe les berges de la Drava, pas désagréables en définitive; j’aime bien ce vieux moulin et cette multitude de cygnes qui barbotent dans l’eau.


Avec la pluie qui a décidé de me tenir compagnie à nouveau, je m’enfonce dans le centre-ville. Bon, il y a plus de circulation qu’à Ljubljana, mais certaines zones sont piétonnes, c’est un bon point. Et voici justement le coeur historique de la ville, la Glavni trg, l’ancienne Place du Marché, très allongée et offrant de belles perspectives. C’est là que se trouvent l’Hôtel de Ville et la Colonne de Peste (* on trouve ce genre de monuments en certains endroits d’Europe qui furent salement touchés par une épidémie de peste). What else in Maribor? Son château du 15ème siècle, abritant un musée régional, et sa cathédrale au clochers vert, haut de 57 m, dans un environnement urbain très tranquille mais bien vivant. Beaucoup de jeunes qui se baladent oui qui mangent dans les fast-foods. Il faut dire aussi qu’il y a une université à Maribor.









Comme je le disais précédemment, je suis ici en pleine région viticole. Alors ce serait bien de goûter un peu aux vins slovènes! Outre quelques caves de dégustation en ville, il existe ici un endroit emblématique de la tradition du vin, le long des rives de la Drava, dans le quartier de Lent. Tu vois cette ancienne maison à façade blanche, et cette vigne qui l’a carrément colonisé? Oui mais voilà, on n’a pas affaire à n’importe quel cep! Celui-ci a traversé les siècles, les maladies, les guerres! Il aurait plus de 400 ans, qui dit mieux? Et comme c’est « dans les meilleures casseroles qu’on fait les meilleures soupes », sa production atteint parfois 50 kg de raisins à chaque vendange, permettant la fabrication d’environ 25 litres du vin rouge!
Et juste à côté, la Maison de la Vieille Vigne (Hiša Stare trte en slovène) possède une boutique et un espace de dégustation, où l’on peut s’essayer à divers vins rouges et blancs du pays, qui méritent franchement d’être découverts!

Le long de la rue, quelques restos s’alignent. J’entre dans un gril, un nom que je verrai souvent en Slovénie, désignant un petit restaurant spécialisé dans les viandes grillées. Il est possible d’avoir un plat unique composé d’un mix de diverses viandes, accompagné d’avjar, ce condiment célèbre des Balkans à base de poivron, de piment et d’ail.
Gril Ranca – Dravska ulica, 10.
Après les cultures de houblon, voici une excellente occasion d’aller explorer les vignobles de la Podravje, toujours plus à l’est. Sur l’autoroute (que je quitterai bientôt), les panneaux indiquent maintenant le H de la Hongrie, qui n’est plus qu’à 40 km environ. Mais Budapest est encore à 300 km!
Je poserai mon sac cette nuit dans un domaine viticole, qui fait aussi hôtel-restaurant, cerné de vignes s’accrochant aux ondulations du paysage. Tout près, à 1 km, le minuscule village de Jeruzalem, perché sur sa petite colline, veille sur les vignobles. Un peu plus bas, le hameau de Svetinje, encore plus petit. Je vais en profiter pour faire une petite balade à pied, la pluie ayant stoppé son offensive (bon débarras!). On est bien loin des vendanges, mais ce décor très bucolique, alternant ceps de vigne et parcelles boisées, me plaît beaucoup. C’est très reposant, et pas très touristique, ce qui ne gâche rien! Il existe d’ailleurs une « route des vins » qui va de Ljutomer à Jeruzalem. Bon, espérons que la météo sera un peu plus cool avec moi demain!











Kamnik – Velika Planina – Logarska Dolina.
Allons, il est temps de se lever, et de regarder à l’extérieur à quelle sauce je vais être assaisonné avec le temps! L’espoir renaît: la pluie a cessé et il y a de belles trouées de ciel bleu. Ça démarre bien, pourvu que ça dure. Si tu es prêt(e), on peut démarrer.
Une chose est certaine: c’est un vrai plaisir d’emprunter les petites routes de campagne, bien entretenues et suffisamment larges pour ne pas avoir à subir des croisements laborieux. Même quand il y a des travaux, ce n’est ni sale ni bordélique. Certains pays auraient des leçons à prendre… Le vignoble s’estompe peu à peu pour laisser place à un paysage varié, composé de champs, prairies et espaces boisés. Les slovènes ont du bol de vivre sur un territoire qui est quand-même le 4ème pays le plus boisé d’Europe. 57% de forêts, tu imagines? Tu ajoutes au paysage quelques jolies petites maisons proprettes, ainsi que ces petites chapelles décorées caractéristiques au pays, et tu comprendras aisément mon état de plénitude.



Et je vais où, comme çà? Je repars vers l’ouest, au nord de Ljubljana, le but étant de me rapprocher du paysage montagneux slovène. Je fais un petit stop improvisé dans le petit village de Negova, juste par curiosité, ayant aperçu un panneau « grad » qui, en slovène, veut dire chateau. Il n’est pas mal du tout, mais plutôt méconnu.




Ma prochaine destination me ramène à 25 km de Ljubljana. Me voici arrivé à Kamnik, une petite cité médiévale bien sympa avec de beaux points de vue sur les premiers reliefs montagneux. Mais les touristes la zappent encore trop, tout çà pour foncer tête baissée vers le lac de Bled ou la côte. Du coup, c’est bien, ça évite la surfréquentation.
La rue principale, pavée (ça devient une habitude!), est bordée d’anciennes maisons, et cette petite place, à l’entrée sud de la ville, est vraiment charmante avec son église et son campanile séparés. Envie de voir les vestiges d’un château? Mali Grad (« petit château ») se situe sur les hauteurs d’une colline près de la vieille ville. On y accède par une rampe et un escalier. Construit au 12ème siècle, il abrite une petite chapelle romane bien conservée. Récompense de la petite grimpette: les points de vue sur les toits rouges de la ville et les montagnes au loin.








Le soleil montre de temps en temps le bout de son nez. C’est très agréable de se balader dans des petites villes aussi tranquilles. Par deux fois je croiserai des classes d’enfants en visite dans la ville; j’en avais vu aussi à Ptuj. L’enseignement en Slovénie privilégie beaucoup les sorties culturelles et les sports. C’est certainement meilleur pour l’épanouissement des mômes que d’être avachi sur un banc à écouter certains profs ânonner leur cours…





La nature est omniprésente en Slovénie, preuve en est qu’en 15 minutes de Kamnik en voiture, me voilà sur une route traversant une forêt dense, avec en principe des échappées sur les montagnes aux sommets enneigés, là-bas vers le nord. Je dis « en principe », parce que çà c’est quand il n’y a pas de brouillard! Comment le temps a-t-il pu changer en aussi peu de temps? Ça me rappelle l’île de Madère en 2016! Des gouttes sur le pare-brise: la pluie remet çà!! Décidément on peut plus se quitter… Oh mais je ne t’ai pas dit où je me trouvais: je suis dans la vallée de Kamniška Bistrica, qui est aussi le nom de la rivière qui s’y promène. Tout au bout de la route, un village de poche avec quelques maisons en bois et une chapelle.



Et 3 km avant, un peu en retrait de la route, il y a une station de départ de téléphérique. Je vais consulter les horaires, mais étant donné certaines restrictions encore d’application, ceux-ci sont très espacés: un trajet toutes les deux heures. Oui, mais il va où, ce téléphérique, me questionneras-tu. Toi alors, tu sais pas attendre… Là-bas, plus haut à 1600 mètres d’altitude, s’étale un vaste plateau verdoyant, appelé Velika Planina (« grande montagne » en slovène), un des sites les plus beaux du pays et pourtant pas le plus connu. Pour y accéder, soit le téléphérique (ca va pas le faire avec ces horaires-là), soit tout grimper à pied (ça va pas le faire avec cette pluie qui a sûrement rendu l’ascension glissante), et enfin en voiture, par une piste de gravier et fla fin du trajet à pied (2-3 km). C’est l’option N°3 que je prends. Mais avec une météo qui a décidé de torpiller une partie de mon périple, que vais-je découvrir là-haut?
Enfin bon… Après une vingtaine de km de petites routes montagneuses tout en virages, voici un croisement avec un panneau de bois « Velika Planina ». Je m’engage sur une piste de 6 km, non goudronnée mais praticable pour autant qu’on évite bien les quelques ornières çà et là. elle est assez large pour laisser croiser deux véhicules, mais vu les traces je présume que c’est surtout des engins agricoles ou forestiers qui l’utilisent. On n’est pas vraiment à très haute altitude, cependant de grosses plaques de neige garnissent encore les côtés de la route.


Je ne dois plus être bien loin maintenant, je laisse la voiture sur un petite aire de stationnement (j’en ai vu plusieurs en cours de route) et poursuit à pied. quelques gouttes éparses, mais c’est le brouillard qui commence à jouer les gros bras. Pour les vues panoramiques, c’est mort. C’est vrai qu’en altitude le temps change en un claquement de doigts, et Velika Planina est réputée pour « accrocher » le brouillard et les nuages pluvieux. Il peut y faire beau, mais ce sera pas pour aujourd’hui, sorry!


Plus je monte, plus mister brouillard veut faire ami-ami avec moi. Fait pas chaud, j’ai mis mon coupe-vent au-dessus de mon blouson. Mais voici qu’apparaît, enfin plutôt « transparaît » dans la brume, ce pour quoi je suis venu ici. Je t’explique: Velika Planina, c’est un hameau d’altitude composé de huttes en bois traditionnelles de formes diverses. Ce n’est pas un ethno-musée, c’est un vrai petit village de bergers qui produisent encore sur place leur fromage! Ces petites bâtisses ont été reconstruites après la Seconde Guerre, des bombardements ayant détruit le village. Des tintements de cloches plus ou moins lointains trahissent la présence de vaches. Pour ne pas s’égarer en cas de brouillard (ah ben justement!), des pieux de bois jalonnent les petits sentiers qui traversent les lieux.
Désolé pour les photos, mais il faut relativiser. Ces cabanes entourées de brume confèrent à l’endroit une ambiance de film fantastique, où on peut s’imaginer voir une créature magique surgir de nulle part…











Sur les petits panneaux en bois, je vois qu’il y a un petit resto d’altitude. Je m’y porte via un petit sentier rocailleux et arrive devant un chalet traditionnel où il ne semble pas se passer grand-chose. Est-ce fermé? J’entends des coups de marteau tout près, un gars répare une barrière avec des planches. Il me dit que c’est bien ouvert. En entrant je découvre un intérieur chaleureux, tout de bois, mais il n’y a pas foule, juste un jeune couple avec un gamin et une poussette (mais comment ont-ils fait pour la trimballer jusqu’ici?). Une bonne soupe me réchauffera: du ričet, une soupe roborative aux légumes et à l’orge. Accompagné de grosses tranches de pain et de saucisse kranjska klobasa, et une bonne bière pour tout faire glisser comme il faut.

Bon, il ne me reste plus qu’à redecendre la piste pour repartir vers d’autres cieux, direction nord pour s’enfoncer davantage dans ce paysage montagneux de prairies, rivières et petites routes peu fréquentées.





Le sud de l’Autriche n’est maintenant plus qu’à 30 km. La pluie a momentanément cessé… mais attends la suite, tu vas halluciner. Pour le moment, j’évolue dans un décor de conte pour enfants avec de hautes montagnes qui se dressent au loin et la forêt où la route serpente, bordée de petites maisons que tu rêverais d’habiter pour toujours… Mais pour l’instant, ça cogite dans ma tête. J’aimerais bien aller admirer une des « cartes postales » de la Slovénie, une de ses images les plus connues en dehors du lac de Bled. Mais si la perspective est bouchée par les nuages, c’est cuit pour un beau cliché! Tentons le coup. Au petit village de Solčava, je vire à gauche pour m’engager sur une petite route, bordée par une rivière et des parois abruptes. Puis une bifurcation et un panneau qui indique ce que je cherche: Logarska Dolina, cette large vallée qui se termine en cul-de-sac comme un genre de « cirque » pyrénéen, devant laquelle s’étale de vastes prairies. Mais il repleut, et le décor est bouché. Je prends le pari de revenir demain matin, en rendant malgré tout une courte visite à la cascade de Palenk, juste à côté de l’hôtel Plesnik.


Un flash vif et fugace, suivi UNE seconde après d’un roulement de tonnerre. Un orage, mais quoi?? Par où il est arrivé, celui-là? Il est trop proche pour que j’aille prendre des risques inutiles. Je vais reprendre mon chemin jusqu’à mon étape de cette nuit, ça sera mieux.
À partir de Solčava commence la route dite « panoramique », longue de 20 km, qui offre probablement parmi les plus beaux panoramas de montagne de Slovénie. Attention, cette route est très étroite (les croisements ne doivent pas être tristes) et alterne portions goudronnées et pistes de gravier avec nids-de-poule offerts gracieusement! Mais pour les panoramas, j’ai la poisse aujourd’hui. Si c’est comme çà toute la semaine, je vais pas me marrer! Et la météo comence à disjoncter, la texture de la pluie se change en neige fondante. Bon ça va, en roulant cool je peux gérer. Mais là, je rentre dans la 4ème Dimension: la neige commence à tenir et sa couche s’épaissit à vue d’oeil!! La taille des flocons, leur densité, mais où suis-je? Enfin j’arrive à la kmetija Rogar, mon lieu d’hébergement (* une kmetija est une ferme touristique en Slovénie), au milieu d’un décor surréaliste pour un 25 MAI (tu as bien lu). La neige s’accumule et on ne voit même plus l’autre versant de la route!


Si je m’attendais à çà, sérieusement! Pas de balade du soir aujourd’hui, c’est clair! En attendant, je découvre la chaleureuse hospitalité de la famile Rogar, agriculteurs-éleveurs le long de cette route de montagne. Une bière de bienvenue avec père et fils, la maman étant un peu plus « farouche », ne parlant que le slovène. Mais avec quelques mots appris au préalable et accessoirement une appli de traduction, la glace se brise vite! Je ferai un excellent repas du soir ici, avec des produits directement du producteur au consommateur. Et au sujet de la météo, même eux sont perplexes, c’est pour te dire…
Le lendemain matin, j’appréhende le moment où je vais écarter mes rideaux et ouvrir la fenêtre de la chambre. Verrai-je tout en blanc, neige-t-il encore? Roulement de tambour… 🥁 Je suis preque ébloui par un superbe ciel bleu lumineux; il y a encore de la neige, mais ça fond déjà. Je l’aurai ce matin, ma dose de panoramas, c’est sûr! Le temps d’enlever la couche de neige de mes pare-brise (* le pluriel peut être invariable, j’ai vérifié 👨🏫), et on peut y aller!
Les points de vue sur les montagnes et les forêts tiennent toutes leurs promesses, avec ces minuscules hameaux et ces fermes qui ponctuent le trajet. Une des images les plus connues de cette route est la petite église blanche Sveti Duh, posée sur son promontoire et contemplant les neiges éternelles au sommet des montagnes. Quel contraste par rapport à l’apocalypse d’hier soir! Je redescends maintenant sur Solčava.











Et, chose promise chose dûe, me revoilà de retour à Logarska Dolina, où les conditions sont optimales pour faire des photos au top! Oh, encore un groupe scolaire, qui va voir la cascade. Les classes slovènes doivent être bien vides…





Skofja Loka – Radovljica.
Après m’être dirigé au nord du pays, me voilà reparti en sens inverse, je me rapproche à nouveau de la capitale. Je joue un peu au yo-yo avec mes itinéraires! Les paysages sont vraiment sublimés sous le ciel ensoleillé, ça change la donne et oublié, le temps d’hier! Pourvu que ça dure! Hormis les petites églises à clochers à bulbe bien spécifiques à la Slovénie, on pourrait croire qu’on évolue en Suisse ou en Autriche. Progressivement je m’éloigne des montagnes pour retrouver un relief plus plat, avec des grandes parcelles cultivées (céréales, maïs); néanmoins les ondulations de quelques collines boisés apparaissent souvent dans le paysage.
Je m’arrête à Skofja Loka, une petite cité médiévale qui est seulement à 23 km de Ljubljana. Pour pénétrer dans la vieille ville, rien de tel que de franchir la vieille arche du Pont des Capucins (kapucinski most, en slovène most = pont), du 14ème siècle. On lui a ajouté des rambardes en fer au 19ème siècle. Et dire que les voitures le franchissent toujours. Vaillant, le pépère!



L’entrée dans la vieille ville se fait en passant sous un petit porche fortifié, et en 2 minutes à pied, voici déjà la petite Cankarjev trg avec son église Saint-Jacques (cerkev Sv Jakoba), aux terrasses déjà bien fréquentées en cette radieuse matinée (* l’extérieur des terrasses était libre d’accès, mais en intérieur il fallait encore montrer patte blanche avec un PCR négatif 😠).






Le centre névralgique de Skofa Loka est très certainement la Mestni trg, très allongée (un peu comme la Glavni trg de Maribor) avec l’Hôtel de Ville et les maisons à façades couleur pastel. elles est très photogénique avec sa petite rangée d’arbres et la vue sur l’église Saint-Jacques.



Mais c’est surtout pour son château du 13ème siècle que les visiteurs se pressent à Skofja Loka. On l’aperçoit très bien depuis le Pont des Capucins. Pour y aller, tu repères une petite ruelle avec un porche ocre, qui part de la Mestni trg (c’est facile, elle est au début de la place, au niveau du gros arbre) qui va te conduire à une belle rampe bordée d’arbres. Y a qu’à suivre! Le château domine toute la ville, entourée d’un paysage enchanteur de prairies et collines. En tout cas, si tu n’aimes pas la couleur verte, ne viens pas en Slovénie! Du point de vue architectural, l’édifice a de la gueule; il abrite un musée ethnographique et une collection d’animaux empaillés. Un petit sentier de marche continue au-delà, j’aperçois des sortes de boites bigarrées de toutes les couleurs. Je m’approche. Ah, ce sont des ruches. Oui, l’apiculture est très présente en Slovénie, et les miels sont excellents!






À 5 km de Skofja Loka, je suis tombé par hasard, au gré d’une petite route « hybride » carrossable/forestière, sur un minuscule village tout mignon, avec son église en surplomb et une vue terrible sur les Alpes Juliennes, qui s’étalent au nord du pays. Ah, le nom du village? Crngrob. Je ne sais pas trop comment ça se prononce, mais si tu joues au jeu « des chiffres et des lettres », et que tu as le « o » comme unique voyelle, ça peut le faire…🤔





Je pars maintenant direction nord-ouest, le lac de Bled est tout proche maintenant (7 km seulement), mais prends patience, je fais encore un stop pour découvrir une autre petite localité un peu éclipsée justement (devrais-je dire injustement?) par ce dernier. Me voilà arrivé à Radovljica!
La visite ne s’éternisera pas, tellement le centre-ville est modeste de taille. La Linhartov trg, à l’instar de pas mal de ses consoeurs, est étroite, très étirée et bordée de maisons anciennes. L’église Saint-Pierre (cerkev Sv Petra), tout au bout, est jouxtée d’une placette plantée d’arbres. Sur la place, on peut visiter aussi l’excellent musée de l’apiculture, cette activité fournissant des miels formidables (goûtés et approuvés à la ferme Rogar!), ainsi que son utilisation à des fins thérapeutiques.
https://www.terra-balka.com/blog/arts-et-culture/les-abeilles-en-slovenie-delicieuses-traditions








Une ruche peut facilement compter plus de 50.000 abeilles. Une abeille vit environ 60 jours : 20 jours à l’état de larve, 20 jours de travail dans la ruche et 20 jours où elles butinent dehors. La « reine », vit dans la ruche toute sa vie (de 3 à 4 ans) et pond en moyenne 2000 oeufs par jour (waw!).

Le lac de Bled.
Hé bien voilà, je suis arrivé à Bled, cette petite ville (très) touristique, célèbre pour son lac, présent sur 90% des couvertures de brochures de voyage sur la Slovénie. C’est LA carte postale N°1 du pays! Nous allons voir ensemble si c’est justifié… ou surcoté.
La ville de Bled en elle-même? Je vais déjà un peu plomber l’ambiance, mais je dis « bof ». C’est touristique, mais un peu trop exploité à outrance. Regarde-moi ces grands hôtels au bord du lac, ces parkings souvent chers, ces boutiques… Tout celà étouffe la ville de Bled, qui en devient presque dénuée d’intérêt. Le lac va-t-il sauver la donne?
Au premier coup d’oeil, la première réflexion est de dire qu’il est petit. C’est une évidence qu’avec ses 1,45 km², il est vachement loin des lacs Majeur ou Léman! Environ 6 km de circonférence, qu’on peut boucler entièrement à pied, çà c’est chouette! Viens avec moi, c’est justement ce qu’on va faire!




Je vais faire le tour dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en suivant un sentier piétonnier superbement entretenu, qui longe le lac au plus près. Il n’est pas mal du tout, dire le contraire serait mentir. Et petit à petit, au milieu des eaux, se dévoile l’ingrédient magique qui fait son succès: il y a une ÎLE sur la lac de Bled! Ça me remet en mémoire le lac d’Iseo et son île de Monte, en Italie! Minuscule mais cependant magnifique contemplée depuis les bords du lac, elle abrite la jolie église de l’Assomption, datant du 17ème siècle.




Et on peut y aller, sur cette île? Bien sûr. Il est possible de louer des petites barques pour y accéder ou simplement se balader sur le lac. Une autre alternative est le trajet en pletna, un bateau qui rappelle la gondole vénitienne, mais qui a fait une croix sur le romantisme en pouvant transporter plus ou moins 15 personnes. Un gondolier à la sauce locale, appelé pletnar, pilote l’embarcation. Maintenant, avec un trajet aller-retour à 15€, je préfère nettement admirer l’île depuis les rives. Troisième option: la nage! Ne souris pas, il y en a vraiment qui le font!




C’est le long de la rive sud, avec certains passages sur des passerelles de bois, que les perspectives sur l’île, le château et les montagnes sont les plus impressionnantes. Pardon, je ne t’ai pas dit, il y a aussi un château à Bled, fièrement posé sur sa falaise à 100 m de hauteur. Mais mon avis est le même que pour l’île, c’est beaucoup plus fun de l’admirer de loin que d’y grimper et de payer 13€ pour voir le lac de haut… alors qu’il existe des petits sentiers à travers bois aux alentours proches qui t’offrent des panoramas à tomber! Il n’en reste pas moins que ce lac, emblème du pays, a une beauté inversement proportionnelle à sa taille!
Aux environs du lac de Bled, on peut visiter les gorges de Vintgar. Ça ne m’aurait pas déplu… sil elles n’avaient pas été fermées de jour-là ☹


Non content de posséder un lac de conte de fée, Bled s’enorgueillit (ça s’écrit bien comme çà?) de posséder un autre petit trésor… qui se mange! Une petite merveille appelée kremna rezina (littéralement « tranche à la crème »), appelée plus souvent kremšnita. Dans la catégorie « tuerie pâtissière », elle peut prétendre au podium des douceurs slovènes! C’est un genre de gros millefeuille cubique, alternant crème pâtissière, chantilly et pâte feuilletée. Avec un p’tit café, c’est le 7ème ciel direct sans s’arrêter aux étages intermédiaires!
Je l’ai savouré à la Slaščičarna (* pâtisserie) Zima, dans un petit coin de Bled encore épargné par les vilaines constructions qui déparent une partie des abords du lac. L’adresse: Grajska cesta 3.

Le lac de Bohinj.
Si le lac de Bled est un peu le porte-drapeau du tourisme en Slovénie, à 25 km de là il existe un autre lac. Plus grand, plus sauvage. Ne pas lui rendre visite, ce serait peut-être la plus belle connerie que tu puisses faire si tu viens visiter le pays! Quittant donc Bled, je mets à présent le cap sur le lac de Bohinj!
Les personnes stressées de devoir conduire en pays étranger vont atteindre en Slovénie un niveau appréciable de zénitude. Mon dieu, quel plaisir de rouler sur ces routes impeccables, dans un paysage montagneux de carte postale! Les slovènes sont généralement prudents et courtois, même si sur l’autoroute, certains aiment bien montrer les performances de leur véhicule! Des petites montées d’adrénaline, oui ça peut aussi arriver: par exemple quand un barjot dans mon genre grimpe en voiture une piste enneigée dans les montagnes de Solčava…
Ne perds pas de temps à chercher un village appelé Bohinj, en fait le nom fait allusion à une région, englobant le lac, sa vallée et les villages environnants. Et quelle région! Je pense que c’est ici que la tradition rurale s’exprime le plus intensément et le plus sincèrement. Les petits villages, aux petites maisons souvent en bois regroupées autout d’une belle église blanche, sont vraiment aux antipodes de ce que j’ai vu à Bled. Regarde le petit patelin de Brod, n’est-il pas craquant?






Nous y voilà! Le lac de Bohinj (bohinjsko jezero, « jezero »: lac en slovène), le plus grand lac de Slovénie avec ses 3,2 km² et ses 4 km de long. En faire le tour à pied? Techniquement c’est possible, mais je ne t’y exhorterais pas forcément. Si la rive nord se fait par un sentier assez similaire au lac de Bled, la rive sud est longée directement par la route, et se faire frôler par les voitures n’est pas amusant du tout…
À part çà, ce lac est d’une beauté renversante. En effet, les quelques restos et boutiques du côté est ont la décence de se tenir en retrait de ses rives. Magnifique écrin d’eau entouré de hautes montagnes aux versants boisés, avec les neiges éternelles qui brillent tout là-haut! À son extrémité est, le tableau est idyllique: un petit pont de pierre et l’église Saint-Jean-Baptiste tout à côté, avec cette petite rivière qui vient mêler ses eaux à celles du lac.









C’est à deux pas de cette quintessence de beauté que je pose mon sac cette nuit dans une petite maison d’hôtes, au coeur du petit village de Stara Fužina, où on voit encore quelques maisons traditionnelles en bois (des vraies, pas du kitsch pour les touristes!) et de petites rues tortueuses où c’est parfois « tout juste » pour les voitures. Il est traversé par une énergique petite rivière bouillonnante. On y croise plus de petits tracteurs agricoles que de voitures.




Les alentours du village sont propices aux balades à pied ou à vélo (il y a quelques pistes cyclables pas mal du tout). Cette beauté encore sauvage, où tu as l’impression d’être au bout du monde sitôt avoir marché 500 mètres sur un sentier pierreux, est encerclé par les montagnes qui n’ont rien à envier à leurs homologues du Valais suisse. Toujours cette similitude avec le pays helvétique, mais c’est tellement vrai!






Dans la campagne, et surtout dans la région de Bohinj, tu remarqueras ces grandes structures de bois, aux allures d’espalier géant. Ton sens de l’observation avait peut-être repéré celui sur la photo plus haut, devant l’église de Crngrob. Voici encore une spécificité bien slovène! Quelle est leur utilité? « Euh… sécher le linge? » Allons quoi, un peu de sérieux! Celà s’appelle un kozolec (kozolci au pluriel), et en réalité c’est un séchoir à foin! Dans certains cas, il est « doublé » avec un toît et s’appelle alors toplar et peut devenir davantage multifonctionnel.






Avec les derniers épisodes pluvieux, éviemment ce n’était pas encore la saison idéale pour le séchage du foin. Voici une photo d’illustration d’un toplar « fonctionnel »:

C’est pas merveilleux de se balader en toute quiétude dans un environnement aussi bucolique? Surtout que les rives du lac, en passant par des sentiers pédestres, sont seulement à un kilomètre! Et là, il n’y a rien, pas d’hôtels, pas de boutiques racoleuses… Rien qu’un tête-à-tête entre le lac, la montagnes et toi…

Kranjska Gora – le col de Vršič – la rivière Soča.
Je quitte, un peu à regret, cette magnifique région de Bohinj pour repartir vers le nord, où je vais bientôt te montrer les hautes montagnes slovènes au maximum de leur splendeur. Mais chaque chose en son temps, j’ai oublié de te dire qu’on se trouve ici au coeur du Parc national du Triglav, d’une superficie de 880 km². Son nom vient du plus haut sommet du pays, le Triglav (en slovène: « trois-têtes ») qui affiche une altitude respectable de 2864 m. Pour rappel, on le voit sur le drapeau slovène.



C’est toujours avec la même délectation que je roule en voiture au milieu de ces sublimes paysages montagneux. Mais là, je vais prendre une petite route de traverse, qui longe l’impétueuse petite rivière Triglavska Bistrica. voici un panneau indiquant « slap Pericnik ». Bon, alors? Sache que slap, en slovène, signifie « chute d’eau ». La cascade de Pericnik est plutôt méconnue, mais clairement une des plus spectaculaires de Slovénie! Un petit torrent franchit la route; si tu remontes son cours visuellement, tu vas l’apercevoir au loin. Tu brûles de la voir de plus près? Tout est prévu, emboîte-moi le pas sur ce petit sentier escarpé – et très irrégulier, fais gaffe – qui grimpe à travers la forêt. Entends-tu un grondement qui va crescendo? La cascade est toute proche. Ça y est, on y est! Waouw, c’est quelque chose! 52 m de haut, un débit costaud, l’eau qui s’écrase dans une grande vasque… Elle fait son petit effet! encore plus haut, il y a la première chute, de « seulement » 16 m de haut.
Mais elle dispose d’un atout dont très peu de cascades peuvent se targuer: par un sentier étroit qui colle la paroi rocheuse, tu peux passer DERRIÈRE la chute d’eau! Parfaitement! Petit revers de la médaille: tu en sortiras plus ou moins mouillé(e)! Attention donc aux smartphones et autres APN! C’est néanmoins une expérience unique!





À quelques kilomètres aux alentours, au hasard (qui fait bien les choses) d’un petit chemin longé par une autre rivière, je découvre un ancien moulin à eau, agrémenté de quelques notes explicatives.



20 km suffisent pour me conduire jusqu’à Kranjska Gora, qui n’est autre que la plus grande station de ski de Slovénie. Alors bien sûr, l’architecture s’en ressent parfois, surtout au niveau du parc hôtelier. Mais en se baladant au hasard dans le vieux village, il existe encore des petites rues et des vieilles maisons en bois à découvrir. Autres points positifs: il est facile de s’y garer, et pour manger il y a un bon choix de restos, bars, pizzerias… Petite mention spéciale pour cette auberge (une « gostilna » en slovène) qui sert des spécialités régionales et qui n’est pas trop attrape-gogos (les ouvriers qui effectuaient des travaux de voirie venaient y manger le midi).
Gostilna Pri Martinu – Borovshka cesta, 61.






Mais ce qui canalise l’attention, ce qui attire le regard de façon magnétique, c’est le paysage monumental de montagnes qui s’élève au loin, vers le sud! Oui, tu te doutes bien que c’est la direction que je vais prendre. En route pour LA route de montagne de référence en Slovénie, un col mythique: le col de Vršič!
Si tu as le mal de transports dans les virages, alors laisse tomber, le col de Vršič, c’est pas pour toi. Dans le cas contraire, en avant! Cette route relie Kranjska Gora à Bovec, pour une distance d’environ 50 km. Le col proprement dit se trouve à 1611 m d’altitude. Tout celà en négociant la bagatelle de 50 virages plus ou moins serrés. L’Alpe-d’Huez ou la fameuse « Échelle de Kattaro » au Monténégro sont largement battues (quoique le col de Stelvio en Italie en comporte plus de 80!!).
Avant d’attaquer la montée, un petit stop devant le lac Jasna, pas bien grand mais d’une beauté considérable. sur ses bords, une statue de chamois, « Zlatorog« , qui est aussi le symbole de la bière Laško.


La grimpette vers le sommet du col peut commencer. Ça commence plutôt tranquille, la route est large et correcte. La déclivité va ensuite s’accentuer, on va faire connaissance avec les premiers virages! Tu observeras deux particularités insolites: ils sont numérotés par des petits panneaux bleus, et la courbe est en revêtement pavé! Pour la sécurité, les solides blocs de pierre alternent avec des rampes de bois sur les côtés de la route.


Et les panoramas dans tout çà? L’évidence est là: c’est un truc de malade! on est encerclé, presque assailli par les parois vertigineuses des montagnes. Je remarque cependant quelques nuages inquiétants sur les hauteurs. J’espère que la météo ne va pas me refaire le coup de Logarska Dolina!





Au virage N°8, après la petite fontaine, tu verras un petit parking et un panneau « Ruska Cesta – Ruska Kapelica ». Un petit sentier, longé par une toute petite rivière, conduit à la chapelle russe. Cet édifice symbolique a été érigé en 1917 à la mémoire de 400 prisonniers russes qui furent les artisans – bien involontaires – de la construction de la route (ils étaient plusieurs milliers au total, sous la férule de l’armée autrichienne) et qui furent tués dans une avalanche en 1916 alors qu’ils construisaient la route. Voilà d’où vient le nom de ruska cesta (« route russe »).

La montée se poursuit avec une route qui commence à se faire plus étroite, avec un revêtement plus irrégulier et des parties pavées plus longues. Pas mal de cyclistes s’attaquent au col, certains novices, d’autres plus aguerris. Pas facile pour eux, c’est clair.
Et enfin, après 24 virages savamment négociés (j’ai une solide expérience en la matière 😊), me voici au sommet de ce col de Vršič, à 1611 m d’altitude. Je sais que c’est loin d’être le plus haut d’Europe, mais la vue à 360 degrés est exceptionnelle. Les hivers doivent être terribles par ici, d’ailleurs le col est généralement fermé d’octobre à avril. Et il y a encore des énormes plaques de neige au bord de la route!




Et c’est parti maintenant pour la descente! C’est un autre style de virages qui m’attend ici, plus serrés, plus rapprochés. Les cyclistes qui l’attaquent ont drôlement intérêt à vérifier le bon état de leurs freins (les automobilistes aussi, me diras-tu)! Les points de vue n’ont pas baissé d’un iota en magnificence, c’est un vrai rêve éveillé. au virage N°48, un petit sentier conduit au monument du Dr Julius Kugy, pionnier de l’alpinisme et écrivain qui a exprimé toute la beauté des Alpes Juliennes dans ses livres.





Dans le virage suivant (le N°49, donc), un panneau indique Izvir Soče vers la droite. Izvir, en slovène, veut dire « source ». La source d’une rivière, oui mais pas n’importe laquelle! C’est probablement la rivière la plus connue du pays, elle fait fantasmer les amateurs de rafting et de kayak avec le cours impétueux de ses gorges. Cette petite route conduit à la source de la Soča (prononcer sot-châ), qui, après une course de 137 km, ira se jeter dans la mer Adriatique en Italie (où son nom changera pour devenir l’Isonzo).
Elle fera son petit chemin à travers les montagnes slovènes, en prenant cette superbe couleur émeraude qui est sa « marque de fabrique ». Ensuite, elle n’en fera un peu qu’à sa tête quand elle franchira des gorges parfois très étroites et encaissées; elles se divisent en « grandes » et « petites » gorges. Cascades, flots tumultueux, entrecoupés de temps en temps par une brève période d’accalmie. Beaucoup de visiteurs avec du matos de rafting, et des loueurs de kayaks. Ce n’est pas le canyon du Verdon, je sais, mais ça a quand-même son petit effet!










La région viticole de Goriska Brda.
Une fois passés Bovec et Kobarid, je me dirige vers le sud. Le hautes montagnes vont s’estomper tout doucement pour céder la place à des reliefs plus boisés et moins abrupts, et je suivrai encore le cours de la Soča quelques temps. Puis les premiers vignobles commencent à montrer le bout de leur cep. J’entre dans la région viticole de Goriska Brda, à l’ouest de la Slovénie et à une dizaine de km de ma très chère Italie (Brda qui veut dire « colline » en slovène). Un coin magnifique, aux douces ondulations des collines où les vignobles cohabitent avec des prairies et des vergers. je pense que son surnom de « Toscane slovène » n’est pas usurpé!
Premier petit stop à Gonjače, petit village un peu assoupi et connu pour sa tour de 22 m de haut, dont le sommet est accessible par un escalier en colimaçon (145 marches, un p’tit peu moins que l’Empire state Building…). Le panorama à 360 degrés est superbe; la vue porte jusq’au Frioul italien, et si c’est bien dégagé, jusqu’au golfe de Trieste. Bon, pour l’esthétique de l’édifice, gendre foret de perceuse XXXL, j’ai pas été trop fan. Maintenant, les goûts et les couleurs, hein…


Le petit village perché de Šmartno, à même pas 2 km, est certainement le plus connu de la région. C’est clair qu’il n’a pas de gros efforts à faire pour attirer les visiteurs. Perché sur sa butte, les panoramas qu’il offre sur le vignoble sont de toute beauté. Un paysage bien différent de celui des environs de Jeruzalem, et je crois que la proximité de l’Italie y est pour beaucoup! Par contre, au niveau du ciel, il fait bien noir là-bas sur la Botte… Le Frioul est-il sous l’orage? Celà vient-il dans ma direction? Çà, ce serait con…




Quelques rues en colimaçon, la petite église Saint-Martin, deux ou trois points de restauration: c’est tout. Šmartno n’a pas encore vendu son âme au diable. Je vais justement manger un morceau en terrasse, sur une minuscule placette. Je te présente la pljeskavica, un genre de gros hamburger composé d’agneau, de bœuf et d’oignons grillés. Le plat est en fait originaire de Serbie, mais on le trouve aussi dans tous pays des Balkans. Accompagné d’un excellent verre de vin blanc de la région, je suis bien, tout simplement. À quelques mètres de moi, par contre, une bande de joyeux cyclistes met l’ambiance; ils ont déjà quelques bières derrière eux et entonnent des chants festifs. Ah, ils vont se mettre en route, deux d’entre eux ont des légers soucis avec leur « centre de gravité », dis donc… Ça risque d’être chaud quand ils vont se remettre en selle!
Gostišče Turn – rue principale, au N°62 (sur une placette).





C’est à 4 km de Šmartno, tout près du petit village viticole de Kojsko, que je pose mon sac pour cette nuit, précisement au milieu d’un domaine viticole qui fait aussi chambre d’hôtes (et il n’est pas le seul, tu peux faire des tas de visites-dégustations dans le secteur!). Super endroit, tout comme l’accueil des vignerons, Tamara et Janko. Ce verre de vin rouge, offert en guise de dégustation, était de très bonne tenue!
Kmetija Stekar – Snežatno 31a, à Kojsko.


Le temps devient plus bizarre, plus menaçant. Pleuvra, pleuvra pas? Pour l’instant, ça va, je peux me faire une petite balade en toute sérénité au milieu des vignes, dont les parcelles me semblent plus petites, plus morcelées qu’à Jeruzalem. Sur les bords des chemins de terre, je remarque souvent la présence de cerisiers, dont les fruits sont à mâturité, c’est l’occasion d’attraper quelques cerises au vol! J’apprendrai qu’autrefois les vergers avaient davantage d’importance dans la région, et qu’au fil du temps cette activité a régressé. Pas mal d’arbres fruitiers ont quand-même été préservés, on récolte toujours les cerises en Goriska Brda; et d’autres sont retournés à l’état « sauvage ». Une jolie promenade, avec le chant des oiseaux et le vent à travers les vignes… et les premières gouttes qui tombent! Heureusement, je rentre à temps. Et ça ne durera pas longtemps, une frange bleu foncé apparaissant déjà au loin, sur l’Italie.






Le lendemain, je suis bien aise de démarrer ma journée avec un grand ciel bleu! Après un solide petit-déj’ (avec du pain moelleux et de la VRAIE confiture), je me balade encore un peu, au hasard, au milieu des vignes, en passant par les petits villages de Vipava et Dobrovo. Ce dernier est connu pour son château de style Renaissance, qui possède également une cave à vin visitable.






Avant de voir la mer, trois petites pépites…
Je sais, la mer Adriatique n’est plus très loin et tu voudrais découvrir le littoral slovène. Encore un peu de patience, tu ne regretteras pas les petits « détours » effectués à l’intérieur des terres. Je pars maintenant direction est, à environ 40 km de Dobrovo. Je suis ravi: mon trajet va passer, ne fut-ce que pour 30 minutes, par l’Italie! Quelle joie de retrouver les panneaux indicateurs en italien! Je suis toujours dans ce beau paysage de vignobles; d’ailleurs certaines parcelles sont à cheval sur l’Italie et la Slovénie.
Je fais halte à présent à Štanjel, un petit village médiéval fortifié avec un solide mur d’enceinte et des ancienne maisons en pierre. Le village a subi des dommages pendant la Seconde Guerre, on voit encore çà et là des ruines qui le rappellent. On est ici dans la région du Karst, un plateau rocheux calcaire qui a façonné parmi les plus belles grottes de Sovénie, entre autres les grottes de Skocjan (Skocjanske jame), et de Postojna. Les horaires étant trop restreints (merçi la pandémie!), j’ai fait l’impasse.

















Même si je n’ai pas visité les grottes citées plus haut, il existe, dans leurs environs, un lieu exceptionnel qu’il faut programmer lors d’une visite en Slovénie. C’est le fameux château de Predjama, à 9 km des grottes de Postojna. Parking gratuit et bien ventilé, un bon point qui mérite d’être souligné.
J’en ai vu des chateaux durant mes voyages, mais celui-là te met déjà K.O quand tu l’aperçois de loin. Choc visuel 1ère catégorie! Il est véritablement enchâssé à la paroi d’une falaise de plus de 120 m de haut, avec en contrebas une petite rivière qui surgit d’une grotte! Cette merveille a été bâtie au 13ème siècle.
Il est aussi célèbre pour un épisode historique insolite: au 15ème siècle, le « taulier » de l’époque se nommait Érasme Lueger, un genre de double-face mi-baron mi-Robin des bois slovène, qui utilisait le réseau de grottes sous le chateau pour n’être jamais attrapé. Il prit le parti de la Hongrie, alors en bisbille avec les Autrichiens. En 1484, après une année de résistance (preuve que le chateau faisait bien son boulot de forteresse inexpugnable), notre pauvre ami Érasme connu le pire « retour de karma » possible: il fut tué par un boulet de canon qui l’atteignit au moment où il était… au petit coin. En même temps, mourir sur le trône…





J’entends des voix m’interroger: « Quand verra-t-on la mer? » Comme je repars vers l’ouest (donc vers la mer Adriatique), on y arrive! Le temps de faire encore un arrêt très intéressant à Hrastovlje, un petit village un peu perdu qui pourrait sembler quelconque s’il n’y avait pas cette étonnante église de la Sainte-Trinité. Déjà, vue de l’extérieur, avec un petit vignoble qui lui tient compagnie, c’est une surprise: elle est fortifiée! Datant du 12ème siècle, elle fut « customisée » avec un mur défensif et des tours d’angle au 16ème siècle, pour résister aux envahisseurs ottomans.




Si l’aspect extérieur est déjà impressionnant, cett église c’est un peu comme un Kinder Bueno: le meilleur est à l’intérieur! Entrons donc. Attention, c’est payant (4€). Mais c’est de l’argent bien placé. Regrde comme c’est frappant: les murs et le plafond sont recouverts de fresques, certaines d’ailleurs ont méchamment subi les outrages du temps, dommage. Hé bien, cette petite église, d’aspect austère de prime abord, en-dedans c’est un vrai mix de livre d’histoire et de bande dessinée à ciel ouvert! En vrac: les 7 jours de la Création, la love story d’Adam et Eve, Abel et Caïn, les apôtres, les Rois mages, la Passion du Christ, une diversité de saints… mais aussi la vie de tous les jours avec les mois du calendrier et les travaux agricoles, la chasse, la pêche…
Mais LA star de l’aglise, c’est cette hallucinante Danse Macabre, qui va vraiment te scotcher. Regarde-moi cette queu-leu-leu: un gosse, un bourgeois, une nonne, un roi et une reine, un évêque, et même le Pape en personne! Tu te doutes bien qu’ils ne sont pas devant un distributeur de billets pour un retrait. Hé non, ils sont chacun accompagné d’un squelette, et leur destination ultime est la Mort. Remarque malgré tout, il y en a un dans la bande qui met la main à sa bourse pour tenter de soudoyer son « guide » avec une petite pièce! Oh, le Kinder Bueno, n’a plus le même goût? Sois pas si difficile…




Le littoral slovène.
Koper.
Une promesse est une promesse: je ne suis plus qu’à une quinzaine de km des côtes de la mer Adriatique, il est temps d’aller s’y attarder un peu. La Slovénie ne possède que 47 km de littoral, mais malgré ce petit chiffre il n’est pas dénué d’intérêt. Mais ce coin redevient forcément plus touristique: les petites routes de montagne et les maisons en bois vont céder leur place à des voies rapides, des ronds-points et de tristes centres commerciaux. Bref, l’entrée dans la périphérie de Koper n’est pas vraiment attrayante, et pour se garer, j’en parle même pas; c’est une des rares fois où j’ai été contraint d’utiliser un parking payant (pas trop cher, dieu merçi!). Mais ne nous arrêtons pas à cette première impression et grattons un peu le vernis…
Donc me voici à Koper, une ville côtière à seulement 12 km de la frontière italienne et à 22 km de Trieste. Comme je disais, les environs immédiats de Koper font un peu grincer des dents: un chapelet de ronds-points et de voies à deux bandes, et du côté de la mer, de grandes girafes métalliques dressent leur cou; ce sont les grues du vaste port industriel qui n’invite pas vraiment à la bronzette au bord de l’eau.
Mais Koper, c’est aussi une petite cité médiévale, qui est restée très calme et authentique, que bien des visiteurs préfèrent zapper pour partir plus au sud, vers Piran et au-delà, vers les côtes de la Croatie. Et tu vas voir tout ce qu’ils perdent à ne pas s’arrêter ici. Voici un petit dédale de ruelles, aux anciennes maisons souvent ocre et pastel qui évoquent la chaleur de l’Italie toute proche. Des petits commerces, des petites boutiques d’artisans davantage pour les locaux que pour les touristes, comme cette cordonnerie qui semble avoir oublié quel âge elle peut avoir…





L’épicentre de ce petit bijou, c’est la Titov trg (Place Tito), qui a plus d’un tour dans son sac pour séduire le visiteur: la cathédrale de l’Assomption, avec son campanile qui offre une super vue sur la ville après une petite ascension de 204 marches, tient compagnie au Palais Prétorien datant du 15ème siècle. On pourrait se croire sur une Piazza italienne. En même temps, il faut savoir que Koper a fait partie de l’Italie durant l’entre-deux-guerres, de 1919 où elle fut cédée par l’Empire austro-hongrois jusqu’en 1947, année de son annexion à l’ex-Yougoslavie. C’est pour cela que tu entendras très souvent parler italien par ici.




Du côté de la mer, quand tu y arrives et que tu regardes à droite, c’est pas folichon: c’est le port industriel! Je t’invite à opérer un demi-tour pour suivre cette petite promenade de bord de mer, jusqu’au grand parking. La mer scintille sous le ciel bleu (la neige de la route de Solčava, était-ce un rêve?), la vue n’est pas forcément exceptionnelle, mais au moins on ne voit plus les grues! Sur le parking, il y a un genre de food-truck , appelé « Folpo », qui sert de délicieuses assiettes de fruits de mer ou même des sandwiches au poulpe frit!


Tout près, la petite Ukmarjev trg fait face aux halles qui abritent un marché couvert. Derrière se trouve la Carpacciov trg avec ses petites maisons colorées et cette vigne qui longe les façades à l’aide d’un espalier. Sait-elle qu’elle a une cousine bien plus âgée à Maribor?





Un dernier petit endroit pittoresque avant de repartir, avec la Prešernov trg (oui, comme à Ljubljana) et sa petite fontaine en forme de pont.


Izola.
À 8 petits kilomètres de Koper, Izola est peut-être encore plus « confidentielle » que ses deux consoeurs Koper et Piran. Moins fréquentée, c’est tout bénéf’ d’explorer ses petites ruelles presque désertes où l’influence italienne est toujours bien palpable. Le bord de mer ici est beaucoup plus agréable, il y a bien un chantier naval pas loin, mais on ne le voit pas depuis la promenade piétonne super agréable, entre une petite plage de galets, une rangée de petits palmiers dans leurs grands pots et des jeux pour enfants. Très bien pensé pour les familles!
Une fois arrivé au niveau du petit port de pêche et de la Veliki trg, il ne reste plus qu’à se perdre dans le lacis de ruelles où le silence prédomine, parfois entrecoupé par le cri d’un gosse ou le chant furtif d’un oiseau.












Si tu a suivi mes aventures en Italie, tu te souviens que Izola signifie « île » en italien. Avant 1805, Izola était en effet bâti sur une île. C’est par la suite, lorsque Napoléon a débarqué dans le coin, que les français ont démonté les remparts de la ville pour combler le canal qui séparait l’île du continent. Sacré Bonaparte…
Piran.
Les distances à parcourir sont très courtes entre les différentes localités côtières slovènes. 10 km seulement séparent Izola de Piran. Mais je vais dépasser cette dernière pour continuer encore sur quelques km, et m’arrêter aux salines de Sečovlje, cet endroit étant un des derniers témoins de l’industrie du sel sur la côte est de l’Adriatique. 750 hectares quand-même, avec ce plan en damier caractéristique, où le sel est encore extrait à l’aide de méthodes traditionnelles. La Croatie n’est plus qu’à 5 petits kilmomètres.



Ce beau voyage ne pouvait que se terminer en apothéose avec le plus beau, le plus emblématique de la côte slovène: Piran! Je ne renie en aucun cas la beauté de Koper et Izola, mais ici à Piran, c’est de la haute voltige. Juste le temps de garer la voiture, mais pas n’importe où, c’est très réglementé. Le parking d’Arze, sur les hauteurs de la vieille ville (15 minutes à pied suffisent) propose des tarifs qui ne mettront pas ton compte bancaire à découvert: 1,50€/heure, ou un forfait de 15€ pour 24H. J’ai vu pire…
Je dépose mon sac dans une petite maison d’hôtes, planquée dans une ruelle de la vieille ville. Après quoi je remonte vers le parking. Aurais-je oublié quelque chose dans la voiture, penses-tu? Pas du tout. Mais environ 200 m avant, tu verras une ancienne tour et des fortifications crénelées. C’est ici qu’on accède aux anciennes murailles de Piran, élevées au 15ème siècle pour se protéger des attaques ottomanes. Pour un prix d’entrée dérisoire de 2€, tu vas en prendre plein les yeux avec une vue panoramique de premier ordre sur Piran et la mer en arrière-plan.






Mais le « show » ne fait que commencer, je t’emmène maintenant explorer le « vieux » Piran. Rien que sur la carte, elle a déjà une fière allure, avec sa forme d’étrave semblant fendre la mer. Tout à l’extrémité se dresse un phare, qui y est pour quelque chose dans l’origine du nom de Piran, « pyros », feu en grec.

Comme à Koper, tu pourrais te croire en Italie, de par le tracé des rues et les couleurs chaudes des vieilles maisons. L’Histoire te donnera raison deux fois: Piran s’est retrouvée dans le giron de la République de Venise durant cinq siècles, avant de basculer sous la domination autrichienne, ensuite elle suivra le même destin que Koper (* voir plus haut). C’est pour çà que sur le littoral slovène, la deuxième langue officielle est l’italien (ça m’arrange bien, çà)!
Mais je parle, je parle, et voilà déjà qu’un haut campanile s’élance vers le ciel, devant moi. Quand je te parlais de l’influence vénitienne… Allons le voir de plus près. 46 m de haut, pas mal! Il contemple la mer avec ses deux acolytes, le baptistère octogonal du 17ème siècle et la cathédrale Saint-Georges. Ils ne sont pas égoïstes, ils me laissent admirer les flots bleus et scintillants avec eux.









J’entre maintenant sur la Tartinijev trg (Place Tartini, du nom d’un musicien italien du 18ème siècle), qui est vraiment le coeur battant de la ville. Je suis carrément scotché par la beauté ahurissante de cette Piazza elliptique pavée de marbre! Ça transpire encore le « vénitien » par ici, jusqu’au motif de Saint-Marc sur la façade de l’Hôtel de Ville. Quelques bars et terrasses agrémentent les lieux. Un coin touristique? On ne peut pas dire le contraire, néanmoins elle est trépidante de vie et appartient d’abord aux habitants; on y flâne, on y boit un verre, en faisant attention aux parties de foot acharnées que se disputent les gosses du quartier.
Me croiras-tu si je te dis que cette Tartinijev trg était, jusqu’à la fin du 19ème siècle, l’emplacement de l’ancien port de Piran, qui fut comblé suite à son ensablement progressif? Hé oui! Et ce n’est pas tout! Ce tracé ovale sur la place, tu te poses des questions aussi. Sache que Piran avait sa ligne de tramway qui la reliait avec Portoroz jusqu’en 1953. Et c’était sur la place que le tram effectuait son demi tour; la partie blanche suit exactement l’emplacement des anciens rails!




Le port de pêche actuel n’est pas à chercher bien loin, il est juste à côté! Pas de yachts luxueux et démesurés ici, mais des petites barques de pêche et des filets qui sèchent au soleil. Les jeunes du coin font des plongeons tout au bout de la jetée, pendant que les pluas âgés papotent sur les bancs en pierre. Et quand on se retourne vers la place Tartini, la perspective sur les maisons couleur pastel et le campanile en arrière-plan ne peut laisser personne de marbre (le marbre… la Place Tartini… non? OK j’arrête).




Je longe maintenant le bord de mer, jusqu’à la pointe de la ville historique, là où se dresse le phare. Le temps est superbe aujourd’hui, la météo s’est racheté une conduite après m’avoir déversé tout ce qu’elle pouvait sur la tête en début de semaine… Je vais manger léger ce soir: un panino et une bière (slovène, quand-même), un duo gagnant qui m’a sustenté maintes fois en Italie. Mais c’est comme si j’y étais un peu finalement, non?





Les gens sont en terrasse, mangeant ou buvant; sur une placette près du port, un duo de musiciens reprend des chansons de variétés slovènes, avec un petit public autour. Tout ce petit monde semble très heureux d’oublier la période sombre que ce tant détesté covid nous a apporté. Mais, retour à la réalité, le couvre-feu à partir de 22 heures est encore d’application en ce mois de mai 2021…
Pas grand-chose à raconter sur le dernier jour: comme mon vol retour décollait à 11 heures, j’ai roulé de Piran à l’aéroport de Ljubljana d’une traite. Tiens, les nuages noirs sont de retour. La boucle est bouclée…
LE « DEBRIEF » DU VOYAGE:
Le mot de la fin ne sera pas compliqué: j’ai passé une semaine fantastique dans ce pays certes petit par sa taille, mais qui recèle une diversité incroyable de paysages: je suis passé des cultures de houblon aux vignobles, des forêts denses aux panoramas décoiffants des cols de montagne, des lacs aux eaux turquoises au littoral où l’Italie me faisait de l’oeil au loin… Et même de la neige au soleil!! Oui, la Slovénie peut fièrement dresser la tête face à ses grands voisins, et peut même regarder la Suisse droit dans les yeux sans ciller!
Pas de citation cette fois, mais la photo d’un graffiti découvert par hasard sur un mur à Ljubljana:


- • Les lacs de Bled et Bohinj, les régions viticoles, les montagnes du col de Vršič, la rivière Soča encore sauvage… Un défilé de paysages extraordinaires qui donne presque le vertige!
- • Les villes à taille humaine, où on n’est pas obligé de se taper des kilomètres de zones commerciales.
- • Le littoral slovène, avec son trio gagnant: Koper, Izola, Piran.
- • Ljubljana, la capitale, et ses idées géniales pour rendre le centre-ville le plus convivial possible!
- • La cuisine slovène, et par extension la gastronomie balkanique.
- • Last but not least, le peuple slovène, attachant et fier de ses racines.

- • Les petits moineaux de Ljubljana sont bien mignons… mais un peu envahissants quand on déguste une part de gateau en terrasse!!
- • Une fois qu’on se rapproche des côtes, l’environnement redevient plus « touristique »: voies rapides à ronds-points, centres commerciaux XXL, restos avec des menus en 4 ou 5 langues…
- • J’aurais pu dire « la météo », mais non: c’était plus une fatalité passagère qu’une généralité. Mais de la neige à la fin mai, quel souvenir!

Quel beau voyage (que j’aimerais faire ). Vos photos me rappellent la Suisse et l’Italie bien sûr, mais aussi le Tyrol, la Bavière… Ce petit pays est un condensé de panoramas à lui tout seul !
Bravo pour vos vues et vidéos (avec le bruit de vos pas sur les petits chemins, le ruissellement des cascades, …)
J’ai croisé les mêmes petits moineaux sur une terrasse-pâtisserie au bord du lac d’Annecy 😀
Un réel plaisir de vous avoir suivi dans ce « petit pays » plein de charme…
Merçi pour ce retour aussi positif qu’enthousiaste. Vraiment oui, la Slovénie a été une belle découverte!
Depuis la France, Air France effectue en principe une liaison par jour entre Roissy-CDG et Ljubljana. À bientôt pour de nouvelles aventures!